◘ BIOGRAPHIE: GABRIELLE ROBINNE (1886-1980): LE NOM D’UN THÉÂTRE MAIS PAS SEULEMENT…

MISE À JOUR: 24 MAI 2017

Jean-Paul PERRIN

contact: allier-infos@sfr.fr

 • « Nul n’est prophète en son pays »… On connaît   le célèbre adage. Pendant des décennies, il a parfaitement  illustré le cas de la comédienne  Gabrielle Robinne, longtemps restée une « illustre inconnue » à Montluçon, sa ville natale. Il aura fallu attendre le 27 mars 2000 pour qu’on lui rende un premier mais bien timide hommage : à cette date, la commission municipale ad hoc a décidé d’attribuer son nom à une modeste allée, située dans un lotissement… Le deuxième hommage viendra en 2006, avec l’inauguration du théâtre municipal entièrement rénové, désormais baptisé Théâtre Gabrielle-Robinne. C’est l’actrice Audrey Toutou qui parrainera l’événement, donnant enfin à sa glorieuse devancière la place qui lui revenait dans la mémoire montluçonnaise. Et pourtant, « La Robinne », comme on l’a longtemps appelée, aura été l’une des comédiennes les plus adulées par le public et les plus en vue à la Comédie Française. En même temps, elle fait figure de première grande Star du cinéma Français. Ajoutons que sa carrière a débordé largement des limites étroites de l’Hexagone. Bien avant les autres, elle aura été également l’une des premières vedettes à saisir le pouvoir de l’image, son importance dans la séduction du public et dans  la construction d’une carrière, au point qu’elle fut, dit-on, « la femme la plus photographiée de son époque » (1). Enfin, si l’on ne retient que son parcours théâtral, il  témoigne d’une exceptionnelle longévité…Plus de six décennies à brûler les planches, y compris dans les périodes les plus tragiques de l’histoire du XXè siècle.

• Cent trente et un ans après sa naissance à Montluçon et trente-sept ans après sa disparition à Saint-Cloud, il est sans doute temps de rappeler ce qu’a été son étonnant parcours,   qui l’a conduite  de son quartier natal de la Ville-Gozet, au cœur du Montluçon industriel et ouvrier,  jusqu’à La Parentière,  son hôtel particulier, sur les hauteurs  de Saint-Cloud, via la Comédie française et les studios de cinéma Pathé. Le  tout entrecoupé de grandes tournées théâtrales dans les principales  capitales européennes…

LE « FABULEUX DESTIN »  D’UNE MONTLUÇONNAISE  À LA COMÉDIE FRANÇAISE

NÉE À MONTLUÇON, AU CŒUR DU QUARTIER DE LA VILLE-GOZET

Panorama ville colorisé
Montluçon vers 1900: la vieille ville, sur la rive droite du Cher, dominée par le château des ducs de  Bourbon
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Acte de naissance de Gabrielle Anna Charlotte Robinne 
  • C’est le ler juillet 1886, au 47 rue de la République, face à l’Eglise Saint-Paul, et au cœur du quartier de la Ville Gozet, alors en pleine expansion, que Gabrielle Robinne voit le jour. La ville approche alors les 30.000 habitants et elle est dirigée depuis 1881 par Joseph Chantemille, négociant en tissus. Signe de cet essor urbain, on a inauguré en 1883 l’impressionnant Lycée de garçons, qui a pris la place de l’ancien Couvent des Bernardines.
La rue de la République, au cœur du quartier de la Ville-Gozet, sur la rive gauche du Cher,  un jour de marché (vers 1900)
  • Comme le veut la tradition, Joséphine Gabrielle Bastien (1865-1945), épouse Robinne, a choisi de regagner Montluçon pour y accoucher dans la maison familiale. Elle-même, elle y avait vu le jour, cinq  ans avant la chute du Second Empire. Son père, Bernard Bastien (1833-1910) occupait les fonctions de chef de service à l’usine de la Glacerie de Saint-Gobain et c’est lui qui avait fait bâtir la maison du 47 rue de la République, avec son épouse, née Anne Bouché (1837-1894) (2). Sans doute cette demeure avait-elle été l’une des  premières dans le nouveau quartier d’outre Cher.
    immeuble 47
    L’immeuble des Bastien, maison natale de Gabrielle Robinne, au 47 rue  de la République, à Montluçon (en 2015)
    La rue de la République et la place Saint-Paul (devenue place Jean-Dormoy) vers 1900. L’immeuble des Bastien se situait à droite.
    PANORAMA DES USINES
    Panorama de la ville vers 1900: à l’arrière plan, les cheminées des usines du quartier de la Ville-Gozet

    Usine des produits chimiques (2)
    L’usine de la Glacerie où Bernard  Bastien, grand père de Gabrielle Robinne, était chef de service

LES FAMILLES ROBINNE  ET  BASTIEN, ENTRE GAVRAY (MANCHE) ET MONTLUÇON (ALLIER)

  • Gavray (Manche) berceau de la famille Robinne

    Le 29 avril 1885, un an avant l’heureux événement, Joséphine Gabrielle Bastien avait épousé Désiré Victor Robinne (1851-1928), employé commis des postes et télégraphes, responsable du wagon postal Paris-Montluçon. De quatorze ans son aîné, « blond, mince, le teint pâle», il était issu d’une famille d’artisans, originaire de Gavray, dans la Manche. Les Robinne, à la réputation solidement établie,  y fabriquaient depuis plusieurs générations des toiles et des voiles marines. Un annuaire de la Manche, datant de 1889, mentionne « E. Robinne, marchand de lin et d’étoupe ». C’est au cours de ses nombreux allers et retours entre la capitale et Montluçon, qu’il avait lié connaissance avec les Bastien et avec leur fille, Joséphine Gabrielle. Celle-ci avait une sœur, Berthe Bastien (décédée en 1926), professeure de piano à l’institution Marie-Immaculée, et un frère, Sébastien Bastien, futur père mariste et professeur de Lettres au collège de La Seyne-sur-Mer (décédé en 1910).

  • La  fabrication des toiles, une tradition  à Gavray

    Le jeune couple avait choisi de s’installer à Paris, au 2 boulevard Saint-Marcel (XIIIè arrondissement), dans un petit appartement au confort bourgeois. Les liens avec Montluçon, cependant, étaient restés très forts : deux fois par semaine, son travail conduisait Désiré Victor Robinne dans la cité des bords du cher, d’où  il repartait pour Paris toujours chargé d’un lourd panier de vivres  que les Bastien lui avaient confectionné. Au milieu des carottes, de la salade, des œufs, du gigot ou du beurre, se trouvent parfois quelque médaille protectrice que madame Bastien y a glissée : « Cela fleurait bon la province et disait le soin jaloux que Montluçon prenait de sa lignée implantée », écrit André Licoys.

GABRIELLE ROBINNE, “GABY LA BLONDE” : UNE PERSONNALITÉ ENJOUÉE…

  • La petite-fille qui voit le jour à Montluçon sera prénommée Gabrielle Anna Charlotte, mais ses mèches blondes lui vaudront rapidement, d’abord dans le cercle familial, le surnom de Gaby la Blonde. Entre Paris et Montluçon, elle coule une enfance heureuse, bourgeoise, choyée par ses parents et par ses grands-parents. Chaque été, Gaby vient passer une partie de  ses vacances à Montluçon. Dans un article publié au début de  1905 dans  la revue Le carnet historique et littéraire,  Robert Guillou écrit: « Cette enfant n’avait pas à connaître les heures ténébreuses où l’avenir pâlit et s’enveloppe d’ombre, où le pied qui frémit craint d’aller plus avant, où le monde créé n’a plus rien qu’on désire, où l’on voudrait jeter sa vie comme une feuille sèche au vent« . Bref, une enfance des plus heureuses et un avenir prometteur… André Licoys (3) décrit la jeune fille en évoquant « une personnalité enjouée, diverse, inattendue et charmante », tout en ajoutant que  « Gabrielle, qui était sage, devait se partager entre Paris, où on l’élevait et Montluçon, qui la réclamait d’une tendresse un peu inquiète, dans un secret désir de la caparaçonner au plus vite contre les dangers de la capitale ».
  • L’institution Marie-Immaculée (avant 1914) où Gabrielle Robinne a été élève pendant une année

    Très tôt sa mère, qui va devenir son véritable mentor, prend sa destinée en main. Peut-être a-t-elle décelé en elle quelques talents. C’est ainsi qu’elle se charge de lui enseigner la lecture, l’écriture, les quatre opérations, en même temps que le piano et le solfège. Elle l’initie même à la poésie et, à trois ans, au cours du mariage d’une cousine, Gaby la blonde peut déclamer en public ses tout premiers vers. Pendant un an, elle est élève à l’Institution Marie-Immaculée, à Montluçon, où sa tante, Berthe Bastien, enseigne le piano. Mais c’est à Paris qu’elle fait l’essentiel de ses études : à sept ans elle entre à l’école de la rue Buffon, où elle se révèle très en avance pour son âge. Alors qu’elle avait à peine cinq ans, elle a déjà fait  preuve d’un don certain pour la diction et elle se prête volontiers à l’exercice en public: « Elle possédait le don de bien dire« , écrit sobrement Robert Guillou.  Servie par une mémoire étonnante, autant que par ses mimiques expressives, sa spontanéité, ou sa justesse de ton, lorsqu’elle dit des poésies ou joue des scénettes, elle n’a pas manqué de frapper le groupe des intimes qui défilent au domicile des Robinne. Elle devient même une sorte de « phénomène », dans les cercles familial et amical. En 1922, dans la revue théâtrale Comœdia, alors qu’elle est parvenue au sommet de sa carrière,  elle se remémorait cette époque : «  Pour tous les amis qui venaient chez mes parents, j’étais la petite-fille qui dit des vers. On me prêtait pour aller réciter  dans les fêtes ». Selon Robert Guillou,  » on la recherchait dans les concerts de charité, voire  même dans les salons et son grand succès était « La poupée », d’Édouard Pailleron« .

LE TEMPS DES PREMIÈRES SCÈNES…

  • Ce talent, elle le montre à nouveau en 1893, lorsqu’à l’âge de 7 ans, elle est choisie par son école, pour participer à un concours de diction, organisé chaque année par les différentes écoles publiques de la capitale. Elle doit déclamer deux poésies apprises par cœur, avant de lire à l’improviste une page de vers, sélectionnée par le jury. Elle s’en sort tellement bien qu’on lui décerne à l’unanimité, le premier prix. En 1896, elle décroche à nouveau le premier prix pour l’ensemble des écoles de la capitale, cette fois-ci. Désormais, on va la demander pour animer les fêtes de fin d’année des écoles, sans que pour autant elle ne tombe dans le cabotinage. Son assurance, son jeu naturel et la qualité de sa diction, ajoutés à la justesse du ton, font l’admiration de son auditoire qui va, dès lors,  en s’élargissant.

    Boulevard Saint-Marcel, à Paris (XIIIè), lieu de résidence de la famille Robinne
  • Gabrielle Robinne dans le rôle de Zanetto, dans la pièce de François Coppée, Le passant

    Tout en restant une excellente élève, elle fait ses premiers pas de comédienne amateur en interprétant, à dix ans, le personnage de Zanetto, dans Le Passant, une pièce de François Coppée, un auteur alors très  en vogue. C’est  en  costume et maquillée qu’elle joue. Pour la première fois, les applaudissements nourris lui font entrevoir les charmes du métier de comédienne, tout autant que le bouquet de fleurs qu’on lui apporte à la fin de la représentation. Le maire du cinquième  arrondissement propose même aux parents de la fillette de la faire jouer lors d’une soirée qu’il compte donner à la mairie de l’arrondissement. Demande aussitôt acceptée, ce qui lui vaut d’interpréter Le luthier de Crémone, à nouveau couronné de  succès… Au point que des étudiants vont jusqu’à  la solliciter pour un spectacle qui doit être donné à la Sorbonne.

  • Dans l’entourage familial, sa mère, encouragée par les concerts de louanges qui saluent les prestations de sa fille, commence à évoquer à mots couverts l’hypothèse d’une carrière théâtrale. Mais pour son père, le très sage et très prudent Désiré Victor Robinne, il n’en est pas question, du moins comme activité principale. Il faut avant tout que Gabrielle étudie, afin d’obtenir son brevet, indispensable sésame pour qu’elle devienne institutrice, un métier dans lequel elle aurait tout loisir de mettre en pratique ses talents. La voie lui semble donc toute tracée. Dans le milieu de la petite bourgeoisie, où les valeurs du travail passent avant tout, la notion de comédienne est alors souvent assimilée à celle de « femme entretenue » par quelque riche protecteur ou homme politique de la IIIè République, l’entregent et la séduction passant bien avant le talent. Pour une Sarah Bernhardt ou une Cécile Sorel, combien de « courtisanes » voire de « cocottes » entretenues, selon la terminologie de l’époque. Combien de Liane de Pougy et autre Belle Otéro

AUX BONS SOINS DE MONSIEUR  DE FÉRAUDY

  • Eugène Larcher, professeur de diction de Gabrielle Robinne

    Cette appréhension semble toutefois nettement moins forte chez la mère de Gabrielle. Celle-ci rêve à autre chose pour sa fille que d’une sage carrière d’institutrice. En femme de caractère, soucieuse des intérêts de Gabrielle, elle saura tenir tête à son époux, tout en composant habilement  avec la prudence dont il fait montre. D’ailleurs, note André Licoys, « l’entourage proclame à l’envi  (…) que nul, à commencer par ses heureux parents, n’est en droit de contrarier pareille vocation»(4)… Au cours d’une soirée, madame Robinne mère a fait la connaissance d’Eugène Larcher. Installé au 26 rue d’Aumale. Il est un professeur de diction réputé, accessoirement auteur dramatique, intervenant  au cours théâtral de Maurice de Féraudy (1859-1932).

  • Maurice de Féraudy, mentor de Gabrielle Robinne

    À quarante-deux ans, Maurice de Féraudy,  quant à lui, est professeur au Conservatoire et sociétaire de la Comédie Française. Eugène Larcher, après avoir auditionné Gabrielle Robinne, sans doute parce qu’il a été séduit par sa beauté et ses dons incontestables, lui donne une scène à apprendre, avec promesse d’obtenir une entrevue avec Maurice de Féraudy. On est en mars 1901 et l’apprentie – comédienne n’a alors que quinze ans. L’audition se passe le mieux possible et le sociétaire du Français lui prédit même un bel avenir, tout en la mettant en garde : « Je ne doute pas de votre avenir théâtral, Mademoiselle, mais vous êtes encore une enfant. Finissez votre scolarité et présentez-vous au Conservatoire. Vous serez reçue, prophétise-t-il, et je vous prendrai dans ma classe ». En attendant, la jeune apprentie  comédienne devra se plier à la formalité de l’examen du brevet, qu’elle décroche brillamment, en juillet 1901, à la grande fierté de Désiré Victor Robinne. Le verrou paternel de l’obtention du précieux diplôme vient de sauter et Gabrielle peut donc faire ses premiers pas sur le long chemin qui va la conduire à la Comédie Française.

  • Une fois les dernières appréhensions paternelles apaisées, à défaut d’être vaincues complètement, Gabrielle, toujours chaperonnée par sa mère, peut préparer le concours du Conservatoire. Le jury unanime est séduit par les qualités de l’interprétation de son personnage désormais fétiche de Zanetto et elle est admise en 1902, dans la classe de Maurice de Féraudy. Un critique écrira à son propos qu’elle est « Jolie, jolie, si jolie ! ». À quinze ans, il est vrai qu’elle a déjà les allures d’une comédienne de vingt ans: « Gaby grandit moralement et physiquement, puis devint une jeune fille, pour mieux dire une perle de beauté: grande, blonde, au teint délicatement nuancé,  aux grands yeux noirs comme la nuit, aux lèvres fortement dessinées. Avec cela, un corps, une taille, des mains !« , écrit trois ans plus tard le critique Robert Guillou, visiblement tombé  sous le charme de la comédienne. Épaulée par sa mère, elle fait de tels progrès, qu’on lui confie ses tout premiers rôles, sur la scène du Théâtre Français que dirige alors Jules Clarétie : elle interprète Choconesco dans L’autre danger de Maurice Donnay. Elle devient Creuse, dans Médée, une pièce de Catulle-Mendes, auteure alors très en vogue. Selon le même Robert Guillou,  avec Maurice de Féraudy, « elle ne pouvait être en de meilleures mains » ce qui explique que « les progrès qu’elle fit  furent rapides« . Mais la partie était loin d’être gagnée…

« ON M’A VOLÉ MA RÉCOMPENSE !… »

  • Un second accessit en 1903

    En 1903, première déconvenue, mais toute relative, Gabrielle Robinne ne décroche qu’un second accessit au concours de sortie du Conservatoire… Le critique de la Revue Théâtrale l’absout de son échec en écrivant : « C’est faute à la scène ingrate qu’on lui avait attribuée». Un an plus tard, le 28 juillet 1904, elle prend partiellement sa revanche, en obtenant cette fois-ci un premier accessit de comédie pour son interprétation de Lionnette, dans La princesse de Bagdad d’Alexandre Dumas fils.  Robert Guillou parle  d’une « scène pénible à l’extrême » tout en ajoutant qu’elle « s’en est tirée facilement« . Mais la fière Gabrielle ne saurait s’en satisfaire et c’est ce qui lui fait s’écrier, face à sa mère et à ses amis : « On m’a volé ma récompense ! ». Plusieurs  critiques ne sont pas loin de partager ce point du vue. Dans La Libre parole, l’un d’eux écrit: « Les jurés n’ont sans doute pas voulu paraître influencés par sa beauté blonde et altière célèbre au Conservatoire ».. Désormais, Gabrielle Robinne choisit de tirer un trait sur les concours, d’autant que sa carrière théâtrale commence à prendre son essor et c’est à nouveau  Maurice de Féraudy qui va jouer un rôle capital dans cette carrière naissante. D’abord en lui proposant de partir en tournée avec lui…mais avec madame Robinne mère en accompagnatrice obligée.  La comédienne en herbe, sous le pseudonyme de Gabrielle Servin,  joue avec lui dans Les affaires sont les affaires, une pièce qu’Octave Mirbeau vient tout juste d’écrire, ou dans Le marquis de Priola,  donnant la réplique à  Charles le Bargy. En plus de ces pièces, « cette actrice  gracieuse et rieuse, élégante et jolie » joue également dans de nombreuses autres pièces, parmi lesquelles  Severo Torelli,  Ruy Blas ou encore La veine. Une occasion pour elle, note le critique Robert Guillou, de « montrer  de brillantes qualités ainsi que des trucs et des ressources révélant un réel instinct théâtral, rare encore pour cet âge« . 

Gabrielle Robinne (1906)

GABRIELLE ROBINNE, UNE FEMME D’IMAGES

  • Léopold Reutlinger, le photographe attitré des vedettes de la Belle Époque

    C’est le même Maurice de Féraudy, doté d’un sens peu commun de la publicité, qui va populariser l’image de Gabrielle, dont on dit qu’elle est « l’élève préférée». Il l’envoie chez Léopold Reutliger, beau-frère de Cécile  Sorel, et photographe attitré des vedettes de théâtre de la Belle Epoque, qui défilent dans son studio du boulevard Montmartre. Séduit par sa beauté éclatante, il en tire de nombreux portraits que l’on va désormais retrouver au fil des pages sur papier glacé des grandes revues, telles que l’Illustration.  Son « harmonie de ligne et sa blondeur lumineuse », décrites par Emmanuel Arène, y sont associées tantôt à des parfums, tantôt à des savons de luxe, tantôt à des robes de grands couturiers, voire à des produits pour le petit déjeuner : « Je ne me sers que du savon Cadum. C’est un savon de beauté et de santé » clame-t-elle en compagnie d’autres vedettes de l’époque…Ou bien « Le Corset Ligne normale me semble l’idéal du genre »…Ou encore, dans un autre genre : « Depuis que je prends du Phospho Cacao, je ne sens jamais aucune défaillance ». Avec une brochette d’autres vedettes en herbe, elle témoigne en faveur de la crème « Massecorride » qui par un simple automassage du visage assure la beauté, tout en faisant disparaître les rides et doubles mentons. Rien de moins…

    Gabrielle Robinne, associée dans une publicité à d’autres jeunes vedettes de l’époque, toutes photographiées par Reutlinger

    Ces publicités, ou plutôt ces réclames, pour naïves qu’elles nous paraissent aujourd’hui, popularisent les traits de Robinne auprès d’un lectorat bourgeois, friand de théâtre et qui commence à « s’encanailler » dans ces arrière-salles ou sous-sols obscurs où l’on parle d’un mystérieux appareil, diffusant des images animées,  baptisé cinématographe. Pour Gabrielle, c’est le début d’un interminable défilé devant l’objectif des photographes, Léopold Reutlinger arrivant largement en tête. En témoigne la galerie de publicités, non exhaustive, qui suit.

Des publicités pour la lotion Garnier …
Pour les produits Cadum …
Y compris dans la presse suisse (Journal de Genève, 1923)
Pour les chocolats Guérin-Boutron…
Mais aussi pour le  vin Désiles

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Les corsets Normal…(Gabrielle Robinne, à gauche)…
Ou pour le Phospho Cacao, « le plus exquis des déjeuners« .
  • Les spécialistes évoquent le nombre impressionnant de plus de 800 photos réalisées dans les quatre premières années de sa carrière. Autant d’images qui vont donner lieu à des centaines de cartes postales reproduisant la jeune Montluçonnaise, seule, ou en compagnie d’autres comédiennes de sa génération. En juillet 1903, alors qu’elle n’a encore que 17 ans, le critique du journal Gil Blas affirme qu’elle « est la femme la plus photographiée du monde ».  Le journal Le Radical, daté du 4 juillet 1907, se penche à son tour sur la question: « Mlle Gabrielle Robinne qui est fort belle, chacun sait ça, apparaît comme le champion du monde pour la photographie. Elle a été en effet instantanéisée (sic) 817 fois depuis quatre ans qu’elle ne joue plus au cerceau. À sa place, écrit le journaliste, j’en aurais par-dessus les yeux de ma face exquise et je ne pourrais plus nullement me voir en peinture. Il paraît que cela ne lui fait pas le même effet ».  Ajoutons que l’artiste Montluçonnais Lucien Pénat, futur grand prix de Rome de gravure (1902), avait devancé tous les photographes : séduit, lui aussi,  par la beauté de Gabrielle Robinne, il lui avait demandé  de poser pour lui, alors qu’elle n’avait que 14 ans.
    Gabrielle Robinne (à droite)
    Planche de photos extraites des albums de Léopold Reutlinger, conservés par la Bibliothèque nationale de France (© BnF Gallica)

Gabrielle Robinne (à gauche), toujours sous l’objectif de Reutlinger, seule ou associée à d’autres vedettes

Robinne Reutlinger

Le culte du gui : Gabrielle Robinne et Spindler (photographies réalisées par le studio Manuel)

SUR SCÈNE, AVEC “MADAME SARAH BERNHARDT”…

  • Sarah Bernhardt, interprète…

    À partir de 1904, la carrière de Gabrielle Robinne passe encore à la vitesse supérieure. Elle est sollicitée par Sarah Bernhardt, en personne, pour tenir le principal rôle féminin, celui de la princesse Hélène, dans une pièce en 5 actes de Sienkiewicz, Par le fer et par le feu, adaptée par le fils de l’actrice, Maurice Bernhardt. À 60 ans passés, Sarah Bernhardt joue alors l’Aiglon, d’Edmond Rostand, et c’est seulement de nuit, entre minuit et cinq heures du matin, que peuvent avoir lieu les répétitions. Avec ses douze costumes de scène, soit un par tableau, Gabrielle Robinne connaît un véritable succès et la première, le 23 octobre 1904, se solde par un concert de louanges : « Impossible d’interpréter le rôle avec plus d’intelligence, de grâce de charme», note un critique, tandis qu’un autre voit en elle « Une figure de missel (sic) d’une beauté exquise »(5) À ce moment de sa  jeune carrière, Gabrielle Robinne qui s’apprête a entreprendre une tournée, laisse entendre qu’elle préférerait «  jouer sur les boulevards« . Ce qui fait écrire à Robert Guillou:  « Je pense qu’elle viendra (…) soit à Antoine, soit au Gymnase, où sous le fracas des applaudissements elle fera crouler la salle entière, par sa voix qui sait rendre avec chaleur ce que son cœur éprouve. Néanmoins, elle domine sa passion pour l’art dramatique et ne se laisse dominer par elle. C’est là qu’est le véritable talent« , écrit-il. Sa conclusion, écrite en janvier 1905 est particulièrement prémonitoire. Qu’on en juge: « Voici une actrice nouvelle aux accents vrais, aux émotions fortes: une muse du beau parler qui travaille ses rôles sérieusement, marquant les endroits à effet, les soulignant, chiffrant les mots sur lesquels il faut appuyer, qui soigne sa diction et sa prononciation. Elle étudie ses poses avec non moins d’attention, ne se rapportant nullement à ce qu’on appelle l’inspiration« . Et de terminer ainsi: « Je ne dirai jamais assez tout ce qu’il y a de sincérité naïve, de passion pour le beau, de loyauté profonde dans cette belle et future grande comédienne: Gabrielle Robinne« …

  • … et Maurice Bernhardt, son fils, metteur en scène de Par le fer et par le feu

    En même temps que le nom et l’image de Gabrielle Robinne sont véhiculés par la presse, sa carrière débutée entre Paris et les grandes villes de province, commence à déborder du cadre étroit de l’Hexagone. Au Théâtre Royal du Parc à Bruxelles, elle joue en avril 1905 le rôle de l’actrice Fanchette Claret  dans Brichanteau, vieux comédien, une pièce de l’inusable Jules Clarétie, toujours  mise en scène par Maurice de Féraudy. Éloges des critiques et succès public obligent, les représentations devront être prolongées de plusieurs semaines. Elle se produit ensuite à Monaco, puis à Madrid et à Barcelone, « toujours escortée de sa mère qui ne la lâche pas d’une semelle », note Louis Schneider dans la revue Gil Blas.  La presse, qui souligne sa gaieté, se fait aussi quelquefois l’écho de sa « gentille espièglerie » et de sa « verve mutine ». On cite l’anecdote d’une Gabrielle Robinne, traversant une scène jonchée de cadavres  et dispersant discrètement quelques pincées de poivre pour faire éternuer les comédiens. Un jeu qui ne sera toutefois pas assez discret pour qu’elle puisse échapper à l’amende infligée par l’administrateur du théâtre.

Gabrielle Robinne posant face à l’objectif de Léopold Reutlinger (1910).
Gabrielle Robinne, à la une des revues théâtrales et mondaines (avant 1914)

UNE ESCAPADE SUR LES BORDS DE LA NEVA…

  • Gabrielle Robinne, au bois de Boulogne,  toujours accompagnée de sa mère

    En novembre 1905, c’est le directeur du théâtre Michel, à Saint-Petersbourg qui, après l’avoir vue quelques mois plus tôt, jouer dans Brichanteau, lui propose un contrat de six mois dont l’actrice dira qu’il était « matériellement très intéressant». Il est des propositions que l’on ne saurait refuser, fût-ce au prix d’un exil de plusieurs mois. Elle emporte avec elle une trentaine de robes toutes plus somptueuses les unes que les autres, qu’elle a fait confectionner chez Paquin, un  célèbre couturier alors en vogue: « Les semaines qui précédèrent le départ furent surchargées et enivrantes. Ma mère qui devait m’accompagner, et qui était très jeune, 18 ans seulement nous séparaient, s’amusait autant que moi » (6). Après quelques péripéties lors du passage de la frontière, face à un douanier soupçonneux devant tant de bagages, mère et fille  arrivent enfin  dans la capitale impériale, pour un séjour qui va durer de novembre 1905 à avril 1906. Le public russe ne tarde pas, lui aussi, à  succomber au charme et à l’élégance de l’actrice qui devient très vite pour ses admirateurs, parfois un rien envahissants,   Lastoschka, « la petite hirondelle« .

  • Gabrielle Robinne (à gauche) en compagnie d’autres vedettes du Tout Paris du spectacle (1910), dont Mistinguett et Réjane

    Sur les rives de la Néva, dans ce qui est la capitale politique et culturelle de l’empire russe, qui se relève à peine de la première révolution et du « dimanche rouge» sanglant, Gabrielle Robinne parvient à accomplir ce qui relève encore aujourd’hui de l’exploit : deux autres comédiennes engagées en même temps qu’elle  ayant déclaré forfait, c’est elle seule qui va honorer leurs contrats. C’est  ce qui lui vaut d’interpréter certains jours jusqu’à trois rôles différents : « Chaque semaine, elle créait une pièce le soir, en répétait une autre l’après-midi, et en apprenait une troisième le matin », rapporte sa fille, Colette Alexandre – Robinne qui ajoute que « c’était le rythme du théâtre Michel : une création toutes les semaines. Quel apprentissage pour une comédienne de 18 ans ! » (7).

  • Gabrielle Robinne dans le rôle de Fanchette Claret (Brichanteau, vieux comédien)

    Lors du grand gala de l’opéra qui clôt traditionnellement la saison, on lui demande de jouer, «  en attraction» entre deux ballets, le 3ème acte de Ruy Blas. Elle campe le rôle de la reine et donne la réplique, en français, à un des plus grands tragédiens russes de l’époque, lequel ne peut que s’exprimer en russe, la seule langue qu’il ait jamais connue. Ruy Blas, s’inscrit ce soir là, involontairement, au répertoire comique : « Après avoir entendu mon partenaire me dire dans la plus grande exaltation « Ia Vasse Lioubliou ! Ia skazal vachemou, velitchestvou tcho cerosé » (…),  je luis répondis :  » Oh parle ! Ravis-moi ! Jamais on ne m’a dit ces choses-là ! » J’avais l’impression que Ruy Blas était un vaudeville », confiera-t-elle un demi-siècle plus tard dans ses Mémoires (8). On imagine tout le professionnalisme qu’il lui fallut pour ne pas éclater de rire, face à un tel décalage dans le jeu des acteurs. Le public, conquis par son jeu,  semble lui vouer une admiration sans borne : pêle-mêle, ses admirateurs lui font porter qui des icônes, qui des porcelaines anciennes, voire des lévriers, quand il ne s’agit pas de la peau d’un ours blanc, que l’on affirme avoir spécialement abattu pour elle…

  • Gabrielle Robinne, au cours de son séjour en Russie (1905-1906)

    À l’occasion de la traditionnelle  Fête des eaux, à Tsarskoïe-Selo, le « Versailles russe», qui sert de résidence d’été au tsar de toutes les Russie,  elle est même présentée à Nicolas II. Sur place, on lui propose de reconduire son contrat  pour un an…Ce qu’elle refuse, arguant du fait qu’elle est mineure et que son père n’accepterait pas … Qu’à cela ne tienne, on est prêt à faire venir M. Robinne père, à le faire séjourner dans la capitale russe, et même à lui payer un dédit  pour l’administration des Postes et télégraphes, son employeur, qui ne saurait ainsi refuser, au risque d’ébranler l’amitié franco-russe. Mais Gabrielle a la nostalgie de son pays et la perspective de devoir affronter la froideur d’un second hiver la pousse à refuser l’offre : « Ces six mois de neige, elle avait eu beaucoup de mal à les supporter, malgré le douillet appartement dans lequel elle vivait avec sa mère.. Paris, ses cris, ses odeurs  lui avaient tellement manqué qu’elle refusa », écrit sa fille, Colette Alexandre-Robinne. Elle quitte donc en avril 1906 les rives de la Néva pour retrouver celles de la Seine. Paris, qui ne lui tient pas rigueur de son escapade russe,  ne l’a pas oubliée…

    Quelques variations sur l’image de Gabrielle Robinne, vue par les studios photographiques Meurisse

PENSIONNAIRE DE LA MAISON DE MOLIÈRE…

  • Gabrielle Robinne, sollicitée à la fois par Jules  Clarétie…

    Dès son retour, Jules Clarétie, administrateur de la Comédie française, la fait immédiatement demander. Il lui propose de jouer au théâtre du Parc à Bruxelles le premier rôle féminin dans Brichanteau, vieux comédien, une pièce mise en scène par Maurice de Féraudy, basée sur un roman de Clarétie lui même. Entre répétitions et représentations, Gabrielle Robinne et sa mère doivent donc élire domicile dans la capitale belge. Le public comme les critiques sont conquis par l’interprétation de  l’actrice, ce qui obligera à prolonger les représentations. Presque au même moment, Lucien Guitry, le père de Sacha, la sollicite pour monter une pièce au théâtre de La Renaissance, dans laquelle elle aurait à nouveau le premier rôle féminin. Le contrat est financièrement très intéressant mais, en cas d’empêchement, il stipule que l’actrice aurait un important dédit à verser. De quoi faire réfléchir les Robinne, mère et fille. La réflexion ne durera pas longtemps : Jules Clarétie revient à la charge en lui proposant de l’engager, pour un an, comme pensionnaire de la Comédie Française. La proposition courrait du 1er octobre 1906 au 30 septembre 1907. En contrepartie,   Gabrielle doit s’engager  à jouer, pour 4.800 francs or par an,  tous les rôles qui lui seront confiés «  dans la tragédie, la comédie et le drame » et plus spécialement dans l’emploi dit de « coquette et rôle de genre ».

    … et par Lucien Guitry

    Le contrat léonin stipule qu’elle doit «  se trouver à toutes répétitions, fournir à ses frais tous les habits nécessaires et convenables à ses rôles et emplois, suivre  la Comédie Française partout où il plairait à l’Administrateur de la faire jouer et de ne paraître sur aucun autre théâtre payant ou non payant, sans le consentement exprès ou par écrit de ce dernier »…À vingt  ans, avec l’accord et la signature paternels puisqu’elle n’est pas encore majeure, elle choisit donc de faire son entrée dans la maison de Molière, qu’elle ne quittera qu’en 1938, trente-deux ans plus tard. Après la reprise du rôle de Zanetto, dans le Passant de François Coppée, elle interprète en janvier 1907, Betty, la jeune anglaise  de L’anglais tel qu’on le parle, de Tristan Bernard, devenant pour son public la « Pitite Tcherrry ». À prononcer avec l’accent qui sied… Une interprétation qui semble avoir marqué durablement la critique, au point que, lors d’une reprise de la pièce en 1916 avec une autre actrice, on puisse lire dans la revue L’Intermède:  » Dans le rôle de Betty, je ne puis oublier avec quelle savoureuse candeur, Mlle Robinne disait à Paris son irrésistible »pettit cherrri » qui déchaînait tant d’applaudissements« .

  • Robinne lysiane
    Gabrielle Robinne, « petite poupée à fanfreluches« , « honte de la Comédie française« …

    Si la presse théâtrale souscrit aux choix artistiques  de Jules Clarétie, on note toutefois quelques exceptions détonantes.  Dans un article daté du 2 janvier 1908, le journal La critique indépendante s’en prend avec violence aux décisions  du Comité d’administration de la Comédie française. Il  demande même au ministre des Beaux arts, Aristide Briand de « donner un coup de balai fort utile dans la foule des petites poupées (sic) qui sous le nom de pensionnaires émargent au budget et ne rendent aucun service, pour la raison délicieuse qu’elles n’ont aucun talent (sic), ayant de longue date suppléé à celui-ci par des relations influentes« . Dans le viseur du journaliste figurent Gabrielle Robinne, mais aussi « Mlles Maille et Géniat« . Quelques lignes plus loin, le même s’en prend plus particulièrement à Gabrielle Robinne, à propos de son interprétation de Zanetto, dans Le Passant. Une véritable charge contre l’actrice:  » Sans doute, écrit-il, on ne pouvait demander à la jeune et jolie actrice d’avoir du talent (…). Mademoiselle Robinne fait partie des artistes (?) dont tout le talent consiste à être entrée à la Comédie française (…). Elle y ajoute celui de pratiquer la publicité par cartes postales« . Un mélange des genres qui ne semble  pas trouver grâce à ses yeux.  La suite de l’article est encore plus violente:  » Quand donc la Comédie française aura-t-elle la pudeur de se débarrasser  d’un tas de petites poupées à fanfreluches qui sont la honte de la maison (sic). Il faut au théâtre montrer une belle poitrine, de jolis cheveux, des yeux exquis, c’est entendu (…). Mais il faut aussi avoir du talent et sous ce rapport Mlle Robinne est un peu trop déshéritée. Il est vraie qu’elle a de jolies jambes », écrit-il dans une conclusion…pleine de sous-entendus.

1906 : Gabrielle Robinne fait son entrée à la Comédie Française
  • Sur les planches, au fil des pièces, elle donne alors la réplique, à Ernest Coquelin, dit Coquelin Cadet, à Paul Mounet-Sully, voire à Cécile Sorel et, évidemment à Maurice de Féraudy, en personne : « Les grands sociétaires, il y en avait beaucoup à l’époque, me semblaient des demi-dieux….Je compris qu’ils étaient des hommes et des femmes comme les autres, avec leurs faiblesses, leurs déceptions », note-t-elle dans ses souvenirs (9). De Célimène, du Misanthrope, elle peut passer avec une aisance déconcertante, à Clotilde de La Parisienne, après un détour par la tragédie, avec Horace.

    Gabrielle Robinne, désormais « de la Comédie Française« 
  • Pendant trente ans, elle va jouer les premiers rôles féminins dans une litanie de pièces parmi lesquelles : Les affaires sont les affaires, d’Octave Mirbeau, Le voleur d’Édouard Bernstein, le Duel ou Le marquis de Priola, d’Henry Lavedan, L’amoureuse de Porto-Riche, La marche nuptiale d’Henry Bataille, L’ami des femmes et  Le demi monde d’Alexandre Dumas fils. Au chapitre des classiques, elle visite Molière (Le misanthrope, Tartuffe, Les femmes savantes, Le Bourgeois gentilhomme), Racine (Phèdre), Musset (Un caprice de Marianne, On ne badine pas avec  l’amour ou  Lorenzaccio), Marivaux (Le jeu de l’amour et du hasard) ou Beaumarchais (Le mariage de Figaro)…. et bien d’autres. Le fait de jouer à la Comédie Française ne l’empêche toutefois pas de créer des pièces ailleurs, comme son contrat le lui permet, « après autorisation de Monsieur l’administrateur ». Ainsi, à plusieurs reprises Bruxelles l’accueillera à nouveau pour La Châtelaine  (1911), La rencontre (1919), Hélène de Sparte (1920),  des années avant Le vivier (1936).

UNE PERSONNALITÉ EN VUE  DU « TOUT PARIS »…

  • Au cours de ses tournées européennes, sur lesquelles veille toujours Madame Robinne mère, bien que sa fille soit devenue majeure en 1907, les rencontres prestigieuses se succèdent entre 1908 et 1910: après le tsar Nicolas II rencontré en 1906 lors de son escapade russe, elle est ainsi présentée au roi de Grèce, Georges Ier, à Athènes, au souverain d’Espagne Alphonse XIII à Madrid, au Kaiser Guillaume II à Berlin et au roi Georges V, accompagnée de la reine Mary à Londres.

• En évoquant le passage de Gabrielle Robinne par l’ambassade de France à  Berlin, en 1909, le journal Le Rire, se prend à imaginer, sur le mode humoristique,  ce que pourrait être l’influence de la comédienne sur les relations franco-allemandes :

Robinne « Mlle Robinne, illustrée par la carte postale, est allée personnifier à Berlin l’élégance, la beauté, le charme de la Parisienne, peut-on lire dans le numéro du 10 février. Reconnaissons qu’on aurait pu plus mal choisir. Trop souvent, nos jolies femmes se voient représenter dans les capitales étrangères par des dames qui étaient belles sous l’Empire (le Second) et qui ont des fils à la veille d’être nommés commandants, à l’ancienneté. C’est à l’occasion d’une exposition de Watteau, de Lancret, de Boucher, organisée à l’ambassade de France, que Mlle Robinne est allée pourvoir, en tout bien, tout honneur, aux menus plaisirs du Kaiser. On prête à celui-ci un mot trop boulevardier : « Mademoiselle, aurait-il dit,  quelle agréable surprise pour moi : je ne croyais voir ici que de vieux tableaux ! ». Des échotiers, par trop désinvoltes se sont permis de dire qu’à Berlin, Robinne pouvait beaucoup pour nous si elle voulait. D’abord, cette jolie pensionnaire ne veut pas. Elle avait madame sa mère et son petit chien dans ses bagages. Et puis, nous aurions peut-être tort de croire que l’Alsace  et la Lorraine se reprennent comme cela, sur un oreiller, même impérial (…). Ne comptons donc pas trop sur le sourire de nos jolies femmes pour réparer le traité de Francfort »…

Le Tsar Nicolas II, Georges Ier de Grèce, Alphonse XIII d’Espagne, le Kaiser Guillaume II, Georges V…Quelques-unes des têtes couronnées qui ont salué Gabrielle Robinne lors de ses tournées européennes

• Lorsqu’elle regagne Paris, on peut souvent la voir   monter en amazone dans les allées du  bois de Boulogne et elle se révèle une sportive accomplie : elle est une excellente nageuse, une très bonne patineuse, et elle pratique aussi bien la randonnée à bicyclette que le ski… Peut être faut-il  y entrevoir un des  secrets de sa longévité. Ce qui ne l’empêche pas d’être une virtuose du piano dont la tante Berthe, professeure de musique à l’Institution  Marie-Immaculée,  lui avait enseigné les premiers rudiments, à Montluçon. Quelquefois même, elle s’adonne à la composition. Une de ses œuvres, une valse, aura le privilège d’être jouée dans une pièce, à la Comédie française. Quelques années plus tard, durant la Grande Guerre, elle composera même un Hymne de France, en compagnie de son mari, René Alexandre.  Désormais, Gabrielle Robinne fait donc partie des femmes les plus en vue de la capitale,. C’est ce qui fera écrire au journal Le Monde en novembre 1980, quelques jours après sa disparition : « C’était une personnalité du tout Paris que s’arrachaient les salons, les grandes réceptions, voire les concours d’élégance du Bois de Boulogne. Sa plastique sculpturale, ses grands yeux en amande, son ovale de visage, ses cheveux magnifiques sous les chapeaux haut – perchés, sa taille princière et cette ligne d’épaules que rehaussaient des étoles de fourrure lui composaient la silhouette idéale de la Parisienne reproduite à l’envi par les clichés de l’Illustration ou le Comœdia Illustré ». (10)

ALEXANDRE,« LE BEAU RAMUNTCHO ENTREVU À L’ODÉON »…

  • René Alexandre, « le beau Ramuntcho« .

    L’année 1908 est marquée par deux événements capitaux pour Gabrielle Robinne, en dehors de sa toute première participation à une tournée européenne, sous l’égide de Maurice de Féraudy. Celui-ci a réussi à convaincre Jules Clarétie qui lui a donné les autorisations nécessaires. C’est d’abord la rencontre avec le comédien René Alexandre. Né en 1885, formé par Paul Mounet-Sully, « ce jeune homme grand, mince et brun, avec de beaux yeux et une voix profonde et chaude», a décroché le premier prix de comédie et de tragédie au concours du Conservatoire et il vient de faire son entrée à la Comédie Française. Il a installé un cours de diction au 55 de l’avenue Bugeaud, là même où Gabrielle Robinne et sa mère viennent d’emménager : « Je n’avais pas oublié le beau Ramuntcho, entrevu à l’Odéon, quelques années auparavant », rapporte-t-elle dans son livre de souvenirs.

René Alexandre, déclamant un poème du commandant Alfred Droin, « Aux écrivains tombés au champ d’honneur », le 10 avril 1919, au Panthéon (agence photographique Rol ©BnF Gallica)
  • René Alexandre, en empereur romain: un habitué du répertoire classique

    En 1910, Gabrielle Robinne et René Alexandre se donnent la réplique dans Les Marionnettes de Pierre Wolf. Celui qui a débuté dans Pyrrhus, une pièce jouée à l’Odéon en 1906, est décrit par Philippe Van Thieghem comme quelqu’un de  « remarquablement beau (dont le) physique éclipsa parfois injustement  les qualités d’acteur » (11). Le deux comédiens tombent éperdument amoureux l’un de l’autre : « Nous bavardâmes longuement, souvent et, un an après, ayant eu tout loisir d’échanger des projets d’avenir, dans les escaliers A et B de l’immeuble de l’avenue Bugeaud, dans le métro qui nous conduisait de l’Etoile au Palais Royal, dans les couloirs de la Comédie Française, nous décidâmes de nous marier », écrit-elle (12). Pour leurs fiançailles, célébrées en 1911,  ils donnent un véritable spectacle en jouant un petit acte, avant que Marthe Chenal ne prenne le relais pour le chant et que Paul Mounet-Sully, en personne,  ne fredonne quelques chansons. Cette même année, Gabrielle Robinne joue à la Comédie française Le plaisir de rompre, de Jules Renard, suivi du Mariage de Figaro, de Beaumarchais. Pour les deux comédiens, l’heure est au mariage.

    René Alexandre et Gabrielle Robinne, un couple à la ville et sur scène qui dure 34 ans
  • Leur union sera célébrée le 11 juin 1912, à la mairie de Limeil-Brévannes. Pour pouvoir se marier en échappant aux journalistes et photographes lancés à leurs trousses (les « paparazzi » de l’époque),  le couple a dû mettre au point un subterfuge : ils ont signé un faux bail antidaté, attestant de leur installation dans ce qui n’est alors qu’un gros village, le tout avec la complicité d’amis propriétaires d’une maison. Cette précaution ne servira cependant à rien. Depuis Paris, les journalistes ont pris discrètement en filature l’un des invités, Jules Clarétie, le témoin des mariés, avec Paul Mounet-Sully. Après qu’il eut acheté son billet au guichet de la gare, ils n’ont eu qu’à demander « La même chose que Monsieur » pour percer le secret de la destination finale… 

    La mairie de Limeil-Brévannes, lieu de célébration du mariage
  • Le journal L’Intransigeant (12 juin 1912) en rendant compte de la cérémonie écrit : « M. Alexandre, d’une élégance sobre, et Mlle Robinne, radieuse de beauté et de bonheur, entendirent avec recueillement les douces paroles du bon curé, un peu émerveillé et plus ému, semblait-il que ceux même qu’il avait charge d’unir. Le tout Limeil et le tout Brévannes se pressaient à la porte et dans la ruelle. Quelques photographes, deux ou trois journalistes ».
    Gabrielle Robinne, de retour sur scène en 1916

    L’auteur de ces lignes passe sous silence les actualités cinématographiques qui sont pourtant bien là afin d’immortaliser l’événement. Les opérateurs de Gaumont rivalisent avec ceux de Pathé – Journal et d’Éclair – Journal. Dans les semaines qui suivent on pourra donc voir des images de ce mariage dans de nombreuses salles. Désormais, Gabrielle Robinne et René Alexandre, qui choisissent de passer leur lune de miel en Corse,  vont constituer «  un couple spectaculaire et admiré » selon les propos d’un journaliste qui rendait hommage à l’actrice en 1980. Ajoutons, et ce n’est pas un fait courant dans le milieu artistique, un couple solide, que seule la mort prématurée de René Alexandre viendra  briser en 1946, laissant Gabrielle Robinne inconsolable. 

L’ASSASSINAT DU DUC DE GUISE”…SUR PELLICULE 

  • 1908, c’est aussi le véritable début de la carrière cinématographique de Robinne. Elle a toutefois déjà pu apparaître brièvement devant les caméras: d’abord dans Le troubadour de Segundo de Chomon tourné en 1906 et, ensuite, dans Le retour d’Ulysse, d’André Calmettes, ce dernier film ne sortant cependant en salle qu’en 1909. Depuis les tout premiers films des frères Louis et Auguste Lumière, projetés en 1895, ce qu’on appelle aujourd’hui le 7ème  Art, semblait n’être promis qu’à rester, au pire, un spectacle mineur pour baraques foraines et, au mieux, pour quelque sous-sol de salles de cabarets enfumées. Certes, il y avait bien les efforts louables d’un Georges Méliès et de quelques autres, pour tendre à plus de créativité,  mais le cinéma ne pourrait jamais  devenir  un art noble… Du moins, le pensait-on, et peu nombreux étaient les grands noms du théâtre, à plus forte raison de la Comédie française, à vouloir s’y compromettre.

    Une action de la nouvelle société Le Film d’art fondée par l’éditeur Pierre Laffitte (1908)
  • Charles le Bargy, réalisateur et acteur

    C’est en partant de ce constat que l’éditeur Pierre Laffitte, qui publiait notamment le très mondain Femina, décide de créer la société Le Film d’art. Il entend « lutter contre la vulgarité et le mauvais goût», en drainant un public plus exigeant que celui des baraques foraines. Le seul moyen, c’est d’offrir des sujets nobles, empruntés au répertoire du théâtre ou à la littérature classique. Pour le scénario, on pourra faire appel à quelques vieilles gloires de l’Académie française et, pour l’interprétation, on puisera dans le vivier des grands comédiens, et pourquoi pas, dans celui de la Comédie française, si les contrats ne s’y opposent pas. Pour son coup d’essai, Le Film d’art choisit L’assassinat du duc de Guise.  La pièce  est d’Henry Lavedan, membre éminent de l’Académie Française, par ailleurs critique dramatique et journaliste à l’Illustration. Une double caution qui devrait permettre de drainer  des critiques positives. Pour l’occasion, Maurice de Féraudy qui a investi de l’argent dans la société du Film d’art, prêtera une partie du mobilier nécessaire au tournage.

  • Gabrielle Robinne, alias la duchesse de Noirmoutiers, maîtresse du duc  de Guise (scène du début du film) .

    La réalisation est assurée par Charles le Bargy et par André Calmettes, tandis que l’on fait appel à Camille Saint-Saens pour composer la partition musicale, c’est à dire le fameux accompagnement au piano des films muets. On ne lésine pas non plus sur les décors qui sont confiés au talentueux Emile Bertin et Le Bargy engage Gabrielle Robinne pour tenir le rôle de la marquise de Noirmoutiers, maîtresse du duc de Guise (Albert Lambert). Charles le Bargy campe Henri III et dans la distribution figurent Berthe Bovy, Raphaël Duflos et quelques autres gloires théâtrales de l’époque. Ce faisant, Gabrielle Robinne et les comédiens qui l’entourent, prennent à l’évidence un risque car, comme l’écrit Florence Montreynaud dans « Le XXè siècle des femmes », « auréolée de son prestige, elle est la première des dames du répertoire à oser se compromettre avec le cinéma » (13)

    Gabrielle Robinne (la duchesse de Noirmoutiers), dans les premières images du film

    La célèbre scène de l’assassinat du duc de Guis
  • Le film achevé et monté dure 18 minutes, soit pour l’époque l’équivalent d’un long métrage. Il est présenté en exclusivité le 17 novembre 1908, dans une salle de la rue Charras. C’est immédiatement un succès : dès le 21 novembre 1908, l’hebdomadaire l’Illustration publie le scénario intégral du « drame cinématographique en six tableaux» en accumulant les précisions techniques: il compte 18.828 clichés pour une bande de projection de 314 mètres. La même revue, que lit de génération en génération  la bourgeoisie parisienne et provinciale,  note que « Le public parisien lui a fait le plus chaleureux accueil (et que) il va être propulsé dans le monde entier ».
  • Le retour d’Ulysse, autre production du Film d’Art

    Dans les colonnes du journal Le Temps, Adolphe Brisson rend compte du film et rédige, sans le savoir,  ce qui est  considéré comme la toute première critique cinématographique : « Ce récit visuel, écrit-il, se grave dans l’esprit en traits inoubliables. Il ne languit pas (…) C’est la plus impressionnante leçon d’histoire. Rien ne vaut l’enseignement par les yeux ». Quant à ceux qui y verraient une menace pour le théâtre, il les rassure en ajoutant que « après une heure et demie de spectacle, nous éprouvons l’impérieux besoin d’entendre le son d’une voix humaine et  ceci prouve bien que le Cinéma n’est pas une concurrence au Théâtre : il le fait désirer, il en créé la nostalgie ». D’autres, comme   Lucien Descaves, considèrent que le théâtre filmé prendra, tout au plus,  la clientèle des cafés concerts, « et c’est autant de gagné pour les oreilles », ajoute-t-il, un brin ironique.

    Une scène du  tournage du Retour d’Ulysse dans les studios du Film d’Art
  • On rapporte  que Charles Pathé en personne, le principal concurrent de Paul Laffitte, se serait écrié : « Ah Messieurs ! Vous êtes plus forts que nous». De l’autre côté de l’Atlantique, David Griffith, un des maîtres du cinéma américain, confiera au début des années 1920 : « Mon meilleur souvenir au cinéma : la sensation que me procura (…) un film merveilleux, L’assassinat du duc de Guise. Ce fut pour moi une révélation complète. Si seulement vos compatriotes avaient pu continuer à produire des films semblables, ils seraient aujourd’hui les premiers cinématographes du monde» (14).  En analysant les raisons du succès d’un tel film, l’historien du cinéma Roger Boussinot (15) notait, non sans raison, que « les gens bien pouvaient désormais aller au cinéma, comme au théâtre, sans déchoir. Le cinéma avait gravi un échelon dans l’échelle sociale ». Avec le temps, le jugement de la critique allait cependant se durcir, au point que dans les décennies suivantes, certains parleraient «  d’un impérissable monument de grandeur et de sottise », un point de vue repris par les premiers historiens du cinéma. Au début des années 1980, pourtant, le film sera restauré par le Centre national de la cinématographie et présenté, le 15 octobre 1980, dans la vieille salle du Palais des Arts. Là, devant un parterre de metteurs en scène et de critiques ou d’historiens du cinéma, les spectateurs feront une ovation à la dernière survivante du film, « Madame Robinne de la Comédie Française ». À 94 ans, ce sera son ultime apparition publique, un mois avant sa disparition.
    Le retour d’Ulysse, en cours de tournage

    En dehors du fait que Le Film d’art marque un tournant dans la production cinématographique, il permet désormais aux metteurs en scènes, aux réalisateurs et aux acteurs d’avoir enfin leurs noms inscrits sur les affiches. Comme l’écrit l’historien du cinéma Charles Ford, « le mythe de la vedette était né…Mais au profit des acteurs américains. Quant aux acteurs français, s’ils avaient maintenant leurs noms dans les génériques, dans les programmes, dans les notes et les placards publicitaires, c’était encore avec une certaine discrétion (…) Le sort des femmes n’était pas différent : jamais une Gabrielle Robinne, une Suzanne Grandais, une Huguette Duflos, qui au temps du muet s’avancèrent le plus dans la faveur des foules, ne se virent traitées par les journalistes français comme une Pearl White, une Mary Pickford, une Gloria Swanson » (16).

    Gabrielle Robinne déclamant un poème lors des Fêtes de Bretagne à Nantes (été 1910)

    Gabrielle Robinne (au centre) et Jeanne Delvair, interprétant Griselidis, lors de ces mêmes fêtes

GABRIELLE ROBINNE DANS LE TOURBILLON DES TOURNAGES DE FILMS…

  • Gabrielle Robinne, désormais vedette de cinéma, aux innombrables films

    Après ce coup d’essai couronné de succès, le Film d’art continue sur sa lancée, en utilisant les mêmes recettes et souvent  les mêmes comédiens. Dès 1909, sort en salle  Le retour d’Ulysse autre film d’André Calmettes, bientôt suivi de La Reine de Saba. À propos de ce dernier film, Gabrielle Robinne aimait à rappeler, non sans malice, les conditions singulières  du tournage: « Je devais me promener, tout le long du scénario avec une jeune panthère qui me suivait comme un chat (…). On me l’avait présentée comme parfaitement douce et inoffensive. Je la caressais, elle se couchait dans mes bras, elle était charmante. Un matin, en arrivant au studio, je ne vois pas ma panthère. Je la réclame et le metteur en scène me dit : « Oh ! Non ! Elle est enfermée. Elle a mangé le bras d’un machiniste…Ça ne m’a pas empêché de continuer à faire du cinéma » (17).

  • Charles Pathé: un contrat pour cinq films par an

    Avec René Alexandre et Cécile Sorel, elle participe encore au tournage de Macbeth, de Carmen ou d’Héliogabale. Grâce à ces films, dont la diffusion dépasse le simple cadre français, elle acquiert le statut de « première star internationale du cinéma». Il suffit d’afficher au fronton des salles, « Ce soir, Robinne » pour que le succès soit assuré. Dire que l’on s’arrache Robinne, n’est donc pas exagéré. C’est ainsi que Charles Pathé lui propose  un contrat pour cinq films par an, avec des appointements en or, qui laissent rêveur plus d’un comédien.  Trente ans plus tard, alors que Gabrielle Robinne vient de quitter la Comédie française, on pourra lire dans Le Monde illustré (15 janvier 1938) : « Mademoiselle Robinne (…) est devenue une des premières vedettes de l’écran où, en même temps que son grand talent de comédienne, sa beauté a été rendue célèbre dans le monde entier ».

  • René Leprince, réalisateur des Scènes de la vie bourgeoise

    De 1912 à 1914, Gabrielle Robinne tourne aux côtés de son mari, dans une vingtaine de films de René Leprince, réunis sous le titre générique de Scènes de la vie bourgeoise. Elle joue ainsi dans Lutte pour la vie, une histoire édifiante et très moralisatrice, dans laquelle Jean Morin (René Alexandre), bon dessinateur industriel, victime de l’injustice, finit par épouser Mlle Préval (Gabrielle Robinne), fille d’un filateur, qu’il a sauvée de l’incendie de l’usine paternelle. Jean Mitry, historien du cinéma, écrit que ces films « représentaient pour le public semi-bourgeois, le fin du fin du drame psychologique». S’enchaînent ensuite La proie, La comtesse noire, Premier amour, Blessure d’amour, Le malheur qui passe, Le calvaire d’une reine ou Les larmes du pardon, La comtesse noire, Plus fort que la haine…et bien d’autres aux titres tous plus évocateurs les uns que les autres. On pourra en  retrouver la liste, non exhaustive, à la suite de cet article. Quelquefois, René Leprince s’adjoint Ferdinand Zecca à la réalisation. C’est le cas pour Cœur de femme, La danse héroïque, La leçon du gouffre et Le roi de l’air en 1913.  Suivront, en 1914,  Le calvaire d’une reine et La jolie Bretonne.

  • Ferdinand Zecca

    Tous ces films sont régulièrement loués par Le Temps, encensés par Le Figaro, couverts de lauriers par l’Illustration, alors qu’ils sont tout aussi régulièrement éreintés par la plume acerbe de quelques rares critiques, dont celle du jeune Louis Delluc. Celui-ci, que Roger Boussinot qualifie de « critique au revolver» écrit dans les colonnes du journal l’Intransigeant que « Les gens qui ont mis en scène les films de Mlle Robinne sont tous de vivants défis au goût et au bon sens »Et d’ajouter: « J’attends les films que Mlle Robinne doit au cinéma français. J’attends, mais sans impatience». Une « attente » que ne partage apparemment pas le public qui fait de ces films de véritables succès.

    Gabrielle Robinne, sous contrat chez Pathé
  • Au total, entre les représentations qu’il faut assumer à la Comédie Française, les tournées en province et à l’étranger et  le tournage des films en studio, la carrière de Gabrielle Robinne et de René Alexandre est bien remplie. Le couple y gagne plus que  la simple aisance matérielle. Seule ombre au tableau dans cette étape heureuse de sa carrière, à la fin de 1913, Gabrielle Robinne comme la plupart des comédiens de la maison de Molière est affectée par la mort de Jules Clarétie, son administrateur depuis vingt ans

  • Tous ces films, couronnés pour la plupart de succès, apportent à Gabrielle Robinne une foule d’admirateurs et d’admiratrices, au zèle parfois débordant. Dans ses mémoires, elle cite telle jeune fille qui avait quitté sa famille pour venir la rejoindre à Paris et qui, reconduite à la gare, se serait jetée sous le train…Ou tel autre jeune homme, n’hésitant pas à cambrioler des magasins d’antiquaires de la ville pour couvrir la comédienne de présents… Ou encore, cet admirateur passionné qui lui adresse lettres sur lettres, depuis le Congo où il habite, la suppliant de tout quitter pour le rejoindre, ajoutant qu’elle et lui sont destinés l’un à l’autre, car ils se ressemblent « de façon stupéfiante »… Jusqu’à ce qu’il finisse par lui envoyer sa photo révélant un homme « petit, chauve et légèrement bossu »…

17 JANVIER 1914 : GABRIELLE ROBINNE ET RENÉ ALEXANDRE INAUGURENT  LE NOUVEAU THÉÂTRE MUNICIPAL DE MONTLUÇON

  • La Grande guerre va mettre provisoirement un terme à ce tourbillon d’activités. Mais, avant qu’elle n’éclate, Gabrielle Robinne et René Alexandre auront eu le temps de venir ensemble à Montluçon, à l’invitation de la Municipalité, dirigée  par Paul Constans. Le samedi 17 janvier 1914, on inaugure le théâtre municipal, accolé au nouvel hôtel de ville. Le couple de comédiens a accepté de venir y jouer Le voleur, pièce en trois actes d’Henri Bernstein, dans « une représentation de gala ». Marie-Ange Fériel et Roger Vincent complètent la distribution.
Ancien théâtre
L’ancien théâtre, en service de 1809 à 1897,   peu avant sa démolition en 1909.
  • Le vieux théâtre, qui avait été installé en 1809 dans la chapelle de l’ancien couvent des Ursulines, avait dû être fermé par arrêté préfectoral en  février 1897, en raison de sa vétusté et des dangers qu’il représentait pour le public. Un premier projet de reconstruction, adopté en décembre 1899, n’avait pu aboutir, laissant la ville qui était alors en plein essor sans lieu de spectacle. En 1902, à l’occasion d’une grande kermesse organisée en faveur des victimes et des sinistrés de la Montagne Pélée, à la Martinique, les frères Perrier, entrepreneurs et mécènes locaux,  avaient édifié   un « théâtre cirque« .  Construit en planches, il se situait  à proximité de l’actuel square Fargin-Fayolle, au bord du Cher. Conçu comme provisoire, il devint pendant une décennie le haut-lieu des spectacles montluçonnais, abritant aussi bien des meetings politiques que des représentations théâtrales.  On pouvait y applaudir  les vaudevilles des tournées théâtrales, particulièrement prisés  de la bonne société, mais aussi  des orchestres philharmoniques ou la chorale locale. De grands noms du théâtre, comme Sarah Bernhardt ou Mounet-Sully qui vint interpréter Ruy Blas en  1912, s’y produisirent. Jean Jaurès en personne y tint meeting en 1909.  La Jeunesse artistique montluçonnaise, groupe théâtral local, y joua  Un client sérieux de Courteline  et Le malade imaginaire de Molière. L’endroit pouvait aussi servir de cadre à  des spectacles de cirque, en transformant son parterre en piste. C’est ainsi  que le célèbre Buffalo Bill, en personne,  s’y serait produit.

    Théâtre cirque de Montluçon
    Le théâtre – cirque (1902-1912), une solution provisoire
  • Pourtant le site présentait de nombreux défauts, avec ses aménagements plus que rudimentaires. Il y pleuvait lors des représentations, au point que les spectateurs avaient pris l’habitude de s’y rendre munis de leurs parapluies. On comprend dès lors que la municipalité se soit penchée sur la question, à l’occasion de la construction du nouvel hôtel de ville, auquel on allait adjoindre un théâtre « en dur« . Quant au théâtre cirque, il devait être démoli en 1912, ne laissant derrière lui guère de  regrets.
    Talbourdeau (3 générations) - Copie
    Gilbert Talbourdeau (1863-1943), architecte du théâtre

    • Conçu par l’architecte montluçonnais Gilbert Talbourdeau (1863-1943), un proche du maire Paul Constans, le nouveau théâtre dont les travaux  débutés en 1909 ont été achevés en 1913, est  qualifié, y compris par des journaux parisiens, de « bijou des théâtres de province». On vante « la qualité de la salle, les installations telles que l’électricité, le chauffage central, les vestiaires, les toilettes » sans oublier, chose exceptionnelle pour l’époque, l’important dispositif de sécurité.  Pour les décors peints, on a fait appel aux frères Barberis, la réalisation du rideau de scène ayant été confiée à « MM. Bertin et Karl qui furent chargés de brosser les décors« . En rendant compte de la cérémonie inaugurale, Pierre Leprat ne cache pas sa satisfaction, au point d’écrire , quelques mois plus tard, dans le Bulletin des Amis de Montluçon:  » Les amateurs de théâtre pourront désormais goûter, dans un local confortable et coquet, l’attrait de spectacles variés, et suivre les tendances et les évolutions de l’art dramatique moderne, autrement que par la lecture des œuvres  ou celle des comptes-rendus« . Au passage, il salue Gabrielle Robinne : « Notre charmante compatriote, Madame Gabrielle Alexandre-Robinne, de la Comédie française, avait bien voulu prêter le concours de son talent pour rehausser cette petite fête locale. Elle interpréta magistralement le rôle de Marie-Louise Veyssin dans “Le voleur” de Bernstein« .

    Nouveau théâtre de Montluçon 1914
    La façade du théâtre  attenant au nouvel hôtel de ville
  • La suite de l’article est un véritable hymne à la gloire des lieux, avec « les sièges, les tentures (qui) complètent de la plus heureuse manière l’effet  de ces nuances azurées qui donnent à la salle une tonalité  lumineuse et reposante, bien faite pour fournir un joli fond à la fraîcheur du teint des spectatrices (sic) et s’allier à l’éclat des toilettes féminines« . Autres détails vantés par Pierre Leprat,  » le plafond clair et parsemé de guirlandes de fleurs (avec) un plafonnier électrique qui distribue  la lumière à profusion« , sans oublier « l‘acoustique  (qui) a paru excellente » ou « la distribution des places conçue  de telle façon que le public peut jouir complètement du spectacle, de tous les points de la salle ».  Et de conclure en formulant le  souhait « que les Montluçonnais  reprennent souvent le chemin du théâtre« , d’autant que « le nom du directeur, M. Charles Baret, chargé par la municipalité d’organiser  les soirées théâtrales (…) donne l’assurance que les œuvres représentées seront toujours interprétées par des artistes de valeur« .

    L’intérieur du théâtre: « Un bijou des théâtres de province« …

• La  représentation inaugurale terminée, en quittant Montluçon pour regagner Paris,  Gabrielle Robinne n’imagine pas encore  que la Grande guerre va bientôt la ramener, pour un séjour de plusieurs mois, dans sa ville et sa maison natales, mais dans un tout autre rôle…

1914-1916: GABRIELLE ROBINNE AU SERVICE DES BLESSÉS, À L’HÔPITAL DES NICAUDS…

  • René Alexandre mobilisé au 67ème RI

    La déclaration de guerre, le 2 août 1914, ayant entraîné la suspension des contrats et la mise en sommeil des théâtres, la Comédie française n’échappe pas à cette hibernation forcée. Ses sociétaires les plus jeunes, ne sauraient se soustraire à la mobilisation générale et, à 29 ans, René Alexandre est mobilisé. Il part comme sergent au 67ème  RI dans l’est de la France. Grièvement blessé à Charleroi, en 1916, il obtiendra l’autorisation de séjourner à Montluçon pour y passer sa convalescence. Ce faisant, il y retrouve Gabrielle Robinne qui a quitté Paris, dans les premières semaines du conflit,  pour s’installer au domicile paternel du 47 rue de la République. Son propre père, Désiré Victor Robinne, trop âgé pour être mobilisable, s’est porté volontaire et il a été affecté à la censure postale, à proximité de la frontière suisse.

  • L’heure n’est donc plus aux frivolités ni aux tourbillons de la vie mondaine. Pendant près de deux ans, l’actrice qui a côtoyé les plus grands acteurs et a rencontré les têtes couronnées qui règnent sur l’Europe,   s’engage  comme simple aide – anésthésiste et infirmière.
    Gabrielle Robinne, infirmière à Montluçon, de 1914 à 1916

    • Elle se dévoue  auprès des blessés de guerre qui affluent à Montluçon où plusieurs hôpitaux ont été installés. L’un deux, l’hôpital dit des Nicauds,  se trouve dans les locaux de l’institution Marie-Immaculée où professait sa propre tante, Berthe Bastien et qu’elle connaît pour y avoir effectué une année de sa scolarité. Dans une lettre, publiée le 17 novembre 1961 par le quotidien local Centre-Matin, peu après la sortie de son livre de souvenirs, elle se remémorait « l’hôpital des Nicauds, installé dans un couvent et une école neuve mitoyenne (où) nous avons reçu pendant plus d’un an de jeunes blessés, nous arrivant directement du Front. La confiance absolue, l’affection et la reconnaissance que m’ont données ces jeunes hommes, sont un de mes plus beaux souvenirs et il est montluçonnais », concluait-elle.

  • Une partie des locaux de l’institution Marie-Immaculée, transformée en hôpital militaire de 1914 à 1918

    Des photos de l’époque la montrent revêtue de la tenue d’infirmière, au milieu des soldats convalescents. Il ne s’agit pas d’une simple photo posée, pour se rappeler au bon souvenir de ses admirateurs, mais bel et bien d’un réel engagement pour soulager la détresse des Poilus. Avec son mari, qui a obtenu l’autorisation de venir en convalescence à Montluçon, c’est pour eux qu’elle interprète le  Minuit chrétien, lors des fêtes de Noël. Lorsque la Comédie française rouvre ses portes en 1916,  Gabrielle Robinne obtiendra à titre exceptionnel un congé de six mois supplémentaires pour poursuivre son travail d’infirmière. C’est ce qui lui vaudra la Médaille des Infirmiers de la guerre de 1914-1918, une décoration dont elle disait être aussi fière que la Légion d’honneur.

    Hôpital militaire 1914-1918
    Un des hôpitaux militaires de Montluçon, semblable à celui où a officié Gabrielle Robinne de 1914 à 1916

LE THÉÂTRE AUX ARMÉES…

  • Au terme de ces deux années passées à Montluçon, Gabrielle Robinne regagne Paris en 1916, retrouvant à la fois la Comédie française et les studios Pathé, avec lesquels elle est toujours sous contrat. Cette année-là, sur la scène du Français, elle campe Angélique dans une reprise de Georges Dandin et elle est Dorimène, pour le Bourgeois gentilhomme. Les journées commencent à 8 h 00, aux studios de Vincennes, et se poursuivent à 14 h , avec les répétitions à la Comédie Française, pour s’achever par des représentations données chaque soir. Mais, dès qu’un créneau se libère, elle participe au Théâtre aux armées qui vient d’être créé par Émile Fabre, nouvel administrateur général de la Comédie Française. il a été  nommé en remplacement  d’Albert Carré, mobilisé l’année de la bataille de Verdun.
    Émile Fabre, fondateur du Théâtre aux armées

    Fabre  a repris l’idée  du Théâtre du Maréchal de Saxe qui, au XVIIIe siècle, permettait de divertir les troupes aux abords des champs de bataille. Pour le faire fonctionner, il  fait appel aux artistes volontaires issus de tous les milieux du spectacle. Ils vont tourner entre  les cantonnements et les hôpitaux proches du front. On estime que plus de 300 artistes participèrent ainsi à près de 1200 représentations.  La logistique et les moyens matériels restent extrêmement sommaires: quelques tréteaux et des planches brinquebalantes suffisent pour improviser une scène, le tout quelquefois protégé des intempéries par un simple drap tendu. On peut alors jouer devant des spectateurs qui, casque sur la tête et dans leurs vareuses maculées de boue, sont  prêts à  repartir aux combats, dès la première alerte. L’espace d’une comédie ou d’un tour de chants, ils auront oublié  l’enfer  de la vie dans les tranchées et l’horreur d’une guerre qui, en s’éternisant, sape le moral des combattants. Pour Gabrielle Robinne, après avoir été infirmière, c’est une autre manière de servir son pays et son armée.

    Des représentations théâtrales au front, dans des conditions souvent précaires
  • Quelques mois avant la fin des hostilités, elle se lancera même dans une véritable expédition, narrée dans son livre de souvenirs. Il s’agit pour elle de rejoindre son mari, qui a été renvoyé au front, et qui vient de recevoir la Croix de guerre. C’est un de ses admirateurs, un boulanger, qui accepte de la conduire après de lui, cachée dans sa carriole, au milieu des sacs de farine. Elle devra ensuite attendre deux heures, au lieu de rendez-vous fixé, le long de la route, près du quatrième arbre…Un vrai jeu de pistes… René Alexandre reviendra de la guerre avec trois blessures et une congestion pulmonaire. Un moindre mal par rapport aux autres membres de sa famille qui a payé un lourd tribut : son frère, Marcel Alexandre (1887-1955) a dû être amputé du pied, alors que son autre frère, André Alexandre  (1889-1914), a eu la tête emportée par un éclat d’obus, dès les premières semaines de la guerre, en septembre 1914. Quant à Robert Alexandre, son plus jeune frère (1895-1996), il est revenu indemne du carnage.   C’est au milieu de tant d’horreurs que le couple connaît la joie de la naissance d’une fille, Colette, le 27 septembre 1918, au 19 rue du Cirque, à Paris. René Alexandre qui, pour l’occasion, a obtenu une courte permission, décide que le baptême aura lieu le…11 novembre 1918. L’allégresse familiale rejoindra donc  celle de la nation toute entière, célébrant la signature de l’Armistice et la fin du cauchemar.
Gabrielle Robinne et René Alexandre au début des années 1920

GABRIELLE ROBINNE, « SOCIÉTAIRE DE LA COMÉDIE FRANÇAISE »…

  • Le retour de la Paix et le début des Années folles, marquent la reprise des activités cinématographiques et théâtrales, dans ce qu’on va très vite s’appeler le Paris des Années Folles. Gabrielle Robinne remonte sur scène et replonge dans le tourbillon des représentations parisiennes et des tournées. En 1919, sur la scène de la Comédie française, elle interprète Blanche dans Le plaisir de rompre, de Jules Renard. Après son époux en 1920, elle devient enfin sociétaire à part entière de la Comédie française en 1924. Un telle activité déployée par le couple de comédiens les pousse à confier leur fille, Colette, aux bons soins d’une nourrice qui la promène en tenue de nurse sur les Champs-Élysées. Quant aux très attentionnés grands-parents Robinne,  « ils veillent jalousement sur l’enfant et poursuivent ce véritable culte qu’ils ont toujours voué à leur fille », écrit André Licoys (18).
Le couple Gabrielle Robinne – René Alexandre et leur fille unique, Colette (née en 1918),  au milieu des années 1920 (DR Collection Florence Chenard)
  • René Alexandre (4)
    René Alexandre, au début des années 1920

    Molière, Beaumarchais ou Musset, forment la trame du répertoire de Gabrielle Robinne et de René Alexandre. Pendant les décennies 1920 et 1930, les tournées en province se succèdent et, chaque année, une grande tournée se déroule à l’étranger. L’une des  premières les conduit en Espagne, pour huit jours de représentations à Madrid et huit autres à Barcelone. Le journal Le Gaulois, daté du 13 mars 1924, signale que « Alexandre Gabrielle Robinne sont en Espagne et au Portugal » et qu’il y ont « interprété Amoureuse, Les marionnettes, Terre inhumaine, La Parisienne, Le duel et La huitième femme de Barbe bleue », soit pas moins de six rôles différents pour chacun des deux. Robinne joue ensuite en Syrie, en Egypte, en Grèce, en Italie, en Tunisie, au Maroc, en Suède, en Norvège, en Yougoslavie ou en Bulgarie…Un tourbillon de représentations, d’où ils reviennent quelquefois  porteurs de nouvelles décorations.  En novembre 1920, Gabrielle Robinne alors en tournée en Algérie avait remporté un véritable succès que relaye la presse. C’est ainsi que dans l’Écho d’Alger (1er novembre 1920), on peut lire : « Gabrielle Robinne a triomphé à Alger durant son trop court séjour. La charmante pensionnaire de la Comédie française s’embarquera pour la France, demain. Elle doit être, le 7 novembre, à Paris pour des créations nouvelles à la Comédie Française, où de nouveaux succès l’attendent. Tout Alger aura voulu voir, entendre et fêter Gabrielle Robinne », conclut le journaliste.

  • Robinne jonas
    Gabrielle Robinne lors du tricentenaire de la naissance de Molière (dessin de Lucien Jonas – 1922)

    Dans chacune des tournées de la Comédie Française, la troupe compte une dizaine de comédiens et joue cinq ou six pièces différentes, dont au moins deux classiques. Gabrielle Robinne peut camper tout aussi bien Madame Sans-Gêne, que  L’Arlésienne, Lucrèce Borgia ou la princesse de Bagdad. La plupart des rôles des grandes coquettes du théâtre classique lui sont dévolus. En 1920, le couple Robinne – Alexandre, dont la renommée n’est plus à faire,  est invité à la cour royale de Belgique pour honorer la mémoire du poète Emile Verhaeren.  Lors de la grande cérémonie au Sénat, Robinne et Alexandre qui ont interprété Hélène de Sparte au théâtre de la Monnaie, déclament des poèmes du poète défunt, devant un parterre de représentants des pays alliés. En 1922, le tricentenaire de la naissance de Molière est somptueusement fêté à la Comédie Française : Gabrielle Robinne est alors costumée en Angélique, Alexandre en  Dorante et Cécile Sorel en Célimène. Quant à Maurice de Féraudy, il a choisi de camper Harpagon. Toujours la même année, elle joue le rôle de Julie dans la Comtesse d’Escarbagnas, et celui de Mademoiselle Béjart dans L’impromptu de Versailles. On peut la retrouver également dans L’amoureuse de Porto-Riche, Le paon de Francis du Croisset où elle interprète Lucrèce, mais aussi dans Potiche, la pièce d’Henry Bataille en 1923.  À l’aube des années 1930, elle devient Marthe Blondel dans La Jalousie, pièce de Sacha Guitry qui assure aussi la mise en scène. Le couple de comédiens se voit proposer  une tournée en Amérique du sud, ce que Gabrielle Robinne refuse par peur d’être séparée trop longtemps de sa fille, Colette.

    Gabrielle Robinne et René Alexandre, au théâtre royal de Bruxelles (4 et 5 mai 1927) dans Samson et Aimer

    Comoedia 17 septembre 1924
    Gabrielle Robinne et sa fille Colette, à la une de Comœdia (17 septembre 1924)
  • Ce que l’on appelle encore « le cinématographe » ne l’a cependant pas oubliée, même si sa carrière sur le grand écran semble devoir marquer le pas. Après les années 1914-1918 où elle a tourné pas moins d’une vingtaine de films, dont six pour la seule année 1917, elle met un terme à sa collaboration aux films moralisateurs et mélodramatiques du tandem René Leprince – Ferdinand Zecca, avec Le calvaire d’une reine réalisé en 1919. Gabrielle Robinne tourne encore dans Destinée d’Armand du Plessy en 1922, puis dans Fleur du mal, de Gaston Mouru de Lacotte en 1923. Entre temps, elle est apparue dans Molière, sa vie, son œuvre, un film de Jacques de Féraudy réalisé à l’occasion du tricentenaire de  sa naissance.

    Gabrielle Robinne, toujours associée aux produits Cadum (1927)

• Seule, ou aux côtés de René Alexandre, Gabrielle Robinne continue d’associer son nom à des publicités, comme elle l’avait fait au début de sa carrière, propulsée par le photographe Léopold Reutlinger. Elle vante toujours  les mérites des produits Cadum, tandis que le constructeur automobile De Dion -Bouton associe le couple de comédiens à la promotion de ses modèles, photos à l’appui. La beauté de Gabrielle Robinne, sur laquelle les ans ont peu d’atteintes, fait d’elle une ambassadrice de l’élégance française, suscitant des photos dans les magazines avec citation des noms des couturiers et des accessoiristes. C’est donc certainement  une source de revenus non négligeable pour les deux comédiens.

Gabrielle Robinne et René Alexandre dans une publicité pour  De Dion Bouton

  • À la fin des années 1920, avec l’apparition et l’essor du cinéma parlant, elle se fait plus rare sur le grand écran. Avant de quitter la comédie Française, elle n’apparaît plus que dans deux courts métrages de Léonce Perret, Un soir à la Comédie française (1934) et Deux couverts (1935). Quant à René Alexandre, lorsque le théâtre ne le retient pas pour Britannicus ou Œdipe roi,  il tourne dans Les musiciens du ciel de Georges Lacombe en 1939 où il interprète le rôle émouvant d’une « Gueule cassée ». Sa filmographie comporte pour cette période trois autres films : La Terre d’André Antoine (1922) tiré du roman de Zola, Le coffret de laque, de Jean Kemm (1932), la même année que La tête d’une homme de Julien Duvivier.
    La terre (1922) d’André Antoine, d’après le roman d’Émile Zola
    La tête d’un homme (1932), de Julien Duvivier

    Le coffret de laque, de Jean Kemm (1932)
Les Musiciens du ciel (1939): René Alexandre joue aux côtés de Michel Simon et de Michèle Morgan

LA PARENTIÈRE, UN HAVRE DE PAIX…

Saint-Cloud, nouveau lieu de résidence de Gabrielle Robinne
  • Pour donner plus d’espace à la petite Colette, le couple qui vit dans une belle aisance matérielle, a décidé de quitter Paris et la rue du Cirque, pour élire domicile sur les hauteurs de Saint-Cloud, dans un hôtel particulier. Il est situé  au 21 avenue Gounod et entouré d’un parc.
    La Parentière (mai 2016) (©Google Street view)

    Acheté en 1923,  il est aussitôt baptisé La Parentière, allusion au système de « la part entière» en cours à la Comédie française pour la rétribution des sociétaires et pensionnaires. Ce n’est toutefois qu’au printemps 1926, au terme de très importants travaux, qu’ils pourront s’y installer. Leur fille Colette, pour laquelle on a aménagé dans le parc une petite maison, baptisé « le château de Flocon d’or », grandit entre une mère qui est tantôt Célimène, Sainte Marie-Madeleine, voire la comtesse Almaviva et un père qui épouse, au choix, les traits de Napoléon, du Christ, de Coriolan, d’Othello ou de Danton. Jusqu’à la classe de 6ème, avec l’entrée au très sélect cours Hattemer, l’enfant aura même droit à  des précepteurs à domicile. Les évènements heureux s’enchaînent avec les événement malheureux. C’est ainsi que Le 15 février 1928, disparaît à Saint-Cloud, à l’âge de  77 ans  Désiré Victor Robinne, le père de Gabrielle.

    Gabrielle Robinne, dans le salon de sa résidence de Saint-Cloud
    Gabrielle Robinne, au début des années 1930, reste  un symbole de l’élégance française

    • En 1929, lorsque la petite Colette demande à ses parents comme cadeau de première communion « une ferme », on ne saurait la lui refuser. On se portera donc acquéreur d’un domaine d’une vingtaine d’hectares, à Grosley-sur-Risle, dans l’Eure. Traversé par la Risle, le domaine qui possède une véritable chaumière, devient aussitôt La Coletterie. Dans l’étable du domaine, les vaches s’appelleront Hermione, Iphigénie, Phèdre, Athalie ou Desdémone, le taureau Othello. Quant au  cheval, il  ne pourra répondre à un autre nom que celui de Bucéphale : « Cette ferme devait être la passion de mon mari jusqu’à sa mort » écrit Gabrielle Robinne dans ses Souvenirs. En juillet 1935, le quotidien Paris-Soir, en consacrant un article à la  Coletterie pourra même titrer par ce raccourci: «  De la maison de Molière à la ferme normande, avec Alexandre et Robinne aux champs« . Ajoutons que la commune de Grosley-sur-Risle a baptisé la voie  qui mène à l’ancien domaine « rue de la Coletterie« .

    Chamière coletterie
    La chaumière du domaine de La Coletterie

    Le domaine de La Coletterie à Grosley-sur-Risle (vue générale)
Un couple de comédiens aux champs (Le Petit Parisien – 5 juillet 1935)
domaine de la Coletterie
La Coletterie, traversée par la Risle

GABRIELLE ROBINNE  ET RENÉ ALEXANDRE, UN COUPLE DÉVOUÉ AU SERVICE DES AUTRES…

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    Alexandre fondateur de l’Association des comédiens combattants en 1921

    L’aisance matérielle, que connaît le couple de comédiens, entre le théâtre, le cinéma mais aussi leur participation à des campagnes publicitaires, ne lui fait pas oublier pour autant la nécessité de l’entraide et du dévouement aux autres. C’est ainsi qu’Alexandre a fondé en janvier 1921  l’Association des comédiens combattants qu’il préside, en même temps que la Fédération des combattants du spectacle. Forte de ses 6.000 adhérents, elle est destinée à venir en aide aux veuves, comme aux artistes et autres employés du spectacle, dont la carrière a pu être brisée par les blessures ou les mutilations de la guerre. 

  • Gabrielle Robinne (1930)

    René Alexandre et Gabrielle Robinne prennent également toute leur part dans la fondation de l’Association des artistes dramatiques, qui va bientôt gérer deux maisons de retraite pour artistes.  L’une, à Couilly – Pont-aux-Dames, a été créée avant guerre par Coquelin cadet, et l’autre est installée  à Cusset, près de Vichy. La question de la retraite difficile pour beaucoup de vieux comédiens, souvent plus cigales que fourmis au temps de leur gloire, est une des grandes préoccupations du couple. Le sujet a d’ailleurs été superbement illustré par  le film de Julien Duvivier, La fin du Jour. Quelquefois, il faut hausser le ton, face aux pouvoirs publics trop timorés pour leur arracher quelques moyens financiers indispensables. Au moment où les monuments aux morts sont érigés dans presque toutes les localités françaises, René Alexandre se lance dans un autre projet : un monument qui serait spécialement dédié Aux comédiens morts pour la France.

    L’inauguration du monument aux morts, dans le hall  de la Comédie Française en présence de René Alexandre, Félix Benneteau (sculpteur), Sylvain (doyen de la Comédie Française) et  Émile Fabre (administrateur) (© BnF Gallica)
    Devant une stèle en marbre blanc où sont inscrits l’épitaphe et les noms de 93 morts, une statue allégorique féminine porte une brassée de roses, des palmes de laurier et de chêne.

  • La récolte des fonds assurée,  la réalisation du monument a été confiée au sculpteur Félix Benetteau.  René Alexandre a réussi à convaincre l’administrateur de la maison de Molière et l’emplacement a même été choisi : ce sera le hall de la Comédie française. Mais le Ministre des beaux-arts  lui rétorque que « la Comédie française est un lieu de plaisir et qu’un tel monument n’a rien à y faire». Scandalisé par une telle réponse, Alexandre passe outre, lance un appel aux donateurs pour qu’ils se rassemblent et fait charger le monument drapé de tricolore sur un camion découvert. Le convoi fait route en direction du lieu choisi… Finalement, devant le tollé suscité, le Ministre acceptera de signer l’autorisation. L’inauguration officielle aura lieu le 2 novembre 1927, en présence de Gaston Doumergue, président de la République, accompagné d’Édouard Herriot, ministre de l’instruction publique et des Beaux-arts.

    La chambre de Coquelin, fondateur de la maison de retraite des artistes de Couilly – Pont-aux-Dames
Couilly – Pont-aux-Dames (vue d’ensemble)
Un coin du parc de la maison de retraite des artistes de Couilly – Pont aux Dames
Le réfectoire
Carte postale publiée par le journal Comœdia

•  Gabrielle Robinne, quant à elle, tout en se dévouant aux mêmes causes que son mari, lors des ventes de charité ou des représentations au profit des œuvres qu’il a créées, consacre du temps et de l’énergie à d’autres causes qui lui sont chères: l’œuvre des enfants d’artistes, dont elle est vice-présidente, et  celle des orphelins des arts dramatiques qu’elle préside. Chaque année, la presse se fait l’écho de la vente de charité qu’elle organise au palais Royal. En janvier 1924, le Bulletin de l‘Union des femmes françaises mentionne « les deux grandes représentations données par les trois éminents sociétaires de la Comédie française, Messieurs Alexandre et Henri Mayer, Madame Robinne, au profit de l’Union des femmes françaises au Palais d’hiver. Grande affluence, succès sans précédent pour l’art et la charité« . On retrouve aussi Gabrielle Robinne auprès de son mari lors du gala de l’union des artistes où le couple se livre à une épreuve de dressage d’éléphants. Ces participations à diverses manifestations valent à la comédienne, le 6 mai 1932, d’être le témoin direct, bien malgré elle, de l’assassinat du président de la République, Paul Doumer. Il est abattu par un Russe émigré, Paul Gorgulov, lors d’une journée du livre organisée par les écrivains combattants. André Licoys a fait le récit de l’événement en ces termes (19):

Gabrielle Robinne, témoin direct de l’assassinat de Paul Doumer

« Quatre coups de feu éclatent à la stupeur générale et Doumer s’écroule. Dans l’indescriptible désordre qui s’ensuit, Robinne, brutalement poussée contre une porte qui cède, est projetée dans une pièce inconnue. Reprenant ses esprits, elle aperçoit à ses pieds un corps inanimé qu’un médecin ausculte hâtivement et comprend que le président est mortellement atteint. Bouleversée, elle gagne le Thé Ruc de la rue Saint-Lazare où l’attendaient sa mère et sa fille. Il fallut bien croire en son incohérent récit lorsque les crieurs de journaux brandirent, sous d’énormes titres, les portraits juxtaposés de Gorgulov et de sa victime ».

Gabrielle Robinne qui « a participé à l’inauguration de la maison de repos des comédiens combattants à Grosely sur Risle« , le  1er juillet 1931, en présence de Camille Blaisot, ministre de la santé publique
Grosley maison retraite comédiens combattants
L’entrée de la Maison de repos des comédiens combattants, à Grosley-sur-Risle, près de La Coletterie
Une chambre à la Maison de repos de Grosley-sur-Risle
Bibliothèque et salle de jeux (à gauche: le buste de Molière)
Une carrière et un engagement récompensés par la Légion d’honneur (Paris Soir – 2 février 1937)
  • Trois semaines plus tard, Robinne et Alexandre se retrouvent ensemble sur les planches du Français pour interpréter La jalousie de Sacha Guitry, dont c’est la toute première pièce admise au répertoire de la Comédie Française. Cette même année, Gabrielle Robinne se retrouve profondément affectée par la disparition de celui qui a été son véritable mentor, Maurice de Féraudy. Elle savait trop ce qu’elle devait à l’acteur comme au metteur en scène qui, non seulement lui avait mis le pied à l’étrier, mais qui l’avait toujours protégée et soutenue.

    La mort de Maurice de Féraudy fait la une de Comœdia (13 mai 1932)
L’Ouest Éclair (12 octobre 1937) (© BnF Gallica)

• Le cours de cette vie trépidante peut parfois être interrompu accidentellement. C’est ainsi que le journal L »Ouest Éclair, daté du 11 octobre 1937, nous apprend que Gabrielle Robinne a été victime d’un accident de la circulation, entre Dreux et Houdan.  Alors qu’elle était au volant de son automobile, avec à ses côtés sa fille Colette, sa voiture a fait une embardée, en raison du mauvais état de la chaussée, rapporte le journaliste, avant de s’immobiliser contre un arbre. Fort heureusement, précise le quotidien, leur état n’inspire pas d’inquiétude et le comédien René Alexandre, qui les suivait en automobile, a pu les secourir, avant de les ramener à Paris.

1938: LE DÉPART DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

  • Le Matin (1er janvier 1938) annonce le départ de Gabrielle Robinne  en même temps que celui de Jeanne Delvair

    Les années passent et « les tournées Robinne – Alexandre» succèdent aux tournées, mais Gabrielle Robinne a du mal à donner un second souffle à sa carrière cinématographique. Le passage du muet au parlant à la fin des années 20, le renouvellement nécessaire du jeu des acteurs et l’apparition d’une génération de comédiens qui ne sont pas issus du théâtre, tout semble annoncer la fin de sa carrière sur grand écran. On la réclamera encore, mais jamais elle ne retrouvera le lustre des années 1907-1920, où elle enchaînait film sur film et où Charles Pathé lui proposait de mirifiques contrats. La Maison de Molière, elle-même, ne répond plus complètement à ses aspirations et, le 1er janvier 1938, elle décide de quitter la Comédie française. Elle  a alors 52 ans  dont 32 années de présence, comme pensionnaire puis comme sociétaire. Dans sa lettre adressée à l’administrateur, elle écrit : « Il y a plus d’un an, j’ai demandé spontanément à changer d’emploi. Depuis cette époque, j’ai repris Madame de Thauzette dans « Denise » et rien d’autre. Je vois que dans les autres pièces qui doivent être reprises, il n’y a rien d’intéressant pour moi et j’aime trop mon métier pour me résigner à ce manque d’activité…Je viens donc vous demander de bien vouloir me rendre ma liberté au 1er janvier 1938 ».

    Paris Soir (14 novembre 1937)

    • En fait, un autre élément semble avoir pesé dans sa décision : « Parcourir le cycle  qui, passant par les mères nobles, conduit, de la grande coquette à la duègne était au-dessus de ses forces », rapporte André Licoys. Devant le journaliste de Paris Soir (3 janvier 1938), elle avance une troisième explication: « J’ai par-dessus tout le désir de faire de lointains voyages. En dehors de la joie touristique qu’elles comportent, et de l’accueil favorable réservé partout au Français, les tournées sont surtout fertiles en épisodes amusants ». Et de rappeler des anecdotes liées à une tournée en Syrie, où pour tout décor on n’avait trouvé qu’un drap blanc, tendu à la hâte. Quant aux rares éléments de mobilier, c’est le représentant de la légation de France qui les avait fournis pour l’occasion.

    Gabrielle Robinne dans Le Mariage de Figaro (1937), une tentative de « théâtre filmé« . À ses côtés: Jeanne Sully et Lise Delamare
  • Ce départ, on l’aura compris, est tout sauf l’annonce d’une retraite. Au théâtre Antoine, elle  crée la pièce de Pierre Sabatier et Charles Oulmont, Tu crois avoir aimé. Elle enchaîne avec La réussite, suivi de  Egarement,  de Quand tu seras jeune et de  L’art d’être grand-mère. Le public du Boulevard ne la boude pas et en redemande même. À l’automne 1939, elle est encore à l’affiche, avec Permission de détente, au théâtre du Palais Royal.
  • Michel Duran, critique théâtral et auteur: « Assez de Robinne et d’Alexandre,..«  (© Association Régie théâtrale)

    Si la critique en général se montre  le plus souvent bienveillante à l’égard du couple de comédiens, de son répertoire et de son interprétation, il arrive aussi parfois que certains journalistes se montrent nettement plus caustiques  dans leurs propos. C’est notamment le cas de Michel Duran, critique théâtral de l’hebdomadaire Marianne, que l’on retrouvera ensuite au Canard Enchaîné.  Ni la carrière d’Alexandre, ni celle de Gabrielle Robinne ne l’impressionnent. C’est ainsi que, le 5 juin 1935 , il écrit : « M. Alexandre et sa femme, Madame Robinne, furent parmi les premières vedettes du cinéma d’avant guerre. Depuis vingt ans, ils vivent sur cette réputation. Pendant quinze ans, on peut dire qu’ils ont écumé la province, jouant ici, là ou ailleurs, jouant n’importe quoi, n’importe comment. Je le sais. Je les ai vus. J’ai vu Alexandre jouer Tartuffe en lisant son rôle dans son chapeau, aidé par le souffleur, dès qu’il avait son chapeau sur la tête, soufflé par ses camarades, quand il s’éloignait de la boîte du souffleur. Il réalisait cette performance à un tarif de sociétaire, bien entendu. M. Alexandre est un de ceux qui ont le plus contribué à discréditer le titre de « sociétaire » et le nom de « Comédie française ». À présent M. Alexandre fait un joli mea culpa, mais il le fait maintenant que son nom imprimé sur une affiche de province commence à donner au dernier carré des amateurs de théâtre le goût de la promenade, de la belote ou du cinéma…». C’est le même critique  qui écrit le 28 août 1935, toujours dans Marianne , à propos des tournées théâtrales qui parcourent  l’Hexagone et qui  se plaignent d’une fréquentation moindre : « Assez de Robinne et d’Alexandre.  Assez de « Duel » d’Henry Lavedan ! Assez de salons Louis XV de répertoire ! Présentez des troupes homogènes qui ont bien répété, qui savent leur texte, emmenez vos décors, même simplifiés, mais qui apportent une atmosphère qui vous est propre. Jouez des pièces de qualité et le public vous redeviendra fidèle »…

    1937: Affiche allemande du film La tragédie impériale, sur laquelle ne figure pas le nom de Gabrielle Robinne
  • Les studios de cinéma se rappellent à elle, mais elle devra désormais se contenter de seconds rôles : elle est l’impératrice douairière, Maria Féodorovna, mère de Nicolas II, dans la Tragédie Impériale, de Marcel l’Herbier, tourné en 1937. Sans doute a-t-elle pu se remémorer  son escapade en Russie, entre novembre 1905 et avril 1906, qui lui avait permis d’être présentée au tsar Nicolas II. Elle fait face au monumental Harry Baur, qui a pris les traits de Raspoutine. L’année d’après, elle interprète La Duclos dans Adrienne Lecouvreur, du même Marcel Lherbier et elle donne la réplique au couple Pierre Fresnay – Yvonne Printemps, et à Junie Astor, Madeleine Sologne ou Pierre Larquey.

1939-1945 : LE TEMPS DES ÉPREUVES…

 

  • Lorsque la guerre éclate, Gabrielle Robinne  est à l’affiche de Jeunes filles en détresse, un film de Georges Wilhelm Pabst, dans lequel elle campe une chirurgienne,  mère d’Yvette, rôle interprété  par  une jeune débutante, Micheline Presle. Jacqueline Delubac, Marguerite Moreno et André Luguet partagent avec elles la distribution. Mais, les pressions et les  exigences allemandes se précisant , la guerre, de menace avérée, devient réalité le 1er septembre 1939. Dans ce contexte tragique, le 11 novembre 1939,  toute la famille se retrouve réunie à Grosley-sur-Risle, pour le mariage de Colette Alexandre-Robinne avec Christian Chenard,  mobilisé sur la ligne Maginot, qui a pu profiter d’une permission exceptionnelle.
    1939: Gabrielle Robinne (à droite), face à Micheline Presle dans Jeunes filles en détresse

    • La guerre puis l’occupation, qui débute en juin 1940, vont d’abord frapper directement René Alexandre, au point de mettre totalement entre parenthèses sa carrière.  Dès le 12 juillet 1940, le journal  Au pilori, un des plus en pointe dans l’antisémitisme, dans la délation et  dans ce qui devenir la collaboration, publie un article intitulé Le théâtre français. L’auteur y dénonce un « enjuivement de la Comédie française » et il   dresse un inventaire en forme de poème odieux, pointant du doigt une série d’acteurs considérés comme juifs ou apparentés à des juifs: « Quand tu vois jouer sur scène / Alexandre, Véra Korène / Hiéronimus et Ventura / Tania Navare et cetera / Que c’en est comme une guirlande /  De Youndis, sans parler d’Escande / Qui se partagent le succès / Avec Bell (Marie) et Robinne / Ne dis plus : ça c’est le Français /  Dis plutôt : c’est la Palestine ». Des paroles, on va rapidement passer aux actes.

    Au pilori dénonce « un enjuivement de la Comédie française« 

    • Avant même que  les premières mesures antijuives, contenues dans  le « statut des juifs » d’octobre 1940 ne soient appliquées,  René Alexandre dont la famille est d’ascendance lorraine et israélite, demande officiellement sa mise à la retraite de sociétaire de la Comédie française. Son dossier est examiné à la fin de septembre 1940. Il a compris que les exigences allemandes, avec une réouverture de la Comédie Française, qui ne se fera que si tous les acteurs juifs en sont exclus, ne lui permettra plus d’y jouer. Toutefois, suite à la promulgation  en juin 1941 du second statut, il demande à la fin du mois d’août 1941  à bénéficier, au titre de l’article 3, d’une dérogation, en arguant de l’ancienneté de sa famille mais aussi de ses citations militaires et de son comportement exemplaire en 1914-18.

    Le premier statut des juifs promulgué en octobre 1940

    • La demande est rejetée : « Vichy pouvait-il souhaiter bannir toute influence juive de la représentation théâtrale, et tolérer en même temps la présence d’un sociétaire, qui en trente deux ans de bons et loyaux services avait acquis une solide réputation auprès du public ? », écrit Marie-Ange Joubert dans son livre La Comédie française sous l’occupation. Finalement, le commissariat général aux questions juives, bien qu’il reconnaisse les mérites de l’acteur,  se défausse sur les autorités d’occupation : « L’interdiction qui lui est faite de paraître en zone occupée relève uniquement des ordonnances allemandes, lesquelles ne comportent aucune dérogation », peut-on lire dans une lettre datée du décembre 1941 et adressée par le Directeur du statut des personnes à Jérôme Carcopino, secrétaire d’état à l’éducation et à la jeunesse .  De même il doit abandonner toutes les présidences d’œuvres qu’il assumait, après les avoir fondées. L’écharpe de maire de Grosley-sur-Risle qu’il portait depuis 1935 lui est retirée, tout comme il est exclu du Conservatoire de Paris où il professait l’art dramatique, depuis plusieurs décennies. Enfin, à partir de juin 1942, comme des dizaines de milliers d’Israélites, il se voit contraint de porter l’étoile jaune. Selon sa fille, Colette Alexandre-Robinne,  il vécut là « les jours les plus sombres de son existence ». Ce qu’André Licoys traduit par « un incessant calvaire d’appréhension et d’humiliation ».

  • René Alexandre, au début de l’Occupation

    L’hôtel particulier de Saint-Cloud appartenant à un juif devient donc réquisitionnable et les autorités S.S. viennent visiter les lieux. Il faudra toute l’opiniâtreté de Gabrielle Robinne, qui se rend d’abord à l’hôtel de ville puis à la Kommandantur, pour que la mesure ne soit pas exécutée : « Je courus à la mairie faire une scène violente, écrit-elle dans son livre de souvenirs, disant que j’apporterais sur les marches de l’édifice municipal tous mes costumes de théâtre, avec accessoires et perruques, si on ne me donnait pas un coin pour m’installer. Le maire me promit de trouver une maison inoccupée où nous pourrions nous réfugier. Je fus déjà soulagée. Enfin, courageusement, je me rendis à la Kommandantur : je démontrais aux officiers ennemis que la maison m’appartenait par moitié… Que je ne m’étais pas sauvée à l’arrivée des troupes allemandes, malgré la terreur générale, que je leur avais fait confiances…Grâce à cette ardente  plaidoirie on me promit de me laisser la maison. Ce fut un miracle » (20). De quoi sauver également les 47 pensionnaires de l’élevage de lapins que le couple a installé dans le parc pour faire face aux difficultés de ravitaillement de plus en plus prégnantes.

  • La maison de repos des comédiens combattants, à Grosley-sur-Risle, ruinée par les bombardement et les combats

    Par crainte d’une arrestation, au moment des rafles antijuives, René Alexandre a aménagé, avec la complicité de son chauffeur, « le seul homme en qui il ait confiance», selon sa fille, une cache dans un tas de bois, située au fond du parc. À la moindre alerte, il peut s’y réfugier. Une autre déconvenue attend le comédien, dans les derniers mois de la guerre : la maison de retraite et de repos  pour les comédiens combattants, qu’il avait fait installer dans l’ancien presbytère de Grosley-sur-Risle, est totalement ruinée par les combats et les bombardements. De la vingtaine de lits qu’elle abritait, il ne reste plus rien.

DES TOURNÉES, COMBLE DE L’ INCONFORT…

  • Marcel Paston

    Pendant ces années sombres, c’est Gabrielle Robinne qui va assurer le quotidien en reprenant les tournées théâtrales, en France et en Afrique du nord, avec les difficultés que l’on imagine, compte tenu de la guerre, du partage de la France en deux zones et du débarquement allié en Afrique du nord, en novembre 1942. Grâce à Marcel Paston, directeur du théâtre Antoine de 1934 à 1943, elle effectue plusieurs de ces tournées en compagnie de Maurice Escande, futur administrateur général de la comédie française. Sur l’ambiance qui y régnait, elle avait eu l’occasion de s’exprimer dans ses Mémoires en 1961 : « Les tournées à cette époque étaient le comble de l’inconfort, de l’imprévu souvent dramatique, du pittoresque. Les trains s’arrêtaient, sans raison apparente, deux ou trois heures dans toutes les stations. Aucun wagon n’était chauffé. Les voies souvent coupées par les bombardements vous obligeaient à passer par Angers pour aller de Paris à Lyon. Il était quelquefois presque impossible de pénétrer dans les compartiments, avec les voyageurs empilés jusque sur les marchepieds. Il nous est souvent arrivé de monter dans des wagons de marchandises où, assis sur des ballots, nous étions embaumés par quelques cochons roses. Nous étions à moitié morts de froid et de faim. Mais nous arrivions à temps pour que le rideau se levât. Quelquefois les spectateurs emmitouflés de fourrure, avaient apporté leurs bouillottes et, de la scène, nous les regardions avec envie. Maurice Escande, qui fit plusieurs de ces tournées avec moi nous réconfortait par sa gaieté et son optimisme » (21).

    Sans titre
    Janvier 1942: Gabrielle Robinne en tournée en Algérie (L’Écho d’Alger 21 et 19 janvier 1942)
  • Maurice Escande, en tournée avec Gabrielle Robinne

    Au début de 1942, elle repart en tournée : cap sur la Tunisie et sur l’Algérie, quelques mois avant le débarquement anglo-américain. Elle y joue Le duel, dont le 3ème acte est sensé se passer dans le salon d’un évêque. Les difficultés nées de la guerre donnent lieu à des scènes parfois cocasses, surtout lorsqu’il s’agit de confectionner les décors et de contourner les pénuries : « Le soir, écrit Gabrielle Robinne, avant ce troisième acte, je descendis sur scène pour me rendre compte et je vis …un grand salon noir et or, avec en haut, une large frise pompéienne où, sur un fond rouge de longues femmes nues batifolaient avec des satyres… ». Elle s’adresse alors au régisseur du théâtre :  « Mais Monsieur, c’est impossible…Nous sommes chez l’évêque !               –  Bah…, ils prendront ça pour des sujets religieux ! » …                                        Devant  mon refus d’entrer en scène, il consentit à faire clouer une étoffe sur la frise, mais il n’avait que du velours noir…De sorte que l’évêque me reçut dans un salon qui semblait préparé pour son propre enterrement ! » (22).

    Le bombardement des usines Renault a aussi des répercussions à Saint-Cloud
  • La guerre, lorsque Gabrielle Robinne n’est pas en tournée, c’est aussi les alertes répétées lors des bombardements qui visent notamment les usines Renault, à Boulogne-Billancourt. La maison des Robinne, qui dispose d’une solide cave est devenue un abri où s’agglutine la population des environs lors des attaques aériennes. L’un des plus violents bombardements est celui du 3 mars 1942 : « Les bombes tombaient drues. L’une d’elle éclata à cent mètres de chez nous, faisant des victimes et arrachant dans un bruit infernal toutes les vitres et les encadrements des fenêtres ». C’est dans cette ambiance quasi apocalyptique que sa fille Colette, baptisée le 11 novembre 1918, accouche d’une petite fille, prénommée Florence, ce qui fera écrire à Gabrielle Robinne : « Le bébé vint au monde huit heures après. Les alertes ne cessèrent pas de toute la journée et de toute la nuit. Si ma fille avait été l’enfant de la Victoire… La sienne fut la fille des Sirènes ! ». Encore quelques mois et ce seront les cloches de la victoire qui viendront saluer la fin du cauchemar, avec  la libération de Paris, prélude à celle de toute la banlieue et de l’ensemble du territoire. Lors du soulèvement parisien d’août 1944, un poste de secours a été établi à la Comédie française, à la demande du colonel Rol-Tanguy. René Alexandre, aux côtés de Lise Delamare et de Jean Chevrier, vient y assister les équipes médicales d’urgence et s’occuper de la logistique. Dans la seule journée du 26 août 1944,  plus de 120 blessés dans les combats y seront soignés,  sous l’autorité de Michel Etchévéry, médecin et comédien, avant que ce poste ne soit rattaché à la Croix-Rouge.

1946 : LE RIDEAU TOMBE SUR RENÉ ALEXANDRE…

  • La guerre terminée, René Alexandre réintègre la Comédie française, pour prendre sa retraite et accéder au rang de sociétaire honoraire : « Après les jours tragiques de cette guerre, privé de toute activité, la santé atteinte à la suite des persécutions, mon mari était désespéré, écrit Gabrielle Robinne. Il connut à la libération des heures magnifiques. Au gala de réouverture de la Comédie française, d’abord, où, quand il parut, toute la salle debout, dans une émotion intense l’acclama pendant de longues minutes».
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Le général de Gaulle, descendant les Champs-Élysées, en août 1944
  • C’est lui qui accueille, avec Gabrielle, le général De Gaulle, qui dirige le gouvernement provisoire de la république Française, lors de ce même gala, le 28 octobre 1944. C’est également lui qui a la charge de prononcer le discours officiel. Dans le quotidien Ce soir, Louis Aragon, qui en est alors le directeur, écrit:  « Cette soirée de France a connu des moments très hauts, par exemple quand Alexandre que l’ennemi avait chassé de la scène française y a reparu, pour la première fois, comme un symbole. Un homme vieilli mais magnifique dans son habit chamarré de décorations ».
réouverture CF 29 octobre 1944
Ce Soir, quotidien dirigé par Louis Aragon (28 octobre 1944) évoque la première réapparition en public de René Alexandre (© BnF Gallica)
  • Entre temps, il est devenu un des principaux membres du Comité mis en place à la Comédie française, afin d’examiner les comportements des sociétaires pendant l’Occupation et, éventuellement de prononcer des sanctions contre ceux qui auraient failli. En d’autres termes l’Épuration.
    Édouard Bourdet

    Dans la commission installée par le ministre de l’éducation René Capitant, il siège sous la présidence d’un magistrat, Joseph Jacomet, aux côtés de trois autres comédiens :  Maurice Donneaud, Jean Meyer et Pierre de Rigout. S’y ajoutent un électricien et un machiniste. Après examen des dossiers, le rôle de la commission consiste à  formuler des propositions au délégué des spectacles, Édouard Bourdet, à charge pour lui de les transmettre au ministre de l’éducation nationale, détenteur du pouvoir décisionnaire. Pour ce vétéran du théâtre, « dramaturge populaire  entre les deux  guerres » et administrateur de la Comédie française entre octobre 1936 et décembre 1940, la tâche n’est pas des plus aisées, comme le reconnaissait le journal  Résistance, dès le 8 septembre 1944: « Le problème de l’épuration artistique n’est pas un mince problème et il faudra toute la sagacité de M. Édouard Bourdet et de ses collaborateurs pour satisfaire à la fois  l’Art et la Justice, ainsi que la notion saine et réaliste du patriotisme ». La mission d’Édouard Bourdet sera prématurément interrompue le 17 janvier 1945, par son décès brutal, des suites d’une embolie pulmonaire. Dans la plupart des cas, la commission à laquelle appartient René Alexandre formule des  propositions de suspensions provisoires et de  mises à la retraite d’office, celles-ci étant  toujours  assorties d’une pension. C’est à cette époque que René Alexandre est  le premier comédien à être promu Commandeur de la légion d’honneur. Le 10 mai 1946, l’association des artistes dramatiques qu’il préside lui organise une grande réception : « Tout Paris, ce jour-là, apporta le témoignage de sa sympathie, de son admiration et même de son affection », écrit Gabrielle Robinne.

  • René Alexandre, en 1946, quelques mois avant sa disparition

    Quelques mois plus tôt, en janvier 1946, René Alexandre,  devenu sociétaire honoraire, avait accompagné à Bruxelles la troupe de la Comédie Française qui devait  interpréter Athalie sur les ondes de la radio belge : « Quel dommage que M. René Alexandre ne soit plus servi par ses superbes moyens vocaux d’autrefois. Mais rendons lui grâce par la façon magistrale dont il dirigé l’émission », écrivait le journal Le Monde dans son édition du 22 janvier.  Bien qu’il nourrisse encore de nombreux projets, comme celui de rejouer Esther, sa santé décline, ainsi que  le sous-entend l’auteur de l’article. En fait,  les jours de René Alexandre  sont comptés. Il a, comme le disent les paysans de Grosley «  le sang tourné »…Ce que la Faculté traduit par le mot leucémie. Il se sait condamné et c’est au retour des vacances passées à Beg Meil, avec sa fille Colette, qu’il est victime d’une grave attaque cardiaque. Gabrielle Robinne est alors à Bordeaux, pour le tournage du film Hyménée, dans les studios d’Emile Couzinet. Elle peut cependant le rejoindre, juste avant qu’il ne soit transporté à l’hôpital de Vitré. Il y meurt  peu après son admission, le 19 août 1946. Selon Gabrielle Robinne, « Sa dernière phrase fut pour cette comédie française qu’il aimait tant : « Je devais jouer Esther le 5 septembre. Préviens l’administrateur que je ne jouerai que le 12, ce sera mieux ! ». Puis il murmura tendrement mon nom et ce fut fini ».

Félix Benneteau-Desgrois travaillant au buste de René Alexandre (© La Parisienne d’images)
  • Pour Gabrielle Robinne, qui venait de perdre sa mère en mai 1945, la douleur est immense mais elle puise quelque réconfort en voyant la foule, celle des célébrités, comme celle des anonymes, qui vient lui rendre un ultime hommage sur le parvis de l’église Saint-Roch : « La foule immense qui piétina deux heures sur la place du Théâtre français et dans la rue Saint-Honoré, devant Saint-Roch, où avait lieu la cérémonie ; les larmes de tous les assistants à l’église, les témoignages sans nombre d’affection profonde, nous aidèrent à supporter ces heures douloureuses ». Son cercueil, sur lequel brillent une vingtaine de décorations, dont les Croix de guerre française et belge, ainsi que la Croix de commandeur de la légion d’honneur, est mis en terre au cimetière de Saint-Cloud, dans la tombe où reposent déjà le père et la mère de Gabrielle. En 1950, à Grosley, on inaugurera un buste à la mémoire du comédien, œuvre du sculpteur Félix Benetteau et on donnera son nom à la place du village dont il a été maire de 1935 à 1940, puis de 1945 à 1946, après la libération. La Comédie Française, elle même, accueillera son buste dans le Foyer du Public, aux côtés de quelques-uns de ses  glorieux prédécesseurs, Molière en tête.
Le buste de René Alexandre, installé sur la place du village de Grosley-sur-Risle, en 1950

LE SPECTACLE DOIT CONTINUER…

  • Pour Gabrielle Robinne, désormais seule avec sa fille Colette, qui lui a donné en 1942, une petite-fille, Florence, avant de se séparer de son mari, la vie doit continuer, en même temps que le spectacle. Elle reprend donc le chemin des studios de cinéma et des scènes de théâtre. Sans doute, sa carrière n’aura-t-elle plus le même éclat qu’avant…
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    1946

    • Au cinéma, elle tourne en 1946 Le capitan, un film de cape et d’épée de Robert Vernay, d’après le roman de Michel Zévaco. Dans ce film qui sortira sur les écrans « en deux époques« , elle a pour partenaires Claude Génia, la jeune Sophie Desmarets, le flegmatique Jean Tissier, Aimé Clariond et Maurice Escande, de la Comédie Française, qu’elle connaît bien pour avoir effectué avec lui plusieurs tournées. Robert Manuel et Huguette Duflos sont aussi de la partie.  Gabrielle Robinne interprète le rôle de la Supérieure. La même année, elle joue dans Rendez-vous à Paris de Gilles Grangier. Elle campe une Lady Mermor qui donne la réplique à Annie Ducaux, Marguerite Moréno, Claude Dauphin, Jean Tisssier, à nouveau, et Jean Debucourt.

Rendez_vous_a_Paris
1946
  • Dans un genre différent, on peut entrevoir la Gabrielle Robinne de la belle époque dans le film documentaire Paris 1900, réalisé par Nicole Védrès, à partir de plusieurs centaines de documents d’actualités  originaux des années 1900-1914. Le tout narré par la voix de Claude Dauphin. Gabrielle Robinne apparaît encore en 1947 dans le film Hyménée où elle interprète le rôle de Madame d’Aubarède. Le film a été tourné l’année précédente  par Emile Couzinet, dans ses studios de Bordeaux. Le scénario est tiré d’une pièce d’Edouard Bourdet. Gaby Morlay et, à nouveau,  Maurice Escande sont de la partie. On sait que  les studios Couzinet se sont taillé la réputation de producteurs de films de série B, ce que d’aucuns qualifient parfois de « nanar » du cinéma. Quarante ans après le succès de L’assassinat du duc de Guise, Gabrielle Robinne est sur le point d’achever sa carrière cinématographique. Quelques années plus tard, on la retrouve encore à l’affiche de deux films, mais dans des rôles toujours secondaires.
    1947

    En 1962, elle interprète le personnage d’Honorine dans La prostitution, film de Maurice Boutel. En 1971, pour son ultime apparition sur grand écran,  elle joue le rôle de la vieille dame dans le Journal d’un suicidé, film de Stanislas Stanojevic. Au générique, figurent Delphine Seyrig, Sami Frey, Marie-France Pisier et Sacha Pittoëf. Le nom de Gabrielle Robinne figure bien au bas de l’affiche du film, mais il n’est désormais inscrit qu’en tout petits caractères.

  • 1962

    Si le cinéma ne fait plus guère appel à elle, il n’est pas question pour Gabrielle Robinne d’abandonner les planches. À soixante ans, à l’heure où elle pourrait aspirer à une retraite paisible, elle se replonge dans l’ambiance des tournées théâtrales. Elle jouera encore pendant encore un quart de siècle. En juin 1956, elle figure dans la distribution de Cromwell, de Victor Hugo, une pièce pourtant souvent qualifié de « drame injouable en 5 actes ». La mise en scène est assurée par Jean Cocteau et la pièce est jouée dans le cadre prestigieux la Cour carrée du Louvre. On peut aussi l’applaudir dans des pièces plus légères telles que Le Cyclone de Somerset Maugham(1965) ou Quand tu seras jeune d’Oulmont et Carvalho

  • 1971: l’ultime apparition de Gabrielle Robinne au cinéma

    En juillet 1962, elle triomphe encore devant les spectateurs au théâtre du casino de Néris-les-Bains, dans trois pièces de Sacha Guitry, parmi lesquelles Le mot de Cambronne : « Les pièces données hier soir furent magistralement interprétées, peut-on lire dans Centre Matin, qui ajoute aussitôt que « parmi les acteurs de classe qui se produisirent (…) Gabrielle Robinne fut incontestablement la vedette. Le magnifique talent, la forte personnalité de notre illustre compatriote, toujours ardente, dynamique, a conquis une nouvelle fois le public qui lui fit le plus chaleureux accueil. Le « Mot de Cambronne », pièce très amusante, d’un style éblouissant, où la grande actrice prend un savoureux accent anglais, permit d’apprécier l’un des aspects du solide métier, de la perfection de jeu que possède cette extraordinaire comédienne ».

Gabrielle Robinne, à la fin des années 1960
  • Toujours à Néris-les-Bains, elle interprète La jalousie, une autre pièce de Sacha Guitry. Dans la Montagne qui en rend compte, on note qu’elle « campe le rôle de la mère, Madame Buzenay, avec une présence et une autorité remarquables». En 1932, lorsque la même pièce avait été inscrite au répertoire de la Comédie Française,  c’est le rôle de la fille qui lui avait été dévolu. Son ultime tournée, Gabrielle Robinne l’accomplit en 1966, l’année de ses quatre-vingts printemps. Entre temps, elle qui avait été une des premières comédiennes à être faite chevalier de la Légion d’honneur en mai 1937, a été  promue officier de la Légion d’honneur le 24 juin 1960 (23). En 1964, elle reçoit la médaille d’or des arts et lettres.
    En représentation au théâtre de Néris-les-Bains  en juillet 1962 (Journal Centre-Matin)

    • Lorsque ses tournées et ses répétitions, ou ses activités de bienfaisance lui laissent du temps libre, elle aime à se retrouver auprès de sa fille, Colette, qui a ouvert une librairie, bien connue des habitants de Saint-Cloud et qu’elle tiendra de 1947 à 1973. Elle se plaît à  conseiller les clients, tout autant qu’elle s’amuse de leurs demandes parfois saugrenues, qu’elle rapporte dans ses Souvenirs. Entre celui qui réclame le « Guide Maupassant », un autre qui est en quête de « La mise en trop de Larousse » ou encore de « Jeannot et lapin, de Voltaire », Gabrielle n’a guère le temps de s’ennuyer derrière le comptoir de la librairie.  Pendant les vacances, elle quitte Saint-Cloud, pour rejoindre Grosley, avec « cette chaumière centenaire et la Risle qui coule dans le jardin », écrit Colette Alexandre-Robinne.

« MAIS SI ! LA VIE EST DRÔLE ! »…

  • Comme beaucoup d’autres vedettes, au terme d’une riche et longue carrière, Gabrielle Robinne songeait depuis quelques années  à coucher sur le papier ses souvenirs. En 1961, elle fait paraître aux éditions du Scorpion Mais si ! La vie est drôle ! Plutôt que de véritables mémoires, il s’agit d’une suite de petits tableaux anecdotiques, pleins d’humour, écrits d’une plume alerte, sur quelques-uns des grands et des petits moments qui ont jalonné sa carrière. Dans le journal montluçonnais  Centre Matin du 17 novembre 1961, Jean-Charles Varennes, qui connaît bien l’actrice, lui consacre un long article : « Ce qui est agréable, quand une grande actrice comme Gabrielle Robinne écrit, c’est qu’elle évoque l’envers du décor avec un brio étincelant, nous révélant ce que nous aimons connaître (…). Elle rapporte dans ses souvenirs aussi bien ce qui concerne sa vie professionnelle que sa vie conjugale, l’une et l’autre étant intimement liées puisqu’elle appartenait comme son époux à la Maison de Molière ». Et le chroniqueur de saluer Gabrielle et René Alexandre qui «  prouvèrent qu’un ménage de grandes vedettes s’est pas forcément balayé par le scandale ».

• Outre la presse nationale, le livre de Gabrielle Robinne suscite quelques échos au delà des frontières. C’est ainsi que le Journal de Genève (5 janvier 1962) écrit, : « Il ne faut pas s’exagérer  l’importance des souvenirs (…) que publie Mme Gabrielle Robinne qui fut l’une des plus belles artistes de la Comédie Française.  C’est beaucoup déjà d’avoir fixé dans la mémoire des spectateurs une image de beauté. Il ne faudrait d’ailleurs pas aller croire que Mme Robinne ne possédait pas un réel métier et l’on peut porter à son actif maintes interprétations d’une très bonne tenue. Mais plus qu’à la comédienne, c’est à la femme qu’on pensera et répétera : « Qu’elle était belle », ce qui d’ailleurs à l’heure où le cinéma prenait son essor lui valut d’y paraître avec éclat et succès. Elle était, on ne l’a pas oublié, l’épouse de René Alexandre. Il n’y a pas que de l’inédit dans les souvenirs qu’elle égrène  d’agréable manière et avec aussi – ce qui n’est pas négligeable – de la simplicité, mais plus d’un trait amusant ou piquant, au gré des scènes et des chemins où la porta le chariot de Thepsis ».

OCTOBRE 1970: UNE APPARITION À LA TÉLÉVISION 

23 octobre 1970: Gabrielle Robinne, invitée des Dossiers de l’écran, émission présentée par Alain Jérôme, consacrée aux débuts du  cinéma muet
  • Devant l’intérêt que suscite le livre, elle songe alors à se lancer dans la rédaction de véritables mémoires, pour lesquels elle avait déjà choisi le titre : ce serait Quelques belles heures. Ce travail n’aboutira cependant jamais et le manuscrit restera inachevé. À l’automne 1970, le 23 octobre, Gabrielle Robinne fait une incursion sur le petit écran. Elle figure alors  parmi les  invités de l’émission d’Armand Jammot, Les dossiers de l’écran dont le thème était ce soir-là  « il y a 75 ans, le cinéma« .  Comme le voulait le principe de l’émission, après la projection du film de René Clair, Le silence est d’or, tourné en 1947,  elle participe à un débat au cours duquel il est question de la vie des comédiens et des débuts du cinéma. Une apparition remarquée et à propos de laquelle la presse note alors son exceptionnelle vivacité d’esprit. Pour l’occasion, elle retrouve la comédienne Berthe Bovy (1887-1977), elle aussi de la Comédie Française,  qui avait interprété le rôle du Page dans l’Assassinat du duc de Guise, tandis que Gabrielle Robinne y incarnait la duchesse de Noirmoutiers.
    Berthe Bovy

    Par la suite, les deux actrices avaient eu l’occasion de tourner ensemble dans d’autres films muets. Étaient également présents d’autres artistes  comme René Dary (1905-1974), qui avait tourné tout enfant, dès  avant 1914, Jeanne Provost (1887-1980), Hélène Dieudonné (1887-1980), ainsi que le réalisateur de films muets, Alexandre Devarennes (1887-1971) et Maurice Trarieux-Lumière (1922-2001), petit-fils de Louis Lumière. Autant de personnalités  presque toutes nées un an après Gabrielle Robinne, ultimes témoins des balbutiements du cinéma.

RETOUR AU THÉÂTRE MUNICIPAL DE  MONTLUÇON

  • Bien que Gabrielle Robinne soit solidement enracinée à Saint-Cloud et à Grosley-sur-Risle,  où elle aime passer ses vacances, elle n’a pas rompu complètement les liens avec le berceau familial montluçonnais. Certes, sa maison natale de la rue de la République a été vendue depuis longtemps et les raisons de revenir à Montluçon, hormis pour y jouer au théâtre municipal, ont disparu. Lorsqu’en 1967, le théâtre municipal de Montluçon, qu’elle avait inauguré en compagnie de son mari, en 1914, fait l’objet d’importants travaux de rénovation, la municipalité songe tout naturellement à elle pour la cérémonie d’inauguration. Elle accepte volontiers l’invitation de Jean Nègre, alors député-maire, et de Paul Jourdain, son adjoint aux beaux arts, selon la terminologie de l’époque. Le 17 novembre 1967, elle est ainsi l’objet d’une véritable ovation : toute la salle, debout, l’acclame, cinquante-trois ans après l’inauguration et c’est à elle que Jean Nègre, dans son discours inaugural, dédie le spectacle qui suit.
L’inauguration du théâtre de Montluçon rénové: Gabrielle Robinne (au centre) avec Jean Nègre député maire (à gauche)
  • Toujours dotée d’une grande vivacité d’esprit et d’une éclatante santé, Gabrielle Robinne peut désormais couler une retraite heureuse dans son hôtel particulier de Saint-Cloud. La lecture, les mots croisés, ainsi que la rédaction de ses mémoires à laquelle est s’est attablée, occupent une partie de son temps. Elle vit entourée de sa fille, Colette Alexandre, de sa petite fille Florence Chenard et de ses deux arrière-petites-filles, Charlotte née en 1969 et Valentine, en 1974. Charlotte embrassera la carrière de comédienne. À plus de quatre-vingts ans, l’ancienne sociétaire de la Comédie Française découvre ainsi l’art de donner le biberon. Pour son 90ème anniversaire, le 1er juillet 1976, Charlotte et Valentine lui organiseront dans la propriété de Saint-Cloud, une grande réception.
Gabrielle Robinne répond aux voeux de la municipalité de Montluçon
  • Mais la profession à laquelle elle a consacré sa vie ne l’a pas oubliée pour autant. Le 15 octobre 1980, devant un parterre de metteurs en scène, de critiques, d’historiens du Septième art et autres spécialistes, elle reçoit un ultime et unanime  hommage. Soixante-douze ans, presque jour pour, après sa sortie sur les écrans, elle a été conviée à la projection du film L’assassinat du duc de Guise, dont la copie avait été restaurée par le Centre National de la Cinématographie. C’est l’occasion pour Claude Viot de présenter à l’assemblée « Madame Robinne, de la Comédie française », ultime survivante de l’équipe du film.

“LA ROBINNE”  TIRE SA RÉVÉRENCE…

Le Monde 20 novembre 1980

• Un mois plus tard, le 18 novembre 1980, entourée des siens, Gabrielle Robinne s’éteint  dans sa maison de Saint-Cloud, deux semaines jour pour jour après avoir été victime une première attaque, qui lui avait  laissé le côté droit paralysé et gênait sa diction. Elle s’en va rejoindre ses parents et l’unique amour de sa vie, René Alexandre, dans la tombe familiale du cimetière de Saint-Cloud. La presse nationale se souvient d’elle  et c’est en première page que le journal Le Monde, pour ne citer que celui-ci, vient lui rendre hommage : « Avec Gabrielle Robinne,  peut-on lire, disparaît la dernière grande comédienne de la maison de Molière. Elle y avait fait toutes ses classes et tenu tous les rôles importants depuis le 1er octobre 1906 (…) jusqu’au 1er janvier 1938. (…). Elle n’avait pas tardé à faire admirer cette beauté qui allait lui valoir la renommée d’une Cléo de Mérode à l’Opéra (…). Son emploi de Grande coquette l’avait consignée très vite pour les héroïnes du répertoire de la Belle Epoque (…) ainsi que pour les rôles classiques de Molière à Musset. En marge de ses succès à la Comédie française, Robinne qu‘on l’appelait de son nom patronymique universellement célèbre à l’image des Bartet et des Dussanne, était une personnalité du Tout-Paris que s’arrachaient les salons des grandes réceptions, voire les concours d’élégance du Bois de Boulogne. Sa plastique sculpturale où faisaient merveille, avec un triple rang de perles sur le corsage, ses grands yeux en amande, son ovale de visage, ses cheveux magnifiques, sous les chapeaux haut perchés, sa taille princière et cette belle ligne d’épaule que rehaussaient des étoles en fourrure, lui composaient la silhouette idéale de la Parisienne, reproduite à l’envi par les clichés de l’Illustration ou de Comoedia Illustré (…).Elle avait publié en 1961 un petit livre optimiste, « Mais si, la vie est drôle », dont le titre servira d’épitaphe à cette grande femme » (24).  Quant à sa petite-fille, Florence Chenard, elle dit avoir gardé « le souvenir d’une femme gaie, positive, courageuse, qui ne se plaignait jamais et qui avait les pieds parfaitement sur terre malgré son destin hors du commun. Un très bon exemple« , conclut-elle (25).

À la une du Monde (20 novembre 1980), un hommage à « La Parisienne ».

LE TEMPS DES HOMMAGES…PLUS OU MOINS TARDIFS

  • La plaque dévoilée le 1er octobre 1982, deux ans après la disparition de l’actrice

    Depuis la disparition de l’actrice, la Comédie française qui avait installé in memoriam un  buste de René Alexandre dans le foyer du public, a fait déposer le moulage de la main de Gabrielle Robinne dans la bibliothèque du théâtre. Le 1er octobre 1982, Jean-Pierre Fourcade, ancien ministre et sénateur maire de Saint-Cloud, accompagné de Jacques Toja qui était alors administrateur de la Comédie française, a présidé à l’inauguration d’une plaque à la mémoire de Gabrielle Robinne et de René Alexandre. Elle a été apposée sur le mur de leur propriété de La Parentière: « Sa fille qui habite Saint-Cloud, et tous les amis qui l’ont connue, se souviendront longtemps de cette femme d’une grande beauté, talentueuse et généreuse« , écrivait alors le quotidien  La Montagne. Si la profession lui a rendu hommage, si les encyclopédies du cinéma ou du théâtre la mentionnent, sa ville natale semblait toutefois l’avoir définitivement oubliée, à l’aube du IIIè millénaire. Pas une voie, pas un lieu ne portaient son nom. Ce n’est qu’à la fin des années 1990, sur la suggestion de plusieurs Montluçonnais, dont Maurice Malleret, que l’on a commencé à songer à inscrire le nom de la comédienne dans la géographie montluçonnaise.

    10 février 2001: Un premier mais modeste hommage de sa ville natale
  • Il faudra attendre le 27 mars 2000, pour que  la municipalité décide d’attribuer son nom à une modeste allée, dans une voie desservant un lotissement alors en construction, dans le quartier de Rimard. Hommage bien tardif et un peu chiche. L’inauguration de l’Allée Gabrielle-Robinne aura lieu le 10 Février 2001, en présence de sa fille, Colette Alexandre-Robinne et de sa petite fille, Florence Chenard. Après le dévoilement de la plaque, une réception est donnée par le maire, Jean-Claude Micouraud. La cérémonie s’achèvera au théâtre municipal, par la projection d’un des films de Gabrielle Robinne.
    • En 2005, dans la seconde édition de son livre Pour voir Montluçon de la meilleure façon, Maurice Malleret écrivait : « On ne peut que regretter que ce ne soit qu’une petite voie qui porte son nom, alors qu’il aurait été plus logique de le donner au théâtre». Un souhait qui sera finalement exaucé en septembre 2006. Après deux années de fermeture et un vaste chantier qui a permis de rénover de fond en comble le presque  centenaire théâtre, la municipalité dirigée  par Daniel Dugléry a décidé de lui attribuer le nom de théâtre Gabrielle-Robinne : « Après plus de  trente années depuis la dernière restauration, il était de notre devoir de redonner à cet édifice toute sa splendeur. Le  projet axé sur trois fronts : architectural,  technique, artistique était ambitieux », pouvait écrire le premier magistrat dans la plaquette de présentation de la saison culturelle 2006-2007, avant de détailler les effets du chantier. Quant à son adjointe à la culture, Evelyne Tautou, elle mettait l’accent sur « Un nouveau nom prestigieux, “ Gabrielle Robinne”. La première grande star, née à Montluçon, présente à chaque grand événement, ayant marqué notre théâtre municipal, à laquelle nous rendons ainsi hommage ».
La Montagne (1er octobre 2006): Florence Chenard, petite-fille de Gabrielle Robinne en « marraine de coeur« 
  • Pour l’inauguration officielle qui a lieu le samedi 30 septembre 2006, Florence Chenard, petite-fille de l’actrice figure parmi les invités d’honneur. Sa mère, Colette Alexandre-Robinne, décédée le 24 décembre 2002, aurait probablement été émue de cet hommage, même tardif. Afin que la cérémonie gagne en éclat, l’adjointe à la culture Evelyne Tautou n’a guère eu de difficultés à convaincre sa fille, l’actrice Audrey Tautou, qui a passé son enfance en région montluçonnaise, d’être la marraine.
    L’inauguration par Audrey Tautou du théâtre rénové, 92 ans après l’inauguration par Gabrielle Robinne (© groupesymphoni overblog.fr)

    Façade du théâtre Gabrielle-Robinne, rénové
  • En rendant compte de cette soirée, La Montagne titre à la une : « L’actrice à l’inauguration du théâtre municipal : le rideau se lève sur Audrey Tautou. L’actrice a coupé le ruban annonçant la nouvelle et troisième vie du théâtre municipal, avant d’évoquer ses souvenirs de scène et de coulisses en ce même lieu ». Si le récit de l’inauguration est centrée sur la jeune actrice dont la carrière est alors en pleine ascension, le quotidien régional n’en consacre pas moins une pleine page  à « Gabrielle Robinne, femme de caractère (…), optimiste, altruiste, adulée en son temps ». • De son côté, l’hebdomadaire La Semaine de l’Allier qui, dès le 30 août, avait consacré une pleine page à un portrait de Gabrielle Robinne, « La belle de la Belle époque« ,  écrira dans son édition  du 5 octobre 2006 : « Audrey ouvre le spectacle. Un lieu unique et une invitée inattendue. Une inauguration comme celle du théâtre n’a jamais suscité autant d’intérêt », avant d’en donner la preuve en images.
La Montagne (20 janvier 2015) retrace la carrière de Gabrielle Robinne dans la rubrique Ces destins extraordinaires.
  • Charlotte Vermeil, arrière-petite-fille de Gabrielle Robinne

    Depuis, le décès de sa fille Colette, c’est désormais sa petite-fille, Florence Chenard, qui veille sur le souvenir de Gabrielle Robinne. Elle vit toujours à Saint-Cloud, dans la demeure familiale.  Ancienne élève des beaux arts, Florence Chenard conçoit des bijoux et parures pour des pays tels que la Chine ou l’Australie. Certaines de ses créations s’inspirent directement des bijoux qu’avait jadis portés Gabrielle Robinne. Une manière pour elle de perpétuer le souvenir d’une grand-mère qui fut aussi une grande voyageuse. C’est la génération suivante qui a emboîté les pas de Gabrielle Robinne: Charlotte  Vermeil, l’arrière-petite-fille de Gabrielle Robinne, continue de fréquenter les plateaux de cinéma, jouant dans des films et téléfilms.

 

NOTES

  • 1- Plusieurs documents photographiques illustrant cet article proviennent de la collection personnelle de Mme Florence Chenard, la petite-fille de Gabrielle Robinne, que je tiens à remercier pour l’aide spontanée qu’elle a bien voulu apporter en me confiant divers documents familiaux.
  • 2- L’immeuble existe toujours et, selon Colette Alexandre-Robinne, fille de Gabrielle, il aurait été vendu par la famille entre  la fin des années 1930 et 1945. Peut-être la vente a-t-elle eu lieu après le décès de Joséphine Gabrielle Bastien, la mère de Gabrielle Robine, survenue à Saint-Cloud, le 4 mai 1945.
  • 3- André Licoys : Gabrielle Robinne, de la Comédie française (article publié dans le Bulletin de l’association des Amis de Saint-Cloud, n°83, 84 et 85, 1981-1982).
  • 4- André Licoys : Gabrielle Robinne, de la Comédie française.
  • 5- Cité par André Licoys.
  • 6- Extrait des souvenirs de Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle… (éd. du Scorpion, 1961).
  • 7- Conférence donnée par Colette Alexandre-Robinne (1918-2002), à la salle des fête de Saint-Cloud, en 1981, après la mort de Gabrielle (texte inédit)
  • 8- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 9- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 10- La mort de Gabrielle Robinne, La Parisienne (Le Monde, 23/24 novembre 1980).
  • 11- Philippe Van Tieghem : Les grands acteurs contemporains (éd. P.U.F., Que sais-je?, 1963).
  • 12- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 13– Florence Montreynaud : Le XXè siècle des femmes, 1972.
  • 14- L’assassinat du duc de Guise, article publié dans Le cinéma, grande histoire illustrée du 7è Art (Tome IX, pp. 2310-2312), éd. Atlas, 1984). L’article contient le générique du film, ainsi qu’une reproduction de l’affiche.
  • 15– Roger Boussinot : Encyclopédie du cinéma (éd. Bordas, 1980).
  • 16- René Jeanne, Charles Ford : Histoire encyclopédique du cinéma français (éd. Robert Laffont, 1949-1960) et Le cinéma et la presse (1895-1960) (éd. Armand Colin, coll. Kiosque, 1960) qui comporte une analyse intéressante sur les relations entre presse et cinéma, ainsi que sur l’émergence de la critique cinématographique.
  • 17- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 18- André Licoys : Gabrielle Robinne, de la Comédie française.
  • 19– André Licoys : Gabrielle Robinne, de la Comédie française.
  • 20- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 21– Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 22- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 23- C’est ce qui faisait écrire à sa fille, Colette Alexandre qu’elle avait le rare privilège d’être à la fois «  la fille d’un commandeur de la Légion d’honneur et d’un officier de la légion d’honneur»…Un cas sans doute unique dans les annales de l’institution.
  • 24 La mort de Gabrielle Robinne, La Parisienne (Le Monde, 23/24 novembre 1980).
  • 25- Extrait d’un courriel adressé à l’auteur le 19 mai 2017. 

◘ GABRIELLE ROBINNE : DES LIEUX DE MÉMOIRE

Le cimetière de Saint-Cloud où reposent Gabrielle Robinne et René Alexandre (©landrucimetieres.fr)

• Gabrielle Robinne repose au cimetière de Saint-Cloud, aux côtés de ses parents  Désiré-Victor Robinne (1851-1928) et Joséphine Gabrielle Bastien (1865-1945), et de son époux René Alexandre (1885-1946).

• À Montluçon, au cimetière Saint-Paul reposent son grand père maternel, Bernard  Bastien (décédé en 1910), sa grand-mère, Anne Bouché épouse Bernard Bastien (décédée en 1894), ainsi que sa tante, Berthe Bastien (décédée en 1926).

 La maison natale de Gabrielle Robinne, au 47 rue  de la République, à Montluçon a été vendue par sa mère, entre 1939 et 1945, selon Colette Alexandre-Robinne. Au rez-de-chaussée, est installée depuis plusieurs décennies la boutique d’un photographe…Un clin d’œil du hasard pour Gabrielle Robinne qui fut une femme d’images, photographiée des centaines de fois par Léopold Reutlinger.

• À Saint-Cloud, depuis le 1er octobre 1982, une plaque commémorative dédiée au couple de comédiens orne le mur de La Parentière, l’hôtel particulier situé rue Gounod. Sa petite-fille, Florence Chenard y réside toujours. On peut voir, depuis 1950,  un buste de René Alexandre sur la place éponyme de la commune de Grosley-sur-Risle, dont il fut le maire. Il est l’œuvre du sculpteur Félix Bénetteau. La Comédie Française conserve également un buste du comédien, ainsi qu’un moulage de la main de Gabrielle Robinne.

La Parentière (mai 2016) (©Google Street view): à gauche de l’entrée principale, la plaque commémorative apposée en 1982    ▼

• Enfin, celles et ceux qui souhaiteraient avoir un aperçu de la richesse du fonds photographique dédié à Gabrielle Robinne, pourront consulter le site Delcampe qui propose des centaines de cartes postales consacrées à l’actrice, la plupart des photos ayant été prises par Léopold Reutlinger.

https://www.delcampe.fr/fr/collections/

 ◘ ESSAI DE RÉPERTOIRE THÉÂTRAL DE GABRIELLE ROBINNE 

Que ce soit pour le répertoire  théâtral ou cinématographique, il est difficile d’être exhaustif, tant la carrière de Gabrielle Robinne a été riche. Certains de ses  films, tournés avant 1914, ont disparu sans laisser de traces. Tout comme il est ardu de dresser la liste des pièces de théâtre interprétées par Gabrielle Robinne en soixante ans. On pourra consulter la liste publiée par Wikipedia: 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle_Robinne

◘ QUELQUES   RÔLES INTERPRÉTÉS À LA COMÉDIE FRANÇAISE (1906-1938)

 

*Brichanteau, vieux comédien (Jules Clarétie, adaptation de Maurice de Féraudy).

*L’anglais, tel qu’on le parle (Tristan Bernard)

*Les affaires sont les affaires (Octave Mirbeau)

*Le voleur (Henri Bernstein, pièce jouée lors de l’inauguration du théâtre de Montluçon, le 17 janvier 1914).

*L’embuscade (Henry Kistemaeckers)

*Le duel (Henry Lavedan).

*Le demi-monde (Alexandre Dumas fils).

*La marche nuptiale (Henry Bataille).

*Le marquis de Priola (Henry Lavedan).

*La Parisienne (Henry Becque).

*Amoureuse ( Georges de Porto-Riche).

*Le monde où l’on s’ennuie (Edouard Pailleron).

*La jalousie (Sacha Guitry).

*Poliche (Henry Bataille).

*Les marionnettes (Pierre Wolf, la première pièce interprétée par Gabrielle Robinne et René Alexandre, en 1910).

*L’ami des femmes (Alexandre Dumas fils).

*La robe rouge (Paul Hervieu).

*La passion ( Edmond Haraucourt).

*Denise (Alexandre Dumas fils).

*Le Misanthrope – Tartuffe – Les femmes savantes – Le bourgeois gentilhomme (Molière).

*On ne badine pas avec l’amour – Les caprices de Marianne – Lorenzaccio – Le chandelier (Alfred de Musset).

*Le jeu de l’amour et du hasard (Marivaux)

*Le mariage de Figaro (Beaumarchais)

* D’ AUTRES PIÈCES INTERPRÉTÉES PAR GABRIELLE ROBINNE ( HORS DE LA COMÉDIE FRANÇAISE) 

*L’autre danger (Maurice Donnay).

*Médée (Catulle-Mendès).

*La princesse de Bagdad (Alexandre Dumas fils)

*Par le fer et par le feu (Henryk Sienkiewicz, adaptation de Maurice Bernhardt)

*Tu crois avoir aimé (Charles Oulmont)

*Quand tu seras jeune (Charles Oulmont).

*Le cyclone (Somerset Maugham).

*Cromwell — Francillon —  Terre inhumaine – L’homme enchaîné – Le passé – Madame sans gêne —  On ne joue pas pour s’amuser – L’étincelle –Lucrèce Borgia – Pour qui sonne le glas ?…

ESSAI DE FILMOGRAPHIE DE GABRIELLE ROBINNE

Pour la plupart des films,  figure, entre parenthèses et en italiques, le rôle tenu par Gabrielle Robinne. Quelques-uns de ces films sont visionables sur le site YouTube. Sur le site de la fondation Jérôme Seyudoux, on pourra retrouver les titres et la distribution des films  de la maison Pathé auxquels a participé Gabrielle Robinne .

► Consulter le site: http://filmographie.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/

◘ 1906: Le troubadour, de Segundo de Chomon (brève apparition de Gabrielle Robinne).

► Visionner le film:  https://www.youtube.com/watch?v=daVs5jpGgnc

◘ 1908 : L’assassinat du duc de Guise, de Charles Le Bargy et André Calmettes, produit par Le Film d’art (La marquise de Noirmoutiers). Scénario de Henry Lavedan, avec Albert Lambert, Berthe Bovy, Charles Le Bargy, Jean Angélo… (18 mn).

►Visionner le film:  https://www.youtube.com/watch?v=bh0tonXPEKQ

◘ 1908: Le retour d’Ulysse de Charles Le Bargy et André Calmettes, produit par le Film d’Art, avec Paul Mounet, Albert Lambert…

► Visionner le film: https://www.youtube.com/watch?v=-OalIJgkSwI

◘ 1909: Le baiser de Judas, d’André Calmettes et Armand Bour, produit par le Film d’Art, avec Paul Mounet-Sully, Albert Lambert, Albert Dieudonné…

◘ 1912-1914 : Scènes de la vie cruelle  — Scènes de la vie bourgeoiseScènes de la vie moderne... Série de films de René Leprince et Ferdinand Zeccaproduits par Charles Pathé).

◘  1912: Les larmes du pardon, de René Leprince

◘ 1913: La comtesse noire, de René Leprince et Ferdinand Zecca (Mme Reinher, dite la comtesse noire, croqueuse d’hommes), avec René Alexandre, Gabriel Signoret…

1913: Le roi du bagne, de René Leprince (Germaine Pradier), avec René Alexandre, Gabriel Signoret…

◘ 1913: Coeur de femme, de René Leprince et Ferdinand Zecca (Gabrielle Normand, artiste peintre), avec René Alexandre, Berthe Bovy…

◘  1914: Les larmes du pardon, de René Leprince et Ferdinand Zecca (Elyse Meyret), avec Gabriel Signoret, René Alexandre, Juliette Malherbe, Suzanne Goldstein…

 ◘ 1913: La reine de Saba, d’Henri Andréani (La reine de Saba), avec René Alexandre, Madeleine Roch…

◘ 1914:  La danse héroïque, de René Leprince et Ferdinand Zecca (Gaby des Roses, une danseuse célèbre), avec René Alexandre, Albert Mayer, Simone Mareix…

◘ 1914: La jolie bretonne, de Ferdinand Zecca et René Leprince (Anaïk, une jeune et jolie Bretonne), avec René Alexandre, Jean Dax…

◘ 1914 : La lutte pour la vie, de Ferdinand Zecca et René Leprince (Mademoiselle Claire Préval). Scénario de Pierre Decourcelle, avec René Alexandre, Gabriel Signoret…

◘ 1915: Le noël d’un vagabond, de Ferdinand Zecca et René Leprince , avec René Alexandre, Gabriel Signoret, Juliette Malherbe…

◘ 1915: Le vieux cabotin, de Ferdinand Zecca et René Leprince (Gaby Sombreuse) , avec René Alexandre,  Juliette Malherbe, Gabriel Signoret…

◘ 1917 : La proie, de Georges Monca, avec Albert Mayer, Jacques Grétillat…

◘ 1917:  Le vol suprême, de René Plaissetty (Hervinde de Montclard), avec Fred Zorilla, Jean Croué…

◘ 1917: Le dédale, de Jean Kemm (Marianne), avec Paul Escoffier, Maillard, Jeanne Even.

1918 : Expiation, de Camille de Morlhon (Francine Ray), avec Jean Croué, Jean Angelo, Maurice Lagrenée…

◘ 1919: Le calvaire d’une reine, de René Leprince et Ferdinand Zecca, avec René Alexandre, Gabriel Signoret, Juliette Malherbe…

◘ 1922 : Destinée, d’Armand du Plessy et Gaston Mouru de Lacote.

◘ 1922: Molière, sa vie, son oeuvre, de Jacques de Féraudy. Film réalisé à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Molière avec au générique les sociétaires de la Comédie Française, dont Gabrielle Robine et René Alexandre.

◘ 1923: Fleur du mal, de Gaston Mouru de Lacote.

◘ 1934: Un soir à la comédie Française, de Léonce Perret (Madame Blandin) avec René Alexandre, Marie Bell, Gisèle Casadesus, Maurice Escande, Madeleine Renaud, Fernand Ledoux… Le film comprend deux parties: La vie de Molière et l’histoire de la comédie française, suivi de  Un soir à la comédie française.

◘ 1935: Les deux couverts, court métrage de Léonce Perret, d’après la pièce de Sacha Guitry (Madame Blandin), avec Léon Bernard, Marcel le Marchand, Robert Scipion…

◘ 1937 : Le mariage de Figaro (quelques scènes de la pièce filmées à la Comédie Française, avec Gabrielle Robinne, et mesdemoiselles Sully et Delamare).

◘ 1937 : La tragédie impériale, de Marcel L’Herbier (L’impératrice douairière Maria Féodorovna). Scénario d’Alfred Neumann, avec Harry Baur, Pierre-Richard Wilm, Denis d’Inès, Marcelle Chantal, Jany Holt…(116 mn)

◘ 1938 : Adrienne Lecouvreur, de Marcel L’Herbier (La Duclos). Scénario de Madame Simone, avec  Yvonne Printemps, Junie Astor, Madeleine Sologne, Pierre Larquey, Pierre Fresnay… (106 mn).

◘ 1939 : Jeunes filles en détresse de Georges-Wilhelm Pabst (La mère d’Yvette).  Scénario de Christa Winsloe, avec Micheline Presle, Jacqueline Delubac, Marguerite Moréno, André Luguet, Marcelle Chantal… (90 mn).

► Pour visionner le film complet: https://www.youtube.com/watch?v=oH91a58qB68

◘ 1946 : Rendez-vous à Paris, de Gilles Grangier (Lady Mermor). Scénario de Michel Duran, avec Annie Ducaux, Marguerite Moréno, Claude Dauphin, Jean Tissier, Jean Debucourt… (95 mn).

◘ Le Capitan, de Robert Vernay (La Supérieure). Scénario de Bernard Zimmer, d’après le roman de Michel Zévaco, avec  Claude Génia, Sophie Desmarets, Pierre Renoir, Aimé Clariond, Jean Tissier, Maurice Escande… (98 mn).

◘ 1946: Paris 1900, film documentaire de Nicole Védrès. Documentaire historique sur Paris au début du siècle, de 1900 à 1914. Parmi les personnages filmés, outre Gabrielle Robinne, on peut voir  Gustave Eiffel, Marcelle Linder, Liane de Pougy, Caroline Otero, Cléo de Mérode, Colette, la Comtesse d’Uzès, Buffalo Bill, Charles Pathé, Ferdinand Zecca Pathé, Ferdinand Zecca, André Gide, Paul Valéry, Guillaume Apollinaire, Louis Blériot, Felix Mayol, Maurice Chevalier, Mistinguett, Polin, Sarah Bernhardt, Polaire, Jean Mounet-Sully Léon Bonnat, Auguste Renoir, Claude Monet, Auguste Rodin, les présidents de la République Armand Fallières et Raymond Poincaré, Léon Tolstoî, Jean Jaurès, Aristide Briand, Léon Blum, Arthur Meyer, Maurice Barrès.

◘ 1947 : Hyménée, d’Emile Couzinet (Madame d’Aubarède). Scénario de R. Eyquem, d’après la pièce d’Edouard Bourdet, avec  Gaby Morlay, Maurice Escande, Alice Field, Colette Richard…(95 mn).

1962: La prostitution, de Maurice Boutel (Honorine). Scénario de Maurice Boutel, avec Etchika Choureau, Evelyne Dassas, Robert Dalban…

1973: Journal d’un suicidé, de Stanislas Stanojevic (La vieille dame), avec Delphine seyrig, Marie-France Pisier, Sacha Pitoeff, Roland Bertin, Bernard Haller

©Jean-Paul PERRIN

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