◘ BIOGRAPHIE: JEAN GRAVIER: DES PAGES « POLITIQUES » AUX PAGES « FAITS DIVERS »…

MISE À JOUR : 25 FÉVRIER 2017                      

Jean-Paul PERRIN   

 Des pages politiques aux pages de faits divers... Ainsi pourrait-on résumer succinctement l’itinéraire de l’élu bourbonnais Jean Gravier : maire de Villebret à 24 ans,  vice président du conseil général de l’Allier à 29 ans, député de la 2ème circonscription (Montluçon) à 40 ans, le parcours était brillant et certains voyaient en lui un « espoir » pour la relève de la droite et du centre en Bourbonnais.

Jean Gravier (1993)
Jean Gravier  (tract électoral, 1993)

Pourtant la chute aura été bien plus rapide, entre 2004, date de sa démission forcée de ses  mandats de maire et conseiller général, jusqu’à son interpellation par  la gendarmerie, le 26 juillet dernier, sa mise en garde à vue puis sa mise en examen et son placement en détention à la prison de Montluçon pour tentative d’homicide. Ce soir là, sous l’emprise de l’alcool, avec un pistolet 22 long rifle, il avait très grièvement blessé à la tête un aubergiste établi à Saint-Genest, depuis seulement quelques mois. Au premier jour d’août, la victime placée en coma artificiel était encore entre la vie et la mort, malgré deux interventions chirurgicales. Sans revenir sur les détails de ce fait divers, largement relayé par les médias régionaux et nationaux, Vu du Bourbonnais se propose simplement  de retracer la carrière d’un élu  qu’on prédisait brillante mais dont la  trajectoire a été brutalement interrompue…

◘ 1977 et 1982

• DE LA MAIRE DE VILLEBRET AU  CONSEIL GÉNÉRAL

• Jean Gravier est né le 21 mars 1953, à Villebret. Son père, Antoine Gravier, était employé à la SNCF. Après des études au collège de Néris-les-Bains (actuel collège François-Rabelais) puis au lycée Madame-de-Staël à Montluçon, où il décroche le baccalauréat, il poursuit ses études  à l’IUT de Montluçon. Très tôt, il entre dans la vie active pour  devenir employé de banque à la BNP.  Le 23 novembre 1974, selon le Who’s who in France (édition 1992), il épouse Brigitte Daun, une jeune institutrice et, de cette union, naîtront trois filles.

Jean Gravier (à droite) avant la pose d'un nouveau coq sur le clocher de l'église (1987)
Jean Gravier (à droite) avant la pose d’un nouveau coq sur le clocher de l’église de Villebret (1987) (© Action 13)

• La toute première incursion de Jean Gravier dans la vie politique sera locale. Le 27 mars 1977, lors des élections municipales, il est élu conseiller municipal puis maire de sa commune natale. À seulement 24 ans, il devient l’un des plus jeunes maires du département. Il sera ensuite constamment réélu lors des renouvellements de 1983,1989, 1995 et 2001. Dans un article publié par Action 13, journal des  13 communes du Pays de Marcillat  (n° 11 – octobre 1988),  sous le titre « Vivante Villebret« , on pouvait lire: « Jeune, l’équipe communale élue en 1977 l’était aussi, à l’image de Jean Gravier, devenu maire à 24 ans. Elle a eu pour ambition d’affirmer l’identité de Villebret et, d’abord, de la doter d’équipements modernes, à commencer par une salle des fêtes inaugurée dès le printemps 1980. Vinrent ensuite, le tout-à-l’égout et la station d’épuration (…), trois courts de tennis, le terrain de football et les vestiaires, la restauration de l’église qui menaçait ruine, l’aménagement de l’ancien presbytère en une nouvelle mairie, la réfection des trottoirs, enfin la création entre église et mairie d’un rond-point  joliment pavé, le tout entre 1980 et 1987« .

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La mairie de Villebret, tenue par Jean Gravier de 1977 à 2004

• À un an des élections municipales, il n’était peut être pas inutile  que cela fût rappelé…Le même article  évoque aussi la volonté de l’équipe en place de limiter les effets « commune-dortoir« , avec  le projet de création d’une zone artisanale sur 6 ha. À terme, elle devrait accueillir une  douzaine d’artisans. S’y ajoute la volonté affichée  de doter les hameaux de Beauregard et de la Goutelle, alors en plein essor, d’équipements publics, avec l’aménagement  éventuel d’une baignade sur le Cher…Ce sera assez pour que les Villebrétois renouvellent leur confiance à Jean Gravier en 1989 et lors des deux élections municipales suivantes. En même temps, il s’investit dans l’association des maires ruraux de l’Allier dont il sera président au début des années 1990

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1982-2004:22  ans de mandat au conseil général de l’Allier, dont 16 ans à la vice-présidence

• Au-delà de la simple gestion  communale, Jean Gravier ne cache pas ses ambitions politiques. Dès 1982, il se présente aux élections cantonales dans le canton de Montluçon sud qui englobe une partie, plutôt résidentielle,  de Montluçon mais aussi la très bourgeoise station thermale de Néris-les-Bains qui peut lui assurer un vivier important de voix . Le canton est alors détenu par Jacky Flouzat, adjoint au maire de Montluçon Pierre Goldberg (PCF) depuis 1977. Sous l’étiquette de l’URB (Union républicaine pour le Bourbonnais), qui regroupe  sous l’autorité de Jean Cluzel une majorité d’élus  centristes ou de droite ou non encartés, Jean Gravier l’emporte au second tour, le 21 mars 1982. Le fait que nombre d’électeurs socialistes n’aient pas reporté leurs vote sur Jacky Flouzat explique en partie cette victoire. Un an plus tôt, lors des élections législatives,  l’électorat communiste avait fait de même vis à vis du candidat socialiste, Albert Chaubard, ce qui n’avait toutefois pas empêché son élection.

◘ 1982-1998

• À LA VICE-PRÉSIDENCE DU CONSEIL GÉNÉRAL DE L’ALLIER

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Extrait de L’ALLIER, revue du conseil général (n°5 – 1982), sous la présidence de Henri Coque (archives J-P P)

• À l’issue de cette élection, où la gauche majoritaire depuis 1979, a perdu 5 sièges, le conseil général se retrouve dans une situation insolite : 17 élus de Gauche, dont 9 communistes, face à 17 élus du Centre et de la Droite. C’est finalement au bénéfice de l’âge que le doyen du conseil général, Henri Coque, agriculteur et maire de Souvigny, élu URB ,se retrouve président du conseil général. La majorité bascule donc à droite, ce qui constitue pour Jean Gravier un marchepied pour accéder à des responsabilités plus importantes. Dès 1982, derrière Jean Cluzel et Jacques Lacarin, il devient 3ème vice-président, en charge du schéma départemental des transports et des affaires concernant la jeunesse, les sports, les loisirs et les colonies de vacances, le tout à seulement 29 ans. Comme pour la mairie de Villebret, il sera réélu, lors des renouvellements de 1988, 1994 et 2001. Siégeant sans discontinuer au sein du groupe URB, il voit alors ses responsabilités s’accroître, avec le poste de vice-président chargé  des finances, du budget et de l’aménagement du territoire.

 • Jean Cluzel, après son échec  dans le canton de Moulins ouest, lors du renouvellement de 1992, doit céder la présidence à Gérard Dériot, qui fait alors de Jean Gravier son premier vice-président, chargé  du budget départemental, de la jeunesse et des sports. Gérard Dériot restera aux manettes  jusqu’en 1998. Cette année-là, survient une nouvelle alternance: la Gauche l’ayant emporté, c’est Jean-Claude Mairal (PCF) qui accède à la présidence pour trois ans, avant que l’URB ne retrouve la majorité, lors des élections de 2001. Gérard Dériot retrouvera alors  le poste de président de l’assemblée départementale. Si Jean Gravier a été réélu en 1994, le changement de majorité en 1998 a mis  un terme à sa vice-présidence et il est redevenu  simple conseiller général d’opposition.

Jean Gravier, à nouveau vice-président du conseil général , en 1988
Jean Gravier, à nouveau vice-président du conseil général , en 1988, sous la présidence de Jean Cluzel (extrait de « Le conseil général au service de l’Allier« ) (archives J-P P)

◘ 1988-1997

• UN NOUVEL OBJECTIF: LE PALAIS-BOURBON

• Entre temps, l’élu qui ne cache pas ses ambitions, vise à de plus hautes fonctions. En 1988, après deux années de cohabitation entre François Mitterrand et Jacques Chirac, le premier est réélu et il entame son second mandat présidentiel par la dissolution de l’assemblée nationale, élue en 1986 et majoritairement à droite. Jean Gravier croit son heure venue, d’autant que la droite locale peine à faire émerger une figure crédible. Il se porte donc candidat dans la 2ème circonscription (Montluçon), sous l’étiquette URC (Union républicaine du centre).  Sans s’afficher dans le sillage du RPR de Jacques Chirac, il entend se situer ouvertement dans la mouvance barriste, du nom de Raymond Barre, professeur d’économie et premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing entre 1976 et 1981. De quoi drainer les voix d’un électorat centriste  que Jacques Chirac et le RPR pourraient faire fuir.

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Après le Conseil Général, le Palais Bourbon, nouvel objectif pour Jean Gravier, dès 1988

• En face de lui, deux candidats se disputent les voix de gauche : Albert Chaubard (PS) qui a été député de la circonscription entre 1981 et 1986, et Pierre Goldberg, (PCF), conseiller général et maire de Montluçon. Avec 17 247 voix (37,2%) sur 46 368 suffrages exprimés, ce dernier arrive en tête devant Jean Gravier ( 13 853 voix soit 29,87%) et Albert Chaubard (13 014 voix soit 28,06%). Le Front national, représenté par Charles  Mac Clenihan, ne  rassemble que 2 254 voix (4,86%). Le retrait du candidat socialiste et l’aversion traditionnelle d’une partie plus ou moins importante  de son électorat pour le vote communiste peuvent alors laisser à Jean Gravier l’espoir de l’emporter au  second tour. Il n’en sera finalement  rien, Pierre Goldberg l’emportant haut la main en devançant le maire de Villebret de près de 6 000 voix.

• Ce n’est que partie remise  pour le (encore) jeune élu. En mars 1993, dans un contexte de « fin de règne » de François Mitterrand, marqué notamment par les « affaires« , particulièrement défavorable à la Gauche,  Jean Gravier  se porte à nouveau candidat, cette fois-ci sous l’étiquette UDF. Il a choisi pour suppléant  Richard Prévost, chef d’entreprise et maire de Vaux depuis 1989.  La Montagne (3 mars 1993) prédit un « deuxième tour à suspense: « Jean Gravier, candidat unique de la droite, qui a mené jusqu’à présent une campagne discrète compte sur son profil de barriste ouvert pour capter une partie de l’électorat vert. Mais y parviendra-t-il auprès d’électeurs qui, dans cette circonscription sont encore très marqués à gauche? C’est toute la question« …

img028• Dans ce contexte, le candidat Gravier entend promouvoir « un renouveau économique, social et politique pour la France« , tout en dénonçant  » les affaires, la corruption, la déliquescence de l’État« . Dans ses tracts électoraux, il s’en prend directement à son principal adversaire,  » le député-maire sortant (Pierre Goldberg) qui nous fait vivre dans l’illusion depuis de nombreuses années. Ses brochures luxueuses,  son discours démagogique dépassé, ses dîners-débats pour les jeunes et les personnes âgées ne servent qu’à dissimuler le naufrage du système communiste auquel il est ancré« .  Dans son programme, il met en avant  « les grands défis du XXIème siècle à relever« , tels que « aménager le territoire, stimuler notre économie, sauvegarder notre protection sociale, favoriser l’intégration, perpétuer le rôle de la France dans le monde ou encore maintenir une défense nationale forte« . Il propose aussi de « construire un État impartial avec une meilleure utilisation de l’argent public et une justice indépendante et efficace« . Enfin, il  faut « redonner à l’éthique et à la morale une signification concrète, notamment dans la gestion des affaires  publiques« . Conclusion du candidat: « Ce jour est important pour la France et pour Montluçon qui ne doit pas rester, une fois de plus, à l’écart du grand mouvement national« .

Tract électoral de Jean Gravier lors des élections législatives de mars 1993
Tract électoral de Jean Gravier lors des élections législatives de mars 1993 (archives J-P P)

• Appel entendu par une majorité d’électeurs…Au premier tour, le 21 mars, il rallie 15 252 suffrages (34,07%) sur son nom,  devançant cette fois ci Pierre Goldberg, député sortant (14 211 voix, 31,69%). Quant au candidat du PS, Bernard Pozzoli, il n’obtient que 5 586 voix (12,45%). La dynamique est nettement à droite au plan national et elle va jouer pleinement en faveur de Jean Gravier. En face,  dans un climat tendu  et persistant entre communistes et socialistes,  Bernard Pozzoli, décidera de ne pas appeler personnellement au vote en faveur de Pierre Goldberg. Le 28 mars, Jean Gravier  l’emporte avec 53,03% des suffrages exprimés contre  46,97% pour Pierre Goldberg.  La Montagne parle alors d’une « déferlante (qui) est arrivée à Montluçon« : « Il n’y a pas eu photo dimanche soir. Jean Gravier a ravi à Pierre Goldberg sa circonscription, poussant même la performance en devançant nettement le maire de Montluçon dans sa propre ville de 1 347 voix.

sans-titreUne victoire que le maire de Villebret met notamment sur les effets d’une  candidature « non conventionnelle », tandis que Pierre Goldberg voit dans sa défaite « la vague hexagonale de droite ».  Joie à la mairie de Villebret. Tristesse à l’hôtel de ville de Montluçon » conclut le journal qui consacre ensuite un autre article  à la « Soirée victorieuse à Villebret« : « Je crois, confie alors le nouveau député, qu’on est entré dans une ère nouvelle de la vie politique. les gens sont de moins en moins sensibles aux arguments démagogiques« . Mais d’ajouter: «  Il n’y a pas que les électeurs de Droite qui ont voté pour moi. Certes, il fallait le vent de la Droite, mais il n’aurait pas soufflé suffisamment  si je n’avais pu rassembler au delà« . Une manière d’évoquer le report de  voix socialistes sur son nom. « Homme indépendant et libre« , telle est l’image qu’il annonce vouloir se forger à l’Assemblée nationale,  tout en adhérant directement à l’UDF.

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•  À 40 ans, le conseiller général de Montluçon – sud et maire de Villebret fait donc son entrée au Palais Bourbon, couronnant un parcours jusqu’à présent sans faute.

Jean Gravier en compagnie de Michèle Alliot-Marie, ministre de la jeunesse et des sports
Jean Gravier en compagnie de Michèle Alliot-Marie, ministre de la jeunesse et des sports

Il y siégera  notamment à la commission de la production et des échanges tout en adhérant au  Parti Populaire de la démocratie française, une des composante de l’UDF, « se revendiquant à la fois gaulliste et barriste », écrit André Touret (Destins d’Allier1945-2000, éditions Créer, 2005). Ainsi que le note La Montagne  dans son édition du  28 juillet 2016 (Jean Gravier, l’ascension fulgurante puis la chute brutale), « avec un statut d’homme neuf, ce proche de Raymond Barre s’imagine alors un destin politique doré ». Il a d’ailleurs mis sa carrière professionnelle entre parenthèses, dès ses premiers mandats, dans le but de se consacrer pleinement à la politique. C’est cette ambition qui va le conduire à un premier faux pas en 1995.

◘1995

• UN  PREMIER FAUX-PAS …UNE CANDIDATURE  AUX MUNICIPALES, À VILLEBRET ET À MONTLUÇON

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1995, Jean Gravier candidat simultanément à Villebret…

• Cette année-là, Jean Gravier décide de se présenter aux élections municipales simultanément à Villebret, la commune dont il est maire depuis 18 ans, et à Montluçon. Dans la sous-préfecture, où la Droite se cherche toujours un leader capable de déboulonner Pierre Goldberg, maire depuis 18 ans, il se considère comme l’homme de la situation. Après tout, comme la presse l’avait souligné, ne l’a-t-il pas devancé de 1 347 voix dans son propre fief, lors des législatives, deux ans plus tôt? Il conduit une liste de centre-droit face à liste d’union de la gauche menée par le maire sortant. Si le code électoral le permet, cette double candidature ne manque pas d’interroger une partie de la classe politique et des électeurs quant à ses motivations réelles et elle sera globalement mal perçue, y compris dans son propre camp. Aux électeurs qui lui demanderont des explications sur cette double candidature, il répondra avoir « senti un appel très net de la part des Montluçonnais, lors des dernières élections législatives, même si  un vent soufflait en faveur de la majorité d’aujourd’hui. Et c’est simplement à cet appel de changement et de renouveau que répond ma candidature » concluait-il,  tout en précisant vouloir « d’abord se préoccuper de Montluçon et de ses habitants ».

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Tract électoral diffusé en 1995, lors des élections municipales. Jean Gravier est candidat à un 4ème mandat (archives J-P P)

• Le cas est suffisamment exceptionnel pour que le  journal La Montagne (26 mars 1995) se livre à un décryptage du code électoral.  Le quotidien rappelle d’abord  que tout député,  dans le cadre des élections municipales, peut aller jusqu’à postuler dans chacune des communes du département dont il est l’élu. Il est même précisé que, en cas de victoire dans les deux communes, le député disposerait, toujours selon le code électoral, de 10 jours pour opérer un choix.

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...et à Montluçon

• Passé ce délai et faute de choix, c’est le préfet qui le sommerait  de siéger dans le conseil municipal de la plus petite des deux communes, en l’occurrence Villebret.  Pour Jean Gravier, le choix serait simple: « Ou bien la liste que je conduis à Montluçon sera minoritaire et, dans ce cas, je choisirais de siéger comme maire de Villebret (…). Ou bien les Montluçonnais m’accorderont une large majorité et, dans ce cas, je deviendrais leur maire à part entière« , confie-t-il au journal.  Faute d’une victoire large, il se dit toutefois prêt à renoncer à la mairie de Montluçon: « Je ne veux pas gouverner Montluçon avec  une majorité de 50,01%, mais je le ferais bien volontiers si les suffrages qu’ils m’accordent sont aussi nombreux qu’aux législatives de 93« , prévient-il.

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Le magazine municipal, cible des attaques de Jean Gravier

« Le changement« , grâce à « une liste de salut public«   très ouverte, pour un « renouveau économique, social et politique de Montluçon » avec l’objectif de « réussir Montluçon pour l’an 2001« , tels sont les grands axes  de sa campagne, qui s’accompagne aussi de la dénonciation de « la démagogie et du mensonge » véhiculés, selon lui, par les publications municipales: « Le PC berce  la population d’illusions et lui raconte histoires, bêtises, âneries et mensonges, notamment à travers le bulletin municipal hebdomadaire et soporifique. Une revue de propagande payée par tous les Montluçonnais, où l’on trouve tout, sauf la vérité« , devait-il déclarer lors de la présentation de sa liste Celui que La Montagne qualifie désormais de « leader de l’opposition montluçonnaise«  compte donc mettre un terme à « 18 ans de mainmise communiste sur la ville » afin de « faire revivre Montluçon et sa région« .

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© La Montagne: « Une liste de salut public » mais aussi « une liste très ouverte« , à Montluçon.

•Au terme d’une campagne aux échanges parfois « musclés«  par tracts électoraux interposés, il n’y aura pas pour Jean Gravier de dilemme. Il n’aura pas à choisir entre l’écharpe de maire de Montluçon et  celle de maire de Villebret.  Alors qu’il l’emporte dans cette dernière, il est largement battu dès le premier tour à Montluçon, par Pierre Goldberg dont la liste rafle 54,3% des voix, ce qui lui donne  34 sièges sur 43. Jean Gravier, qui aurait pu siéger dans l’opposition montluçonnaise, annonce qu’il y  renonce à  pour se replier sur ses terres de Villebret. Cet échec qui laisse des traces à droite, au point que celle-ci va s’attacher à  chercher un nouvel homme providentiel pour les échéances futures, ne sera pas sans contrarier sa trajectoire politique.

◘ 1997 et 2002

• UN DOUBLE ÉCHEC AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

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1997: Pierre Goldberg (PCF) retrouve son siège de député

• Deux ans plus tard, la dissolution « surprise » de l’assemblée nationale décidée par Jacques Chirac, oblige Jean Gravier à remettre en jeu son mandat de  député. Comme en 1993, il fait équipe avec Richard Prévost. Tous les deux se présentent comme les « candidats pour les réformes économiques, sociales et politiques de la France« , n’hésitant pas à mettre en exergue sur leur journal électoral une citation d’André Malraux: « On ne fait pas de la politique avec de la morale mais on n’en fait pas davantage sans« . La défense des droits de l’homme, la politique européenne de la France, la baisse de l’impôt sur le revenu accompagnée d’une réforme fiscale, la cohésion sociale, la justice, le logement, la sécurité, ainsi que l’agriculture et les transports sont quelques-uns des grands thèmes que défend le candidat Gravier. Il met en avant son positionnement barriste, rassurant pour les électeurs centristes,  tout en se plaçant sous le patronage de Jacques Chirac. Dans son journal électoral, des photos le montrent voisinant avec Michèle Alliot-Marie, ministre de la Jeunesse et des sports, mais aussi avec Jacques Chirac lui même. La « réforme«  et le « choix de l’adaptation à la modernité«  constituent un autre axe de son programme. Cette réforme doit concerner aussi bien l’État en général, que l’éducation et la formation des jeunes ou la défense et le service national. Enfin, pour séduire un électorat plus « droitier« , le volet sécuritaire et « la lutte contre l’immigration irrégulière« ,  ne sont pas oubliés.

Jean Gravier et son suppléant Richard Prévost: le même tandem qu'en 1993
Jean Gravier et son suppléant Richard Prévost: le même tandem qu’en 1993 (archives J-P P)

Face à Pierre Goldberg, il renoue avec les arguments développés en 1993, lors des législatives, et en 1995, lors des municipales, dénonçant « son appétit immodéré du pouvoir (qui) l’a souvent conduit à cacher la vérité  sur la situation réelle de sa ville« . Selon lui « élu député d’opposition de 1978 à 1981 (Pierre Goldberg) n’a rien apporté à notre région qu’il a complètement isolée du reste de la France« .  Soucieux de séduire une partie de l’électorat socialiste rebelle au vote communiste, il n’hésite pas à rendre un discret hommage à Albert Chaubard, député PS élu en 1981, accusant Pierre Goldberg d’avoir « multiplié les entraves et les tracas à ce député socialiste qui, pourtant, s’est beaucoup investi à Paris, pour la région montluçonnaise« . Enfin, il accuse Pierre Goldberg, redevenu député en 1988 d’avoir soutenu les gouvernements de cette période « comme la corde soutient le pendu (sic). Il votait les textes qui ne portaient pas à conséquence et refusait de soutenir les lois utiles pour la Nation, mais susceptibles d’entamer sa popularité, donc son capital de voix« .

"Barriste" mais aussi "chiraquien" (tract électoral, 1997)
Un « barriste«  qui fréquente aussi les « chiraquiens » (extrait d’un tract électoral)

• Enfin, à ses yeux, l’action de son adversaire « consiste essentiellement à abuser (les électeurs) en accaparant les résultats positifs obtenus par les autres« , ce qui permet à nouveau à Jean Gravier de dénoncer « la propagande effrénée qui coûte “les yeux de la tête” aux contribuables montluçonnais ». Et d’en appeler les électeurs de la circonscription à « refuser une démagogie hypocrite qui se cache sous des dehors bienveillants« . Jean Gravier sait que la partie sera difficile mais il veut y croire en espérant que l’élimination du candidat socialiste au premier tour poussera une part importante de son électorat à se replier sur lui au second tour.

Tract manuscrit diffusé au second tour (1er juin 1997)
Tract manuscrit diffusé au second tour (1er juin 1997)

• Au soir du premier tour, le 25 mai, la déconvenue est de taille et laisse mal augurer du second tour. Jean Gravier  se retrouve largement devancé par Pierre Goldberg (PCF) qui totalise  17 180 voix, soit 6 414 voix de plus que lui. La candidate socialiste, Ginette Goux, quant à elle, a rassemblé 7 096 voix. Dans cette nouvelle confrontation qui s’annonce avec le candidat communiste,  Jean Gravier  tente d’abord de mobiliser les abstentionnistesDans son étrange profession de foi qui prend la forme inhabituelle d’un manuscrit recto-verso, il en appelle d’abord au civisme en écrivant : « J’ai noté que 21 000 personnes ne se sont pas rendues aux urnes. Est-ce par désintéressement ou par lassitude? Peut-être! Je les invite à la réflexion car nos aînés ont versé leur sang pour défendre ce droit« . Mais le cœur de son argumentaire, c’est le redoublement des attaques contre son adversaire, mettant en garde les électeurs contre « la méthode Goldberg« . Selon Jean Gravier, si ce dernier était élu, « même dans l’hypothèse où la majorité changera(it), Montluçon retombera(it) dans l’oubli« . Un oubli dont il affirme que son mandat, entre 1993 et 1997, a permis de sortir la ville: « Pendant quatre ans, martèle-t-il, je me suis  évertué à rompre l’isolement dans lequel mon prédécesseur avait enfermé la région, à sauver des entreprises, à user de mon influence à Paris pour obtenir des crédits pour le logement, pour les zones défavorisées. En un mot à AGIR« 

Jean Gravier et son suppléant, après la défaite (La Montagne - 3 juin 1997)
Jean Gravier et son suppléant, après la défaite ( ©La Montagne – 3 juin 1997)

• Malgré les efforts déployés pour contrer Pierre Goldberg, le second tour marque  la défaite sera sans appel pour Jean Gravier. Il ne recueille que  38,17% des voix face à Pierre Goldberg  qui a  fédéré sur son nom 61,82% des voix. La Montagne (3juin) peut titrer: « Pierre Goldberg dans un fauteuil« : « Même si la victoire de Pierre Goldberg n’est pas une surprise, après l’avance prise par la gauche au premier tour, son ampleur était loin d’être attendue. Avec plus de 60% des suffrages, l’élu montluçonnais a surfé  sur la vague nationale« . Commentant ces résultats, l’historien André Touret (Destins d’Allier, ouvrage cité) écrit: « L’élection de Pierre Goldberg est un incontestable succès personnel. Le député sortant, Jean Gravier (…) subit une cuisante défaite, survenant après sa déconvenue aux élections municipales  de 1995, où il avait commis la maladresse de se présenter à la fois à Montluçon et à Villebret ». En apparence, les soutiens de Jean Gravier veulent croire qu’il aura encore des combats à mener: « Les promesse de mener hardiment des luttes futures l’ont emporté sur l’abattement, à la permanence de Jean Gravier (…) très fortement fréquentée dimanche soir« , lit-on dans le  quotidien régional. Quant au candidat défait, après avoir annoncé que « les choses vont être très compliquées en France« , il poursuit son analyse: « Si on constate que les Montluçonnais ont persévéré dans un certain nombre de choix, ce qui me fait mal aujourd’hui, c’est pour mon pays. Il va y avoir un coup de frein à la construction européenne. Et je ne voudrais pas que mes enfants et petits enfants aient à connaître les mêmes maux que mon père et mon grand-père« .

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1995: Jean Gravier, aux côtés du préfet de l’Allier,  et des sénateurs  Bernard Barraux et Gérard Dériot, encadrant Jean-Pierre Bougerolle, maire de Durdat-Larequille

• Au soir de cette élection, après avoir noté que « l’Allier retrouve ses couleurs », le journaliste Jean-Yves Vif ne manquait pas de s’interroger sur les conséquences que ce coup de balancier à gauche pourrait avoir sur les prochaines élections, qui allaient se profiler, notamment au conseil général: « La gauche, avec ses quatre députés sourit et rêve de prolonger le mouvement aux prochaines échéances locales, pendant que la Droite ne veut voir là qu’un mouvement national ponctuel. En attendant, le département retrouve une représentation politique plus conforme à se réalité socio-économique« , concluait le journaliste. En se penchant sur le cas particulier de Jean Gravier, il ajoutait:  » À un an d’échéances importantes, Jean Gravier, avec ses mandats  de maire de Villebret et de conseiller général, se voit dans l’obligation de reprendre assidûment le chemin du conseil général pour continuer sa carrière politique« . L’année suivante, effectivement la droite perdra la majorité au conseil général, et Gérard Dériot (UDF-URB) devra céder son fauteuil à Jean-Claude Mairal (PCF). Au passage, Jean Gravier y perdra sa vice-présidence pour redevenir simple conseiller général. Il sera réélu conseiller général du canton de Montluçon Sud pour la dernière fois en 2001, mais  avec seulement 50,8% des voix.

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Daniel Dugléry, nouvel homme fort de la Droite montluçonnaise

• L’ultime tentative pour relancer sa carrière politique sera la candidature aux élections législatives de 2002. La candidature de trop…Il laisse alors entendre que ce serait son ultime  mandat, avant son retrait de la vie politique qu’il annonce pour 2007… Mais, cette fois-ci, dans la circonscription de Montluçon, la situation a radicalement changé. La droite a trouvé l’homme fort « providentiel » pour fédérer son électorat : il s’agit de Daniel Dugléry, qui une fois sa carrière parisienne achevée, notamment au ministère de l’Intérieur, a renoué avec ses terres montluçonnaises. En mars 2001, il a ravi la mairie au communiste Jean-Claude Micouraud, auquel Pierre Goldberg avait transmis son écharpe en cours de mandat.  Auréolé de son image de « tombeur de la Gauche », il se présente donc aux élections législatives.  Non investi officiellement par la Droite, Jean Gravier décide quand même d’être candidat. Avec sa suppléante, Stéphanie Giron, une étudiante de 25 ans, ils se présentent comme des « candidats indépendants pour une France rééquilibrée, raisonnable et apaisée« , tout en prônant « ordre et mouvement« .

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Extrait d’un document électoral (2002): aux côtés de Simone Weil (sic) et de Jean-Louis Borloo…

Tous les deux s’affichent comme des « Européens convaincus« , voulant « parachever la construction de l’Europe pour en faire une institution humaine au service de ses habitants et non une usine à gaz au fonctionnement incompréhensible« . Quant à la voie de l’indépendance qu’il dit avoir choisie, alors qu’elle a été en réalité subie, il la justifie par le « rejet du jeu des partis de droite comme de gauche »  et par une formule simple: « J’ai été député, rappelle-t-il, et je sais par expérience que l’on est  d’autant plus entendu que l’on ne doit rien à personne« . Il se présente aussi comme celui qui, en tant que député entre 1993 et  et 1997 a « sauvé la forge de Commentry et ses 350 emplois« , en même temps qu’il a « obtenu l’IRM, qui est venu à Montluçon contre le souhait du maire de Moulins« .

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La profession de foi de Jean Gravier, candidat pour la dernière fois aux législatives (2002)

• Tous les arguments déployés par celui qui aime citer Malraux (« On ne fait pas de la politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans« ) ou Raoul Dautry (« Servir: le plus beau mot de la langue française« ) n’y feront rien.  Cette fois-ci, la défaite est encore plus écrasante qu’en 1997 : Jean Gravier n’arrive qu’en 5ème position, très loin derrière  Daniel Dugléry (UMP – 38,3% des voix), Pierre Goldberg (PCF, 30,6%) et le candidat du PS (14,1%). Avec un  score qui ne dépasse pas les 3%, il   est même distancé par le candidat du Front national (4,8%) qui n’avait pourtant guère d’ancrage politique en région montluçonnaise. .

◘ 2004-2016:

• UNE  FIN DE CARRIÈRE POLITIQUE AUX ALLURES DE« DESCENTE AUX ENFERS« 

 •  Cette défaite sonne le glas de la carrière politique de Jean Gravier : «  À 50 ans, après avoir été l’un des plus jeunes maires du département et avoir exercé une vice-présidence de l’assemblée départementale pendant 16 ans, la carrière politique de Jean gravier aura été interrompue  à la fois par l’arrivée de l’homme fort  de la droite montluçonnaise et les ennuis judiciaires », écrit André Touret (Destins d’Allier, ouvrage cité).  Les uns après les autres, il va perdre ses derniers mandats.

La Montagne (20 avril 2004).
“ Démissionner ou ne pas démissionner?” _ © La Montagne (20 avril 2004).

• Bien que réélu en 2001 dans le canton de Montluçon – Sud et à la mairie de Villebret, il se retrouve mis en minorité par son propre conseil municipal, à la suite d’une élection municipale partielle, provoquée par la démission de 6 élus en mars 2004: « La polémique couvait. Le 24 mars,  6 conseillers municipaux ont démissionné, écrivent les Cahiers Bourbonnais  (n° 188 – été 2004).  Divers problèmes avaient surgi entre  Jean Gravier et une partie de son équipe, concernant notamment l’installation sur la commune de  l’Association pour adultes et jeunes handicapés (APAJH). De querelles en polémiques, de tracts en dépôts de plainte,  la situation s’était envenimée  jusqu’à un point de non retour. Manque de transparence dans le fonctionnement municipal,  critique sur la gestion de l’école, ou mauvais état de la voirie communale ont été quelques-unes des critiques  lancées contre le maire et conseiller général« .

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© La Montagne (10 mai 2004)

•  En fait, le malaise remontait à la fin de juillet 2003, lorsque Jean Gravier avait retiré sa délégation à une adjointe qui avait rejoint le camp des « frondeurs » opposés au projet de l’APAJH qu’il soutenait.  Jean Gravier, qui  perd la majorité après l’élection partielle du 18 avril 2004,   est  contraint d’envisager  la démission   : « Je suis barriste. Donc naturellement peu enclin à la cohabitation. Et je suis trop respectueux de la démocratie pour ne pas en tenir compte« , déclare-t-il au journaliste Jean-Marc Laurent.

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© La Montagne (23 avril 2004)

• Pendant quelques jours, il laisse toutefois planer un certain doute sur ses intentions, peut être parce qu’il pense encore pouvoir retourner la situation. Pour lui, le basculement de majorité dans l’équipe municipale n’est pas un désaveu de sa gestion. il ne serait que le reflet de « l’affrontement de deux mondes« : celui « des gens issus du terroir, aux valeurs solidaires« , en l’occurrence celui qu’il prétend incarner, face « aux nouveaux citadins qui vivent chez eux, férus d’Internet et de TV (…). Les électeurs n’ont pas sanctionné la politique d’un maire qui fait passer sa commune de 500 à 1 200 habitants, poursuit-il. Ils ont eu peur de la différence. ils ont voté contre l’installation de l’APAJH« .  En jetant un regard sur ses 27 ans de mandat municipal, il se dit » fier de ce qui ne se voit pas: la réfection de nos deux églises, le réseau d’assainissement« , ajoutant: « J’ai cru faire ce que j’ai cru juste« . Sur un ton plus personnel, il confesse au journaliste que son seul  regret, c’est  de « ne pas avoir vu grandir (ses) trois filles« .

Hubert Guillemard (à droite) successeur de Jean Gravier à la mairie
Hubert Guillemard (à droite) successeur de Jean Gravier à la mairie

• Finalement, la décision de se retirer finit par l’emporter et il démissionne de  son mandat de maire, le 25 avril 2004. Celle-ci est officiellement acceptée par le préfet le 6 mai. C’est Hubert Guillemard, siégeant dans l’opposition municipale  depuis 2001,  qui lui succèdera, après une élection complémentaire organisée en juin, afin que le conseil municipal soit au complet: « Les 9 élus de la nouvelle majorité villebrétoise ont hâte de se mettre au travail« , avait noté La Montagne (10 mai 2004). Ceux-ci  pointaient au passage « une gestion peu transparente«  de l’ancien maire, ce qui les aurait obligés « dans l’opposition à travailler avec des dossiers vides« . Et face « à un endettement fort« , ils annoncent qu’un audit des finances communales est demandé.

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Jean Gravier (2007) en retrait total de la vie politique

• L’avenir de l’ex député-maire, qui ne détient plus qu’un unique mandat de  conseiller général,  va s’assombrir un peu plus avec l’épilogue de ses ennuis judiciaires qui se sont accumulés. Il a d’abord été condamné  dans une affaire de prise illégale d’intérêt. La justice lui reproche d’avoir présidé en 1999 une commission d’appel d’offres qui avait attribué un marché public à une entreprise de menuiserie que dirigeait alors un membre de sa famille:  » En cas de condamnation, l’ancien benjamin des maires de l’Allier serait reconnu inéligible pour 5 ans, une fois les procédures d’appel éventuel épuisées« , écrivaient alors les Cahiers Bourbonnais (n°180 – été 2002). Quelques semaines après, la condamnation pour prise illégale d’intérêt tombe et elle sera  confirmée le 9 janvier 2003, par la chambre correctionnelle de la cour d’appel de Riom, avec à la clef une  amende de 3 000 euros. La chambre criminelle de la Cour de cassation devant laquelle l’élu avait introduit un pourvoi, le rejettera le 19 novembre 2003, confirmant définitivement  la condamnation.

Devant le tribunal correctionnel de Montluçon, en
Devant le tribunal correctionnel de Montluçon, en 2004

• Celle-ci vient s’ajouter à  une affaire  de violence avec arme.  Le 20 juin 2002, Jean Gravier avait brandi un couteau contre un adversaire politique en qui il voyait « son ennemi juré » et qu’il accusait d’avoir mené contre lui « une campagne ordurière« , au point qu’il aurait « même pensé à mettre fin à ses jours« .  Si le drame avait pu être  évité, le tribunal correctionnel n’en avait pas moins prononcé en 2004 la condamnation de l’élu, à deux mois de prison avec sursis. Devant les juges, il  avait plaidé coupable tout en se présentant comme  « un grand déprimé »: « Je pensais organiser un duel et je voulais lui laisser le choix des armes« , avait-il confié devant les juges. L’enquête révélera qu’il  affichait ce jour-là un taux d’alcoolémie de plus de 2,6 g,  plusieurs heures après les faits. Or, comme l’écrit Didier Lagedamon (La Montagne – 28 avril 2004), « eu égard à une récente série de déconvenues, aussi bien politique que judiciaire, ce renvoi en correctionnel charge un peu plus la barque d’un élu démissionnaire de son poste de maire (…). Suite à un arrêt de la Cour de cassation, il encourt une peine d’inéligibilité de 5 ans ».  Son avocat aura beau plaider la nécessité de « lui laisser une dernière chance de garder un pied en politique« , les juges le condamneront à une peine de deux mois de prison avec sursis, assortis d’une amende et de 6 mois de suspension de permis de conduire.

Mireille Schurch, successeur de Jean Gravier au Conseil général
Mireille Schurch, successeur de Jean Gravier au Conseil général

• Tous les recours concernant sa condamnation pour  prise illégale d’intérêt ayant été épuisés, Jean Gravier avait évoqué la possibilité de saisir la Cour européenne de justice, ce qu’il ne fera finalement pas.  Il se retrouve inéligible pour 5 ans ce qui entraîne  ipso facto la destitution de son mandat de conseiller général. Après avoir tenté de s’y accrocher, il se verra notifier par la préfecture de l’Allier, le 12 mai 2004 « un arrêté de démission d’office de son mandat », son siège de conseiller général étant alors déclaré vacant jusqu’à l’élection partielle qui aura lieu en juillet 2004. Cette fois–ci, c’est la gauche qui l’emportera avec l’élection de Mireille Schurch, maire de Lignerolles et future sénatrice.  Dépouillé de tous ses mandats, Jean Gravier avait confié à la presse: « Si je ne suis plus élu, je ne pleurerai pas« .   Il avait  également annoncé, sur les ondes de la radio montluçonnaise RMB, son intention  d’écrire une histoire du conseil général depuis 1970, date à laquelle Georges Rougeron avait borné ses écrits. Un projet qui n’a, apparemment,  jamais abouti. Il disait ailleurs  vouloir  « s’occuper de sa collection de motos« .

DE la rubrique
De la rubrique « Politique » à la rubrique « Faits divers » (© La Montagne – 28 juillet 2016)

• Totalement exclu du champ politique, dépossédé de tous ses mandats, Jean Gravier n’en continuait pas moins à s’y intéresser, assistant parfois aux sessions du conseil général. Selon les propos d’un élu d’une commune voisine de Villebret, recueillis par La Montagne (28/07), « Sa vie s’était arrêtée quand il avait perdu ses mandats (car) il ne vivait que pour la politique ».  La suite, ce sera une longue « descente aux enfers« , entre des périodes de  dépression, avec le mélange dangereux de médicaments antidépresseurs et d’alcool, jusqu’au drame final  du 26 juillet, au soir. Le 28 juillet, le parquet de Cusset, responsable du pôle criminel de l’Allier décidera d’ouvrir une information judiciaire, Jean Gravier se retrouvant mis en examen pour « conduite en état d’ivresse manifeste et pour tentative d’homicide« .

• Si certains dépeignent  l’ex-élu  comme « impulsif mais pas méchant », Philippe Glomot, actuel maire de Villebret, et son voisin, le décrit comme « passionné par sa commune et son histoire (avec) une réflexion sur le vivre ensemble et le monde, ce qui (le) renvoie à encore plus de questions ». Un parcours que La Montagne (28/07) résumait  ainsi : « Jean Gravier a connu une ascension politique fulgurante avant d’entamer une descente aux enfers ponctuée de démêlés judiciaire »…Sic transit gloria mundi.

• DU MAINTIEN EN DÉTENTION …

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Jean Gravier au moment de sa présentation devant le tribunal de Cusset

• Après une première demande de remise en liberté, présentée quelques jours après le drame par Maître Gilles-Jean Portejoie, demande qui avait été repoussée par la chambre de l’instruction, une nouvelle demande, déposée début octobre a subi le même sort: « Ce qui ronge mon client, avait argué l’avocat clermontois,  c’est qu’on puisse penser qu’il a voulu donner la mort  à la victime, une personne qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam« . Pour lui, ce qui est arrivé ce jour là était « un geste fou, irrationnel. Jean Gravier n’avait pas d’intention homicide. Il était pieds nus, torse nu, ivre mort.Comment peut-il viser quelqu’un qui est à quinze ou vingt mètres?« .De son côté, le Ministère public, qui a été une nouvelle fois suivi par la Chambre de l’instruction,   avait requis le maintien en détention pour éviter tout risque de récidive: « Le tempérament et le caractère violent du mis en cause sont reconnus par son entourage. Et sa violence ne doit pas être détachée de sa faiblesse sur le plan humain: sa dépendance à l’alcool« .

• Au même moment, on a appris que la santé de la victime, qui avait été plongée dans un coma artificiel, avait connu une amélioration relative et que ses jours ne seraient plus en danger. C’est ce qui a permis son transfert vers un hôpital de la région de Bordeaux, là où résident sa fille et son gendre.

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© La Montagne (7 décembre 2016)

• ‌Le 6 décembre, la chambre de l’instruction de Riom a examiné une troisième demande de remise en liberté de l’ancien député.  Pour Raphaël Sanesi, représentant du ministère public,  « Jean Gravier est un homme violent, qui ne peut maîtriser son comportement dans une situation de tension », Il a donc requis le maintien en détention. De son côté, Me Gilles-Jean Portejoie, avocat de la défense, a soutenu un point de vue totalement opposé : « Mon client est un homme malade. À mon avis, beaucoup plus qu’il ne le pense. La vie politique et son rythme effréné ont permis un temps de faire que ça passe au second plan ». L’avocat a donc plaidé pour une solution qui permettrait à l’ancien élu de se soigner à domicile, en le plaçant sous contrôle judiciaire ou bracelet électronique. Des arguments qui n’ont pas convaincu la chambre de l’instruction qui a confirmé le maintien en détention.

… À LA REMISE EN LIBERTÉ PROVISOIRE.

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• Finalement, le 16 février, le juge d’instruction de Cusset en charge du dossier a décidé d’accéder à la nouvelle  demande de la défense: Jean Gravier pourra  quitter la maison d’arrêt le 1er mars, après sept mois de détention provisoire. Il sera alors assigné à résidence à son domicile, sous surveillance électronique. L’ex-député de l’Allier est soumis à une série d’obligations telles que l’interdiction de quitter le département de l’Allier ou d’entrer en contact avec la victime ou ses proches. Il devra aussi pointer au commissariat de Montluçon tous les quinze jours.

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© La Montagne Centre France 18 février 2017

• Pour Me Gilles-Jean Portejoie, « le juge a rendu une décision sage et constructive. Mon client va pouvoir se soigner efficacement. Nous avons toujours défendu la thèse d’un tir accidentel et non volontaire. Nous allons continuer à nous battre pour que notre voix soit entendue et reconnue ». À l’inverse, pour Me Bibal, l’avocat parisien des parties civiles, « la libération prochaine de Jean Gravier est un vrai choc et une source d’inquiétude pour Jean-Luc Ait Maamar et sa famille ». Dans un communiqué publié par Me Bibal, la victime et sa famille ont souhaité réagir:  « Après s’être battu pour sa survie, Jean-Luc Ait Maamar se bat aujourd’hui au quotidien pour réapprendre à vivre et souffre constamment, physiquement et psychologiquement. Il souhaite poursuivre sa rééducation et sa vie sereinement, mais il est terrorisé à l’idée de croiser à nouveau la route de l’homme qui a brisé sa vie. »

• Quoi qu’il en soit,  à ce stade, Jean Gravier reste  mis en examen pour tentative de meurtre, pour les faits survenus à Saint-Genest le 26 juillet dernier et l’enquête se poursuit sous la direction du juge d’instruction. Sitôt connue, la décision du juge d’instruction n’a pas manqué, comme on pouvait s’y attendre, d’enflammer les réseaux sociaux. Les commentaires hostiles à la décision de libération s’y sont multipliés, ainsi que le montrent les deux captures d’écran Facebook, ci dessous, réalisées peu après l’annonce de la décision de remise en liberté.

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Capture d’écran de la page Facebook de La Montagne (Montluçon) (19 février 2017)
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Capture d’écran de la page Facebook de la radio RJFM (19 février 2017): une tonalité guère différente de la précédente

 

© Jean-Paul PERRIN

Contacts: allier-infos@sfr.fr

◘ Points de repères

• 1953:

Naissance à Villebret

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• 1977-2004 :

Maire de Villebret

• 1982-2004:

Conseiller général du canton de Montluçon-Sud

• 1982-1998:

Vice-président du conseil général de l’Allier

• 1988:

Échec aux élections législatives

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•  1993-1997:

Député UDF de la 2ème circonscription de l’Allier (Montluçon).

 

• 1995:

Candidat aux élections municipales  à Montluçon et à Villebret.

img115• 1997:

Échec aux élections législatives face à Pierre Goldberg.

• 2002:

Échec aux élections législatives

• 2003:

Condamnation définitive pour « prise illégale d’intérêt« 

maxnewsworldfour080186• 2004:

Démission de son mandat de maire et démission d’office de son mandat de conseiller général. Fin de sa carrière politique

• 2016:

Mis en examen par le juge du Pôle d’instruction de Cusset pour « conduite en état d’ivresse manifeste et tentative d’homicide ». Jean Gravier fait appel à l’avocat clermontois Gilles Jean Portejoie pour sa défense.

◘ COMMENT LES MÉDIAS RÉGIONAUX  ONT-ILS  RELAYÉ L’INFORMATION? TENTATIVE « D’ASSASSINAT« , DE « MEURTRE » OU « D’HOMICIDE« ?

La Montagne (27 juillet)
© La Montagne (27 juillet): « Un homme grièvement blessé d’un tir à la tête« …L’identité du suspect n’est pas encore indiquée par le quotidien, mais le nom de Jean Gravier commence à circuler.
La Montagne 28 juillet
© La Montagne (28 juillet): « L’ex-député arrêté après le coup de feu ». Titre principal et photo de la une sont consacrés à l’affaire. Le journal se garde de prendre position entre tentative de meurtre ou d’assassinat.  L’attentat terroriste de  Saint-Étienne-de-Rouvray est relégué en haut de page, avec « le second tueur présumé (qui) venait de Montluçon« 
La Montagne 29 juillet
© La Montagne 29 juillet: « L’ex-député Jean Gravier a été placé en détention« . Le journal retient le terme « neutre » de « tentative d’homicide« . Inversion des priorités: c’est désormais l’attentat de Saint-Étienne-de-Rouvray avec « le terroriste (qui) a vécu à Montluçon » qui occupe l’espace central, tandis que  l’affaire de « l’ex-député » est reléguée en haut de page, avec l’annonce de la mise en détention de Jean Gravier.
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© La semaine de l’Allier (4 août): consacre deux pages à l’affaire, avec titre en colonne de gauche sur la une: « L’ancien député a dérapé ». La même « accroche » de une est reprise dans les 3 éditions (Montluçon, Moulins et Vichy).

• Le 6 janvier, soit cinq mois après le début de « l’affaire« , les journalistes de l’Agence de Montluçon de La Montagne sont revenus sur le traitement de l’événement: Comment-ont-ils été mis au courant? Comment ont-ils réagi? Quelles ont été leurs principales sources d’informations…Autant de questions auxquelles répond l’article publié dans la rubrique Les coulisses de l’information. 

© La Montagne (7 janvier 2017)
© La Montagne (6 janvier 2017)
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