ALBERT LONDRES: “LES FORÇATS DE LA ROUTE” SUR SCÈNE… JUSQU’AU 11 MARS

AU STUDIO THÉÂTRE DE LA COMÉDIE FRANÇAISE JUSQU’AU 11 MARS 2018

LONDRES
Albert Londres, alias Nicolas Lormeau sur scène jusqu’au 11 mars

51NIINJErKL._SX210_• Sur la scène du studio théâtre de la Comédie Française, du 21 février au 11 mars 2018,  Nicolas Lormeau a choisi de transposer Les Forçats de la route, ou Tour de France, Tour de souffrances un des titres phares d’Albert Londres. Cette œuvre essentielle de la littérature cycliste, qui fait  le récit des premières heures du Tour de France, le comédien l’interprète seul sur scène, pendant une heure et demie, en se glissant dans la peau d’Albert Londres.

Le reportage qui date de  1924,  est précisément celui qui a révélé, pour la première fois, au grand  public les souffrances que devaient endurer les coureurs  du Tour de France, en exposant le “calvaire” de ces “géants de la route” qui couraient comme des “brutes”. Quatre-vingt quatorze ans après la publication du livre, le spectacle rend ainsi  un hommage nostalgique et émouvant aux premières années de la Grande boucle, imaginée par Henri Desgranges et Victor Goddet, sous l’égide du journal L’Auto. Un Tour avec ses splendeurs et ses misères, dans lequel les coureurs deviennent  “des surhumains”, affirme le metteur en scène et acteur qui campe le journaliste.

L'Auto
La première étape du Tour de France 1924 que suit Albert Londres

• Qu’on en juge : sur leurs vélos, qui ne sont pas équipés de dérailleurs,  “ils pédalaient 20 heures de suite et faisaient 24 km/h de moyenne. C’est de la folie”.  La plus courte des étapes de l’époque affichait davantage de kilomètres que la plus longue des étapes actuelles, le tout sur des routes qui n’avaient parfois de route que le nom. La 18ème édition du tour, du 22 juin au 20 juillet 1924, totalisait  5 425 km, parcourus en seulement 15 étapes, à raison d’une étape tous les deux jours. Le Tour suivait alors les contours de l’Hexagone, soit 2 000 km de plus que le tour actuel, sans le moindre transfert. Quant à l’assistance technique… On comprend que sur les 157 coureurs  du départ, il n’en soit resté qu’une soixantaine à l’arrivée.

Tour de France 1924
Le Tour 1924: plus de 5400 km en seulement 15 étapes

al Londres• Le comédien fait revivre pendant 90 minutes, le “prince des reporters”  en train de dicter, depuis sa petite  chambre d’hôtel miteuse,  son texte au journal Le Petit Parisien. Nicolas Lormeau considère que, “c’est un texte génial qui sort de l’ordinaire (…) plus proche d’un roman, où on s’attache aux personnages”. C’est le cas du cycliste Archelais “qui souffre tellement qu’il pleure comme un gosse” ou de  son concurrent Frantz “insolent de puissance”. Si le reportage visait à “passionner des gens qui ne s’étaient jamais intéressés au sport de leur vie”, c’est d’abord un éclairage sur les conditions inhumaines que doivent endurer les cyclistes d’alors. “Les batailles avaient lieu en pleine nuit, au petit matin, sous le coup de midi, à tâtons, dans le brouillard qui donne des coliques, contre le vent debout qui couche (les cyclistes) de côté, contre le soleil qui voulait (…) les assommer sur leur guidon”.

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▲ Le Miroir des sports (2 juillet 1924) © BnF Gallica ▼

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• À travers les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, “ils ont dû affronter d’immenses copeaux de poussière, les yeux brûlés, la bouche desséchée” et “quand il faisait trop froid ils s’entouraient le ventre de vieux journaux”. Ces  cyclistes “vont tous lentement, mais tête baissée, tel un bœuf qui s’apprête à recevoir le coup du boucher”, si bien que “les muscles de leurs cuisses grincent”, écrit Albert Londres.

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Albert Londres, face aux frères Pélissier, à Coutances 

• Dans ces conditions, pour tenir le coup, beaucoup (la plupart ?) de ces forçats de la route recourent au dopage…Déjà !  Et quel dopage !  Sur scène, Nicolas Lormeau se glisse quelques minutes dans la peau des frères Pélissier, vedettes du Tour de l’époque. Albert Londres les a rencontrés, au café de la gare à Coutances. Les deux frères déclarent sans fard détenir de “la cocaïne pour les yeux, du chloroforme pour les gencives” mais aussi des “pilules”. “Bref, nous marchons à la dynamite”,  reconnaît Francis Pélissier, loin d’imaginer que l’expression passera à la postérité dans les pelotons cyclistes. DynamiteDes aveux dont le journaliste s’émouvra  dans les colonnes Petit Parisien, le 27 juin 1924, en titrant son article “L’abandon des Pélissier ou les martyrs de la route”, dévoilant  le côté sombre du Tour de France qu’il suit en novice et compare finalement, en bien des points, au quotidien des Poilus qu’il a côtoyés dans les tranchées de la Grande Guerre. Pour Nicolas  Lormeau, “ce qui reste d’actualité, c’est l’aventure… on a toujours besoin de héros”. De héros certes, mais pas de victimes, écrivait Albert Londres. “Les coureurs ne sont pas des taureaux, il ne doit pas y avoir tentative de mise à mort à la fin du spectacle”.

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Le Miroir des sports (5 juillet 1924) © BnF Gallica
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L’Italien Bottechia…Vers la victoire (Le Miroir des sports 9 juillet 1924)

► INFOS PRATIQUES

► Un spectacle à voir, jusqu’au 11 mars, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Galerie du Carrousel du Louvre (99 rue de Rivoli – Paris 1er). Tél. : 01 44 58 98 58.

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L’Italien Ottavio Bottechia, vainqueur en 1924
Sans titre
1927: Le journal L’HUMANITÉ se penche sur “les souffrances et les aléas du métier  des travailleurs de la pédale”, trois ans après Albert Londres.

► CE QUE LA CRITIQUE EN A  PENSÉ…

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◘ “Ce portrait, à la fois apocalyptique et superbe, compassionnel et humain, Nicolas Lormeau s’en est emparé pour mettre au point son « Singulis », seul en scène qui, à la Comédie-Française, propose à un comédien de choisir un texte, de le monter et de l’interpréter. Le choix fut logique pour cet amateur de la petite reine. Celui qui, certains jours, peut avaler des dizaines de kilomètres « le cul sur un vélo » s’approprie avec une passion et une gourmandise non feintes les histoires finement ciselées d’Albert Londres. Il incarne avec la même aisance le reporter, obligé de dicter ses papiers au téléphone, et la cohorte des coureurs, de l’anonyme oublié à Ottavio Bottecchia, le vainqueur de cette 18e édition.

◘ Desservi par une mise en scène trop répétitive dans son déroulé, et une scénographie un peu datée avec son chevalet hors d’âge, ses airs d’accordéon et ses photos en noir et blanc, Nicolas Lormeau profite de la langue imagée, emplie de proximité et humainement descriptive d’Albert Londres. En même temps que la silhouette des coureurs partis 157 et arrivés 60, il dessine le portrait de cette France enthousiaste et conquise qui voit se masser plus de 10 millions de personnes aux bords de ses routes et au cœur de ses villes. Contrefort de l’événement sportif, cette ferveur populaire va de pair avec le panache des cyclistes. Des forçats de la route un peu fous, mais tellement fiers”.

• © Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

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◘ “Nicolas Lormeau a sans doute mis ce texte en avant (…) pour cette force, ce rythme, mais très certainement aussi pour son propre goût pour le vélo. Il en fait lui-même et peut saisir les manies et les répétitions, les plaisirs douloureux cachés derrière tout ça. Alors il a souhaité mettre à son tour toute sa force ici, devenir un forçat lui aussi. Nous montrer comment il casse ses roues, comment il grimpe, comment il gémit et comment il rend honneur à tous ces cyclistes passés et présents. Une certaine délicatesse lui fait prendre la voix d’Albert Londres, dont l’humour, la finesse et la gloire méritée de son métier resplendissent ici. Oui, c’est ce qu’il fait et cela fonctionne. Il fait rire, on sent la tension, la rapidité dans la salle également. Beaucoup trop sans doute. Les accents régionaux des cyclistes changent toutes les sept secondes, l’impression d’un “vous avez vu, je sais faire, je suis drôle hein ? ” gravi, peut-être tout aussi sûrement. C’est ce qui étouffe et surtout très rapidement aussi, apporte l’ennui.

◘ Ce spectacle est intéressant, on y apprend énormément sur le Tour de France, tout cet “ au-delà du raisonnable” comme le dit Nicolas Lormeau. Le thème, le texte sont forts, puissants. Mais il doit trop les aimer, trop vouloir leur rendre grâce. Il faudrait changer de rythme, y apporter des espaces. Le sujet entraîne la rapidité, certes, mais une rapidité plus construite. Très vite on ne regarde plus que les photos anciennes projetées, pour en retirer tout ce que juste en dessous, Nicolas Lormeau se donne un mal fou à nous offrir”.

 

• © Nicolas Brizault  – Site : Un fauteuil pour l’orchestre

 

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◘ “Neuf décennies après la publication des « Forçats de la route » d’Albert Londres, ce texte incontournable de la littérature sportive est transposé à la scène au Studio Théâtre de la Comédie française.  Un hommage nostalgique et émouvant aux premières années de la course mythique, avec ses splendeurs et ses misères, dans un spectacle conçu et interprété par le comédien français Nicolas Lormeau (…). Le comédien fait revivre pendant une heure et demie le journaliste en train de dicter son texte au journal Le Petit Parisien depuis une chambre d’hôtel (…). Pour Nicolas Lormeau, « c’est un texte génial qui sort de l’ordinaire (…) plus proche d’un roman où on s’attache aux personnages », comme le cycliste Archelais « qui souffre tellement qu’il pleure comme un gosse » ou son concurrent Frantz « insolent de puissance ».

► SAVOIR PLUS…SUR ALBERT LONDRES

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