MÉDIAS: LE “BOURBONNAIS RURAL”…ON FERME

Si l’édition bourbonnaise n’est pas au mieux de sa forme (voir la rubrique “Editions et éditeurs”) , on ne peut pas dire que la presse, dans son ensemble, se porte beaucoup mieux, avec la disparition de deux publications inscrites depuis longtemps dans le paysage bourbonnais : “Le Bourbonnais rural”, en fevrier,  et les “Cahiers bourbonnais”, en mars.  En face, une seule création (“Terre des Bourbons”), tandis que  d’autres publications parviennent  à  perdurer, mais avec un équilibre fragile. Retour  sur ces évènements, en commençant par la disparition du B.R., alias Le Bourbonnais rural, au terme de  plus de 70 ans d’existence. 

UNE FIN BRUTALE ENTRE DÉPÔT DE BILAN ET LIQUIDATION JUDICIAIRE…

Le « Bourbonnais rural », publié par la Société de presse agricole, qui avait dû déposer le bilan le 5 juin 2015, a été mis en liquidation judiciaire, le 5 février 2016, marquant  la fin d’une longue histoire dont les racines remontent aux premières années du XXème siècle.

Bourbonnais Rural (2)

DES RACINES QUI PLONGENT JUSQUE DANS  PREMIÈRES ANNÉES DU XXème SIÈCLE

L’hebdomadaire avait pris la suite, le 3 décembre 1971, du Réveil paysan de l’Allier, né dans les semaines qui avaient suivi la Libération. Lui-même avait succédé au Travailleur de la terre, organe d’information de la Fédération montluçonnaise ou Fédération des syndicats agricoles et viticoles de l’arrondissement de Montluçon.

ROUGERON
Jules ROUGERON, partisan d’un « syndicalisme utilitaire » au sein de la Fédération montluçonnaise

Fondée en juillet 1903, elle regroupait déjà  plus d’une quarantaine de syndicats en 1912. Comme le note l’historien André Touret, « la Fédération s’occupait de problèmes spécifiquement professionnels. C’était plus une coopérative d’achats qu’un syndicat de défense. Pour la plupart de ses membres, petits propriétaires ou fermiers exploitants, le « Syndicat » était surtout un moyen de s’approvisionner à moindres frais en matériel agricole, semences et engrais ».  Le Travailleur de la terre se définissait comme « l’organe de la fédération des syndicats et associations professionnelles agricoles de l’Allier et des groupements agricoles, viticoles, horticoles, apicoles et avicoles du département ». On en retiendra donc surtout l’aspect mutualiste et coopératif, mais aussi la volonté d’améliorer les connaissances des paysans bourbonnais, avec des  dirigeants tels que l’ingénieur agronome Lucien Chambron, ou le syndicaliste viticole domératois Jules Rougeron. Des  objectifs auxquels le Réveil paysan puis le Bourbonnais rural souscriront à leur tour. Mais pas seulement….

Lae TRAVAILLEUR DE LA TERRE, organe des associations agricoles, viticoles et horticoles de l'arrondissement de Montluçon (15 mars 1910)
Le TRAVAILLEUR DE LA TERRE, organe des associations agricoles, viticoles et horticoles de l’arrondissement de Montluçon (15 mars 1910)

L’autre filiation dont se revendiquait le Réveil paysan, c’était le Travailleur rural lancé en février 1906.  Il était le porte-parole des syndicats de classe, remettant en cause les structures foncières et sociales, donc nettement revendicatif, voire « révolutionnaire ».

Michel BERNARD
Michel BERNARD

Né au coeur de l’arrondissement de Moulins, terre de la grande propriété foncière, comme le rappelle André Touret, « il comportait deux mouvements distincts: celui des métayers, dirigé surtout contre les fermiers généraux, et celui des ouvriers agricoles qui n’hésitaient pas, parfois, à critiquer les métayers« . Parmi ses initiateurs, figurait Michel Bernard, principal organisateur   en mars 1904 du tout premier syndicat de métayers, bien qu’il fût lui-même un fermier exploitant, installé près de Bourbon-l’Archambault.

Parti de Bourbon, le mouvement devait ensuite s’étendre au delà, notamment après le ralliement d’Émile Guillaumin en 1905. Finalement, la fusion des différents syndicats de métayers devait aboutir à la création  de la Fédération des travailleurs de la terre, le 3 décembre 1905, à Moulins.  Peu de temps après, celle-ci s’était doté d’un journal, le Travailleur rural, dont Émile Guillaumin assura le secrétariat, un poste essentiel, durant ses six années d’existence. D’abord trimestriel, tiré à 2 000 exemplaires, il adopta ensuite  un rythme bimensuel.

Dans le tout  premier numéro, ses fondateurs, parmi lesquels Michel Bernard, précisaient ce que serait sa ligne de conduite : « Camarades, ceci est votre journal fait par nous et pour nous. Il est né de notre organisation.

Émile GUILLAUMIN, le "sage d'Ygrande"
Émile GUILLAUMIN,

Il vivra en elle et se développera avec elle. Nous y noterons toutes les manifestations de l’idée syndicaliste, dans nos groupes d’abord puis autour de nous et aussi dans les autres régions (…). Nous parlerons même, à l’occasion des syndicats ouvriers (…). Enfin, nous tâcherons de vous montrer les appréciations sur les paysans, les gens de classe différente car il est nécessaire de savoir ce qu’on dit de nous : l’opinion des autres n’est pas à dédaigner ».

Enfin, les fondateurs du journal prévenaient : « Le Travailleur rural dédaignera les grands mots ronflants, les polémiques injurieuses et basses. Il exposera des idées et des faits franchement, loyalement. Il combattra sans ménagement ni faiblesse l’injustice, l’iniquité, l’ignorance, la mauvaise foi, tout ce qui nous fait du mal. Il s’efforcera de vous faire pénétrer les causes des maux dont vous souffrez, de vous dire vos droits et devoirs, d’augmenter vos connaissances, d’élargir votre horizon ».  Sur l’histoire parfois agitée de cette Fédération, on pourra se reporter avec profit au livre d’André Touret, « Les campagnes bourbonnaises, il y a cent ans » (éditions Créer, 1999). Dès 1909, Michel Bernard déplorait dans le Travailleur rural que « les syndicats de cultivateurs  n’aient pas acquis jusqu’ici le développement désirable. Après les premières heures d’enthousiasme, il s’est produit un relâchement assez  accentué (…). Quelques naïfs avaient cru  qu’il leur suffirait de donner leur adhésion et que les améliorations allaient tomber comme la pluie ».

Le Travailleur Rural
Le Travailleur Rural

Face à un Travailleur rural qui végétait, Émile Guillaumin et Michel Bernard faisant part ouvertement de leur lassitude et de leur déception,  envisageaient dès 1910 d’abandonner la partie: »Syndicats, coopératives, organismes de crédit, bibliothèque… ». Après un rebond relatif,  le Travailleur rural cessa de paraître en décembre 1911 et, dès l’année suivante, la Fédération des travailleurs de la terre n’avait plus d’existence légale. De ce mode de syndicalisme,  de ses glorieux fondateurs et de leurs combats revendicatifs, le Réveil Paysan puis le Bourbonnais rural , devaient s’inspirer, n’hésitant pas à faire appel fréquemment aux mânes d’Émile Guillaumin et de Michel Bernard et à se positionnant comme leurs héritiers légitimes.

De son côté, le Travailleur de la terre, l’organe de la Fédération montluçonnaise, était parvenu à s’enraciner durablement dans le paysage agricole bourbonnais. Par ses informations pratiques (les foires et marchés, les cours des produits agricoles ou les conseils en matière d’élevage ou de cultures), il était devenu un élément d’information indispensable. Pendant la seconde guerre mondiale, les syndicats agricoles ayant été supprimés pour être remplacés par la

Le Travailleur de la Terre (mai 1944), organe de la Corporation paysanne
Le Travailleur de la Terre (mai 1944), devenu l’organe de la Corporation paysanne

Corporation paysanne née de la volonté du maréchal Pétain et de son ministre de l’agriculture Pierre Caziot,  le journal avait poursuivi  sa parution. Même si  les informations techniques et pratiques occupaient l’essentiel de ses pages, il n’en  était pas moins  devenu le porte parole de la dite corporation, relayant largement ses consignes et les comptes-rendus de ses congrès. C’est ce qui explique que la question de son maintien se soit posée dès la libération.

1945 :   LE RÉVEIL PAYSAN DE L’ALLIER PREND LE RELAI  DU TRAVAILLEUR DE LA TERRE

Le Travailleur de la Terre (septembre 1944), après la libération
Le Travailleur de la Terre (septembre 1944), titre provisoirement maintenu par la Confédération générale de l’agriculture  après la libération

Après avoir maintenu le titre sur trois numéro, la toute nouvelle Confédération générale agricole avait dû, dès le 1er janvier 1945,  le faire disparaître pour laisser place au Réveil paysan de l’Allier, organe de la confédération générale de l’agriculture de l’Allier. A la une, entre deux articles consacrés à la « démocratie syndicale paysanne, signe des temps nouveaux» et à  « L’unité et l’épuration », était inséré  un article signé par   A. Phelouzat, secrétaire général de la C.G.A. présentant le Réveil paysan : «  Le Travailleur de la terre n’est plus. L’organe des premiers syndicalistes paysans de l‘Allier disparaît, le directeur régional de l’information ayant décidé de supprimer tous les titres ayant paru sous le régime de la révolution nationale qui sera pour longtemps la honte de la France (…), écrivait-il. Nous aurions aimé le conserver et laver ce noble journal sali par la Corporation à la solde de la puissance occupante (…). Oui, le titre disparaît, mais l’esprit du journal reste. Son action continue et s’amplifiera, car nous sommes des syndicalistes, tout comme les pionniers du début du siècle et nous avons l’énorme avantage de profiter de leur travail de plus de 40 ans ».

Le premier numéro du Réveil paysan de l'Allier (janvier 1945)
Le premier numéro du Réveil paysan de l’Allier (janvier 1945)
Le Réveil paysan (1946)
Le Réveil paysan de l’Allier (1946), un an plus tard

Fait par des paysans pour des paysans, le nouveau titre se voulait l’organe d’un « syndicat libre» et de la coopération. D’abord bimensuel, avant de devenir hebdomadaire, il est un acteur de la reconstruction agricole d’après guerre,  appelant à l’unité de tous les producteurs agricoles pour participer au relèvement du pays. Il est aussi aux avant-postes pour la défense d’une agriculture familiale, au moment où la mécanisation et les nouvelles orientations agricoles, tant au plan national qu’européen, bouleversent la donne. C’est ce qui l’amènera, dans les années 1960 à dénoncer, les conséquences qu’il juge  funestes des différents plans agricoles mis en place, poussant à l’agrandissement des exploitations, à leur regroupement, au remembrement,  ébauche d’une future « course aux hectares ».  

En saluant la parution du 1000ème numéro du Bourbonnais rural (19 juillet 1991), Roger Giraud, son directeur, aura l’occasion de revenir sur ces années: « Le Réveil paysan  a repris le flambeau de l’action avec des hommes qui ont connu  le prix du courage et du patriotisme. Il a fait lever beaucoup d’espérances (…). Ses premiers numéros sont des appels à l’unité de tous les producteurs agricoles pour relever  le pays. Pendant un quart de siècle,  il sera sur la brèche, à l’avant-garde de toutes les actions au service d’une agriculture familiale, qui a connu de grands bouleversements, notamment dans le domaine de la mécanisation. Il agira, vers les années 1960, sous l’impulsion de la FDSEA contre un plan d’envergure  et tracé dans le temps dont on évalue aujourd’hui les ravages« . 

Albert Poncet
Albert Poncet

Nettement ancré à gauche, le Réveil paysan entretient alors des liens de plus en plus étroits avec la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de l’Allier, ce dont il ne fait pas mystère, même si une minorité de son lectorat n’approuve pas forcément ce mélange des genre. La FDSEA est  elle-même orientée à gauche et proche du « communisme rural » issu du bocage bourbonnais. Ses dirigeants, qu’ils s’appellent Albert Poncet ou Georges Mercier ne cachent d’ailleurs pas leur engagement au sein du parti communiste. Dans ce contexte des années 1945-1960, le courant est porteur et, progressivement, le tirage de l’hebdomadaire s’accroît,  dépassant largement les 10 000 exemplaires.

1971: DU RÉVEIL PAYSAN DE L’ALLIER  

AU BOURBONNAIS RURAL

C’est pour s’adapter à l’évolution inexorable des campagnes et de leurs habitants, qui ne sont pas que des paysans, que les dirigeants de la Société de presse agricole, fondée en 1965, décident de modifier le titre : le Réveil paysan devient Le Bourbonnais rural, à partir du 3 décembre 1971. En fait,  la modernisation  de l’agriculture, à un rythme accéléré, a transformé le monde rural et elle a révolutionné les techniques de production: « Il s’imposait de sortir d’une information trop restrictive et de s’adapter aux changements intervenus« , écrira Roger Giraud en 1991. Dans son éditorial intitulé « Votre nouveau journal est né», Albert Poncet, son directeur, explique ce que sera le Bourbonnais rural, « journal de tous les milieux ruraux»  qui « apporte une nouvelle formule pour suivre et s’adapter aux exigences de l’évolution moderne ».

img017Il précise ensuite ce que devra être sa ligne éditoriale : « Ses colonnes continueront d’être ouvertes à toutes les organisations agricoles : F.D.S.E.A, Mutualité, coopération et Crédit. Il poursuivra l’œuvre entreprise par les pionniers  pour l’émancipation paysanne. Il sera le digne successeur du Réveil paysan de l’Allier ». Comme l’avaient fait les fondateurs du Travailleur de la terre en 1906, Albert Poncet précise que «  le Bourbonnais rural ne recherchera ni le fantastique, ni le sensationnel. Il laissera cela à d’autres. Il se voudra honnête, utile, près des réalités de la vie (…) n’ayant pour vivre que ses ressources provenant des abonnements et de ses annonceurs ». Bref, comme l’écrira, 20 ans plus tard, son directeur, Roger Giraud, « il sera le support des hommes et des femmes, jeunes, moins jeunes, mais aussi des anciens. Il sera le lien entre ce monde agricole et rural qui en voit de toutes les couleurs et celles et ceux qui, ici et là, s’accrochent pour défendre leur métier et pour obtenir un mieux être  raisonnable ».  Pas question donc de mettre son drapeau dans la poche: « Le Bourbonnais rural s’inscrit parfaitement dans cette ligne qui porte la marque de titres successifs: servir une profession dans toutes ses composantes, lutter pour la justice et le respect de l’homme« .

Le Bourbonnais rural (n° 1000 - 19 juillet 1991) diffse alors plus de 11 500 exemplaires
Le Bourbonnais rural (n° 1000 – 19 juillet 1991) diffuse alors plus de 11 500 exemplaires chaque semaine

Dans la lettre adressée aux abonnés, le 10 février 2016, au lendemain de la liquidation judiciaire du journal, l’équipe de la Société de presse agricole reprenait cette argumentation : «Les pages de votre hebdomadaire étaient en effet très diversifiées et il y en avait pour tous les goûts. Cette richesse et cette diversité des informations faisaient la force du Bourbonnais rural au service du monde agricole et rural. Il donnait la parole à tous ceux qui représentent la vie de notre département. Son contenu varié était alimenté en grande partie par nombre de correspondants bénévoles qui prenaient tous plaisir à collaborer avec nos services (…). De nombreux organismes en tout genre faisaient appel à nos services (…). Nombre de mairies, de syndicats, d’associations appréciaient la diffusion de leurs articles dans nos colonnes. Avec le Bourbonnais rural, c’est toute la campagne bourbonnaise qui vivait et s’animait ».

UN CHANGEMENT DE FORMULE GAGNANT

img018Le changement de titre et de format, l’apport de nouvelles rubriques, tout en maintenant la combativité du journal, s’avèrent une formule gagnante. Dans la décennie 1970-1980, le Bourbonnais rural connaît une progression importante de ses abonnements qui dépassent régulièrement le nombre de 20 000. Aux abonnés de la première génération, s’ajoutent ceux de la génération suivante, issue du baby boom, même si ses rangs sont moins étoffés, exode rural oblige. Dans le même temps, l’agence de publicité Agri Centre que dirige à Montluçon Antoine Fontanel, lui assure un portefeuille d’annonceurs locaux et départementaux fidèles, tandis qu’Agri Média lui ouvre l’accès aux campagnes publicitaires nationales des fabricants de matériels, engrais et autres produits agricoles. Quant à Roger Giraud, directeur du journal, il accède à des responsabilités au sein de la Fédération nationale de la presse agricole et rurale.

Roger GIRAUD, diecteur et rédateur en chef du Bourbonnais rural
Roger GIRAUD

C’est aussi la grande époque, entre 1972 et 1987, de ce qui devient l’un des plus importants rassemblements populaires du département, la fête annuelle du Bourbonnais rural. En s’appuyant sur une foule de bénévoles qui oeuvrent à sa préparation, la fête qui se déroule en mai ou juin dans le parc du château de Petit Bois, à Cosne-d’Allier, fait appel à des vedettes nationales qui drainent des milliers de spectateurs : Annie Cordy, Mike Brant, Tino Rossi, Jacques Martin ou les Charlots, pour ne citer qu’eux, seront de la partie. De quoi conforter les finances du journal jusqu’à ce que, la fréquentation ayant décliné, il soit décidé d’y mettre fin, avec l’ultime édition en 1987.

214 - PONCET-MERCIER-BELIEN 1974 (RP)
Georges MERCIER (1er à droite), Albert PONCET (2ème à droite), René PERRIN (4ème à droite) et Jacky BÉLIEN (5ème) lors d’un congrès de la FDSEA en 1974 à Domérat

A la mort d’Albert Poncet en 1976, c’est Georges Mercier puis René Perrin, tous les deux issus du syndicalisme agricole, qui lui succèdent à la tête de la Société de presse agricole, faisant du Bourbonnais rural un organe du combat syndical, en lien avec la FDSEA de l’Allier. Une fédération très nettement orientée à gauche, proche du parti communiste, alors même que la structure nationale, la F.N.S.E.A. ne cachait pas sa grande proximité avec le pouvoir en place. Michel Debatisse, un de ses leaders,  a d’ailleurs été secrétaire d’état sous Valéry Giscard d’Estaing, tandis  que François Guillaume, un de ses successeurs, a été ministre de l’agriculture sous Jacques Chirac.  Roger Giraud continuera d’assumer pendant plusieurs décennies la direction et la rédaction en chef du Bourbonnais rural, avant de céder la place à Jean-Paul Bourdier, qui lui-même transmettra le flambeau en 2013 à Didier Bolgiani,  entré au journal en 1989.

BR pages de couverture

1990-1995: LES PREMIÈRES ALERTES

 

C’est avec les années 1990 que le Bourbonnais rural va connaître ses premières alertes…Dans le 1 000ème numéro, en juillet 1991, Roger Giraud  qui se gardait

de tout triomphalisme, avait déjà perçu quelques motifs d’inquiétude:  » La désertification de nos campagnes s’est accentuée, l’agriculture et ceux qui en font sa richesse sont de plus en plus laissés pour compte. Une véritable débandade organisée  sème la déroute, toutes productions confondues, et elle accule l’ensemble des producteurs au désespoir. Les jeunes, avec le dynamisme de leur âge, sont brisés dans leur élan (…). Par ailleurs, la coopération, un des fleurons des généreuses missions syndicales, a subi des assauts reflétant les difficultés en agriculture« .

À ce bilan sombre, il ajoute une autre préoccupation qui risque d’avoir un  impact sur l’avenir du journal: «  Dire que la solide implantation du BR est réelle dans ce département ne nous fait pas oublier que notre tâche d’informateur est en permanence inachevée. la baisse du nombre d’exploitants agricoles n’est pas sana alimenter notre réflexion. Notre pénétration dans le le milieu rural est non négligeable mais des efforts dans ce domaine sont à accomplir. Une partie de la presse écrite reçoit, elle aussi, des coups mais celle qui correspond à la nôtre est particulièrement visée, avec ses moyens trop limités ». Quelques lignes plus loin, il conclut: « Contre vents et marées, le Bourbonnais rural fera face à ses responsabilités, à la fois difficiles et exaltantes, confiant dans la fidélité de ses lectrices et lecteurs. Pour l’avenir, la solidarité réciproque sera un atout précieux (…). Ensemble, nous ferons front à l’adversité et il n’est pas utopique de dire que notre action commune peut inverser le cours des choses. »

Jean-Paul BOURDIER, successeur de Roger Giraud et aavant-dernier rédacteur en chef du B.R.
Jean-Paul BOURDIER, successeur de Roger GIRAUD et avant-dernier directeur et rédacteur en chef du B.R.

Selon Jean-Paul Bourdier, qui a été une des chevilles ouvrières de l’hebdomadaire pendant une vingtaine d’années, aux maux « classiques »que sont la désertification des campagnes, la baisse inexorable du nombre des éleveurs, le  vieillissement accentué de la population rurale et le non remplacement des lecteurs traditionnels, souvent les plus attachés au titre, sont venus  s’ajouter d’autres problèmes : la dégradation et le renchérissement des services postaux, joints à une baisse des recettes publicitaires, notamment du fait des concentrations opérés chez les distributeurs de produits et matériels agricoles. Les petites annonces qui représentaient un apport financier non négligeable  allaient passer de plus de deux pages à une demi-page, certaines semaines. Ajoutons-y la concurrence d’Internet et un lectorat jeune de moins en moins enclin à fréquenter la presse papier ainsi que des coûts de diffusion qui explosent avec « la hausse incessante et exorbitante des tarifs postaux ».

C’est le changement de majorité survenu à la Chambre d’agriculture en 1995, avec son basculement à droite, qui devait marquer le véritable point de départ de la chute du Bourbonnais rural: « On a perdu leur soutien financier et, du jour au lendemain, on a été privé de toute l’information technique émanant de la Chambre», confiait Jean-Paul Bourdier à La Montagne qui évoquait la liquidation judiciaire du journal (20 fevrier 2016). Le même, dans les colonnes du Bourbonnais rural, s’en était déjà fait l’écho, alors qu’il était encore rédacteur en chef : « Les nouveaux dirigeants, alors élus en ont profité pour censurer l’information agricole et ce, sans que personne ne trouve rien à redire. Pire, l’année suivante, avec l’aide financière des organisations agricoles départementales, ils ont créé un nouveau  journal agricole, “ L’Allier agricole” dont le seul but était de concurrencer le Bourbonnais rural et, à terme, de le faire disparaître (…). Souvent, on nous a dénigrés mais sans nous déstabiliser. Notre résistance a été plus forte que tout ».

logo_pamac• Les liens entre L’Allier Agricole, qui à la différence du Bourbonnais rural n’a jamais adhéré à l’OJD, organe certificateur de la diffusion des journaux, et la chambre d’agriculture sont d’ailleurs devenus de plus en plus étroits. Selon le site même  du journal, c’est Patrice Bonnin, président de la chambre, qui assume la rédaction en chef, en même temps qu’il est le gérant de la  Société SAECA qui publie l’Allier Agricole. Pour l’exercice 2014, celle-ci affichait un résultat déficitaire de 21 600 € pour un chiffre d’affaires de 312 800 €, selon le site Société.com.  Sans l’appui de la chambre d’agriculture, qu’en serait-il, de la pérennité du titre ? La question mérite d’être posée.

LA CHUTE INEXORABLE DES RECETTES

Progressivement, la diffusion du Bourbonnais rural va repasser au dessous de la barre des 10 000 exemplaires pour tomber à seulement 3 500 exemplaires, la dernière année. Selon la déclaration faite auprès de l’Office de justification de la diffusion (OJD) pour l’année 2014, le tirage du Bourbonnais rural se situait à 4 120 exemplaires, pour une diffusion de 3 880 exemplaires dont seulement 1 960 abonnements payants. Diverses mesures avaient pourtant été prises pour  essayer de surmonter les difficultés financières, notamment en comprimant les dépenses de personnel et d’impression.

Didier Bolgiani, dernier rédacteur en chef du B.R.
Didier Bolgiani, dernier  rédacteur en chef du B.R.

Celle-ci, depuis longtemps assurée par la SPEC à Châteauroux puis par Rivet Presse à  Limoges, après l’avoir été par Typocentre à Montluçon, avait été confiée depuis quelque temps à l’imprimerie de la Nouvelle République à Orléans. Face aux déficits qui se creusaient, le dépôt de bilan survenu en juin 2015 semblait la moins mauvaise des solutions, dans l’espoir d’un redressement des comptes. Il aurait aussi fallu une recapitalisation de la Société de presse agricole, solution impossible à mettre en œuvre par des porteurs de parts, pour la plupart simples exploitants agricoles ou employé et ex-employé du journal.

2015: UNE ASSOCIATION POUR LA SURVIE DU TITRE

L’espoir aurait pu venir de la création en novembre 2015 d’une Association des amis du Bourbonnais rural qui avait aussitôt lancé des appels aux dons. Si elle a su fédérer des bonnes volontés et mobiliser des énergies, elle n’a pas pu réunir les sommes nécessaires : « Quelques fidèles lecteurs et de rares organismes attachés à leur journal y ont répondu favorablement. Mais ce fut bien insuffisant pour retourner la situation et pouvoir appliquer les nouvelles dispositions prises pour faire évoluer le journal », pouvait-on lire dans la lettre adressée aux abonnés le 10 février. C’est finalement le  5 février que la liquidation a été prononcée par le tribunal de commerce de Montluçon, le jour-même où le n° 2 281, qui devait être l’ultime, était diffusé : « Je suis un peu amer, je pense qu’il ne manquait pas grand-chose pour qu’on puisse continuer », confiait alors le rédacteur en chef, Didier Bolgiani.

Aucune information n’ayant pu être donnée aux abonnés, il faudra envoyer un courrier à chacun d’eux, quelques jours plus tard : « C’est une partie  de notre patrimoine culturel qui est anéanti et par là même, la pluralité de la presse dans département est mise à mal ». Outre le rédacteur en chef, ce sont 3 autres emplois qui ont été supprimés. Quelques semaines plus tard, on apprenait la liquidation judiciaire d’Agri Centre, régisseur publicitaire de l’hebdomadaire et de divers magazine municipaux. Là encore, avec passage à la trappe de plusieurs emplois.

2016: UNE DISPARITION DANS UN  SILENCE MÉDIATIQUE ASSOURDISSANT

Comme toujours, la disparition d’un organe de presse a suscité des regrets chez quelques-uns de ses confrères : « Ce journal avait des allures de campagnes filmées par Depardon. Il promenait son miroir le long des villages avec une ligne éditoriale héritée d’une terre ancrée à gauche et d’un syndicalisme paysan longtemps sous influence communiste, écrivait Jean-Yves Vif dans le quotidien régional daté du 20 février 2016. Un journal qui meurt, soit-il à destination de professionnels, ce n’est jamais bon pour le débat. Et la démocratie !». Ajoutons que RMB, la station de radio montluçonnaise y a consacré un reportage et que les Cahiers Bourbonnais, dans leur ultime numéro s’en sont fait l’écho, avec la publication d’un courrier de Jean-Paul Bourdier, avant-dernier rédacteur en chef de l’hebdomadaire . Silence assourdissant, en revanche, du côté de la classe politique bourbonnaise qui semble avoir fait preuve de la plus totale indifférence. De même, ni l’Allier Agricole, ni la Semaine de l’Allier n’y ont consacré la moindre ligne. Confraternité, vous avez dit confraternité ?

Bourbonnais rural
La Montagne, un des (trop) rares médias à avoir évoqué la fin du Bourbonnais rural, sous la plume de Fabrice Redon et Jean-Yves Vif

RENAÎTRE, MAIS SOUS QUELLE FORME?

AVEC QUELS MOYENS?

Faute de pouvoir renaître, le Bourbonnais rural pourrait toutefois survivre partiellement grâce à un partenariat envisagé avec son confrère Le paysan d’Auvergne, qui affiche une sensibilité très proche de celle de l’hebdomadaire bourbonnais.

img016Un encart « Pour une actualité paysanne et rurale dans l’Allier» a été ainsi inséré dans le n° 3 044 daté du 24 juin 2016 , à l’initiative des Amis du Bourbonnais rural. « La première action, écrit Pascal Boudet, président de l’association, a été de nouer des contacts avec le journal agricole du Puy-de-Dôme, le Paysan d’Auvergne se rapprochant le plus, par le contenu et sa vision du futur de la ligne éditoriale du Bourbonnais rural. De multiples possibilités ont été envisagées et celle retenue, en commun accord avec leurs responsables, a été d’inclure des pages spéciales Allier relatant la vie agricole et rurale de notre département à l’intérieur de leur journal ».

Le Bourbonnais rural survivrait ainsi par un encart inséré dans le Paysan d’Auvergne. Il reste à savoir si la proposition séduira suffisamment de lecteurs de l’ancien Bourbonnais rural pour les pousser à souscrire un abonnement au Paysan d’Auvergne, mais aussi d’anciens annonceurs pour qu’ils se reportent sur l’hebdomadaire auvergnat. La réponse dans quelques semaines…

© Jean-Paul PERRIN

contacts: allier-infos@sfr.fr

 

 

 

 

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