L’ACTUALITÉ DES AUTEURS, DES ÉDITEURS ET DES MÉDIAS: N° 10 (NOVEMBRE – DÉCEMBRE 2017)

ARTICLE MIS À JOUR LE 28 DÉCEMBRE 2017

Cette rubrique  bimestrielle  couvre la période de Novembre – décembre 2017. Elle sera régulièrement actualisée jusqu’au 31 décembre. N’hésitez donc pas à y revenir  pour profiter des compléments qui y sont apportés  et des nouvelles informations.

Contact: allier-infos@sfr.fr

 

DU CÔTÉ DES AUTEURS

HOMMAGES

Z GRENIER

  ROGER GRENIER (1919-2017)

ANCIEN PRÉSIDENT DU JURY  

DU PRIX VALERY-LARBAUD

•  Après Monique Kuntz  en septembre 2016 et Michel Déon en décembre de la même année, les Amis de  Valery Larbaud viennent de perdre un autre de leurs membres éminents, avec la disparition de l’écrivain, journaliste, photographe et conseiller littéraire Roger Grenier. Il est  décédé le 8 novembre, à Paris,  à l’âge de 98 ans. Membre de l’association internationale des amis de Valery Larbaud dès sa création en 1977, il avait présidé le jury du prix  pendant 13 ans, entre 1986 et 1999.

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•  DANS LE TOURBILLON DE LA GUERRE

• Né le 19 septembre 1919, à Caen, où son père était comptable et sa mère opticienne-lunetière,  Roger Grenier avait passé son enfance et son adolescence  à Pau, où il avait entrepris une licence de Lettres. Une période de sa vie  sur laquelle il était revenu dans plusieurs de ses livres. Mobilisé en septembre 1939, après avoir attendu son affectation à Bordeaux, il se retrouve  d’abord à Marseille puis est envoyé en Algérie. C’est seulement en novembre 1942 qu’il sera démobilisé. Faute d’avoir obtenu le poste de secrétaire que lui avait laissé entrevoir, avant guerre, Marcel Achard, c’est pour éviter le S.T.O. qu’il se réfugie  à Clermont-Ferrand, nanti de faux papiers. Dans la capitale auvergnate, il rejoint un groupe d’intellectuels, dont certains sont issus de la  Faculté de Strasbourg repliée. Il y croise aussi le philosophe en devenir Jean Toussaint-Desanti.

•  Sur cette période de sa vie,  Christian Lassalas a apporté quelques précisions, à la suite de la nécrologie publiée dans Le Monde (8 novembre 2017) : “Roger Grenier a passé la période de l’Occupation à Clermont-Ferrand : études, contacts avec la Résistance, occupation de “pion”  au Lycée Amédée-Gasquet.  Il en tirera la matière d’un roman : “La voie romaine”  Roger Grenier avait confié tous ses souvenirs auvergnats dans l’émission de Jacques Santamaria “Les contes de la mémoire ” diffusée en 1979 sur FR 3 Auvergne radio”. En fait, si c’est bien à Clermont-Ferrand que Roger Grenier a basculé dans la résistance, il n’y a passé qu’une année, regagnant Paris dès la fin de 1943.

• JOURNALISTE À COMBAT ET À FRANCE-SOIR

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Roger Grenier et Albert Camus, à Combat (© La République des lettres)

 • À Paris, il s’inscrit à la Sorbonne pour y suivre  des études de lettres et de  philosophie, avec pour maître Gaston Bachelard. Thème de son diplôme d’études supérieure: “ Le problème du temps dans la poétique de Baudelaire”… Mais le temps va lui manquer pour mener son projet à son terme:  en août 1944, il est happé par les combats pour la libération de Paris, en rejoignant le mouvement Ceux de la Résistance. Il y côtoie Léo Hamon, du journal clandestin Combat. Après la libération de Paris, il décide de bifurquer vers le journalisme, profitant de la floraison de titres en tout genre, et parfois éphémères,  qui remplacent ceux de la presse de la collaboration.

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Les débuts dans le journalisme, à Combat (1944-1947)…

• C’est à cette époque, dans les locaux du journal Libertés,qu’il lie connaissance avec Albert Camus. Autres rencontres, cette fois-ci au journal  Volontés, celles de Georges Bataille et de Tristan Bernard. Albert Camus le fait embauche à Combat pour rendre compte, notamment, des procès de l’épuration qui se tenaient devant la haute cour de justice ou la cour de justice de la Seine. De ce temps fort de sa vie, il en fera le sujet de son tout premier essai publié en 1949, Le rôle d’accusé.   Il passera trois ans  au service de Combat (1944-1947), avec Albert Camus et Pascal Pia. Un journal qu’il avait apprécié au point de confesser, bien des années plus tard : « Ici, tout le monde écrivait. Une vraie succursale de la Nrf ! Alors moi aussi…« . Il se forge aussi de solides amitiés, comme celle de Claude Roy.

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...avant le passage par France Soir (1948-1963)

• Après le départ de Pascal Pia de Combat en  juin 1947,  Roger Grenier, lui aussi partant, va rejoindre   France-Soir (1948-1963), celui de la grande  époque journalistique,  conduit par  Pierre Lazareff. Là aussi, cette expérience de 15 ans lui servira de fil directeur pour  un recueil de nouvelles, La salle de rédaction, publié en 1977. Dans le même temps, il avait commencé à collaborer, dès 1945,  à ce que l’on appelait encore la Radiodiffusion française avant qu’elle ne se mue en Radiodiffusion  – Télévision française. Lors de ses interventions, il convoque au micro Beckett, Faulkner, Montherlant, Carco ou encore Gide. Là aussi, il y reviendra dans Fidèle au poste, publié par Gallimard en 2001.

• UN DES PILIERS DE LA MAISON GALLIMARD

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Roger Grenier dans son bureau, chez Gallimard (© éditions Gallimard)

• En 1964, fin de sa carrière de journaliste. Avec l’appui de l’écrivain  Claude Roy, il entre chez  Gallimard, comme “conseiller littéraire”, marquant le point de départ d’une collaboration qui va  durer plus de cinquante ans. Il n’est toutefois pas en terre inconnue, puisque c’est Gallimard qui a publié plusieurs de ses écrits entre 1953 et le début des années 1960 (Les Monstres, Les embuscades, La Voie romaine ou encore Le silence). Définissant son poste comme celui d’un « chasseur de talents« , il était en fait un membre « écouté” du comité de lecture. C’est lui, notamment, qui avait attiré des auteurs comme  Sylvie Germain ou  Daniel Pennac dans “l’équipe” Gallimard.Dans Le Monde (14 novembre), Jean-Philippe Catinchi écrit à son propos: “Là, ce lecteur infatigable, d’une curiosité et d’une exigence sans limites, est devenu au fil des années, par son exceptionnelle longévité dans le poste, plus qu’un éditeur parmi d’autres, une mémoire, voire un oracle”.

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Le siège des éditions Gallimard, rue Sébastien-Bottin, rebaptisée Rue Gaston Gallimard

• Habitant au cœur de Saint-Germain-des-Prés, à quelques encablures de la rue Sébastien-Bottin, siège des éditions Gallimard, il pouvait y rejoindre facilement  le minuscule bureau qui lui était réservé, encombré en permanence par des piles de livres. Un trajet qu’il aura accompli quotidiennement, presque jusqu’à la fin, pour y lire et y annoter consciencieusement  les ouvrages reçus. Dans Le Palais des livres (2011), il s’était expliqué sur ce qui pouvait passer pour une obsession : « Tous ces livres… Il me semble qu’un des premiers actes qui soit inséparable de l’attente est la lecture. Les yeux cheminent le long d’une ligne et l’esprit attend qu’ils avancent, impatient de savoir ce qui se passera plus loin, écrivait-il alors. Mais il faut patienter. Je fais souvent un rêve dont je n’arrive pas à comprendre le mécanisme. Je rêve que je lis. Je déchiffre une page, et même une ligne, mot après mot ».

• CONSEILLER LITTÉRAIRE

MAIS AUSSI ÉCRIVAIN RECONNU

Z role d'accusé• Ami d’Albert  Camus et de Romain Gary,  il était aussi proche de Brassaï. On pourra d’ailleurs mieux mesurer cette amitié en se plongeant dans leur  Correspondance : 1950-1983, publiée au printemps dernier. Roger Grenier, qui avouait sa passion pour Tchekov, était aussi l’auteur d’une cinquantaine de livres, dont plusieurs avaient été distingués par les jurys littéraires. Il  avait ainsi reçu le grand prix de la Société des gens de lettres en 1971 et il avait été couronné par le grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre en 1985. Il a été lauréat du Prix Femina en 1972,  pour Ciné-roman. Quinze ans plus tard, il s’est vu décerner le  Prix Albert-Camus (1987) pour son essai Albert Camus, soleil et ombre : une biographie intellectuelle.  En 2007, alors qu’il était presque nonagénaire,  le  Prix des Editeurs lui avait été attribué  pour Instantanés, un livre dans lequel il avait couché quelques-uns de ses  souvenirs.  Si Roger Grenier, “homme discret et malicieux” était bien connu des milieux littéraires, ce n’était pas le cas auprès du grand public, hormis de ses lecteurs.

Z Grenier.-Cine-roman• Ces derniers n’auront eu que l’embarras du choix dans son abondante bibliographie romanesque et/ou   personnelle autant que  féconde, qu’il avait ouverte  avec Les Monstres en 1953. Suivront, parmi d’autres titres,  La Voie romaine (1960), Une maison place des fêtes (1972), Le miroir des eaux (1975), Un air de famille (1979), La Follia (1980), Il te faudra quitter Florence (1985), La Mare d’Auteuil (1988) et Le Veilleur (2000).

• Malgré le poids des ans, il n’avait jamais cessé de publier, avec régularité, jusqu’à Instantanés I (2007), suivis de  Instantanés II, parus  en 2014. Dans ce qui s’apparentait à des mémoires, il évoquait ses rencontres  avec Gaston Gallimard, Romain Gary, Hector Bianciotti, Roger Caillois et, bien sûr, Albert Camus. Paris ma grand’ville, un livre de souvenirs, sorti en 2015 aura été son ultime ouvrage, dans lequel il exprimait tout  son amour pour la capitale.

• UN ATTACHEMENT À VALERY LARBAUD,

JUSQU’AU BOUT

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Roger Grenier (1er à gauche), Monique Kuntz (4è à gauche) et Michel Déon (au centre) en 2012, lors de la remise du 44ème prix à Cloé Korman (© Marie Lemaître)

• Depuis 1977, Roger Grenier avait montré son attachement à Valery Larbaud, autant à l’homme qu’à son œuvre, en se rendant régulièrement à Vichy, pour la remise du prix, dont il a aussi  présidé le jury pendant 13 ans . C’est en 2015 qu’il était venu pour la toute dernière fois, lorsque le 47ème prix avait couronné  Luba Jurgenson pour son roman Au lieu du péril (éditions Verdier). En 2013, lorsque les Amis de Valery Larbaud l’avaient sollicité pour leur exposition sur  Albert Camus, il avait accepté de prêter documents, photos, articles et manuscrits de l’écrivain et journaliste.

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► Savoir plus: Les éditions Gallimard rendent hommage à Roger Grenier.

 

JEAN ANGLADE (1915-2017) 

ÉCRIVAIN “ NATURALISTE ET HUMANISTE

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BIEN PLUS QUE RÉGIONALISTE

• Autre disparition, celle de Jean Anglade.  À 102 ans, le « patriarche des lettres  » a tiré sa révérence, le mercredi 22 novembre, au terme d’un parcours littéraire aussi riche que dense et varié. Son décès a suscité de nombreux témoignages de sympathie, autant dans le monde des lettres, et bien au delà de l’Auvergne, que parmi les millions de lecteurs, qui un jour ou l’autre, s’étaient plongés dans l’un de ses livres. Une carrière que François Graveline définit comme “un roman-fleuve, avec bien des détours, graves ou humoristiques, et (qui) prenait sa source dans le cœur de l’homme”.

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À Brive en 2012

• Bien qu’il soit venu sur le tard à l’écriture romanesque, celui qui disait faire des livres « comme un pommier fait des pommes », laisse derrière lui une œuvre monumentale de plus d’une centaine  de livres,  ponctuée de nombreux succès populaires jamais démentis, entre des romans, des biographies, des albums illustrés,  des essais historiques et des traductions, aussi bien de Boccace que de  Machiavel.

• Cette œuvre, dans laquelle il ne faut pas oublier  ses recueils de poésie et ses livres d’humour,  il se plaisait à la porter auprès de ses lecteurs en allant régulièrement à leur rencontre, lors des nombreux salons et foires du livre auxquels il aura participé jusqu’à l’aube de ses cent ans. Au point que “sa tête blanchie, son grand sourire, son regard malicieux ” avaient fini par se fondre dans le paysage de ces événements littéraires.

• UNE PREMIÈRE  VIE AVANT L’ÉCRITURE

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Hommage à Jean Anglade  (© La Montagne)

• Pourtant, avant de devenir un écrivain connu et reconnu, au-delà de son Auvergne natale, Jean Anglade avait eu  une autre vie dédiée à l’enseignement. Il était né le 18 mars  1915, dans une  famille modeste, vivant  au hameau des Bonnets, à Escoutoux, près de Thiers. Son père, lui aussi prénommé Jean,  était ouvrier maçon  tandis que  sa mère, Célestine,  tait une  simple servante. En   septembre 1916, il avait eu la douleur de perdre son père, fauché par la grande guerre, sur le front  de Somme. De quoi lui faire  dire, au cours d’une interview, qu’il ne l’avait “connu que quinze jours, au cours d’une permission”. Il aimait aussi à confier  que son seul héritage avait été sa truelle.

• En 1920, sa mère s’était remariée avec un charretier. La famille avait alors élu domicile à Thiers passant d’une “cuisinette avec chambre placard” à d’autres logements tout aussi peu confortable qu’il baptisera «“Mes maisons  Cadet Rousselle”, rappelle François Graveline. Devenu pupille de la nation, il fait des études qui le conduisent jusqu’au cours complémentaire “le collège des pauvres », ce qui lui permet de passer le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs de Clermont-Ferrand. Son premier poste de “maître d’école”, il l’occupe à l’école primaire de Thiers, là même où il a passé une partie de son enfance. Comme la plupart de ses condisciples de l’école normale, il épousera en 1935 une institutrice, Marie Ombret, originaire de Saugues.

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© La Montagne – édition de Clermont-Ferrand (24 novembre 2017)

• Jean Anglade qui aurait pu  passer sa vie à enseigner la lecture, l’écriture et le calcul, en finissant “directeur d’école”, décide de poursuivre, sur son temps libre, ses études. Le voila promu professeur de lettres, enseignant dès 1944 à  l’École nationale professionnelle de Thiers. L’italien le passionne depuis qu’il a découvert cette langue auprès d’un marchand de glace, en accomplissant son service militaire dans la météorologie aérienne à Aulnat, en 1936. C’est là qu’il aurait croisé (très brièvement) Saint-Exupéry. L’apprentissage de cette langue, dont il dira qu’elle était “la plus proche de son patois auvergnat », il va s’y atteler seul pour finalement en devenir un spécialiste, après passage de l’agrégation d’italien, qu’il décroche en 1947 en se classant 4ème…sur 4. Il aura ainsi  l’occasion de faire partager sa passion à des lycéens de Gap, d’abord, puis de Thiers et de Clermont-Ferrand, au lycée Blaise –Pascal, entre 1949 et 1975, après un détour par la Tunisie. Jean Anglade aurait donc  pu finalement n’être qu’un retraité de l’éducation nationale, au terme d’une carrière bien remplie.

• UN PROFESSEUR VENU SUR LE TARD À L’ÉCRITURE

téléchargement c• Il faudra attendre le début des années 1950, pour que le démon de l’écriture saisisse Jean Anglade et ne l’abandonne plus, jusqu’à ses derniers jours, puisque son ultime roman, Le grand dérangement  est paru, soixante ans plus tard, l’année de son centenaire. Si son recueil de poèmes Chants de guerre et de paix, publié en 1945, n’a guère été remarqué, il n’en sera pas de même avec son premier roman, Le chien du seigneur que publie la librairie Plon en 1952. Il y a aborde le délicat problème des prêtres ouvriers, en mettant en scène l’un d’eux. Il  travaille dans une usine de caoutchouc et il finit par abandonner la soutane pour se marier.  Ce roman, salué par Jean Paulhan, lui vaudra toutefois quelques démêlés avec l’archevêque de Clermont-Ferrand de l’époque.

• La presse ne se montrera pas tendre avec le livre, à l’image du journal Le Monde (5 décembre 1952):  “Le Chien du Seigneur – Dominicanis – paraît d’emblée écrasé par sa tâche. Sa bonne volonté est grande, mais sa naïveté déconcerte (…).  Il semble sortir à peine du séminaire. Son premier geste sera de se faire gruger par sa logeuse ; son dernier, de succomber aux assiduités d’une fille de cantine. Pour échapper à cette fille il ne trouve rien de mieux que de se faire happer par une machine de son atelier. Sans doute aurait-il échappé à la mort si l’un de ses camarades, militant communiste, jaloux de son influence, n’avait volontairement tardé à stopper les courroies. Le malheureux meurt à l’hôpital (…). Terne comme un rapport, le récit laisse une pénible impression de tristesse et d’échec.

• Un  jugement qui se mue en réquisitoire,  lorsque l’auteur de l’article donne la parole à deux prêtres ouvriers, dont on ne sait comment ils ont été choisis et s’ils sont véritablement représentatifs: M. Anglade barbouille de nous la forme délavée d’un prêtre refoulé, ignorant la classe ouvrière, beaucoup de choses de l’Église, tout de la vie. Peut-on salir avec autant d’inconscience des hommes qui demandent le silence sur eux ?”, déclare le premier. Le second ne se montrer guère plus charitable:  “ On pourrait chercher dans ces pages un reflet de la générosité, de la franchise, de la délicatesse de l’âme ouvrière. Le prêtre de M. Anglade gigote au milieu de marionnettes. Ce livre toutefois m’a donné une joie : celle de voir salir ensemble la classe ouvrière et les prêtres-ouvriers. Nous sommes bien solidaires. Les mêmes hommes se trompent en même temps sur elle et sur nous.”

PÉRIODE BLEUE”…

L-immeuble-Taub• François Graveline parle de période bleue ” pour qualifier ces années où Jean Anglade publie des romans sérieux dont l’action se déroule dans différents pays mais qui ne remportent guère mieux qu’un  “succès d’estime”, en décrochant parfois un prix littéraire comme le prix Populiste en 1957 pour L’Immeuble Taub, suivi du  prix des Libraires en 1962 avec La foi et la montagne. Malgré ces premières reconnaissances, ses livres ne parlent toujours pas au grand public et, encore moins, au monde des critiques littéraires.

• Lors de la publication du Point de suspension, le journal Le Monde (6 décembre 1969) commence certes par saluer l’auteur : “Dans la République des Lettres, Jean Anglade, cinquante-quatre ans, professeur agrégé d’italien à Clermont-Ferrand, auteur d’une dizaine de romans, joue un rôle précis : il témoigne en faveur des gens du peuple. Ce qui n’empêche pas le journal  d’émettre des réserves sur  ce romanqui vaut surtout par sa fantaisie et sa tendresse, mais le passage du présent au passé manque de nerf”.

• Ginette Guittard-Auviste, l’auteure de l’article, rend également compte d’un autre roman de Jean Anglade, La pomme oubliée. Là, elle se montre nettement plus convaincue, en écrivant:  “Dans cet autre roman du même auteur, le personnage est une vieille servante qui s’appelle Mathilde. Mais au début du livre, Mathilde, soixante-dix ans, n’exerce déjà plus le métier de servante. Elle vit seule dans un village abandonné dont les jeunes sont partis à la ville, les vieux au cimetière. Le dernier voisin de Mathilde meurt dans les premières pages. Mathilde cependant n’est pas tout à fait seule. Elle parle à ses chèvres, à ses lapins, à Dieu. Elle parle, surtout, à Mathilde. Elle se raconte le temps passé. Elle se souvient. Elle pense à son fils qui, lui, ne pense pas à elle. La pomme oubliée, c’est elle”. Et de conclure, cette fois-ci un brin enthousiaste: “ Ce roman est plus convaincant que le précédent. Mathilde, une bonne vieille que l’on embrasserait volontiers sur ses deux joues !”

• Ce décalage, Jean Anglade a fini par le  comprendre. En 1976, au micro de Jacques Chancel qui l’avait invité à son émission  Radioscopie,  il avait livré cette analyse: “ Je vivais en province et me comportais comme un Parisien. J’écrivais des romans ambitieux, psychologiques, politiques… J’avais peur de passer pour un écrivain régionaliste”. Et d’ajouter : “J’avais l’impression que Pourrat et Vialatte avaient déjà tout dit de l’Auvergne”.

 • LE TEMPS DE LA RECONNAISSANCE

9782258099586• Fort de ce constat, Jean Anglade publie aux éditions Julliard  La pomme oubliée en 1969. Le roman s’inspire de  la vie de sa tante Mathilde, la dernière habitante d’un village auvergnat abandonné. Alors que Le point de suspension publié par Gallimard  n’avait, comme on l’a vu,   séduit qu’un lectorat restreint, La pomme oubliée marque les débuts d’une carrière  d’auteur à succès. Le livre s’écoule à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires et une adaptation télévisée prolongera le succès tout en donnant à Jean Anglade une notoriété au-delà des frontières auvergnates.

• Désormais, c‘est sa région natale qui, à quelques exceptions près, va  inspirer toute son œuvre : “Il n’a de cesse de puiser son inspiration dans les faits et gestes de sa région, peignant dans Les Bons dieux, le communisme primitif des communautés rurales des Bois Noirs, les couteliers de Thiers dans Les Ventres Jaunes, ou croquant l’une de ses tantes pour la figure de Mathilde, que l’on retrouve dans Le tilleul du soir. Il conte des histoires souvent tristes mais avec humour, humilité, humanité. Dans la lignée d’un Giono, Anglade est ainsi l’inventeur de la littérature de terroir donnant ses lettres de noblesse à un genre aujourd’hui galvaudé”,  écrit François Graveline.   Le plus bel hommage c’est sans doute celui que lui avait rendu  son ami Alexandre Vialatte avec lequel Jean Anglade partageait bien des points communs : « Jean Anglade a le génie de la belle histoire. C’est admirable. »

• UN ÉCRIVAIN PROLIFIQUE

9782258145368• Après la saga des Pitelet couvrant un siècle de la vie des couteliers de Thiers avec  Les ventres Jaunes (1979), La Bonne Rosée (1980) et La permission de mai (1981), Jean Anglade ne cessera jamais cessé d’écrire. Entre 2010 et 2014, il signe ainsi 5 romans publiés soit par les Presses de la Cité, soit par Calmann-Lévy. Pour ses 100 ans, en 2015, il publiera son ultime livre, Le Grand dérangement.  Retiré dans une maison de retraite, il a laissé, semble-t-il le manuscrit d’un roman dont l’action se déroule dans cet univers.

• Citer tous les ouvrages  dont il est l’auteur relève de la gageure et on pourra en retrouver la liste impressionnante sur la notice que lui a consacrée Wikipedia : après une liste de  plus de 70 romans, figurent des biographies (Hervé Bazin, Sidoine Apollinaire, Blaise Pascal, les Montgolfier…), des ouvrages historiques dont plusieurs publiés dans la collection la Vie quotidienne (La vie quotidienne dans le Massif central au XIXe siècle, La Vie quotidienne contemporaine en Italie La Vie quotidienne des immigrés en France de 1919 à nos jours…), sans oublier une  Histoire de l’Auvergne,  suivie des  Grandes Heures de l’Auvergne, et d’une Histoire des Femmes de nos campagnes.

Anglade-Jean-La-Vie-Quotidienne-Dans-Le-Massif-Central-Au-Xix-Siecle-Livre-847005591_L• Au passage, Jean Anglade démontre qu’il a non seulement les talents du conteur mais aussi le sérieux de l’historien. En rendant compte de la Vie quotidienne dans le Massif Central au XIXe siècle, Dans le journal Le Monde, daté du 26 mars 1971, on peut lire: “Cela aurait pu n’être qu’un ennuyeux inventaire. Mais Jean Anglade, parce qu’il a su faire revivre des hommes et des femmes, ressuscite cette vie quotidienne qu’il ne suffit pas de décrire mais qu’il faut comprendre dans ses profondeurs”.   Après avoir lu les dix-neuf portraits  qui vont de la dentellière du Velay et du  tapissier d’Aubusson,  jusqu’à l’instituteur des Cévennes, laïque avant la lettre, en passant par le vacher du Cantal,  le médecin aux prises avec les superstitions et la pauvreté, ou encore le curé limousin morigénant ses ouailles du haut de la chaire, l’auteur de l’article conclut ainsi: “ Deux excellents chapitres sur le langage et la fête ruissellent d’un humour et d’une verdeur au demeurant présents à toutes les pages. Un voyage plein d’intérêt dans un passé proche, et déjà si lointain”.

Anglade-Jean-La-Vie-Quotidienne-Contemporaine-En-Italie-Livre-747577697_L• Deux ans plus tard, le même quotidien (26 avril 1973) salue la sortie de la Vie quotidienne contemporaine en Italie en ces termes: “ L’auteur reprend la méthode qu’il avait employée dans La vie quotidienne dans le Massif Central au dix-neuvième siècle, celle des portraits. Il nous en donne ici une trentaine (…).Trente personnages typiques d’un pays de contradictions et de  » combinazione « .  À défaut d’être exhaustif, le tableau est vivant et, souvent satirique. Il donne une excellente idée de ce que sont les Italies : celle du miracle économique, futuriste, luxueuse, impitoyable ; celle de toujours, avec ses innombrables bureaucrates et parasites, celle du Mezzogiorno, misérable et superstitieuse. Un pays où, nous dit l’auteur,  » tout est transhumance « , déplacement et mélange explosif de forces économiques, politiques, religieuses multiples et désaccordées”…

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• À cette production abondante, viennent s’ajouter  des essais, une douzaine d’albums illustrés, tous consacrés à l’Auvergne, ainsi que  des ouvrages de divertissement et d’humour. Pour être complet, il faudrait ajouter ses traductions de l’italien et ses recueils de poésie. Enfin, dans  Aux sources de mes jours, un autre album illustré publié en 2002 et réédité en 2010, il avait couché une partie de ses souvenirs sur le papier.

• UN INTÉRÊT POUR L’HOMME, PAR-DESSUS TOUT

• Pour autant, “ le Pagnol auvergnat” que certains voyaient en lui n’appréciait guère l’étiquette d’écrivain “régionalisteque les critiques  lui avaient souvent accolée : « cette appellation est méprisante; elle vaut pour ceux qui racontent des histoires de cloches et de sources, publiées à compte d’auteur. » Il préférait se définir comme « romancier réaliste« : « Je n’invente pratiquement aucun personnage. Ils me sont tous suggérés par la réalité et je les arrange à ma façon (…). Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est l’Homme, qu’il soit Auvergnat ou Chinois”.

51c15bEe1iL._SX210_Cette passion pour l’humain l’avait aussi amené à se pencher sur le sort réservé dans notre société aux « Vieux » (on ne disait pas alors “seniors”) qui ne peuvent plus guère compter sur la solidarité familiale pour les héberger. Il en avait fait le thème du Tilleul du soir, à propos duquel le journal Le Monde (11 juillet 1975) écrivait: “ Voici venue la saison où nombre de familles cherchent à  » caser  » grand-père ou grand-mère avant de partir en vacances. Qu’elle soit de consommation, de loisirs ou de tout ce qu’on voudra, notre société n’est pas tendre pour les vieux (…). Mais est-ce ma faute si je deviens vieille ? Est-ce ma faute ?, gémit, dans un de ses rares accès de révolte, Mathilde, soixante-dix-neuf ans, l’héroïne du Tilleul du soir. Les lecteurs d’une “Pomme oubliée” la connaissent bien, cette villageoise tenace, la dernière habitante d’un hameau des Cévennes (..). Pas à l’écart du temps. Il la rejoint, lui scie les jambes, lui coupe le souffle et l’expédie dans une maison de retraite, le Doux Repos, où elle n’aura plus qu’à se laisser vivre et mourir. Lentement, au fil des journées grises, Mathilde fait l’apprentissage du désespoir. D’abord, il y a l’enfer des autres, des semblables, frères et sœurs en déchéance. Il y a cette faim, toujours frustrée, de jeunesse, les mains qui se tendent vers les enfants et qui s’arrêtent au vol, paralysées par la crainte qu’elles inspirent. Il y a la honte d’encombrer, de peser, de ne plus être aimé pour soi, de devoir acheter la compassion, de perdre jusqu’aux souvenirs qui chauffaient le cœur. Parfois, l’un des pensionnaires se cabre contre son destin.  » Reprends-moi « , supplie-t-il, pendu aux basques d’un héritier en visite, qui se hâte de fuir, le dos rond. Contre l’immense, la contagieuse détresse des gens âgés, chacun ne songe qu’à défendre son petit bonheur. Sans jamais élever la voix, Jean Anglade décrit le sauve-qui-peut général et plaide pour ceux qu’on met en quarantaine et qui mendient, exigent, espèrent encore un peu de tendresse avant de partir ». Un livre qui résonne de manière poignante quand on sait que l’écrivain a lui aussi passé ses deux dernières années en maison de retraite.

• “Ma fille m’a fait une entourloupe, elle s’est débarrassée de moi. Cela m’a serré le cœur. Mais il faut bien qu’elle vive”, avait-il confié à Astrid de Larminat, journaliste au Figaro, qui lui avait rendu visite à l’occasion de ses 100 ans.  Cette dernière ajoute  toutefois que “ Avec un franc sourire, étonnamment dépourvu d’amertume, Jean Anglade avait conclu par : «Je lui donne mon absolution ».  En veine de confidence, le patriarche avait ajouté : Pour me venger de cette cage où on m’a mis, j’ai écrit un roman que je viens d’envoyer à mon éditeur pour 2016, La Cage aux merles blancs. En racontant ma vie dans cette maison sous la forme d’une fiction, je peux dire ce que je veux!». À ce jour, il n’a fait l’objet d’aucune publication.

L’âge, la sagesse et la renommée lui avaient donné l’image d’un véritable ”patriarche des lettres auvergnates”, “statufié de son vivant et pourtant méconnu”, écrit François Graveline,trop souvent cantonné dans le rôle d’écrivain régionaliste. Alors que toute sa vie, il a clamé que « son pays, c’était avant tout l’homme”. De son côté, Astrid de Larminat se veut encore plus précise en écrivant: “Parce qu’il a puisé son inspiration dans le terreau riche en histoires de son Auvergne natale, les faiseurs de goût parisiens l’ont snobé et sous-classé dans la catégorie des auteurs de terroir. Le grand Alexandre Vialatte, qui n’avait pas cette sorte de préjugés, ajoute-t-elle,  ne s’y était pas trompé: «Jean Anglade a le génie de la belle histoire. De l’histoire pour elle-même, à laquelle on croit, comme on croit au fait divers fourni par l’actualité – une histoire qu’apporte le colporteur, que le trouvère vient chanter, que le conteur arabe interrompt pour ramasser des sous… C’est admirable.»

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© La Montagne (février 2016)

• En février 2016, à Bransat, Jean Cluzel lui avait remis les insignes de chevalier de la Légion d’honneur.   Jean Anglade   faisait   partie du quatuor des doyens des lettres françaises:  avec son “aîné” et voisin limousin Georges Emmanuel Clancier, né en 1914, il figurait aux côtés de Claude Seignolle, né en 1917 et de René de Obaldia, né en 1918. 

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Dessin de Deligne publié dans La Montagne (30 novembre 2017)

• Ses obsèques ont été célébrées le  jeudi 30 novembre, en la cathédrale de Clermont-Ferrand, en présence de plus de deux cents personnes, entre parents, amis, écrivains ou simples lecteurs, qui avaient tenu à participer à cet hommage. On a d’ailleurs pu mesurer la popularité de l’écrivain en parcourant les nombreux témoignages de lecteurs qu’a publiés La Montagne, le 29 novembre. L’urne contenant ses cendres repose désormais dans le caveau familial, au côté de son épouse, au cimetière de Ceyrat, dans le Puy-de-Dôme.

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©La Montagne (23 novembre)

Savoir plus :

François Graveline : L’Auvergnat Jean Anglade s’est éteint. Un siècle de littérature : le patriarche des lettres régionales disparu, son œuvre immense et variée perdure (La Montagne – 23 novembre)

Astrid de Larminat : Disparition de Jean Anglade, le «Pagnol Auvergnat», à 102 ans

Astrid de Larminat : Jean Anglade : cent ans et cent livres

 

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VU PAR CHRISTIAN MONCELET

• Dans son livre  Fouchtrah. Ah ! Ah ! Quand les Auvergnats font rire (éditions Horvath, 1980), Christian Moncelet avait ouvert son  dictionnaire à  A comme Anglade, présenté comme  “un conteur fort dissertissant. Il soulignait au passage que “généreux envers Jean Anglade,  le destin lui a permis d’être très souvent dans les premiers y compris sur les listes nominales alphabétiques”.

Fouchtrah_Ah_Ah_1_[A-K]_[...]Moncelet_Christian_bpt6k33328935• “Ses origines modestes, écrivait-il,  lui permettent d’être de “plaine-bouche” avec le rire populaire, finaud et cru, aiguisé comme la bonne lame d’un couteau de Thiers. Sa culture et sa sensibilité lui dictent d’exquises trouvailles où se mélangent le sourire et la poésie. Capable le plus souvent de burlesque et de satire, il atteint parfois une sorte de préciosité détendue (…). Anglade peut parler cuisine, politique, paysannerie, saxophone,  émigration, italien, patois, il sait dérouler le fil des souvenirs d’un soldat américain parachuté sur le Vietnam (cf. “Le point de suspension”) avec autant de force et de verve qu’il décrit la vie des vieillards d’un hospice (cf.“ Le tilleul du soir”). Un jour, il célèbre la chèvre, le lendemain il s’intéresse aux mystiques. Que ces deux espèces de créatures soient attirées  par les hauteurs escarpées n’explique pas tout. L’âme Anglade a simplement une souplesse peu commune”.

• “Écrivain fécond et à succès, romancier, essayiste, fabuliste, il donne presque autant de billets plaisants aux journaux qu’il en reçoit imprimés par la banque de France pour ses droits d’auteur. Sa notoriété est confirmée par le fait  qu’on le sollicite assez souvent pour préfacer toutes sortes d’ouvrages. Cette activité ne tarit pas chez lui la veine romanesque  (…). La faconde d’Anglade étonne : certains suspectent presque une telle prolixité, une telle diversité. D’instinct, Anglade sait que l’homme ne boit pas constamment de l’eau de vie. En conteur habile et populaire, il alterne donc le “le gros rouge qui tache” et la “gnole”. À chacun de choisir ses plaisirs ! Mais il est sûr que (Jean Anglade) connaît l’art de préparer le vin courant et les boissons capiteuses, le cocasse un peu dru et l’humour débridé ou voltairien. Derrière la fantaisie de Jean Anglade, il y a toujours bon poids de tendresse et de gravité, bonne mesure de joie de vivre et de dégoût de la bêtise (…). On peut dire que ses livres ressemblent  aux cerises bigarreaux, “ ces fruits qui ont l‘air savoureux et faciles à croquer. Mais prenez garde ! Ils ont un os dedans !”. Miracle rabelaisien : souvent c’est un bel os à moelle”.

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• JEAN ANGLADE, RACONTÉ PAR LUI MÊME 

• LA SAGA DES PITELET RÉÉDITÉE

QUELQUES JOURS AVANT SA DISPARITION

• Quelques jours avant la disparition de Jean Anglade, Les Presses de la Cité avaient  choisi de rééditer en un volume unique  la trilogie de La saga des Pitelet . Une série qualifiée par le journaliste Jean-Marc Laurent de grand roman des couteliers de la montagne thiernoise. L’ouvrage de 840 pages  (21,90 €) regroupe  Les ventres jaunes (1979), La bonne rosée (1980) et Les permissions de mai (1981).

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Les couteliers thiernois, au cœur de La Saga des Pitelet. 

• Pour Georges Chambriard, expert de la  coutellerie, de son passé et de ses us et coutumes, “Jean Anglade connaît parfaitement les mœurs  de la montagne thiernoise et de ses couteliers  et c’est aussi un vrai romancier, un romancier universel”. Clarisse  Énaudeau, directrice littéraire, responsable de la collection Terres de France, considère que “le propos littéraire de Jean Anglade est à l’image éditoriale de la collection, à la fois universel et ancré dans un terroir”. Jean-Paul Pourade qui préside le Cercle Jean Anglade des Arts et Lettres arvernes. voit dans La saga des Pitelet  “une œuvre digne du “Germinal” de Zola, de “Ceux de Verdun ” de Maurice Genevoix ou des “Rebelles” de Jean-Pierre Chabrol”.  Tous confirment que  “le Pagnol auvergnat”, n’était  pas un écrivain dit régionalistemais une auteur à classer dans la catégorie des  “naturalistes et humanistes”.

les-ventres-jaunes-525487-264-432• Lors de la publication du dernier volume de la trilogie, le critique du journal Le Monde (18 décembre 1981) s’était ému d’une relative injustice en comparant le sort réservé au livre de Jean Anglade avec celui de Claude Michelet, Des grives aux loups, tout auréolé du succès de son adaptation à la télévision: “ Comment le hasard joue dans le succès d’un livre, on le voit, ayant suivi Claude Michelet dans sa série paysanne, “Des grives aux loups”, et lisant, aujourd’hui, les “Permissions de mai”, qui achève la trilogie de Jean Anglade : les “Ventres jaunes” et la Bonne Rosée”, double saga d’une ville, Thiers, capitale française de la coutellerie, et d’une famille d’ouvriers artisans, les Pitelet, avec leurs alliés paysans. D’un côté, le grand succès populaire. De l’autre, des ventes honorables, sans plus. Injustice criante. Anglade travaille la pâte des reconstitutions historiques en chef compétent et inventif. Il n’oublie pas le sel et le poivre des mots patoisants, pour la saveur et le piquant, ni les épices des à-peu-près cocasses ni la levure des contes brefs, jetés au travers du récit pour l’alléger, telle l’histoire du père Fafournoux (…). Anglade sait introduire dans son récit juste ce qu’il faut de faits contrôlables, jalons d’un siècle chargé d’événements, en Auvergne plus qu’ailleurs (…).  Cette chronique d’une ville à travers celle d’une dynastie ouvrière est la chronique goguenarde d’un temps observé sans aucun manichéisme, sainement, l’épaisseur des jours traversée de gaieté. Trois volumes et pas une seconde d’ennui. Cela vaut d’être signalé”.

ALBERT LONDRES 

UNE (TRÈS)  RICHE ACTUALITÉ

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 • En octobre, Albert Londres s’est retrouvé au cœur de l’actualité avec les 8ème Rencontres Albert Londres, au cours desquelles a été présenté le tout premier numéro des Cahiers Albert Londres. On a également appris qu’une nouvelle phase des travaux de rénovation de sa maison natale à Vichy allait être lancée. Retour sur cette actualité…

• D’ABORD, LES RENCONTRES…

AUTOUR DE MARSEILLE

• La 8ème  édition des Rencontres Albert Londres s’est déroulée  les 21 et 22 octobre à l’Aletti Palace à Vichy. L’invité d’honneur était François Missen, prix Pulitzer et prix Albert Londres Au programme figuraient notamment une conférence de  Bernard CahierMarseille et les migrants des années 20-30”, et une présentation de l’exposition  portant sur Le Marseille d’Albert Londres”.  Avec la question brûlante d’actualité du  “Vivre ensemble”, le livre “Marseille, porte du Sud”, publié par le journaliste  en 1927, constituait  le thème central de ces rencontres: “Marseille porte monumentale où passent tous les flux et reflux, les cent visages du vaste monde… À eux tous, ils représentent toutes les mers, tous les cieux, tous les climats » écrivait Albert Londres.   Pour l’occasion,  le nouveau président du Conseil départemental, Claude Riboulet, s’est dit convaincu que “ces Rencontres seront une nouvelle fois l’occasion d’apporter une réflexion éclairée sur les flux migratoires et qu’elles serviront à renouveler notre capacité à apporter une cohésion sur nos territoires autour de valeurs communes… ».

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Marseille, porte de l’orient, au début des années 1930

 • Au fil des deux jours, a été déroulé un programme aussi riche que varié. Outre la  présentation du n° 1 de la revue annuelle « Les Cahiers Albert Londres , conçus par l’Atelier Albert Londres, une table ronde avait pour thème “Recevoir le prix Albert Londres, à sa création et de nos jours”. Autres sujets débattus : “ Le rôle d’un média dans la crise migratoire” et “Regards de nouveaux arrivants”. Un film,  “ Les enfants de la jungle” a été projeté et les participants ont pu  poursuivre leurs réflexions, avec l’exposition  centrée sur  “Le Marseille d’Albert Londres”.  Il a été également question de la future maison d’écrivain et du grand reportage qui devrait s’installer dans la maison natale d’Albert Londres.  

 • ENSUITE, DES NOUVELLES

DE LA MAISON ALBERT LONDRES…

albert_londres_rue_des_archives• Sauvée de la ruine par sa mise hors d’eau, avec la pose d’un nouveau toit, la maison d’Albert Londres, située Rue Besse, à Vichy,  va continuer à être l’objet de soins avec de  gros travaux intérieurs à réaliser  en 2018. On en sait aussi un peu plus sur sa destination future. Le 22 octobre, le site a reçu la visite de François Missen, invité d’honneur des Rencontres, mais aussi lauréat des prestigieux prix  Albert-Londres  et Pulitzer.  Sous la conduite de Marie de Colombel, présidente de l’Association Maison d’Albert Londres, il a ainsi pu découvrir l’avancée des travaux. Après la restauration de la charpente et l’installation d’un nouveau toit, au début de 2017, la bâtisse de  380 m²,  répartis sur trois étages est désormais en attente d’un  financement qui permettra de s’attaquer au gros œuvre. Si les 300 000 € nécessaires sont réunis, le chantier pourrait se terminer à la fin de 2018.

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La maison natale d’Albert Londres, telle qu’elle était en 1904

Marie du Colombel a esquissé des pistes pour l’utilisation future des locaux : “ On souhaite faire de ce patrimoine un lieu de travail et de formation pour les jeunes journalistes. L’accueil du public est aussi un objectif.” La réflexion n’est toutefois pas close. La maison d’Albert Londres pourrait aussi permettre d’y stocker des archives consultables par des apprentis journalistes. Autre piste : retracer le parcours et l’engagement d’Albert Londres, mais en cherchant toujours  à y associer de grands reporters d’aujourd’hui. L’étape la plus urgente reste donc, pour l’heure,  la réunion des 300 000 €  indispensables pour  les travaux intérieurs. Pour ce faire, l’Association Maison Albert Londres compte faire appel au  mécénat d’entreprises  et aux dons. François Missen a promis de “faire jouer son carnet d’adresses” et sa notoriété pour accélérer la collecte des fonds.

• LES CAHIERS D’ALBERT LONDRES

SORTIE DU  PREMIER NUMÉRO

Albert-L-1923-retouche• Les Cahiers d’Albert Londres, dont le tout premier numéro est sorti en octobre, vont  permettre de  consacrer le célèbre journaliste. C’est aussi  l’occasion de fêter les 90 ans de son reportage “Marseille porte du Sud”, tout en rappelant, comme l’a fait Marie du Colombel que “l’auteur vichyssois débutait tous ces voyages depuis la cité phocéenne, dans laquelle il a souvent séjourné”. La ville lui a d’ailleurs inspiré d’autres reportages qui l’ont mené de Varsovie à Buenos-Aires. La revue annuelle accueillera des textes encore inédits  de l’auteur vichyssois, et de sujets liés à l’actualité de la profession. Les Cahiers seront aussi  dédiés aux recherches sur l’histoire et aux problématiques des grands reportages.

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Sophie Desmoulin (université de Limoges), initiatrice des Cahiers

• À l’origine de cette nouvelle publication, on trouve Sophie Desmoulin,  première étudiante à réaliser une thèse sur le célèbre reporter.  Au cours des trois années de recherches qu’elle a menées, elle a pu prendre  conscience de l’ampleur des écrits d’Albert Londres, en même temps que des  difficultés pour les rassembler. En se joignant avec le centre associatif de documentation, les Ateliers d’Albert Londres,  elle a proposé de créer cette revue annuelle. Selon elle,  “ L’objectif principal étant la mutualisation, l’échange et la diffusion des manuscrits de l’auteur, qui sont numérisés et classés,  cela permettra ensuite de simplifier les recherches”. Au rythme d’un Cahier par an, avec une pagination comprise entre 100 et 150 page,  la nouvelle publication permettra aussi de mettre l’accent sur le lien fort entre l’œuvre du reporter et le contexte dans lequel il l’a écrite. Il reste que le choix des prochaines thématiques, après Marseille, ne sera pas chose aisée : “ Il faut, selon Sophie Desmoulin,  que le thème fasse lien entre la vie et l’œuvre de Londres. Il doit ouvrir sur d’autres recherches”. On sait toutefois dores et déjà que le deuxième cahier sera centré sur Buenos-Aires car « “C’est le reportage qui suit Marseille. C’est là-bas qu’il  a enquêté sur la traite des blanches, après avoir découvert une partie du réseau à Marseille”. Finalement concède la jeune historienne, si Albert Londres a trouvé des biographes, la plus grande partie de ses écrits reste à étudier, avec un grand choix d’angles, qu’ils soient politiques, historiques ou encore littéraires”

•  ENFIN, UNE INTERVIEW DE FRANÇOIS MISSEN…UN INVITÉ D’HONNEUR QUI NE MÂCHE PAS SES MOTS

• Invité d’honneur des Rencontres,  François Missen journaliste et reporter, né en 1933, à Oran et vivant à Marseille, a été lauréat du prix Albert Londres en 1974.  À l’occasion de sa venue dans la station thermale, il s’est confié à la journaliste Fabienne Faurie, revenant d’abord sur la remise de son prix, par Florise Albert-Londres en personne, pour la toute dernière fois : “ Ça fait énormément plaisir, c’est la reconnaissance de ses pairs. Si vous avez suffisamment d’adrénaline, vous continuez de la même façon qu’avant. Quand on est journaliste, même si c’est par hasard (je devais être dentiste) on le reste jusqu’à la fin de ses jours. De Florise Londres, j’ai de très bons souvenirs. C’était une femme agréable. Elle était pratiquement hypnotisée par son père. Ce n’est pas courant d’être la fille d’un grand reporter ! ”

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François Missen, prix Albert Londres 1974 (© France Inter)

• Autres thèmes abordés, la signification du métier de reporter et la question de l’objectivité du journaliste. Selon lui, “Un journaliste est un être humain (…). Tout le monde est reporter à un moment dans sa vie, que l’on fasse les chiens écrasés ou que l’on aille sur les conflits. Les deux éléments qui font la différence avec un autre confrère c’est subjectivité et sensibilité”. Et de marteler : “Il n’y a pas d’objectivité. Être journaliste, c’est ce que l’on amène en plus sur ce qui est objectivement observable. On peut s’en tenir aux faits, et les raconter de façon académique, ou bien mettre ses tripes et sa patte ! ” Sur l’état de la presse aujourd’hui, il ne mâche pas non plus ses mots : « La presse est en très mauvaise santé économique et elle est sous le robinet télégénique, le robinet à conneries. Cela ne donne pas la possibilité de la réflexion, de la distance, de l’analyse. Et, de lire. Mais, il existe encore une presse qui donne de l’information. »

• Quant à  la ville de Marseille où il a élu domicile, il s’y définit  «comme un métèque » en précisant dans ce qui ressemblerait presque à un réquisitoire : “ Je suis né en Algérie, je vis à Marseille par hasard. J’ai débuté comme correcteur de presse, puis journaliste sportif et correspondant de guerre. J’ai un regard assez critique sur cette ville qui est belle, ainsi que son environnement. Mais, elle a la pire des bourgeoisies du monde. Elle a fait fortune avec les colonies (savon, huile, etc.) et s’est compromise avec le « milieu » marseillais. C’est une ville très dure, peu accueillante avec cette mosaïque traduite par Albert Londres”.

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• Pour lui, le journaliste “ avait une vision assez impressionniste de Marseille (qu’il) faut replacer dans le contexte des années 1920-1930. On est dans l’après-guerre, avec un exode qui vient de l’Europe et de l’Afrique.  Si l’on devait traduire Marseille au cinéma, je pense que ce serait Naples de Francesco Rosi. Marseille a bien changé depuis Albert Londres. Tout cela est lié à une situation géopolitique. C’est une mosaïque qui s’éparpille et des communautés qui se replient sur elles-mêmes. C’est complexe, il ne faut pas voir cela de façon manichéenne. Quand Gaudin (le maire) dénonce le « Marseille bashing », moi je dis « Marseille investigation ! ». Et de conclure : “ Comme Albert Londres, il faut “ porter la plume dans la plaie” ! En France, on est frileux. Les journaux n’appartiennent pas aux journalistes. C’est de plus en plus difficile de raconter des choses qui ne plaisent pas. ”

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La semaine de l’Allier a proposé,  à partir de son numéro daté du 16 novembre et jusqu’à la fin de l’année, une série d’articles signés par Jean-Baptiste Deberry retraçant la vie et la  carrière d’Albert Londres: “L’enfance d’Albert Londres et sa maison natale” (16 novembre), “La guerre 14-18, acte fondateur pour Albert Londres” (23 novembre), “Albert Londres en bande dessinée, avec Gérard Berthelot” (30 novembre), “Albert Londres, le redresseur de torts” (7 décembre), “Albert Londres et les femmes: un journaliste joli cœur? ” (14 décembre), “Les liens d’Albert Londres avec Vichy et avec l’Allier” (21 décembre), “Crime ou accident: comment le célèbre reporter est-il mort?(28 décembre).

GAÉTAN SANVOISIN (1894-1975)

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Gaétan Sanvoisin en compagnie de Clemenceau (© Médiathèque de Moulins)

UN JOURNALISTE MOULINOIS À PARIS

• Le 3 décembre, à la médiathèque de Moulins,  Dominique Arot, docteur en littérature française, a présenté  une conférence intitulée Gaëtan Sanvoisin (1874-1975), un journaliste moulinois à Paris. Né à Moulins, le 28 juillet 1894, ce fils d’instituteur quitte Moulins, où il avait fait ses études au lycée Banville,  pour s’installer à Paris en 1919. Il collabore alors à  divers journaux et revues, parmi lesquels Comœdia, La Revue des deux mondes, La Revue Universelle, La Revue hebdomadaire, mais aussi Le Gaulois, Le Figaro (où il est chef des informations) et le Journal des débats. Autant de publications dont il devient une signature appréciée.  Il interviewe des personnalités célèbres comme Georges Clemenceau, François Mauriac ou Conan Doyle et il manifeste son intérêt pour les sujets les plus divers, tant politiques qu’historiques ou littéraires.

Sanvoisin• Pour ce faire, il peut s’appuyer sur une solide culture :   “Il est capable d’écrire des chroniques sur tous les sujets, politiques, historiques, littéraires. Au Figaro, il signe les éditos politiques de 1932 à 1936. Il est ainsi capable d’écrire deux feuillets sur une exposition de coiffes auvergnates à Paris ! C’est aussi un billettiste de Une”, résume Dominique Arot. N’ayant pas  coupé les ponts avec sa ville natale, il lui arrive de donner  des articles au quotidien moulinois Le Courrier de l’Allier, dirigé par Marcellin Crépin-Leblond puis par son fils, Jean Crépin-Leblond, jusqu’à la disparition du journal en 1939.

revue universelle• Pendant la seconde guerre mondiale, il renoue avec l’Allier, en s’installant à Vichy. Il devient rédacteur en chef du Progrès de l’Allier qui fait paraître deux éditions, l’une à Moulins et l’autre à Vichy. Il y signe des articles publiés dans la rubrique “En passant”, sous le pseudonyme de Jean Bertolin. Il est aussi l’auteur d’éditoriaux non signés, qui s’inscrivent dans la lignée de l’idéologie  de la Révolution Nationale, prônant par exemple “le retour à la terre”. Gaétan Sanvoisin, décoré de la Francisque, fut  nommé en décembre 1942 Directeur des services de la censure, un poste qu’il n’occupa toutefois pas. À la libération, il regagne la capitale où il  échappe à l’Épuration qui frappait les journalistes. Il terminera sa carrière comme chroniqueur à la Revue des deux mondes. En 1975, Gaétan Sanvoisin légua sa bibliothèque riche de quelque 50 000 volumes, à la ville de Moulins. On y trouve, notamment, de nombreux livres sur l’histoire de l’Occupation, parmi lesquels “beaucoup d’ouvrages de collaborateurs avec les Allemands, note Dominique Arot.  On est dans une période où la frontière entre l’accommodation et la Collaboration est poreuse”. Il est décédé le 3 octobre 1975 à Moulins, où il était revenu vivre dans la demeure paternelle en 1973.

 PIERRE MICHON

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Pierre Michon (© France Culture)

AUTEUR CULTE ET ERMITE CREUSOIS

• Pierre Michon, qualifié par L’Express (8 novembre) “d’ermite de la Creuse” a été choisi par les éditions de l’Herne, comme thème  de leurs tout dernier Cahiers (Pierre Michon, pubié sous la direction d’Agnès Castillon et de Dominique Viart, 344 p, éditions de l’Herne, 33 €) : “ On l’avait rencontré en 1997 dans la banlieue d’Orléans, à Olivet, “ville sinistre habités par des gens sinistres” écrit Marianne PayotDepuis la réputation de Pierre Michon n’a cessé de grandir. Star des colloques universitaires, auteur culte d’un livre culte, l’homme a été élevé au rang d’icône dans le registre “grandecrivain”, bourru, rare et invisible ».

250_couv_cahier_michon• Dans ces Cahiers, qui “mettent l’homme à la fête”,  Marianne Payot voit “350 pages de textes dithyrambiques sur son art du bref et la grâce de sa phrase, signées aussi bien par des copains (Olivier Rolin, Patrick Deville, Jean Echenoz, Pierre Bergounioux) que par de doctes historiens (Patrick Boucheron), des comédiens (Denis Podalydès) et des critiques universitaires (Jean-Pierre Richard, Henri Mitterrand)…Le tout agrémenté d’entretiens avec le Maître, de correspondances avec ses “parrains” du XXème siècle( Louis René des Forêts, Maurice Nadeau) et de photos de jeunesse du fidèle Creusois (qui) depuis sa naissance en 1945 ne s’éloigne que très rarement de son  Saint-Pardoux-Lescard natal”. L’article rappelle que  le premier opus de Pierre Michon, Vies minuscules, publié en 1984 par Gallimard, « n’avait rien d’un coup de tonnerre”, l’auteur avouant lui-même n’en avoir vendu  que 1917 exemplaires en un an. S’il n’y avait “ pas de quoi pavaner”, il confie : “ Mais enfin, j’avais écrit et publié”. Depuis, l’écrivain à la réputation de bourru, est devenu « écrivain adulé”  et il a derrière lui une douzaine de livres, “de 50 à 210 pages”. Il continue à écrire régulièrement”. Un exercice pour lequel “il  se lève à trois heures du matin afin d’écrire comme un somnambule”.

 

◘ QUAND LES MAIRES DE MONTLUÇONHotel de ville vue aérienne colorisée CIM

(RE)PRENNENT LA PLUME

• Qu’ont en commun Daniel Dugléry, Pierre Goldberg, Jean Nègre et Jean Dormoy en dehors du fait   d’avoir été tous les quatre maires de Montluçon? Réponse: chacun d’eux a aussi été tenté par l’écriture, mais dans des domaines bien différents.

• Daniel Dugléry:

un essai sur la sécurité en France, en cours d’écriture

Daniel_Dugléry• Daniel Dugléry, à la tête de la mairie de 2001 à décembre 2017, conseiller régional, ancien directeur central de la sécurité publique de 1995 à 1997 et ancien secrétaire général du syndicat des commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale, prépare un nouveau livre. Il aura pour thème la sécurité en France  et l’auteur se basera sur son expérience de la police. Il devrait y livrer son analyse sur l’évolution des forces de l’ordre, depuis les années 1960,  tout en dressant un état des lieux que l’on annonce “sans concession”. Ce sera sa seconde incursion éditoriale. Déjà, en décembre 2013, il avait publié Marx Dormoy, la force des racines (250 p, PHR éditions), à propos duquel on pouvait lire dans La Montagne (20 décembre 2013) : “Daniel Dugléry publie aujourd’hui un essai biographique et politique sur son plus illustre prédécesseur à la mairie de Montluçon : Marx Dormoy, maire de 1926 à 1940, ministre de l’Intérieur de 1936 à 1938. Dans « Marx Dormoy – La force des racines », Daniel Dugléry analyse l’itinéraire de son compatriote socialiste pour se présenter comme son « meilleur héritier ». A la veille des élections municipales le livre est déjà perçu comme un coup politique du maire qui tire (…) à la fois sur les socialistes d’aujourd’hui et sur les communistes”.

• Parmi les adjoints de Daniel Dugléry, on trouve une autre plume:  Jean-Pierre Momcilovic, lui aussi écrivain à ses heures. Sa spécialité: le polar mais toujours avec un  ancrage local, que ce soit pour les personnages, les lieux et/ou l’intrigue. On lui doit notamment Vol au dessus d’un nid de cocos, Au nom du dieu Soleil (2012), Le tueur des hameaux, Overdoses et Salade verte, sauce OGM (2016). Son tout dernier roman, paru au cours de cet été, s’intitule Sang pour sang.

• Pierre Goldberg:

entre souvenirs et manifeste humaniste

image004• Avant lui, son prédécesseur communiste à la mairie, de 1977 à 1998, Pierre Goldberg qui avait été par ailleurs élu député à plusieurs reprises entre 1977 et 2007, avait lui aussi pris la plume.  En 2006, il avait publié Pour un humanisme sans partage (80 p, éditions SNEM), suivi en 2007 d’un livre dans lequel il retraçait son parcours: Ah, je suis bien votre pareil! De Chouvigny à Saint-Sornin, de Montluçon à Paris, de New York à Moscou,  un chemin de vie (254 p, éditions SNEM).

• Jean Nègre:

une série d’ouvrages  “pour public motivé

Z NEGRE•  Quant à Jean Nègre (1907-1972), maire de Montluçon  de 1959 à 1972, mais aussi député (1962-1968) puis sénateur (1971-1972), il avait commis plusieurs ouvrages de législation.   Des titres  qui ont longtemps fait autorité, au point qu’on disait Le Nègre, comme on dit le Larousse ou le Robert pour désigner ses livres.  On peut citer, notamment, Éléments de législation familiale, professionnelle et sociale (éditions J. Lanore, 1952), Précis de législation du travail, d’hygiène professionnelle et d’instruction civique (éditions J. Lanore, 1955, réédité en 1972), ainsi qu’un Précis de droit commercial et législation fiscale (Publications Roy, 1955). Dans un domaine totalement différent, l’agrégé d’anglais qu’il était aussi avait  publié une étude sur Le théâtre de Sir James Barrie. Maurice Malleret, dans son  Encyclopédie des auteurs du pays montluçonnais, rappelle  qu’il était, par ailleurs l’auteur des paroles de plusieurs chansons de l’accordéoniste corrézien  Jean Ségurel (Limouzine éditions).

• Jean Dormoy:

pour porter  le message révolutionnaire

téléchargement• Enfin, si l’on remonte jusqu’à la fin du 19ème siècle, on retrouve Jean Dormoy (1851-1898), “le forgeron du 1er mai”, premier maire socialiste de Montluçon, entre 1892 et 1898. Collaborateur des journaux Le Travailleur, L’égalité  et Le socialiste, il a publié deux livres. Le premier, Révolutions et décisions des congrès ouvriers et socialistes de 1876 à 1883, avait été écrit pendant sa détention de 6 mois  à la prison  de Sainte-Pélagie. Une peine à laquelle il avait été condamné en 1883 par la cour d’assise de l’Allier pour “provocation au pillage des usines et de la Banque de France, et appel au meurtre des patrons”(sic) . Paul Lafargue et Jules Guesde avaient écopé de la même peine.  En 1894, il avait fait publier  par l’imprimerie du Petit Montluçonnais le texte d’un rapport lu devant le conseil général, intitulé La journée de huit heures.

◘ UNE ANTHOLOGIE DE MATULU

JOURNAL “REBELLE”   DES ANNÉES 1971-1974

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Michel Mourlet

• Sous le titre Matulu Journal rebelle (1971-1974), les éditions de Paris – Max Chaleil proposent une rétrospective de l’éphémère revue Matulu, née sous Georges Pompidou, dans la dernière ligne droite des Trente Glorieuses.  L’ouvrage a été réalisée par François Kasbi, à propos duquel on peut lire sur le blog Le lorgnon mélancolique : “Il fallait bien l’esprit sagace et l’œil malicieux de François Kasbi pour désensabler ce roc marmoréen qu’est le cultissime Matulu”. Qualifiée de “revue culte”, elle est aujourd’hui selon l’éditeur “inconnue ou méconnue”.  Michel Mourlet, son fondateur, était le chef de file des “mac-mahoniens” — une “tribu” cardinale de la cinéphilie des années 50-60 — et le créateur d’un des trois magazines mythiques du moment : Présence du cinéma.

1-couv_matulu_h-1024 Larbaud• Matulu a duré à peine trois ans, mais le mensuel a su imprimer sa marque culturelle à l’époque, notamment avec la publication de ses dossiers littéraires dans lesquels on trouvait aussi bien Valery Larbaud (n° 16) ou Alexandre Vialatte (n°8), que  Roger Caillois, Raymond Guérin, Etiemble, Georges Perros, Jean Follain, Henri de Montherlant, Roger Judrin, Paul Morand, Rilke, Roger Nimier, Maurice Sachs, Georges Bernanos, Paul  Valéry, le Cardinal de Retz, Emily Dickinson… Matulu s’est aussi distingué grâce à ses contributeurs, la plupart étant appelés à un avenir discret, mais pérenne : Jean-Pierre Martinet, Alfred Eibel, Pol Vandromme, Jacques Lourcelles, … Matulu s’inscrivait  dans la postérité de revues droitières comme La ParisienneArtsOpéra, où ferraillaient notamment les non moins droitiers   “Hussards ” Roger Nimier,  Michel Déon,  Jacques Laurent,  Antoine Blondin et consorts. S’il était littéraire, le magazine se voulait avant tout culturel au sens large : le jazz, la BD, le théâtre, la peinture, la mode, la gastronomie pouvaient ainsi s’y côtoyer.

MATUKLU• Selon l’éditeur de cette anthologie, Matulu ne s’intéressait  pas forcément à ce qui faisait florès en ce temps-là (Sartre, Deleuze, Guattari, Derrida, la littérature engagée,…) sans pourtant l’exclure : “Ce qui prime, c’est l’amour de la langue et de la culture française, et la nécessité de maintenir une certaine tradition malmenée par les turbulentes années 70. Il s’agit de “donner envie”, de donner à voir ce qu’on tend alors à occulter : la poésie, la littérature qui ne serait pas “d’idées”. Quarante ans après, quand on la redécouvre, on est saisis par l’énergie, le talent, la curiosité qui s’y déploient”. Cette anthologie établie par François Kasbi à partir des 30 numéros de Matulu donne donc  “à lire à travers des textes d’écrivains prestigieux (tels Joseph Delteil, Michel Déon, Francis Ponge, Pierre Gripari ou Gabriel Matzneff, entre cent autres) une vision littéraire unique et historique”.

Matulu– Journal rebelle 1971-1974. 1 vol. br, 480 p, éditions de Paris – Max Chaleil

◘ FOIRE DU LIVRE DE BRIVE

SUCCÈS CONFIRMÉ POUR LA 36ème ÉDITION

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• À la traditionnelle foire du livre de Brive, les 11 et 12 novembre, à côté des grandes pointures nationales comme Amélie Nothomb, les « régionaux de l’étape » étaient nombreux à avoir fait aussi  le déplacement, Christian Signol, “le plus gros vendeur” en tête. Parmi eux figuraient Yves Viollier, Jean-Guy Soumy, Michel Peyramaure, Gilbert Bordes, Antonin Malroux, sans oublier Jean-Paul Malaval, Daniel Brugès, Serge Camaille, Isabelle Artiges ou encore Marie de Palet, Albert Ducloz et bien d’autres. Des auteurs dont beaucoup publient ou ont publié sous l’étiquette des éditions de Borée.

catalog-cover• Selon  les organisateurs, cette 36ème Foire du livre aura été un succès, que ce soit pour le chiffre d’affaires réalisé, les ventes ou l’affluence du public. De quoi se féliciter de la réussite des nouveautés introduites qui ont bien fonctionné. Si on ne connaît pas encore le chiffre d’affaire final, il ne devrait pas être inférieur à celui de 2016 (707 000 €). C’est l’auteur briviste Christian Signol qui arrive en tête des ventes avec 1 300 exemplaires en 3 jours de présence…et de dédicaces. Il est suivi par Éric Vuillard, lauréat du Goncourt (1 000 exemplaires vendus  sur la seule journée du samedi). Katherine Pancol se classe 3ème, ex-aequo avec Amélie Nothomb (900 ventes). Les prix littéraires ont fait leur effet. Oliviez Guez (prix Renaudot du roman) a signé 600 exemplaires de La disparition de Josef mengele, tandis que Philippe Jaenada (prix Femina du roman ) a signé 250 exemplaires de La serpe. Autres auteurs comblés : Patrick Pelloux, Virginie Grimadi et Jean-Paul Malaval (400 exemplaires chacun) ainsi que  Anny Duperey (350).  En BD, la série sur  le rugby a séduit 500 acheteurs et, pour la jeunesse, Trotro de Benedicte Guetttier  s’est vendu à 300 exemplaires. La 37ème édition est dores et déjà programmée les 9,10 et 11 novembre 2018.

 

EN BREF…

Electre_978-2-221-11475-9_9782221114759• Jean Rochefort, Prince sans rire…C’est le titre qu’a  choisi Jean-Philippe Guérand, journaliste et écrivains, spécialiste du cinéma, pour la biographie posthume de Jean Rochefort, parue  le 30 novembre (éditions Robert Laffont).  On lui doit déjà une biographie de Bernard Blier,un homme façon puzzle, sortie en 2009, également chez Robert Laffont.  Pour retracer la vie de Jean Rochefort, qui avait toujours refusé d’écrire ses mémoires, Jean-Philippe Guérand a enquêté jusqu’à Cusset et Vichy, auprès de témoins qui avaient  croisé l’acteur, alors qu’il était scolarisé au collège de Cusset, en 1942-1943.

Fournier• Après une carrière dans l’enseignement qui l’a conduit à enseigner l’anglais en France et au delà des frontière, Jean-Claude Fournier  s’est pris au jeu de l’écriture. Outre des nouvelles, il est l’auteur de trois romans publiés par les éditions Marivole: Le prince des parquets salons, Hollywood sur Cher et Swinging Mai 68. À cette liste, il vient d’ajouter un nouvel ouvrage, Si ma petite ville vous était contée, en mollussonnais dans le texte. Il le définit comme “un récit illustré de cinquante photos d’époque sur (sa) ville natale, célébrée nostalgiquement, une fois de plus”.  Le titre est disponible sur le site Amazon en version numérique mais aussi en version papier, “pour les allergiques à l’informatique”.

guitry• Du 22 novembre au 9 décembre, à Commentry, La Pléiade  a proposé une exposition dédiée à Sacha Guitry, à sa vie et à ses œuvres. De quoi ravir les comédiens des Rideaux verts, association théâtrale locale, qui ont interprété 9 fois la pièce Désiré. Outre des panneaux qui retraçaient les grandes étapes de la vie du “Maître”, à la fois auteur, dramaturge, metteur en scène et scénariste, des programmes de théâtre étaient exposés. Sur l’un d’eux figurait l’actrice commentryenne  Yvonne Rozille.

• Du 13 au 15 octobre, à Creuzier-le-Vieux,  l’exposition “Creuzier en livres” organisée par la municipalité et la comité des fêtes avait pour but de faire connaître la richesse du patrimoine littéraire bourbonnais. Au cours de diverses manifestations,  ont été notamment  évoqués les écrivains Albert Bonneau, René Fallet, Charles-Louis Philippe, Albert Londres, James Joyce…et bien d’autres.

Serge-camaille• Tour à tour libraire, pigiste de presse, chroniqueur radio  et chef de publicité pour des journaux, Serge Camaille a décidé de ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Il puise son inspiration dans les campagnes d’Auvergne et du Berry où il a vécu ses plus jeunes années. L’enfant du Carladès (éditions de Borée, 2017, 255 p., 17 €) est son dernier roman qui se situe dans le Cantal. Fin septembre, il est venu le présenter lors de la première réunion de la saison littéraire organisée par l’Andra à Ebreuil.

Instituteur-de-campagne-en-Anatolie• Né en 1976, le poète turc Azad Ziya Eren, instituteur de son métier, a commencé à publier à partir de 1997. Le 19 février 2016, alors qu’il se rendait pour une résidence d’auteur à Saint-Pourçain-sur-Sioule, son passeport et ceux de sa famille lui ont été confisqués. Il est finalement parvenu à les récupérer et à quitter son pays. Son travail est reconnu en France grâce aux éditions Bleu autour, dirigées depuis Saint-Pourçain-sur-Sioule par Patrice Rötig. Le 30 septembre, lors d’une rencontre animée par Luc Baptiste, docteur en sciences de l’éducation, à la librairie   A la page (Vichy), il a  présenté ses œuvres: Instituteur de campagne en Anatolie (Bleu Autour, 2017, 144 p., 13 €) et Tout un monde (Bleu Autour, 46 p.,  7 €), en présence de l’éditeur Patrice Rötig et de l’interprète et directrice de la collection turque de Bleu Autour, Elif Deniz Ünal.

Les-secrets-d-Alfred-Lindecker• Le 30 septembre le bâtonnier Gilles-Jean Portejoie était à la Maison de la presse de Gannat pour dédicacer son dernier ouvrage, rédigé avec l’écrivain Joseph Vebret : Les secrets d’Alfred Lindecker (éditions de Borée, 2017, 19,50 €). Le 12 mars 1956, à Royat, on avait retrouvé Janine Lindecker, 35 ans, qui gisait sur le sol de sa cuisine, vêtu d’un slip rose et de bas gris tenus par un porte-jarretelles. Elle avait deux balles dans le corps. Son époux, Alfred Lindecker, ingénieur chez Michelin, fut vite suspecté. Et pourtant il apparaît qu’il n’avait pas tué sa jeune et  belle épouse. Un sujet qui a séduit de nombreux lecteurs au point que le premier tirage a été rapidement épuisé, ce qui a conduit l’éditeur à en réaliser un second.

• Né en 1959, connu des deux cotés de l’Atlantique pour son travail au cinéma et à la télévision, René Manzor, s’impose désormais aussi comme un grand nom du thriller français. Ses derniers ouvrages s’intitulent : Celui dont le nom n’est plus (Pocket, 2015, 443 p., 7,30 €) et Dans les brumes du mal (Calmann-Lévy, 2016, 394 p., 20 €). Début octobre, il  est venu les présenter aux lecteurs de la boutique France Loisirs à Vichy, suscitant selon la presse des échanges “des plus chaleureux et très ouverts”.

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Laurent Mathoux

◄À 55 ans, Laurent Mathoux, chanteur et guitariste du groupe Les Flyings Tractors, s’adonne aussi à l’écriture. En 2015 il avait déjà publié Du creux du monde au bout de l’enfer ((Puy-Guillaume : éditions Adequat, 286 p., 23 €). Le héros de son dernier roman : Sous pression (RevoiR Edtions, 525 p., 18 €) vit à Paris jusqu’à ce qu’une rencontre qui tourne au cauchemar l’oblige à se faire muter pour son travail à Clermont-Ferrand et à s’installer à Aubière. Un livre que l’auteur est venu présenter en octobre, lors de la réunion de l’Andra à Ebreuil.

• Claude Ferrieux, né à Varennes-sur-Allier en 1944,  a été professeur d’italien, comme Jean Anglade. Ayant terminé sa carrière dans la Drôme où il réside actuellement, il s’adonne à l’écriture. En octobre, il est venu à la librairie Rey (Saint-Pourçain-sur-Sioule) dédicacer son dernier roman : Michelle (Éditions Marivole, 2016, 184 p., 20 €) paru dans la collection “Années 60 ”.

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Florence Roche

• Florence Roche, originaire du Puy-en-Velay, auteure de nombreux romans, est venue dédicacer ses livres à Vichy. En 2016 elle a publié : L’École du lac (éditions Calmann-Lévy, 345 p., 20 €) et en 2017 : Les fruits de la liberté (éditions de Borée, 312 p., 15 €), ainsi que  La trahison des Combes (éditions de Borée, 461 p., 9 €). Florence Roche prépare un nouveau roman, à paraître au début de 2018.

 • Chantal Thomass, née en 1947, avait publié en 2011  Mon carnet d’adresses (Chêne, 191 p.). Son dernier livre, sorti en septembre 2017, Sens dessus dessous (295 p., 19 €), raconte son histoire : celle d’une jeune fille de banlieue timide qui s’est imposée dans l’univers de la mode. Avec Bruno Thomass, son mari et associé pendant 25 ans, elle a brisé les codes de la haute couture…avant d’être évincée de sa propre marque par ses actionnaires japonais. Elle est venue présenter ce livre au Petit Théâtre impérial à Vichy, le samedi 21 octobre, devant un public très nombreux, essentiellement féminin.

 

DU CÔTÉ DES ÉDITEURS

 

◘ UN GONCOURT VAUT DEUX RENAUDOT 

MAIS CINQ FEMINA OU  DIX MÉDICIS

 • Combien de Renaudot, de Médicis, de Femina ou d’Interallié vaut un Goncourt ? Question apparemment saugrenue mais à laquelle, avec la saison des prix littéraires, s’intéressent éditeurs et libraires. Selon  une étude publiée fin octobre par l’institut GFK qui scrute le ventes de livres, la présence du fameux bandeau rouge marquant le prix littéraire décroché  fait toujours de l’effet. téléchargement (1)En moyenne, entre 2012 et 2016, c’est  le Goncourt des lycéens qui est arrivé en tête des ventes, avec 443 000 exemplaires. C’est un peu plus que le prix Goncourt (398 000 exemplaires), mais c’est nettement mieux que  le prix de l’Académie française (246 000 exemplaires) ou le Renaudot (221 000 exemplaires). Quant aux prix Femina (83 000 exemplaires), Interallié (65 500 exemplaires) ou Médicis (41 000 exemplaires) qui se retrouvent largement distancés, leur effet sur les ventes, même s’il est appréciable, se révèle bien moindre.

images• L’étude de GFK révèle aussi “l’incroyable saisonnalité des ventes”, puisque   80% de celles-ci s’effectuent entre septembre et décembre, avec un pic en décembre (l’effet cadeau de Noël ?), un mois au cours duquel la profession réalise le quart de son chiffre d’affaires annuel. En 2016, dans les huit jours qui ont  précédé Noël, le prix  Goncourt, Chanson douce, de Leïla Slimani (éditions Gallimard), s’est écoulé à plus de 62 000 exemplaires et le Goncourt des lycéensPetit pays, de Gaël Faye (éditions Grasset), à plus de 56 000 exemplaires. Ce que ne dit pas l’étude, en revanche, c’est combien d’exemplaires vendus ont fini sur les rayons de bibliothèques sans avoir été ni ouverts, ni lus…

►  Savoir plus: Un site à consulter sur les prix littéraires et leur origine

◘ LES PRINCIPAUX LAURÉATS 2017

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© infographie AFP – Le Point

 • À cette liste il faut ajouter les prix Renaudot essai (Justine Augier, De l’ardeur, éd. Actes Sud), Renaudot Poche (Louisiane Dor, Les méduses ont-elles sommeil?, éd. Folio), le prix Fémina roman étranger (John Edgar Wideman, Écrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till, éd. Gallimard), le prix Femina Essai (Jean-Luc  Coatalem, Mes pas vont ailleurs, éd. Stock) et  le prix Décembre (Grégoire Bouillier, Le dossier M, éd. Flammarion). 

téléchargement• Enfin, le 14 novembre, le prix du Quai des Orfèvres, le premier à être remis dans les nouveaux locaux de la police judiciaire parisienne, 36 rue du Bastion, a été décerné à Sylvain Forge pour son roman Tension extrême. Le lauréat,  qui travaille dans la cyber – sécurité en entreprise, a été récompensé pour son « roman captivant construit autour d’une intrigue futuriste » et « en parfaite adéquation avec les nouveaux locaux », selon les propos de Christian Sainte, président du jury. Publié par les éditions Fayard, l’ouvrage   a été tiré à  50 000 exemplaires.

 

◘ REGARD SUR PLUS D’ UN SIÈCLE

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Le jury du prix Goncourt en 1926 Académie Goncourt.fr)

DE GRANDS PRIX LITTÉRAIRES

• Pour être couronné par l’un des grands prix littéraires (Goncourt, Femina, Académie français, Interallié et Médicis), mieux vaut être un homme,  avoir 44 ans en moyenne et être publié  chez “Galligrasseuil ”…

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Galligrasseuil”, le trio de  tête des prix littéraires depuis 1903

• C’est le constat qu’a dressé la revue Livre Hebdo (n° 1151 – 24 novembre 2017) en analysant depuis le tout premier Goncourt décerné en 1903, le palmarès des 5 grands prix attribués à 503 auteurs et à 64 maisons d’édition. L’étude montre d’abord que 82% des lauréats sont des hommes, la plus forte proportion de femmes concernant le prix Femina créé en 1904 (37,7%), suivi du Médicis, créé en 1958 (21%).  Selon les différents prix, le lauréat “type a  entre 41,8 ans (Goncourt) et 47,3 ans (grand prix du roman de l’académie française). Les plus jeunes lauréats ont été Alexandre Jardin (Femina 1988) et J.M.G. Le Clézio (Renaudot 1963), tous les deux âgés de 23 ans. La plus âgée a été  Henriette Jelinek, couronnée par l’Académie française en 2005, alors qu’elle avait 82 ans. Enfin, du côté des éditeurs, c’est le trio “Galligrasseuil” qui pointe en tête, avec loin devant les autres, Gallimard qui cumule 143 prix sur 503, suivi de Grasset (106) et des éditions du Seuil (46). Le trio cumule donc  à lui seul 295 prix soit près de 59% du total. Suivent Albin Michel (33 prix), Julliard (22) et Denoël (20). Les 139 autres prix se répartissent ensuite entre 58 autres maisons d’édition.

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Romain Gary/Émile Ajar, double prix Goncourt

• La même étude  nous apprend aussi que 59 auteurs ont été primés deux fois, avec le cas particulier de Romain Gary qui a décroché le Goncourt à deux reprises : une première fois en  1956 pour Les racines du ciel, roman publié sous son nom, et une seconde fois pour La vie devant soi, publié sous le pseudonyme d’Émile Ajar.  Un seul auteur, Philippe Hériat,  a été primé trois fois.

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Jonathan Littel, prix Goncourt 2006

• Enfin, Livres hebdo a répertorié les meilleures ventes réalisées entre la sortie du livre primé et le 31 décembre de l’année d’attribution du prix littéraire. 5 auteurs se détachent avec plus de  400 000 ventes : Jonathan Littell, Goncourt 2006 (503 435 exemplaires), Joël Dicker, prix du roman de l’Académie française 2012 (497 498), Daniel Pennac, Renaudot 2007 (438 031),  Marie NDiaye, Goncourt 2009 (434 361) et Michel Houellebecq, Goncourt 2010  (427 928). Sur les 10 meilleures ventes, on compte 7 prix Goncourt,  1 grand prix de l’Académie française, 1 Renaudot et 1 Femina.

RENTRÉE D’HIVER 2018 

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© éditions Flammarion

UNE NOUVELLE  DÉFERLANTE ROMANESQUE

• Après la vague des romans de la rentrée d’automne, une nouvelle vague de profile avec la rentrée d’hiver 2018. Sitôt les fêtes passées, les tables des libraires devraient se regarnir avec au moins 498  romans annoncés : 153 romans étrangers et 345 romans français, dont 64 premiers romans. En 2017, il y avait eu nettement  plus de romans étrangers (180) mais moins de romans français (337) : “Après un cru 2017 tout en retenue, la rentrée d’hiver 2018 mélange auteurs attendus et romanciers prometteurs. Avec 498 nouveautés, la production conserve un niveau proche de celui de l’an passé, en dépit d’une baisse sensible en littérature étrangère (- 17,6%), signe de la prudence des éditeurs”, annonce la revue Livres-Hebdo, (n°1153 -8 décembre) en préambule à un dossier consacré à la dite rentrée.

Savoir plus: Un blog à consulter avec la liste (non exhaustive) des nouveautés Littérature: sur la route de Jostein 

 SAISON LITTÉRAIRE 2016 :

PLUS DE TROIS  MILLIONS D’EXEMPLAIRES VENDUS

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• En 2016, selon le supplément littéraire du journal Le Monde, “la saison littéraire  s’est achevée avec 3,4 millions d’exemplaires vendus, soit 19 % du marché des romans contemporains grand format – aussi bien en chiffre d’affaires qu’en nombre d’exemplaires”. Cette année-là, dès la mi-octobre, Frappe-toi le cœur, d’Amélie Nothomb (éditions Albin Michel), caracolait en tête des ventes, avec  112 500 exemplaires, très loin devant Ils vont tuer Robert Kennedy, de Marc Dugain (éditions Gallimard), avec 54 300 exemplaires. Derrière, on trouvait  Bakhita, de Véronique Olmi (éditions Albin Michel), avec 46 500 exemplaires et L’Art de perdre, d’Alice Zeniter (éditions Flammarion), avec 33 300 exemplaires. Pour ces derniers cas, il s’agit toutefois d’une belle performance, à mettre en relation avec les dizaines de romans publiés à chaque rentrée littéraire qui ne dépassent pas le millier, voire quelques centaines de ventes.

◘ L’HARMATTAN SOUFFLE

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SUR LES ÉDITIONS SUTTON

• L’Harmattan, premier éditeur français en nombre de titres publiés, poursuit sa politique  de croissance externe en multipliant les rachats ou les prises de participation dans de petites maisons d’édition. C’est le cas des éditions Sutton, implantées à Tours et  spécialisées dans la publication de livres régionaux, avec leur collection phare La mémoire en images. Celle-ci compte de très nombreux titres, dont plusieurs dizaines consacrés à l’Allier et aux départements voisins.

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La Mémoire en images, collection phare des éditions Sutton

• L’Harmattan a acquis 37,5 % du capital de Sutton. Le reste se répartit entre Raphaël le Rallier (37,5%) qui avait repris Sutton après le dépôt de bilan survenu en 2015, et l’imprimeur Sobook, spécialisé dans les tirages courts, dont ceux de Sutton. Avec ce partenariat nouveau, les éditions Sutton qui réalisent  un chiffre d’affaire de 1,25 ME (en hausse de 10%), comptent  poursuivre leur développement dans le régionalisme et l’histoire tout en   lançant la publication de beaux livres axés sur les villes et les départements français.

◘  LE PILON…PREMIER CONSOMMATEUR DE LIVRES

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Des montagnes de livres pilonnésLe Point/fr)

• Il fut un temps où les éditeurs conservaient dans leurs stocks les livres, bien des années après leur parution. Une  pratique désormais révolue chez la plupart d’entre eux, à l’exception de quelques éditeurs “érudits” qui mettent un point d’honneur à entretenir un fonds vivant. La médiatisation des titres, dont beaucoup sont liés à l’événementiel, a conduit à une “vie en librairie” de plus en plus courte. Chaque année, 143 millions de livres, soit 25 % de la production nationale,  finissent  au pilon. Un pourcentage qui cache des contrastes : il atteindrait même  50 % voire 80% pour les “livres noirs”, qui ne comportent que de l’encre imprimée sur papier clair, comme les romans. Avec l’inflation romanesque de chaque rentrée littéraire, le pilonnage peut dépasser les 80% pour les auteurs les moins chanceux…qui sont légions.

téléchargement• Deux sortes de pilonnage sont pratiqués : soit directement, lorsque les libraires retournent leurs invendus, soit sur stocks, lorsque l’éditeur ou le diffuseur veulent désencombrer leurs aires de stockages, en sacrifiant des palettes entières d’invendus. Une seconde pratique jugée “plus traumatisante” pour les auteurs, que la première. Dans La Montagne  (10 novembre), Dominique Garandet écrit : “ Cette destruction massive nous rappelle de mauvais souvenirs. On pense aux autodafés de l’Inquisition, à toute cette matière intellectuelle réduite en cendres par les régimes autoritaires. La destruction doit être  le choix ultime et en aucun cas devenir la règle ”.  Cette pratique, les  éditeurs  sont de plus en plus nombreux à la contourner en optant pour l’impression numérique, qui permet des tirages réduits mais aussi des réassorts rapides, voire vers l’impression à la demande.

 

◘ MAI 1968 …BIENTÔT UNE SYNTHÈSE DES TÉMOIGNAGES REÇUS PAR LES ÉDITIONS DE L’ATELIER

 • Il y a quelques mois, Vu du Bourbonnais s’était fait l’écho de l’initiative conjointe des éditions de l’Atelier (Le Maitron, Le dictionnaire des Fusillés…) et du  site d’informations en ligne  Médiapart : collecter documents et témoignages auprès de ceux qui avaient fait ou vécu Mai 68.

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Manifestations parisiennes…

• Un premier bilan d’étape a été établi, après clôture de l’appel. L’ensemble des témoignages reçus représente au moins un millier de pages, voire le double, si on y intègre “ plusieurs témoignages format XXL qui sont de l’ordre du récit de vie, du retour réflexif sur les années 68, ou encore des collections de tracts”. Des témoignages qui “ ont gardé les couleurs de Mai”, selon les initiateurs de l’appel, et qui sont marqués par la multiplicité des lieux d’observation, entre  lycées, universités, usines, bureaux, rues, quartiers, casernes, villages, villes moyennes ou grandes villes. Autre variété, celle de la tonalité des récits reçus, l’humour pouvant voisiner avec la dérision, la nostalgie ou la fierté : “En assumant la répétition de notre appel, nous, premiers lecteurs, avons vraiment eu un privilège, celui de découvrir des témoignages forts, émouvants, éclairants”, peut-on lire dans un communiqué des éditions de l’Atelier.

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…et manifestations montluçonnaises (13 mai 1968)

Editions_de_l'Atelier• Et après ? La deuxième étape, celle des historiens,  a commencé avec une esquisse de l’organisation du futur livre : en  reprenant beaucoup de ces témoignages. Il combinera des séquences thématiques (Mai dans les usines et entreprises, Mai comme moment où certitudes et/ou identités personnelles vacillent…) et d’autres liées à des regards (De quoi se souviennent les enfants ? Qu’ont perçu ceux qui étaient loin socialement ou spatialement de l’action ?)…Il s’agira aussi de rappeler ce qu’était, selon l’éditeur, “ la force créatrice de l’événement, et d’y donner à voir la profusion de paroles de Mai, en  intégrant des photos, des documents, n extrayant parfois d’un mail ou d’un courrier une formule, une de ces phrases qui font mouche, qui cristallisent l’inexprimé”. En revanche, pas question de se livrer à “un exercice morose ou narcissique de la nostalgie

mediapart• Concrètement, si tous les témoignages ne seront pas édités, les promoteurs du projet précisent  qu’il n’y aura ni censure, ni “charcutage. Il s’agira “d’essayer d’en tirer ce qui contribuera le plus à illustrer la palette des expériences et souvenirs de Mai, en essayant de rendre compte au mieux de la variété des terrains, des engagements, des émotions ressenties, des regards rétrospectifs”. Quant à ceux qui ne seront pas intégrés au livre, c’est le site Médiapart qui les publiera en intégralité à partir de janvier 2018, Il reste à préciser s’ils seront en accès libre ou réservés aux seuls abonnés.

 

◘ MAI 1968 – MAI 2018 … AVIS DE DÉFERLANTE 

SUR LES TABLES DES LIBRAIRES

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• Faut-il “ célébrer (officiellement ou pas) mai 1968” ? On sait que la question  s’est posée dans le monde politique, jusqu’au sommet de l’État. En revanche, elle se semble pas avoir effleuré l’esprit des éditeurs qui, en conjuguant effet nostalgie des baby boomers et effet cinquantenaire, ont concocté une première vague de livres qui a commencé à déferler, dès cet automne. Entre ouvrages “tout public” et livres “pour public motivé », avec des angles d’attaque plus ou moins originaux, le choix ne manquera pas. Attention toutefois aux éditeurs qui ne proposent que du “réchauffé », des livres déjà publiés il y a quelques années, avec ou sans une pincée de mises à jour.

Memoires-de-police-dans-la-tourmente-de-mai-68• Le 4 octobre, les éditions Textuel ont sorti Mémoires de police : dans la tourmente de mai 68 (160 p, illustration, 35 €), de Charles Diaz. L’auteur montre que cette période, loin de faire l’unanimité, a pu susciter des affrontements dans la hiérarchie. On y trouvera aussi de nombreux documents « de travail » des forces de l’ordre tels que plans des barricades, notes de service,  fiches des RG… Plus consensuelles et plus généralistes, les éditions Larousse ont proposé, une semaine plus tard Il y a 50 ans…Mai 68, d’Éric Alary (29,95 €). C’est l’histoire illustrée des événements, à l’échelle française, avec un panorama des grèves ouvrières, des manifestations, des luttes des femmes et de l’agitation étudiante.  Autre angle choisi, celui  d’Yves Pagès et des éditions La Découverte, avec Tiens, ils ont repeint ! 50 ans d’aphorismes urbains de 1968 à nos jours. C’est une invitation à revisiter la   libération du langage post 68, à travers les multiples affiches, peintures et inscriptions diverses qui ont fleuri sur les murs.

téléchargement (4)• Le 2 novembre, les éditions Plon se sont contentées de ressortir 68, nos années choc (336 p, illustrations, 29,90 €), un livre publié sous la direction de Patrick Mahé, jadis rédacteur en chef de Paris Match. Accompagné d’un avant-propos inédit de Serge July, le livre  qui aborde 1968 sous un angle mondial, s’intéresse aussi bien  à la musique, aux J.O., à la libération sexuelle,  qu’à l’assassinat de Martin Luther King ou de Robert Kennedy. On ne peut comprendre les événements sans revenir aux prémices. C’est ce que propose  Jean-Pierre Duteuil avec  Mai 68 dans Nanterre 68 : vers le mouvement du 22 mars. Là encore, il s’agit d’une réédition, sortie aux éditions Acratie, le 10 novembre.

arton2886• Le mouvement ayant largement touché le monde des écrivains,  Boris Gobille, qui est un des maîtres d’œuvre du projet des éditions de l’Atelier (voir plus haut),  a choisi de retracer Le mai 68 des écrivains : crise politique et avant-garde littéraire (CNRS éditions) pour lequel il faudra patienter jusqu’au 11 janvier. Quelques semaines plus tard, début février, c’est un autre aspect que traitera  Malka Marcovich, avec L’autre héritage de 68 : la face cachée de la révolution sexuelle (éditions Albin Michel).  Enfin, la revue Tous urbains (éditions P.U.F.), dans sa livraison du 8 novembre, invite à  se pencher sur L’architecte et la ville : la rupture de mai 68.

Electre_978-2-36219-157-2_9782362191572 • La vague de mai 68 a aussi secoué la province. D’où plusieurs livres annoncés avec une optique régionale. Christian Bougeard propose d’examiner Les années 68 en Bretagne : les mutations d’une société (1962-1981) (éditions P.U.F., 39 €).Basé sur le dépouillement d’archives,  cet ouvrage se veut une synthèse  historique et iconographique  de la Bretagne des années 1960-1970. Enfin, Vincent Porhel et  Jean-Luc de Ochandiano ont  centre leurs recherches sur Lyon 68 : deux décennies contestataires (éditions Lieux dits, 32 €). L’étude porte principalement sur les mouvements contestataires  et alternatifs lyonnais. Quant au Bourbonnais, voire l’Auvergne, il ne semble pas pour l’instant que des projets soient en cours. Si c’était le cas, Vu du Bourbonnais ne manquerait pas de le signaler.

 

DU CÔTÉ DES LIBRAIRES

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◘ REPRISE DE LA  LIBRAIRIE HORIZONS

À RIOM PAR LES VOLCANS

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Les Volcans, le repreneur…'(©cyberbougnat)

• Une bonne nouvelle pour la librairie dite “traditionnelle ”, à l’heure où les Fnac, Cultura et autres Espaces culturels Leclerc se multiplient : la librairie Horizons, à Riom (Puy-de-Dôme), qui cherchait un repreneur depuis bientôt trois ans, en a déniché un : il s’agit de  la Scop des Volcans, qui avait elle-même repris la librairie clermontoise éponyme, après la faillite du groupe Chapitre et qui l’a ressuscitée, avec succès. La situation de Marie-Line Larréa, gérante de librairie Horizons, qui se disait à bout de souffle, victime de  “ce métier riche mais épuisant pour une toute petite entité”, a suscité l’attention de Martine Lebeau, directrice de la Scop clermontoise : “Cette histoire a fait écho à ce que l’on a vécu. On s’est réuni entre associés et on s’est demandé s’il n’était pas possible de sauver cette petite structure (que l’on) ne pouvait pas la laisser mourir sans rien faire”. Après réflexion, le rachat a été finalisé, au grand soulagement des habitués de la librairie riomoise.  La reprise sera effective au début de 2018.

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Horizon, à Riom, la librairie reprise (© Lira)

• Dans un secteur de la librairie, devenu complexe, suite aux multiples mutations qu’il a subies, il est fini le temps où il suffisait d’être un passionné du livre pour devenir libraire. Ce que confirme Martine Lebeau “ L’amour de la lecture c’est bien mais pas assez. Aujourd’hui, le libraire fait un numéro d’équilibriste. Il faut être gestionnaire, comptable, gérer les stocks qui coûtent cher, jongler avec les nouveautés. L’exercice est minutieux et  la rentabilité fragile”. Elle ne souhaite toutefois pas que cette reprise puisse porter préjudice au Cadran Solaire, autre librairie traditionnelle, sise rue de l’Hôtel de ville. C’est la raison pour laquelle elle envisage de “proposer d’autres produits pour veiller à garder le meilleur équilibre possible (car) Riom a besoin de ses deux librairies.” Elle ajoute que cette reprise devrait rester unique, les Volcans n’ayant pas vocation “à racheter toutes les librairies de la région !”, pas plus qu’à constituer un groupe.

 

◘ CULTURA, FNAC, LECLERC,

LA COURSE AUX OUVERTURES CONTINUE…

 • Cultura, Fnac, Espaces culturels Leclerc, la concurrence entre les grandes enseignes a continué en 2017 avec l’ouverture d’une trentaine de nouveaux sites. À la fin de 2017, sur l’ensemble du territoire, on comptera ainsi 12 nouveaux Cultura et 15 magasins franchisés Fnac supplémentaires. Quant au Furet du Nord, pour la première fois, il s’est aventuré hors de ses terres habituelles,  du  Nord et de l’Ile-de-France, en rachetant la librairie Sauramps à Montpellier. Au total, selon la revue Livres Hebdo,  les grandes surfaces culturelles auront créé 50 000 m2 supplémentaires, dont 30% dévolus au livre.

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La Fnac, à Vichy, installée aux Quatre-Chemins

• Dernier venu, lancé en 1998, Cultura reste devancé par la Fnac et par  Leclerc. L’enseigne   compte ralentir son rythme d’ouvertures, avec l’objectif d’atteindre le seuil des 100 magasins en 2020 contre 85 fin 2017. L’entreprise ne changera rien à  sa stratégie d’implantation : en périphérie, avec une accessibilité forte, proposant  une offre de produits et de loisirs culturels à destination des familles, pour en faire  un commerce de destination fort dans les zones. Si ces arrivées suscitent souvent l’inquiétude chez  les libraires traditionnels locaux, les éditeurs se frottent les mains. En moyenne chaque Cultura qui ouvre disposerait, par exemple,  d’un minimum de 30 000 références livres.

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Cultura sur la zone commerciale Saint-Jacques, à Montluçon

…MAIS RALENTIT DANS L’ALLIER

• Dans l’Allier, le seul projet en suspens reste l’ouverture d’un magasin franchisé Fnac à Montluçon. Un projet qui, pour l’instant, n’a pas abouti. Il est vrai que, avec un magasin Cultura sur la zone commerciale Saint-Jacques et un espace culturel Leclerc sur la zone de Châteaugay, auxquels il faut ajouter les rayons livres des grandes surfaces (Auchan, Carrefour…), le terrain est déjà largement quadrillé. Et on ne parlera pas de la concurrence d’Amazone.

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La Librairie des Écoles, doyenne des librairies montluçonnaises

• En face, la librairie traditionnelle tente de se maintenir et de s’adapter, la plus importante et la plus ancienne étant la plus que centenaire Librairie des écoles, dirigée par Marie Bournet et Didier Pszonak. Une concurrence qu’ils connaissent bien, puisque l’arrivée de la Fnac à Nevers, où ils avaient repris la librairie Pôle Arts, a conduit à la fermeture de cette dernière. Quant à la librairie Le Talon d’Achille, fondée il y a plus d’une trentaine d’années par Benoît de Peufeilhoux, qui a passé le relais en février 2014 à Jean-Claude  Deteix, elle aussi se maintient. Enfin, Vu du Bourbonnais a mentionné l’ouverture récente par Alric Berton de la librairie des Bourbons qui reste spécialisée dans le livre ancien.

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Le Talon d’Achille, à Montluçon depuis trois décennies

 

DU CÔTÉ DES BIBLIOPHILES

◘ ARISTOPHIL OU L’ART D’APPLIQUER LA PYRAMIDE DE PONZI

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Un hôtel particulier acquis au cœur du Paris des Lettres

AUX LETTRES ET MANUSCRITS ANCIENS

• Le 20 décembre, Me Aguttes, commissaire priseur, commencera à disperser à Drouot, une partie du fonds Aristophil, société de commerce de lettres et de manuscrits anciens, en liquidation judiciaire depuis juin 2015.  Parmi les pièces proposées à lors de cette première vente aux enchères, on trouvera  notamment l’original du Manifeste du surréalisme d’André Breton, ainsi que “le rouleau de Sade” avec des centaines de feuilles de petits formats, sur lesquelles  le célèbre marquis avait écrit Les 120 jours de Sodome, lors de son passage forcé par  La Bastille, en 1785. Ces pages réunies sur une bande de plus de 12 m avaient été achetées pour 7 M€ par Gérard Lhéritier en 2014.

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Gérard Lhéritier, fondateur d’Aristophil

• Fondée en 1990 par Gérard Lhéritier,  Aristophil achetait des manuscrits et autographes anciens, parfois prestigieux,  souvent à des prix très au dessus de ceux du marché. Il les  proposait ensuite  à des particuliers qui recherchaient des opportunités d’investissements, tout en assurant la garde de leurs biens. On pouvait aussi acquérir en indivision des “parts de manuscrits”, ce qui a permis de drainer une clientèle plus “modeste”.   En outre, en s’appuyant sur un réseau d’intermédiaires, avec force brochures publicitaires  luxueuses, il promettait à ses clients des rendements de 8% par an, avec possibilité de revendre au bout de 5 ans. Autres moyens pour inspirer confiance, Gérard Lhéritier s’affichait de temps à autre avec des personnalités du tout Paris, parmi lesquelles une ex-vedette des médias télévisés, tout en menant grand train, sans regarder à la dépense.

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Le « rouleau de Sade« , en vente en décembre

  • Au fil des ans, selon le schéma de la pyramide de Ponzi, il en était arrivé à payer les intérêts de ses anciens clients  avec l’argent des nouveaux entrants… Jusqu’à ce que la machine s’essouffle et se grippe, avant d’être en faillite.  C’est ce qui lui a valu une mise en examen pour  “escroquerie en bande organisée et pratiques commerciales trompeuses”. Ses 18 000 clients y ont englouti entre quelques milliers d’euros pour les uns et plusieurs centaines de milliers pour les autres. À côté de quelques célébrités, la masse des  clients lésés est constituée “d’anonymes qui ressassent leur douleur (…). Persuadés d’avoir été “bêtes”, “naïfs”, “ridicules”, et souvent transis de honte  à l’idée de s’être fait rouler, les épargnants demandent l’anonymat”, écrit Raphaëlle Rérolle dans Le Monde (15 novembre). Certains ont même dû vendre leurs biens pour rembourser les emprunts contractés pour leurs achats, au point d’avoir tout perdu. Selon le commissaire priseur, pour la majorité des lots, on ne devrait guère espérer récupérer plus de 10 à 15% des 860 M€ déboursés par les acquéreurs, pour des pièces presque toujours surévaluées.  Il reste aussi que, compte tenu du marché, il faudra entre 5 et 7 ans pour réussir à écouler aux enchères le trésor d’Aristophil qui compte au moins 120 000 feuillets autographes et 10 000 autres objets, essentiellement des manuscrits.

◘ SALON DU LIVRES ANCIEN: 19è ÉDITION

salon-du-livre-ancien-et-occasion-Souvigny_l_200567• Le 19ème  Salon du livre ancien et d’occasion s’est tenu les samedi 18 et dimanche 19 novembre, à l’Espace Saint-Marc, à Souvigny. Il  a été inauguré  par Jean-Claude Albucher, maire, et Bernard Choquene, président de l ‘association organisatrice LACME Souvigny. Sur la cinquantaine de libraires d’ancien qui en font partie, 18 étaient  présents, venus d’une douzaine de départements, ainsi que 4 artisans aux talents complémentaires. Quelques pièces d’exception ont été présentées lors du salon: le Rabelais, illustré par Gustave Doré, dans son édition in-folio de 1873 ainsi que le Compendium vitae d’Erasme, relié à la suite chez Joannis Maire en 1641. Enfin, on pouvait  aussi admirer  une édition des Vignettes pour les vignerons, de Jacques Prévert, accompagnée et enrichie par des photographies de Françoise Gilot, qui fut la compagne de Picasso pendant une dizaine d’années. Après un Salon 2015 qui avait été jugée décevant, le succès est revenu en 2016. Une tendance que Joël Talon comptait bien confirmer avec l’édition 2017.

◘ COUP D’ŒIL SUR LES CATALOGUES…

► Au catalogue d’octobre 2017 de la librairie F Teissèdre (Paris)

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• Félix CHAMBON (Gannat 1871 – 1920) : Notes sur Prosper Mérimée – Paris, 1902. XVIII-498 p. : 250 €.   Édition originale de cette excellente monographie sur Mérimée.

• George SAND: Evenor et Leucippe – Paris, Garnier, 1856. 3 vol. in-8 : 600 €. Il s’agit d’un des titres les plus oubliés de l’auteure. Pourtant son originalité est profonde et il révèle beaucoup d’aspects de sa pensée.

Au catalogue d’octobre de la Librairie Fourcade  (Paris)   :

 • Valery  LARBAUD :  Questions militaires. Lithographies de Piet Worm coloriées à la main. Maestricht : A.A.M. Stols, 1944.   Édition originale de ce livre relatif aux soldats de plomb (1 200 €).

Au catalogue (n° 75) de la Librairie M. Bouvier (Paris) :

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 • Jean GIRAUDOUX : Juliette au pays des hommes. Paris : Émile-Paul, 1924. – 251 p. Édition originale ; signé par l’auteur  (300 €)

 Au catalogue de la Librairie Sokols Books (Londres) :

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 • Jean  DURET :  Aduverissemens sur l’edit d’Henry roy de France et de Pologne, faisant droit aux Remonstances proposees par les Estats du Royaume assemblez par son commandement en la ville de Bloys l’an 1576 . Lyon: B. Rigaud, 1587. – 8 vol. in-8° (1 350 £). L’auteur est né et est mort à Moulins (v.1540-1620)

► Au catalogue de la Librairie Valleriaux (Paris) :

• Simon de COIFFIER-DEMORET (1764-1826) : Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l’ont possédé. Paris : Michaud, 1816. – 2 volumes (600 €).

► Au catalogue de la librairie Cadiou – L’Echo du passé (Moulins) :

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 • Ernest DELAIGUE : La Révolution à Saint-Menoux. Moulins : Crépin-Leblond, 1908. – 309 p. (120 €). Ouvrage tiré à  300 exemplaires.

• Joseph  DUCHER: Coutumes générale (sic) et locales de Bourbonnois. Paris, 1781. – 366 p. (120 €).

• Paul DUPIEUX (1904-1980) : La province de Bourbonnais. Moulins : Crépin-Leblond, 1946. – 278 p (120 €).

• Jean-Paul PERRIN, Jacques BLONDELON Jacques : Domérat, la mémoire du temps. Charroux : Cahiers Bourbonnais, 2000. – 383 p (40 €).

• Roger de QUIRIELLE  (1848-1928) : Montaiguet, bourg mixte bourbonnais-forézien… Roanne, 1891. – 56 p. (120 €). Edition originale, tirage à 105 exemplaires, dont 75 mis en vente.

• Comte de SOULTRAIT (1822-1888) : Armorial du Bourbonnais. Moulins : A. Paris, 1890. – 302 p (700 €).

► Au catalogue de la Librairie Rossignol (Les Arcs-sur-Argens)

• Blaise PASCAL: Lettres écrites à un Provincial. Paris, Emler, 1829. – 472 p. – Relié   (150 €).

• Blaise PASCAL : Pensées. Avec les Notes de M. de Voltaire.  Genève, Cazin, 1778. – 2 vol. in-18 – Relié  (180 €).

• George SAND : La Petite Fadette. La Tradition, 1946. – 247 p. (350 €). Illustré d’eaux-fortes, tiré à 800 exemplaires.

 

► VENTES AUX ENCHÈRES

(Les prix indiqués correspondent aux estimations avant la vente et non au prix d’adjudication finale).

 Etude Ader Nordman, vente du 11 octobre 2017 :

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 • George SAND: La Mare au diable.Paris : La Tradition, 1944. – 207 p. ;  24 eaux-fortes de Charles Genty, exemplaire relié  (300/400 €)

• Solange MILET :  Catalogue raisonné de l’oeuvre gravé [de Louis Marcoussis] Copenhague : Forlaget Cordella, 1991 (100/150 €) . Le peintre Marcoussis est décédé à Cusset en 1941.

Succession Pierre Bergé, vente du 18 octobre 2017 :

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Pierre Bergé (© Musée Yves Saint-Laurent)

 • Jean AJALBERT: En amour.  Paris : Tresse & Stock, 1890. 324 p. (3 000 / 6 000 €) À la date du 23 janvier 1894, Edmond de Goncourt note dans son Journal : « Aujourd’hui Ajalbert m’a apporté En amour, le livre qu’il m’a dédié il y a quelques années, son portrait peint par Carrière, portrait très ressemblant et délicatement flatté » – Jean Ajalbert, né en 1863,fils d’un paysan de Brezoux, près de Murat (Cantal), membre de l’Académie Goncourt, mourut octogénaire, à Cahors, en 1947.

• Comtesse de LAFAYETTE: Histoire de madame Henriette d’Angleterre Première Femme de Philippe de France duc d’Orléans. Amsterdam : M.C. Le Cene, 1720. – 223 p. , reliure d’époque (500/600 €).  Édition originale rare de cette biographie romancée. Provenance : Théophile Alajouanine.

 

AUTOGRAPHES

► Au catalogue de septembre 2017 de  la librairie Les autographes (Paris):

•n° 32 : Charles III,duc de Bourbonnais et d’Auvergne (1490-1527, connétable de France,vice-roi du Milanais.   Lettre signée avec compliment autographe “Vre bourbonn Charles”, Chantelle 20 février [1521?] au Premier Président Jean de Selve, 1 page in-4  (1 000 €)

9782749112718-2◄n° 109 : René Fallet (1927-1983).  Photographie avec dédicace autographe signée, 9 juillet 1947 : portrait de l’auteur, écrivant à son bureau de journaliste,dédicacé : “ Ma trogne et mes amitiés à Germaine Decaris !  René Fallet 9/7/47” (100 €)

• n° 198 : Roger Martin du Gard  (1881-1958), lettre autographe signée, Nice, 12 mars 1942, 1 page et demie, à Keeler Faus, à l’ambassade des États-Unis, à Vichy.  Remerciement pour l’envoi de tabac américain.  “ ..Permettez-mois d’insinuer que le lieu de votre résidence n’est peut-être pas celui d’où l’on distingue le mieux le vrai visage du pays”… ( 300 €)

► Au catalogue de la Librairie de l’Abbaye, Paris :

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• Théodore de BANVILLE (1823-1891) : Lettre à Léon Cléry, Paris, 29 décembre 1886 ( 100€). Chaleureuse lettre de remerciements.

• Marcel JOUHANDEAU  (1888-1979) : Manuscrit autographe, 3 p. (220 €).  Sans doute destiné à l’ouvrage Journaliers.

• Valery LARBAUD (1881-1957) : À « Mon cher ami », Paris, lettre du 26 février 1931 (290 €) :  « … J’étais alité quand votre lettre est arrivée […] Ma santé n’est pas bonne et je ne veux pas engager l’avenir ; c’est pourquoi  j’ai décidé de verser dès maintenant la somme entière de ma souscription aux trois volumes de Paul Fort… »

• Abel GANCE (1889-1981) : Photographie représentant le cinéaste,avec un texte autographe signé « Abel Gance » (300 €). Belle dédicace à Jean Ledrut, compositeur de la musique du film « Austerlitz »

•George SAND (1804-1876) : Lettre à « Cher pasteur » [Félix Guy, à Rochefort-sur-Mer],Nohant, 23 juin 1870, 2 p. (1 200 €).  Ce pasteur avait baptisé  les filles de son fils Maurice.

 

DU CÔTÉ DES MÉDIAS

•LE DÉMÉNAGEMENT DE  L’AGENCE DE 

LA MONTAGNE À MONTLUÇON

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L’avenue de la gare, vers 1900, avec l’imprimerie Maugenest, au 15, voisine de celle du Centre, au 11 

UNE PAGE DE L’HISTOIRE DE LA PRESSE QUI SE TOURNE

• Le 14 décembre l’équipe montluçonnaise de La Montagne  a quitté le 13 avenue Marx-Dormoy pour rejoindre ses nouveaux locaux, nettement plus fonctionnels, sis 6 boulevard Carnot.  Si l’événement peut paraître banal, il n’en marque pas moins la fin de 137 ans de  présence de la presse sur le site.

• C’est en 1880 que l’immeuble avait été bâti sous l’impulsion d’Arthur Herbin pour y abriter les bureaux et la rédaction du journal Le Centre qui disposait, à l’arrière, de sa propre imprimerie. En 1895, il y  avait adjoint une imprimerie de labeur pour les travaux commerciaux. Arthur Herbin  avait ensuite transmis l’entreprise à son gendre Henri Bouché, entré dans la maison en 1888. À son tour, dans les années 1920, ce dernier en avait confié les rênes à ses deux gendres, Henri Fougerol (1886-1974), pour l’administration, et Jean Joussain du Rieu (1899-1982), promu rédacteur en chef.

5- Avenue marx Dormoy vue aerienne
L’avenue Marx-Dormoy vers 1960. L’imprimerie de Centre Matin est à gauche sur  la photo, au centre (toitures en shed)
LE CENTRE 12 JUILLET 1940
La Une du Centre (12 juillet 1940), “Quotidien de Montluçon, de l’Allier et de la Creuse”, après le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain
54 - Le Centre 2 mai 1941 page 1
Le même journal salue avec enthousiasme la venue du maréchal Pétain à Montluçon, le 1er mai 1941

Le Centre ayant continué à paraître sous l’occupation, il se retrouve interdit  à la Libération, son ultime numéro étant daté du 21 août 1944. À la même date, sortait sous forme de placard, le premier numéro du Centre  Républicain, publié sous la houlette du Comité départemental de libération. Le journal, orné d’un bonnet phrygien se proclamait alors Organe du Comité départemental de Libération. René Ribière (1910-1995), président du CDL, par ailleurs maire de Montluçon,  et Georges Rougeron (1911-2003), secrétaire, y jouaient un rôle essentiel.

photo 29 - Le Centre Républicain
Le Centre Républicain, né le 21 août 1944, lors des combats de la libération de Montluçon
LE CENTRE OBSEQUES DORMOY
Le Centre Républicain (9 décembre 1945) appelle les Montluçonnais à venir rendre hommage à Marx Dormoy

• Le journal, devenu “quotidien populaire d’information«  devait voir sa ligne politique redéfinie par Georges Rougeron, au printemps 1945: “ Un journal de la démocratie bourbonnaise, c’est à dire de tous ceux qui, dans cette région  veulent  refaire la France sur des bases solides, avec de profondes réformes”.

Sans titre
Le Centre républicain (édition du 9 décembre 1946) 
Le centre calendrier
Le Centre républicain (édition du 31 décembre 1949)
Grande imp nouvelle
La Grande Imprimerie Nouvelle, pour les travaux de labeur, à la même adresse que le Centre républicain (1949)

• Tout en restant sur le même site de l’avenue Marx-Dormoy, Le Centre républicain,  était devenu en 1954 un quotidien du matin, désormais intitulé Centre Matin, “quotidien républicain d’information”. Tirant entre 20 et 25 000 exemplaire, avec une diffusion centrée essentiellement sur  l’arrondissement de Montluçon, Centre Matin s’affirmait comme le premier journal du secteur.

4- Boulevard de Courtais Rue de la Presle 203 Peugeot Cim
L’agence de La Montagne, dans les années 1960, au 102 Bd de Courtais (à droite, après l’immeuble avec balcon et store)

• Face  lui, La Montagne, le quotidien clermontois qui visait à une dimension régionale, avait ouvert une agence au 102  boulevard de Courtais, dès la fin des années 1940. Alors que La Montagne diffusait plus de 200 000 exemplaires, sur plusieurs départements, le Centre qui jouait la carte locale, commençait à connaitre des problèmes de gestion. En 1968, il tirait encore  à 22 189 exemplaire pour une vente globale de  20 768. Pas assez pour assurer la pérennité du titre.

Sans titre
Un immeuble “historique”, qui aura  vu passer les rédactions de  3 journaux en 137 ans

• À la fin de 1968, La Montagne rachetait Centre Matin et, dès le 1er janvier 1969, paraissait La Montagne, édition de Montluçon, arborant encore pendant quelque temps le titre Centre matin en dernière page et en pages locales, avant de disparaître définitivement. La rédaction de La Montagne, en abandonnant ses locaux du boulevard de Courtais,  avait rejoint ceux de Centre Matin où elle sera finalement restée jusqu’au 13 décembre 2017. Son départ tourne donc définitivement la page de 137 années de présence d’un journal sur le même site.

6- PUBLICITE 1967
Publicité pour La Montagne (1967)

• Ajoutons que l’activité d’imprimerie, qui avait été très présente sur l’avenue, a aujourd’hui totalement disparu. L’imprimerie Maugenest, de rachats en fusions, a été absorbée par l‘imprimerie Deneuvy, elle même rachetée en 1982 par Typocentre. Cette dernière, n’était autre que la continuation de  l’imprimerie labeur du journal Le Centre. Elle était devenue Grande imprimerie du Centre puis Grande imprimerie nouvelle, avant qu’elle ne se transforme en  Typocentre en 1963 et qu’elle ne soit transférée sur la zone industrielle de Blanzat, rue Benoist-d’Azy, où elle est toujours en activité.  Quant à l’imprimerie de presse, qui assurait l’impression de Centre Matin, au 11 avenue Marx-Dormoy,  elle a été rasée au début des années 1980, pour laisser place à un laboratoire d’analyses médicales et à son  parking.

La Montagne 14 décembre 2017
© La Montagne -édition de Montluçon (14 décembre 2017)

• FONDATION ET PRIX VARENNEprix-varenne-pour-blog-fondation

DES JOURNALISTES TALENTUEUX À L’HONNEUR

• Le 13 décembre, à Paris, le jury de la Fondation Marguerite et Alexandre Varenne a décerné ses prix 2017, en présence de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Dans les colonnes de La Montagne (14 décembre),  elle a dressé le portrait type d’un bon journaliste:Il doit faire preuve de curiosité et être poussé à essayer de comprendre. Un bon journaliste doit témoigner d’une  indépendance d’esprit. Il a le droit d’avoir un point de vue, cela ne me gêne pas, quand bien même ce point de vue ne correspondrait pas au mien. Mais, au delà, il doit être authentique et il faut, à ce propos, saluer les journalistes qui se tiennent à distance du spectaculaire”.

Lauréats prix varennes 2017
Quelques-uns des jeunes  journalistes couronnés La Montagne – 14 décembre)

MICHEL CHARASSE NOUVEL ADMINISTRATEUR

DE LA FONDATION VARENNE

téléchargementLe conseil d’administration de la Fondation Varenne, un des actionnaires de référence du groupe La Montagne, présidé par Daniel Pouzadoux, a élu un nouveau membre. Il s’agit de Michel Charasse. L’ancien ministre du budget, collaborateur et  très proche de François Mitterrand, ancien parlementaire, actuellement  membre du conseil constitutionnel, remplacera Georges Abadie, récemment décédé. En 1988, lors de la création de la Fondation Varenne, Michel Charasse avait œuvré pour qu’elle soit reconnue d’utilité publique. Parmi les missions du nouvel administrateur, figurent la publication des mémoires d’Alexandre Varenne ainsi que de divers ouvrages. S’y ajoutent l’organisation de  colloques, le tout dans la perspective de la préparation du centenaire du journal La Montagne, en 2019.

• NOUVELLE FORMULE POUR LE MAGAZINE LITTÉRAIRE

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L’ancienne formule…

• Renault, 4ème constructeur automobile mondial,  a pris une participation, à hauteur de 40%, dans le groupe de presse Challenges, propriété de Claude Perdriel. Depuis quelque temps, le groupe connaissait  des difficultés financières, même si ses ventes se sont redressées, ces derniers mois, après un plan d’économies et le départ de plusieurs journalistes. Outre  Challenges et Sciences et avenir,  il comprend depuis la reprise en  2016 de Sophia Publications, les magazines L’Histoire, HistoriaLa Recherche et Le Magazine Littéraire.  Cette dernière publication, qui a présenté sa nouvelle formule le 14 décembre,  n’est toutefois pas incluse  dans la  transaction et elle restera sous le contrôle  de Claude Perdriel. Actionnaire majoritaire, il pourrait être rejoint par d’autres investisseurs, tels que Xavier Niel (fondateur de Free et actionnaire du Monde) et des hommes d’affaires, tels que  Bruno Ledoux et Thierry Verret.

•  Le Magazine littéraire, mensuel créé en 1966, va être rebaptisé Le Nouveau Magazine Littéraire ou « NML » pour les initiés. Imprimé à 47 000 exemplaires en moyenne et vendu en kiosques à 22 000 exemplaires, il connaît une baisse régulière de sa diffusion depuis plusieurs années. Une tendance  que la nouvelle formule compte bien enrayer,  l’objectif étant d‘atteindre les 30 à 35 00 exemplaires  vendus chaque mois. Selon Claude Perdriel, pour gagner ce pari, le magazine disposera de 1 M€, de quoi lui permettre de  tenir deux ans, le temps de gagner de nouveaux lecteurs.

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Raphaël Glucksmann, nouveau  directeur du NML

• Dans “ Tout reste à écrire”, le manifeste publié sur le site  du Nouveau magazine littéraire, l’écrivain et essayiste Raphaël Glucksmann, son nouveau directeur, écrit: “Pendant de trop longues années, le déclinisme et la tentation du repli, la pusillanimité et la xénophobie ont dominé le paysage médiatique et culturel français. Comme si le pays de Voltaire et de Montaigne, de Gary et de Hugo, de La Boétie et de Zola s’était résigné à n’être que la maison de Maurras et de Maistre, Barrès et Drieu. Comme si la nation qui proclama un jour que tous les hommes naissaient libres et égaux avait cédé la place à une assemblée de copropriétaires égoïstes et égotistes. « Droit-de-l’hommiste » est devenu une insulte sur les terres du 26 août 1789 : voilà jusqu’où nous ont menés nos faiblesses et nos paresses.  Pendant de trop longues années, nous avons abandonné des mots, délaissé des causes, sacrifié des idées. À force de les répéter pour ne rien dire, nous avons vidé de leur substance les notions qui éveillaient jadis les désirs les plus forts et les rêves les plus fous (…).  Nouveau-Magazine-Litteraire-Couverture1À nous de « donner un sens plus pur aux mots de la tribu », selon la mission éminemment politique que Mallarmé assignait à la poésie. Pendant de trop longues années, poursuit-il, nous avons accepté la compartimentation des savoirs, la séparation des langues, l’éloignement des corps. Les écrivains écrivant, les philosophes philosophant, les sociologues sociologisant, les chanteurs chantant et les politiques politiquant, la république des lettres étouffait, engoncée dans ces frontières auxquelles elle est allergique.  Il est temps de tourner la page ! Temps d’ouvrir les portes et les fenêtres, de fuir les esprits douaniers, de frauder les contrôles d’identité. Temps de se retrouver et de bâtir une maison commune. Nous ne sommes ni des bisounours ni des prêcheurs. Nous n’avons ni Dieu, ni dogme. Nous ne gardons ni musée, ni prison. Nous n’esquiverons aucun problème, et nous n’escamoterons aucun songe”. Vaste ambition que le Nouveau Magazine littéraire entend mettre en application.

 

 

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