TRIBUNE LIBRE: L’HÉRITAGE BOURBONNAIS…POUR NE PAS AVOIR “LE BOURBONNAIS HONTEUX”

Jean-Pierre Petit

Jean-Pierre Petit

◘ À un moment où il est de moins en moins  question  d’Allier ou  d’Auvergne, et encore moins de Bourbonnais, toutes entités désormais noyées dans un assemblage hétéroclite baptisé Auvergne Rhône-Alpes… À un moment où décideurs politiques et communicants de tout crin semblent avoir le « Bourbonnais honteux », tandis que d’autres comme le Berry l’ont « heureux », choisissant de capitaliser sur leur histoire,  Jean-Pierre Petit entend défendre cet « Héritage bourbonnais » qu’il considère comme bafoué. Il est vrai que le personnage en a fait le combat de presque toute une vie. C’est lui qui avait relancé en 1984 la revue trimestrielle Les Cahiers Bourbonnais, après le décès de leur fondateur, Marcel Genermont. Pendant trois décennies, il les a dirigés tout en développant une importante activité éditoriale. Si les Cahiers, faute d’intérêt exprimé par la puissance publique, ont dû cesser leur parution, en 2016, il n’en continue pas moins à  clamer haut et fort son attachement au Bourbonnais, à commencer par son héritage, qu’il soit historique ou culturel. Vu du Bourbonnais a choisi de lui ouvrir  ses colonnes pour cette Tribune libre. 

L’ HÉRITAGE BOURBONNAIS:  REJETÉ OU IGNORÉ PAR LES DÉCIDEURS

• L’héritage bourbonnais est aussi vaste et divers que rejeté et ignoré (sauf dans quelques éphémères discours) par une majorité des élus bourbonnais actuels, de tous niveaux. Il nous est légué par l’histoire de cette province aux aspects si pluriels sur les plans géographique, géologique, historique, littéraire …

La nécropole de Souvigny  (L’ancien Bourbonnais)

• Son histoire débute peu avant l’an 1000 par l’audace d’un capitaine du duché d’Aquitaine, le viguier de Deneuvre qui acquit la villa de Souvigny vers l’an 1000, y établit son château, fit don aux moines de Cluny qui établirent et embellirent au cours des siècles ce qui est aujourd’hui la collégiale de Souvigny, nécropole des Bourbons anciens, sires barons de Bourbon, ducs de Bourbonnais et d’Auvergne, comtes de Forez, princes des Dombes etc. etc.

• Puis ils bâtirent leur forteresse sur le rocher de Bourbon dont ils prirent le nom. Cette famille, à force de fidélité au trône de France et d’alliances avisées sur près de cinq siècles, monta à son tour sur le trône de France avec Henri de Bourbon, roi de Navarre.

La porte d’Orient, à Charroux

• Dés les premiers temps, ils enrichirent leur territoire, multipliant les franchises, ce qui engendra une rapide prospérité et un accroissement des populations. À titre d’exemple, Charroux-en-Bourbonnais compta plus de 3000 habitants au XIIIe  et au XIVe siècle, et encore près  de 2000 à la veille de la Révolution française, mais deux guerres mondiales et un centralisme robespierrien ininterrompu depuis, ont réduit à peu sa population d’aujourd’hui, (ratatinée à moins de 300 âmes), et ainsi en s’est allée toute la France rurale jadis bruissante, fière, laborieuse et prospère.

• L’effondrement religieux suit curieusement, en  parallèle, l’effondrement de la population de la vieille cité templière  qui compta deux paroisses, cinq lieux de culte dont deux abbayes : une préceptorie templière et une abbaye de l’ordre de Saint-Antoine de Viennois, devenue abbaye Bénédictine jusqu’à la Révolution qui extermina ces deux entités religieuses. On sait que ce sont les sires de Bourbon qui aidèrent par donations et favorisèrent en leur temps l’installation de ces deux ordres monastiques.

UNE RENAISSANCE CULTURELLE: ACHILLE ALLIER….ET SES SUCCESSEURS

Achille Allier
Blaise de Vigenère

• Ce n’est qu’au XIXe siècle, vers 1830 qu’un audacieux et talentueux jeune homme, Achille Allier, montluçonnais de naissance s’émut des restes de  tant de beautés architecturales (malgré les affres d’une Révolution dévastatrice), et humaines (Blaise de Vigenère,  Antoine de Laval, Matthieu Auroux des Pommiers, etc.). Il publia ses premiers ouvrages, parmi lesquels dans une typographie originale les deux tomes titrés L’Ancien Bourbonnais, augmenté d’un troisième chargé de gravures somptueuses. En France, ce fut le premier livre d’histoire provinciale  de l’époque romantique.

Sans titre
Lithographies extraites de L’Ancien Bourbonnais

• Précurseur, il créa ainsi magistralement un élan d’intérêt auprès des historiens cultivés et des chercheurs curieux de l’historique bourbonnais, ou de littérateurs avisés tels : Jacques Monicat, Paul Dupieux, Marcel Génermont, Armand Queroy, Max Fazy, Saturnin Arloing, Valery Larbaud, Maurice Duportet, Émile Guillaumin,  Georges Rougeron, Maurice Sarazin, Maurice Malleret et tant d’autres dont les publications foisonnent et aident les curieux à explorer leur patrimoine afin de mieux déterminer leur à venir, des imagiers tels Jacquelin de Montluçon, et plus près de nous Dubreuil, Florane, André Pannetier dit André Gervais, Marcel Guillaumin, Paul Devaux, Jacques Gaulme, Édith Desternes, des philosophes tels Jacques Chevalier, Jean Guitton etc. Tous et tant d’autres talents qui abondaient en Bourbonnais, tels les bâtisseurs François Mercier, André Borie, Victor Auclair, Eugène Freyssinet etc. etc. Tous et chacun ont magistralement abondé et imagé l’Héritage Bourbonnais.

Valery Larbaud et Émile Guillaumin, deux facettes de l’héritage culturel

UNE RICHESSE PATRIMONIALE INSOUPÇONNÉE

• Sait-on que le Bourbonnais est le deuxième territoire de France par le nombre de ses châteaux, que le Bourbonnais a produit, cas unique en France, dix races animales homologuées, dont deux ont disparu assez récemment dans un océan d’indifférence, que le Bourbonnais compte trois rivières importantes, trois villes thermales, trois villes moyennes, une topographie variée avec sa Limagne bourbonnaise, sa Montagne bourbonnaise, sa Sologne bourbonnaise, son Bocage bourbonnais, sa Combraille bourbonnaise, chacune de ces régions possédant une architecture originale, qui semble tirer son caractère de sa géologie propre… Architecture souvent noyée dans des constructions « modernes »  aussi fades qu’impersonnelles.

Hérisson, Moulins, Montluçon…Trois images de l’héritage patrimonial

 PUISSANCE PUBLIQUE: ENTRE  IGNORANCE ET/OU OBSTINATION

Le Cher, un département qui a, lui,   « le Berry heureux » pour promouvoir le tourisme

• Ce qu’il est convenu de dénommer « la puissance publique locale » a tourné brutalement le dos, depuis plus de trente années (et toutes majorités confondues sauf dans quelques discours épars) à cette identité bourbonnaise à laquelle nos concitoyens sont très attachés. Ces élus sont pourtant issus de cette terre que ce faisant ils n’honorent pas, et qui pourtant les nourrit fort bien, au profit, et sans aucune honte d’une région aussi dispendieuse qu’à l’existence éphémère. Ils auraient « le Bourbonnais honteux« , contrairement à nos cousins élus du Berry, qui communiquent avec une juste fierté et très largement sur leur province patrimoniale, avec un brio et une droiture dignes d’éloges alors qu’ils relèvent de la région Centre, mais ils n’ont, eux, ni le Berry honteux, ni la docilité des peuples vaincus, et demeurent fidèles et respectueux envers leurs concitoyens (*).

DES RAISONS D’ESPÉRER QUAND MÊME…

•Par bonheur, çà et là subsistent des îlots de fidèles actifs. Ils essaimeront, et de jeunes talents ne manqueront pas, avec l’audace d’un Achille Allier, de recueillir et d’honorer leur Héritage Bourbonnais au cri de leurs deux devises ancestrales : Espérance et Allen !

© éditions des Cahiers bourbonnais/J-P Petit

(*) un  sondage, alors  commandé à l’Ifop, par le conseil général de l’Allier donnait une écrasante majorité aux tenants de l’image bourbonnaise. Ce sondage avait été occulté par la “puissance publique locale”, autant que par  le quotidien Clermontois, mais il fut publié par les seuls Cahiers Bourbonnais (n° 179 – Printemps 2002). On en retrouvera, à la suite de cet article, quelques extraits ainsi que le commentaire qu’en avaient fait les Cahiers Bourbonnais.

1998

1999 (2)

2002

2001
Quelques « trouvailles » des communicants : Depuis  « Respirez, laissez-vous allier« (sic) (1998), jusqu’à « l’Allier porte de l’Auvergne…Terre de ressources » ((1999), en passant par « l’Allier, territoire riche de culture »((2001) et « L’Allier un territoire en développement« …(2003)…Un grand absent : le Bourbonnais (*)

(*)  et pourtant…De très abondantes et dispendieuses  campagnes de communication proches de la méthode Coué ont été lancées! … avec les résultats que l’on sait tant au niveau de l’effondrement de la population que de celui du PIB.

► Bibliographie :

• Les Cahiers Bourbonnais n° 179, 233 et 234, ainsi que le  hors série n°2 Le Bourbonnais.

Les Bourbonnais célèbres et remarquables, des origines à la fin du XXème siècle, trilogie établie par Maurice Sarazin, regroupant 2340 notices biographiques  : Tome I (2009): Vichy (670 notices ), Tome II (2009): Moulins (980 notices), Tome III (2014): Montluçon (690 notices).  Cet important travail, aussi remarquable qu’inédit, fruit de longues années de recherches, fut accueilli par un océan d’indifférence départementale.  Une indifférence qui s’était déjà manifestée, vingt ans plus tôt, lors de la publication de L’encyclopédie des auteurs du pays montluçonnais et de leurs œuvres, de 1440 à 1994,  que l’on doit à  Maurice Malleret. Cet  autre travail de fond inédit, comportait par ordre chronologique 370 auteurs  et recensait leurs 2 500 titres d’ouvrages, 

 

► Savoir plus… Sur l’histoire des Cahiers Bourbonnais

ANNEXES

À PROPOS DU SONDAGE RÉALISÉ EN JANVIER 2002:

« L’ALLIER VOUS DONNE LA PAROLE« …

• Dans ce sondage réalisé en janvier 2002, à la demande du conseil général,  et dont « le coefficient de retour » avait été qualifié d’excellent, à l’époque,  Vu du Bourbonnais a retenu  les thèmes suivants: l’auto définition des habitants de l’Allier, le lieu qui symbolise le mieux l’Allier, ainsi que le plus connu de l’extérieur,  le personnage ou la célébrité qui symbolisent le mieux l’Allier, la perception du département de l’Allier, ainsi que  les atouts de l’Allier.

DE L’AUTO-DÉFINITION DES HABITANTS DE L’ALLIER… AUX ATOUTS DE L’ALLIER

 

 

L’ANALYSE DU SONDAGE PAR LES CAHIERS BOURBONNAIS (n°179)

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3 commentaires

  1. J’apprécie énormément vos derniers Bulletins qui remettent à leur juste place les éléments souvent méconnus ou oubliés qui font la valeur du Bourbonnais

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    • Merci, cher lecteur, pour votre commentaire. C’est un encouragement pour l’équipe de Vu du Bourbonnais à continuer dans la voie qu’elle s’est fixée, il y aura bientôt un an, lors du lancement de ce blog. Une occasion de rappeler que Vu du Bourbonnais est ouvert à ses lecteurs, soit par des suggestions de thèmes et d’articles, soit par des propositions d’articles.

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  2. Monsieur Petit, merci pour cet article qui mériterait d’être étoffé de données plus circonstanciées pour illustrer les conséquences profondes et actuelles de ces errements. Je me permets un peu d’auto-publicité via ma page facebook dans laquelle il m’arrive de conclure avec la même amertume sur les « dommage » de tel ou tel choix politiques.
    Grégory ANGLIO

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