L’ACTUALITÉ DES AUTEURS ET DES ÉDITEURS: N° 7 (MAI-JUIN 2017)

Mise à jour: 4 JUILLET  2017               Contact: allier-infos@sfr.fr

DU CÔTÉ DES AUTEURS…

◘ VALERY LARBAUD, CITOYEN DU MONDE

•  Valery Larbaud, citoyen du mondeC’est le thème du tome 53 des Cahiers des amis de Valery Larbaud. Fondés en 1967, en écho à  la remise du Prix Valery Larbaud, les Cahiers dont la publication est annuelle, ont pour objectif  de   recenser les acquis du Fonds Larbaud ainsi que  les travaux et recherches sur l’écrivain et son œuvre.  Au sommaire du tome 53 (1 vol. br, 220 p, éd. Classiques Garnier, 35 €), publié  sous la direction d’Amélie Auzoux et Gil Charbonnier :   Valery Larbaud, citoyen du monde : introduction (Amélie Auzoux et Gil Charbonnier) –  Une lettre de Paul Morand à Jacques Chardonne à l’occasion de la mort de Valery Larbaud (Michel Collomb) –  Valery Larbaud, arpenteur et citoyen de l’Empire (Julien Knebusch) – L’Amérique paradoxale de Valery Larbaud. Du cosmopolitisme de proximité au cosmopolitisme égotiste (Alexis Buffet) – Cosmopolitisme, avant-garde et classicisme. Identité nationale et création littéraire chez Valery Larbaud (Nicolas Di Méo) –  Concurrence littéraire mondiale et « amour-propre national» chez Valery Larbaud (Amélie Auzoux) –

• Larbaud critique du « Précis d’histoire littéraire de l’Europe depuis la Renaissance » de Paul Van Tieghem ou comment faire de la littérature comparée (Delphine Viellard) – La traduction comme modèle de la transgression du texte, du sujet et de l’identité chez Valery Larbaud (Vera Elisabeth Gerling) –  « A. O. Barnabooth , son journal intime » de Valery Larbaud ou le sens d’une écriture européenne (Frédéric Roussille) –  « Le Bateau ivre » du cosmopolitisme larbaldien. Sur les rails de « L’Ancienne gare de Cahors » (Christine Kossaifi) – Autour de Valery Larbaud : Prix Valery Larbaud 2016 – Comptes rendus – Roger Grenier, Françoise Lioure et Jean-Marie Laclavetine : In memoriam – Association internationale des Amis de Valery Larbaud. Assemblée générale du samedi 28 mai 2016 (Paule Moron) – Résumés.

◘ SIMENON, MAIGRET ET LE BOURBONNAIS

• À Moulins, l’association LACME et son président Joël Talon ont organisé des animations sur le thème « Georges Simenon et le Bourbonnais« , à propos de deux de ses romans : Les Inconnus dans la maison (Gallimard, 1940) et L’Affaire Saint-Fiacre (Fayard, 1932). Trois se sont déroulées à Moulins les 14, 15 et 16 juin en soirée, avec des déambulations, qui ont rassemblé quelques dizaines de personnes au total, sur les lieux évoqués par Simenon . Celle du 16 juin a été suivie de la projection du film Les Inconnus dans la maison (1942) qui a enregistré 38 entrées. À Paray-le-Frésil, le 18 juin, dans l’après-midi, une marche- promenade, longue de 5 km, a rassemblé 65 participants pour la découverte de lieux emblématiques : la rue principale, la maison Tatin, l’église, le château. Une conférence donnée par Bernard Trapes et Jean-Emmanuel Stamm  a été  suivie du film de Jean Delannoy, Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (1959) : près de 70 personnes ont assisté à cette conférence et/ou à la projection du film.

L’arrivée de Maigret et de la Comtesse au château de Saint-Fiacre
Visionner la bande annonce du film de Jean Delannoy, Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (1959) :
Visionner un extrait du film de Henri Decoin, Les inconnus dans la maison (1942): la scène de la plaidoierie interprétée par Raimu

◘ ALBERT LONDRES: « UN  CERTAIN EMBARRAS » À LA LECTURE  DE SES REPORTAGES 

  • Dans Le Monde (25-26 mai),  Jean-Philippe Rémy revient sur la réédition des grands reportages à l’étranger d’Albert Londres, préfacés par Étienne de Montéty (éd. Arthaud, 860 p, 35 €). Le volume qui regroupe La Chine en folie, Le chemin de Buenos-Aires, Terre d’ébène et Le juif errant, a suscité des critiques positives dont Vu du Bourbonnais (L’actualité des auteurs – mars-avril) s’est fait l’écho. Pourtant, le journaliste du Monde saisit l’occasion pour s’interroger sur ce qu’il appelle  le mythe Albert Londres. Sous le titre « La couleur de la peau d’Albert Londres », il écrit : « L’homme est un mythe, une légende du journalisme. Non sans défaut pourtant : une relecture de ses reportages suffit pour s’en convaincre ». Et d’ajouter que « ce n’est pas faire injure à Albert Londres (1884-1932) que de s’interroger sur la nature du mythe édifié autour de son nom. Reporter prodigieux,  découvert pendant la première guerre mondiale, mort en mer au retour d’un ultime voyage, il a été statufié depuis en prince des journalistes ».
Le Petit Parisien, qui publie les reportages d’Albert Londres: un des premiers tirages de la presse parisienne
  • Côté positif, Jean Philippe Rémy inscrit au crédit du « voyageur infatigable et redresseur de torts » ses combats contre le bagne de Cayenne, la dénonciation de  l’horreur des hôpitaux psychiatriques ou encore la révélation à ses lecteurs de ce que pouvait être la vie dans les colonies…pour les colonisés. Bien loin des échos qu’en donnait la grande presse où des mises en scène des expositions coloniales. Toutefois, celui qui affirmait n’avoir de cesse que de « porter la plume dans la plaie», savait aussi se mettre en scène au cœur de ses récits, ne se séparant jamais de son unique bien revendiqué, « sa valise en peau de porc », « s’engageant à dire avec la même liberté ce qu’il avait vu, entendu et pensé ». Albert Londres était-il donc un vrai journaliste ou avant tout un conteur, comme beaucoup d’autres de ses confrères, à la même époque ? Jean-Philippe Rémy opte  pour la synthèse entre les deux en notant que pour Londres, « le reportage était d’abord une manière de raconter des histoires », notamment aux lecteurs du Petit Parisien, un des géants avec Le Matin de la presse parisienne, qui tirait à plus d’un million et demi d’exemplaires et que « le prince des reporters » avait rejoint au début des années 1920. Reprenant les propos de Pierre Assouline, biographe de Londres, selon lequel « on n’est pas forcé de le croire », Jean-Philippe Rémy écarte toutefois d’emblée toute accusation de « bidonnage »…mais en y ajoutant un bémol, « encore que les moyens d’être tout à fait certain du contraire fassent défaut ». Les seuls « inventions » ne seraient donc que d’ordre « stylistique pour les besoins du récit et des dialogues ».

  • En fait, c’est sur un autre terrain que Jean Philippe Rémy « cherche » Albert Londres, lequel susciterait « un certain embarras ». Selon lui, Londres qui  parle dans ses reportage «  du Jaune » comme « du Nègre » « dessine un monde où la couleur de la peau conditionne la nature du récit ». Au-delà des anecdotes et du « pittoresque » inscrites dans les reportages « londoniens », le journaliste  se montre finalement plutôt sévère dans sa conclusion, à l’encontre du reporter bourbonnais : « Qui peut lire sans ciller ces pages bourrées de poncifs racistes,  de caricatures d’êtres cruellement infantilisés ?(…). Tout accaparé par l’horreur du sort des colonisés, Albert Londres n’a pas songé un instant à les penser en égaux ».

◘ IL Y A 85 ANS…LA DISPARITION TRAGIQUE D’ALBERT LONDRES

Toujours à propos d’Albert LondresIl y a 85 ans,  le   16 mai 1932,   le  journaliste disparaissait  dans l’incendie du paquebot Georges-Philippar, alors qu’il revenait de Chine. Une disparition brutale qui a suscité de nombreuses hypothèses…Pour en savoir plus:

► Sur le site de France Inter: Une évocation de la mort d’Albert Londres dans la cadre de l’émission Autant en emporte l’histoire, diffusée le 26 juin 2016

►Sur le site de L’Humanité: Mais qu’allait donc faire Albert Londres en Chine?

► Sur le site du Figaro: Il y a 85 ans, la mort suspecte d’Albert Londres.

◘ MAISON D’ALBERT LONDRES: FIN DE LA PREMIÈRE TRANCHE DES TRAVAUX

La maison natale d’Albert Londres,  en 1904

La restauration de la maison natale d’Albert Londres, à Vichy,  se poursuit. Le 18 mai, s’est achevée la première tranche qui a demandé 4 mois des travaux et qui concernait la  toiture. L’entreprise Barnichon de Toulon-sur-Allier, spécialisée dans la restauration du patrimoine, a procédé à la pose  des nouvelles coiffes en ardoise et en  zinc sur les  deux tours en brique ou poivrières.  L’ouvrage a été réalisé à partir des originaux mais il a fallu  auparavant renforcer  les charpentes en sapin.  Les deux coiffes ont également retrouvé leurs  épis. Ils ont été dessinés en collaboration avec l’architecte Pierre-Michel Riaux d’après une carte postale ancienne de la maison natale du grand reporter. Il a d’abord fallu fabriquer des formes en zinc sur un tour à repousser, avant d’assembler les dix-huit pièces, une par une, en les soudant. Le duo de coiffes mesure 2 mètres de hauteur  sur 1,25 m de diamètre et les épis rehaussent les deux poivrières de 1,20 m. Au total, 135 000 € ont été investis dans cette première phase, dont 40 000 € en provenance du conseil départemental et de Vichy Communauté.

La même maison, « dans son jus« , avant les travaux de restauration de la toiture

• Une nouvelle tranche de travaux devrait débuter à l’automne. Elle concernera  le nettoyage des façades, le changement des huisseries, la réfection des bases des poivrières et la réalisation à l’identique du balcon à balustrade qui a disparu depuis un demi-siècle. Pour financer l’ensemble (40 000 €), il reste à trouver 25 000 €. Pour ce faire, Marie du Colombel, qui préside l’association Maison Albert Londres va  relancer une campagne participative, via le site ulule.

◘ DU NOUVEAU AU MUSÉE ÉMILE-GUILLAUMIN

  • Émile Guillaumin, à sa table de travail

    Le musée Émile-Guillaumin, à Ygrande, a réouvert ses portes le 1er mai. Installé depuis 1992 dans ce qui fut la demeure de l’écrivain paysan, il a fait l’objet d’une rénovation à l’initiative de la commune, propriétaire des lieux, et de l’association Action pour la promotion d’Ygrande. Au-delà des peintures murales rafraîchies, le musée propose une nouvelle exposition avec une trentaine de cartes postales anciennes agrandies. Elles  témoignent de l’évolution du bourg, notamment avec la construction de l’ensemble mairie – beffroi – poste qui a remplacé  la mairie – école de la route de Cosne-d’Allier.

  • Autre nouveauté : l’installation d’une vitrine dans laquelle sont exposées des oeuvres littéraires de Camille Gagnon (1893-1983), magistrat et érudit ygrandais à qui on doit, notamment une monographie en 3 volumes consacrée à Ygrande (La terre, Les institutions, Les hommes et les annales), ainsi que des études sur Le folklore bourbonnais. Le musée restera ouvert jusqu’au 30 septembre, les jeudis, samedis, dimanches et jours fériés, de 15 h 00 à 18 h 00. Les visites guidées sont assurées par Josette Baudin.

◘ LES AMIS DE CHARLES-LOUIS PHILIPPE: UN NOUVEAU BULLETIN

  • Les Amis de Charles-Louis Philippe ont publié leur Bulletin n° 73 (année 2017). Au sommaire : Nos deuils : Monique Kuntz, Frédéric Malcor, Jacqueline Pajault, Mme Fayet-Bertrand – Charles-Louis Philippe et Léon-Paul Fargue – Lettres de Charles-Louis Philippe à Suzanne Carassale – Pages retrouvées de Philippe sur F. Jourdain – Manuscrits et éditions rares – Un admirateur bourbonnais de Charles-Louis Philippe,Hubert Gaulier, de Voussac – En quelques lignes – Assemblée générale du 1er octobre 2016.

◘ JEAN-FRANÇOIS HEINTZEN, ALIAS MAXOU...OU LA PREUVE QUE LES MATHS MÈNENT À TOUT…

Maxou, chevalier des Arts et Lettres entre les Chavans Jacques et Fédéric Paris, à Embraud
  • Jean-François Heintzen, alias Maxou, s’est vu remettre les insignes de Chevalier dans l’ordre national des Arts et lettres, des mains de Frédéric Paris, fils de Jacques. La cérémonie s’est déroulée début juin, à la ferme d’Embraud, à Château-sur-Allier, siège de La Chavannée dont Maxou est un des piliers historiques depuis 1980. Davantage  que le professeur agrégé de mathématique et tout récent retraité, c’est à la fois le musicien et professeur de musique, le chercheur, l’historien, le conteur talentueux et l’écrivain que cette distinction a voulu honorer. Sous la direction du professeur Bernard Dompnier (Université Blaise-Pascal, Clermont II), Jean-François Heintzen a soutenu en 2007 un doctorat d’état en histoire, sur le thème Musiques discrètes et Société. Les pratiques musicales des milieux populaires, à travers le regard de l’autorité, dans les provinces du centre de la France. XVIIIe-XIXe siècles. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages : Encore une sauteuse, Monsieur le Marquis ? Quelques musiciens populaires d’entre Tronçais et Montluçon (1800-1880) (éditions AMTA, 1987), Les Madeleines, chroniques d’enfance (prix Emile Guillaumin 2005) et Les lettres de mon Moulins (2010), guide touristique personnel et atypique. Ces deux derniers titres ont été publiés par les défuntes éditions Des Figures & des lieux. On retrouve par ailleurs sa signature dans plusieurs revues (Cahiers Bourbonnais, Bulletin de la Société d’émulation du Bourbonnais…). Enfin Maxou, conférencier talentueux, est aussi un véritable passeur d’histoire.

◘ NE LES APPELEZ (SURTOUT) PAS « ÉCRIVAINS DE TERROIR »…

  • Dans le supplément Le Monde des Livres (28 avril 2017), Clara Bamberger s’est penchée sur Ces best-sellers de nos régions  :  « Jean-Paul Malaval en Corrèze, Elise Fisher en Lorraine, Yves Viollier en Vendée, Annie Degroote dans les Flandres… sont les auteurs de remarquables succès de librairie. Mais ne les qualifiez surtout pas “d’écrivains de terroir «  : leurs romans, certes régionaux, s’ouvrent sur l’actualité et sur le monde », prévient-elle dès le début de  son article. Elle constate d’abord que « Petit à petit, la littérature régionale fait son nid jusqu’à Paris » en rappelant que les dix stands régionaux installés dans l’enceinte du dernier Salon du livre de Paris, dont celui de l’Auvergne  Rhône-Alpes, ont séduit de nombreux visiteurs. Pourtant, ajoute Clara Bamberger en remontant jusqu’à 1973, il fut un temps  « où ses auteurs se vantaient de ne jamais mettre le pied dans l’affreuse capitale ! ».
    Les premiers membres de « l’école de Brive« : Michel Peyramaure, Claude Michelet, Denis Tillinac…

    • Cette année-là, lors de la toute première Foire du livre de Brive, Jacques Peuchmaurd directeur littéraire aux éditions Robert Laffont, avait lancé la fameuse « École de Brive », regroupant des écrivains tous attachés à la Corrèze, dont Claude Michelet, Michel Peyramaure, Denis Tillinac ou Yves Viollier…D’autres, depuis, les ont rejoints.

    Christian Signol: 3 millions d’exemplaires vendus en 30 ans

    • L’un d’eux, Christian Signol,  a vendu depuis ses débuts en  1984, plus de 3  millions d’exemplaires en format poche, faisant de lui l’un des auteurs français les plus lus. La Rivière Espérance, adaptée à la télévision dans les années 1990, avec Jean-Claude Drouot en tête de la distribution, et Au cœur des forêts sont « autant de titres qui évoquent les bonheurs simples des cueillettes de champignons et du retour aux sources »… Christian Laborie, attaché aux Cévennes, a écoulé 59 000 exemplaires du Goût du soleil, paru aux Presses de la Cité en  2016. On pourrait y ajouter le « Pagnol Auvergnat » Jean Anglade qui a franchi le cap des cent ans et continue à écrire.  Mais ce succès ne se limite pas au seul Massif central. C’est ainsi  qu’Annie Degroote, qui fait la part belle à l’histoire de la Flandre, a séduit 15 000 lecteurs avec ses Racines du temps  (Calmann-Lévy), en 2011.

Terre de France, la collection dirigée par Jeannine Balland
  • Malgré ces succès qui feraient bien des envieux chez nombre d’écrivains, la journaliste rappelle que « les éditeurs et auteurs de ce genre souffrent de l’image qu’ils renvoient », au point de se sentir vexés  par l’appellation « roman de terroir « , la jugeant “ trop connotée” . C’est du moins le constat que dresse l’éditrice Jeannine Balland, qui dirige chez Calmann-Lévy la collection de romans régionalistes  » France de toujours et d’aujourd’hui  » .
    « Terre de France », la collection dirigée par Jeannine Balland

    Selon elle, « Il serait plus juste de parler de littérature régionale, c’est-à-dire de romans populaires à fort ancrage ». Clarisse Enaudeau, directrice  de “Terres de France « , son alter ego aux Presses de la Cité, considère que les « auteurs ne se reconnaissent pas dans le mot “terroir” (et que)  ce ne sont pas des papis Michu avec leur casquette ! «  Éditeurs et auteurs se plaignent aussi de « l’indifférence » voire du « mépris » que leur témoignerait le  milieu littéraire parisien :   » Nos auteurs se sentent ignorés, regrette Jeannine Balland. Ils ne sont jamais invités dans les médias nationaux, victimes du snobisme germanopratin ». Bref, le roman régional serait perçu par eux comme  « une littérature de seconde zone », qui, circonstance aggravante, cultiverait la nostalgie d’une  « France résolument conservatrice, pour ne pas dire réactionnaire », laquelle regretterait  » les belles images, les enfants du marécage, le vrai goût des vrais fruits dans une vraie épicerie « , écrit Clara Bamberger.

Jean-Paul Malaval

• Face à ces préjugés, les écrivains régionaux « se défendent de tout passéisme et de glorification naïve du milieu rural ». Le Limousin Jean-Paul Malaval, auteur d’une quarantaine de romans à succès, est de ceux-là : » J’aime raconter le passage d’une société agricole à une société industrielle. Ce n’est pas pour autant que je suis un apôtre du “c’était mieux avant”. Mais il me semble important de raconter comment les choses ont évolué et de savoir d’où l’on vient. « .  Yves Viollier, surnommé le  » Vendéen de l’école de Brive « , nuance le propos en concédant que le roman régional peut avoir tendance à  » se replier sur lui-même, jusqu’à ressembler à une carte postale un peu jaunie « .

  • Pour y échapper, « depuis quelques années la littérature régionale a fait le choix d’ouvrir ses fenêtres ». Le même Yves Viollier, conscient qu’il «  faut que la littérature régionale regarde vers d’autres horizons », s’attache désormais à  faire  » ressortir l’universalité de condition humaine  » à partir du terreau vendéen. C’est ainsi que dans Le Marié de la Saint-Jean (éd. Presses de la Cité, 304 p., 19  €), il raconte le destin d’un jeune Cambodgien contraint à l’exil en France et qui rêve, la nuit, de sa mère disparue dans les enfers de la barbarie khmère rouge… Ce faisant, de Phnom Penh à Luçon, l’écrivain vendéen met en avant une histoire d’intégration.
Martin Walker

• Pour Clara Bamberger, l’ouverture géographique du roman régional va de paire avec une ouverture thématique. : « Si les fresques historiques et les sagas familiales dans la France profonde restent toujours appréciées des lecteurs, on assiste à l’émergence de nouveaux récits, à portée plus contemporaine». L’auteure lorraine Elise Fischer s’est penchée sur la violence conjugale, ou sur la question de la résilience. C’est aussi le résultat d’une demande des éditeurs, ainsi que le reconnaît Jeannine Balland :  «  Nous avons demandé à nos auteurs de rajeunir leurs thèmes : il s’agit d’éviter de mettre en scène l’éternel paysan poussant sa charrue ou le maréchal-ferrant s’occupant de son cheval « . Le renouveau du genre passe aussi par  l’essor du polar régional.

Le polar régional, une piste pour un renouveau

•  Clara Bamberger cite l’exemple de  Martin Walker, « ancien journaliste écossais venu s’installer en Dordogne, dans le joli village du Bugue, (qui) a ainsi construit une série policière, “Une enquête de Bruno Courrèges”, dont le cadre ressemble à s’y méprendre à sa nouvelle terre d’accueil ». Le héros,  unique policier municipal, se voit chargé d’enquêter sur des affaires aussi diverses que des fraudes au marché de la truffe noire, ou des incendies criminels provoqués dans un champ de vignes génétiquement modifiées… Toutes ces intrigues bien ficelées baignent dans des  « ambiances typiques de sa région ». De quoi plaire à l’amateur de romans régionaux mais en lui proposant autre chose. Une recette efficace, si l’on en juge par 2,5  millions d’exemplaires vendus des  trois premiers épisodes de la série, publiés par Le Masque.

Les Maisons de la Presse…

• Toutefois, le poids économique de la littérature régionale, incluant les contes, les légendes ainsi que les nouvelles, reste relativement modeste, avec seulement 0,5% du total des ventes de 2015 et 0,6% du chiffre d’affaires global de l’édition, soit 15 M. €. Il n’en reste pas moins qu’elle « parvient néanmoins à résister dans un marché de l’édition dégradé». Pour ce faire, elle joue sur la proximité en s’appuyant sur les 600 Maisons de la presse implantées en centre-ville dans les communes de moins de 50 000 habitants.

…et les boutiques France Loisirs: des relais essentiels pour la littérature régionale

• Autres relais essentiels, les 200 boutiques France Loisirs situées  en centre-ville à travers tout le pays. Le catalogue qui veut offrir à ses 2  millions d’adhérents une sélection choisie des  » meilleures livres du moment « , ne dédaigne pas les  romans régionaux. Selon Nicolas Faroux, directeur adjoint, « Ces livres remportent beaucoup de succès, surtout là où l’identité régionale est très forte, comme en Provence ou en Bretagne ». Il concède cependant que « Le public reste assez âgé, même s’il se rajeunit – d’une façon lente mais sûre –, du fait d’une évolution de la littérature -régionale elle-même. » Enfin, les librairies traditionnelles, grandes ou petites, participent pleinement à la diffusion des auteurs régionaux. La librairie Mollat, à Bordeaux leur a dédié deux tables, au cœur du magasin : . « L’une est consacrée à la région Aquitaine, l’autre à la littérature régionale dans son ensemble ». Sur le renouvellement des lecteurs, la responsable du secteur se montre plus réservée : selon elle, « Ces livres séduisent surtout un public nostalgique du passé, du temps où il existait encore des charrettes… «  Enfin, c’est précisément pour conforter ce lien avec leur lectorat que les auteurs « entretiennent souvent une grande proximité avec leur public, à travers de nombreuses rencontres en médiathèques, librairies et autres Salons« , rappelle Clara Bamberger dans sa conclusion.

CHRONIQUE DES PRIX LITTÉRAIRES

◘ JEAN-BAPTISTE DEL AMO,  LAURÉAT DU 51è PRIX VALERY-LARBAUD

  • Jean-Baptiste del Amo

    Goncourt du premier roman en 2009 pour Une éducation libertine, Jean-Baptiste del Amo s’est vu remettre le 51ème prix Valery Larbaud, le 12 mai, pour son dernier ouvrage, Règne animal. Né en 1981, à Toulouse, le lauréat est déjà l’auteur de Le sel (2010) et de Pornographie (2013), autres titres publiés chez Gallimard. Le Sel dépeint les relations d’une famille dispersée, « de la toute puissance de l’amour à son caractère périssable ». Quant à Pornographie, prix Sade 2013,  c’est l’histoire d’une « errance hallucinée dans la nuit d’une ville tropicale », dans un « univers  sensuel et violent ».   Règne animal conte la transformation d’une petite exploitation agricole familiale du Gers en un élevage porcin intensif, le tout sur un siècle et en l’espace de cinq générations. Le journaliste Jean-Marc Laurent (La Montagne – 12 mai) y voit « une fresque noire et violente sur la sauvagerie d’une humanité acharnée à faire plier la nature au prix  de sa propre aliénation à la course au rendement ».

• Pour Jean-Marie Laclavetine, président du jury littéraire, c’est le thème de « la porcherie comme berceau de la barbarie  du monde » qui a séduit les jurés. Règne animal n’en est pas à ses premiers lauriers : le livre a déjà été distingué par le Prix des libraires de Nancy – Le Point, ainsi que par le premier prix de l’île de Ré et le prix des Lauriers verts. Il était par ailleurs en lices  pour le prix du Livre Inter et le prix des Libraires. Rappelons que le prix Valery Larbaud a été  créé en 1967 par l’association internationale  des amis de Valery Larbaud, dix ans après son décès, et par la ville de Vichy. Il vise à récompenser « un écrivain ayant publié une œuvre que Larbaud aurait aimée ou dont l’esprit, le sens et la pensée rejoignent celle de Larbaud ».

  • « La manière de produire m’a complètement rebuté »…(J-B del Amo)

    Dans un entretien publié par le quotidien régional (14 mai), Jean-Baptiste del Amo évoque son rapport avec l’œuvre de Larbaud. Après avoir reconnu qu’il « n’avait jamais lu un seul de ses livres»,  il précise qu’il le connaissait toutefois pour son travail de traducteur : « Quand j’ai appris ma désignation à ce prix, je me suis souvenu de l’acquisition  d’un de ses livres. Il était présent dans ma bibliothèque. C’est arrivé au bon moment car j’ai trouvé une résonance dans son écriture ». Selon lui, Larbaud aurait sans doute aimé son « regard sur l’enfance, un thème très présent chez lui (qui) nous rapproche ». L’auteur est également revenu sur la genèse de son roman, entre les recherches menées aux archives départementales du Gers, là où se déroule l’histoire, les visites d’élevages qui l’ont amené à se poser des questions sur la condition animale et les vidéos  de l’association L 214. Une expérience dont il dit être ressorti végétalien : « La manière de produire m’a complètement rebuté, mais le processus a été long, après avoir  mangé de la viande pendant 30 ans ».

  • Et un prix de plus... Après le Prix des libraires de Nancy, le prix des journalistes du Point 2016 et le prix Valery Larbaud, le prix du Livre Inter.  Le 5 juin, le jury du 43ème prix du Livre Inter, présidé cette année par Elisabeth Badinter et composé de 24 auditrices et auditeurs de la radio, a été attribué à Jean-Baptiste Del Amo, toujours pour Règne animal. De quoi dynamiser encore les ventes du roman   qui s’est déjà écoulé à 15 000 exemplaires, depuis sa sortie, il y a quelques mois. Ajoutons qu’il avait été aussi sélectionné pour le Prix des libraires qui a finalement été attribué à Cécile Coulon.

    ◘ LE 29ème PRIX RENÉ FALLET ENTRE « VEINE BEAUJOLAIS » ET « VEINE WHISKY »

  • L’illustration du programme 2017 conçue par Amandine Laguet, élève du lycée Jean-Monnet d’Yzeure

    Les 29èmes Journées littéraires organisées par l’association Agir en pays jalignois, se sont déroulées les samedi 10 et dimanche 11 juin, à Jaligny-sur-Besbre. C’est  là que René Fallet recevait dans sa maison de campagne Georges  Brassens, Michel Audiard, Jean Carmet et bien d’autres joyeux drilles, avant d’aller taquiner le poisson sur les bords de la Besbre.  Au programme figurait comme chaque année l’attribution du prix René Fallet et des différents prix Bourbonnais. Rappelons d’abord que le  prix René Fallet  est décerné à un jeune auteur « écrivant comme lui, soit dans une “veine Beaujolais”, des romans ruraux, soit dans « une veine  whisky”, des romans citadins, avec toujours pour horizon une certaine fantaisie ». C’est en essayant de respecter ce « cahiers des charges » que le jury avait présélectionné 6 auteurs : Elisa Shua-Dusapin (Hiver à Sokcho, éditions Zoé), Hubert François (Dulmaa, éditions Thierry Marchaise), Agnès Mathieu-Daudet (Un Marin chilien, éditions Gallimard),  Jérôme Chantreau (Avant que naisse la forêt, éditions Les Escales), Isabelle Artus (La petite boutique japonaise, éditions Flammarion) et  Elitza Guéorguiéva (Les cosmonautes ne font que passer, éditions Verticales).

    Hubert François

    • C’est finalement Hubert François, qui a été couronné par le jury,  pour son premier roman, Dulmaa (230 p, éd. Thierry Marchaise, 19 €) sorti au début de l’année 2016. Né en 1971, le psychologue lillois vit entre la France et la Mongolie qu’il sillonne en tous sens. C’est là qu’il a rencontré sa future épouse, avec laquelle il a eu deux filles franco-mongoles. Après avoir accompli plusieurs séjours en Mongolie, Hubert François qui dit s’être senti «  incapable d’exprimer ce qu’il y a vécu »,  a voulu faire partager par son livre ses émotions vis à vis de ce pays d’Asie: « Cela fait cinq ans que j’ai commencé à écrire “Dulmaa”, mais mon premier roman je l’ai écrit à l’âge de 7 ou 8 ans. J’ai écrit trente page puis j’ai arrêté« , a-t-il confié à la journaliste Marie Pignot. Sur le choix du titre de son livre, il donne quelques explications: « Dulmaa est le nom de la mère de l’héroïne. C’est un nom mongol que j’aime beaucoup (…). Dans l’histoire, Dulmaa est la  personne qu’on ne voit pas et pourtant tous les protagonistes tournent autour« . Quant au pari de transmettre l’émotion à ses lecteurs, il semble en partie gagné: en un an, « Dulmaa » s’est vendu  à 2 000 exemplaires, un chiffre qui peut paraître modeste mais  qui est plus qu’honorable, quand on sait qu’un tout premier roman peine souvent à franchir la barre des 4 ou 500 exemplaires.

    Présentation de l’ouvrage par son éditeur : Une épopée sauvage, entre tradition et modernité, humour et spiritualité, qui va faire de « l’inconnue de Khankh » une légende vivante.

    « Elisa a grandi en France, dans le pays de ses aïeux paternels, oubliant peu à peu ses origines à moitié mongoles. Mais à son père mourant elle a promis de retrouver Dulmaa, sa mère, qui les a mystérieusement abandonnés alors qu’elle n’était encore qu’une enfant pour revenir dans son pays natal.   La jeune femme accomplit sa promesse sans illusions, avec le sentiment qu’elle n’aboutira à rien. Car sa démarche n’est pas perçue comme légitime par sa famille maternelle, ni même possible, puisque Dulmaa s’est retirée dans un monastère lointain et ne doit pas être dérangée. Mais un appui inattendu apparaît en la personne d’Ovoo, son grand-père, qu’elle avait cru mort. Il la prend sous son aile, soutient sa démarche contre les traditions, fait plier les volontés contraires. A travers cet homme atypique, passeur de culture iconoclaste, c’est tout l’univers Mongol, imprégné de spiritualité et de chamanisme qui vient à la rencontre d’Elisa, et qui ne la quittera plus.
     Commence alors la longue marche d’une fille vers sa mère, et aussi une initiation impitoyable au monde des steppes. Un monde dur, à la beauté entièrement façonnée par l’adaptation à des conditions extrêmes, où se perpétuent des rituels d’un autre temps, comme l’enlèvement des femmes. Elisa l’apprendra bientôt à ses dépens en se retrouvant séquestrée dans un campement oublié du monde et promise à devenir l’épouse d’un homme grossier et violent. 
    Elle n’aura d’autre solution que de tuer pour échapper à l’esclavage, puis de tenter de semer ses poursuivants et de survivre. Autant d’épreuves impossibles pour une jeune Occidentale coupée de tout, mais Elisa est aussi Mongole et elle n’est pas seule. Outre, son Ovoo, son grand-père, qui surgit toujours opportunément de nulle part et son cheval infatigable, un étrange molosse semble bien décidé à la protéger envers et contre tout »…

• Lors de ces Journées, deux anciens lauréats du prix René Fallet étaient présents. D’abord, Hélène Gestern, couronnée en 2012 pour Eux sur la photo. Elle vient de publier son 4ème roman, L’odeur de la forêt (éditions Arléa). Ensuite, le lauréat 2016, Éric le Guilloux pour  Les haines en moins. Une occasion  de faire le point avec celui qui est éducateur spécialisé, sur ce que ce prix et ce roman ont  changé ou pas dans sa vie privée et professionnelle.

  • Gilles Belin, prix spécial Agir, pour Cimetière perdu

    Toujours dans le même cadre, le prix spécial Agir a été attribué à Cimetière perdu, de Gilles Belin, publié par l’Association de défense du patrimoine Est-Allier.  Dans ce recueil d’histoires, l’auteur raconte ses balades dans le petit cimetière de Loddes. Une mention spéciale a été également décernée à Allen, l’édition illustrée et commentée du roman de Valery Larbaud, publiée par les éditions Bleu Autour. L’éditeur saint-pourcinois était représenté sur place par deux des contributeurs,  Fabienne Pouradier-Duteil et François Colcombet. En revanche, aucun prix Bourbonnais n’a été décerné. Parallèlement à ces journées littéraires, se  tenait un salon du livre, avec une dizaine d’éditeurs représentés.

 

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◘  CÉCILE COULON LAURÉATE DU PRIX DES LIBRAIRES 

  • Cécile Coulon, auteure comblée

    Le 63ème prix des libraires, parrainé par l’écrivain Laurent Gaudé, a été décerné à Cécile Coulon pour son roman « Trois saisons d’orage », publié par les éditions Viviane Hamy.   La remise s’est déroulée le 8 juin, au Centre national du Livre, à Paris. La lauréate était en compétition avec Jean-Baptiste Del Amo, récent Prix du Livre Inter et prix Valery Larbaud, et Antonin Varenne.

    • À seulement 27 ans, Cécile Coulon, originaire de Clermont-Ferrand, a déjà à son actif dix livres, vendus à chaque fois à des dizaines de milliers d’exemplaires. Dans une interview publiée par La Montagne, elle expliquait ainsi le succès de son dernier roman en même temps que la quasi-unanimité de la critique : « Il est intemporel. C’est une histoire d’amour triple : avec un lieu, entre deux personnes et dans une famille. En plus, il y a un côté tragique. Agnès, c’est Phèdre. Les trois saisons, ce sont les trois actes. C’est une tragédie classique. Mes personnages ont voulu créer leur propre Paradis, mais c’est un Éden empoisonné. C’est le principe de l’Éden d’ailleurs. L’erreur de vouloir faire le Paradis à leur image». Cécile Coulon, qui peut  désormais  vivre de sa plume, prépare également une thèse sur “Le sport et la littérature” qu’elle devrait soutenir en mars 2018.

Présentation du roman (extrait du site Babelio.com) : « Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d’un pays qui s’en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d’une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L’histoire d’André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu’il en reste.  Trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.  Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d’orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s’étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n’y peuvent rien ; mais ils l’acceptent, car le reste du temps, elles sont l’antichambre du paradis.  Cécile Coulon renoue ici avec ses thèmes de prédilection – la campagne opposée à la ville, la lutte sans merci entre l’homme et la nature –, qui sont les battements de cœur du très grand succès que fut “ Le Roi n’a pas sommeil” (Éditions Viviane Hamy, 2012) ».

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◘ “BLAISE PASCAL,LE CŒUR ET LA RAISON” DISTINGUÉ PAR LES LIBRAIRES D’ANCIENS

Le Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (Slam) a choisi de décerner son prix d’honneur à Pascal, le cœur et la raison. L’ouvrage a été réalisé sous la direction de Jean-Marc Châtelain, directeur de la réserve des livres rares à la BnF. Il  constituait le catalogue de l’exposition qui s’est tenue à la Bibliothèque nationale de France, du 8 novembre 2016 au 29 janvier 2017. Selon le Slam, fondé en 1914, seul représentant du secteur livre ancien en France, « Ce catalogue éclaire toute la puissance et la modernité de la pensée de Pascal« .

• Mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien, Blaise Pascal échappe à toute tentative de portrait exhaustif. L’ exposition proposait d’entrer dans l’œuvre de l’auteur en suivant le fil des trois « ordres » qui organisent la pensée pascalienne : le corps, autour de « l’ introuvable visage de Pascal » mais aussi de son inscription précoce dans un cercle intellectuel et scientifique qui favorise l’éclosion de son génie, la raison, que Pascal « géomètre » pousse au point extrême où elle rencontre ses limites ; le cœur, enfin, autour de l’apologie de la religion chrétienne des Pensées. Le manuscrit autographe et les premières copies de l’ouvrage, qui compte parmi les trésors des collections de la BnF, permettaient d’éclairer l’histoire singulière de l’ouvrage, dont les feuillets furent rassemblés et édités de façon posthume. Présentés en regard du masque mortuaire de l’auteur, ils soulignaient l’empreinte énigmatique de cette présence en creux du philosophe que lui-même exprimait ainsi : « Figure porte absence et présence, plaisir et déplaisir ».

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◘ ÉTONNANT…“ LE GARÇON”, UN POLAR COURONNÉ PAR L’ÉVÊQUE D’AUTUN

Marcus Malte, « pas croyant, mais tolérant« …

• Un évêque décernant un prix littéraire à un auteur de polars…Pour étonnante qu’elle soit, l’information n’a rien de fantaisiste. Le 1er juin, Mgr Benoît Rivière, l’évêque d’Autun (Saône-et-Loire), devait remettre le prix  Cardinal-Perraud, du nom d’un historien et académicien,  à  Marcus Malte, pseudonyme de Marc Martiniani, pour son roman policier Le garçon (éd. Zulma, 544 p, 23,50 €). Ce prix vise à promouvoir un vrai dialogue entre chrétiens et artistes, selon l’ecclésiastique, qui juge que « l’église est insuffisamment à l’écoute des créations artistiques contemporaines ». Au jury, siègent des prêtres mais aussi des laïcs. Marcus Malte, déjà lauréat du prix Fémina 2016 pour Le garçon  est l’auteur d’une dizaine de romans, dont Garden of love. Il s’est dit d’autant plus étonné d’avoir été choisi par le jury que, d’après lui,  plusieurs passages de son livre  « pourraient heurter certains croyants ».

Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun

• Le romancier  y voit toutefois un signe très positif d’ouverture d’esprit : « Cela montre que les gens d’église peuvent être ouverts à une littérature qui n’est pas dans leur credo ». Marcus Malte précise qu’il n’est pas  croyant mais tolérant. Pour Mona Ozouf, présidente du jury du prix Fémina « Ce roman est  une météorite tombée dans les plates-bandes du monde littéraire ». Quant à Yves Viollier, critique au journal La vie, il écrivait : « La langue est drue, les images d’une invention et d’une force fulgurantes. On passe du rire aux larmes dans ce magistral récit d’une découverte de l’épreuve du monde. »

Présentation du roman par l’éditeur :  Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.  Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

◘ APRÈS LES LIVRES LES PLUS VENDUS…LES LIVRES LES PLUS EMPRUNTÉS

  • Le n°1 des livres de fiction les plus empruntés
    Julien Neel, en tête dans la catégorie BD

    Parmi les 50 titres de fiction pour adultes arrivés en tête des ventes en 2016, on en retrouve 18 sur la liste des ouvrages les plus empruntés en bibliothèque. Les 5 premiers romans figurant au classement établis par la revue professionnelle Livres Hebdo (n° 1127 – 28 avril) sont L’instant présent de Guillaume Musso, Maman a tort de Michel Bussi,  Le livre des Baltimore de Joël Dicker, Trois jours et une vie de Pierre Lemaître, ainsi que  La fille du train de Paula Hawkins. Dans la catégorie ouvrages documentaires, le peloton de tête des livres les plus empruntés comprend Le charme discret de l’intestin  de Giulia Enders, suivi de Trois amis en quête de sagesse signé par le trio  André, Jollien et Ricard. Viennent ensuite, Vivez mieux et plus longtemps du très médiatique Michel Cymès, Vous n’aurez pas ma haine, le texte émouvant d’Antoine Leiris, écrit après qu’il eut perdu son épouse dans l’attentat terroriste du Bataclan, et Le voleur de brosses à dents d’Églantine Émeyé.  Dans la catégorie BD, Julien  Neel occupe les deux premières places avec les volumes 4 et 5 de Lou, Idylles et Laser Ninja. Lou figure également en 6ème,  8ème et 9ème place.  Autres ouvrages très empruntés : Les sisters de Christophe Cazenove, qui occupent les 3ème, 4ème et 5ème places . Enfin, dans la catégorie fiction jeunesse, on ne s’étonnera pas de trouver  Harry Potter à l’école des sorciers de J-K Rowling. Derrière, on trouve Les pompiers de Stéphanie Ledu,  Le loup qui voulait changer de couleur  de O. Lallemand et E. Thuillier, Les dinosaures de Stéphanie Ledu et Va-t-en, grand monstre vert ! d’Ed Emberley.

◘ “WINTER IS COMING” DE PIERRE JOURDE : LE  CRI D’AMOUR D’UN PÈRE

  • Winter is coming (éd. Gallimard, 160 p., 15 €) de Pierre Jourde, a fait l’objet d’un article d’ Astrid de Larminat dans le Figaro littéraire du 30 mars : « L’écrivain raconte les derniers mois qu’il a passés avec son enfant, atteint d’un cancer à vingt ans« . Catherine Thomine, dans le Magazine littéraire de mai 2017 écrivait à propos du même livre: « Confronté à la maladie et à la mort de son fils, l’écrivain dit à fleur de la langue les ruses de la pensée,les petitesses du cœur et les « tentations du deuil ». En 2006, avec Festins secrets, Pierre Jourde avait reçu le prix Valery Larbaud. Son roman Première pierre  (2013) revenait sur la colère de paysans du Cantal après la publication de son livre Pays perdu (2003) consacré à leur village et dans lequel plusieurs s’étaient reconnus.

À propos du même livre, sous le titre  « Pierre Jourde ou la souffrance humaine » Le Monde des Livres (11 mai 2017) écrit : « Dans « Winter is coming », l’écrivain raconte l’année qui a précédé la mort de son fils Gabriel, à 20 ans, d’un cancer. Un cri d’amour, obsédant et désespéré. Signé Kid Atlaas, alias Gabriel Jourde, Winter is coming est un morceau doux et entêtant, dont la mélancolie ne dissimule pas la tonalité légèrement acidulée – l’album sur lequel il figure s’appelle d’ailleurs Gourmandises. Signé Pierre Jourde, le père du musicien, le récit Winter is coming ne partage avec l’œuvre filiale que la dimension obsédante. Ce texte déchirant possède une dureté terrible, parfois à la limite du soutenable. Parce que Kid Atlaas, alias Gabriel, alias, pour ses proches, Gazou, est mort. En mai 2014, à 20 ans, d’un cancer rarissime, combattu onze mois durant. Winter is coming raconte cette quasi-année, entamée dans la forêt de Fontainebleau, où la famille se trouvait quand survint le coup de fil laissant pressentir la gravité du mal qui allait ronger le garçon, et passée à s’enfoncer toujours plus avant dans le cauchemar. A mi-récit, Pierre Jourde écrit « Il a encore loin à aller, très loin, jusque-là où jamais il n’aurait pensé pouvoir aller. Et nous non plus nous n’aurions jamais imaginé qu’il nous serait réservé de nous avancer, pas à pas, jusque dans ces régions qu’on aurait cru n’exister que sur les toiles des vieux maîtres, celles qui représentent des descentes de croix au fond desquelles un ciel obscur se déchire. » Dans les dernières pages, revenant sur cette image des descentes de croix, il note : « Ils le savaient, les maîtres anciens, ce que c’était que la souffrance humaine. » Pierre Jourde a sculpté Winter is coming à même cette souffrance. Dans un mélange de chagrin, de colère et de lucidité qui laisse le lecteur effaré, traversé par des sanglots secs. »

◘ PETITE(S) CHRONIQUE(S) DES AUTEURS…

  • Le 27 septembre 2016, à l’université de Caen, Violaine Nicolas a soutenu une thèse de doctorat d’histoire moderne: Genèse d’un monde pastoral : le système d’estive sur la planèze méridionale du Plomb du Cantal, de la fin du Moyen Age au milieu du XIXe siècle.
René Pagis

•  La Montagne (28 avril) a consacré une page à la présentation de René Pagis, un auteur, né dans le Cantal, : « Après une longue carrière de gendarme et de magistrat, René Pagis s’est piqué d’écriture : une vie riche de moments marquants« . Son premier livre s’intitulait : Un dernier rêve pour la nuit (Ed. du Bord du Lot, 2016, 140 p., 15 €). Il a présenté son dernier opus, Dans la salle des pas perdus (éd. de Borée, 18,90 €), lors de la fête du livre de Beauregard-Vendon, le 30 avril.

  • À l’occasion de la 4ème Fête de la littérature organisée en mai, au collège Jean-de-la-Fontaine, à Saint-Germain-des-Fossés, Didier Daeninckx, scénariste, auteur de romans policiers, de livres sujets à polémiques et  prix Goncourt de la nouvelle 2012, s’est entretenu  avec les élèves, qui avaient préalablement pu lire quelques-unes de ses œuvres.
  • Le vendredi 12 mai, à la Médiathèque de Vichy, a été inaugurée l’exposition « Le peintre et la bibliothécaire: Pierre Lafoucrière et Monique Kuntz, une amitié féconde« . Le livre d’artiste unique : « Europe » du peintre exalte les vers de l’écrivain vichyssois ; il a été acquis en 2016 par la Médiathèque. Il est accompagné d’autres ouvrages rares imaginés par Pierre Lafoucrière – né à Louroux-de-Bouble en 1927 – pour illuminer des textes de Blaise Pascal, Paul Claudel,Pierre Teilhard de Chardin, Alain Borne… Dans des vitrines les nombreux catalogues rédigés par Monique Kuntz – décédée en 2016 – ainsi que des manuscrits et ouvrages remarquables  réunis par elle, rendent compte de l’action incessante et multiple – de 1966 à 1993 –  d’une bibliothécaire pour faire connaître Larbaud et valoriser les collections patrimoniales de la Médiathèque de Vichy.
  • Originaire de Montluçon Sophie Di Paolantonio fut une élève dyslexique et dysphasique qui fuyait la littérature et qui ne parvint à lire un livre en intégralité qu’à l ‘âge de 30 ans. Elle réside aujourd’hui à Paris et a publié son premier roman : Le choix de Clara (Flammarion, 2016, 218 p., 17 €). Elle est venue le dédicacer le 22 avril à la boutique France-Loisirs de Vichy. Rappelons que Vu du Bourbonnais lui a consacré un article dans sa rubrique  L’actualité des auteurs (janvier).
  • Margaux Dautraix, née en 1997 à Moulins, avait publié en 2010 : Les aventures périlleuses de Soraya Littlewing (Nice, éd. Bénévent, 60 p., 10,50 €) puis, à compte d’auteur, en 2016 le tome 1 de : Utopie (283 p., 8 €). Son 3ème roman s’intitule : Spencer & la vie réelle. Elle était présente à la Fnac de Vichy le dimanche 23 avril 2017 pour y dédicacer ses ouvrages.
  • Dans le cadre de ses rencontres avec un auteur, l’association Andra a reçu à Ebreuil André Lautier, médecin retraité, originaire de Vichy, venu présenter son dernier ouvrage : Le guetteur sombre. Il avait publié en 2016 : L’homme qui n’existait pas : les enquêtes de Pierre Pérec, roman (éd. L’Ecritorium, 203 p., 18 €)
  • Flic story... L’ancien commissaire divisionnaire Michel Neyret a dédicacé son autobiographie Flic (éd. Plon, 2016, 231 p., 17,90 €) le 6 mai à la Fnac, de Vichy. La Montagne du 4 mai a publié un entretien avec lui, dans lequel il précise sa méthode : du donnant-donnant : « Si vous ne donnez pas quelque chose à un voyou qui va prendre des risques physiques, il n’y aura pas de résultats, pas de rapport de confiance… » Rappelons que Michel Neyret a fait  l ‘objet d’un livre de Richard Schittly : Commissaire Neyret : chute d’une star de l’antigang (éd. Tallandier, 2016, 332 p., 19,90 €).
  • À Moulins, au n° 43 de la rue de Paris, ancien siège de l’évêché, reconverti en maison d’étudiants, une plaque a été dévoilée le 10 février 2017 : « Maison / chanoine Charles Perrot / Théologien. Bibliste / prêtre du diocèse de Moulins / 1929-2013 ». Charles Perrot était notamment, l’auteur de: Jésus et l’histoire (Desclée de Brouwer, 1993), livre qui fait autorité.

    ◘ UN AUTEUR ET ÉDITEUR RECALÉ AUX LÉGISLATIVES

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    Philippe Chatel, écrivain, éditeur et candidat

    •  Fait peu courant, Philippe Chatel, 49 ans, candidat aux élections législatives dans la 2ème circonscription de l’Allier, se déclarait écrivain. Il est l’auteur de plusieurs titres, parmi lesquels figurent Dictionnaire historique de l’Égypte antique (Berg, 2001, 252 p.),  Lettre ouverte d’un « sans-dents » au président Hollande, chef d’une nation édentée, essai (Amalthée, 2015, 185 p.), La suceuse de bic (Mélibée, 2016, 259 p.). L’éditeur présente ainsi ce dernier titre : »Bestial, indécent, polémique, d’une provocation sans borne la Suceuse précipite le lecteur dans les méandres de nos mœurs dégénérées et châtie sans pitié une société que l’auteur méprise... ». Philippe Chatel est également éditeur, avec la maison d’édition Champs Elysées qu’il a créée. Elle a publié, entre autres, plusieurs reprints  d’ouvrages bourbonnais tombés dans le domaine public. Finalement, il ne ceindra pas l’écharpe de député, seuls 495 électeurs lui ayant donné leur voix le 11 juin 2017.

    • Né en 1958 au Maroc et vivant aux Pays-bas, l’écrivain Fouad Laroui est venu au lycée Albert-Londres à Vichy pour présenter aux élèves des classes de baccalauréat professionnel son livre Ce vain combat que tu livres au monde (éditions Julliard, 2016, 275 p., 19 €). Avec ce roman, il entend « déconstruire les discours et les idéologies de la haine ».

• Les soldats d’Espinasse-Vozelle dans la Grande guerre, le livre de Patrick Auger, a été présenté le 13 mai, salle Bathiat, en même temps que de nombreux objets ayant trait à cette période.

• Le prince des reporters à l’honneur…Le 9 juin, à Vichy, dans le cadre des Soupers littéraires du quartier thermal, Liliane Julliard, professeur émérite, a présenté une vidéo-conférence : « Ici Londres, à Vichy, ou Albert Londres par les textes« .

 

YES, HE CAN…MAIS À SEULEMENT 10 ANS

  • Dix ans à peine et déjà auteur d’un livre éducatif

    Un auteur très précoce... Il y a trois ans, Jasmine Saintvil est venue de New York en France pour permettre à son fils Nicholas d’apprendre la langue française : « Venir à Vichy c’est un peu un hasard (…) On est tombé sur Vichy car la ville est connue dans l’histoire pour avoir été la capitale de la France. On est contents d’être ici (…) On va rester jusqu’à ce que Nicholas aille au bout de son collège… » . À  dix ans, Nicholas Saintvil semble être en avance : il a écrit un livre éducatif, I can, rédigé en anglais et en français. L’auteur en herbe l’a présenté, le 31 mai,  lors d’une séance de dédicaces à la Grande librairie. L’ouvrage est disponible sur le site Amazon soit en vesion papier (29,50 €), soit en format Kinle (4,99 €).

◘ UN ROMAN INSPIRÉ DE L’HISTOIRE DE MARIE BARTÊTE

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    Bernadette Pécassou en dédicace

    Bernadette Pécassou-Camebrac, après une carrière dans l’audiovisuel, est devenue romancière. La dernière bagnarde (Flammarion, 2011, 311 p., 20 €) fait revivre le destin de Marie Bartête, embarquée en 1888, à l’âge de 20 ans, pour rejoindre le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni. L’auteure était présente à Gannat, le 3 juin. Après une séance de dédicaces le matin, elle a donné dans l’après-midi une conférence sur le thème de son livre. L’animation s’insérait  dans le cadre de l’exposition temporaire « Prisonniers du passé«  au musée Yves Machelon.

• Julien Moreau, 34 ans, né à Clermont-Ferrand, est journaliste à La Montagne. À ce titre, il avait été affecté en 2011 à l’agence de Vichy. Ayant découvert la montagne bourbonnaise, il en a tiré Enracinésun roman policier (éd. de la Flandonnière, 2017, 208 p., 16 €). Un ouvrage qu’il est venu présenter et dédicacer à la librairie de la Presse au Mayet-de-Montagne le 3 juin.

PROMENADE LITTÉRAIRE DANS LE VICHY THERMAL…

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    Christine Chaze 

    Si, à la fin du XVIIe siècle, la marquise de Sévigné contribua sans doute à la renommée de Vichy, grâce à ses talents d’épistolière, c’est à partir du XIXe siècle que de nombreux écrivains évoquèrent la station thermale dans leur correspondance ou à travers des récits et des œuvres de fiction. C’est le cas de Flaubert, de Tourgueniev, des frères Goncourt, de Simenon et de bien d’autres comme la comtesse de Chabrillan, Emilia Pardo Bazan, Marcel Grancher ou encore Jacqueline Harpman. Ce sujet a fait l’objet d’une conférence de Christine Chaze : « Une promenade littéraire dans le Vichy thermal« . La manifestation, patronnée par la SHAVE, s’est déroulée à Vichy,  au Centre culturel Valery-Larbaud, le  10 juin.

… ET/OU CHEMINEMENTS LITTÉRAIRES EN BOURBONNAIS

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    Jean-Claude Mairal

    Jean-Claude Mairal a présenté le programme du « Festival itinérant, Cheminements littéraires en Bourbonnais », dans les colonnes de L’Aurore du Bourbonnais (9 juin 2017) : « La volonté est que les jeunes, les populations locales et les touristes puissent cheminer sur les traces littéraires variées laissées par ceux qui s’attachèrent, pour un temps ou pour la vie, au terroir bourbonnais ».

La Montagne – Centre France (édition de Moulins) 18 juin

 •  À propos de tourisme littéraire… Aurore Bonniot (Université Blaise-Pascal) a soutenu une thèse de géographie intitulée  Imaginaire des lieux et attractivité des territoires : une entrée par le tourisme littéraire : maisons d’écrivains, routes et sentiers littéraires. Son travail est basé notamment sur l’étude des livres d’or qui met en évidence la dimension immersive d’une expérience où les émotions vont à la rencontre des souvenirs et des imaginaires. Cette nouvelle pratique touristique de l’espace est  celle d’un tourisme littéraire tourné vers l’itinéraire et la créativité.

L’ALGERAUVERGNE:  NOUVEAU SALON DU LIVRE

• La toute première édition du Salon du livre L’Algerauvergne s’est déroulée à Clermont-Ferrand. Organisée par Yamina Khadri, présidente de l’association Algéria-Com-Event, elle proposait à la vente plusieurs dizaines d’ouvrages d’auteurs algériens et auvergnats, tous  choisis par l’association Patrimoine Auvergne Bourbonnais Velay.

PRESSE LITTÉRAIRE

◘ LE  MAGAZINE LIRE CHANGE (À NOUVEAU) DE PROPRIÉTAIRE

Le magazine mensuel littéraire Lire, propriété depuis 2015 du groupe de télécoms et de médias SFR Presse, vient de changer de propriétaire.  En même temps que Lire,  Jean-Jacques Augier et Stéphane Chabenat se sont portés acquéreurs de Classica et de Pianiste, deux autres titres culturels du groupe.  SFR Presse, devenu Altice, compte céder une douzaine de ses titres de presse spécialisée, dans le but de se recentrer sur ses activités d’information générale autour de Libération et de L’Express

• Fondé en 1975 par Jean-Louis Servan-Schreiber et Bernard Pivot, le magazine Lire dont la diffusion repose aux trois quarts sur les abonnements, avait récemment changé de rédacteur en chef,  Julien Bisson ayant été remplacé par Baptiste Liger. En 2016, après plusieurs années de baisse, la diffusion du mensuel a légèrement progressé (+ 1,88%). Elle s’est établie à 63 824 exemplaires dont 58 425 pour la diffusion payante.

Baptiste Liger, nouveau rédacteur en chef de Lire

 • Classica, Pianiste et Lire  vont rejoindre  une société indépendante fondée par Jean-Jacques Augier et Stéphane Chabenat. Selon la Lettre de Livres-Hebdo, le premier, actuel  propriétaire du magazine spécialisé Books et du mensuel gay  Têtu, est un proche de François Hollande et d’Emmanuel Macron. Avec Stéphane Chabenat,  créateur des éditions de l’Opportun et ancien du groupe l’Express au sein duquel il avait  fondé Classica,  une société indépendante sera créée pour reprendre les trois titres culturels.

Les équipes des trois magazines, Lire, Classica et Pianiste, n’ont pas manqué d’exprimer leurs inquiétudes face à ce qu’ils considèrent comme un véritable « démantèlement culturel ». Via Twitter, ils ont adressé  un texte de protestation au propriétaire de SFR, Patrick Drahi.

DU CÔTÉ DES ÉDITEURS

 ◘ BLEU AUTOUR EN “MANQUE DE VISIBILITÉ

  • Patrice Rötig: 35 ans dans la presse puis dans l’édition, de la Lettre de l’Allier à Bleu Autour

    L’éditeur bourbonnais Patrice Rötig (Bleu Autour), basé à Saint-Pourçain-sur-Sioule, se dit inquiet suite à la fusion des régions Auvergne et Rhône-Alpes et face au  « lissage » des politiques régionales qui prend du temps : « Je n’ai aucune visibilité sur les aides pour l’an prochain. Je crains que celles-ci, qui peuvent représenter jusqu’à 20% de notre chiffre d’affaires ne diminuent, en ne prenant pas en compte le travail d’édition et de maquette », a-t-il confié à la revue Livres Hebdo qui a consacré un dossier à la nouvelle région Auvergne – Rhône-Alpes (n° 1130 – 19 mai 2017). Laurent Bonzon,  directeur de l’Arald, l’agence de  régionale du livre, compte « pérenniser les bonnes pratiques et harmoniser les dispositifs ». Une mission qui demandera du temps compte tenu des différences entre les deux anciennes régions : « En termes de librairies, Rhône-Alpes est  tiré par la dynamique  des métropoles lyonnaise et grenobloise, ainsi que par l’espace frontalier suisse. En Auvergne, majoritairement rurale,  on trouve plutôt des petites librairies de villages qui n’ont pas besoin des mêmes aides ». CQFD…

  • Vers un passage de témoin…

    Le même Patrice Rötig, après presque 4 décennies de présence dans le paysage éditorial bourbonnais, commence à envisager un passage de témoin. Ce pourrait être « à quelqu’un qui s’intégrerait dans ce qu’il n’a pas crée et qu’il aiderait le temps nécessaire ». Les premiers pas de Patrice Rötig dans l’édition remontent au début des années 1980, avec la publication des Almanachs nouveaux du Bourbonnais qui connurent deux éditions et de la Lettre de l’Allier.

◘ UNE VITRINE POUR LES ÉDITIONS DE LA FLANDONNIÈRE

  • Jacques Raymond, cofondateur des éditions de la Flandonnière

    Les éditions de la Flandonnière, fondées en 2007, avaient élu domicile au hameau de La Flandonnière, dans la vallée de la Jordanne, au pied de la chaîne du Puy-Marie. Afin de se donner davantage de visibilité, elles viennent d’ouvrir une vitrine de leur catalogue et un espace de vente,  dans le centre historique d’Aurillac, au 4 rue Furcy-Granier. La maison d’édition, qui revendique son ancrage régional, est née de l’association entre  le Cantalien Jacques Raymond et l’Aveyronnaise Catherine Samson,  tous les deux passionnés du voyage, de l’écriture et de la photographie.

  • Pour la seule année 2017, le catalogue déjà riche d’une soixantaine de titres comporte 12 nouveautés, dont le polar de Julien Moreau, Enracinées,  qui a pour cadre la Montagne Bourbonnaise.  Jean-Marc Laurent en a publié une analyse dans La Montagne (12 mai 2017) : « Le premier roman de Julien Moreau prend sa source dans les Bois Noirs et s’épaissit au fil du Sichon. Un polar en terre de mystères ».

◘ LE “POISSON SOLUBLE”  POURRA CONTINUER DE NAGER…

  • Les éditions de l’Atelier du poisson soluble, fondées en 1989 au Puy-en-Velay, par Stéphane Queyriaux et Olivier Belhomme, ont réussi à surmonter leurs difficultés financières, en recueillant 27 000 € à la suite du lancement d’une campagne de financement participatif. L’objectif était de « payer les dettes pour ne pas couler ». En trois ans, l’éditeur avait vu son chiffre d’affaires chuter de 82 000 €, en passant de 450 000€ en 2013 à 368 000 € en 2016. L’alerte levée, L’Atelier du poisson soluble a dû réduire ses charges en supprimant deux emplois sur cinq et en externalisant sa diffusion et sa distribution. À compter du 1er septembre 2017, les albums du Poisson soluble seront diffusés par un diffuseur national, Les Belles lettres. Quant au rythme de parution, il ne devrait pas faiblir avec 12 titres annoncés pour 2017.

◘ IL Y A QUINZE ANS, CHEZ CHEYNE ÉDITION… « LE PHÉNOMÈNE MATIN BRUN »  

  • 1er tour de l’élection présidentielle de 2002…Des résultats qui vont faire de Matin brun un phénomène de l’édition

    Il y a quinze ans, après le premier tour de l’élection présidentielle de 2002, qui avait vu Jean-Marie le Pen et le Front national se qualifier pour le second tour, face à Jacques Chirac, commençait l’aventure du livre Matin Brun, de Franck Pavloff. Une aventure qui a eu des répercussions considérables pour Cheyne édition, qui imprimait ses livres sur ses propres presses typographiques datant des années 1960, dans les locaux d’une école désaffectée, et qui assurait elle-même sa diffusion .

    Jean-François Manier, cofondateur de Cheyne

    La petite maison d’édition, fondée en 1978 par Jean-François Manier et Martine Mélinette au Chambon-sur-Lignon, haut lieu de la Résistance, était spécialisée dans la poésie. Quelques ouvrages en prose figuraient également au catalogue, avec la collection Grands fonds. Le principal succés, avant Matin brun, avait été La nuit respire, de Jean-Pierre Siméon, paru en 1987 et  écoulé à 8 000 exemplaires, en plusieurs tirages. C’est au printemps 1998 que Jean-François Manier avait rencontré Franck Pavloff qui avait derrière lui plusieurs ouvrages, dont des polars  publiés chez Gallimard et aux éditions Baleine. L’écrivain, qui avait été élève au collège cévenol, n’était pas en terre inconnue au Chambon-sur-Lignon et il était venu y donner une conférence. De cette rencontre, est né le projet de publier à part Matin brun, le texte ayant déjà été inséré dans  un ouvrage collectif édité par Actes Sud. Après avoir envisagé d’en faire un tirage gratuit, Jean-François Manier a dû y renoncer et, faute  de pouvoir décrocher une coédition avec un éditeur jeunesse, il s’est lancé dans l’aventure,  avec l’appui de Sorcières, un groupement de librairies pour la jeunesse. Aux 5 000 exemplaires pré-commandés par Sorcières, il en avait rajouté 5 000, pour abaisser le coût de fabrication. L’auteur, de son côté, avait renoncé à ses droits pour ce tirage.

    Matin brun: 2 millions d’exemplaires vendus en 15 ans

Sorti en décembre 1998, Matin brun  a vu son premier tirage épuisé en un an et un retirage a dû être réalisé en 2000, avec 12 000 exemplaires supplémentaires.  Mais c’est après le 21 avril 2002 que les ventes ont explosé, notamment après  que Vincent Josse en eut fait une présentation enthousiaste, sur les ondes de France Inter, le 2 mai. Les ventes ont alors explosé et les éditions de Cheyne, qui travaillaient avec un réseau de 300 libraires fidèles, ont fait leur apparition dans des milliers de points de vente, dans la France entière. En mai et juin 2002, le livre s’est vendu à 200 000 exemplaires, avant de franchir le cap des 500 000 au début de 2003. Selon Livres hebdo, les ventes cumulées depuis quinze ans atteindraient les 2 millions d’exemplaires et le titre continue à s’écouler à 60 000 exemplaires par an. Entre temps, Franck Pavloff a signé un contrat en bonne et due forme  assurant sa rémunération.  Succès exceptionnel de librairie, Matin Brun a apporté un afflux de trésorerie à Cheyne édition mais, selon Jean-François Manier, la maison a su se préserver des « dangers du succès » : « J’ai compris qu’il ne fallait rien changer. Simplement, nous avons continué avec une aisance de trésorerie que nous n’avions jamais connue »  a-t-il confié au magazine Livres Hebdo.

◘ PAGE CENTRALE  : UN STATUT COOPÉRATIF POUR « METTRE L’HUMAIN AVANT L’ÉCONOMIE »

  • Page centrale, jeune maison d’édition coopérative fondée en 2010 à Clermont-Ferrand, publie des livres, à la fois en version papier et en version numérique. Spécialisée sur le Massif central et installée à Thiers depuis décembre 2015, elle est dirigée par Benoît Barrès et Sylvie Delolme. La maison d’édition fonctionne sous la forme de  société coopérative (loi de 1947). Selon ses initiateurs, « ce statut coopératif, anti-capitalistique, met l’humain avant l’économie, sa spécificité résidant en la conviction que l’initiative collective est possible dans le secteur économique. Il permet de répartir équitablement le résultat de l’entreprise entre ses trois composantes : le travail (accord de participation), le capital (dividendes) et l’entreprise (réserve) ».
    Benoît Barrès, responsable éditorial

     Sylvie Delolme est gérante et responsable des ventes. Elle assure la diffusion – distribution des ouvrages auprès des différents points de vente. Elle a également en charge la gestion de l’entreprise et la comptabilité. De son côté, Benoît Barrès est éditeur de Page centrale. Il développe les collections, travaille en concertation avec les auteurs, assure le suivi de fabrication des ouvrages. Il coordonne les opérations de communication. Il est également auteur – photographe, contribuant aux albums photos que publie Page Centrale.

• Dans un paysage éditorial en plein mouvement, Page centrale souhaite « contribuer à la réalisation et à la diffusion des livres de demain», qu’ils soient en version « classique »  papier ou en version numérique. La maison d’édition entend offrir un espace d’expression aux artistes, aux auteurs, aux chercheurs et aux journalistes souhaitant apporter un regard contemporain et engagé sur le Massif central. Autre objectif affiché : « Etre le témoin des dynamiques en cours localement, tout en permettant de mieux faire comprendre le monde, tel est son défi. Dans le panorama de l’édition de région, trop centrée sur le régionalisme, cela  nous semble être une originalité ».

  • Au catalogue de Page Centrale figurent aujourd’hui une trentaine de titres avec, en particulier ceux des collections L’Esprit des lieux, qui regroupe les beaux livres illustrés par une équipe de photographes talentueux, et Panoramique, collection en format poche. Parmi les dernières parutions, on trouve Auvergne, les plus belles images (168 p, 34,90 €), Les plus belles forêts du Limousin et de l’Auvergne (168 p, 34,90 €), ainsi que Les plus belles photographies d’Auvergne (96 p, 12,90 €), nouvelle édition dans la collection Panoramique d’une ouvrage publié en 2015 en grand format. À signaler enfin, dans la même collection Auvergne et Limousin sauvages (96 p, 12,90 €).

www.page-centrale.com

Savoir plus:Page centrale, une maison d’édition humaine et nature

◘ QUELLE PLACE POUR LE LIVRE DANS LA NOUVELLE RÉGION AUVERGNE – RHÔNE-ALPES?

• Sur les 12 départements de la région Auvergne – Rhône-Alpes, sont installés 140 éditeurs qui emploient 360 personnes. Les éditions grenobloises Glénat, spécialisées dans la BD et les guides, emploient à elles seules 63 salariés. On compte entre 10 et 20 projets de lancements de nouveaux éditeurs chaque année. Quant aux écrivains, auteurs et illustrateurs, ils seraient au moins 600.

Une image qu’on pourrait ne pas revoir en 2018 au Salon du Livre Paris…

•La Région pourrait être absente de l’édition 2018 du Salon du livre Paris. Pour Florence Verney-Caron, vice-présidente de la région déléguée à la culture et au patrimoine, «la question se pose avec les éditeurs dans un salon où certains se plaignent de la place qui se réduit et du chiffre d’affaires qui n’est pas toujours au rendez-vous ». Il convient  donc de réfléchir  « pour savoir si  les 130 000 € investis par la Région dans ce salon  ne seraient pas mieux investis ailleurs pour le livre ». La réponse en 2018.

 AIDES DU CNL À L’ÉDITION EN 2016:  PLUS DE  20% ACCAPARÉS PAR 10 ÉDITEURS

  • Le 7 juin, le Centre national du livre (CNL) a publié son rapport annuel d’activités, dans lequel il dévoile le détail des soutiens financiers apportés aux éditeurs en 2016 pour les épauler dans leurs projets. 8,61 M€ d’aides ont été répartis entre 1031 maisons d’éditions. Dix d’entre elles se détachent, en accaparant à elles seules plus de 1,7 M€ d’aides, soit plus de 20%. Dans le « top 4 » des aides supérieures à 200 000 €, on trouve  les éditions du Seuil (264 365 €),  Actes Sud (264 167 €), Fenixx , société de réédition numérique d’ouvrages indisponibles du XXème siècle, (253 488 €) et l’éditeur grenoblois Glénat, spécialisé dans la BD et dans les guides (201 254 €). Entre 90 000 et 200 000 € d’aides,  figurent les éditions de Minuit (176 791€), Flammarion (166 463€), Les Belles Lettres(124 166€), La Découverte (118 958€), Hermann (110 245€) et Fayard (93 950€). Dans la plupart des cas, ces aides portent d’abord sur la traduction d’ouvrages étrangers en français ou inversement et, ensuite sur la publication.
Le Top 4 des éditeurs les plus aidés par le CNL en 2016

• En conclusion à l’introduction du rapport d’activités 2016, Vincent Monadé, président du CNL écrit : « La culture est un remède à la barbarie. Si elle échoue, ce n’est pas parce qu’elle ne fonctionne pas, c’est parce que trop de gens encore en restent exclus, à la porte. Le CNL est là pour ouvrir la porte, donner à chacun la chance de devenir un lecteur et un citoyen à part entière. Avec le conseil d’administration, j’ai engagé le CNL pour faire de notre pays une nation de lecteurs ».

Savoir plus : Le rapport détaillé, incluant également les aides aux librairies et aux bibliothèque est disponible sur le site du Centre national du livre

 

DU CÔTÉ DES LIBRAIRES

◘ VICHY : LA LIBRAIRIE CARNOT SAUVÉE

  • Martine Alleyrat secourue par 387 donateurs

    Soulagée ! La librairie vichyssoise Carnot, dirigée par Martine Alleyrat, a réussi à se sortir d’une mauvaise passe financière, grâce aux 387 donateurs qui ont répondu à son appel au secours en lui apportant 19 600 €. C’est nettement plus que le montant initialement espéré (10 000 €) : « Je suis ravie. La librairie est sauvée et je peux enfin respirer car cette situation est très angoissante », a déclaré  Martine Alleyrat.  De quoi  combler l’endettement de la librairie et « payer sans trop de craintes les échéances ». Pas question pour autant de changer de cap pour celle qui se bat  afin que « la librairie reste  un lieu de rencontres, d’échanges et d’enrichissement aussi bien intellectuel qu’humain ».  Et de préciser : « Je vais continuer à faire ce que je fais. Sortir des sentiers battus et donner la parole à des auteurs émergents et des maisons d’édition qui ont des choses à dire et qui n’ont pas toujours les moyens de s’exprimer ».

◘ VICHY (BIS) : UN  CONCURRENT DE PLUS  POUR LES LIBRAIRES

  • Le nouvel espace culturel Leclerc ouvert à Bellerive-sur-Allier

    À la mi-mai, à Bellerive,  dans les anciens locaux de la Foir’Fouille fermés depuis le début de 2017,  Leclerc culture a inauguré un nouveau magasin de 990 m².  Il est destiné à remplacer l’ancien magasin de 630 m², attenant à l’hypermarché. Au passage, l’enseigne qui entend mettre l’accent sur le livre a augmenté son offre de 30%. Une inauguration qui n‘est pas sans susciter des interrogations, voire des inquiétudes sur le bassin vichyssois, trois ans et demi après l’ouverture de la Fnac :  « Bonne ou mauvaise nouvelle pour les lecteurs et les libraires indépendants ? », s’interrogeait ainsi La Montagne (19 mai).  Question subsidiaire : l’offre n’est elle pas devenue supérieure à la demande et y aura-t-il des « victimes », comme cela a pu être le cas dans d’autres villes ? On se souvient que l’arrivée de la Fnac à Nevers avait été une des raisons de la disparition de Pôle Arts quelques mois plus tard.

 À la page, rue Sornin

• Vichy a réussi, jusqu’à présent à conserver en centre ville trois librairies indépendantes: la Grande librairie, rue Burnol, À la page, rue Sornin et la librairie Carnot, installée boulevard Carnot. S’y ajoute depuis septembre 2013, la Fnac qui a élu domicile au centre commercial des Quatre-Chemins et dont tout le  premier étage est consacré au livre. Du côté des grandes surfaces, il n’y a que Leclerc, en périphérie, qui dispose d’un magasin spécifiquement consacré à la culture et particulièrement au livre, les autres se contentant d’un rayon spécifique interne. En déménageant, la surface de vente de Leclerc et le nombre de titres proposés ont augmenté de 30%. Enfin, moins visible et plus difficile à quantifier, mais redoutable, il faut y ajouter la concurrence d’internet, avec notamment Amazon.

  • La Grande librairie, rue Burnol

    L’inquiétude est donc plus particulièrement perceptible chez les libraires indépendants, dont le nombre est passé, il y a quelques mois, de 4 à 3. Dans ce trio, la librairie Carnot a connu de sérieuses difficultés qui auraient pu conduire à sa disparition, sans l’élan de solidarité qui s’est manifesté lors de la campagne de financement participatif lancée par la gérante, Martine Alleyrat. Les résultats ont dépassé les attentes et les 20.000 € récoltés lui ont permis de franchir un cap difficile et d’assurer la survie du magasin. Quant à Hélène Tournaire de La Grande Librairie, selon  le quotidien régional, elle « entend bien « résister » avec ses armes : des vitrines attrayantes, des dédicaces attractives ». Pour elle, l’ouverture de la Fnac n’a pas été « vraiment ressentie » et elle a pu constater la fidélité de sa clientèle.  Elle veut d’ailleurs  voir un signe encourageant de l’attachement des lecteurs pour « leur » librairie dans la mobilisation pour  le sauvetage de la librairie Carnot.

    La librairie Carnot, boulevard Carnot

    De son côté, Joël Cornuault  de la librairie À la page, se veut philosophe : « Cela fait 33 ans que je suis libraire, j’en ai vu d’autres et j’en verrai d’autres »… Et d’ajouter à propos de Leclerc : « On ne fait pas le même métier, je ne suis pas marchand de papier ».   C’est pour mieux affirmer cette spécificité qu’il compte organiser en septembre un grand débat sur le thème « Qu’est-ce que le métier de libraire ? ». Bonne question… Même la Fnac ne se montre guère inquiète de la concurrence du Leclerc agrandi : Ludovic Gibello, responsable du site, « ne pense pas que les clients du centre-ville prendront leur voiture pour aller à Bellerive ».

    La Fnac, aux Quatre-Chemins

• Finalement, le gagnant pourrait bien être le lecteur et client, dans la mesure où la concurrence va pousser les libraires à « être imaginatifs et créatifs pour contrer les enseignes ». En revanche pas question de se battre sur les dédicaces. Les auteurs qui iront signer leurs livres chez Leclerc le feront souvent « dans le cadre de partenariats avec l’enseigne».

LES VOLCANS (CLERMONT-FERRAND): UNE BELLE PROGRESSION EN 2016

Les Volcans...Un rebond spectaculaire

La librairie Les Volcans, à Clermont-Ferrand, s’est refait une santé, après sa reprise par une partie de son personnel, dans le cadre d’une SCOP, avec l’appui d’un financement participatif mais aussi du Centre National du livre. Ouverte au début des années 1970, la librairie clermontoise s’était retrouvée intégrée au groupe Chapitre, dont les difficultés avaient conduit à sa fermeture pure et simple en 2014. C’est alors que 12 salariés se sont mobilisés pour assurer sa survie, en investissant dans le projet la totalité de leurs indemnités. Résultats : non seulement Les Volcans ont survécu mais la librairie redevenue indépendante emploie aujourd’hui 40 salariés dont 12 sont associés. Elle propose 93 000 références sur plus de 2 200 m2 de superficie dont plus de la moitié dédiée au livre. Les Volcans sont aussi à l’origine de plus de 400 animations par an. Du 26ème rang dans le classement 2016 des 400 premières librairies françaises, elle s’est hissée au 19ème rang en 2017. Le chiffre d’affaires livres est passé de 4,88 M€ en 2015 à 5,63 M€ en 2016, sur un chiffre d’affaire global de 6,73 M€.

• Les trois premières librairies figurant au classement de Livre Hebdo (n°1130) sont  Gibert Joseph Saint-Michel à Paris (34,5 M€ de CA livres en 2016), et la librairie Mollat à Bordeaux (25,1 M€). Entre les deux, s’intercale  la librairie-papeterie  Cufay à Abbeville. Elle doit cette place  à son rôle d’adjudicataire dans le renouvellement des manuels des collèges pour tous les niveaux à la rentrée de 2016.

  • Point Virgule, à Aurillac, à la 135ème place

    Aucune librairie bourbonnaise ne figure dans le classement du magazine professionnel. Une absence étonnante quand on constate que, la dernière librairie inscrite dans le tableau, L’Attrape – Cœur à Paris, n’affiche que 0,38 M€ de CA livres. Dans les départements voisins, on relève toutefois la présence de Point-Virgule à Aurillac (135ème place, 1,7 M€ de CA total),  de Gibert-Joseph à Clermont-Ferrand (157ème, 1,5 M€ de CA livres), Les Cyprès à Nevers (269ème, 0,82 M€ de CA livres), ainsi que les espaces culturels Leclerc de Paray-le-Monial (281ème place, 0,77 M€ de CA livres) et de Guéret ( (295ème, 0,7 M€ de CA livres en 2015).

• Forte de 7,8 millions d’habitants répartis sur 12 départements, la nouvelle région Auvergne – Rhône-Alpes compte 960 bibliothèques et 250 librairies indépendantes qui emploient 1 300 salariés pour un chiffre d’affaires global de 135 M€.

 

DU CÔTÉ DES BIBLIOPHILES

  • Au catalogue de la librairie Les Neuf Muses (Paris) :

◄ Alain-Fournier : Le Grand Meaulnes – Paris : éditions Emile-Paul frères, 1913. in-12, 366 p. : 2 800 €. Édition originale. Envoi autographie « à M. Léon Bérard… »

► Carte de visite autographe adressée à l’écrivain Albert Flament par la libraire Adrienne Monnier : « Séance James Joyce jeudi 26 mars 9 heures du soir… » : 150 €. Au cours de cette séance, l’écrivain irlandais présenta son futur Finnegans’s Wake

Charles-Louis Philippe : Charles Blanchard – Paris, éditions de la Nouvelle revue française, 1913 – 240 p : 300. Édition originale, exemplaire enrichi d’un manuscrit autographe de Léon-Paul Fargue (1 p. in-folio) passage de sa préface au présent ouvrage.

George Sand : « Madame G. Sand prie Monsieur Maulmond de venir passer la soirée chez elle le 14 8bre prochain. On jouera L’Amour et la faim,de Ruzzante. On commencera à 8 h 1/4. 1 place. Réponse S.V.P. par courrier… L’omnibus partira à 7 h 1/2 au plus tard »  . 1 p. in-8,en-tête imprimé « Théâtre de Nohant » : 200 €.

• Au catalogue de la librairie Gilles Hassan (Montpellier) :

◄ Henri Pourrat:  L’aventure de Roquefort. – Société anonymes des Caves de Roquefort, 1955. –  in-4° en feuilles sous une couverture originale d’Yves Brayer, dans un double emboîtage de luxe. Un des 400 exemplaires sur pur fil de l’édition originale illustrée de compositions d’Yves Brayer, gravées sur bois en couleurs par Gérad Angolini450 €

• À la librairie Farfouille (Paris) :

La Faige & La Boutresse. Les fiefs du Bourbonnais. La Palisse – Plon, 1896. – 648 p:  250 €

 

 

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