◘ EXPOSITION: MUSÉE DE LA VISITATION: UNE EXPOSITION QUI FAIT DANS LA DENTELLE

DENTELLES DE MODE, MODE DES DENTELLES,

  • Visible jusqu’au 23 décembre 2017, la nouvelle exposition temporaire du Musée de la Visitation, Dentelles de mode, mode des dentelles, fait la part belle aux dentelles, mais sans se limiter aux seuls vêtements liturgiques. C’est ainsi que, dès le  rez-de-chaussée de l’Hôtel Demoret, le visiteur pourra découvrir une tenue de cour Second Empire, réalisée par la Maison Vignon, fournisseur attitré de l’impératrice Eugénie. Rien d’étonnant pour  Gérard Picaud, un des deux commissaires de l’exposition, avec Jean Foisselon, pour lequel « Cette exposition permet de montrer une partie des collections du musée – 12.000 pièces –  jamais dévoilées, et dont on ignorait l’importance ».

D’ABORD UNE PLONGÉE DANS L’HISTOIRE …

  • L’exposition offre une plongée dans l’histoire de la dentelle, de la fin du XVIè siècle jusqu’au XXè siècle. Un parcours de plus de 400 ans entre la pièce la plus ancienne, une chemise d’apparat de 1590 produite en Italie, et les pièces les plus récentes datant du XXè siècle. Au parcours dans le temps, s’ajoute un voyage dans l’espace,  à travers l’Europe de la dentelle, avec la découverte des points de Venise, de France, de Sedan, d’Alençon, des Flandres, d’Italie… Les pièces manufacturées des XIXe et XXe siècles, des fabriques les plus célèbres de France, comme celle du Puy-en-Velay, mais aussi irlandaises.

EN MÊME TEMPS, UNE EXPOSITION DIDACTIQUE …

  • L’exposition se veut didactique, en présentant notamment  une vidéo montrant les sœurs d’Argenton en plein travail. Elles perpétuent des points faits à la main depuis des siècles. Autre point fort : la présentation des trois techniques utilisées par les dentellières: la dentelle à l’aiguille, le filet rebrodé, qui permet de créer des dentelles métalliques flamandes, très minutieuses, et le fuseau. L’exposition offre également un aperçu de toutes les pratiques d’humilité : repassage, entretien, amidonnage et pliage. On pourra aussi découvrir, entre autres curiosités,  des crocs de loup qui étaient passés sur la dentelle lavée pour lui redonner lustre et platitude.

ENSUITE LE TÉMOIGNAGE DE SAVOIR-FAIRE MINUTIEUX …

  • Il faut presque une loupe pour apprécier véritablement  la finesse d’exécution. Une pièce de la taille d’un pouce peut représenter jusqu’à 100 heures de travail, pour des ouvrières « qui travaillaient dans une cave, pour que le fil reste humide », précise Gérard Picaud qui ajoute qu’il «pouvait falloir jusqu’à seize ans pour faire une aube». La diversité des pièces se révèle étourdissante avec des coiffes de dame, des voiles de mariage, des éventails, des tissus d’ameublement, des mouchoirs, des  nappes, des tableaux avec  morceaux de dentelle, et bien sûr des vêtements religieux. Certaines pièces, très rares, présentent même des paysages ou des scènes de la Bible.

ENFIN, UNE MUSÉOGRAPHIE PARTICULIÈREMENT SOIGNÉE …

• L’exposition bénéficie d’une muséographie particulièrement soignée. Des reproductions de broderies de couleurs vives mais aussi  des reproductions de tableaux mettent en valeur les dentelles. De belles robes de cour sont présentées sur mannequins. La visite peut aussi s’effectuer avec un audioguide, pour mieux comprendre l’histoire de ces trésors.

 INFOS PRATIQUES 

• Dentelles de mode, mode des dentelles  est visible à Moulins, à l’Hôtel Demoret, espace Patrimoine, 83 rue d’Allier, du 19 mai au 23 décembre 2017, du mardi au samedi,

• Horaires: 10 h -12 h et 14 h-18 h. Dimanche et jours fériés:15 h-18 h. Visite conférence sur réservation. Visite avec ou sans audioguide. Catalogue d’exposition (voir ci-dessous).

Plus d’infos.:  www.musee-visitation.eu    Tél: 04.70.44.39.03.

UN LIVRE POUR ACCOMPAGNER ET  PROLONGER L’EXPOSITION…

• Comme lors des précédentes expositions, en coédition avec l’éditeur d’art Somogy, le Musée de la Visitation a publié un catalogue et livre d’accompagnement:

► GAUVARD Martine, PICAUD Gérard, FOISSELON Jean : Fils de lin, Lumière de l’autre. Modes et dentelles à la Visitation. Préface de Dom Guillaume Jedzejac. Avant-propos de Pierre-André Périssol, Gérard Dériot, Laurent Wauquiez et Serge Perette. 1 volume broché sous couverture à rabats, 272 p, 300 illustrations en n-b et couleur, bibliographie, éd Somogy – Musée de la Visitation, 42 €.

► Quelques fils de lin d’une grande finesse et parfaitement blancs. Une simple aiguille ou quelques dizaines de paires de fuseaux. Un doigté affermi après de longs apprentissages commencés dès l’enfance. Voilà une recette fort simple. Mais, pour tenter d’imiter ces magnifiques dentelles qui ne pourront que vous surprendre, il vous faudra aussi fournir des centaines d’heures d’un travail attentif et délicat. La collection de dentelles du musée de la Visitation constitue un véritable trésor. D’une précision et d’un raffinement extrêmes, ces dentelles proviennent des plus grands ateliers de l’Europe entière, actifs du XVIe au XXe siècle.La plupart étaient destinées à la mode civile, où leur préciosité traduisait la richesse et le rang social de ceux qui les portaient. Les visitandines qui en ont hérité ont su les utiliser à leur tour pour magnifier la liturgie sacrée.

► SOMMAIRE

Préface et avant-propos. Auteurs et contributeur
Petite histoire de la dentelle. Quand la féerie et la douleur se côtoient
Les usages liturgiques et ecclésiastiques de la dentelle
La constitution d’un fonds riche et varié
Les religieuses à l’ouvrage
Les dons et les achats
Dessins et modèles
L’entretien et la conservation
Utilisation : temps liturgiques et événements
Catalogue des œuvres
Conclusion
Bibliographie sélective

FEUILLETER UN EXTRAIT DU LIVRE…

https://issuu.com/baranes/docs/filsdelinlumieredelautre_modesetden

SAVOIR PLUS…

À PROPOS DES COLLECTIONS DENTELLIÈRES DU MUSÉE DE LA VISITATION

  • Le musée de la visitation dévoile peu à peu depuis dix ans ses collections. Pour ce faire, il organise des expositions thématiques, accompagnées de la publication d’un ouvrage scientifique de référence. Parmi les 12.000 œuvres gérées à Moulins, la qualité et l’état de conservation des collections textiles ont conféré au Musée une notoriété nationale et internationale, tant auprès du grand public, que des chercheurs et universitaires. Parmi cet ensemble unique en Europe, les dentelles constituent un des derniers pans inédits dont l’étude permettra de compléter une série commencée en 2007 pour l’ordre de la Visitation. De quoi apporter au niveau national des savoirs sur une technique exigeante, qui fut au cœur de la mode civile durant presque quatre siècles.

 

  • Si chaque monastère, vu de l’extérieur, semble imperméable au monde et tout orienté vers sa vie de prière, les collections démontrent qu’il n’en est rien et que les productions propres à chaque siècle sont un reflet fidèle des modes civiles et profanes qui façonnent le quotidien des gens. Modes et tendances, fréquemment lancées par le monde, sont nourries et inspirées de l’esprit des arts décoratifs du temps.

LES GRANDS CENTRES DE PRODUCTION EUROPÉENS DU XVIIème au XXème SIÈCLE

  • Aujourd’hui le mot « dentelle » évoque irrésistiblement la mode et renvoie plus particulièrement à l’image des femmes: celle de la dentellière, sage et diligente, qui l’exécute et celle plus coquette, de la femme  qui la porte, frivole ou charmante. La réalité historique de la dentelle est tout autre. On peut rappeler qu’elle n’est pas l’apanage des seules femmes à ses débuts puisque les hommes du XVIIè siècle en ont alors porté autant que les femmes. La dentelle, portée aux manches, au col, sur les coiffes et coiffures joue un rôle capital de faire-valoir esthétique et social. Plus que les bijoux et les riches étoffes, elle a été véritablement le signe extérieur de richesse par excellence durant plusieurs siècles : «  Même si elle n’est pas à la mode, la dentelle ne sera pas démodée. Son nom seul suffira toujours à évoquer dans les esprits une vision de luxe et d’élégance indiciblement liée à la notion de rang social », écrit  Anne Kraatz, auteur du livre Dentelles, paru en 1997.
  • La fabrication exige un apprentissage qui commence souvent dès l’âge de cinq ans. Travail des plus pénibles, elle gâte les yeux et le dos et ne laisse guère de temps pour  d’autres activités. Pour alimenter les fantasmes vestimentaires des hommes comme des femmes, des centaines de milliers de personnes ont donc travaillé à la dentelle. Au vu de la valeur vénale de cet art et de la demande sur le marché, de nouveaux centres de production se sont développés en Italie, en Belgique et en France, chacun essayant d’imiter, puis d’améliorer la technique des centres anciens. Bruges, Alençon, Milan, Brioude, Le Puy-en-Velay, Retournac sont autant des lieux d’installation des fabriques que le nom de points et de décors spécifiques inventés ici, mais réalisés et copiés partout en Europe. C’est ainsi que « le point de France » est réglementé par Colbert dans son ordonnance du 5 août 1665. Le texte précise que ce terme englobera toutes les productions à venir « tant à l’aiguille qu’au coussin » issues des manufactures royales de dentelles.

 

  • Si les pièces de petites tailles étaient destinées à l’habillement (col, coiffe, manches), de plus grands métrages étaient réalisés aussi pour l’ameublement comme la garniture de table de toilette. Ces grandes dentelles coûtent cher. On sait que Louis XIV a acheté durant le seul mois de juillet 1666 pour 18 491 livres de points de France aux manufactures royales. En comparaison le salaire annuel de Charles Le Brun, peintre du roi et directeur de la manufacture des Gobelins, était de 11 200 livres. La chance du Musée de la Visitation c’est de conserver et de pouvoir présenter un panel très représentatif de la diversité de cette production européenne ornée de rinceaux, de volutes feuillages inspirées de la botanique, voire de l’entomologie.

DES DENTELLES PROFANES TRANSFORMÉES

  • Les jeunes femmes qui entrent en religion à la Visitation s’éloignent du monde, mais elles gardent des contacts avec leur famille et nombre de bienfaiteurs qui soutiennent matériellement les communautés. La lecture des Annales des monastères et des livres des dons fait émerger toute sorte de personnes allant des grands de ce monde aux petites gens ou donateurs anonymes : des souverains, le clergé – papes, évêques, aumôniers et confesseurs – mais aussi les parents des élèves pensionnaires et tout spécialement les familles et les amis des religieuses. Les dentelles, compte tenu de leur valeur pécuniaire, mais aussi sentimentale une fois qu’elles ont été portées par les membres de la famille sont offertes par ceux-ci et les bienfaiteurs. Les voiles de mariées, les écharpes, les mantilles sont d’abord utilisées durant les cérémonies de prises d’habit. Ces vêtements sont ensuite transformés pour servir au culte catholique. Lorsqu’une postulante entre au monastère, elle abandonne son vestiaire. La belle robe portée le jour de la cérémonie, mais aussi ses autres tenues, comme les bonnets sont alors à la disposition de la sœur chargée des ouvrages. Les sœurs sacristaines taillent dans ces pièces afin d’embellir les vêtements ecclésiastiques (aube, rochet…) mais aussi les linges liturgiques : voile de tabernacle, nappe, etc… Une illustration de l’adage selon lequel « rien ne se perd et tout se transforme ».

Auvergne - Allier - Moulins

DES CRÉATIONS VISITANDINES

  • « Fastes et exubérance pour les saints de la Visitation», publié en 2008 par les éditions Somogy, a traité de la magnificence déployée dans les cérémonies liturgiques à l’occasion des fêtes de béatification ou de canonisation des saints de l’ordre : saint François de Sales au XVII° siècle, sainte Jeanne de Chantal au XVIII°, puis sainte Marguerite-Marie Alacoque au XIXè et XXè siècle.  Ces œuvres d’exceptions réalisées dans les matériaux les plus précieux concernent des domaines aussi variés que l’orfèvrerie, la broderie d’or, d’argent et de soie, la peinture, l’enluminure, le bois sculpté-doré et se retrouvent bien sûr dans l’art de la dentelle. La particularité de ces œuvres réside aussi dans leur excellence, leur finesse et personnification. Non seulement les visitandines savent dessiner et broder à la perfection, mais beaucoup maîtrisent l’art des dentelles à l’aiguille ou aux fuseaux.

 

  • Les créations des visitandines brillent par leur excellence. En effet, les dentellières civiles devaient produire des dentelles de qualité à prix abordable et par conséquent elles y consacrent un temps raisonnable. La religieuse, de par son état de vie, se retrouve comme hors du temps et dégagée du souci de rentabilité. Son activité n’ayant aucun but mercantile, c’est la prière silencieuse, le recueillement et la gratuité qui s’expriment à travers tous ces points, comme un remerciement, une action de grâces pour Dieu.  Cette longanimité pour le travail dans une cause qui les transcende explique leur créativité quasi illimitée ; d’où ces décors foisonnant de fleurs évoquant le paradis, ces points d’apparat qui jouxtent les tours de force techniques illustrant des scènes propres à la spiritualité de leur ordre. De temps à autre les chroniques laissent transparaître une légitime fierté quand à leur réalisation. Ici c’est au sujet un dessin « de qualité » exécuté en 1779 au monastère de Carpentras : «Nos chères sœurs, ont travaillé une aube, c’est une Angleterre d’environ trois pans de hauteur, qu’elles ont tiré sur le modèle d’une dentelle qui a servi à la toilette de la feue Reine Mère Marie Leszczynska, la copie a été trouvée si ressemblante à l’original, qu’elle a surpris les plus habiles. »  Elles exécutent des œuvres d’un raffinement inhabituel pour des dentelles, dont les techniques civiles sont enrichies de points strictement décoratifs, parfois difficiles à voir à l’œil nu. Cette virtuosité est la marque de leur respect pour Dieu et pour les saints de leur ordre.

 

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