DESTIN D’ACTRICE : LA MOULINOISE SUZY CARRIER (1922-1999), VEDETTE DE CINÉMA DES ANNÉES 1940 et 1950

MISE À JOUR : 12 août  2017

Maurice SARAZIN

• Dans un dictionnaire du cinéma on trouve cette notice sur Suzy Carrier : « Après des études de piano et des cours au Conservatoire de Paris avec Denis d’Inès, elle se lança dans le cinéma où elle devint une des plus charmantes jeunes premières des années 40; jolie, photogénique et talentueuse, elle s’imposa dès son premier film et devint rapidement une vedette populaire. Sa grande période se situe pendant l’Occupation allemande et tout de suite après.  Le changement de mode des années 50 lui fut fatal et, après une dernière apparition dans Marie-Antoinette (1955), elle disparut des écrans et se laissa oublier. Mais ses anciens admirateurs se souviennent de ses rôles de Sybille de Ransac dans Pontcarral, son premier rôle, de Claire dans Secrets, d’Arlette dans L’Aventure est au coin de la rue. Dans ce dernier, elle montra qu’elle pouvait exceller aussi bien dans le comique que dans le dramatique, ce qu’elle confirma, sous la direction d’E. T. Gréville dans une excellente comédie douce-amère, Dorothée cherche l’amour. Elle a malheureusement rencontré trop rarement les metteurs en scène de valeur qui auraient pu exploiter complètement toutes les possibilités de son personnage, et sa carrière en a souffert.. ».

• L’essentiel est dit dans ces quelques lignes. Il nous reste à les développer afin de tenter de raconter ce que fut la vie et l’œuvre de cette artiste bourbonnaise. Une artiste qui, comme la Commentryenne Yvonne Rozille, ou la Nérisienne Lise Bourdin, ses contemporaines, semble avoir laissé peu de traces dans la mémoire des cinéphiles bourbonnais.

SUZY CARRIER, NÉE EN 1922 À MOULINS

  • Albert Carrier, père de Suzy, était né le 26 décembre 1893 au lieu-dit le Cerisier, à Saint-Aubin – commune du canton de Bourbon-l’Archambault, qui prendra en 1904 le nom de Saint-Aubin-le-Monial. Mais ses parents habitaient Moulins : le père, Louis Carrier, âgé de 36 ans, était tailleur de pierre ; la mère, Marie Besson, était âgée de 22 ans. Les deux témoins, ses grands-parents : Antoine Besson, 55 ans, journalier, demeurant au Cerisier, et François Carrier, 59 ans, demeurant au bourg ne signèrent pas l’acte de naissance, ne sachant pas écrire. Seul le déclarant, Louis Carrier, le signa, avec l’officier d’état-civil. Albert Carrier contracta mariage à Paris (1er arrondissement) le 15 juillet 1922 avec Catherine Birot, née à Pessac (Gironde) en 1904. Le ménage vint s’établir à Moulins. Albert Carrier exerçait alors la profession de cuisinier (1).
    La cathédrale de Moulins et la rue de Paris, vers 1910-1920…
    … et la rue de Decize, vers 1900. Entre les deux, la rue Regnaudin où résidaient les Carrier

    Sans titre
    L’immeuble dans lequel est née Suzy Carrier, au 8 rue Regnaudin (photo prise en 2016) (©Google Street View)
  • Selon l’acte de naissance n° 380 de l’année 1922 du registre des naissances de la ville de Moulins : « Le treize novembre mil neuf cent vingt-deux, une heure, est née, rue Regnaudin, 8 : Susy [sic], du sexe féminin, de Albert Carrier, et de Catherine Birot, son épouse ». La rue Regnaudin relie la rue de Paris à la rue de Decize. C’est là qu’Albert Carrier mourut, le 2 avril 1928. Il était alors veuf. La fillette, devenue orpheline, fut élevée par une tante. Elle fit ses études secondaires au lycée de jeunes filles de Moulins (actuel collège Anne de Beaujeu). Éprouvait-elle  alors un quelconque attrait pour le cinéma? On pourrait le croire à la lecture d’un article publié en 1945 dans l’Almanach Ciné-Miroir: Suzy Carrier ne connut d’abord du cinéma que ces immenses affiches polychromes collées  à grands coups de pinceaux sur les murs de la petite ville qu’elles mettent en émoi. Et cet émoi la toucha si profondément qu’elle se promit d’être un jour sur ces affiches« …

    Le Lycée de jeunes filles de Moulins (actuel collège Anne-de-Beaujeu)

 

SUIVRE L’EXEMPLE DE SA TANTE , PIANISTE 

Denis d’Inès, professeur d’art dramatique de Suzy Carrier

• Une autre tante de Suzy Carrier, Éliane Carrier, née en avril 1907 à Moulins, faisait carrière dans le chant (2). C’est probablement son exemple qui incita le jeune Suzy à se rendre à Paris, “ dans un pur esprit d’obéissance”, selon l‘Almanach Ciné-Miroir,  pour tenter une carrière de pianiste de concert. Dans ce but, elle fréquenta le Conservatoire de musique. Mais elle se rendit rapidement compte qu’elle ne possédait pas les fortes dispositions qu’exigeait ce métier. Elle s’orienta alors vers l’art dramatique, toujours soutenue par sa tante. Après avoir fréquenté les cours de Denis d’Inès et de Solange Sicard (3), elle se retrouva  classée première sur 50 concurrentes en jouant, le 13 janvier 1942,  une scène tirée de la pièce de Jean Sarment (1897-1976), Mamouret, qui avait été créée au Théâtre de Paris, le 11 février 1941. En mai 1943, elle obtiendra un engagement au théâtre dans La Dame de Minuit, une pièce de Jean de Letraz (1897-1954). Selon plusieurs témoignages, il apparaît que le comédien René Alexandre, qui constituait  avec son épouse Gabrielle Robinne un des couples les plus en vue de la scène théâtrale, a également  joué un rôle capital dans sa formation  à l’art dramatique.

Suzy Carrier Jury conservatoire Cinemondial - aout 1943
Quand Suzy Carrier, “recalée pour avoir du talent”,  évoquait le Conservatoire et son jury (Ciné-Mondial – août 1943)…
Suzy Carrier débuts cinéma Cinémondial 19 fevrier 1943
...et ses débuts devant la caméra: “J’étais paralysée et je me trouvais l’air bête” (Ciné-Mondial – 19 février 1943)

• Suzy Carrier, forte de ses premières expériences théâtrales, envisagea alors de préparer le concours du Conservatoire. Ce fut  un échec, à propos duquel elle ne mâchait pas ses mots, par presse interposée. Dans la rubrique Potin théâtral de l’hebdomadaire Paris Municipal (5 septembre 1943), on peut lire  que « furieuse de son échec au dernier concours du Conservatoire, la délicieuse Suzy Carrier ne cache pas son  dépit dans un journal de cinéma. Elle traite le jury d’assemblée de  vieux gâteux et d’octogénaires cacochymes » (sic). Ce qui lui vaut quelques conseils du rédacteur anonyme: « Vos succès de films vous feront oublier tout cela, prédit-il. Et tenez-vous donc tant à être de la maison de Molière? Vous avez la vie devant vous. Attendez que jeunesse se passe« …

 

LE DÉBUT DU VEDETTARIAT SOUS L’OCCUPATION

  • Suzy Carrier apparut dans un film documentaire d’une demi-heure tourné en 1942 dans les écoles privées d’art dramatique et dans lequel on pouvait la voir en compagnie de Fernand Ledoux, Daniel Gélin, Georges Marchal, Jean-Louis Barrault, Simone Valère, Sophie Desmarets, Julien Bertheau, Charles Dullin, Maria Casarès, Maurice Escande, René Simon, Raymond Rouleau, tous acteurs qui devaient faire  leur chemin.
  • Entre ce film d’essai et son premier grand succès au cinéma, Pontcarral, il ne s’écoule que quelques semaines: “Le cinéma pille volontiers les serres où des professeurs qualifiés “forcent” les talents en fleur », lit-on dans l’Almanach Ciné-Miroir de 1945. Il enleva Suzy Carrier qu’il conduisit dans les bureaux du directeur de production, à Pathé Cinéma, où MM. Raymond Borderie, Chritian Stengel, le metteur en scène Jean Delannoy et Pierre Blanchar restèrent muets en l’apercevant. Muets de saisissement. Ayant essayé toutes les jeunes comédiennes en renom, capables de tenir brillamment le rôle de Sybille de Ransac dans Pontcarral, ils avaient dû s’avouer qu’aucune n’était vraiment le personnage. Et voici qu’à l’instant, où tout semblait perdu, surgissait devant eux, nimbée de pureté, souriante et crâne (sic), Sybille elle-même« . Belle histoire…Trop belle, serait-on tenté de rajouter.
  • Pontcarral, colonel d’empire...Le film de Jean Delannoy qui révéla Suzy Carrier 

    Le metteur en scène Jean Delannoy décida donc de  l’engager pour son film Pontcarral qui devait  sortir en décembre 1942 et  obtenir un immense succès. La carrière de Suzy Carrier était lancée. Elle se fit rapidement une place dans le monde du spectacle. C’est ainsi qu’Albert Rancy, patron de cirque, qui avait été le conseiller hippique pour Pontcarral, fonda, à Neuilly, un manège où les artistes de cinéma pouvaient s’intéresser à l’équitation. Ce manège fut inauguré le 5 janvier 1943, et ce fut Suzy Carrier et Pierre Blanchar qui furent marraine et parrain des « Cavaliers de l’écran« , nom de ce manège. Une photo dans Paris Soir du 7 janvier 1943 montre les deux artistes pendant cette cérémonie, qui se déroula en présence de nombreuses autres vedettes.

    La passion de l’actrice pour le cheval, évoquée à la une de 7 jours (1942)

    Le magazine Actu se penche aussi sur les premières leçons d’équitation de Suzy Carrier
  • Secrets (1943) un film dans lequel Suzy Carrier retrouve Pierre Blanchar mais comme réalisateur

    Suzy Carrier apparut ensuite dans Secrets, un film dirigé par Pierre Blanchar, qui sortit en salles le 17 mars 1943. Dans Le Journal du 29 juin 1943 le chroniqueur Jean Roméis citait « Suzy Carrier, vedette J3, lancée au ciel étoilé du cinéma grâce au tremplin de la publicité où elle se maintient et se maintiendra par le secours d’un réel talent« . Il mentionnait le vœu de la jeune actrice d’ entrer à la Comédie-Française. Mais, dans cette entreprise, comme on l’a vu, elle subit un échec. On lit ainsi  dans Paris municipal du 25 juillet 1943 : « La jeune et ravissante Suzy Carrier, consacrée pourtant par l’écran et la scène, ne celait pas son dépit d’avoir fait chou blanc« . « On n’a pas non plus l’idée quand on est l’interprète de M. de Lettraz de concourir dans « Agnès », disait une gentille camarade » (4).  Un mois plus tôt, le 19 juin 1943, la jeune actrice s’était mariée à Paris (6ème arrondissement),  avec Georges Loublié, né à Paris en 1911, docteur en médecine depuis 1936.

    Suzy Carrier Studi Fournier Moulins 1943
    Suzy Carrier: portrait réalisé par le Studio Robert Fournier à Moulins, en 1943.

    Suzy Carrier Filbert Gil dans Secrets
    Sur le tournage du film Secrets, en compagnie de Pierre Blanchar et de Gilbert Gil
  • L’escalier sans fin (1943): Suzy Carrier aux côtés d’une pléiade de vedettes du 7ème Art

    Elle joua, la même année,  l’un des principaux rôles dans L’Escalier sans fin, film de Georges Lacombe, qui sortit le 25 août 1943. On pouvait lire, à ce propos, dans Paris Soir du 2 novembre 1943 : « Le gala organisé le samedi 6 novembre, à 19 h 30, par le cirque Albert Rancy au profit des œuvres de la piste s’annonce sous les meilleurs auspices. Le spectacle déjà attrayant par lui-même, s’augmentera d’attractions de choix et absolument inédites, telles que le baptême de quatre lionceaux qui ont vu le jour au cirque Rancy le 16 octobre dernier dont les marraines seront Mmes Suzy Carrier, Catherine Fontenay, de la Comédie Française, Jane Renouard et Madeleine Sologne ». On trouve une  photo de cette cérémonie  dans Le Matin du 8 novembre 1943. La dernière fois que Suzy Carrier apparut dans une production tournée sous l’Occupation, ce fut dans  L’Aventure est au coin de la rue,  film de Jacques Daniel-Norman, sorti le 18 février 1944. L’Almanach Ciné-Miroir, publié en 1945, résumait ainsi sa carrière sous l’Occupation: “ Aussitôt après “Pontcarral”, Suzy Carrier tourna “Secrets”, sous la direction de Pierre Blanchar puis s’égara dans “L’escalier sans fin”. Nous l’avons retrouvée dans “L’aventure est au coin de la rue” et nous l’attendons à  son prochain film”…

 

  • L'escalier sans fin critique Cinémondial 3 septembre 1943
    Une critique du film “L’escalier sans fin”, signée par Didier Daix dans Ciné-Mondial (3 septembre 1943)
    Paris-Soir (7 janvier 1943): Suzy Carrier avec Pierre Blanchar, lors du baptême  des Cavaliers de l’écran
    Le Matin (8 novembre 1943): Suzy Carrier et Albert Préjean  participent à un gala en faveur des anciens artistes

     

    Suzy Carrier Ciné mondial 7 janvier 1944
    Ciné-Mondial (7 janvier 1944) et D.I. (20 avril 1944)…La même photo de couverture pour annoncer le 4ème film de Suzy Carrier

     

    À la une du magazine DI (20 avril 1944) « Suzy Carrier, vingt ans, dans son 4ème film, » l’aventure est au coin de la rue », son dernier film tourné sous l’Occupation.

 

CARRIER Le Progrès 17 mars 1943
Le Progrès de l’Allier (17 mars 1943)

• Ce début de carrière rapide et l’attention que lui portent de plus en plus les journaux ne signifient pas pour autant que Suzy Carrier ait coupé les liens avec sa ville natale. Elle  revient à Moulins, à plusieurs reprises, sous l’Occupation. En août 1942,   un journaliste du Progrès de l’Allier vient l’interviewer dans la demeure familiale de la rue Regnaudin, où elle a retrouvé sa grand-mère,  après six mois d’absence. Elle est alors en train d’achever le tournage de Pontcarral et elle annonce qu’après les extérieurs, filmés à Angoulême, elle va rejoindre le soir-même les studios de Joinville. Elle évoque aussi  son prochain film, Secrets, sous la direction de Pierre Blanchar, qui joue le rôle principal dans Pontcarral, et qui interprétera  également le rôle titre. Sitôt Pontcarral achevé, elle se rendra à Arles pour les extérieurs. Elle révèle qu’elle y tournera une scène au cours de laquelle elle doit se suicider, revêtue d’une robe de mariée,  en se noyant dans les douves d’un château.  En réalité, révèle Ciné-Mondial (18 décembre 1942), Suzy Carrier refusera de tourner la scène, croyant comme on le lui avait dit que les douves du château de Servannes étaient infestées d’anguilles. Pierre Blanchar devra faire appel à une doublure,  championne de natation : « Cette comédie du suicide, lit-on dans Cine-mondial, faillit tourner assez mal (…) car la jeune nageuse, accoutumée à revêtir pour ses compétitions un costume évidemment plus pratique, s’empêtra dans ses voiles  et sa traîne longue de trois mètres et dut être repêchée  par quatre vigoureux machinistes« … Ce qui n’empêchera pas plusieurs journaux, lors de la sortie du film, d’évoquer « Suzy Carrier échappant de justesse à la noyade »... Le 17 mars 1943, Le Progrès de l’Allier lui consacre à nouveau un article. Elle est de retour à Moulins. Il s’agit cette fois-ci de promouvoir le film Pontcarral qui est projeté au cinéma l’Artistic. Le journal annonce qu’elle vient d’enchaîner le tournage d’un troisième film, L’escalier sans fin, aux côtés de Madeleine Renaud.

Cnémondial 18 décembre 1942
Ciné-Mondial (18 décembre 1942)

Suzy Carrier admirateurs 24 dcembre 1943
Des admirateurs de plus en plus nombreux pour Suzy Carrier qui goûte aux joies du vedettariat (Ciné-Mondial – 24 décembre 1943)
Suzy Carrier Une page de ma vie Cinemondial 26 février 1943
Ciné-Mondial (26 février 1943)

UNE CARRIÈRE POURSUIVIE APRÈS GUERRE, MAIS QUI NE DURERA PAS

 

  • Peu après la Libération, elle joua dans une comédie intitulée Colette et le Chat Tigre, pièce recommandée par l’Humanité, ce qui prouve que Suzy Carrier n’avait pas eu d’attitude compromettante durant l’Occupation, comme ce fut le cas pour d’autres artistes. Le 9 novembre 1945, sortit le film d’Edmond T. Gréville Dorothée cherche l’amour, dont Suzy Carrier est l’une des vedettes. En 1946, on la retrouve dans trois films dont elle était l’héroïne : Les Clandestins (17 avril),  Gringalet (28 août) et Désarroi (22 novembre).

• À Coblence, dans la zone d’occupation française en Allemagne, furent organisée des Journées du film français, du 16 au 31 octobre 1946, placées sous le patronage du ministère de l’Information. 150 personnalités avaient été invitées à ces journées qui obtinrent un grand succès. Parmi elles, figuraient deux comédiennes : Madeleine Sologne et Suzy Carrier.

 

 

Pluie d'étoiles almanach Ciné Miroir 1945
Suzy Carrier (avec Gilbert Gil): une carrière qui ne connaît pas d’interruption  à la Libération (Almanach Ciné-Miroir 1945)
Ciné Miroir (6 juillet 1948)

Marie Antoinette de Jean Delannoy (1955): seulement un second rôle pour Suzy Carrier

• Dans l’immédiat après-guerre, elle continua sur sa lancée, mais par la suite elle accepta de jouer dans des films de qualité parfois assez médiocre, dont on pourra retrouver la liste à la suite de cette biographie. En 1952, on  l’aperçoit sur le petit écran. Elle est l’une des invités de l’émission de Jean Nohain, Trente six chandelles. Ce jour-là, l’animateur a convié des chanteurs,  parmi lesquels André Dassary, Colette Renard, Marcel Amont et Jacques Pils. La danse est également présente avec Jacques Chazot, alors en début de carrière.

• Jean Delannoy, qui l’avait révélée en 1942, lui offrit une nouvelle chance en 1955 dans son film Marie-Antoinette, où elle interprétait un second rôle. C’est l’occasion pour elle de retrouver le dialoguiste Bernard Zimmer, déjà associé à Jean Delannoy pour Pontcarral.  Mais il était trop tard : « L’écran français avait renouvelé ses cadres dans tous les domaines et les ingénues perverses étaient maintenant préférées au type classique de l’ingénue tout court… » expliquait Joe Van Cottom dans Ciné revue, daté du 11 novembre 1981.  Comble de malchance, Suzy Carrier fut victime en juillet 1957 d’un grave  accident de la circulation,  rue de Ponthieu, en plein Paris. Il lui causa un traumatisme crânien, la laissant vingt-quatre heures durant dans  un coma profond, ce qui devait entraîner par la suite  de sévères troubles  de la mémoire. Lorsqu’elle sortira enfin de son coma, le chirurgien qui s’est occupé d’elle parlera même de véritable  « miracle« .

• Le Journal du Centre, dans son édition du 5 décembre 1957, écrivait à ce propos : « Suzy Carrier avait été blessée dans un accident de voiture. La 14ème  Chambre du tribunal correctionnel de la Seine a examiné hier après-midi les circonstances dans lesquelles s’était produite une collision de voitures le 27 juillet vers 1 h 30 du matin, rue de Ponthieu. Deux automobiles se tamponnèrent très violemment : l’une était pilotée par un Américain, M. Bobby Davis, l’autre par la comédienne Suzy Carrier qui fut blessée assez sérieusement à la tête. Une de ses amies, Mme Barba, qui se trouvait à ses côtés, eut la rotule brisée. Suzy Carrier, que représentaient Me Charles Delaunay et Gérard Rosenthal, demandait 300 000 francs de dommages – intérêts pour le traumatisme crânien dont elle dit avoir souffert… »

Suzy carrier 1970
Suzy Carrier en 1970, « comtesse et PDG »

• Au terme de quatre années de convalescence, émaillées d’une longue série de soins,  il deviendra difficile pour Suzy Carrier de poursuivre sa carrière cinématographique. Dans un article daté du 22 août 1970, que lui consacre l’hebdomadaire Télé 7 jours (n° 539), sous le titre « Treize ans après l’accident qui brisa sa carrière de star, Suzy Carrier est aujourd’hui comtesse et PDG« ,   on apprend qu’elle a tiré  un trait définitif sur sa vie d’artiste. Elle partage désormais son temps entre Courchevel, en hiver, où elle gère « un complexe commercial« , et le cap d’Antibes, le reste de l’année, où elle possède un hôtel, parmi « les plus sélects de la côte« . Au fil de l’interview, elle laisse toutefois entendre qu’elle ait pu envisager de reprendre sa carrière au cinéma, quatre ans après son accident: « Mes troubles de la mémoire n’ont jamais totalement disparu. Lorsque je me suis sentie en état de reprendre durablement ma vie d’actrice, j’ai longtemps hésité. Puis, j’ai compris qu’il était trop tard. Le cinéma avait beaucoup évolué et mon retour pouvait être un échec. J’ai préféré laisser aux gens qui m’avaient connue à l’écran, et peut-être aimée, le souvenir de ce que j’avais été pour eux« . Et, en toute franchise, elle ajoute devant le journaliste Jean-Claude Verots: « Je reconnais, sans fausse honte, que j’ai eu peur de recommencer ».

Suzy Carrier 24ème gala de l'Union des artistes
Suzy Carrier, en 1954,  au Cirque d’hiver, lors du 24ème Gala de l ‘Union des artistes 

GEORGES LOUBLIÉ, RAYMOND SCHMITT, ALEXANDRE BORGIA…TROIS MARIAGES ET AUTANT DE  DIVORCES 

  • Suzy Carrier en 1969

    Bien que le mariage de Suzy Carrier avec le Docteur Loublié ait été dissous par jugement du tribunal civil de la Seine le 1er juillet 1949, ce dernier resta néanmoins un ami sûr pour elle. Le 17 janvier 1952, elle s’était remariée avec un banquier, Raymond Léopold Schmidt, né à Paris en 1915, mariage lui aussi dissous par le même tribunal le 6 septembre 1957. C’est sans doute à cette époque qu’elle acquit une somptueuse villa située au Vesinet, au cœur d’un vaste parc qu’elle baptisa Villa Pontcarral, en souvenir du film qui avait lancé sa carrière: « Si elle a depuis longtemps quitté Le Vésinet, Suzy Carrier y a laissé le souvenir d’une voisine discrète, désormais estompé. La villa a conservé son nom jusqu’au début du XXIe siècle, les nouveaux occupants n’ayant sans doute plus la nostalgie des barons d’Empire« , peut on lire sur le site consacré à l’histoire du Vésinet.

La villa Pontcarral, au Vésinet, jadis propriété de Suzy Carrier

Suzy Carrier, à la une de la Revue Festival
  • En troisièmes noces elle épousa, à Antibes, le 10 avril 1958, Alexandre Borgia, né en 1921 à Istanbul. Nice Matin du vendredi 11 avril 1958 consacra un article à cette cérémonie : « Un nouveau mariage qui a provoqué le déplacement de reporters photographes de presse et de la radio a eu lieu hier à Antibes où Mlle Suzy Carrier,vedette de cinéma, a convolé en justes noces avec le comte Alexandre Borgia. M. Marc Pugnaire, maire d’Antibes, a procédé à l’union des jeunes époux. De nombreux amis et connaissances avaient tenu à féliciter la jeune vedette et son mari. Suzy Carrier était simplement, mais élégamment habillée d’un tailleur bleu roi, tandis que le comte Alexandre Borgia portait un strict costume bleu marine. Les nouveaux époux habiteront au cap d’Antibes dans une charmante villa, »La Sabrina ». Le comte Alexandre Borgia est administrateur de sociétés et exploite, d’autre part, une plage au cap d’Antibes. Les nouveaux époux et leurs invités ont regagné en  voiture leur résidence du Cap, accompagnés de leurs invités, où un lunch avait lieu ».  Son union avec Alexandre Borgia dura beaucoup plus longtemps qu’avec ses précédents époux. Mais ils finirent par se séparer en 1972 et le divorce fut prononcé par jugement du tribunal de grande instance de Grasse rendu en mars 1975, confirmé par un arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence rendu le 27 août suivant.

    Sans titre
    Suzy Carrier et son 3ème époux, Alexandre Borgia(1958)
Suzy Carrier en compagnie de Ralf Vallone et de Robert Lamoureux (1954), en couverture de Cinémonde

UN   ULTIME FILM EN 1985

  • Suzy Carrier fit une ultime apparition au cinéma, en 1985, dans Seul le vent connaît la réponse, un film du réalisateur allemand Alfred Vohrer. Elle vécut ensuite dans la retraite à Grasse. Dans les premiers temps, elle était reconnue dans la rue par des gens qu se souvenaient de ses films, et elle retrouvait alors son lumineux sourire. Elle eut encore de graves  ennuis de santé : atteinte d’un cancer, elle dut être opérée plusieurs fois.  Face à toutes ces épreuves, elle tirait un réconfort de la musique qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer. Elle se consacrait également avec beaucoup de dévouement à « La Roue tourne », une œuvre destinée à venir en aide aux vieux comédiens déshérités,fondée par le comédien Paul Azaïs.

    Les Cahiers bourbonnais (n° 176 – été 2001), une des rares publications bourbonnaises à avoir annoncé le décès de l’actrice… mais avec 18 mois de retard

• Peu à peu l’oubli ensevelit Suzy Carrier, au point que sa mort passa inaperçue. Son acte de décès, dressé par la mairie de Grasse, est ainsi rédigé : « Le vingt-neuf novembre mil neuf cent quatre-vingt-dix neuf, à dix-neuf heures quarante cinq minutes, est décédée, route de Clavary, Susy [sic] Carrier, née à Moulins, Allier, le 13 novembre 1922, retraitée, domiciliée à Grasse, Alpes-Maritimes, 14 avenue Thiers… ». Dans son Bourbonnais natal, il semble bien que Les Cahiers bourbonnais furent les seuls à signaler sa disparition,  mais avec un peu de retard, dans leur n° 176 (été 2001, p. 116.). Hasard des dates, le même numéro qui ne consacrait que quelques lignes à Suzy Carrier, comportait 7 pages  dédiées au « Fabuleux parcours d’une jeune (comédienne de cinéma)  bourbonnaise : Audrey Tautou ». Fin de parcours dans un quasi-anonymat pour l’une, accélération de carrière au cinéma et tambour médiatique  pour l’autre…

Immeuble S. Carrier
14 avenue Thiers, à Grasse (au centre) : l’immeuble dans lequel résidait Suzy Carrier avant sa disparition (© Google Streetview)

• Autre signe de cet oubli, sa tombe au cimetière Sainte-Brigitte, à  Grasse semble être à l’abandon, ainsi que le montre la photo ci-dessous prise en 2014. Nulle pierre tombale. Un simple lit de gravier blanc sur lequel une pancarte blanche mentionne sobrement « Suzy Carrier Comédienne 1922-1999« . Pour combien de temps encore?   Sic transit gloria mundi … Quant à sa famille, elle repose au cimetière de Moulins où sont inhumés  ses grands parents, Louis Carrier (1857-1920) et   Marie Suzanne Carrier, née Besson (1871-1950), ainsi que son père,  Albert Carrier ( 1893-1928). Enfin deux tantes de Suzy Carrier reposent également a Moulins: il s’agit de   Rosalie Carrier (1889-1941) et d’Éliane Carrier (1907-1955) qui lui servit de mentor à son arrivée dans la capitale. Formons le vœu que Suzy Carrier puisse, un jour, quitter  la terre de Grasse pour rejoindre les siens en terre bourbonnaise.

Tombe Suzy Carrier 2014
La tombe de Suzy Carrier au cimetière Sainte-Brigitte  de Grasse (photo prise en 2014) © Cimetières de France et d’ailleurs
Le Film complet (23 septembre 1948)…Un titre prémonitoire

SUZY CARRIER, VEDETTE DE CINÉMA

FILMOGRAPHIE 

 

I- LES FILMS RÉALISÉS SOUS L’OCCUPATION

1 –  Pontcarral, colonel d’Empire

  • Albéric Cahuet, né en 1887 à Brive-la-Gaillarde, critique littéraire à l’Illustration, littérateur et historien, décédé le 31 janvier 1942, avait publié en 1937, chez Fasquelle, dans la collection « Bibliothèque Charpentier« , un roman de 285 pages sur les demi-soldes : Pontcarral. Le réalisateur Jean Delannoy (1906-1995) l’adapta pour l’écran avec des dialogues de Bernard Zimmer.
Jean Delannoy, réalisateur

Résumé de cette comédie dramatique  : Un officier resté fidèle à Napoléon (Pontcarral : Pierre Blanchar) épouse par dépit une orgueilleuse jeune femme Garlone de Ransac (Annie Ducaux) dont il tue en duel l’ancien amant (Hubert de Rosan : Jean Marchat). Il est tenté un instant de refaire sa vie avec sa jeune belle-sœur (Sybille : Suzy Carrier). À l’avènement de Louis-Philippe, il part combattre en Algérie et il y meurt.

  • Malgré les rigueurs de l’époque, on ne ménagea pas les efforts pour rendre la mise en scène somptueuse. Comme le rapportait la Vie parisienne du 25 décembre 1942 : « 123 tonnes de plâtre ont servi à la construction des 45 décors conçus par Pimenoff  (5), 150 machinistes, menuisiers, 50 peintres et 50 staffeurs ont travaillé sans relâche à cette construction pendant plus de dix semaines. 1 200 costumes, 350 paires de bottes et 300 perruques furent distribués aux acteurs. L’élégance d’Anne Ducaux fera sensation dans ce film : pour elle Annekoff (6) a spécialement dessiné 25 toilettes étonnantes ; 25 pour la ravissante Suzy Carrier ; Pierre Blanchar n’a que 12 changements…mais quels uniformes! »
Annie Ducaux et Pierre Blanchar
  • On pouvait lire dans Comoedia du 27 juin 1942 : « Jean Delannoy tourne Pontcarral. Une jeune fille tout à fait inconnue, Suzy Carrier, à qui a été confié le rôle extrêmement important de Sybille : cette jeune artiste de 19 ans achève sa première année de Conservatoire. Ses affinités physiques avec le personnage de Sybille l’ont fait choisir (…) La semaine dernière, la timide et rougissante Suzy Carrier connut son premier émoi de vedette : elle fut abordée à la sortie de son hôtel par un jeune homme qui lui demanda un autographe… « Il m’a semblé, confessa-t-elle plus tard, que je ne savais tout à coup plus écrire : j’étais beaucoup plus intimidé que mon interlocuteur… »

Les extérieurs  tournés dans la campagne charentaise, aux environs d’Angoulême, à partir du 11 juin 1942, furent achevés en juillet 1942. La première représentation pour toute la France eut lieu le mercredi 25 novembre 1942 au Pathé cinéma, à Lyon, dans le cadre de la campagne annuelle de propagande du comité de Lyon de la Croix-Rouge française. Une autre représentation eut lieu le 30 novembre à Angoulême, puis à Paris, avec la sortie officielle,  à partir du 11 décembre. Dans la presse, l’accueil fut chaleureux. Qu’on en juge à la lecture des extraits suivants:

Lucien Rebatet, alias François Vinneuil

◘  Pour François Vinneuil (7dans le Petit Parisien, (20 octobre 1942),« … Le mouvement est excellent, la narration vivante, variée, d’un intérêt qui ne faiblit pas un instant. Les nombreuses péripéties s’enchaînent à merveille. Les paysages périgourdins, les décors, les costumes sont traités non seulement avec un soin extrême, mais un goût, un sens du pittoresque qui donnent à ce très bon film populaire une véritable qualité artistique (…) Pontcarral nous apporte même une nouvelle vedette, Suzy Carrier, qui, à 19 ans, a peu d’expérience, bien entendu, mais beaucoup de fraîcheur, d’enjouement et de simplicité » 

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◘ « …Outre la mise en scène extrêmement soignée de Jean Delannoy, l’interprétation de Pontcarral est l’un des attraits du film (…) Dans le rôle de Sybille une jeune débutante, Suzy Carrier, se révèle. Elle est l’ingénue-type, et l’on ne pouvait trouver pour le personnage une interprète qui fut avec plus de justesse Sybille de Ransac. Dans cette active prospection qui est faite actuellement dans les milieux « jeunes », il semble que Suzy Carrier soit la vraie révélation de l’année... »  écrit Roger Régent dans les Nouveaux temps (12 décembre 1942) (8).  

◘ Six ans plus tard, dans son livre Cinéma de France sous l’Occupation, il  reviendra sur Pontcarral:  « La réalisation de Jean Delannoy était fort bien ajustée  à la ligne de l’histoire (…). On ne saurait parler de Pontcarral qui devait être un des plus grands succès commerciaux de ces quatre années cinématographiques sans dire combien l’interprétation rehaussa encore le prestige du film « . Reprenant l’argument de l’absence d’ingénue dans le cinéma français, il ajoute à propos de Suzy Carrier: « Celle-ci, qui lui était donnée, était jolie et, si elle était encore inexpérimentée dans son jeu, il ne fallait point s’en étonner puisque, moins de deux mois plus tôt, elle donnait la réplique dans un cours d’art dramatique et qu’elle avait été pour ainsi dire livrée à la comédie par l’entremise exclusive de ce rôle de Sybille qu’on lui avait fait travailler syllabe par syllabe. Elle montrait des dons et une fraîcheur que l’on n’avait pas retrouvée depuis les premières apparitions de Madeleine Ozeray. Nos scénaristes qui n’osaient plus faire dans leurs films la plus petite place pour Agnès, faute d’interprète, allaient pouvoir écrire de nouveau le langage de l’innocence« 

◘ Dans L’Appel (9du 17 décembre  1942)  Pierre Ducrocq note que « … Le public n’a aucun effort à faire pour y trouver ce qu’il veut, de l' »élite » au spectateur le plus populaire. Rien d ‘ésotérique en cet ouvrage. De l’action qui se suit passionnément, une histoire d’amour et de guerre, un son de grondement de tambours sous les battements de trois cœurs… » 

◘ Le Journal, (17 décembre 1942) parle d’un « film grandiose, très français de conception, et qui plaira à tous les publics de chez nous « .

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◘ Le Matin,  daté du 5 décembre 1942, met l’accent sur les deux « révélations » du film: « On peut dire que l’un des mérites de Pontcarral est de nous révéler deux jeunes nouveaux visages qui, si nous ne nous trompons pas, seront avant longtemps sur nos écrans ; il s’agit tout d’abord de Suzy Carrier qui pour ses débuts assume la tâche d’un rôle très lourd. Elle sort de cette pépinière de jeunes comédiens qui au sein de la firme Pathé reçoivent une formation « cinématographique » (…) ; l’autre jeune révélation est Simone Valère« . Précisons que   celle-ci interprétait le rôle de Blanche de Mareilhac.  

Cinémondial Pierre Blanchar Pontcarral septembre 1942

Suzy Carrier (1942), lors de la sortie du film

◘ Hélène Garcin dans Aujourd’hui, (19 décembre 1942) écrit: « …Jean Delannoy (…) a réalisé une œuvre solide, brillante, ample, très cinéma (…) On aimera le sujet de Pontcarral, cette exaltation du sentiment de l’honneur et du patriotisme – autant pour ses vertus positives que pour son absence de prétention moralisatrice; Ce beau sujet méritait un beau film…  » 

« Auprès de Pierre Blanchar et d’Annie Ducaux, couple idéal de cette réalisation sensationnelle, une inconnue, Suzy Carrier, apparaît comme la révélation de 1943. C’est une nouvelle vedette qui vient et dont l’éclat ne tardera pas à briller plus encore » prophétise Ouest Éclair (23 décembre 1942).

«  Suzy Carrier délicieuse et pleine de talent« …

◘ « Le film de Jean Delannoy est nerveux, adroit, intelligent et mâle ; les images de Christian Matras [1903-1977] sont d’une perfection étonnantes, les décors de Pimmenoff d’un goût très sûr et la musique de Louis Beydts [1895-1953] de tout premier ordre (…) L’interprétation est dominée par la composition de grande classe de Pierre Blanchar qui est un Pontcarral plus que parfait : inoubliable. La petite Suzy Carrier dont ce sont pratiquement les débuts à l’écran est délicieuse et pleine de talent«  selon la Vie parisienne (25 décembre 1942).

Pontcarral 20 nov. 1942 Cinémondial
Un reportage sur Pontcarral, publié peu avant la sortie du film, dans Ciné-Mondial (20 novembre 1942)

Au milieu de ce concert d’éloges, on ne s’étonnera guère de trouver le magazine L’Illustration, dont Albéric Cahuet, prématurément décédé après avoir approuvé le scénario de Bernard Zimmer, était l’un des plus anciens collaborateurs. Il y  tenait notamment la critique littéraire.

SORBETS Gaston (1930) - Copie
Gaston Sorbets

Dès le 15 août 1942, L’Illustration (n°5188) avait publié un premier reportage consacré au tournage des extérieurs du film, dans les environs d’Angoulême,  sous la signature de Bernard Zimmer…dialoguiste du film: « Garlone, Sybille de Ransac, le colonel Pontcarral (…), toutes ces créations de passion, de   gloire, de douleur (…) ont réellement pris à Angoulême une consistance plus épaisse que celle d’une ombre, une existence plus vraie que la nôtre (…). Ils aideront les pauvres humains de 1942 à s’évader du temps présent« , prédit Bernard Zimmer.

Pontcarral (Pierre Blanchar) face à Sybille de Ransac (Suzy Carrier)

◘ Dès sa sortie en salle, Pontcarral est salué sur deux pages, abondamment illustrées, dans le n° 5205 daté du 12 décembre 1942. C’est Gaston Sorbets, le rédacteur en chef de l’Illustration en personne, qui s’en charge: « Le film tiré du célèbre roman de notre  éminent et regretté collaborateur Albéric Cahuet (…) vient d’être offert au public. Il a pris d’emblée la place parmi les plus grands films français« , n’hésite-t-il pas à affirmer dès les premières lignes.

Pontcarral encore à l’affiche des cinémas montluçonnais en janvier 1944

Comme nombre de ses confrères, Gaston Sorbets  met en vedette Suzy Carrier en écrivant: « Quant à cette délicieuse création d’Albéric Cahuet, qui a nom Sybille de Ransac, pour la personnifier les animateurs  (sic) du film, dans la recherche d’une interprète qui fût une toute jeune fille pleine de fraîche spontanéité et de grâce native, on trouvé une élève de leur école préparatoire et ils l’y ont essayée. Or Mademoiselle Suzy Carrier, c’est Sybille de Ransac elle-même. Inconnue d’hier que voila consacrée vedette ».

► Visionner un extrait de Pontcarral, colonel d’empire :

PONTCARRAL, UN FILM « RÉSISTANT« ?

  • Pierre Dejussieu, Compagnon de la Libération,  alias Pontcarral dans la Résistance

    Un peu abusivement, le film a été présenté comme adoptant une attitude de résistance à l’occupant. Pierre Blanchar incarnait un héros qui nargue le pouvoir, donc un résistant. C’est notamment le point de vue affiché par Roger Régent, dans son livre Cinéma de France sous l’Occupation, publié en 1948: « On ne peut aujourd’hui parler de Pontcarral sans divulguer les intentions secrètes dont les auteurs avaient chargé leur film. En plus d’un endroit et sous diverses formes, l’ouvrage allait sournoisement caresser le patriotisme enfoui par obligation dans le cœur des spectateurs ». Et  de poursuivre: « À une heure où le drapeau français était rigoureusement banni du territoire, où toute musique militaire, toute manifestation nationale étaient considérées comme subversives et dangereuses, le film  apportait des échos de gloire et d’héroïsme qui ne pouvaient tromper les esprits avertis. Pour quiconque avait l’habitude de jauger une salle de cinéma, de prendre la température de ces masses assemblées devant un écran, il n’y avait pas de doute possible: Pontcarral allait fouetter chez les Français le sentiment national. Dès les premières représentations,  des manifestations eurent lieu, en effet, qui firent craindre l’interdiction pure et simple du film. Au cours de la projection et notamment quand dans les dernières images, le colonel défile en tête de son régiment et part pour l’Afrique dont la conquête commence, les applaudissements ne manquèrent jamais d’éclater« .

    Publicité Pontcarral Cinémondial

  • De ce point de vue, le retentissement qu’il eut dans l’opinion est prouvé par le fait que des résistants adoptèrent le pseudonyme de Pontcarral : c’est le cas de Pierre Dejussieu (1898-1984), chef de bataillon en 1940, affecté à Clermont-Ferrand, qui entra rapidement dans un mouvement de Résistance et qui dirigea l’Armée secrète au plan national. Il fut nommé compagnon de la Libération. Un autre résistant, connu au plan local, adopta le même pseudonyme. Il s’agit de Roger Dudenhoffer (1901-1998), ingénieur des Mines, qui travaillait au ministère de la Production industrielle à Vichy, et qui représenta la Résistance au moment de la Libération de Vichy, fin août 1944.
Alberic Cahuet, auteur du roman Pontcarral

• Ce film – l’un des 32 tournés en 1942 en France – n’est pourtant qu’une très libre adaptation d’un roman historique et régionaliste d’Albéric Cahuet. Il n’empêche que  Pontcarral connut  un succès considérable, à Paris comme en province. Le Journal des Débats du 11 novembre 1943 annonçait la projection de Pontcarral, colonel d’Empire, au cinéma « Capitole » à Clermont-Ferrand. Il était toujours projeté à Montluçon sur les écrans du Palace et du Cinémonde  en janvier 1944, soit plus d’un an  après sa sortie nationale. Après la Libération, il fut de nouveau admiré. On lisait dans le quotidien parisien Ce soir, dirigé par Louis Aragon, à la date du 15 octobre 1944 :

Bernard Zimmer (1893-1964), auteur des dialogues du film

« ...La censure allemande crut, en supprimant quelques passages,   – rétablis depuis – retirer au film de Jean Delannoy le souffle de l’insurrection qui traverse tout le film. Peine perdue! Tout Paris, et toute la France l’ont reconnu avec cet instinct infaillible,d’un peuple uni par le malheur. On reverra avec joie dans ce film la silhouette de Pierre Blanchar,qui a tant fait pour la résistance du cinéma français » (10).  Suzy Carrier, comme on l’a vu,  posséda au Vésinet une propriété de 3 700 m², avec villa de style néo-classique construite vers 1870. Consciente de ce que sa carrière devait au film de Jean Delannoy, elle lui avait donné pour nom  Pontcarral (11).  En 1996, enfin,  une cassette vidéo du film a été commercialisée dans la collection « Le cinéma français sous l’Occupation« .

Suzy Carrier et Pierre Blanchar

DEUX POINTS DE VUE SUR PONTCARRAL,  FILM « RÉSISTANT »

• Dans son livre La France de Pétain et son cinéma (éditions Henri Veyrier – 1981), Jacques Siclier (1927-2013), journaliste, critique cinématographique et historien du 7ème Art, a consacré plusieurs pages à « Pontcarral, colonel d’empire »: « Avec Pontcarral, colonel d’empire de Jean Delannoy (…), le cinéma français connut l’un de ses plus grands succès. C’est là sans doute que l’association Bernard Zimmer, adaptateur et dialoguiste, et Pierre Blanchar, interprète principal, fut la plus heureuse depuis  « Le coupable ». L’opposition acharnée d’un ancien colonel, dignitaire  d’empire retiré en « demi-solde » à Sarlat, à la société de la Restauration, de Louis XVIII à Charles X,  son mariage avec une aristocrate à laquelle il se heurte,  qui l’humilie et dont il se venge, avaient de quoi enthousiasmer un public très attaché au mythe napoléonien, aux grandeurs des temps de victoire, et qui se trouvait ainsi attaché au conformisme moral ambiant ». Jacques Siclier évoque ensuite un Pierre Blanchar « dont l’emphase devenait ici une qualité (qui) se montra superbe, face à Annie Ducaux, excellente Garlone de Ransac« . Il ajoute que « Suzy Carrier, ingénue s’éveillant à l’amour (…) faisait de beaux débuts. Pierre Blanchar devait ensuite la diriger  dans « Secrets », où elle eu beaucoup moins de présence« .

•  Sur la question de l’esprit de Résistance affiché par le film, Jacques Siclier se veut nettement plus nuancé que Roger Régent: « Il s’est établi autour de Pontcarral une sorte de légende de « film résistant » qui,  si elle n’est pas tout à fait fausse, est tout de même abusive, écrit-il. Les dialogues acérés de Bernard Zimmer y sont bien pour quelque chose, lorsqu’ils brocardent le pouvoir royal.  Mais fallait-il y voir vraiment des allusions contre le régime de Vichy?  Si j’en juge par mon expérience personnelle, on n’a pas tellement senti cela à l’époque. Pétain étant encore révéré des Français, lesquels ne songeaient pas à le comparer à Louis XVIII et à Charles X. Il y avait dans Pontcarral davantage un  esprit de fronde que de résistance. Ce film flattait avec habileté un patriotisme passant par les gloires du premier empire (…) à l’allusion finale à notre empire colonial« . Jacques Siclier qui se dit « insensible à ce chauvinisme, n’en reste pas moins un défenseur de ce film historico-romanesque qui avait du panache et du style et résiste, sur ce plan-là, à l’épreuve du temps« . Et  d’assurer que « c’est évidemment bien meilleur, dans la carrière de Delannoy, que l’Eternel retour« .

• Autre point de vue, celui d’Henry Coston, un journaliste  qui fut très impliqué dans la Collaboration. Dans  L’âge d’or des années noires (Publications Henry Coston, 1996), il conteste cette vision « résistante » du film: « En sollicitant les textes et les scènes, on a découvert, après coup, que Pontcarral, de Jean Delannoy, était un film résistant: le héros, rôle tenu par Pierre Blanchar (qui devait être après la libération  un « épurateur » féroce), répliquait à son juge: « – Sous un tel régime, Monsieur, c’est un honneur que d’être condamné »… Bien sûr, ceci se passait sous la Restauration, il n’empêche que les spectateurs les moins pétainistes avaient pu y voir une allusion au régime de Vichy ». C’est ce qui fera écrire à Jean Tulard, dans son Dictionnaire du cinéma: « Indiquant son interprétation de Pontcarral comme  un acte de résistance, Pierre Blanchar jouera, semble-t-il, les épurateurs à l’égard de ses confrères« 

2- Les autres films tournés sous l’Occupation

Secrets (1943)

  • Pierre Blanchar ne fut pas seulement un acteur de cinéma, il réalisa aussi deux films : Un seul amour et Secrets. Ce dernier est une adaptation d’une pièce d’Ivan Tourgueniev (1818-1883) : Un mois à la campagne. Le dialoguiste, Bernard Zimmer,  déjà à la manœuvre pour Poncarral, avait choisi de situer l’action en 1942, mais n’a pas pour autant trahi l’œuvre de l’écrivain russe. La musique est d’Arthur Honegger (1892-1955). D’Arles, le 20 septembre 1942, Bernard Zimmer (12) écrivait à son ami Henri Pourrat, à Ambert : « Depuis plus d’une semaine nous voici « en »Arles à tourner les extérieurs d’un film qui met en scène et où joue Pierre Blanchar. Nous partons très tôt pour les extérieurs dans une grande propriété, à 25 kilomètres et rentrons tard le soir… »

• Cette comédie dramatique – sortie sur les écrans le 17 mars 1943peut se résumer brièvement ainsi : dans une famille provençale aisée, le précepteur (Michel Aylias : Gilbert Gill) d’un jeune garçon (Pitou : Carlettina) sème le trouble dans les âmes féminines : la maîtresse de maison (Marie-Thérèse : Marie Déa), sa filleule, Claire, interprétée par  Suzy Carrier. A la fin, Pitou devient bon élève et Claire se fiance à Michel.

Les principaux interprètes du film (© http://www.unifrance.org)

La critique fut favorable, quasiment sans exception. En témoignent les extraits suivants :

◘ « L’interprétation par Pierre Blanchar lui-même d’un rôle qu’il dit souhaiter modeste mais que sa forte personnalité ramène malgré lui au tout premier plan ; celles de Marie Déa, de Jacques Dumesnil, de Carlettina – en petit garçon – de l’exquise Suzy Carrier, de Gilbert Gil et de Marguerite Moreno ajoutent à ces Secrets celui du succès » (Le Matin, 20 mars 1943).

◘ « Suzy Carrier prête toute sa fraîcheur et l’ingénuité de sa jeunesse [au rôle] de Claire. Elle est parfaite de naturel ainsi que Gilbert Gil (Michel)… » (A. Diard dans La France socialiste, 20 mars 1943).

◘  « Le talentueux comédien P. Blanchar a gagné une belle partie. Avec Secrets il a débuté brillamment dans la mise en scène. Son film est une réussite tant au point de vue technique que spectaculaire… » (Jean Laffray dans L’Ordre 22 mars 1943).

◘ « …Et louons particulièrement Suzy Carrier au minois ravissant, à la sensibilité si vive ; après Pontcarral voilà un second rôle qui la classe définitivement » (André Le Bret dans Paris Soir, 23 mars 1943)

◘ « L’interprétation est hors de pair. Qu’il s’agisse de Marguerite Moreno, de Carlettina, de Gilbert Gil, de Suzy Carrier, de Marie Déa, de Jacques Dumesnil, on est émerveillé de ce que peuvent « rendre », sous la direction d’un metteur en scène vivant par et pour le cinéma, des comédiens doués par la nature et sûrs de leur métier… » (Le Journal, 25 mars 1943).

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◘ »… Ce film n’a guère cessé de m’ennuyer que pour m ‘irriter (…) L’erreur initiale est dans le scénario (…) M. Blanchar est sorti de ce métier qu’il connaît pour s’essayer à un autre qu’il ignore complètement (…) Je ne vois à excepter dans Secrets que Mme Marguerite Moreno, la petite Carlettina (…) et surtout Mlle Suzy Carrier, charmante « J3 », ajoutant cette fois l’aisance et un gracieux élan à la fraîcheur qu’on lui connaît depuis Pontcarral… » (François Vinneuil dans Je suis partout, 26 mars 1943).

◘ « …En Suzy Carrier gauchement gracieuse, comme un petit canard, fleurit toute la joie, toute la tendre innocence de la jeunesse... » (Hélène Garcin dans Aujourd’hui,  27 mars 1943).

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◘ »…Secrets est un film très agréable qui porte doucement à la rêverie et vous conduit sans heurt ni regret de la première à la dernière image (…) Suzy Carrier, fine, jolie et primesautière ne déçoit pas les espoirs qu’on nourrit autour de sa jeune personne… » (Arthur Hoérée dans Comoedia, 27 mars 1943).

Secrets Cinémondial 22 janvier 1943
Ciné-Mondial consacre plusieurs articles au tournage du  film “Secrets” en janvier 1943…

• Dans son livre Cinéma français sous l’Occupation, Roger Régent emboîte le pas à ses confrères: « Quant à Suzy Carrier, qui était devenue depuis Pontcarral l’ingénue type du cinéma français, ses qualités  dans « Secrets » paraissaient plus vives encore ». Et de s’interroger, cinq ans après la sortie du film sur le parcours de l’actrice: « On comprend mal qu’une carrière aussi fermement commencée n’ait su garder sa rectitude et cela nous montre à quel point toute prophétie, toute spéculation sont vaines au cinéma et combien fragile est la destinée des vedettes et de toutes celles qui paraissent le mieux équipées  pour aller au bout du succès« .

Suzy Carrier Secret Cinémondial décembre 1942
...et en décembre 1942

 • Le 29 avril 1943, Suzy Carrier assista à Moulins à la projection de Secrets, à l’« Artistic« , place Garibaldi. Elle fut applaudie par le public et donna des autographes.  À  Clermont-Ferrand, la projection de Secrets « le gros succès de Pierre Blanchar » débuta au cinéma  « A.B.C. », le 7 octobre 1943.

L’escalier sans fin (1943)

  • Georges Lacombe (1902-1990), sur un scénario et des dialogues de Charles Spaak (1903-1975) – l’un des meilleurs scénaristes de l’époque – réalisa un film de 1 heure 40, qui sortit le 25 août 1943 : L’Escalier sans fin, ainsi annoncé dans le Matin du lundi 23 août 1943 : « De Madeleine Renaud, Suzy Carrier, Colette Darfeuil, qui l’emportera auprès de Pierre Fresnay? C’est ce que vous saurez en voyant à partir de mercredi la nouvelle réalisation de Georges Lacombe, L’Escalier sans fin, scénario original et dialogue de Claude Spaak, qui passera en double exclusivité au Colisée et l’Aubert-Palace ».

Le thème est le suivant: Émilienne est assistante sociale, amoureuse de l’un de ses clients, Pierre, qui vit largement d’expédients. Malgré les avances de cette dernière, c’est avec Anne, la jeune sœur d’Émilienne, qu’il choisira de refaire sa vie et de rentrer dans le droit chemin » (Wikipédia).

  • Georges Lacombe, réalisateur du film

    Dans le générique on remarque : Florence (Colette Darfeuil), Fred (Raymond Bussières), Stéphane (Fernand Fabre). Suzy Carrier incarne Anne Périer la jeune sœur de l’assistante sociale (Emilienne Périer : Madeleine Renaud) : à la fin, elle épouse Pierre (Pierre Fresnay), pauvre garçon qui a toujours vécu sans principes moraux ; tandis que l’assistante sociale continue de gravir « l’escalier sans fin » des misères à soulager. « Pierre Fresnay n’était pas très à l’aise en mauvais garçon. Ce registre convenait davantage à Jean Gabin pour qui d’ailleurs ce rôle avait été écrit. Comme il était parti aux États-Unis, Fresnay le remplaça » (Georges Lacombe dans : C. Gilles, Le cinéma des années quarante par ceux qui l’ont fait, tome III, l’Harmattan, 2000, p. 122).

    Les principaux interprètes du film (© http://www.unifrance.org)

• Le côté mélodramatique appuyé du film a été souligné par certains. Mais la plupart des critiques se déclarèrent satisfaits de cette comédie dramatique, avec cependant quelques exceptions :

◘ « Bon film (…) Bon scénario surtout et excellent dialogue d’un Charles Spaak bien inspiré (…) Suzy Carrier réjouit le regard, mais semble dépassée par les quelques scènes dramatiques que comporte son rôle… », écrit  François Holbane dans Paris Midi, (29 août 1943)

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◘ »…Le scénario de M. Charles Spaak est rempli de bonnes intentions, mais il est exagéré dans la forme et dans le fond (…) Malgré tout on peut aller voir ce film sans regretter sa soirée (…) Citons Suzy Carrier, Colette Darfeuil et Bussières, tous les trois excellents… » (Jean Laffay dans un journal daté du 30 août 1943 et  non identifié).

◘ Le 1er septembre, le même journal revient à la charge: « Si l’on pardonne à Georges Lacombe certaines longueurs (…) cet Escalier sans fin se classe parmi les meilleurs films de la saison. Pierre Fresnay nous apparaît sous la casquette du mauvais garçon (…) La sensibilité de Madeleine Renaud s’emploiera à le ramener dans le sentier, sinon de la vertu, du moins de la morale. Mais le miracle que son cœur (…) n’aura pas su accomplir ,sa jeune sœur l’accomplira sans même s’en rendre compte ; il faut dire que cette jeune sœur ressemble plus qu’une jumelle à l’exquise  Suzy Carrier...« 

◘ »A l’encontre des autres films que le cinéma français nous présente pour l’instant, dans celui-ci au moins « il se passe quelque chose ». Dommage que ce « quelque chose » ne soit pas grand chose » (Foyers de France, supplément au Moniteur du Puy-de-Dôme, n° 38)

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◘ « Suzy Carrier, sœur de l’assistante sociale, reste Suzy Carrier, avec la fraîcheur de la jeunesse, des cheveux et des prunelles dont les éclairages savent faire jouer les limpides reflets. Voilà donc un film de plus qui vient démontrer que l’on peut offrir au public une œuvre saine où l’esprit et l’art conservent leurs droits sans risque d’insuccès...  » (Émile Condroyer dans Le Journal 2 septembre 1943)

◘ Toujours dans ce même quotidien du  8 mai 1944, le film est ainsi jugé : « Un thème usé entre tous, qui souffre par surcroît d’un dialogue faux, et voilà pourtant un excellent film, dont la carrière sera justement brillante à Lyon (…) Suzy Carrier de son côté est largement en progrès« .  (Pour situer dans le temps cette dernière appréciation, on doit signaler que le bas de cette page 2 du quotidien est consacrée à « l’attaque anglo-américaine contre les côtes de Normandie... »).

Roger Régent qui avait déjà fait l’éloge de Suzy Carrier pour son interprétation dans Pontcarral et dans Secrets, reste sur la même ligne laudative:  » À  côté  de ces deux grands acteurs,  Mlle Suzy Carrier faisait un peu figure de novice, de coryphée auprès de sociétaires à part entière. L’autorité et la puissance dramatique de Madeleine Renaud et de  Fresnay l’écrasaient et  semblaient paralyser tous ses moyens. Elle aurait succombé sans doute à cette confrontation redoutable si, dans la dernière partie du film, une longue scène avec Pierre Fresnay,  ne l’avait sauvée in extremis. Scène capitale (…) au cours de laquelle Suzy Carrier n’avait pas à dire un mot. Seuls devaient opérer le charme et la grâce instinctive d’une jeune fille: avec son regard transparent, cette innocence et cette fraîcheur qu’elle était alors seule à avoir à ce degré dans le cinéma français, l’interprète de « L’escalier sans fin » opérait le miracle et rendait vraisemblable une situation difficile à faire admettre. Une comédienne plus experte y eût peut être échoué. Mlle Suzy Carrier, à défaut de métier, avait pour elle la limpidité, la pureté des sources et toutes les grâces de l’adolescence qui rendent les miracles naturels« …Rien de moins.

  • Arthur Hoérée  

    Le musicologue et compositeur Arthur Hoérée (1897-1986), dans Comoedia du 4 septembre 1943 manifeste une opinion nettement plus  nuancée : « Suzy Carrier, à part quelques scènes muettes de qualité, déçoit plutôt dans ce film, après avoir brillamment débuté dans Pontcarral ; elle avait su plaire dans Secrets où son rôle n’était guère commode. Dans L’Escalier sans fin elle apporte une attitude, une voix, des manières de petite fille qui s’accordent mal avec un caractère aussi décidé. On attend la revanche ».

•  Dans l’hebdomadaire Ciné-Mondial (3 septembre 1943), le critique maison Didier Daix tempère  lui aussi son enthousiasme: « Pierre Fresnay est remarquable. Il est fin, précis, intelligent comme toujours (…). Raymond Bussières  est un Titi qui fait des étincelles (..). Quant à Suzy Carrier, elle n’a plus tout à fait la spontanéité et la fraîcheur que nous avons aimées  dans Pontcarral. Il lui faut, cette fois, jouer la comédie et elle n’a pas encore l’abattage d’une grande comédienne. Sa simplicité et sa discrétion lui viennent en aide. Son sourire et ses beaux yeux font le reste« .

Carrier-Bussières Découvertes der l'année Escalier sans fin Cinémondil 10 septembre 1943
Raymond Bussières et Suzy Carrier, dans L’escalier sans fin, désignés “Découvertes de l’année« , par Ciné-Mondial  (10 septembre 1943)

 • Le Journal des débats du 11 novembre 1943 annonçait la projection de L’Escalier sans fin, «  à Vichy, au cinéma « Lux » : 16 h ; 20 h 30. Dans le n° du 8 août 1944 , il était annoncé au « Paris », de 18 h à 22 heures. Il fut projeté à Moulins, au « Colisée », à la fin du mois d’avril 1944.

Pierre Fresnay, face à Suzy Carrier

• Dans La France de Pétain et son cinéma (éditions Henri Veyrier, 1981), Jacques Siclier qualifie L’escalier sans fin de « curieuse étude de mœurs sur le thème rebattu de la rédemption sociale d’un mauvais garçon par l’amour.  Palefrenier à « l’Arizona », boîte de nuit présentant des numéros équestres, (…), lié à une bande de voleurs et de trafiquants, Pierre Fresnay rencontrait sur son chemin une assistante sociale (Madeleine Renaud) s’efforçant par ses bons conseil de le ramener dans le droit chemin. Un sourire et quelques mots tendres de sa sœur ingénue (Suzy Carrier) accomplissaient le miracle qu’elle n’avait pas su réussir. Ce film jonglait presque constamment avec l’ordre moral pétainiste.  La boîte de nuit,  lieu de plaisir et de débauche, était plus attrayante que le dispensaire où Madeleine Renaud et Suzy Carrier offraient un réveillon à des vieillards nécessiteux« . Pour Jacques Siclier, il ne fait guère de doute que  « Sans l’autorité morale de Fresnay et surtout sans le talent de Madeleine Renaud, le film, pourtant bien mis en scène, aurait sombré dans la confusion« .

Madeleine Renaud et Pierre Fresnay

• En conclusion, Jacques Siclier  écrit: « En dépit de la fraîche séduction de Suzy Carrier, que les spectateurs étaient ravis de voir partir avec Fresnay,  régénéré comme dans un mélodrame,  il demeure de « L’escalier sans fin »,  un portrait assez insolite de  » femme de devoir » atteinte  dans ses certitudes, découvrant la vie réelle et amenée à réfléchir sur elle-même« .

L’aventure est au coin de la rue (1944)

  • Suzy Carrier figura dans trois films de Jacques Daniel-Norman (1901-1979. Le premier, L’Aventure est au coin de la rue fut tourné, pour les extérieurs, en septembre 1943 à Neuilly, Longjumeau, Melun, et dans la vallée de Chevreuse, au château d’Orsay. Il sortit le 18 février 1944. Le directeur de la photo, Claude Renoir (1914-1993) était le fils du comédien Pierre Renoir, le petit-fils du peintre Auguste Renoir et le neveu du cinéaste Jean Renoir. La musique était due à Vincent Scotto.
Jacques Daniel-Norman

Cette comédie policière se résume ainsi : Pierre Trévoux (Raymond Rouleau) se vantant de son courage, ses amis lui montent un canular en simulant le cambriolage de sa villa et l’enlèvement de la jeune Arlette interprétée par Suzy Carrier.  Mais de vrais gangsters interviennent et Arlette est de nouveau enlevée. Pierre triomphe. Parmi les autres interprètes on note : Michèle Alfa, Jean Parédès, Denise Grey, Roland Toutain, Odette Talazac, Pierre Palau, Michel Vitold, Paul Amiot.

  • Là encore, la critique se montra satisfaite dans l’ensemble :

◘ « Toute la seconde partie est de la meilleure veine comique. En outre, c’est fort bien joué . R. Rouleau, Michèle Alfa, R. Toutain, Suzy Carrier,  Génier… et le champion Rigoulot qui joue un petit rôle avec la plus plaisante simplicité et participe à une de ces rudes bagarres qui font toujours la joie du public… » (Paris soir, 25 février 1944) (13)

Michèle Alfa, Suzy Carrier, Denise Grey, les trois vedettes féminines du film

◘ « … Que l’on n’attende pas un chef d’œuvre! (…) Le sujet qui n’est pas inédit, loin de là! est excellent dans ses développements (…) Suzy Carrier a toutes les grâces de l’adolescence … » (Roger Régent, dans Les Nouveaux Temps, 26 février 1944).

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« Tel qu’il est et malgré certaines maladresses de découpages et un abus un peu lassant de l’humour forcé [ce film] est plaisant à voir et une fois que la double action est bien engagée, il retient toute notre attention » (Robert Brasillach dans la Gerbe du 23 mars 1944).

« Eine gute Kriminalfilm »(« Un bon film policier ») : c’est sous ce titre que K. H. Bodensiek en donne un compte rendu dans la Pariser Zeitung du 2 mai 1944 (14).

  • Pour Jean Tulard, historien du cinéma, ce film est « une trépidante comédie à l’américaine avec un Raymond Rouleau égalant Cary Grant  (…) un charme fou se dégage de ce petit chef-d’œuvre d’aventures fantaisistes ». Pour Philippe d’Hugues c’est « l’un des tout derniers grands succès du cinéma de l’Occupation et l’un des plus mérités » (Les oubliés du cinéma français, Ed. du Cerf, 2000).

Son exploitation commerciale s’étala à la fois sur la fin de l’Occupation et l’après-guerre, car on lit dans L’Humanité du 5 décembre 1944 : « Après une longue exclusivité à l’Ermitage au printemps 1944, L’Aventure est au coin de la rue passe dans les salles de quartier ».

suzy-carrier

II- LES FILMS RÉALISÉS APRÈS GUERRE, DE 1945 à 1955

◘ Dorothée cherche l’amour (1945) d’Edmond T. Gréville

  • Edmond T. Gréville (1906-1966) avait réalisé son premier grand film Le Train des suicidés en 1931. Il était l’auteur de Remous, qui avait marqué la production de l’époque. Il avait été l’assistant d’Abel Gance pour Vénus aveugle (1940). Il ne retrouva du travail qu’en 1945. Son film, Dorothée cherche l’amour sortit le 9 novembre 1945.
  • Edmond T. Gréville

    Cette « agréable comédie douce-amère, mais sans grande originalité«  peut se résumer ainsi : Pour avoir le droit d’aller au Paradis,un vieux milliardaire, Monsieur Pascal (Jules Berry),égoïste, et qui vient de mourir,doit faire le bonheur de quelqu’un. Il guidera une jeune fille, Dorothée, rôle dévolu à Suzy Carrier dans les méandres de l’amour. Ce film a retenu l’attention de la Cinémathèque française (Cahiers de la Cinémathèque française n° 12, hiver 1974), qui dans le cadre d’une rétrospective Edmond T. Gréville, l’a projeté dans ses salles en 2006.

◘ Les Clandestins (1946) d’André Chotin

  • André Chotin (1898-1954) réalisa une douzaine de films de 1931 à 1946. Les Clandestins qui sortit sur les écrans le 17 avril 1946, fut le dernier. Sur un scénario et des dialogues de Pierre Lestringuez,c’est un »Roméo et Juliette à l’ombre de la croix gammée » selon l’historien du cinéma Raymond. Chirat. L’auteur de l’œuvre originale, Lucien Barnier, qui se fit surtout connaître comme chroniqueur scientifique, résida en Bourbonnais. Il avait fait ses études à l’école primaire supérieure de Saint-Pourçain-sur-Sioule, de 1930 à 1934. Après sa démobilisation, en 1940, il revint chez sa mère, qui habitait Charroux. En 1941, il entra aux Compagnons de France, puis rejoignit Alger, où il collabora à Radio France en 1943. Il s’inscrivit au Parti communiste – dont il sera écarté en 1959. Il mourut à Paris en 1979 après avoir publié chez Fayard, en 1978 : J’ai quitté le parti pour Dieu.

    Les principaux acteurs des Clandestins©http://www.unifrance.org
  • Sur un fond de feu et de sang, dans un climat de peur et de tortures, le film relate les amours contrariés d’un journaliste « résistant » et de la fille d’un »collabo ». « Un film hardi pour la période, mais qui n’eut guère de succès » note Jean Tulard. Suzy Carrier incarne Nicole, l’héroïne principale. Les autres interprètes sont : Georges Rollin, Constant Rémy, Samson Fainsilber, Guillaume de Sax, André Reybaz.

• Plusieurs journaux issus de la Résistance en donnèrent des comptes rendus. Parmi eux, on peut citer Le Franc Tireur (5 mai 1946) et  Les Lettres françaises (3 mai 1946)

◘ Gringalet (1946), d’André Berthomieu

  • Vers 1930, André Berthomieu (1903-1959) avait été considéré comme l’un des espoirs du cinéma français. Mais dix ou quinze ans plus tard, il ne produisait, le plus souvent, que des films commerciaux de qualité mauvaise, voire nulle. Ce cinéaste pouvait cependant, à l’occasion, faire preuve de qualités réelles.

    Suzy Carrier et Paul Vandenberghe, dans une scène de Gringalet
  • Gringalet était à l’origine une pièce en quatre actes du dramaturge et aussi acteur Paul Vandenberghe (1916-1961), représentée en octobre 1944. Berthomieu l’adapta pour le cinéma, avec des dialogues de l’auteur de la pièce. Gringalet sortit en salles le 28 août 1946.

  • André Berthomieu

    Le sujet peut se résumer ainsi : Comment Francis, dit le Gringalet (Paul Vandenberghe),enfant de l’amour ou péché de jeunesse, ramène la joie et le plaisir dans la somptueuse demeure de son père, l’industriel Lucien Ravault (Charles Vanel), et comment il sait s’effacer devant son demi-frère, Philippe Ravaul, à l’occasion d’une rivalité amoureuse. Suzy Carrier interprète Josette Blanchard, la fiancée de Philippe (Jimmy Gaillard).

 ◘ Désarroi (1946) de Robert-Paul Dagan

  • Le réalisateur Robert-Paul Dagan (1904-1983) donna Désarroi, d’après la pièce de Victorien Sardou : Odette, avec des dialogues de Roger Ferdinand. Le film sortit le 22 novembre 1946.
    Suzy Carrier et  Jean Mercanton

    • Résumé de cette comédie dramatique : La veille de son mariage,Martine (Suzy Carrier) apprend que sa mère, Odette (Valentine Tessier) – qu’elle croyait morte – mène de casinos en cercles et de boîtes en tripots, une vie d’aventurière. Pierre (Jean Mercanton), son fiancé, ne pouvant vaincre l’opposition de sa famille à la révélation de cette nouvelle, se décide à enlever Martine. Mais l’aventurière, qui ne se fait pas reconnaître de sa fille, consent à quitter la France. La famille du jeune homme ne met plus d’obstacle au mariage. Dans le générique figurent : Jules Berry, Jean Debucourt, Gabrielle Dorziat. Plusieurs journaux donnèrent des comptes rendus du film en 1947 : La Libre Belgique (14 février), La Nation belge (14 février), le Populaire (24 avril), Ce soir (27 avril), L’Aurore (27 avril), Le Canard enchaîné (30 août).

◘ Pas si bête (1947), d’André Berthomieu

  • C’est encore André Berthomieu qui réalisa Pas si bête, tourné en 1946 à Louviers et aux studios des Buttes-Chaumont, dont les dialogues sont aussi de Paul Vandenberghe et dont la musique a pour auteur Georges Van Parys. Il sortit en salles le 19 mars 1947.

    Suzy Carrier à la une de Mon Film (30 avril 1947)
  • Résumé : Léon Ménard (André Bourvil) est un paysan normand, plus matois que naïf. Chez son oncle, le comte de Bellemont (Jacques Louvigny), on se gausse lourdement de lui. Il se venge en confondant les pique-assiettes, les coureurs de dot et les imposteurs et en favorisant les amours de sa cousine Nicole (Suzy Carrier) avec l’aimable Didier de Bellemont (Bernard Lancret).
  • Suzy Carrier, dans une des premières scènes du film

    « Cinéma bon enfant qui se laisse voir pour peu qu’on veuille bien jouer le jeu de l’indulgence. Il ne faut pas mésestimer ce genre de cinéma bien plus représentatif et moins apprêté que certaines œuvres dites « de prestige »… » écrit Daniel Collin. Le film a effectivement su trouver son public. Parmi les cent films ayant réalisé les meilleurs scores d’entrées en salles, Pas si bête se trouve au 47ème  rang, avec le chiffre de 6 195 419. Quant à Bourvil – pseudonyme d’André Raimbourg (1917-1970) – il débutait alors sa carrière dans le cinéma.  Un DVD vidéo de 1 heure 40 minutes a été édité  par M6 interaction en 2010. On peut également visionner directement le film sur le site YouTube.

Pour visionner le film

◘ Un flic (1947) de Maurice de Canonge

 

  • Maurice de Canonge

    Le 3 décembre 1947 sortait Un Flic, film de Maurice de Canonge (1894-1979) dont le scénario et l’adaptation sont de Jacques Companaeez (1906-1956). Ce réalisateur s’était consacré, à partir de 1931, à la production de nombreux films à caractère strictement commerciaux, avec une prédilection pour les policiers et les films d’espionnage. Il s’agit d’un « drame de famille chez les flics« . A la fin de l’Occupation, un commissaire de police arrête son beau-frère grièvement blessé au cours d’une rafle. Le jeune homme, qui avait commencé par faire du marché noir et s’était lié à des gangsters y laisse sa peau.  Suzy Carrier interprète le rôle de Josette.

  • Selon Daniel Collin « le film est intéressant pour sa description du côté officiel de la période qui a suivi la Libération. Cet aspect inhabituel fait oublier quelque peu la réalisation assez terne« . Signalons que Lucien Coedel, qui jouait le rôle du commissaire de police, mourut accidentellement le 28 juillet 1947 en tombant du train dans un tunnel, la nuit, près de Dijon.

◘ Le Diamant de cent sous (1948), de Jean Daniel-Norman

  • Le Diamant de cent sous est le deuxième film de J. Daniel-Norman dans lequel tourne Suzy Carrier. Il sortit le 7 janvier 1948. Le scénario est de Frédéric Gorfurt et Victor Skutezky , la musique de Vincent Scotto.

    Raymond Pellegrin, Jean Parédès, Gaby Morlay, Jean Carmet, et Jean Tissier: une brochette d’acteurs débutants ou chevronnés, aux cotés de Suzy Carrier

• Résumé de cette comédie dramatique : Par jeu et pour éblouir sa femme, le romancier Clive Morgan (René Dary) vole une bague et s’en débarrasse au rayon « Bijoux fantaisies » d’un Monoprix. Sophie (Suzy Carrier) achète le diamant, ce qui oblige le romancier à se lancer dans de folles aventures qui voient leur conclusion au tribunal correctionnel. Morgan, mis en prison pour quelques jours, peut écrire tranquillement son nouveau roman. Dans le générique on trouve des jeunes acteurs comme Raymond Pellegrin (Tony), Jean Parédès (Charles) ou  Jean Carmet (l’invité),  ainsi que des acteurs confirmés, Jean Tissier (le président), et  Gaby Morlay notamment.

◘ Une mort sans importance (1948) d’Yvan Noé

© ca.notrecinema.com
  • Le journaliste, romancier, auteur dramatique Yvan Noé (1895-1963), aujourd’hui tombé dans l’oubli, réalisa des films de 1930 à 1953. Une mort sans importance, – film tiré d’une de ses pièces, jouée sous ce titre au théâtre de la Potinière, à Paris, à partir du 1er octobre 1947 – sortit le 12 mai 1948.
  • Le sujet se résume ainsi : Un homme qui a conclu un pacte avec la mort doit désigner le membre d’une famille qui doit mourir le lendemain. Après bien des hésitations, il sacrifie l’innocente jeune fille, Suzy (Suzy Carrier) pour qu’elle ne connaisse pas l’infamie des siens (trois des membres de sa famille avaient tenté d’empoisonner l’aïeul pour bénéficier de l’héritage).

• Parmi les interprètes de ce film, dont la musique est de Wal Berg on peut noter Jean Tissier (Duvernay), Marcelle Géniat (tante Agathe), Jeanne Fusier-Gir (Joséphine), Jean Marchat (Georges Dourville). Pour Jean Tulard, il s’agit d’une « jolie comédie aux confins du fantastique« .

◘ Bichon (1948), de Jean de Létraz

  • Jean de Letraz

    Jean de Létraz (1897-1954), romancier, auteur dramatique spécialisé dans le vaudeville, était l’auteur de Bichon, pièce en 3 actes, crée au théâtre de la Michodière à Paris le 3 mai 1935, et qui fut reprise de nombreuses fois par la suite. Elle avait été jouée notamment au Casino des Fleurs à Vichy en avril 1944. René Jayet (1906-1953) – qui réalisa près de vingt films, de 1928 à sa mort,- adapta cette pièce au cinéma. Bichon  sortit sur les écrans le 21 mai 1948. Suzy Carrier interprète le rôle de Christiane, fille de l’industriel Fontange (André Alerme).

◘ Halte…Police! (1948) de Jacques Séverac

  • Halte…Police! réalisé par Jacques Séverac (1902-1982), sortit le 9 juillet 1948. Résumé de cette comédie policière : François Darrac (Roland Toutain), reporter à Paris Inter, et Nicole Artaud (Suzy Carrier), journaliste au Soir Express, se connaissent, rivalisent et finissent par s’aimer au fil des trois enquêtes policières qu’ils suivent pour leurs journaux.

◘ Trois garçons, une fille  (1948) de Maurice Labro

  • Maurice Labro

    Roger-Ferdinand (1898-1967) avait créé au théâtre du Gymnase, à Paris,le 19 avril 1947, une comédie en 3 actes : Trois garçons, une fille. Maurice Labro (1910-1987),- dont  Jean Tulard écrivait : « Ce n’est pas le cinéaste des inquiétudes métaphysiques et des revendications sociales, mais il connaît son métier » réalisa, en 1948, d’après la pièce de Roger Ferdinand, avec des dialogues du même auteur  Trois garçons et une fille, En voici le sujet: dans une famille jusque là unie, le père Georges Dourville (Jean Marchat) annonce son intention de divorcer. Les enfants – dont Christine (Suzy Carrier) –  se mobilisent pour empêcher leur père de partir et ils y parviendront de justesse.

◘ La Vie est un rêve (1949) de Jacques Séverac

  • La Vie est un rêve, de Jacques Séverac, réalisé en 1948, sortit le 29 juin 1949. Les dialogues de ce film sont de l’écrivain et auteur dramatique Jean Sarment (1897-1976). Pour éprouver le jeune homme que son parrain veut lui faire épouser, Martine (Suzy Carrier) se fait remplacer dans son rôle de châtelaine par son amie Sylvette. Jacques de Figeac, le prétendant au mariage, a la même idée et se fait remplacer dans son rôle de visiteur par son employé Paul. La vérité se fera sur les identités réciproques et deux mariages au lieu d’un seront célébrés. Tout s’arrange à merveille au pays des marivaudages.

    Jacques Severac (réalisateur) et Jean Sarment (dialoguiste du film)

◘ Histoires extraordinaires, à faire peur ou à faire rire (1949) de Jean Faurez

  • Jean Faurez (1905-1980) réalisa des films de 1943 à 1959. « Modeste et discret« , il est aujourd’hui oublié, mais gagnerait peut-être à être mieux connu. Son film Histoires extraordinaires, à faire peur ou à faire rire qui sortit le 27 octobre 1949, s’inspire principalement des contes de l’écrivain américain Edgar Allan Poe (1809-1849) qui parurent sous ce titre en 1840 et dont c’est l’une des rares adaptation à l’écran. Celle-ci est de Guy Decomble. La musique est de Georges Van Parys. Le rôle de Léontine est interprété par Suzy Carrier. Parmi les autres acteurs et actrices figurent Fernand Ledoux, Jules Berry, Paul Frankeur, Roger Blin, Olivier Hussenot, Jacques Dufilho,  Marina de Berg, Jandeline, Marcelle Féry.  Dans une critique consacrée au film, Henry Magnan écrit dans Le Monde daté du 15 février 1950 : « L’interprétation est un des principaux attraits du film. Au cours du premier conte : Suzy Carrier (mignonne), Marina de Berg (surprenante, et, pour une fois, joliment photographiée), Roger Blin (toujours remarquable) »… 

► Visionner le film: 

◘ Dakota 308, (1951) de J. Daniel-Norman

  • Dakota 308, de J. Daniel-Norman, sur un scénario et des dialogues d’André-Paul Antoine, sortit le 25 avril 1951. A partir d’un avion, quatre gangsters, une femme détective et un inspecteur de police cherchent à s’emparer de caisses de lingots d’or : tel est le sujet de cette comédie policière, dont les principaux rôles sont : Clara Sanders (Suzy Carrier), Lady Vernon (Ketty Kerviel), André Villeneuze (Jean Pâqui), l’inspecteur Jaillot (Louis Seigner), le pilote de l’avion (Roland Toutain) et lord Vernon (Jacques Charon).

    Suzy Carrier et Jean Paqui, à la une du Film Complet,  lors de la sortie de Dakota 308

◘ Les Mémoires de la vache Yolande (1951) d’ Ernst Neubach

  • Ernst Neubach (1900-1968) réalisa, après la Seconde guerre mondiale, des films français, allemands et autrichiens, dont : Le Signal rouge, sorti en salles à Paris en 1949, et Les Mémoires de la vache Yolande, qui sortit le 2 mai 1951. Le scénario est d’Émile Edwin Reinert et les dialogues d’André Tabet. Cette comédie relate les aventures et les tribulations d’un figurant, Hercule (Rellys) obligé de s’occuper d’une vache apparaissant dans un film, et qui a des démêlés successifs avec la police, le fisc et un boucher. La vache pendra malgré tout la direction de l’abattoir et Hercule s’éloignera sagement la jeune Isabelle (Suzy Carrier) qui l’avait consolé de ses malheurs.
  • Lise Bourdin, une autre actrice née en Bourbonnais

    Dans ce film, le rôle d’Huguette Montréal est interprété par une Bourbonnaise, Lise Bourdin. Louise Marie Odette, dite Lise, Bourdin était née le 30 novembre 1925 à Néris-les-Bains, où son père, René Bourdin, tenait l’hôtel Léopold et Albert 1er, place des Thermes. Lise suivit ses parents à Vichy où ils avaient acheté l’hôtel du Globe, rue de Paris, peu avant la guerre. Elle posa pour des photos dans des magazines féminins et se fit connaître outre-Atlantique. Comme elle passait ses vacances à Cannes, elle reçut des propositions de la Metro Goldwyn Mayer. En 1948 elle présenta dans les grandes villes des États-Unis le film Arc de Triomphe (The Arch of Triumph) de Charles Boyer et Ingrid Bergman. Sa carrière cinématographique fut un peu parallèle à celle de Suzy Carrier, puisqu’elle tourna dans quatorze films de 1948 à 1959, le dernier étant : The last Blitzkrieg (Espions en uniforme) de la Columbia Films. Roland Bourdin (1922-2005), frère de Lise, fut animateur et dramaturge pour la radio.

◘  Les Vacances finissent demain (1953), d’Yvan Noé

© http://www.encyclocine.com/
  • Yvan Noé, qui avait déjà eu l’occasion de diriger Suzy Carrier Une mort sans importance, tira un film d’un roman dont il était l’auteur : Les Vacances finissent demain. Tourné en 1950, il sortit seulement le 17 juillet 1953.
Michel Barbey, dans le rôle de Gino

• Résumé : Un joyeux groupe de filles et de garçons part en camping après avoir gagné à un concours publicitaire. Un mauvais garçon Gino (Michel Barbey) s’est substitué à l’un des gagnants et il jette son dévolu sur Denise (Suzy Carrier),vaguement fiancée à Jacques. Gino découvre que Denise n’a pas connu les aventures sentimentales qu’elle raconte. Il la laisse partir. D’autres péripéties émaillent cette escapade. Ce film a été commercialisé sous forme d’une cassette vidéo en 1994 dans la collection « Étoiles et toiles« .

◘ Le Père de Mademoiselle (1953) de Marcel L’Herbier

  • Marcel L’Herbier (1888-1979) est connu comme l’une des figures majeures de l’avant-garde cinématographique des années 1920, avec des films comme El Dorado (1922) et L’Argent (1928). Sa carrière se poursuivit en tant que cinéaste, fondateur de l’I.D.H.E.C. en 1943, homme de télévision et théoricien du cinéma. Un colloque lui a été consacré à la Bibliothèque nationale de France le 7 décembre 2006.

    Suzy Carrier, dans le rôle de Françoise Marinier

• Son dernier film, Le Père de Mademoiselle qu’il réalisa avec Robert P. Dagan, d’après une comédie de Roger Ferdinand, et dont la musique est de Michel Damase (1928-2013) – sortit en salles le 17 juillet 1953.

Suzy Carrier à la une du Film complet et de Mon Film, lors de la sortie de Le père de mademoiselle
  • Résumé : Françoise Marinier (Suzy Carrier) fait croire à ses parents qu’elle est richement entretenue ; en fait elle est la secrétaire d’Édith Mars (Arletty), une actrice. De nombreux malentendus résultent de ce mensonge, mais aussi un mariage avec un membre influent d’un cabinet ministériel, Michel Leclair (Jacques François). André Luguet interprète le rôle du père de Françoise et Denise Grey celui de sa mère. Ce film existe en version DVD vidéo (1 h 36 min.) réalisé par les éditions René Château en 2010. Il peut également être visionné sur le site YouTube.

◘ Fantaisie d’un jour (1954) de Pierre Cardinal

  • Pierre Cardinal a réalisé trois films, dont le dernier, en 1954, s’intitule Fantaisie d’un jour. Le scénario est de Jacques Companéez (1906-1956) et la musique de Joseph Kosma (1905-1969). Parmi les interprètes on trouve Suzy Carrier, Philippe Nicaud, Gaby Morlay, Yves Deniaud, Amédée, Jane Sourza, Denise Grey.fant
  • Résumé : Thérèse Bénard (Suzy Carrier), jeune dactylo, fiancée à François (Philippe Nicaud), gagne dans un concours deux cent mille francs, à choisir dans un grand magasin. Ses parents et futurs beaux-parents s’en réjouissent. Mais elle rentre à la maison avec une cape de lynx de cent quatre vingt-dix-neuf mille francs, ayant ainsi réalisé son rêve de toujours. S’ensuivent les reproches des parents, la jalousie des voisins. Thérèse retrouve le bonheur après s’être séparé de son gain. Ce film a été raconté dans l’hebdomadaire Le Film complet, n° 562, du 24 avril 1956.

◘  Marie-Antoinette (1956), de Jean Delannoy

Marie Antoinette de Jean Delannoy: seulement un second rôle pour Suzy Carrier
  • Marie-Antoinette, film franco-italien d’une durée de deux heures, en technicolor, de Jean Delannoy, a été réalisé d’après une pièce de l’historien Philippe Erlanger (1903-1987), avec un scénario et des dialogues de Bernard Zimmer et sur une musique de Jacques Simonot (1912-1961). Le film est apparu sur les écrans le 27 avril 1956. La version italienne est titrée  Maria-Antonietta, la version anglaise: Marie-Antoinette Queen of France, et  Shadow of the Guillotine. Le film fut nominé au Festival de Cannes. Il a été commercialisé en cassette vidéo de 1 h 55 min. par Gaumont.

    Une reconstitution somptueuse de la Cour
  • Les interprètes principaux sont : Michelle Morgan (Marie-Antoinette) – au sommet de son art -, Richard Todd (comte Axel de Fersen), Jacques Morel (Louis XVI), Suzy Carrier (Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI), Jeanne Boitel (Mme Campan), Marcelle Arnold (Mme Adélaïde), Jane Marken (Mme Victoire), Jacques Dufilho (Marat), Michel Piccoli (un prêtre réfractaire)…La Cour de Louis XVI et Marie-Antoinette est somptueusement reconstituée.

◘ Na (1973) de Jacques Martin

  • Le comédien, animateur et producteur Jacques Martin (1933-2007) réalisa Na! dont il était aussi l’auteur du scénario et de la musique. Jean Tulard résume et juge ainsi ce film, sorti le 7 juin 1973 : »Jean (Jacques Martin), un ancien séminariste lutte pour les vieillards lésés par une grève de la Sécurité sociale. Curieux sujet, curieux film et un Jacques Martin inattendu ». Il existe en une cassette vidéo de 1 h 45 min. réalisée en 1993 par l’éditeur Fil à film. Suzy Carrier interprète l’un des quatorze rôles de Na!, en compagnie de Henri Crémieux, Danièle Evenou, Marcelle Arnold, Jean Gras, … On peut visionner le film sur le site YouTube.

téléchargement

Pour visionner le film complet:

 

◘ Seul le vent connaît la réponse (1974) de Alfred Vohrer

*Le cinéaste Alfred Vohrer est né à Stuttgart en 1928 et mort à Munich en 1986. Selon Jean Tulard, « c’est dans le policier fantastique qu’il a su montrer un talent mineur, mais certain« . Il réalisa en 1974, d’après un roman de Johannes Mario Simmel (1924-2009) un film de 1 heure 45 : Die Antwort kennt nur der Wind, dont la version anglaise porte le titre de : Only the Wind knows the Answer, et la version française : Seul le vent connaît la réponse. Le roman : Seul le vent connaît la réponse a été publié par le Livre de poche (380 pages).

  • Alfred Vohrer

    Résumé de cette comédie policière : Un banquier richissime disparaît alors qu’il navigue sur son yacht. La compagnie d’assurances, soupçonneuse, envoie un enquêteur définir les conditions de cette dernière promenade. VIP international l’a enregistré en 1979 en une cassette vidéo (1 h 30 min.)

• On remarque dans le générique de ce film franco-allemand – présenté au Festival international du film, à Moscou – : Marthe Keller, Maurice Ronnet, Raymond Pellegrin, Christian Barbier. Suzy Carrier, dont c’est la toute dernière apparition à l’écran, -interprète un rôle secondaire.

UNE ÉPHÉMÈRE CARRIÈRE  AU THÉÂTRE

Le théâtre de l’Apollo où Suzy Carrier fit ses débuts sur scène

◘  Suzy Carrier a également accompli une carrière, plus modeste et plus brève, au théâtre. C’est ainsi qu’on pouvait lire dans Comoedia du 29 mai 1943 : « Mlle Suzy Carrier, la vedette de Pontcarral, va faire ses débuts dans la comédie. C’est elle qui créera « La Dame de minuit ». L’avantpremière de gala eut lieu le 29 mai à 20 heures au théâtre de l’Apollo, à Paris. Il s’agissait d’une comédie de Jean de Létraz.

Suzy carrier théâtre ciné mondial 2 juillet 1943

comoedia

  • Le journaliste Max Frantel n’apprécia guère ce spectacle et l’écrivit dans Comoedia : »Disons tout net que cette histoire d’un papa renonçant à se remarier pour ne pas contrarier ses trois enfants et récompensé cependant « in extremis » de son sacrifice est sotte et platement contée (…) Pauvres comédiens qui ont tant de talent et qui le dépensent en pure perte! ».
Suzy Carrier au théâtre Cinémondial 29 mai 1943
Cinémondial (29 mai 1943) annonce des débuts de Suzy Carrier au théâtre

• Cependant la pièce semble avoir tenu l’affiche plusieurs mois. Le 22 octobre 1943, Suzy Carrier fit sa rentrée à l’Apollo dans « le grand succès de Jean de Létraz, »la Dame de Minuit » qui était jouée tous les soirs à 20 heures.

Le théâtre, boulevard des Capucines

Ce Soir  daté du  13 septembre 1944 annonçait : « Raymond Segard va faire ses débuts d’auteur ». Cet acteur, né en 1911, avait joué dans des films tournés de 1936 à 1942, notamment dans Le Dernier des six (1941) de Georges Lacombe, et La Femme que j ‘ai le plus aimée (1942) de Robert Vernay. Et le 20 octobre suivant,ce quotidien parisien précisait que la location était ouverte au théâtre des Capucines pour la comédie en 2 actes et 5 tableaux : Colette et le Chat tigre, « tirée d’un conte de Hartl, écrivain interné en Silésie. »

  • On précisait dans L’Humanité du 20 octobre : « C’est au profit des FFI du département de la Seine que sera donnée samedi à 19 heures aux Capucines la première représentation de gala de « Colette et le Chat Tigre » comédie de MM. Mouezy-Eon (15) et Raymond Segard, dont Suzy Carrier, G. Rallu, R. Segard, E. Rues, G. et Y. Demange seront les principaux interprètes ». Deux jours plus tard il était précisé que « le rôle de Colette sera tenu par Suzy Carrier, la ravissante vedette du film Pontcarral« .

◘  La dernière apparition de Suzy Carrier sur les planches semble avoir été dans : La grande Pauline et les petits chinois, comédie en 3 actes de l’auteur dramatique et journaliste René Aubert (1899-1994)) ; avec Mary Marquet (1895-1979) dans le rôle de Pauline Caradouce de Montjoie, Charles Moulin (1909-1992) dans celui de l’amant, Suzy Carrier (la petite-fille) … La mise en scène était de Pierre Valde (16).  La première eut lieu au Théâtre de l’Étoile, à Paris, le 11 février 1950.

 

QUELLE POSTÉRITÉ ET QUELLE PLACE DANS LE 7ème ART POUR SUZY CARRIER ?

 

  • Suzy Carrier 2Au terme de ce parcours à travers une tranche de l’histoire du cinéma français, on peut juger de la place qu’y tint l’actrice moulinoise. De 1942 à 1956, on la trouve presque chaque année dans des films où elle occupe le plus souvent le rôle central. Elle contribua à offrir au public des spectacles, de distraction essentiellement, avec des scénarios où il était surtout question d’amour et de mariage, et au moyen desquels elle recueillit un large succès populaire. Les accidents de la vie l’amenèrent à interrompre pratiquement en 1956 cette carrière qui avait commencé en fanfare en 1942. Elle ne fit plus ensuite que des come-back sans lendemain, en 1973 et 1974, dans des rôles secondaires.

Suzy Carrier 3Elle était pourtant classée par le Quid parmi les « jeunes premières des années 1940 » avec : Michèle Alfa (+ 1987), Blanchette Brunoy (+ 2005), Louise Carletti (+ 2002), Irène Corday (+ 1996), Jeannine Darcey (+ 1993), Josette Day (+ 1996), Marie Déa (+ 1992), Renée Faure (+ 1995), Jacqueline Gautier (+ 1982), Claude Géniat (+ 1979), Odette Joyeux (+ 2000), Micheline Presles, Dany Robin (+ 1995), Madeleine Sologne(+ 1995), Gaby Silvia (+ 1980) ,Lise Topart (+ 1952), Simone Valère (+2010). On notera que la nonagénaire Micheline Presle est, à ce jour, la seule survivante de cette liste.

  • 15366961295_2fe9ec88e6Suzy Carrier n’a certainement pas démérité du 7ème art, bien que , du point de vue des critiques, sa carrière soit jugée de valeur inégale, avec beaucoup de films passables et quelques-uns médiocres. Un parcours professionnel  que l’historien du cinéma Roger Boussinot résumait ainsi dans son Encyclopédie du cinéma (éditions Bordas, 1980): « Blonde aux yeux bleus, Suzy Carrier qui (était) douée pour la comédie, a retenu quelque temps l’attention du public, mais son emploi d’ingénue l’a limitée très vite et, très vite, elle n’a plus tourné que dans des films sans importance« .  Cette ingénuité qui avait été saluée aussi bien dans Pontcarral que dans Secrets ou dans L’escalier sans fin, aurait donc été fatale à sa carrière.
Suzy Carrier 4 1969 téléfilm
Suzy Carrier en 1969. Sa carrière est alors presque achevée

•Mais, finalement,  ce qui nous intéresse avant tout, c’est  elle est avec Gabrielle Robinne, Yvonne Rozille ou Lise Bourdin  l’une des rares actrices d’origine bourbonnaise et elle figure parmi les célébrités de l’Allier : dans la liste établie par  « Wikipédia », elle se trouve entre Louis Auguste de Richemont, général d’Empire, et Jacques II de Chabannes la Palice, maréchal de France (17). Que dire de mieux? Il ne resterait donc plus qu’ à lui rendre hommage. La Montagne, dans son édition de Moulins du 1er avril 2015 avait publié un article de P. Larcher évoquant  « un projet de rue ou de place pour Suzy Carrier, ancienne actrice moulinoise« . Sa consœur Yvonne Rozille n’a toujours pas la sienne à Commentry, tandis que Gabrielle Robinne a dû attendre 2006 pour que son nom soit donné au théâtre de Montluçon. Espérons que pour le vingtième anniversaire de sa disparition, en 2019, ce souhait puisse être exaucé. La balle est dans le camp de la municipalité moulinoise…

photo dédicacée S. Carrier
Photo dédicacée de Suzy Carrier (non datée)

  NOTES

(1) D’après Bernard Trapes, Figures célèbres de l’Allier (2002), p. 64

(2) Éliane Carrier, née à Moulins, le 8 avril 1907, débuta à l’Opéra-Comique en 1936, parut sur la scène de l’Opéra de Paris en 1938, participa notamment à la création de : L’Enfant et les sortilèges, le 17 mai 1939. Elle se retira de l’Opéra en septembre 1947. Elle s’était mariée à Paris le 18 décembre 1937 avec Michel Knabel. Elle est décédée en son domicile, promenade des Anglais, à Nice, le 13 septembre 1955.

(3) Denis d’Inès (1885-1968), acteur de théâtre et de cinéma, fut sociétaire de la Comédie-Française, de 1920 à 1953. Quant à  Solange Sicard, elle  joua dans 23 films, de 1934 à 1960.

(4) Agnès, jeune fille innocente, élevée par Arnolphe dans L’École des femmes, de Molière.

(5) Serge Pimenoff (Yalta 1895 – Boulogne-Billancourt 1960), chef décorateur, avait débuté en 1927 comme directeur artistique du Napoléon d’Abel Gance.

(6) Georges Annenkoff, né en Russie en 1889, installé à Paris, peintre, décorateur de cinéma,  costumier; décédé à Paris en 1974.

(7) François Vinneuil était l’un des meilleurs critiques cinématographiques de la presse parisienne. C’était le pseudonyme de Lucien Rebatet , écrivain, journaliste à l’hebdomadaire Je suis partout, critique, né en 1903. Il est l’auteur  de Les décombres, un récit pamphlétaire  violemment antisémite, qui fut un des succès de l’édition sous l’Occupation. Condamné à mort à la Libération pour collaborationnisme, puis gracié, il est  décédé en 1972.

(8) Roger Régent (1905-1989) était  critique cinématographique, principalement dans la Revue des Deux Mondes.   Les Nouveaux temps, quotidien du soir, était dirigé par Jean Luchaire, né en 1904, journaliste et écrivain, condamné à mort pour faits de collaboration et exécuté le 22 février 1946. Il publia en 1948 Cinéma français sous l’Occupation, une des toutes premières tentatives de synthèse sur la question.

(9) L’Appel qui parut de mars 1941 à août 1944, était l’hebdomadaire de la Ligue française . Il était dirigé par Pierre Costantini (1889-1986).

(10) Pierre Blanchar présida le comité de libération du cinéma à partir du 19 septembre 1944.

(11) On pourra se reporter à l’article « Habitants célèbres du Vésinet, Suzy Carrier, Pontcarral » sur le site : histoire-vesinet.org,(avec photos)

(12) L’écrivain de théâtre  Bernard Zimmer (1893-1964) fut très actif au cinéma comme scénariste et dialoguiste de près de 28 films tournés entre 1932 et 1956 . Il était l’auteur du  scénario de Pontcarral.

(13) Charles Rigoulot, né au Vésinet en 1903, haltérophile, coureur automobile et catcheur, mort à Paris en 1962.

(14) La Pasiser Zeitung, journal de langue allemande parut à Paris de 1941 à 1944. – La Bibliothèque nationale de France conserve plusieurs livres de Karl Heinz Bodensiek,  publiés de 1933 à 1976.

(15) André Mouëzy-Eon (1880-1967), auteur de vaudevilles et de livrets d’opérettes, fut aussi directeur du théâtre du Châtelet, à Paris, en 1946-1947.

(16) Pierre Valde, pseudonyme de Pierre Duchemin, né en 1907 à Brioude, metteur en scène, réalisateur de télévision, avait reçu en 1946 le premier prix au concours des Jeunes Compagnies ; décédé à Paris en 1962.

(17) Parmi les autres vedettes de cinéma bourbonnaises, on peut citer Lise Bourdin (née à Néris-les-Bains en  novembre 1925 ) et qui connut son heure de gloire dans les années 1950, avec une carrière au delà de l’Hexagone. On n’oubliera pas non plus Audrey Tautou, née en 1976 à Beaumont, qui a passé son enfance et son adolescence à Domérat, en région montluçonnaise. Sa carrière commencée en 1998 avec Venus Beauté lui a valu une consécration à l’international. Dix de ses films ont réalisé plus de 1 millions d’entrées, le record étant détenu par Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, totalisant 8,5 millions d’entrées en 2001.

BIBLIOGRAPHIE 

◘ Ouvrages consultés :

  • Bessy (Maurice) et Chirat (Raymond), Histoire du cinéma français, Encyclopédie des films 1940-1950 – Pygmalion, 1986.
  • Boussinot (Roger), Encyclopédie du cinéma (tome I), Bordas, 1980
  • Dureau (Christian), Dictionnaire mondial des comédiens. – Distar, 1984
  • Encyclopédie Alpha du cinéma. – Alpha éditions, 1978-1981
  • Régent (Roger),  Cinéma de France sous l’Occupation, 1948 (réédition éditions d’aujourd’hui, 1980
  • Tulard (Jean), Dictionnaire du cinéma, les acteurs.- Bouquins, 2005
  • Tulard (Jean), Guide des films. – Bouquins, 2002

◘ Ressources Internet :

  • Archives départementales de l’Allier (collections de presses numérisées)
  • BiFi (Bibliothèque du film)
  • BnF Gallica (collections de presse numérisées)
  • IMBD (Internet Movies Data Base)
  • Site http://www.legrenierdemonmoulins
Suzy Carrier et gilbert gilles Secrets 1942
▲Suzy Carrier en compagnie de Gilbert Gill dans le film  Secrets(1942) et de Walt Disney (dans les années 1950)▼

Suzy Carrier et walt Disney

 téléchargement

• Dans son édition du 19 juillet 2017 (Page Allier), La Montagne a consacré une page à « Suzy Carrier, la mignonne ingénue », avec un article signé par la journaliste Charlotte Lesprit, accompagné d’un montage photographique réalisé par François-Xavier Gutton : « Née le 13 novembre 1922 à Moulins, l’actrice Suzy Carrier a connu le succès dès ses vingt ans, après être passée du piano au théâtre. Celle qui a grandi à Moulins  et étudié au lycée pour jeunes filles (…) était devenue une vedette populaire sous l’Occupation. Désormais tombée dans l’oubli, Suzy Carrier  a pourtant tourné avec les grands de son époque »…

S.CARRIER LMT 19 juillet 2017
▲  © La Montagne Centre France (19 juillet 2017) ▼

S. CARRIER LMT 19 juillet 2017 -2

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