DANIELLE DARRIEUX ET JEAN ROCHEFORT: LE SOUVENIR DE LEUR ÉTAPE VICHYSSOISE

MISE À JOUR :  19 DÉCEMBRE 2017

 

Z danielle-darrieux-film-universal-Un  mariage pour l’une… Une partie de son enfance pour l’autre,  au cœur de la même époque troublée… Deux destins que le hasard aurait même pu faire se rencontrer.  La disparition  de Danielle Darrieux, quelques jours après celle de Jean Rochefort, a réveillé des  souvenirs en Bourbonnais, et plus particulièrement à Vichy et dans les alentours. Beaucoup de ceux qui les aimaient ont pu alors découvrir que pour ces deux « monstres sacrés » du cinéma, la station thermale avait été un passage obligé de leur existence. Deux épisodes sur lesquels Vu du Bourbonnais a donc choisi de se pencher.
Danielle Darrieux avait choisi Vichy pour s’y marier, le 18 septembre 1942, avec Porfirio Rubirosa, un diplomate, traînant derrière lui une solide réputation de séducteur et de playboy. C’est cette cérémonie de mariage qu’a voulu  reconstituer Vu du Bourbonnais,  en puisant dans  la presse de l’époque et dans les documents d’archives.
Z - Copie• Mais ce mariage, faisait suite à un autre événement  auquel il était directement  lié. Des faits   sur lesquels Danielle Darrieux avait souvent dû revenir pour se justifier, dès la fin de la guerre:  le voyage en Allemagne, accompli en mars 1942, par un groupe de vedettes françaises du Grand écran, qui les avait conduites jusqu’à Berlin, à la rencontre notamment de Joseph Goebbels, grand maître de la propagande nazie. Qui avait organisé ce voyage? Dans quels buts?  Invitation ou contrainte forte? Quelles en  ont été les étapes? Comment Danielle Darrieux s’en est-elle justifiée? Quelles en  ont été  les conséquences pour la suite de sa carrière? Autant de questions auxquelles Vu du Bourbonnais a cherché à répondre.
• Quant à Jean Rochefort, son histoire est plus simple. C’est celle d’un  enfant de 12 ans, plutôt rebelle aux études, que le tourbillon de l’histoire amène avec sa famille à Vichy,  au début des années 1940.  Une brève étape dans son parcours, mais suffisamment marquante pour qu’il ait pu en conserver des souvenirs heureux, mais aussi quelques images douloureuses, inscrites à tout jamais dans sa mémoire.

allier-infos@sfr.fr

 

– I – 

MAURICE SARAZIN

 DANIELLE DARRIEUX (1917-2017)

 SOUVENIR D’UN MARIAGE VICHYSSOIS

(18 SEPTEMBRE 1942)

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• Quelques jours après la disparition de Jean Rochefort, on a appris le décès de Danielle Darrieux, survenu le 17 octobre, à l’âge de  cent ans,  à Bois-le-Roi (Eure). Tous les médias sont revenus sur sa carrière d’une exceptionnelle longévité, qu’elle avait débutée  en 1931, à 14 ans, avec  Le Bal, pour l’achever en 2010, avec Pièce montée.  Comme l’a fait  remarquer un journaliste, elle  était entrée dans le monde du cinéma peu après l’avènement du parlant, pour ne s’en retirer qu’à l’ère du tout numérique

La semaine 27 février 1941
Avant le remariage avec Porfirio Rubirosa, le divorce d’avec Henri Decoin (La Semaine – 27 février 1941)
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Le Progrès de l’Allier (édition de Moulins 19-20 septembre 1942)

• La plupart  des articles ont aussi fait référence à  sa vie privée, avec, notamment, son deuxième mariage  qui avait été célébré  à Vichy, quelques mois après qu’elle eut divorcé de son mentor, le réalisateur et scénariste Henri Decoin. Le 18 septembre 1942, elle s’était unie à Porfirio Rubirosa,  chargé d’affaires et représentant de la  République dominicaine auprès de l’Etat Français. Une union que Maurice Sarazin, en puisant dans le quotidien local, Le Progrès de l’Allier,  avait  contée dans un article  publié en  1992 dans les Cahiers bourbonnais et que Vu du Bourbonnais a choisi de reproduire…

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L’hôtel de ville de Vichy, lieu de célébration du mariage de Danielle Darrieux
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Danielle Darrieux à la une du magazine 7 Jours (6 octobre 1941 et 23 août 1942)

LE MARIAGE VICHYSSOIS DE DANIELLE DARRIEUX

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Porfirio Rubirosa, diplomate et “playboy” …

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Cine Mondial 12 octobre 1942
La revue hebdomadaire Ciné Mondial (12 octobre 1942) avait, elle aussi, traité de cet événement…
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…ainsi que Le Matin (19 et 21 septembre 1942)

• Dans sa récente biographie, Daniel Darrieux, une femme moderne, Clara Laurent s’est penchée  sur la question du choix de Vichy par l’actrice et le diplomate pour y célébrer leur mariage: Cela ne signifiait rien pour moi. Vichy était une mairie comme une autre”, assurait Danielle Darrieux. Au contraire, pour Porfirio Rubirosa, le choix de la capitale de l’État français avait une portée symbolique: “ Rubi veut-il donner des gages au régime de Pétain pour s’attirer ses bonnes grâces? Tout en ménageant ses relations avec les pays d’Amérique du sud, l’Espagne, les États-Unis« , s’interroge Clara Laurent. Au vu de la liste des invités mentionnée par Maurice Sarazin, l’hypothèse apparaît  parfaitement plausible.

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• Toujours à  propos de ce mariage et de la personnalité de Porfirio Rubirosa, le journaliste Thomas Sotinel écrit dans Le Monde (20 octobre 2017):  « Divorcée de Decoin en 1941, (Danielle Darrieux) a épousé en 1942 Porfirio Rubirosa, play-boy aux performances amoureuses hors norme (sic), mais aussi représentant de la République dominicaine en France. L’ex-gendre du dictateur Trujillo s’est répandu en déclarations anti-allemandes, ce qui lui a valu d’être interné. Sa libération a été promise à sa femme en échange d’un contrat avec la Continental (la firme de production allemande dirigée en France par Alfred Greven, ndlr) et de la visite à Berlin. Les deux parties s’exécutent (Danielle Darrieux tournera deux films pour la firme allemande), et l’actrice se réfugie à Megève avec son époux jusqu’à la Libération. A l’automne 1944, alors que le couple est rentré à Paris, sa voiture est prise pour cible par un groupe de FFI armés, Rubirosa est blessé, l’actrice est indemne ».

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À la sortie de l’hôtel de ville, entre deux rangées d’admirateurs ou de simples curieux (Paris-Soir – 23 septembre 1942)

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DARRIEUX ET RUBIROSA

• Précisons que ce dernier ”incident” est peut être à nuancer. Dans les colonnes du Journal Ce soir, daté du 18 octobre 1944, on annonce bien que “ M. Rubirosa, le mari de la vedette Danielle Darrieux, a été victime d’un attentat. Alors que le diplomate de Saint-Domingue rentrait chez lui à Neuilly, en auto, après une soirée passée avec des représentants  de l’armée et de la presse américaines, une rafale de mitraillette le blessa gravement à la région lombaire. Transporté à l’hôpital et opéré d’urgence, il est aujourd’hui hors de danger”. On aura noté, cependant  que l’auteur de l’article ne mentionne pas la présence de l’actrice à ses côtés, pas plus qu’il n’évoque “ le groupe de FFI”.

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Le quotidien Ce Soir (9 février 1945), dirigé par Louis Aragon,  annonce le retour sur scène de Danielle Darrieux dans Tristan et Yseult

• Pour Philippe d’Hugues (Le Figaro – 20 octobre), son mari étant toujours diplomate, Danielle Darrieux  fut couverte à la libération par son statut diplomatique, ce qui lui épargna bien des désagréments. Elle en eut un faible aperçu en 1945, au théâtre Édouard VII en voulant créer Tristan et Yseult de Lucien Fabre.  Chahutée tous les soirs, la pièce fut rapidement abandonnée  et le retour de Danielle Darrieux différé”. Quant à  Pierre Cibert, il conclut dans La Montagne (20 octobre)  que “cette noce, célébrée dans la capitale du régime de  Pétain continue de porter son lot d’ambiguïtés que l’actrice a, toute sa vie durant réfuté . Finalement, bien plus que son mariage vichyssois, c’est sa participation au voyage  en Allemagne en mars 1942 qui a été retenu à charge contre elle par une partie de l’opinion. C’est ce qui l’avait poussée à s’en expliquer dans plusieurs interviews, y compris dans les années récentes.Un épisode sur lequel Vu du Bourbonnais a choisi de revenir pour le replacer dans son contexte, tout en examinant les différentes versions et explications qui ont pu en être données.

 

• Le même journaliste précise, dans La Montagne,  que l’actrice était venue une seconde et ultime fois à Vichy. C’était le 8 décembre 2003,  lorsqu’elle avait interprété  au Palais des congrès, la pièce d’Éric Emmanuel Schmitt, Oscar et la dame en rose, pour laquelle elle avait décroché le Molière de la meilleure comédienne. Une véritable performance pour l’actrice, alors âgée de 86 ans, seule sur scène, face au public, pendant près d’une heure trente. 

Daniel Darrieux Continental film

Carte postale éditée par Continental Film dont on distingue le logo en bas, à droite
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Partition musicale du film Premier rendez-vous (1941), produit par Continental Film
Premier rendez-vous affiche italienne
Premier rendez-vous…version italienne
D Darrieux et P. Rubirosa
1947: Le couple se sépare, après un divorce prononcé “aux torts réciproques” (Journal de Genève – 22 mai 1947 ▼

Z J de Genève 22 mai 1947

– II – 

Jean-Paul PERRIN

 

LE VOYAGE EN ALLEMAGNE (18 – 31 MARS 1942): RETOUR SUR UN ÉPISODE CONTROVERSÉ

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Cinémondial (10 avril 1942)

 

◘ LE CONTEXTE DU VOYAGE EN ALLEMAGNE

• À propos de ce voyage en Allemagne, dans ce qu’on a parfois appelé “Le train de la honte”,  qui se déroula entre le 18 et le 31 mars 1942, précisons d’abord que Danielle Darrieux était accompagnée d’autres vedettes : Junie Astor (1911-1967), Suzy Delair (née en 1917 et actuellement seule survivante), Viviane Romance (1912-1991), ainsi que René Dary (1905-1974) et Albert Préjean (1894-1979).  Danielle Darrieux, Suzy Delair et Albert Préjean étaient alors sous contrat avec la firme allemande Continental qui avait produit le film d’Henri Decoin, Premier rendez-vous, au générique duquel figuraient Danielle Darrieux et  Fernand Ledoux.  Contrairement à ce que l’on a pu lire dans plusieurs articles, ce voyage était donc  antérieur de 6 mois  au mariage de l’actrice avec Porfirio Rubirosa, puisqu’il  n’a été célébré à Vichy que  le 18 septembre 1942.

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Le logo de Continental Film,  la firme de production allemande, dirigée par Alfred Greven

• Ces deux semaines sur le territoire du Reich, à un moment où les armées allemandes triomphaient encore en Europe, ont  valu à leurs  participants, au mieux  des critiques après la libération, voire quelques sanctions, sans que cela les empêche de reprendre leurs activités. Dans sa biographie, Danielle Darrieux (éditions Ramsay Cinéma, 1995), coécrite avec Jean-Pierre Ferrière, l’actrice  précise à ce propos, peut-être un peu naïvement : “ Comme j’avais – à l’instar de beaucoup de mes camarades – tourné en Allemagne avant la guerre, je n’avais pas une idée bien précise de ce que représentait cette compagnie”. Mais  la principale justification mise en avant par Danielle Darrieux restera  la volonté de retrouver son futur mari: “J’étais follement amoureuse d’un diplomate étranger, un playboy merveilleux qui s’appelait Porfirio Rubirosa. Demandez aux autres filles qui l’ont connu, elles vous répondront toutes qu’il était le charme incarné. C’était un homme courageux, adorable et qui possédait un grand cœur”, expliquait-elle dans une interview donnée à L’Express en 1997.

• Quel rapport entre « cet homme au grand cœur » et le voyage en Allemagne ?  En fait, cette idylle a  été contrariée par le comportement de Porfirio Rubirosa : “ Le gouvernement de Vichy ne supporte plus son comportement irascible et provocateur. Il n’hésite pas à clamer haut et fort détester les Allemands. Il est inculpé d’espionnage anti-allemand, arrêté et enfermé à Bad Nauheim au nord de Francfort. Danielle Darrieux raconte en 1997: “Alors que j’étais en plein tournage, ils l’ont emprisonné (…) dans un camp surveillé pour diplomates étrangers. J’étais folle amoureuse et on m’arrachait l’homme de ma vie, j’étais désespérée...”, peut-on lire sur le site Huffington Post qui revient en détail sur cet épisode dans un article intitulé “Toute sa vie Danielle Darrieux se sera défendue d’être montée dans le train de la honte”.

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Cinémondial (20 mars 1942)▼

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• À cette époque, le magazine Cinémondialdans son n° du 20 mars 1942 lui avait consacré  un article de 3 pages, abondamment illustrées. Sous le titre “Danielle Darrieux ou la retraite sentimentale ”, on y évoquait Danielle Darrieux qui “attend celui qu’elle aime ”.  À la manière d’une exposition, on pouvait y voir tous  les objets qui lui rappelaient l’être cher. Comme le souligne cet article, le principal, à ses yeux, était la photo sur laquelle on apercevait  la vedette en compagnie de Porfirio Rubirosa. CinéMondial ne précisait toutefois pas l’identité du fiancé, ni les raisons de cette séparation. Deux jours avant la parution de cet article, Danielle Darrieux   était déjà partie pour l’Allemagne, puisque le convoi des vedettes s’est ébranlé de la gare de l’Est, le 18 mars.

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Cinémondial (20 mars 1942): “L’homme qu’elle aime”…mais dont l’article ne précise pas l’identité

• Dans son livre Danielle Darrieux, une femme moderne (éditions Hors Collection), Clara Laurent revient sur la personnalité de Porfirio Rubirosa et sur les causes de son arrestation. C’est en 1940, à Cannes, lors de préparation du film au titre prémonitoire Coup de foudre, qu’avait eu lieu leur première rencontre. Précisons que ce film d’Henri Decoin restera inachevé, le tournage ayant dû être interrompu, et qu’il ne fera donc l’objet d’aucune sortie.

Porfirio-Rubirosa-The-Polo-Bon-VivantPorfirio Rubirosa, né en 1909 dans une famille dominicaine aisée, après une jeunesse “dorée”, avait épousé la fille du dictateur dominicain, Rafael Leonidas  Trujillo Molina (1891-1961), surnommé El Jefe, en raison de son pouvoir autoritaire et sans partage. Trujillo  avait su profiter de ses fonctions pour se bâtir une immense fortune. Divorcé en 1938, Porfirio Rubirosa qui traînait derrière lui une solide réputation de playboy et de fêtard, amateur de sport, de belles femmes autant que de belles voitures et de dîners en ville, n’en était pas moins resté “diplomate”.  D’abord nommé par son beau-père consul général à Londres, en 1933, il avait ensuite rejoint  la légation de la République Dominicaine à Berlin, en 1936, l’année même où la capitale du Reich accueillait les J.O., en tant que Premier secrétaire. Enfin, on le  retrouve en poste à Paris, à la veille de la guerre. Il est chargé d’affaires, par intérim, précisent les annuaires diplomatiques. C’est d’ailleurs dans la capitale que Danielle Darrieux aurait retrouvé le diplomate et séducteur, quelques semaines après qu’ils se furent rencontrés à Cannes, selon la biographe  Clara Laurent. C’est le début de leur liaison, alors que l’actrice est toujours mariée avec Henri Decoin.

Cette idylle qui se noue entre eux  suscite quelque étonnement dans une partie de la presse, y compris lointaine. C’est ainsi que  dans le Nouvelliste d’Indochine, on pourra lire le 29 novembre 1942, deux mois après leur mariage: “Le coup d’éclat réussi par M. Rubirosa est d’avoir succédé à Henri Decoin, cinéaste, metteur en scène et ex-champion de natation, dans les bonnes grâces officielles de Danielle Darrieux, que l’on dit férue du café noir de Saint-Domingue”. Et le même journaliste de poursuivre: « Tous les goûts sont dans la nature, c’est vrai, mais chez les vedettes de cinéma, on dépasse facilement la mesure”…

Z1• Sur les raisons et les circonstances de l’arrestation de Porfirio Rubirosa, Clara Laurent apporte aussi des précisions qui, sans contredire la version officielle des “propos imprudents qu’il aurait tenus à l’encontre des Allemands, permettent de mieux cerner le contexte. Après l’entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941, suite à l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, la république de Saint-Domingue, en raison de ses liens forts avec les États-Unis, avait rejoint le camp des Alliés. Suivant l’exemple américain, elle avait même déclaré officiellement la guerre à l’Allemagne. Du côté du Reich, on éprouvait quelques craintes sur le sort qui pourrait être réservé à l’ambassadeur allemand auprès de Trujillo.  C’est ce qui explique que Porfirio Rubirosa, diplomate d’un pays désormais en guerre avec l’Allemagne, avait été arrêté à Paris, entre la fin de 1941 et le début de 1942,  pour servir de “garantie”, selon les uns,  voire “d’otage” selon  les autres. Rappelons que sa résidence officielle et sa représentation s’exerçaient uniquement  à Vichy, auprès de l’État français, donc en zone encore “libre”.

• Suite à ses protestations et en arguant certainement de son immunité diplomatique, Porfirio Rubirosa avait été remis en liberté, moyennant des garanties données sur le sort de l’ambassadeur allemand à Saint-Domingue. Un accord qui va très vite  capoter en raison du comportement du diplomate au verbe haut: dans un restaurant parisien, L’Aiglon, il n’hésite pas à clamer haut et fort “sa détestation des Allemands”. Propos aussitôt rapportés aux autorités d’occupation et qui lui valent une seconde arrestation. Cette fois-ci, il est envoyé en Allemagne,  à Bad-Nauheim, dans le Land de Hesse et à proximité de Francfort. Danielle Darrieux parlera d’un  “camp surveillé pour diplomates étrangers”.  Détention, captivité, internement, mais certainement pas “camp”,  le mot faisant trop penser à  camp de concentration. Ses conditions de vie, hormis la privation de liberté, ne sont pas des plus inconfortables, puisqu’il loge dans un hôtel.

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Bad Nauheim, lieu de “captivité” de Rubirosa, avec ses hôtels, ses thermes, ses  parcs…Comme un  air de Vichy

• Sur les raisons de son acceptation de partir pour l’Allemagne, Danielle Darrieux a livré SON explication, justification a posteriori selon certains. Après l’arrestation de Porfirio Rubirosa,  Alfred Greven (1987-1969), le patron de la firme Continental,  lui aurait fait une proposition, que la  vedette qualifiera de “chantage” : participer à un voyage de promotion du film Premier rendez-vous, à Berlin. L’actrice affirme avoir rejeté cette proposition, tout en expliquant pourquoi elle avait dû  finir par s’y plier :  “Comme je refusais, il a commencé à me faire un chantage monstrueux, me conseillant de ne pas oublier que ma mère vivait à Paris et qu’il pouvait très bien lui arriver quelque chose.”téléchargementPRV C’est donc à ce moment-là qu’elle aurait accepté de faire partie du voyage, mais en y ajoutant deux conditions : qu’elle puisse retrouver son fiancé et que cela puisse servir sa cause pour envisager sa libération et son retour en France. La première de ces conditions se réalisera lors de l’étape berlinoise, ainsi qu’elle l’a raconté elle-même : “Je suis restée huit jours à ses côtés et, de retour à Paris, les rumeurs ont commencé. Les gens murmuraient dans mon dos. Ils disaient: “Quelle horreur! Danielle Darrieux est dans la collaboration”. Mon Dieu! Ils ne savaient rien ! Je n’étais qu’une femme amoureuse. Quand il est revenu, nous sommes partis en zone libre, avant d’être installés à Megève en résidence surveillée. Nous n’avions pas le droit de sortir. C’était une période douloureuse. Des hommes et des femmes disparaissaient et on ne savait pas encore qu’ils étaient déportés… Mais j’étais avec l’homme que j’aimais alors… J’aurais fait n’importe quoi pour le sauver. »

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Une des rares photos d’Alfred Greven

• Précisons que cette version donnée par Danielle Darrieux, après guerre, souvent reprise ultérieurement dans des interviews, peine à convaincre  tous les historiens qui se sont penchés sur cet épisode. Certains y voient beaucoup plus le geste d’une jeune femme éperdument amoureuse, sans la moindre conscience politique, pour laquelle le but unique de ce voyage   était de retrouver son amant, quitte à quelques compromissions. De même pour les conditions du séjour à Megève. D’abord, il apparaît que la “résidence surveillée” y était somme toute plus que relative et avait sans doute plus l’apparence d’une “mise au vert”.  Selon Clara Laurent, le choix de Mégève, émanait en partie de Porfirio Rubirosa, qui y voyait un triple avantage: la présence de nombreux amis, les facilités de ravitaillement et la proximité de la frontière suisse, au cas où… D’ailleurs avant de poser ses valises à Megève, le couple avait quitté Vichy pour une lune de miel en Suisse: “Daniel Darrieux et son mari M. Porifirio Rubirosa, en voyage de noces, sont arrivés à Genève, chaleureusement accueillis par les Suisses”, rapporte l‘Écho d’Alger, daté du 27 septembre 1942.

• Il est avéré en revanche, que Danielle Darrieux a bien refusé les propositions de tournages qui lui ont été faites. La firme Continental n’avait pourtant pas hésité à dépêcher à Megève Henri-Georges Clouzot et André Cayatte, porteurs de projets de  scénarios. Dans les deux cas, ils essuieront un refus de l’actrice. On en trouve quelques échos, là aussi, dans la presse: ” Madame Rubirosa débutera-t-elle bientôt,?”, titre Le Journal daté du 26 novembre 1943: “On chuchotte que Danielle Darrieux qui avait fait ses adieux à l’écran pour se consacrer à sa vie d’épouse serait fort regrettée par certains producteurs et que des offres fort alléchantes la poursuivraient… jusque dans sa retraite sentimentale. Reverra-t-on Madame Rubirosa à l’écran? ”. On connaît la réponse.

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Après Megève (1942-1944)...
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Sept (23 septembre 1943): “Madame Rubirosa  s’est mise en vacances et fait du sport”...

• C’est au début de 1944, que le couple quitte Megève, muni de faux papiers, selon Clara Laurent, pour venir s’installer à Septeuil, en banlieue parisienne. Danielle Darrieux, revenant sur cet épisode emploiera même le mot   “évasion”. À quelques kilomètres de la capitale, les Darrieux  possèdent une résidence qui abrite déjà sa sœur  et les siens. C’est donc là qu’ils attendront la  fin de l’Occupation et des jours meilleurs.

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…L’installation à Septeuil, au début de 1944, en attendant la fin de la guerre. 

 

◘ UNE MÉMOIRE RAVIVÉE, TRENTE ANS PLUS TARD

Chagrin• Dernier point sur lequel on peut s’interroger: pourquoi des décennies plus tard, cet épisode du voyage outre-Rhin est-il resté au cœur des critiques qui ont pu être adressées à Danielle Darrieux et qui l’ont conduite à renouveler explications et justifications?  Le fait est que lorsqu’on évoque ce voyage, la mémoire y rattache beaucoup plus facilement son nom que ceux de Suzy Delair ou d’Albert Préjean. C’est probablement parce que sa carrière  a été, après guerre, plus brillante et plus durable  que celles des autres participants. Tous ont certes continué à tourner, mais dans des rôles souvent secondaires. Il ne faut pas négliger  non plus l’impact qu’a pu avoir la projection  du film Le Chagrin et la pitié, intercalant images d’actualités et interviews, sans réel mise en perspective.  Or lorsque le film de Marcel Ophüls sort en 1971, il crée plus qu’un malaise.

Extraits du film Le Chagrin et la pitié :

Le départ des vedettes pour l’Allemagne et l’arrivée de Heydrich, général des SS,  à Paris ▼
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L’arrivée de Heydrich à Paris…

• Dans son découpage, dans le cadre d’une  évocation de l’antisémitisme, Ophüls a choisi de faire se succéder (téléscoper conviendrait mieux) deux scènes des actualités cinématographiques. La première montre le départ des acteurs et actrices pour l’Allemagne: “Sous le signe de l’art, des vedettes de l’écran s’apprêtent à partir pour l’Allemagne (…) répondant à l’invitation du docteur  Karl Fröhlich, président de la corporation du cinéma allemand« .  On y voit des vedettes tout sourire, Danielle Darrieux glissant même un « Au revoir » par la fenêtre du train qui s’ébranle .

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...Et le départ des vedettes pour l’Allemagne : deux séquences qui se téléscopent (© Paris en Images)

• Sans la moindre transition, on enchaîne sur   l’arrivée à Paris de “M. Heydrich, général des SS, chef de la sûreté, représentant du Reich à Prague, chargé par le chef des SS de la police allemande, M. Himmler, d’installer dans ses fonctions M. Oberg, général de division des SS et de la police en territoire occupé”. Pour l’occasion, Heydrich, “le boucher de Prague”, rencontre René Bousquet, secrétaire général de la police, ainsi que Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives. Des acteurs essentiels dans ce qui sera  quelques mois plus tard la rafle du Vel d’Hiv.

 On peut comprendre que ce rapprochement “brutal” des images ait pu amener le public à s’interroger, 30 ans après les faits, sur la conduite de Danielle Darrieux et des autres participants. Sans le film d’Ophuls, la séquence aurait-elle traversé le temps? Pas sûr…

◘ LES ÉTAPES D’UN VOYAGE CONTROVERSÉ

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Première étape vers  le Reich: Suzy Delair, René Dary, Junie Astor, Danielle Darrieux, Albert Préjean et Viviane Romance  posent pour Cinémondial
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Un des premiers articles sur le voyage à Berlin (Cinémondial – 17 avril 1942)

• Après ces précisons, il est temps de revenir sur le  voyage controversé en Allemagne, accompli du 18 au 31 mars 1942,  dans ce que d’aucuns ont appeléle train de la honte”. Signalons auparavant que ce voyage  de vedettes du cinéma n’a pas été le seul et qu’il y a eu aussi un voyage des écrivains  la même année (Jacques Chardonne, Robert Brasillach, Georges Blond…), ainsi que plusieurs voyages d’artistes (Despiau, Paul Landowski, Dunoyer de Ségonzac, Derain…).

• Pour en savoir plus, on pourra d’abord se reporter à l’article particulièrement éclairant publié par Claire Daniélou sur le   blog Chroniques chartistes et intitulé  “Rendez-vous d’étoiles à Berlin, dans les actualités filmées de mars 1942”. L’auteure revient de manière quasi-exhaustive sur l’organisation et le déroulement de ce périple qui conduisit le groupe de vedette, enchaînant de nombreuses réceptions, officielles, à Berlin, à Munich et à Vienne : “L’organisation d’un tel voyage est une exception dans les milieux cinématographiques français. On en doit l’initiative aux trois piliers de la propagande allemande en France : l’Institut allemand, l’Ambassade et les services de propagande en France qui dépendent directement du Ministère de la Propagande à Berlin. La collaboration d’Alfred Greven, directeur de la Continental Film, dont un des films, Premier rendez-vous, est présenté pour l’occasion à Berlin lors d’une première au Marmorhaus Palace, en présence de sa grande vedette, Danielle Darrieux”.

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Viviane Romance et Danielle Darrieux, dans le train qui les conduit à Berlin

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▼La visite de Vienne et la réception des vedettes à leur retour à Paris▼

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•  En évoquant l’étape finale à Vienne et en examinant le bref résumé filmé  qu’en ont donné les Actualité cinématographiques, Claire Daniélou apporte des précisions importantes : “La deuxième bande, à Vienne, égrène également la liste des artistes, mais cette fois, les artistes ne sont pas montrés successivement et on détourne l’image vers les monuments de la capitale autrichienne. Le commentaire est en effet devenu mensonger : tous les artistes ne sont plus présents. Il faut cependant faire croire que Danielle Darrieux fait encore partie du voyage, alors que celle-ci a quitté le groupe après Berlin. Un visionnage attentif permet de se rendre compte de son absence, mais ne correspond pas à ce que faisaient les spectateurs en salle, qui voyaient vite défiler cette courte partie du journal. Évoquer son abandon eût été un aveu d’échec pour les organisateurs, Danielle Darrieux étant la principale figure mise en valeur par la propagande ”. Effectivement, le commentaire mentionne bien Danielle Darrieux mais on ne la voit à aucun moment. Et pour cause. C’est donc  bien après  cette étape berlinoise qu’elle a pu retrouver Porfirio Rubirosa, à Bad Nauheim près de Francfort, mettant fin à son périple.

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Du 10 avril au 12 juin 1942, Pierre Heuzé donne un compte-rendu détaillé du voyage
CM 24 avril
Cinémondial (24 avril 1942)

• On pourra également retrouver un compte-rendu détaillé, mais forcément orienté, dans l’hebdomadaire Cinémondial. Le magazine faisait partie du groupe de presse qui avait été créé par Gerhard Hibbelen, homme de confiance de l’ambassade d’Allemagne, dont le représentant était alors Otto Abetz. Outre des créations de magazines comme Cinémondial, le “trust Hibbelen” avait multiplié les participations financières dans la presse et l’édition française, pour la noyauteur. Une action efficace qui lui permettait de contrôler  en 1944 plus 50 périodiques, de diverses catégories. Alors que les vedettes françaises avaient achevé leur périple outre Rhin depuis le 31 mars, Cinémondial a entrepris la publication d’une série d’articles sur le dit voyage, qui se sont échelonnés   du 10 avril au 12 juin 1942. Tous sont signés par Pierre Heuzé, rédacteur en chef de Cinémondial, qui était aussi du voyage. On peut retrouver  l’intégralité de ces articles en consultant les exemplaires de la revue numérisés sur le site de la BnF.

CM Babelsberg
La visite des studios de Babelsberg : Danielle Darrieux et l’actrice allemande Brigitte Hornay (Cinémondial – 15 mai 1942)
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Cinémondial (15 mai 1942)

• Bien qu’ils aient commencé à être publiés après le retour des vedettes en France, les articles de Pierre Heuzé suivent la chronologie du voyage avec les trois grandes étapes: d’abord Berlin, ensuite Vienne et, enfin, Munich, avant le retour à Paris où une réception est donnée sur la terrasse de l’immeuble abritant les locaux de CinémondialJusqu’à Berlin, le nom de Danielle Darrieux apparaît souvent, que ce soit dans le corps des articles ou en légende des photos. On la suit presque pas à pas.  En revanche, à partir de l’étape viennoise, il n’est plus question d’elle, ni dans les articles, ni sur les photos. Dans le même temps, Pierre Heuzé continue de  décrire les faits et gestes de Suzy Delair, de Viviane Romance et de Junie Astor, ou d’Albert Préjean et de René Dary. Le tout sans qu’il ne soit donné la moindre explication sur  cette “disparition”.

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L’étape viennoise: Danielle Darrieux n’est plus là (Cinémondial – 22 mai 1942)…
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…Tout comme elle est absente à celle de Munich (Cinémondial – 29 mai 1942)

• Tous ces éléments viennent donc corroborer les explications de Claire Daniélou: Danielle Darrieux n ‘est pas allée au delà de Berlin,où elle a été reçue, en compagnie de ses camarades de voyage par Joseph Goebbels, ministre de la propagande du Reich. À ce stade, elle peut considérer qu’elle a tenu tous ses engagements vis à vis d’Alfred Greven, le patron de Continental Film, y compris la promotion outre-Rhin du film Premier rendez-vous. À lui donc de tenir les siens, à savoir la libération de Porfirio Rubirosa. Danielle Darrieux  n’est toutefois pas rentrée immédiatement  en France,  après avoir retrouvé   son fiancé.

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Comœdia (11 avril 1942)

• Après le retour, fin mars,  des autres vedettes en France, le journal Comoedia, daté du 11 avril 1942, apporte quelques éléments d’explication: “Danielle Darrieux n’est pas rentrée avec ses camarades. Par autorisation exceptionnelle, elle reste en Allemagne, quelques jours encore”, peut-on lire. Ce séjour “par autorisation exceptionnelle” semble donc avoir duré au moins jusqu’à la mi-avril 1942, alors que  le groupe avait achevé son périple le 31 mars. C’est probablement le temps qu’il aura fallu pour régler toutes les questions liées à la libération de Porfirio Rubirosa et à son retour en France.

 • D’ailleurs, dans le n° de Cinémondial, daté du 12 juin 1942, qui clôt la série d’articles, Danielle Darrieux n’apparaît pas sur les photos  de la réception donnée à Paris, le 10 avril  au retour des vedettes, pas plus que son nom n’est mentionné dans le corps de l’article. Les lecteurs attentifs ayant pu s’étonner que la revue ne la mentionne plus, on a toutefois veillé à ce qu’elle figure sur la couverture, avec une photo légendée ainsi: “Danielle Darrieux qui au cours de son voyage en Allemagne fut l’ambassadrice de la beauté française« . Ambassadrice de la beauté, certainement, mais pas jusqu’au bout du voyage…

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La réception en l’honneur des vedettes à leur retour d’Allemagne…sans Danielle Darrieux (Cinémondial – 12 juin 1942)

 

◘ SUZY DELAIR, SEULE SURVIVANTE DU VOYAGE

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Suzy Delair, née en 1917, comme Danielle Darrieux

• Une ultime précision…La seule survivante de ce voyage est désormais  la comédienne Suzy Delair, dont les historiens du cinéma  s’accordent à dire qu’elle a été sans doute la plus enthousiaste parmi les vedettes parties outre-Rhin :   “Elle ne dissimulait pas ses sympathies pour les Allemands », écrit Pierre Billard (L’âge classique du cinéma français : du cinéma parlant à la Nouvelle vague, éditions Flammarion, 199()). De son côté, Pierre Darmon affirme qu’elle allait “  jusqu’à admirer l’ordre nazi ” (Le Monde du cinéma sous l’Occupation, éditions Stock,  1997). Il rapporte aussi un épisode qui choqua à  l’époque nombre de spectateurs au retour d’Allemagne, lorsqu’elle embrasse chaleureusement Alfred Greven, tout en regrettant de n’avoir pu serrer la main de Joseph Goebbels, ministre de la propagande d’Adolf Hitler… Des prises de positions qui ont le mérite de la clarté et dont, a contrario,  on ne retrouve pas de traces chez Danielle Darrieux. Sans absoudre cette dernière, cela permet au moins de relativiser sa participation au « Train de la honte« .

• Cela n’empêchera d’ailleurs pas Suzy Delair de reprendre sa carrière après guerre, après que les comités d’épuration du cinéma lui eurent infligé une suspension de  trois mois. Il en sera de même pour les autres participants qu’on retrouvera dans les films de la fin des années 1940, même si leur carrière a pu connaître un ralentissement. Dès 1945, on la retrouve dans le film La vie de Bohème, de Marcel Lherbier. Deux ans plus tard, elle apparaît dans Copie conforme de Jean Dréville et surtout dans Quai des orfèvres qui consacre le retour de Henri-Georges Clouzot. Dans le rôle de Jenny l’amour, elle donne la réplique à Louis Jouvet et à Bernard Blier. Elle y interprète aussi la chanson Avec son tra la la. Le film est devenu aujourd’hui un classique.

• Pas plus que cela n’empêchera Suzy Delair d’être faite officier dans l’ordre national du Mérite en 1990 et officier dans l’ordre de la légion d’honneur en 2006. Aujourd’hui presque centenaire, Suzy Delair est donc après la disparition de Danielle Darrieux la doyenne  des actrices françaises, si l’on excepte Renée Simonnot (mère de Catherine Deneuve). Moins connue du grand public, elle a fêté ses 106 ans le 10 septembre 2017.

Contact: allier-infos@sfr.fr

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Danielle Darrieux, à 21 ans, en 1938

 

 Savoir plus…

• En dehors des sites Internet et des blogs mentionnés dans cet article, on pourra  consulter avec profit les ouvrages suivants:

Clara Laurent: Danielle Darrieux, une femme moderne (éditions Hors collection, 2017).

Didier Schuller: Rubirosa, le séducteur du diable (éditions du Moment, 2007).

• Philippe d’Hugues:  Les écrans de la guerre : Le cinéma français de 1940 à 1944 (éditions de Fallois, 2005)

• Jean-Louis Ivani: Continental film, l’incroyable Hollywood nazie (éditions Lemieux, 264 p, 2017).

Pierre Darmon: Le Monde du cinéma sous l’Occupation (éditions Stock,  1997)

• Jacques Siclier: La France de Pétain et son cinéma (éditions Ramsay Poche, 1999).

LA DISPARITION DE DANIELLE DARRIEUX…PANORAMA DE LA PRESSE

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© La Montagne (20 octobre 2017)
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© Libération (20 octobre 2017)
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© Le Parisien (20 octobre 2017)
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▲ © Le Figaro (20 octobre 2017) ▼

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Cusset, la commune où Jean Rochefort a vécu une partie de son enfance

JEAN ROCHEFORT (1930-2017)

CHRONIQUE D’UNE ENFANCE À CUSSET ET À VICHY

(1942-1943) 

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• La disparition du très populaire et distingué comédien Jean Rochefort a  suscité des échos jusqu’en Bourbonnais et notamment à Cusset, où il avait été élève, durant la seconde guerre mondiale.

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La famille Rochefort (Jean, à gauche, et son frère, Pierre, au centre)
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Né à Paris, le 29 avril 1930, il était le fils de Célestin Rochefort, cadre dans l’industrie pétrolière, et de Fernande Guillot, comptable. Après avoir étudié au lycée Corneille à Rouen, il avait suivi sa famille à Vichy, où son père travaillait,  durant la seconde guerre mondiale. Les Rochefort s’étaient alors installés à Cusset, près de la source  Mesdames.

• Dans La Montagne (10 octobre 2017), Josiane Simon-Martinez a évoqué celui qui avait été “ son copain de classe”. Elle  l’avait  côtoyé en 1942-1943, dans l’ancien collège de Cusset,  qui était  alors dirigé par Abel Boisselier. Elle se remémore un Jean Rochefort déjà très élégant, à 12 ans : “ C’était un garçon très distingué. Il portait déjà beau, toujours cravaté. Il était très amusant, il faisait rire tout le monde. Mais ce n’était pas un très bon élève”.  Elle précise également que “ Abel Boisselier, directeur du collège, était un amoureux des arts et des lettres. On vivait dans cette atmosphère. Il y avait un atelier théâtral, mais Jean n’en faisait pas partie. Il préférait chanter dans la chorale”. Et de suggérer: “Peut être que c’est cette ambiance qui lui a donné envie d’être comédien”.  Depuis, la collégienne et le comédien s’étaient perdus de vue, jusqu’à ce qu’ils renouent des relations, par écrit et au téléphone, suite à une visite de Jean Rochefort à Cusset en 1986. Il était alors  désireux de revoir la maison dans laquelle il avait vécu au début des années 1940. On devrait retrouver le témoignage de Josiane Simon-Martinez dans la biographie de l’acteur à paraître en novembre. Elle est  signée par le journaliste spécialiste du cinéma,  Jean-Philippe Guérand .

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Jean Rochefort en Premier communiant 

 

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Jean Rochefort, en haut, à gauche (© La Montagne)

• De son côté,  Paul Péronnet, qui a présidé l‘Association des anciens élèves du collège de Cusset, se remémore “ le cavalier de grande classe ”  qui s’entraînait près de Versailles : “ Jean Rochefort était  une personne exceptionnelle. Il était sans façon, il évoquait ses anciens copains collégiens. Il se souvenait particulièrement d’un professeur malgache, qui enseignait le français, le  latin et le  grec, en raison de son nom qu’il trouvait interminable”. Paul Péronnet l’avait également rencontré à la sortie d’un de ses spectacles, dans un théâtre parisien. Il  l’avait alors sollicité pour qu’il préside l’assemblée générale et le repas annuel de l’association. Une demande que l’acteur avait dû décliner en raison d’un emploi du temps chargé.

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• De même, en juin 2011, pris par une tournée théâtrale, il n’avait pu répondre favorablement à l’invitation qui lui avait été faite de participer au vernissage de l’exposition La cloche a sonné. Elle présentait une série de photos de classes, parmi lesquelles celle de la 6ème 2, dont Jean Rochefort avait fait partie en 1942-43. Dans la très longue liste des 4 000 noms d’anciens élèves, celui de Jean Rochefort figurait en bonne place, au côté d’autres célébrités, anciens professeurs ou anciens élèves,  comme Jean Giraudoux, René Barjavel, Claude Nougaro, Denis Tillinac ou Jean Cluzel.

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La façade du collège de Cusset (à gauche) 

• Ce séjour vichyssois avait aussi  laissé des souvenirs plus brutaux dans la mémoire de l’acteur. Dans son livre La nudité : pratiques et significations (éditions Cygne, 2008, p. 141), l’historien Christophe Colerarapporte un épisode qui avait marqué l’acteur à vie: à la libération de Vichy, Jean Rochefort avait été témoin  du “spectacle”  des femmes tondues, ce qui lui avait donné “une vision noire de la nature humaine”.  La guerre terminée, la famille Rochefort avait quitté Vichy pour s’établir en région parisienne et c’est au lycée Marcellin-Berthelot de Saint-Maur que le futur acteur avait poursuivi  ses études. Des études vite abandonnées pour entamer une carrière de garçon de bureau à la Banque de France, avant de bifurquer vers la comédie.

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La cour intérieure du collège de Cusset

Jean Rochefort, cavalier émérite et grand amateur de chevaux, au point de posséder un haras, était aussi revenu à Vichy à plusieurs reprises, à l’occasion des courses hippiques. En août 1957, il s’était également produit sur la scène du Théâtre des Fleurs, dans la pièce L’amour des quatre colonels. Il y interprétait le rôle d’un colonel de l’empire britannique, Rinder Sparrow, face notamment à Roger Carel, qui campait le personnage d’Alexandre Ikonenko, un colonel soviétique.

◘ CLIN D’ŒIL.. SALUT AUX “BOLOSS DES BELLES LETTRES” !

MADAME BOVARY, LES MISÉRABLES, LE PETIT PRINCE…ET LES AUTRES, REVUS ET CORRIGÉS PAR JEAN ROCHEFORT

 

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