MARX DORMOY: DEUX UNIVERSITAIRES AMÉRICAINES SE PENCHENT SUR SON ASSASSINAT

MISE À JOUR: 21 OCTOBRE 2016

 Jean-Paul PERRIN

marx-dormoy-2Il y a 75 ans, dans la nuit du 25 au 26 juillet 1941, Marx Dormoy, ancien député et sénateur-maire de Montluçon, mais aussi ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement de Front populaire, était assassiné, le  corps déchiqueté par une bombe placée sous son lit. Il était alors assigné à résidence à l’hôtel Le Relais de l’Empereur, à Montélimar, sur ordre du gouvernement de Vichy.  Ce dernier avait prononcé la dissolution du conseil municipal de Montluçon et destitué Marx Dormoy de son mandat municipal, dès le 20 septembre 1940. Cinq jours plus tard, au petit matin, il était arrêté à son domicile, avant d’être conduit à Pellevoisin, puis à  Aubenas et à Vals-les-Bains pour, finalement, échouer à  Montélimar.

dormoy-touretQui étaient les exécutants ? Qui étaient les instigateurs de l’assassinat? Si la réponse à la première question est connue, avec l’identité précise des auteurs de l’attentat, le problème de la désignation des véritables  instigateurs reste entier, même si plusieurs pistes ont été sérieusement explorées. André Touret, d’abord dans la biographie qu’il a consacrée à Marx Dormoy (éditions Créer, 1998) puis dans Montluçon 1940-1944, la mémoire retrouvée (éditions Créer, 2001) a présenté une synthèse sur la question. Philippe Bourdrel avec Les cagoulards dans la guerre (éditions Albin Michel, 2009) a longuement enquêté sur l’assassinat de Marx Dormoy et sur ses protagonistes, puisant dans les témoignages et comptes-rendus des enquêtes de police. Lui aussi propose des pistes pour remonter jusqu’aux commanditaires.

Gayle K. Brunelle et Annette Finley Croswhite
Gayle K. Brunelle et Annette Finley Croswhite, historiennes américaines

• Toutefois, il reste des zones d’ombre que deux historiennes américaines, Annette Finley Croswhite et Gayle Brunelle, ont choisi d’explorer, à partir notamment de dossiers judiciaires, de documents ou de témoignages peu ou pas utilisés. En s’intéressant à l’histoire de la France des années 1930, elles avaient déjà pu appréhender l’histoire de la Cagoule. Cette organisation terroriste d’extrême droite, mi-secrète, entendait déstabiliser la République par l’organisation d’attentats ou d’assassinats, jusqu’au coup de force final. C’est ce qui les a amenées à étudier l’assassinat, en plein métro, de Laetitia Toureaux, auquel elles ont consacré un livre non traduit en français (Murder in the Metro : Laetitia Toureaux and the Cagoule in 1930s France, an enthralling historical study of an unsolved murder). 51hwgijdt-lDans cette affaire, elles ont croisé le personnage de Marx Dormoy, qui était ministre de l’intérieur au moment des faits et qui était alors aux avant-postes dans la lutte contre l’organisation terroriste. Il  n’est pas exagéré de dire qu’il a été un des principaux artisans de son  démantèlement. C’est ce qui les a conduites à  se pencher sur  sa disparition tragique en juillet 1941, son assassinat à Montélimar ayant été très tôt imputé à l’organisation d’extrême droite, beaucoup y voyant logiquement une forme de  vengeance de l’organisation secrète.

• À partir de leurs investigations, les deux universitaires américaines  travaillent actuellement à le rédaction d’un ouvrage qui s’intitulera Vengeance Vichy and the assassination of Marx Dormoy (La vengeance : Vichy et l’assassinat de Marx Dormoy). Sur leur site http://www.historys-crucible.com/ on pourra retrouver des informations sur leurs parcours et leurs travaux, ainsi qu’un synopsis de chacun des chapitres envisagés  pour  leur livre en cours de rédaction. Vu du Bourbonnais a choisi d’en publier la traduction intégrale. On trouvera à la suite de cette traduction quelques notes qui apportent des précisons sur les protagonistes de l’histoire. Enfin, l’article est complété par une chronologie  détaillée de la vie de Marx Dormoy et des faits qui sont liés à son assassinat. Il reste à souhaiter que, lorsqu’il sera paru aux États-Unis, le livre puisse susciter l’intérêt d’un éditeur français…Ce qui n’est malheureusement pas certain.

vengeance-page-daccueil-dormoy

◘  PRÉSENTATION PAR SES AUTEURES DU LIVRE À PARAÎTRE…

LA VENGEANCE…VICHY ET L’ASSASSINAT DE MARX DORMOY

Vengeance Vichy and the assassination of Marx Dormoy by Annette Finley Croswhite et  Gayle Brunelle

le-figaro-11-juillet-1940
Le Figaro, au lendemain du vote des pleins pouvoirs

• La vengeance : Vichy et l’assassinat de Marx Dormoy retrace l’histoire de l’ancien ministre de l’Intérieur du Front Populaire, Marx Dormoy,  victime d’une attentat, alors que sur ordre du  gouvernement du Maréchal Pétain, il était assigné à résidence, à Montélimar. Ce crime,  lorsqu’il se produisit dans la nuit du 25 au 26 juillet 1941, fit l’effet d’un coup de tonnerre en France : pour de nombreux Français, en particulier dans les milieux socialistes, francs-maçons, juifs et parmi les opposants au régime de Vichy, il signifiait que leurs ennemis d’extrême droite avaient commencé à mettre en œuvre ce qu’ils redoutaient, à savoir une vague d’assassinats politiques, une épuration effectuée contre des personnalités  ne bénéficiant que d’une protection réduite, voire inexistante.  Dormoy qui s’était bâti une réputation de militant contre les éléments les plus extrémistes et le plus violents de la droite française, avant la seconde guerre mondiale, faisait également partie des célèbres « quatre-vingt », les 80 parlementaires, sur les 669 présents lors de cette fatidique journée du 10 juillet 1940, qui votèrent contre l’attribution des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. La principale conséquence de cette journée  fut la disparition de la république, sur fond d’invasion de l’armée allemande  et de  désintégration de l’armée française. Bien peu furent surpris de l’assassinat de Dormoy, mais ce crime remplit d’effroi nombre de Français et de Françaises, qui  imaginaient ce qui  pourrait suivre.

• Beaucoup de personnes soupçonnèrent aussitôt les membres les plus éminents du gouvernement du maréchal Pétain, si ce n’est le maréchal Pétain lui-même, d’avoir été complices de l’assassinat de Dormoy. Il était certain que parmi les membres du proche entourage de Pétain, bien peu  étaient désolés de voir Marx Dormoy disparaître.  Cependant, le gouvernement de Vichy devait bientôt réaliser que les extrémistes de droite, qu’il avait laissés prospérer, ou tout au moins sur lesquels il avait fermé les yeux,  risquaient de devenir une force particulièrement déstabilisante dans la partie du territoire sous le contrôle de Vichy.  Il apparaissait, notamment, que les assassins et leurs partisans recevaient des fonds et un soutien tactique des Allemands et de leurs partisans en zone occupée.

Pierre Mondanel
Pierre Mondanel 

C’est pourquoi, deux semaines seulement après l’assassinat de Dormoy, le chef des forces de l’ordre de Vichy, Henry Chavin ordonna au directeur des services de la police judiciaire, Pierre Mondanel, de mettre en œuvre tous les moyens possibles  pour résoudre cet assassinat et arrêter ses auteurs. Chavin et Pétain, sans aucun doute, étaient aussi soucieux de veiller à ce que les auteurs de l’assassinat se retrouvent derrière les barreaux, avant qu’ils ne puissent impliquer publiquement  le régime de Vichy dans ce crime. Afin de résoudre cette affaire Mondanel se tourna donc vers  celui qu’il considérait comme son meilleur enquêteur,  le célèbre commissaire Charles Chenevier.

• La  vengeance : Vichy et l’assassinat de Marx Dormoy retracera précisément chacune des étapes de l’enquête conduite par le commissaire  Chenevier, depuis la scène initiale du crime, suivie de l’arrestation de l’équipe, à la fois fascinante et étrange, à l’origine de l’attentat.

Le site dédié aux travaux des deux historiennes http://www.historys-crucible.com/
Le site dédié aux travaux des deux historiennes
http://www.historys-crucible.com/

Les assassins formaient un groupe de quatre jeunes hommes, militants de l’extrême droite nationaliste, aux idées antisémites  et pro-fascistes. Ce quatuor était  complété par une jeune femme capable de toutes les audace,  Annie Mourraille. Le livre brossera son portrait et celui  des autres assassins, à partir de leurs propres témoignages et de leurs correspondance privée. Il retracera  aussi la libération d’Annie Mourraille  alors qu’elle avait  été incarcérée, ainsi que la vie de ses complices : en 1943, ils seront remis entre les  mains de la Gestapo, après que Chenevier, qui avait résolu l’affaire, les eut arrêtés.

En outre, La vengeance : Vichy et l’assassinat de Marx Dormoy retracera la suite du parcours des principaux personnages, pendant et après la guerre :

Une des rares photos d'Annie Mouraille
Une des  rares photos d’Annie Mourraille en compagnie d’Yves Moynier (1943)

• Annie Mourraille qui finit par travailler d’abord pour la Gestapo à Paris, puis pour les services secrets de Franco en Espagne.

Le commissaire Chenevier qui rejoignit la résistance française et poursuivit une brillante carrière  dans la police, après la libération.

• Les ex – cagoulards Joseph Darnand, Gabriel Jeantet, tous les deux proches de Pétain, et Eugène Deloncle, qui collaborèrent avec les Allemands.  Chenevier et beaucoup d’autres avaient la conviction que soit l’un des trois, Darnand, Jeantet et Deloncle, soit les trois ensemble, avaient été les organisateurs de l’assassinat de Dormoy.

En résumé, ce livre se veut un récit vivant d’un assassinat et d’une intrigue en temps de guerre, mais aussi l’histoire d’une victime qui était un homme courageux , ainsi que celle d’un commissaire de police, aussi tenace que brillant. C’est aussi l’histoire d’une  femme scélérate, aussi audacieuse que séduisante, qui se retrouve mêlée à une lutte qui met en jeu  l’avenir de la France.

©Annette Finley Croswhite et Gayle K. Brunelle

vengeance-dormoy

◘ SYNOPSIS DES CHAPITRES DU LIVRE

Chapitre 1 :

Montélimar, le ministre, la blonde et la bombe

Le Matin évoque la mort de Marx Dormoy
Le Matin évoque la mort de Marx Dormoy, dans le respect des consignes de la censure

• Le livre débute avec l’assassinat de Marx Dormoy (1) , à partir du moment où l’explosion de la bombe entraîne l’ouverture de l’enquête policière : les suites immédiates de l’attentat, avec l’arrivée de la police sur place, le récit de ce que les policiers découvrent dans la chambre de Marx Dormoy. Vient  ensuite, en faisant une transition avec le chapitre suivant, la révélation de l’identité de la victime, marquant ainsi le caractère politique de l’assassinat.

Chapitre 2 :

Dormoy, « un patriote et un serviteur ardent de la France »

La Cagoule démantelée (27 novembre 1937)
La Cagoule démantelée (27 novembre 1937)

• Ce chapitre comporte une brève biographie de Marx Dormoy : sa carrière politique, incluant sa défense de la classe ouvrière en tant que socialiste, son rôle de ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Front populaire, son attitude de fermeté  face à l’extrême droite, ainsi que sa lutte contre le  Parti populaire français de Jacques Doriot (2) et son combat opiniâtre contre la Cagoule (3), ce qui conduisit à l’arrestation des chefs de cette organisation en 1937. Son vote courageux contre la disparition de la république et l’instauration de régime de Vichy, le 10 juillet 1940 (4) sera aussi évoqué. Les auteurs retracent ensuite  le parcours de Marx Dormoy, depuis son arrestation sur décision du gouvernement de Vichy, en septembre 1940, jusqu’à sa mise en résidence surveillée au Relais de l’Empereur, à Montélimar en 1941. Le chapitre se conclut par les propos prémonitoires tenus par Marx Dormoy face à des proches, un an exactement avant son assassinat : « Dans un an, soit je serai devenu ministre, soit j’aurai été assassiné ».

Chapitre 3 :

Montélimar : le bouquet des assassins

Le Relais de l'Empereur, à Montélimar
Le Relais de l’Empereur, à Montélimar

• Les premières semaines de l’enquête de police menée à Montélimar, entre le matin du 26 juillet 1941 et le 14 août 1941, sont retracées,  lorsque la police fait une découverte « explosive », au sens littéral du terme, sur laquelle sera mis l’accent dans le chapitre suivant. L’ensemble est basé sur de très nombreux témoignages précis et le chapitre  décrit comment, la police, graduellement, se met sur la trace des assassins, et découvre le moyen astucieux  qu’ils ont utilisés : un bouquet de fleurs, destiné à  dissimuler la bombe à retardement qui devait tuer Marx Dormoy, à l’hôtel du Relais de l’empereur. Progressivement, la police acquiert  la conviction que l’enquête s’oriente vers un crime soigneusement préparé et mis à exécution.

Chapitre 4 : 

Un attentat à la bombe à Nice et une pause dans l’affaire

• Le chapitre s’ouvre sur un autre attentat à la bombe (le 14 août 1941, ndt), dans lequel trois suspects dans cette affaire ont été tués, tandis qu’ils transportaient une autre bombe à retardement, dans un jardin public  niçois. Leur intention évidente était d’utiliser cette bombe pour détruire une synagogue à Nice, même s’il paraît certain qu’ils étaient en train de préparer un autre assassinat : la cible était un homme politique de la Troisième république, un  autre socialiste haï par eux,  Vincent Auriol (5).

Un projet d'attentat contre Vincent Auriol
Un projet d’attentat contre Vincent Auriol, ancien ministre des finances sous le Front Populaire

• Les trois jeunes hommes ont été littéralement réduits en miettes par l’explosion : quand le frère de l’une des trois victimes arriva à Nice pour réclamer le corps de son frère, les morceaux des corps  étaient tellement mêlés les uns aux autres, qu’il repartit bredouille, en enrageant de ne pouvoir distinguer quels étaient les restes de son frère. La police parvient néanmoins à découvrir les cartes d’identité et d’autres papiers sur les dépouilles des victimes. C’est ce qui les conduit à Yves Moynier, à Ludovic Guichard et à Roger Mourraille. On peur découvrir la piste suivie par la Police  qui conduit de l’explosion de la bombe à Nice  jusqu’à l’arrestation de Moynier, Guichard et Mourraille.  C’est l’occasion de faire le point sur  le passé de ces trois hommes.

Chapitre 5 :

Paris annonce que le commissaire Chenevier est chargé de l’enquête.

• C’est dans ce chapitre que l’on découvre le commissaire Charles Chenevier (6), le véritable « héros » de cette histoire. Chenevier était inspecteur  de police à la Sûreté nationale, à l’époque de l’assassinat de Marx Dormoy, mais il était installé à Paris.

Charles Chenevier
Charles Chenevier, commissaire principal de police à Vichy

•Officiellement, le gouvernement de Vichy avait gardé sous sa juridiction  les affaires civiles, ce qui permettait une présence policière importante en zone occupée. Tandis qu’à Paris, dans les semaines précédant la mort de Dormoy, des indicateurs de Chenevier dans les milieux d’extrême droite  (des sources qu’il avait soigneusement utilisées pendant son enquête sur la Cagoule dans les années 1930), l’avertissent que d’ex-cagoulards  ont constitué une équipe d’assassins  et qu’ils ont l’intention de porter rapidement un coup contre une figure de cette Troisième République tant haïe. Chenevier transmet l’information  mais rien n’est fait. Toutefois, après l’assassinat de Marx Dormoy, à Montélimar, le supérieur de Chenevier à Vichy, Henry Chavin (7), lui ordonnera de prendre en main l’enquête.  Ce chapitre présentera Chenevier et montrera comment la police française dépendait de manière importante de ses réseaux d’indicateurs. Il révèlera aussi pourquoi et comment le Commissaire Chenevier  a été  le premier à établir un lien entre la Cagoule et l’assassinat de Marx Dormoy. 

Chapitre 6 :

Montélimar et Marseille : sur la piste de la femme fatale.

• Chenevier arrive à Montélimar et dirige l’enquête, afin de percer la véritable identité de la “femme fatale”, du Relais de l’empereur. Une femme dont  ni Yves Moynier, ni  les deux autres participants  refusent de révéler l’identité.

morene-bnf-gallica
Annie Mourraille , comédienne, sous le pseudonyme d’Anie Morène (1937)

• C’est Chenevier qui, avec l’aide précieuse de l’inspecteur Georges Kubler (8) (qui devait mourir plus tard dans un camp de concentration en Allemagne) réussira finalement a découvrir  l’identité de cette jeune femme, attrayante, qui avait « flirté » avec Marx Dormoy au Relais de l’Empereur et que les témoins connaissaient sous le nom de Florence Gérodias, alors qu’elle s’appelait en réalité Annie Mourraille. Et c’est encore Chenevier, une fois de plus  avec l’inspecteur Kubler à ses côtés,  qui procède à son arrestation, alors qu’elle était dans sa loge, après une représentation théâtrale à Vichy. Après avoir retracé l’enquête qui a permis de retrouver Annie Mourraille, puis de procéder à son arrestation, le chapitre s’achève sur ses toutes premières déclarations à la police, à propos du rôle qu’aurait pu jouer Vichy dans l’organisation de l’assassinat de Marx Dormoy.

Chapitre 7 :

Marseille :  le recrutement d’une équipe d’assassins

yves-moynier
Yves Moynier

Dans ce chapitre et dans les deux suivants, les auteures mettent l’accent sur le commissaire Chenevier et sur l’enquête de police en direction des assassins et des relations qu’ils entretenaient entre eux, mais aussi avec Vichy et avec Paris. Les auteurs examinent  en particulier les relations de camaraderie qui existaient entre eux, à travers l’expérience de la guerre qu’ils avaient partagée et, plus spécialement parmi des hommes, adeptes d’une culture virile et athlétique qui les  unissait et qui avaient conduit à leur recrutement pour constituer l’équipe chargée d’éliminer Marx Dormoy. Roger Mourraille, par exemple, avait rencontré Raymond “André” Hérard alors qu’il combattait dans l’armée du général Franco, pendant la guerre civile espagnole. Ludovic Guichard et Yves Moynier avaient fréquenté le même lycée à Marseille et Moynier travaillait pour Mouraille avant et pendant la guerre..

  Chapitre 8 :

Vichy, le Corse et l’intellectuel

Gabriel Jeantet
Gabriel Jeantet

• Dans ce chapitre, apparaît la figure de Gabriel Jeantet (9). Les auteures examinent les preuves qui commençaient à émerger, imputant l’assassinat de Marx Dormoy au régime de Vichy en général et à Gabriel Jeantet en particulier, notamment à travers le cas d’Antoine Marchi, dont l’identité est révélée à la fin du  chapitre 6. C’est Annie Mourraille  qui s’était  résolue, la première, à le dénoncer à la police, dans un effort désespéré destiné  à sauver Yves Moynier dont elle était tombée amoureuse. Les auteurs s’intéressent à sa carrière militaire, aux  altercations violentes qu’il a eues dans  le passé avec la police, ainsi qu’à ses liaisons  avec l’extrême droite, aussi bien à travers le PPF de Jacques Doriot, qu’avec le M.S.R. d’Eugène Deloncle (10). Ils se penchent aussi sur son rôle de chef au sein du Groupement de Protection à Marseille. Le chapitre se referme sur l’arrestation de  Marchi et sur ses efforts pour faire jouer ses   relations afin de sortir de prison.

   Chapitre 9 :

L’assassin et le chef du complot

• Les auteures poursuivent le récit du parcours d’Antoine Marchi et des policiers qui suivent sa trace de Vichy à Paris. Ils décrivent le voyage clandestin de Marchi à Paris, dans les premiers jours d’août 1941 avec Roger Mourraille et Yves Moynier. Le trio se glisse hors du train et traverse la ligne de démarcation à pied et de nuit, pour pouvoir pénétrer en zone occupée. Ils seront arrêtés lors de leur retour en zone libre. À Paris, ils prennent contact avec le M.S.R., d’abord par l’intermédiaire de “M. André”  (Raymond Hérard) puis avec Eugène Deloncle, au siège du M.S.R.  Hérard, Deloncle et le M.S.R. sont présentés dans ce chapitre et les auteurs  examinent les preuves  montrant que Marchi et probablement Moynier entretenaient, depuis la période d’avant guerre,  des relations avec Deloncle.

Eugène Deloncle, polytechnicien et Cagoulard
Eugène Deloncle, polytechnicien, Cagoulard puis collaborateur sous l’Occupation

• À Paris, ils recherchent ostensiblement la protection de Deloncle, après avoir compris que Vichy n’interviendrait pas en leur faveur. Il est probable que le but véritable de Mourraille et de Marchi  était de faire disparaître “le maillon faible de la chaîne”, Moynier, en le faisant s’enrôler dans  la Légion des Volontaires français contre de Bolchevisme, dont Eugène Deloncle était un des initiateurs. Il aurait ainsi été  envoyé  à la mort sur le front russe,  avant que la police ne puisse l’identifier comme étant un des assassins de Marx Dormoy et qu’elle ne l’arrête. Par la suite, le trio devait se rendre compte que c’était en définitive Annie Mourraille et non pas Moynier, qui avait “vendu la mèche” auprès du commissaire Chenevier, comme le démontre le chapitre suivant.

Chapitre 10 :

Montélimar et Valence, le fin Limier et le Renard

• Un véritable “duel” s’engage entre Annie Mourraille et le commissaire Charles Chenevier, entre les mois d’octobre 1941 et mars 1942. Traduits en justice et inculpés à Montélimar, les suspects sont  incarcérés à la prison de Valence, avec des conditions d’emprisonnement de plus en plus rigoureuses. Ils comprennent alors que Vichy n’a aucunement l’intention de leur venir en aide mais plutôt de les laisser moisir en prison, aussi longtemps qu’ils garderont le silence. Bien qu’Annie Mourraille et le commissaire Chenevier soient des adversaires, ils ont en commun le désir de voir les “véritables” instigateurs du crime, à Vichy,  arrêtés et amenés à eux.

Chenevier aux prises avec Annie Mouraille
Charles Chenevier (au centre) aux prises avec Annie Mouraille

• Chenevier, lui, est déterminé à faire tomber Jeantet et les cagoulards à Paris, si tant est qu’il le puisse. Annie Mourraille, quant à elle,  a peur pour elle-même et elle est terrifiée pour Moynier, qui refuse obstinément de coopérer avec la police, afin de sauver sa peau. Ce chapitre juxtapose des éléments provenant des enquêtes de la police, avec des lettres et des extraits du journal tenu par Annie Mourraille. Les auteurs cherchent à expliquer comment Annie Mourraille,  (“la renarde”)  essaye de se montrer plus maline que  Chenevier (le “limier » et tente de faire opérer  son charme sur lui, de sorte qu’il se rallie à sa cause.

La maison d'arrêt de Valence
La maison d’arrêt de Valence

• On voit également le commissaire, un fin limier, en commissaire de police  prudent mais toujours galant, disposé à entrer dans le jeu d’Annie Mourraille, mais bien décidé à suivre les sentiers qui le mèneront à Vichy. En attendant, Roger Mourraille, conscient que Vichy l’a abandonné, commence aussi à impliquer Vichy dans l’assassinat de Marx Dormoy, tout en protestant de sa propre innocence. Cependant la police  finit par comprendre quel individu dangereux est Roger Mourraille, et  peut-être même qu’il est réellement  le plus dangereux de tous les assassins.

  Chapitre 11 :

Vichy, Paris et Marseille : l’inspecteur Chenevier résout l’affaire

sans-titre
Gabriel Jeantet

• En mars 1942, alors que les assassins sont toujours en prison, le commissaire Chenevier peut enfin interroger  en premier Gabriel Jeantet, puis Eugène Deloncle, grâce au témoignage d’Annie Mouraille. Les auteurs mettent en parallèle ces interrogatoires  qui se déroulent comme un jeu complexe du chat et de la souris, avec une autre confrontation du même type. Elle  se déroule  à Montélimar et elle oppose le juge Marion et les assassins présumés de Marx Dormoy qui sont emprisonnés. Ces derniers et leurs avocats manœuvrent pour obtenir leur libération ou, au moins, pour obliger le juge à reconsidérer leur statut de prisonnier : alors qu’ils sont sous le statut de criminels de droit commun, ils demandent qu’on leur reconnaisse le statut de prisonniers politiques.

La prison de Largentière (Ardèche)
La prison de Largentière (Ardèche) et le palais de justice attenant

• Le 29 août 1942, ils finissent par obtenir d’être transférés à la prison de Largentière, qui offre des conditions de détention moins rigoureuses. Les auteurs expliquent comment Roger Mourraille et Antoine Marchi s’y prennent pour être remis en liberté.  En octobre 1942, les trois autres inculpés, Annie Mourraille, Ludovic Guichard et Yves Moynier tentent une audacieuse évasion de la prison de Largentière, probablement avec l’appui extérieur  de Roger Mourraille qui a recouvré la liberté. Ce chapitre s’achève sur l’échec de cette tentative d’évasion et sur le blocage de l’enquête  entre le commissaire  Chenevier et Vichy. Pendant ce temps, l’armée allemande envahit la zone libre, le 11 novembre 1942.

   Chapitre 12 :

Largentière, la Gestapo et le directeur de la prison

• En se basant sur le témoignage du directeur de la prison de Largentière, les auteurs racontent comment Hugo Geissler (11), le chef de la Gestapo dans l’ancienne zone libre, arrive à la prison de Largentière. Il menace de la faire sauter avec tous les prisonniers à l’intérieur, sauf si le directeur de la prison accepte de relâcher les trois derniers assassins de Marx Dormoy encore emprisonnés. Ce dernier tente de lui tenir tête mais, finalement, il est obligé de se soumettre. Geissler quitte Largentière au volant de sa Mercedes, avec Annie Mourraille assise à ses côtés. Point final du chapitre : l’arrestation par Geissler du commissaire Chenevier en novembre 1943, suivi de son interrogatoire brutal et de sa déportation au camp de concentration de Neuengamme.

Chapitre 13 :

Paris et Pau : la collaboration et le crime

• Les auteurs font le point sur ce que deviennent les assassins de Marx Dormoy,  depuis leur libération en 1943 jusqu’à la fin de la guerre. Tous choisissent la collaboration avec l’Allemagne. Annie Mourraille épouse Yves Moynier et ils s’installent dans un appartement à Paris,  dans le même immeuble que celui où vit l’épouse de Joseph Darnand. Ils sont invités chez Eugène Deloncle qui présente Annie Mourraille à ses invités comme « la femme qui a assassiné Dormoy ». Roger Mourraille se met au service de la Gestapo.

• Avec Yves Moynier, il forme une équipe de voyous, bénéficiant de  la protection des Allemands. Ils font  “ régner l’ordre ” dans la région entre Bordeaux et Pau. Ils se livrent à des extorsions de fonds,  à des vols de bijoux et d’antiquités, les victimes étant des juifs qui s’étaient  réfugiés dans ce qui était la zone libre pour échapper à la déportation en camps de concentration. Guichard retourne à Marseille et collabore avec les Allemands. C’est ce qui lui vaut une réputation  de dangereux informateur, responsable de la déportation de nombreuses personnes. Le chapitre s’achève juste avant la libération.

   Chapitre 14 :

Barcelone, Baden-Baden et le Venezuela : l’exil des assassins

• Dans ce chapitre, les auteurs suivent l’itinéraire des assassins en exil, après guerre. À la libération de Paris, les assassins de Marx Dormoy prennent la fuite. La plupart finissent par s’installer en territoire espagnol, non seulement parce qu’il n’existe pas de traité d’extradition avec la France, mais aussi parce qu’ils avaient noué des liens avec l’Espagne, lors de la guerre civile, en particulier Roger Mourraille.

Franco refuse la demande d'extradition
Franco refuse la demande d’extradition des auteurs de l’attentat

• Le parcours de ce dernier se révèle particulièrement intéressant : il trouve refuge à Barcelone où il espère bien couler en toute sécurité une retraite confortable. Portant, le gouvernement espagnol, de façon inattendue, le fait arrêter et le remet aux Américains.  Il tente de leur fausser compagnie, en sautant du train qui le ramène en France, mais il a les deux jambes brisés. Il est repris et il est interrogé par les Américains à Baden-Baden, en Allemagne.  Par la suite, Mourraille parvient à recouvrer la liberté et il regagne Barcelone où il semble qu’il ait passé le restant de ses jours.

   Chapitre 15 :

Paris : le juge Lévy reprend le dossier et Chenevier rentre en France

• L’enquête conduite par le juge Robert Lévy et le combat de Chenevier pour laver son honneur et obtenir sa réintégration à la Sûreté Nationale, constituent la trame de ce chapitre. Comme le précédent, il débute à la libération, mais avec une perspective différente. Immédiatement après son installation, le Gouvernement provisoire de la république française décide de rouvrir le dossier de l’assassinat de Marx Dormoy, qui était resté  au point mort.

Jeanne Dormoy (1886-1975)
Jeanne Dormoy (1886-1975), “gardienne” vigilante de la mémoire de son frère

• Il le fait, en partie, sous la pression de Jeanne Dormoy (12), la sœur de Marx Dormoy, mais surtout parce qu’il compte ainsi alourdir les charges pesant contre Pétain, Laval et les collaborateurs qui étaient à Vichy et à Paris. Bien que le juge Marion ait été initialement en charge de l’affaire à Montélimar, le dossier de l’assassinat de Dormoy est transféré à Paris, pour être confié au juge d’instruction Robert Lévy. Dans un premier temps, il semble que l’intérêt qu’il portait au dossier provenait du fait qu’il entendait lier l’assassinat de Marx Dormoy à la cagoule. Pendant ce temps, en juin 1945, le commissaire Chenevier revient du camp de concentration de Neuengamme et, le 10 août 1945, on lui remet la Croix de guerre. Néanmoins, Chenevier se retrouve face à  la commission d’épuration qui l’accuse d’avoir collaboré avec l’ennemi pendant la guerre. C’est ce qui explique qu’il va devoir  se battre contre cette décision, un combat qui durera jusqu’en 1948. À cette date, il sera réintégré dans la Police nationale.

• Au-delà du cas personnel de Chenevier, la tournure tragique prise par les évènement aura des conséquences. Bien que Chenevier puisse témoigner devant le juge Lévy, à propos du rôle qu’il a joué dans l’enquête sur l’assassinat de Marx Dormoy, entre 1941 et 1942, il ne peut pas prendre une part active  dans la l’enquête rouverte entre 1945 et 1947. Le dossier est confié à des policiers qui ne sont pas familiarisés avec la précédente enquête. C’est ce qui les a probablement empêchés d’agir suffisamment vite pour arrêter les assassins, avant qu’ils n’aient la possibilité de  s’enfuir de Paris.

   Chapitre 16 :

Montluçon : la sœur de Marx Dormoy réclame justice

• Le chapitre débute par la présentation des résultats de l’enquête du juge Lévy. Le 14 août 1947, la police rend public un rapport de 33 pages qui résume l’affaire et demande que Annie Mourraille, Yves Moynier, Roger Mourraille, Antoine Marchi et Ludovic Guichard soient inculpés pour meurtre et qu’il soit procédé à leur arrestation. Bien évidemment, à l’exception de Marchi, ils sont tous en sécurité et hors d’atteinte de la justice française. Annie Mourraille, Yves Moynier et Roger Mourraille se sont  réfugiés en Espagne et Ludovic Guichard,  au Venezuela. Quant à Marchi, qui est hospitalisé dans une prison parisienne, il proclame haut et fort qu’il a eu des activités dans la Résistance.

1948: le temps des hommages à Marx Dormoy
1948: le temps des hommages à Marx Dormoy

• Les policiers concluent par ailleurs au manque de preuves pour inculper Gabriel Jeantet et  Eugène Deloncle, lequel est mort depuis. On ignore l’endroit où pourrait se trouver Hérard. Ainsi, seul Marchi devra faire face à un procès, en 1948, pour son rôle dans l’assassinat de Marx Dormoy. Désormais, c’est à Jeanne Dormoy, avec son fidèle avocat André Blumel, et avec Léon Blum, qu’incombe la tâche de  maintenir vivante la mémoire de Marx Dormoy, mais aussi de veiller à ce que la procédure en cours contre les  assassins en fuite reste ouverte.

  Chapitre 17 :

Conclusion : La piste menait-elle à Paris …ou à Vichy ?

• En conclusion, les deux auteures expliquent pourquoi elles pensent que les ex-cagoulards, à Paris et à Vichy, alors qu’ils avaient des points de vue opposés sur la question de la collaboration avec les Allemands, ont certainement œuvré ensemble, pour la plupart, afin d’éliminer Marx Dormoy. D’abord, il en savait trop  sur leurs activités avant la guerre. Au passage, elles examinent la question de la serviette que Marx Dormoy avait apportée avec lui à Vichy,   que la police avait conservée comme pièce à conviction et qui avait été ouverte, le 27 février 1942,   en présence du juge Marion et de Franchetti, l’avocat de plusieurs des inculpés.

• Cette serviette contenait plus d’une centaine de documents portant sur les années 1937-1938, montrant clairement quels étaient les résultats de l’enquête ordonnée par Marx Dormoy sur la Cagoule. Ce chapitre examine aussi la question plus large de l’importance de la place de Marx Dormoy dans l’histoire, de sa carrière et de son assassinat. Autre point examiné : les activités de Gabriel Jeantet et d’Eugène Deloncle, la collaboration entre le régime de Vichy et l’extrême droite basée à Paris, à travers les actions des ex-Cagoulards, des deux côtés de la ligne de démarcation.

Épilogue

La“ résurrection” de Marx Dormoy

• Cet épilogue présente une analyse de l’enquête menée par les auteures pour retracer la carrière de Marx Dormoy, avec la visite des lieux où il a vécu et la recherche de documents liés à son assassinat. Marx Dormoy était un homme politique important, mais on se souvient aujourd’hui de lui davantage pour la station de métro parisienne qui porte son nom, beaucoup plus que pour ses véritables réalisations. Marx Dormoy, quoi qu’il en soit,  a mené un combat majeur contre les forces de droite, rejetant l’antisémitisme, refusant l’armistice, la collaboration et le gouvernement de Pétain. Son assassinat en temps de guerre et la tendance après guerre à vouloir oublier les crimes de Vichy, l’ont privé de la reconnaissance qu’il méritait réellement.

• C’est pourquoi ce chapitre redonne à Marx Dormoy sa place de personnage central dans l’histoire de la France. Il permet aussi d’inscrire dans leur contexte, la ténacité et le courage dont a fait preuve Jeanne Dormoy   qui s’est battue jusqu’à sa mort pour que justice soit rendue. Les auteures laissent le lecteur avec le sentiment que le livre commence là où Jeanne Dormoy s’arrête, après avoir réussi à lever le voile sur la mort horrible et prématurée de son frère.

© Annette Finley-Croswhite et Gayle K. Brunelle

► Texte original consultable sur  le site d’Annette Finley-Croswhite et Gayle K. Brunelle  :

Pour en savoir plus...Un autre article à consulter sur ce blog consacré à  Annie Mourraille

 

◘ NOTES

(1)  Marx Dormoy : voir la chronologie de sa vie  ci-dessous.

(2)  Jacques Doriot : Né en 1898 près de Beauvais, il est ouvrier ajusteur à Saint-Denis en 1915. Mobilisé en  avril 1917, il participe à la Grande guerre. Ayant rejoint le parti communiste, via l’Internationale des Jeunesses communistes, il connaît une ascension politique rapide : député communiste de Saint-Denis dès 1924, il est candidat au poste de secrétaire général du parti communiste. Il est également élu maire de Saint-Denis en 1931.

Jacques Doriot, à la tribune d'un meeting en 1941
Jacques Doriot, à la tribune d’un meeting en 1941

Après le 6 février 1934, il prône une politique d’union des grands partis de Gauche, une ligne que ne partage encore ni l’Internationale communiste, ni  la direction du Parti communiste. Jacques Doriot, en butte avec cette direction incarnée par Maurice Thorez, est exclu du Parti communiste en juin 1934. Pendant l’été 1936, il fonde le Parti Populaire Français qui compte 300 000 adhérents avant 1939 : « Il a tous les attributs du  mouvement fasciste autour des thèmes populistes comme l’antiparlementarisme, l’antisémitisme et l’anticapitalisme », écrit Jean-Paul Cointet dans le Dictionnaire historique de la France sous l’occupation (éditions Tallandier, 2000).  Jacques Doriot se révèle un excellent tribun, capable de galvaniser ses auditeurs. En 1937, suite à  une enquête administrative diligentée par le ministère de l’Intérieur, la gestion de la commune de  Saint-Denis est invalidée, des irrégularités ayant été constatées. Cette gestion avait été dénoncée notamment par le parti communiste mais il semble que Marx Dormoy avait quelque peu tergiversé, ne souhaitant pas donner l’image d’un ministre qui céderait face aux injonctions communistes.  Il avait toutefois fini par signer l’arrêté de révocation de Doriot, le 25 mai 1937, celui-ci restant conseiller municipal. Doriot avait alors démissionné pour prendre la tête de la liste PPF . Lors des élections municipales partielles, il subit une défaite face aux candidats communistes. Cette décision d’invalidation  fera naître en lui une haine farouche vis-à-vis de Marx Dormoy.  Commence alors une dérive complète « vers le fascisme mussolinien,  vers Franco, puis vers le nazisme, notamment à travers les retombées de la guerre d’Espagne qui le conduisent à prendre position contre  ses anciens camarades et leurs alliés », selon Philippe Robrieux (Histoire intérieure du parti communiste –Tome IV, éditions Fayard, 1984). Jacques Doriot participe aux combats de mai-juin 1940. Démobilisé, il bascule dans la collaboration, après avoir commencé par soutenir la politique de « Révolution Nationale » du maréchal Pétain. En août 1941, suite à l’invasion de l’URSS par l’Allemagne qui a commencée deux mois plus tôt, il figure parmi les fondateurs de la Légion des Volontaires français contre le bolchevisme. On le retrouve aussi dans des organisations telles que  le Cercle européen et le Comité des amis de la Waffen SS. Jacques Doriot qui aurait souhaité, avec le P.P.F.,  prendre le leadership de la Collaboration, échoue face à Marcel Déat,  qui est à la tête du Rassemblement National Populaire. En 1944, après la débâcle allemande, il se réfugie en Allemagne et, avec l’appui de Hitler et de Ribbentrop, son ministre des affaires étrangères, il est pressenti pour prendre la tête  d’un futur « gouvernement révolutionnaire français », qui se réinstallerait à Paris lorsque la France aurait été reconquise après une contre-offensive allemande. Le 6 janvier 1945, à Constance, il annonce même la création d’un  « Comité de libération française ». Le 22 février 1945, alors qu’il se rend à Mengen pour y rencontrer Marcel Déat, il meurt à la suite du mitraillage de sa voiture par un avion probablement allié, même si l’action a été parfois attribuée à la Luftwaffe. Si l’implication de Doriot et du PPF dans l’assassinat de Marx Dormoy, n’a jamais été totalement démontrée, on peut toutefois rappeler les menaces proférées par Jacques Doriot, devant témoins, le 10 juillet 1940, à Vichy : « Nous aurons aura ta peau , tu entends, Dormoy, ça ne tardera pas !». Sur les auteurs de l’attentat de Montélimar, Philippe Bourdrel (Les Cagoulards dans la guerre, éditions Albin Michel, 2009) écrit que « Les plus fortes présomptions conduisent vers les anciens de la Cagoule, sans que l’on puisse exclure l’hypothèse d’une intervention des amis de Jacques Doriot, voire de Jacques Doriot lui-même ». Une hypothèse qu’avait confirmée Victor Barthélémy, ancien secrétaire général du bureau politique du PPF à Philippe Bourdrel en 1970 : « C’est le PPF qui fut à l’origine de la mort de Marx Dormoy ». Pour en savoir plus sur Doriot, on pourra se reporter au livre de Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot (éditions Balland,1986).

(3)  La Cagoule : La Cagoule est le surnom donné par la presse à l’ Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale ou OSARN, fondée en 1935 par Eugène Deloncle et par des transfuges de l’Action Française. Le fondateur de la société l’Oréal, Eugène Schueller, ami intime d’Eugène Deloncle met ses moyens personnels à la disposition de la Cagoule. D’autres industriels comme Michelin ou Lesieur apportent aussi un appui financier. Mouvement à tendance fasciste, la Cagoule est à la fois anticommuniste, antisémite et antirépublicaine.

La Cagoule à l'action...L'assassinat de navachine
La Cagoule à l’action…L’assassinat de Navachine

C’est ce qui la conduit à mener, dès 1936, des actions destinées à déstabiliser la République : aux assassinats (l’ingénieur russe Navachine, les frères Rosselli, des italiens antifascistes réfugiés en France, ou encore le meurtre mystérieux dans le métro de  Laetitia Toureaux), s’ajoutent des attentats, comme celui perpétré contre l’immeuble  de la Confédération générale de la production française. Dans la nuit du 15 au 16 novembre 1937, la Cagoule échoue dans sa tentative de prise du pouvoir et c’est alors que  Marx Dormoy est  ministre de l’Intérieur qu’elle est démantelée. Des perquisitions menées sur tout le territoire permettent de mettre au jour des caches d’armes. En 1938, la police est parvenue à arrêter près de 130 personnes, même si des personnages importants parviennent à  y échapper. La presse d’extrême droite, prenant le parti des « prétendus comploteurs » n’hésita alors  pas à couvrir Marx Dormoy de quolibets, notamment en l’affublant du surnom de « Fantomarx ».

Jean Filliol, un des tueurs de la cagoule
Jean Filliol, un des tueurs les plus redoutables de la Cagoule

Pendant la seconde guerre mondiale, les anciens Cagoulards feront des choix différents, entre ceux qui soutiendront le régime de Vichy, ceux qui basculeront dans la collaboration active et ceux, moins nombreux,  qui opteront pour la résistance. C’est seulement en 1948 qu’aura lieu le procès de la Cagoule. Pour en savoir plus, on pourra se reporter aux livres de Philippe Bourdrel, La Cagoule, histoire d’une société secrète, du Front populaire à la Vème république (4ème édition complétée, 1992) et  Les Cagoulards dans la guerre (2009), tous les deux publiés par les éditions Albin Michel.

(4) 10 juillet 1940 : Cette date « scelle l’abdication de la chambre des députés et du sénat devant leurs responsabilité politiques », écrit Michèle Cointet (Dictionnaire historique de la France sous l’occupation, ouvrage cité). Ce jour-là le Parlement est convoqué à Vichy, où s’est installé le gouvernement dirigé depuis le 16 juin par le maréchal Pétain.

La séance de vote, au casino de Vichy, le 10 juillet 1940
La séance de vote, au casino de Vichy, le 10 juillet 1940

L’Armistice, signé le 22 juin, a marqué la défaite de la France, même si le général de Gaulle a lancé un appel à la Résistance, le 18 juin, sur les ondes de la BBC. Tous les sénateurs et députés qui ont pu rallier la station thermale sont réunis, une première fois séparément, le 9 juillet. Les deux assemblées, à l’exception de 4 parlementaires, votent un texte stipulant qu’il y a lieu de réviser la Constitution. Le lendemain, 10 juillet, les parlementaires siègent ensemble, au Grand Casino de Vichy, aménagé  sommairement en Palais législatif. Ils doivent voter sur un article unique : « L’assemblée nationale donne tous les pouvoirs au gouvernement de la république sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain,  à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l’Etat français. Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie. Elle sera ratifiée par la nation et appliquée par les assemblées qu’elle aura créées ». Sur les 666 parlementaires présents, 649 prendront part au vote : 569 voteront en faveur de cet article. 80, seulement, feront le choix de s’y opposer.  Parmi eux, figurent  trois parlementaires bourbonnais : Marx Dormoy, sénateur-maire de Montluçon, Eugène Jardon (député-maire de Domérat) et Isidore Thivrier, député maire de Commentry. Dès le 11 juillet, sont promulgués par le maréchal Pétain les premiers actes constitutionnels. Ils fondent l’État français, en scellant la disparition de la république, et ils ajournent les deux chambres. Le 12 juillet, Pierre Laval est nommé vice-président du conseil.

(5)  Vincent Auriol : Né en 1884, il a été élu député SFIO de Muret (Haute-Garonne) dès 1914. Il devient un des spécialistes du parti pour les questions financières, ce qui explique qu’il ait occupé le poste de ministre des Finances dans le gouvernement Blum, en juin 1936.

Vincent Auriol
Vincent Auriol (1884-1968)

Après avoir voté contre les pleins pouvoirs, le 10 juillet 1940, il est révoqué de sa fonction de maire, comme Marx Dormoy. Entré dans la résistance, il est un des initiateurs de la reconstruction de la SFIO en zone libre. Après Londres en 1943, il rejoint Alger où il siège à l’assemblée consultative. En 1947, après avoir présidé les deux assemblées constituantes (1945-1946) et suite à  l’adoption de la nouvelle constitution fondant la IVème république, il est élu président de la République, une fonction qu’il occupera jusqu’en 1954. Vincent Auriol est décédé en 1968.

(6) Charles Chenevier : Né en 1901, il entre dans la police en 1925 comme inspecteur de la police spéciale  des chemins de fer à la gare Saint-Lazare. Il est affecté en mai 1928  à la 1ère Brigade Mobile de Paris. En mars 1936 il est promu commissaire de police et, à ce titre, il participe au démantèlement de la Cagoule, Marx Dormoy étant ministre de l’Intérieur.

Caricature de Jean Effel: "Cette fois, les cagoulards, je crois qu'on en est débarrassé pour de bon", dit Marx Dormoy.
Caricature de Jean Effel: « Cette fois, les Cagoulards, je crois qu’on en est débarrassé pour de bon », dit Marx Dormoy à son chef de cabinet.

Sous l’État Français, il est Commissaire Principal de Police Judiciaire à Vichy. Selon l’historien de la police, Jean-Marc Berlière,  « Dès les débuts de l’occupation allemande, Chenevier entre en résistance par le biais du réseau mis en place en zone sud par les anciens du contre-espionnage de l’armée, sous couvert des « Travaux ruraux) ». De son côté, Georges Rougeron (Quand Vichy était capitale, éditions Horvath), écrit que « Au sillage de l’O.S.S. se rattachait le Réseau  « Ritz-Crocus » dont le chef était le Commissaire de Police Chenevier, à Cusset, et qui disposait d’un émetteur dans une cabane de vigneron à Contigny ». En juillet 1943, il crée  à Vichy le réseau Jacques, prospecte des terrains et recherche des équipes pour des parachutages. Il est arrêté par le chef de la Gestapo, Hugo Geissler,  à son domicile à Vichy, le 11 novembre 1943, après avoir été«dénoncé comme se livrant à une activité anti-allemande» 

Charles Chenevier
Le commissaire Charles Chenevier (1901-1983)

D’abord interné à Vichy jusqu’au 1er décembre 1943, puis à la prison du 92ème Régiment d’Infanterie à Clermont-Ferrand jusqu’au 30 janvier 1944, il est ensuite  transféré à la prison de Fresnes où il est mis au secret pendant plusieurs mois. Le 28 juillet 1944 il est déporté de Compiègne à Neuengamme Bien qu’il fasse partie de la catégorie Nacht und Nebel, la procédure ne lui est pas appliquée. Il est affecté au  Kommando de Bremen-Osterort. Là 900 détenus y travaillent à la réalisation d’un bunker pour sous-marins. Début avril 1945, il est évacué vers le Kommando de Sandbostel où il arrive le 13 avril. Il est finalement libéré le 29 avril 1945 par les troupes canadiennes.  À son retour en France, il est accusé d’avoir collaboré  et il est mis à la retraite d’office par arrêté ministériel du 2 octobre 1946. Se considérant comme Victime d’une  » cabale partisane, » il sera  lavé des accusations qui pesaient sur lui et il réintégrera la Police Nationale en janvier 1948. Dirigeant le Groupe de répression du banditisme, il est mêlé aux grandes affaires criminelles qui ont marqué la chronique de l’après-guerre: les arrestations d’Abel Danos ou d’ Emile Buisson, « l’ennemi public n° 1 », l’affaire des  les bijoux de la Bégum,mais aussi  le crime de Lurs (« l’affaire Dominici »). Il est décédé le 25 août 1983 à Saint-Cloud.

◘ Pour en savoir plus …Deux livres à consulter:

Charles ChenevierLa Grande maison (282 p, éditions Club français du livre, 1976).

Jean-Émile NéaumetLes grandes enquêtes du commissaire Chenevier, de la Cagoule à l’affaire Dominici. (347 p, éditions Albin Michel, 1995).

(7)  Henry Chavin : Né le 25 avril 1889 à Meaux (Seine et Marne), il est licencié en droit (1912) et  titulaire d’un DES d’économie politique, ce qui lui permet de devenir avocat. Après la Grande guerre, il débute une carrière dans l’administration préfectorale. Il est  chef de cabinet du préfet de la Mayenne (1920), de la Somme (1921), et du Nord (1922). Il est ensuite  sous-préfet de Châteaubriant (1923), de Villeneuve-sur-Lot (1929). Il occupe par la suite les fonctions de directeur du cabinet civil du ministre de la Marine, Georges Leygues (1932). Rattaché à la préfecture de la Seine (1er juillet 1932) puis sous-préfet de Béthune (1933), il devient directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture Thillier (1936), avant de poursuivre sa carrière préfectorale (Basses-Alpes, Vaucluse, Haute-Vienne et  Constantine en 1939. Il est ensuite nommé  directeur général de la Sûreté nationale (20 août 1940), puis secrétaire général pour la police (26 mars 1941). Ses services sont notamment chargés de la mise en application de la loi du 23 juillet 1940 sur les dénaturalisations qui concerne 4 000 personnes.  Henry Chavin est aussi connu pour un rapport écrit en juin 1941 et portant son nom, dans lequel il affirme la réalité de l’existence d’un « complot synarchique ». Suspendu de ses fonctions le 8 septembre 1944, il est révoqué le 17 octobre 1944.

(8) Georges Kubler : Né en 1913, commissaire de police  à Lyon en 1943, Georges Kubler a participé à la résistance au sein du réseau Gallia. Après avoir été arrêté, il a été déporté  et il est mort en camp de concentration en 1945

jeantet-gabriel
Gabriel Jeantet (1906-1978)

(9)  Gabriel Jeantet : Né en 1906 à Pomponne,il a commencé par militer très jeune dans les milieux nationalistes, avant de devenir secrétaire général des étudiants du groupe de Paris de l’Action française. (1928) et vice-président de la fédération nationale. Comme d’autres militants de l’Action Française qui trouve l’organisation trop modérée, il la quitte au milieu des années 1930 pour rejoindre la Cagoule. Selon Philippe Bourdrel (ouvrage cité), «  il s’y spécialise  dans le trafic d’armes tantôt en Italie et tantôt en Espagne».  Lors du démantèlement de celle-ci, il s’enfuit à l’étranger, d’abord en Italie, puis en Espagne. À la déclaration de guerre, il rentre en France où il est arrêté. Défendu par Xavier Vallat, il est remis en liberté provisoire en janvier 1940, avant d’être incorporé  dans l’armée. Sa participation aux combats, notamment dans la 4ème division cuirassée du colonel de Gaulle  lui vaudra la Croix de guerre. Installé à Vichy, il opte pour le maréchal Pétain, tandis que certains autres Cagoulards, comme Maurice Duclos font le choix de  De Gaulle et de la France libre. De 1940 à 1944, il est chargé de mission au cabinet civil  du maréchal Pétain. En 1942, il fonde la revue France, revue de l’État nouveau, dans laquelle André Bettencourt et François Mitterrand (« Pèlerinage en Thuringe ») publient des articles. C’est en tant que membre du conseil de la Francisque, qu’il figure avec Simon Arbellot de Vacqueur  parmi les parrains de François Mitterrand, en 1943. Selon Pierre Péan, «Jeantet, perpétuel comploteur, est à la fois un propagandiste militant et un homme de l’ombre; il reçoit et aide des résistants (anciens cagoulards) venus de Londres et favorise d’autres menées anti-allemandes». Engagé  dans un mouvement de résistance contre la politique d’annexion menée par le Reich en Alsace, il est arrêté le 27 juillet 1944 et déporté en Allemagne le mois suivant. Selon certaines sources, en décembre 1943, il aurait pris contact avec l’entourage de l’amiral Canaris en vue de fomenter un complot contre Hitler et de négocier la paix avec les Alliés.  Il sera rapatrié en mai 1945 puis détenu à la prison de Fresnes. Dans Le Figaro du 9 octobre 1948 qui rapporte son procès, on peut lire qu’il  est condamné par le tribunal «à 25 ans de dégradation nationale et à la confiscation de ses biens présents et à venir». Lors du procès de la Cagoule en 1948,  qui lui vaudra une peine de quatre ans de prison, il présentera ainsi son action : « Pour moi, l’OSARN était uniquement un groupement d’autodéfense, que je croyais en liaison étroite avec l’armée. J’avais vu le colonel Groussard envoyé à Deloncle par le maréchal Franchet d’Esperey. Mon rôle : je faisais des voyages de liaison avec la province. Je me suis aussi occupé du rassemblement d’armes de guerre ».. Cette dernière peine sera amnistiée. Jean-Paul Cointet (ouvrage cité) écrit que « bien des points restent obscurs dans la vie de cet homme  qui n’avait jamais vraiment rompu avec son passé d’homme de “coups” et de complots ». Après guerre, il s’est consacré à des activités d’éditions et de publicité, dirigeant notamment la collection Histoire contemporaine aux éditions de la Table Ronde. On le retrouve en 1970 parmi les fondateurs du mouvement d’extrême droite Ordre Nouveau. Il était, par ailleurs,  le frère de Claude Jeantet, journaliste à l’hebdomadaire Je suis partout. Gabriel Jeantet est mort en 1978.

(10) Eugène Deloncle : Né à Brest en 1890, Eugène Deloncle  est polytechnicien  et ingénieur naval, responsable des chantiers de Planhoët, dans les années 1930 . Après avoir milité à l’Action Française, il est l’un des principaux fondateurs de la Cagoule (OSARN) en 1935.  C’est lui qui aurait ordonné  l’assassinat des frère Rosselli, militants antifascistes réfugiés en France, en juin 1937, ainsi que l’attentat contre l’immeuble du Patronat, dans le but de l’imputer aux communistes.

Eugène Deloncle, lors de son arrestation
Eugène Deloncle (1890-1944) , lors de son arrestation en  novembre 1937

« Au lendemain de la défaite, écrit Jean-Paul Cointet (Dictionnaire historique de la France sous l’Occupation, ouvrage cité), Deloncle va incarner l’aile collaborationniste d’une Cagoule en voie de dislocation entre  Paris, Vichy et Londres. Installé à Paris avec ses lieutenants (Filliol, Corrèze), Deloncle fonde à la fin de 1940 le Mouvement Social Révolutionnaire ». D’abord maréchaliste, il travaille en liaison avec le P.P.F. de Jacques Doriot mais il amorce un rapprochement avec le Rassemblement National populaire de Marcel Déat. A ses yeux, le gouvernement de Vichy est « trop attentiste et réactionnaire » Lors du lancement officiel du R.N.P., il le co-dirige quelque temps avec Marcel Déat.  Jean-Paul Cointet le présente comme « une personnalité trouble, associant le conspirateur, le délateur et au besoin l’exécuteur. Sa volonté de puissance sans limite était servie  par une grande capacité de dissimulation ». Deloncle cherchant à supplanter Déat,  la rupture intervient dès l’automne 1941. Il finira d’ailleurs pas être exclu de son propre mouvement en  mai 1942. Deloncle a également présidé  la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, entre juillet et novembre 1941. En janvier 1944, il est abattu dans son appartement parisien. Plusieurs hypothèses sont avancées : des Résistants communistes ? Des hommes de main du MSR ? Des agents de la gestapo ?

 (11) Hugo Geissler : Né en 1908, Hugo Geissler est issu d’une famille allemande qui s’était installée à  Strasbourg, après que l’Alsace eut été  intégrée au Reich, suite à la défaite de 1870-71. En 1919, les Geissler s’étaient ensuite installés à Leipzig. Après avoir exercé différents métiers, Hugo Geissler adhère au parti nazi en  1933.  Dès 1935, il entre dans la police, d’abord comme inspecteur à Leipzig, puis comme inspecteur dans le service de renseignement et de surveillance du parti nazi, en 1938. Après avoir été commissaire de police criminelle, à Prague, il est nommé à Paris  en novembre 1940. Le 5 décembre 1940, il arrive à Vichy en tant que chef de la délégation de la police allemande et exige du gouvernement de Vichy, la livraison de Fritz Thyssen et de sa femme, réfugiés en France. En 1941 et 1942 à la tête de son service, il supervise les arrestations et les transferts des juifs apatrides et étrangers installé en zone libre. En novembre 1942, après l’invasion de la zone libre, il dirige un service de police comptant près de 80 policiers sous ses ordres. Ce service renforce les forces de police et de répression françaises du gouvernement de Vichy. Les pouvoirs de Geissler,  sur les 4 départements de l’Auvergne et du Bourbonnais,  sont très étendus et « il avait le dernier mot  » pour toutes les questions policières et non militaires. En 1943, la répression s’intensifie. Geissler devenu  capitaine SS met en place à Clermont-Ferrand un service d’une vingtaine d’agents et un commando spécial chargé des opérations contre les maquis. En septembre, il est chargé de la sécurité des troupes allemandes, ce qui le conduit à  renforcer la lutte contre la Résistance intérieure en Auvergne et ce qu’il appelle les « partisans-terroristes « . La même année, selon plusieurs témoignages, c’est lui qui serait intervenu directement à la prison de Largentière pour imposer la libération des auteurs de l’attentat contre Marx Dormoy.  En 1944, pour accroître la répression, Geissler constitue une « brigade  » de vingt deux agents français, la Brigade Batissier. Elle est placée sous les ordres de  Joany Georges Batissier, un ancien policier français révoqué.  Le 3 juin 1944, face à la levée en masse de 3 000 hommes par le Colonel Gaspard de l’AS, dans les monts de la Margeride, dans le Cantal, le général Fritz Brodowski constitue de redoutables Groupes de combats ou Kampfgruppen pour éliminer la résistance. Pendant ce temps, Geissler ratisse le terrain, procédant à de nombreuses arrestations et fait exécuter des otages. A Murat (Cantal) il  fait arrêter une douzaine de personnes. Dans l’après-midi du 12 juin 1944, devant l’hôtel de ville de Murat, Geissler et le groupe de soldats qui l’accompagnait sont mitraillés par des maquisards postés sur les hauteurs de la ville. Il est tué avec 6 soldats allemands au cours de cette attaque. En représailles, le 24 juin 1944, 115 habitants de Murat seront raflés puis et déportés à Neuengamme où soixante quinze d’entre eux perdront la vie. Pour en savoir plus, on pourra se reporter à la biographie très détaillée de Geissler sur Wikipedia

 (12) Jeanne Dormoy : De deux ans son aînée, la sœur de Marx Dormoy est née le 13 février 1886 à Montluçon. Le couple Dormoy avait déjà eu auparavant deux autres filles,  Françoise née en  1876, morte à l’âge de 6 ans, et Ernestine, née en 1882 et décédée à l’âge de 6 mois. Elle eut une enfance difficile, « partageant les drames et les hantises de son milieu social et de son quartier : la maladie, le chômage ou l’insécurité de l’emploi, les haines de certains à l’encontre de son père, la mort prématurée de ce dernier, alors qu’elle n’a pas encore 13 ans », écrit André Touret (Marx Dormoy, éditions Créer, 1998).

Jeanne Dormoy (1886-1975)
Jeanne Dormoy (1886-1975), « gardienne de la mémoire » de son frère

L’historien y voit une explication à « son caractère endurci », voire à  « une certaine froideur, mais en même temps une grande sensibilité et une grande compréhension des misères sociales ». Après avoir été institutrice remplaçante à Domérat puis Quinssaines,  Jeanne Dormoy a dirigé l’orphelinat  et la crèche municipale de Montluçon. Restée célibataire comme son frère, elle a partagé avec lui le logement administratif de l’impasse Lancret et c’est là que Marx Dormoy a été arrêté le 25 septembre 1940. Après la révocation de son frère, elle perdit sa fonction de directrice de l’orphelinat et de la maternité : « Beaucoup de gens que Jeanne avait aidés se détournèrent d’elle et elle en ressentit beaucoup d’amertume », note André Touret.  À la libération, elle retrouva  la direction de l’orphelinat et de la maternité , mais elle ne sollicita aucun mandat. Après la mort de son frère, elle est devenue la « gardienne vigilante de sa mémoire » et sa détermination a été un des éléments essentiels dans la réouverture du dossier de l’assassinat de son frère. Elle a joué une rôle important dans la réalisation de la statue de Marx Dormoy, réalisée par le sculpteur Yencesse. En 1955, lorsqu’il s’est agi de donner un nom à l’école nationale de l’enseignement technique (E.N.E.T) qui allait devenir Lycée Paul-Constans,  elle aurait ardemment souhaité que l’école portât le nom de son frère, qui avait en projet cette construction avant 1940 : « La sœur de marx Dormoy, opposée à cette dénomination qui, selon elle aurait dû revenir à Marx Dormoy, en a gardé un vif ressentiment à l’égard de la municipalité de l’époque », écrit André Touret (ouvrage cité). Quelques années plus tôt, elle avait également souhaité que le nom de son frère fût donné au lycée de garçons, bien qu’il n’y eût jamais été élève. C’est à partir de cette époque qu’elle commença à prendre ses distances avec la SFIO. De même, elle se montra fort critique à l’égard du projet de transfert du monument dédié à son frère, de l’avenue portant son nom jusqu’au pied du vieux château, de manière à libérer l’espace pour y construire une station service. .. Jeanne Dormoy est décédé 5 août  1975 dans sa ville natale.

◘  À PROPOS DE L’ASSASSINAT DE MARX DORMOY…D’AUTRES PISTES SONT-ELLES ENVISAGEABLES?

• A la lecture de l’article qui précède et des conclusions auxquelles aboutissent Annette Finley Croswhite et  Gayle Brunelle, Maurice Sarazin, qui collabore à Vu du Bourbonnais, rappelle que d’autres pistes sont à explorer, concernant, sinon les exécutants bien identifiés, du moins  les commanditaires de l’assassinat de Marx Dormoy. Il cite d’abord un article extrait du site du magazine Valeurs actuelles, dans lequel on peut lire:

• « Certains éléments laissent aujourd’hui à penser qu’il pourrait s’agir d’une opération montée par les Allemands. En effet, à la fin de décembre 1940, durant leur internement, Reynaud, Mandel et Dormoy avaient pris langue avec l’entourage du Maréchal dans la perspective d’un repli du gouvernement en Afrique du Nord. Berlin n’avait eu alors de cesse de réclamer l’emprisonnement à vie des deux premiers. En vain. D’où l’idée d’abattre Marx Dormoy, en guise de pression sur Pétain« .

• Une note publiée sur le site Généanet, également citée par Maurice Sarazin va dans le même sens : »Comme aucun historien n’a jamais approfondi cette affaire, tous ceux qui en parlent le font de façon marginale et se rallient à la thèse la plus facile, une vengeance de la Cagoule. Mais aucun lien n’est jamais établi entre les quatre  minables exécutants et la redoutable hydre politico-militaire d’avant-guerre. En revanche leur appartenance au parti de Doriot suggère, outre leur mode très original d’évasion, un lien direct avec l’Allemagne en général et Abetz (ambassadeur d’Allemagne à Paris, ndlr) en particulier. Et le mobile est transparent. Hitler exige un internement sévère de Reynaud et de Mandel, alors que Pétain, qui depuis le lendemain de Montoire n’attend plus rien d’un procès des dirigeants de la IIIe République, et s’apprête à faire juger Daladier, Gamelin et Blum à Riom pour solde de tout compte et pour la mauvaise préparation de la guerre, plutôt que pour l’avoir déclenchée, aimerait les libérer et l’a montré en clairsemant petit à petit les rangs des internés de Vals.  Le message est clair : si vous les libérez je les tue, et si vous entendez les garder en vie, mettez-les, comme je vous l’ai demandé, dans une prison à régime sévère ».  Une hypothèse de plus  donc à ajouter aux autres, et qui démontre que l’assassinat de Marx Dormoy comporte encore sa part d’ombre, même trois quarts de siècles après.

• Enfin, à propos du titre du  livre que préparent les deux auteures, Vengeance Vichy and the assassination of Marx Dormoy, Maurice Sarazin considère que  » associe(r) dans le titre Vengeance et Vichy (…) est tendancieux. Il s’agirait  plutôt de « Vengeance:  Hitler... »

◘  CHRONOLOGIE DE  LA VIE DE MARX DORMOY ET DES FAITS LIÉS À SON ASSASSINAT

Marx Dormoy et sa soeur Jeanne
Marx Dormoy et sa soeur Jeanne, née en 1886

1er août 1888 : Naissance à Montluçon de Marx Dormoy, fils de Jean Dormoy, cordonnier, et de Marie – Joséphine Gavignon, sans profession.

1906 : Adhère au parti socialiste S.F.I.O

1911-1913 : Employé à la mairie de Montuçon (sous Paul Constans) puis  représentant de commerce.

1914-1918 :Participe à la première guerre mondiale (3 citations et Croix de guerre).

1919 :  Retour à la vie civile. Redevient représentant de commerce puis négociant en charbon.

  • Candidat aux élections législatives de novembre (échec)
  • Élu conseiller d’arrondissement de Montluçon ouest (décembre)

1920 : Lors du Congrès de Tours, suit la ligne de l’unité du Parti socialiste défendue par Léon Blum.

Dormoy, maire de Montluçon, peint par Lucien Pénat
Marx Dormoy, maire de Montluçon de 1926 à 1940 peint par Lucien Pénat

1924 : Candidat aux élections législative de mai (échec).

  • Dormoy prend la tête de la fédération socialiste S.F.I.O de l’Allier.

1925 : Entre au conseil municipal de Montluçon (élu sur la liste de Paul Constans).

  • Élu conseiller général du canton de Montluçon Est (juillet) face au sortant, Ernest Montusès qui avait rejoint le Parti Communiste.

1926 : Succède, le 9 mai,  à Paul Constans démissionnaire , à la tête de la mairie de Montluçon.

1928 : Réélu conseiller général. Devient rapporteur général du budget départemental.

1929 :  Réélu maire de Montluçon, après la victoire de la liste socialiste.

save0208
Marx Dormoy lors d’une réunion électorale (1936)

1931 : Réélu conseiller général du canton de Montluçon Est (octobre).

  • Président du conseil général de l’Allier, suite au décès de Paul Constans.
  • Élu député de l’Allier (élection partielle du 22 novembre).
  • Cumule 3 mandats : député de l’Allier, maire de Montluçon, président du conseil général de l’Allier.

1932 : 1er mai : Réélu député de l’Allier dès le 1er tour..

1933 : Marx Dormoy tenté par le courant néo-socialiste

  • Perd la présidence du conseil général de l’Allier au profit d’Isidore Thivrier (septembre)

1934 : Se prononce  contre la menace des ligues fascistes (« La République est en danger. Les libertés publiques sont menacées ». Lance un appel à « l’union de tous les travailleurs ».

1936: Marx Dormoy réélu député
1936: Marx Dormoy réélu député

1934-1936 : Favorable au Rassemblement populaire qui devient le Front populaire.

1935 : 5 mai : Victoire de sa liste au premier tour des Municipales. Marx Dormoy réélu maire de Montluçon.

1936 : 26 avril : Réélu député de l’Allier dès le premier tour.

  • 4 juin: Devient sous-secrétaire d’état à la présidence du conseil dans le gouvernement de Front populaire constitué par Léon Blum.
  • 7-8 juin: Participe à la négociation des accords de Matignon.
  • 25 novembre: Devient ministre de l’Intérieur, après le suicide de Roger Salengro.
Marx Dormoy, ministre de l'Intérieur, avec Léon Blum
Marx Dormoy, ministre de l’Intérieur, avec Léon Blum, sous le Front populaire

1937 : 26 mai : Révoque Jacques Doriot (fondateur du Parti Populaire français) de ses fonctions de maire de Saint-Denis.

  • 22 juin: Marx Dormoy reste ministre de l’Intérieur dans le cabinet formé par Camille Chautemps (22 juin 1937-18 janvier 1938) , après la démission de Léon Blum.
  • Marx Dormoy en première ligne dans le combat contre la Cagoule, organisation d’extrême droite, visant au renversement de la république et à l’origine de plusieurs attentats et assassinats.
  • novembre: Démantèlement de la Cagoule.
Novembre 1937: la Cagoule démantelée
Novembre 1937: la Cagoule démantelée

1938 : 13 mars – 10 avril : Ministre de l’Intérieur dans le 2ème ministère Blum.

  • 23 octobre: Élu sénateur de l’Allier. Son siège de député passe aux mains du communiste Eugène Jardon, maire de Domérat (avril 1939).
10 juillet 1940: la sortie des parementaires
10 juillet 1940: la sortie des parlementaires

◘ 1940 : 10 juillet : Vote avec 79 autres parlementaires contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain

  • 20 septembre: Suspension de l’ensemble du conseil municipal sur décision  de l’État Français.
  • 21 septembre: Dernier conseil municipal présidé par Marx Dormoy.
  • 25 septembre: Arrestation de Marx Dormoy à son domicile. Internement au Grand Hôtel Notre-Dame, à Pellevoisin (Indre), en compagnie de Vincent Auriol et de Jules Moch.
  • Pellevoisin
    Grand hôtel Notre-Dame à Pellevoisin
  • 31 décembre: Transfert de Marx Dormoy à Vals-les-Bains (Ardèche).

1941: 1er janvier: Arrivée  au Grand Hôtel des Bains à Vals-les-Bains.                                  

1er-13 janvier: Pendant les travaux , les détenus séjournent à Aubenas, à l’hôtel Bellevue.

  • 13 janvier-20 mars: Marx Dormoy est détenu au Grand hôtel de Vals-les-Bains.
  • Ouest-Eclair (27 juillet 1941)
    Ouest-Eclair (27 juillet 1941)

    20 mars: Transfert de Marx Dormoy, assigné à résidence à l’hôtel Le Relais de l’empereur à Montélimar. Occupe la chambre n°19. Sa soeur Jeanne Dormoy est à ses côté et occupe la chambre vosine.

  • Début juillet: Arrivée à Montélimar de Florence Gerodias, alias Annie Mourraille.
  • 26 juillet, vers 2 h 00 du matin: Marx Dormoy déchiqueté par l’explosion d’une bombre placée sous son lit.
  • Refus du gouvernement de Vichy de la demande de rapatriement du corps à Montluçon. Inhumation de Marx Dormoy dans une fosse provisoire au cimetière de Montélimar.
  • consigne n° 238 de la censure: “Ne laisser passer jusqu’à nouvel ordre que l’information oibjective concernant les circonstances de la mort de Marx Dormoy, à l’exception de tout commentaire”.
  • Consigne n° 239: “L’information concernant la mort de Dormoy doit être titrée et publiée sur une seule colonne. Seule peut passer une biographie d’une quinzaine de lignes, strictement objective”.
  • 27 juillet: Consigne n° 240: “Ne plus rien publier désormais sur la mort de Dormoy
  • Le New York Times titre à la une: “Socialiste leader killed in France Marx Dormoy, minister of Interior in Blum cabinet, is assassinated by bomb. Vichy begins an inquiry”.
  • Déclenchement de l’enquête confiée à Charles Chenevier.
  • Août: Voyage clandestin d’Antoine Marchi à Paris avec Roger Mouraille et Yves Moynier. Rencontre avec Eugène Deloncle, chef du M.S.R.
  • Arrestation d’Annie Mourraille, de Ludovic Guichard et d’Yves Moynier, incarcérés à  la prison de Valence.

1942: 29 août: Transfert des détenus à la prison de Largentière. Remise en liberté de Roger Mouraille et d’Antoine Marchi.

  • octobre: Tentative d’évasion d’Annie Mourraille, Ludovic Guichard et Yves Moynier.
  • 11 novembre: invasion de la zone libre par l’armée allemande. Blocage de l’enquête.

1943: 24 janvier: Libération de  Ludovic Guichard, d’Yves Moynier et d’Annie Mourraille de la prison de Largentière, par Geissler, Chef de la Gestapo. Collaborent avec les nazis jusqu’à la libération.

  • novembre: Arrestation de Charles Chenevier par Geissler et déportation au camp de concentration de Neuengamme.

1944: 7 janvier: Eugène Deloncle,ex-responsable de la Cagoule, chef du MSR abattu par la Gestapo.

  • À la libération: Roger Mourraille, Annie Mourraille,  Yves Moynier et Ludovic Guichard trouvent refuge en Espagne. Ils émigreront ensuite au Venezuela.
Obsèques solennelles de Marx Dormoy à Montluçon
Obsèques solennelles de Marx Dormoy à Montluçon les 9 et 10 décembre 1945

1945: • Reprise de l’instruction sur l’assassinat de Marx Dormoy confiée au juge  Lévy.

  • 9-10 décembre: Retour du corps de Marx Dormoy à Montluçon et obsèques solennelles  en présence de Léon Blum et de Vincent Auriol.

1946: 4 décembre: Marx Dormoy cité à l’ordre de la Nation.

1947: 17 avril: Le gouvernement espagnol refuse la demande d’extradition  de Ludovic Guichard,  d’Annie Mourraille et d’ Yves Moinier.

1948: 25 juillet: Inauguration du monument  conçu par le sculpteur Hubert Yencesse, dédié à Marx Dormoy, installé sur l’avenue portant son nom (ex-avenue du maréchal Pétain).

  • 6 octobre – 20 novembre: procès de la Cagoule.

1975: 5 août: Mort de Jeanne Dormoy, soeur de Marx Dormoy, née le 13 février 1886.

◘ 1978: Mort de Gabriel Jeantet, né en 1906.

1983: 25 août: Mort du Commissaire Charles Chenevier, né en 1901.

◘ 1986: Mort de Pierre Mondanel, né en 1890.

©Jean-Paul PERRIN

RÉTROSPECTIVE EN IMAGES

NOVEMBRE 1931: MARX DORMOY ÉLU DÉPUTÉ

Le Populaire organe de la SFIO salue l'élection de Marx Dormoy
Le Populaire, organe de la SFIO, salue l’élection de Marx Dormoy qui succède à Paul Constans, décédé,  à la chambre des députés

AVRIL 1936: MARX DORMOY EST  RÉÉLU DÉPUTÉ

Avril 1936: Marx Dormoy à nouveau candidat aux législatives
26 Avril 1936: Marx Dormoy à nouveau candidat aux législatives
Marx Dormoy, député SFIO depuis 1931, réélu dès le premier tour avec Isidore Thivrier
Marx Dormoy, député SFIO depuis 1931, réélu dès le premier tour en même temps qu’Isidore Thivrier, maire de Commentry

NOVEMBRE 1936: MARX DORMOY DEVIENT MINISTRE DE L’INTÉRIEUR DU FRONT POPULAIRE

salengro
Le Populaire (19 novembre 1936) titre sur le suicide de Roger Salengro, ministre de l’Intérieur, victime d’une campagne de presse. Marx Dormoy lui succède.
dormoy-ministre-interieur
Marx Dormoy, au ministère de l’Intérieur, place Bauveau
Ce qoir (13 septembre 1937): L'attentat contre les locaux de la CGPF (patronat) fomenté par la Cagoule
Ce Soir, journal dirigé par Louis Aragon (13 septembre 1937) titre sur l’attentat contre les locaux de la CGPF (patronat) fomenté par la Cagoule
petit-parisien-24-11-1937
Novembre 1937: la Cagoule démantelée: « Un complot contre les institutions républicaines » dit le ministre de l’Intérieur« . Marx Dormoy en première ligne.
Le Populaire (25 novembre 1937)
Le Populaire (25 novembre 1937) « Le parti socialiste félicite Marx Dormoy« 
img059
Caricature de Jean Effel: « Cette fois, les cagoulards, je crois qu’on en est débarrassé pour de bon« , dit Marx Dormoy, à son chef de cabinet.
img059-copie
Caricature d’Abel Faivre: « Elle est gentille! Et quels beaux yeux…à son chapeau« 

OCTOBRE 1938: MARX DORMOY EST ÉLU SÉNATEUR DE L’ALLIER

le-populaire-dormoy-senateur
Octobre 1938: Marx Dormoy fait son entrée au Sénat
1938: Marx Dormoy (au centre) en compagnie de Léon Blum et d'andré Blumel
1938: Marx Dormoy (au centre) en compagnie de Léon Blum et d’André Blumel lors d’un congrès SFIO à Royan

10 JUILLET 1940: MARX DORMOY VOTE CONTRE LES PLEINS POUVOIRS

le-centre-12-juillet-1940

le-figaro-11-juillet-1940
Le vote du 10 juillet 1940 vu par Le Figaro (11 juillet 1940), quotidien parisien provisoirement installé à Clermont-Ferrand

 

petit-parisien-11-juillet-1940
Le Petit Parisien (11 juillet 1940) met l’accent sur la fait que le maréchal Pétain a été « investi de tous pouvoirs« . Trois parlementaires bourbonnais figurent parmi les 80 qui refusent: Marx Dormoy (SFIO), Isidore Thivrier (SFIO) et Eugène Jardon (ex-Parti communiste)

JUILLET – SEPTEMBRE 1940: LES DERNIERS MOIS DE DORMOY À LA TÊTE DE LA MAIRIE DE MONTLUÇON

img060
14 juillet 1940: dernière cérémonie officielle en présence de Marx Dormoy (au centre) en compagnie du futur préfet Porte
save0231
21 septembre 1940: l’ultime conseil municipal présidé par Marx Dormoy. Les élus lui rendent hommage pour son action de maire.

 

img062
27 septembre 1940: Le Centre annonce l’arrestation de Marx Dormoy. L’article a été totalement censuré.

 

DE “L’INTERNEMENT ADMINISTRATIF” AU RÉGIME DE “RÉSIDENCE FORCÉE

Pellevoisin, premier lieu de détention
Le Grand hôtel Notre-Dame, à Pellevoisin, premier lieu de détention de Marx Dormoy(septembre – décembre 1940)
Le Petit Journal (mars 1941): Marx Dormoy assigné à résidence
Le Petit Journal : Marx Dormoy est assigné à résidence à Vals-les-Bains, après Pellevoisin et avant Montélimar.
Le Grand hôtel de Valks-les-Bains, deuxième lieu de détention de Marx Dormoy (janvier - mars 1941)
Le Grand hôtel de Vals-les-Bains, deuxième lieu de détention de Marx Dormoy (janvier – mars 1941)
Le Relais de l'Empereur, à Montélimar
Le Relais de l’Empereur, à Montélimar, dernier lieu de détention de Marx Dormoy (mars -juillet 1941)

L’ASSASSINAT DE MARX DORMOY (26 JUILLET 1941)

 

petit-parisien-mort-dormoy
27 juillet 1941: Le Petit Parisien annonce « un attentat contre M. Marx Dormoy« 
le-matin-mort-de-dormoy
Le Matin (27 juillet 1941) : « Marx Dormoy est tué par une bombe »
L'Écho d'Alger (27 juillet 1941)
L’Écho d’Alger (27 juillet 1941): « M. Marx Dormoy est tué dans sa chambre d’hôtel... »
L'Action Française, quotidien monarchiste (27 juillet 1941)
L’Action Française, quotidien monarchiste (27 juillet 1941)
Tract diffusé par la résistance après l'assassinat de Marx Dormoy
Tract diffusé par la Résistance après l’assassinat de Marx Dormoy, faisant un parallèle avec l’assassinat de Jean Jaurès

 

L'Ouest Éclair (26 août 1941) annonce l'arrestation des auteurs d el'attentat
L’Ouest Éclair (26 août 1941) annonce l’arrestation des auteurs de l’attentat…
...tout comme L'Action Française, quotidien monarchiste dirigé par Charles Maurras et Léon Daudet.
…tout comme L’Action Française, quotidien monarchiste dirigé par Charles Maurras et Léon Daudet…

 

...ainsi que l'Écho d'Alger (25 août 1941)
…ainsi que l’Écho d’Alger (25 août 1941)

 

1945 – 1948 :LE TEMPS DES HOMMAGES

le-centre-obseques-dormoy
10 décembre 1945: Le Centre Républicain annonce le retour de la dépouille de Marx Dormoy à Montluçon et ses obsèques solennelles 
img063
Les proches de Marx Dormoy, avant le départ du cortège funèbre
save0229
La foule présente aux obsèques de Marx Dormoy descend le boulevard de Courtais (10 décembre 1945)
save0230
La tombe de Marx Dormoy, au cimetière de l’ouest
sans-titre-hommage-dormoy-statue-1
27 juillet 1948: Le Centre Républicain donne un long compte-rendu de l’inauguration de la statue de Marx Dormoy
sans-titre-hommage-dormoy-statue-11
Le Centre républicain (27 juillet 1948): « L’émouvant hommage de Léon Blum à la mémoire de Marx Dormoy« .
valmy-3
Le quotidien communiste Valmy (Moulins) salue en Dormoy « une victime du fascisme » mais dénonce « le caractère de propagande socialiste » de la cérémonie

 

MARX DORMOY OU LA MÉMOIRE DISPUTÉE

L'avenue Marx Dormoy avec la statue inaugurée en 1948
L’avenue Marx-Dormoy avec la statue inaugurée en 1948. Après avoir été déplacée en  1963 au pied du Château, elle a retrouvé en 2004 un emplacement légèrement en retrait par rapport au site initial.
statue-dormoy-au-pied-du-chateau
Le monument dédié à Marx Dormoy, alors qu’il était  installé au pied du Vieux Château, entre 1963 et 2004
telechargement
1984: La Poste émet un timbre en hommage à Marx Dormoy

telechargement-1

L'hommage annuel du parti socialiste à Marx Dormoy...
Une mémoire disputée: L’hommage annuel du parti socialiste à Marx Dormoy…
...et celui de la municipalité de Montluçon
…et celui de la municipalité de Montluçon
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s