PAGES D’HISTOIRE : GASTON DEPRESLE (1898-1968), UN “ AUTODIDACTE DE GÉNIE”, AU SERVICE DES LETTRES BOURBONNAISES

Mise à jour: 3 SEPTEMBRE 2018

Jean-Paul PERRIN

contacts: allier-infos@sfr.fr

• Il y a un demi-siècle,  le 4 février 1968, disparaissait à Saulzet (Allier), Gaston Depresle. Deux jours plus tard, en présence d’une foule nombreuse, il était inhumé dans le petit cimetière de Saint-Marcel-en-Murat, la commune où il avait vécu entre 1929 et 1961. Cinquante ans après, hormis pour quelques fins connaisseurs de la littérature bourbonnaise, le nom de Gaston Depresle  semble être tombé dans un oubli profond …

• Profond et injuste, pour cet autodidacte de génie, passionné des lettres bourbonnaises qui fut tour à tour tailleur d’habits, journalier agricole,  journaliste, chroniqueur littéraire, auteur et éditeur d’une revue littéraire, “Les lectures bourbonnaises”, en même temps que secrétaire de mairie, avant que la maladie ne l’emporte, à seulement 70 ans. Tout cela avec pour seul et unique  diplôme, un certificat d’études primaire passé en 1910, au terme d’une fréquentation épisodique de  l’école communale du Theil. Pour pallier cet oubli,  Vu du Bourbonnais a choisi de retracer le parcours aussi riche qu’étonnant de Gaston Depresle. Un parcours qui débute dans les toutes dernières années du XIXè siècle.

GASTON DEPRESLE,

FILS ET PETIT-FILS DE TAILLEURS D’HABITS

• Gaston, Léandre, Maurice, Alexandre Depresle a vu le jour le 29 janvier 1898, au Theil, une petite commune rurale au cœur du canton du Montet (Allier) et du bocage bourbonnais : “Si vous ne la connaissez pas,  et que même vous hésitez à la situer, écrivait-il à propos de sa commune natale, je vous dirai qu’elle s’encadre  dans celles  de Lafeline,  de Tréban, de Tronget, de Deux-Chaises, de Voussac et de Fleuriel, auxquelles avec ses prairies et ses  champs clôturés de haies vives, ses fermes disséminées et ses chemins bordés de chênes et de saules, elle ressemble comme une sœur. Le bourg n’offre rien de particulier, non plus, en dehors de la place de l’église, spacieuse et rendue fort agréable par deux rangées d’arbres qui ombragent délicieusement un parapet, où les flâneurs viennent volontiers rêvasser. On y retrouve les mêmes chiens baillant sur les seuils, les mêmes poules en chasse dans les caniveaux, la même quiétude bien portante et proprette qu’ailleurs.”. (1)  Le Theil Grand rue

• Un village somme toute banal, où les saisons s’égrènent selon un rythme quasi-immuable, avec ses “fumets d’omelettes” au printemps, “ses claquements de canettes de bière (…) dans la fraîcheur des auberges” durant l’été, “les parties de manille (…) sous la surveillance d’une bouteille de vin rouge” à l’automne et “les potins que l’on réchauffe devant les poêles émaillés”, l’hiver. S’y ajoute “aux heures vides de travail, un ennui dissolvant (qui) y ouvre les bras des adolescents aux plus fous projets d’évasion”. C’est dans ce cadre que Gaston Depresle va passer le premier tiers de son existence.

Le THEIL

• Il est le fils unique de Marie-Antoinette Auberger et d’Alexandre Depresle, qui exerce le métier de tailleur d’habits à façon, comme son propre père l’avait exercé avant lui. Pour trouver des clients, il doit parcourir les communes du canton, se déplaçant de ferme en ferme avec  son matériel.  On  a peu d’informations sur sa petite enfance et son enfance au Theil, hormis le témoignage d’une institutrice retraitée qui passait alors ses vacances dans la commune et qui le décrit comme “un enfant très doux, un peu rêveur qui ne quittait pas souvent ses parents pour aller jouer avec les petits camarades. Il aimait surtout la compagnie des livres préférés” (2). L’école étant devenue gratuite et obligatoire depuis les lois de Jules Ferry, Gaston Depresle fréquente celle du Theil, mais seulement à partir de 7 ans. De santé “capricieuse”, selon ses propres termes, il ne sera jamais un élève particulièrement assidu, avec une présence qui ne dépasse guère, certaines semaines, que deux jours sur cinq.   Pourtant “l’écolier est intelligent, studieux,  et grâce à un vieil instituteur, M. Philippon,  il se classe toujours en tête de ses camarades”, écrit Ulysse Moncorger (3).

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• Malgré cette scolarité chaotique, il passe en 1910 le certificat d’études primaires qu’il décroche brillamment : comme Émile Guillaumin, un quart de siècle plus tôt, il est reçu premier du canton. Se pose alors pour  ses parents la délicate question de son avenir, avec une éventuelle poursuite des études pour lesquelles il a de solides dispositions : “Je crois qu’il désirait continuer ses études”, écrit l’institutrice retraitée, qui ajoute : “Intelligent, il aurait pu développer davantage son esprit original”.

 TAILLEUR D’HABITS…

MAIS AUSSI JOURNALIER AGRICOLE

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Gaston Depresle, vers 1920 (dessin de Maxime Juan)

• La question de son avenir est vite tranchée : faute de moyens suffisants, on n’envisagera même pas la possibilité de prolonger ses études dans un cours complémentaire. Gaston Depresle s’inscrira donc dans la tradition familiale, en devenant apprenti tailleur d’habits, comme l’avaient été avant lui son père et son grand-père. C’est son père qui se chargera de sa formation. Une sorte de fatalité qu’il résumait ainsi : “Ce qui devait arriver arriva. Fils et petit-fils de tailleurs d’habits, ma voie est tracée : je serai tailleur(4).  Pourtant, en 1914, l’apprentissage s’interrompt brutalement  avec la mobilisation d’Alexandre Depresle. Il fait partie de ces premières fournées de ruraux qui vont rejoindre les champs de bataille meurtriers de l’est de la France, lors de la bataille des frontières. Les clients, partis eux aussi pour le  front,  ont déserté les campagnes bourbonnaises. Au Theil, parce qu’il  faut bien  subvenir aux besoins de la famille,  l’apprenti tailleur se mue en simple journalier agricole. Pendant  quatre ans, il parcourt les  fermes environnantes, s’arrêtant là  où on veut bien l’engager pour pallier le manque de bras. Ce n’est qu’après la démobilisation de son père, à la fin de 1918, qu’il pourra renouer avec son métier premier.

ERNEST MONTUSÈS, “DÉCOUVREUR” 

ET “ÉVEILLEUR” DE GASTON DEPRESLE

• Durant la grande guerre, bien que le travail de journalier ait absorbé une grande partie de son temps, Gaston Depresle n’en a pas moins su  trouver quelques moments de liberté pour s’adonner à une passion naissante, celle de l’écriture et, plus particulièrement de la poésie. Mais que peuvent bien valoir   ses premiers ses écrits poétique? Pour en avoir le cœur net, il s’est risqué à adresser quelques-unes de  ses rimes à Ernest Semonsut, Ernest Montusès en littérature (5), qui a basculé dans la politique, après avoir épousé la fille de Christophe Thivrier, alias Christou, “le député à la blouse(6). Il est alors rédacteur en chef du Combat social, l’hebdomadaire de la fédération de l’Allier du Parti socialiste.

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Ernest Montusès

• Sur la question du choix de Montusès et de ce qu’il pouvait en attendre, Gaston Depresle a livré quelques éléments de réponse (7) : “Montusès ? C’est pour moi tout un passé que ressuscite ce nom. J’avais quinze ans quand j’adressai mes premiers articles à Montusès. Il dirigeait le Combat social et avait publié une plaquette de vers, “Rimes roses et rouges” aux éditions des Cahiers du Centre”. Il accepte de se pencher sur les écrits de l’apprenti poète et les remarques qu’il lui envoie se veulent sans concession : “Assez souvent, mes pages naïves me revenaient, sabrées de larges traits  au crayon bleu et accompagnées de conseils. Un de ces derniers revenait fréquemment : Faites plus court. Exercez-vous à dire beaucoup de choses en peu de mots. Condensez, condensez !”…

MONTUSES Député en blouse• Gaston Depresle, ne cache pas sa déception face à ces jugements : “ Quelle douche sur mon enthousiasme, écrira-t-il vingt ans plus tard (8). Avec quelle rage il m’arrivait de remettre ma copie sur le chantier. Ah ! Jeunesse…Puis des années passèrent qui rapprochèrent le maître, toujours plus indulgent, de son élève, de plus en plus indocile”. Les leçons semblent donc avoir porté et les conseils ont bien été  retenus. Durant les 4 années de guerre, il multiplie les contacts avec des journaux et des revues qui veulent bien accepter de publier  ses vers qui, mis bout à bout à bout constitueront  Mes glanes (1915-1916) et  Les rois déchus (1917-1919), ses deux premiers recueil de poésies. Ils recèlent des poèmes comme La haine, Jaurès ou encore Les loups.

• En 1916, alors qu’il travaille dans les fermes, Gaston Depresle se voit proposer par Jean de Bonnefon de collaborer à La Presqu’île, une petite revue littéraire au générique de laquelle figurent  Pierre de Régnier, Philippe Barrès ou Maurice Rostand. Il accepte et dans le numéro de septembre, on trouve un de ses poèmes, Le maudit.  L’année suivante, conscient qu’il faut faire pénétrer le livre dans les classes populaires, il met sur pied  une bibliothèque circulante, baptisée  La Semeuse. L’initiative est saluée par le journal  Le Populaire, l’organe de la S.F.I.O (9 mars 1919), qui lui consacre un article intitulé  “L’effort littéraire et notre idéal”.

La semeuse Le Populaire 9 mars 1919
Le Populaire (9 mars 1919)

• On y parle d’une “idée fort bonne mise en exécution (dont) tous les groupes de province devraient imiter l’exemple”. Et l’auteur de l’article d’expliquer le principe : “ La Semeuse est une bibliothèque pour laquelle point n’est besoin d’habiter à sa porte. D’ailleurs, après avoir présenté le directeur-fondateur, Gaston Depresle, et les co-directeurs, A. Bidet et J-B Gaby,  je vais vous en faire connaître le règlement : “ Pour être membre adhérent à la semeuse, bibliothèque circulante d’éducation pour jeunes, il suffit d’en exprimer le désir à l’un des camarades sus-désignés en lui adressant 6 francs 50 (…). Ce versement donne droit à la lecture de 24 ouvrages : 2 par mois et par souscripteur. Les livres seront prêtés pour 30 jours. Les envois seront faits par poste, régulièrement, par un tour de rôle”. Si l’article ne mentionne pas la liste des livres, son auteur précise que “tous les volumes sont œuvres saines  (sic) et de belle tenue littéraire”. Il ajoute “que ceux qui ont des livres dont ils peuvent disposer les envoient à la Semeuse dont le siège est Le Theil – Allier”, ce qui correspond au domicile de la famille Depresle.  Le principe est donc aussi simple que généreux  : moyennant une faible cotisation, paysans et  ouvriers issus des corporations les plus diverses pourront avoir accès aux œuvres de  Gorki, de Zola, d’Eugène Le Roy, de Balzac, aussi bien qu’à celles d’Émile Guillaumin, d’Octave Mirbeau ou d’Henri Barbusse. Bien que la charge de travail qui en découle soit importante pour Gaston Depresle, cette bibliothèque circulante  lui permet de semer des idées, de nouer des contacts et d’établir “ Un lien solide entre des ouvriers comme lui”, ainsi que le  rappelait son épouse.

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Pierre Brizon

• Si Ernest Montusès, a été son “découvreur” en littérature, il ne fait guère de doute qu’il a été aussi “l’éveilleur” de sa conscience politique. En pleine guerre, alors qu’il n’est ni bon, ni prudent de professer un quelconque idéal pacifiste face à la grande boucherie, Montusès l’oriente vers ce courant. Il donne à lire à son jeune correspondant  Les jardins de la  douleur, un recueil dans lequel il “clame son dégoût de la guerre et de ses conséquences tragiques”.  Ce faisant, le jeune Gaston Depresle n’est pas en rupture avec sa famille ni avec  son entourage : autour de lui, on ne cache pas l’estime que l’on porte à cet autre héraut du Pacifisme qu’est devenu Pierre Brizon (9), qui avait été élu député de la circonscription en 1910. De “député des métayers”, il s’est mué en ”député de la paix”. Dans le Combat social, daté du 30 juillet 1916, l’année de Verdun, Gaston Depresle publie un poème dans lequel il se range ouvertement derrière Pierre Brizon  qui a participé à la conférence de Kiental: “ Avides, nous voyons un astre qui se lève/ Kiental!C’est ton soleil; c’est notre seul espoir./Peuples unissez-vous et brisez tous ces glaives./Qui rougissent le ciel, dès qu’arrive le soir”… Durant toute sa vie, Gaston Depresle gardera cette inclination pour la haine de la guerre, ce qui ne l’empêchera pas d’avoir des amis et d’entretenir des relations littéraires avec des figures du camp opposé. Selon Ulysse Moncorger, “il était tolérant et éclectique dans le choix de ses amitiés”. Peu avant la fin de la guerre, Pierre Brizon, qui a appris à l’apprécier, lui propose d’écrire pour le journal La Vague un roman,  qui s’intitulerait La Guerre sur le village. L’idée enthousiasme le journalier qu’il est encore, mais il ne trouvera pas le temps nécessaire à sa réalisation,  son travail ne dépassant  pas le premier chapitre. On peut aussi  retrouver la signature de Gaston Depresle dans La voix des jeunes, organe des Jeunesses socialistes, en 1918-1919.

LE RETOUR À LA PAIX :

UNE NOUVELLE ORIENTATION

PRADILLON
Gaston Pradillon

• Avec la fin de la guerre et le retour de son père, Gaston Depresle renoue avec le métier de tailleur d’habit : “De 1920 à 1924, il n’écrit autant dire pas, consacrant ses loisirs à l’étude et à la lecture, “ce vice impuni”. Toute sa vie, il sera un liseur impénitent” écrit Ulysse Moncorger (10).  C’est à cette époque que naît son amitié d’un demi-siècle avec Gaston Pradillon, un jeune instituteur, né la même année que lui et qui, lui aussi se pique d’écriture : “En octobre 1919, écrit ce dernier,  j’étais nommé instituteur adjoint à Désertines et j’étais mis en relation avec Gaston Depresle par mon autre camarade de promotion, Fernand Pradel, nommé au Theil. Une correspondance assez suivie s’engagea entre le grand liseur qu’était le tailleur d’habits et moi, correspondance dans laquelle nous touchions un peu à toutes les activités politico-littéraires de l’époque en dilettantes. Dans ses réponses, souvent, Gaston Depresle me parlait  de la paysannerie bourbonnaise qu’il avait appris à connaître, comme Émile Guillaumin, “sur l’appui du manche”. (11)

téléchargement• L’action politique au côté de Pierre Brizon continue de l’intéresser et Gaston Depresle peut être considéré comme un des compagnons de la première heure du jeune parti communiste. Sa bonne connaissance du monde rural fait de lui un relais efficace mais cet  engagement s’estompe rapidement, peu après l’exclusion de Pierre Brizon du parti communiste, en 1922.  Une raison qui explique peut-être  aussi le recentrage de  ses activités sur son métier premier, avec la volonté de perfectionner son art. Admis  à l’école de coupe Napolitano, Gaston Depresle  quitte en 1924 sa campagne bourbonnaise pour “monter à Paris”. Un an plus tard, il en reviendra avec le diplôme de maître tailleur et coupeur, auréolé d’un prestigieux premier prix décroché au concours international de coupe de Paris.

• Dans la capitale, il a mis à profit ses heures libres pour nouer des relations avec  quelques journalistes et chansonniers. Alors qu’une carrière prometteuse semble s’annoncer pour lui,  à un moment où la mode et ses grands couturiers s’affirment sur fond d’Années folles, il décide de donner une nouvelle orientation à sa vie : plutôt que de tailler des habits, il souhaite désormais se consacrer à l’écriture, avec la volonté de  pouvoir vivre de sa plume. Une activité qu’il n’avait, en fait, pas totalement mise entre parenthèses, depuis ses premiers essais soumis au jugement d’Ernest Montusès.

GASTON DEPRESLE, MAÎTRE D’ŒUVRE

DE L’ANTHOLOGIE DES ÉCRIVAINS OUVRIERS

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L’Humanité 10 septembre 1922

• C’est ainsi que, dès le 10 septembre 1922, la Maison française d’art et d’édition avait annoncé dans les colonnes du journal l’Humanité la mise en souscription d’une Anthologie des écrivains ouvriers, rédigée par Gaston Depresle et préfacée par Henri Barbusse, “avec des pages choisies et des portraits”. La liste des écrivains retenus ne comptait,  à l’origine,  que 10 noms dont ceux d’Émile Guillaumin et de Joseph Voisin. “Les souscriptions sont  à adresser à Gaston Depresle – Le Theil – Allier”, pouvait-on lire en bas de l’annonce. D’autres journaux répercutent aussi l’information : c’est le cas du journal de la SFIO, Le Populaire (9 septembre 1922), de L’Intransigeant (28 septembre 1922) ou, plus surprenant, de Comœdia (28 septembre 1922), un journal plus habitué aux rubriques artistiques et  théâtrales. Le Populaire précise  que l’anthologie “comprendra un portrait inédit de Henri Barbusse par Louis Hache”  et que l’on trouvera “ un portrait inédit de chaque auteur par Maxime Juan (…) et une reproduction photographique d’un tableau du peintre paysan G. Millange”. Sur certaines annonces,   est mentionnée la publication d’une édition “de luxe”  parallèlement à l’édition ordinaire.

Annonce Le populaire ç septembre 1922)
Le Populaire (9 septembre 1922)

•  Il faudra encore trois ans avant que l’anthologie ne se concrétise, dans une version étoffée. Entre temps, les éditions Aujourd’hui  qui ont repris le projet, ont proposé à Gaston Depresle un poste de secrétaire. Il a  en charge  la revue Les Primaires, avec la mission de faire aboutir la publication de  cette Anthologie des écrivains ouvriers. Le livre sort enfin en 1925, avec comme prévu initialement une préface de Henri Barbusse, l‘auteur du Feu, prix Goncourt 1916 :

Henri BARBUSSE
Henri Barbusse

• ” Le plus proche jugement qu’on puisse émettre sur la pléiade des auteurs ouvriers dont je parle, écrit-il,  est de souligner pour chacun d’eux ses origines prolétariennes, ce qui est du même coup montrer l’héroïsme qu’il leur a fallu aux uns et aux autres pour s’imposer à l’attention et faire une œuvre de pensée alors qu’ils étaient pris dans l’engrenage du travail manuel. Ces lutteurs-là méritent en effet, bien plus que les combattants traînés de force vers l’héroïsme militaire comme un bétail, le nom de héros, et la victoire qu’ils ont gagnée, à force de talent et aussi de patience et de labeur est plus durable que les triomphes théâtraux des esclaves en uniformes. Elle est en tout cas cette victoire bien à eux et bien à nous”.  L’anthologie recense finalement  27 auteurs, tous autodidactes, dont certains sont issus du Bourbonnais et des provinces voisines.  C’est le cas pour  Émile Guillaumin, Joseph Voisin et Marguerite Audoux. Six ans plus tard, en revenant sur ce projet, Gaston Depresle écrira à son ami Léon Couturier : “ J’ai voulu faire un livre d’éducation populaire et non d’histoire littéraire, un livre tout simple qui porterait des exemples et des encouragements aux humbles rimeurs des chaumières et des ateliers, un livre enfin dans lequel tout homme du peuple retrouverait un peu de lui-même”.

Anthologie Depresle• En tête de chacune des notice, figurent des extraits choisis des auteurs, suivis d’une bibliographie qui se veut exhaustive, le tout rehaussé par des illustrations de Maxime  Juan. L’écrivain Michel Ragon  considère que, aux côtés d’Emile Guillaumin ou de Marguerite Audoux, cette anthologie comportait aussi “des écrivains ouvriers régionaux d’une originalité douteuse(12).  Ce coup d’essai de Gaston Depresle lui vaut plusieurs articles dans les journaux. Émile Guillaumin, dans Le Quotidien daté du 27 mai 1925 se montre élogieux et, peut-être aussi, rassuré: “Le Sage d’Ygrande (…) n’avait pas vu sans inquiétude son jeune voisin se lancer dans  une entreprise d’édition, sans avoir réuni les fonds nécessaires”, écrit Ulysse Moncorger (13).  D’ailleurs, dans un courrier, il lui avait confié ses craintes:“Décidément, vous avez la foi qui soulève les montagnes”, reconnaît-il. Une foi suffisante pour lui permettre d’écouler 700 exemplaires de son anthologie, “sans grande publicité et sans le concours des libraires”, d’autant que la critique n’a pas été unanime.

HUMA 4 juillet 1925 anthologie
L’Humanité (4 juillet 1925)

• Dans les colonnes de  L’Humanité datée du 4 juillet 1925, le compte-rendu affiche une tonalité plutôt négative.  Certes, l’auteur de l’article parle bien de “la très intéressante anthologie que présente Gaston Depresle”, mais dès les premières lignes, il en conteste le titre : “Il eût été plus juste de l’intituler “Anthologie d’écrivains populaires”, car il ne nous apparaît guère, à part de rarissimes exceptions que les écrivains dont Gaston Depresle publie une anthologie soient véritablement des ouvriers et que leurs œuvres s’inspirent avant tout et reposent sur une idéologie de classe, en dehors de laquelle il ne saurait exister de littérature véritablement ouvrière”. Pour enfoncer le clou, il cite ensuite la liste complète “des écrivains que Gaston Depresle qualifie un peu… légèrement d’écrivains ouvriers”. En prenant l’exemple de Pierre Hamp, il parle même de “singulier contresens”, ajoutant qu’il “n’est pas possible de se baser uniquement sur les origines d’un écrivain pour le classer dans une catégorie sociale déterminée (…). À ce compte-là,  n’importe quel ouvrier devenu patron et ayant voué  le plus souvent à ses ex-frères de misère la haine méprisante que l’on sait, pourrait aussi bien se ranger toujours parmi la classe ouvrière”. Selon lui, cela  démontre “l’illogisme de la classification de Gaston Depresle”. Autre grief, cette anthologie aurait beaucoup gagné “à être moins ambitieuse immédiatement”: “ Combien ne serions nous pas reconnaissant à Gaston Depresle si il avait puisé dans cette veine paysanne qui constitue, de beaucoup, la partie la plus saine, la plus populaire de la littérature contemporain. De Pergaud à Guillaumin, que de richesses inexplorées à révéler par une simple visite à travers le terroir français”…Ce qui n’empêche pas l’auteur de l’article de reconnaître que l’anthologie recèle “un grand nombre d’extraits d’œuvres d’écrivains et de poètes authentiquement paysans”. Dont acte…

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Joseph Voisin, par Maxime Juan

• Finalement, Gaston Depresle se serait fourvoyé en s’attachant à “rechercher par la France les quelques travailleurs manuels parvenus dans la suite pour se faire “un nom” dans la littérature bourgeoise”, au lieu de “recenser la littérature et la poésie paysannes françaises”.  La conclusion en forme de condamnation est au diapason de l’article: “Dans son état actuel et telle qu’elle se présente à nous, son Anthologie des écrivains ouvriers porte à sa base  un vice capital qui en fausse la valeur et la portée aux yeux des seuls hommes qui puissent lui porter intérêt : les ouvriers eux-mêmes”. Au-delà de la simple critique du livre, il faut peut-être  y voir aussi la méfiance que peut inspirer un Gaston Depresle qui avait suivi Pierre Brizon, exclu du parti en 1922. Simple hypothèse…

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Charles Boulen, cultivateur

• Dans la Revue de la Nièvre et du Centre (2ème année – n°3), A. Clémenson porte un tout autre regard sur l’anthologie: “Gaston Depresle (…) vient de faire paraître aux éditions Aujourd’hui le tome premier d’une remarquable anthologie des maîtres ouvriers (sic). Biographies, portraits, pages choisies, tout nous intéresse”. La seule réserve porte sur la préface: à ses yeux, “Ce livre eût été très beau sans la préface”… Dans la  Cité nouvelle (avril 1924), Roger Denux voit dans ce livre “Une enquête majeure pour savoir si l’écrivain devait exercer un autre métier”. Pour lui, la réponse est évidente: “Aujourd’hui, M. Gaston Depresle prouve aux incrédules qu’un homme de métier peut être écrivain (…). Belle offrande à ceux à qui l’on peut dire, avec le poète: “Montrez-moi le beau cal de l’âme, mes forts hommes”…

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Jean Tousseul, carrier

• Parmi les autres journaux qui annoncent la parution prochaine on trouve même Le Figaro (30 août 1925). En 1926, la revue, La mère éducative consacre un article, non signé, à l’anthologie. L’auteur salue “ cette heureuse initiative (qui) est à encourager”, avant d’ajouter : “Des livres comme celui-ci témoignent que nous avons toujours raison d’espérer. La pensée, la poésie, la beauté des formes et des rythmes sont des choses éternelles, impérissables. La pléiade des écrivains ouvriers nous assure de leur continuité dans le rajeunissement et la fraîcheur des floraisons nouvelles. Bonne chance à l’anthologie des écrivains ouvriers”.

• Sous la plume de René Germot,  Le Mutilé de l’Algérie (4 juillet 1926) traite plus longuement de l’anthologie, « Un livre que tous devraient connaître, parmi les ouvriers d’abord, afin d’être bien persuadés de la beauté, de la dignité, de la sainteté du travail et de l’effort de volonté du travail et de l’effort de volonté qu’il faut pour cueillir les fruits les plus beaux qui existent. Parmi les véritables intellectuels, ensuite, afin qu’ils admirent en les comprenant, en les aimant, ceux d’entre leurs frères  qui avec des moyens de matériels inexistants et un surcroît de labeur sont arrivés à s’élever au dessus de leur condition”. Certes, il ne cache pas que  l’expression “écrivains –ouvriers” ait pu le faire frissonner, mais c’est aussitôt pour mieux la défendre : “ Il n’est nullement prétentieux car ce sont pas seulement les meilleurs des artisans, ceux qui aiment passionnément leur métier et qui le chantent en des strophe étincelantes (…), ce sont de véritables peintres, ces hommes et ces femmes du peuple qui ont voulu se faire eux-mêmes.” L’auteur de l’article est plus particulièrement sensible à l’œuvre d’Émile Guillaumin “auteur admirable d’œuvres comme “La vie d’un simple”.

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Le Mutilé de l’Algérie (4 juillet 1926)
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Marguerite Audoux

• Autre auteure appréciée, Marguerite Audoux, “l’ancienne couturière dont tous les romans connaissent le succès”. Dans les dernières lignes de ce long article, qui ne cite toutefois à aucun moment  le nom de Gaston Depresle,  le journaliste a du mal à contenir  son enthousiasme : “ Voilà d’admirables exemples de ce que peut faire celui qui veut travailler véritablement.  Chapeau bas (…) devant un tel courage, devant un tel succès chèrement payé le plus souvent”.

• Des décennies plus tard, Jean Prugnot auteur de la notice biographique de Gaston Depresle figurant  dans le Dictionnaire biographique de mouvement ouvrier français –   Le Maitron écrira : “Depresle avait conçu le projet de cet ouvrage dès l’âge de vingt-deux ans et Émile Guillaumin l’avait encouragé. Ce fut son œuvre la plus marquante car, avec elle, il se révéla un précurseur. Il réunit des noms et des textes, en fit une gerbe, et cette anthologie commentée précéda de cinq ans Nouvel âge littéraire, l’essai qu’Henry Poulaille  publia en 1930 et qui, lui aussi, fit date“. (14)

GASTON DEPRESLE JOURNALISTE

• Le succès rencontré par ce coup d’essai, en attendant l’éventuelle publication d’un second tome qui est annoncé, ne peut que conforter Gaston Depresle dans l’idée qu’il a choisi la bonne voie. Avec l’appui de Jean-Marcel Périn, bien introduit dans les milieux de la presse, (15), il entre officiellement en journalisme en 1925, en rejoignant le quotidien moulinois Le Progrès. Il y occupera pendant quelque temps le poste de secrétaire de rédaction. En 1926, on le retrouve  aux mêmes fonctions  au sein du  Petit Bourbonnais. Le journal, fondé en 1923 et publié d’abord  à Moulins, puis à Vichy,  se définit comme “hebdomadaire d’informations régional illustré”.

img142• C’est aussi en 1926, qu’il épouse à la mairie de Varennes-sur-Allier une jeune institutrice, Marie, Gilberte, Adrienne Besson. Cette dernière ayant été nommée  dans la Haute-Loire, “ dans ces classes de village si peu accueillantes à l’époque”, Gaston Depresle doit abandonner Moulins pour s’installer avec elle au Puy-en-Velay. Le journal Le Rappel de la Haute-Loire, “organe hebdomadaire de l’union des gauches”, lui aussi fondé en 1923,  lui ouvre ses portes. Tout à la fois critique littéraire, ouvert aux jeunes talents, en même temps que journaliste et auteur, il publie dans les colonnes du Rappel un feuilleton intitulé  La faute d’un père, dans la trame duquel Ulysse Moncorger décèle quelque ressemblance avec Rose et sa Parisienne d’Émile Guillaumin.

• En  1928-1929, il enchaîne sur la publication, dans ce même journal, de Les Heures ardentes du village, roman décliné en feuilleton durant plusieurs mois. Sa collaboration n’étant pas exclusive, il lui arrive aussi de confier des contes, un autre domaine dans lequel sa plume est habile, à des publications de la Drôme ou de l’Ardèche, voire de Paris. Tour à tour, prennent vie sous sa plume  des nouvelles avec  La mère Cadenette, ou des roman avec  Le père Pijotte ou M. Piquenchâgne : “ Il possède l’âme d’un conteur, exercice difficile, car contrairement au roman, le conte  n’a rien a expliquer, écrit Ulysse Moncorger. Il présente de personnage  à l’état de crise, il faut l’unité de temps, de ton, de lieu. L’intrigue doit se nouer rapidement. II faut être habile pour faire vivre  le dialogue entre les personnages peints sur le vif”.   

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© plaques de cocher.fr

UN RETOUR FORCÉ EN BOURBONNAIS

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La mairie-école de Saint-Marcel-en-Murat, vers 1910. À gauche: la classe unique – Au centre: la mairie –  À droite: le logement de fonction
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La même mairie – école (en 2016), où vécut le couple Depresle, entre 1929 et le début des années 1960 (© Michel Vincendeau)

saint marcel en murat• Cet itinéraire tout tracé que suit avec succès Gaston Depresle s’achève prématurément en 1929. Cette année-là, son père étant tombé gravement malade, il se trouve contraint de revenir en  Bourbonnais.  Le couple s’installe à Saint-Marcel-en-Murat et, tandis qu’il reprend son métier de tailleur d’habit pour lequel il n’a pas perdu la main, son épouse est nommée institutrice à l’école communale.

• Après avoir acheté une machine à coudre, il investit aussi dans une machine à écrire car la soif d’écriture ne l’a pas abandonné : “La machine à coudre m’offre bientôt une machine à écrire. Dès lors, je m’assieds tantôt devant l’une, tantôt devant l’autre”, écrira-t-il (16). Des quotidiens régionaux comme La Montagne, La Tribune de Saint-Étienne et quelques autres publications le sollicitent tour à tour,  qui d’un article, qui d’une critique, qui d’un conte ou d’une nouvelle, pour lesquels il puise son inspiration dans  l’observation de la vie quotidienne.

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  Police Magazine (n°411- 9 octobre 1938) (© criminocorpus.org)  

• Plus étonnant, dans le numéro 411 de la revue Police magazine (9 octobre 1938), spécialisée dans les faits divers criminels,  on trouve sa signature au bas d’un long article de deux pages  illustrées. il est intitulé Les écumeurs de la campagne. Les années s’écoulent ainsi jusqu’à l’éclatement de la seconde guerre mondiale.

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GASTON DEPRESLE, EN MARGE

DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

• En septembre 1939,  Gaston Depresle, est  âgé de 41 ans. S’il   a échappé à la première guerre mondiale, la seconde fait de lui un mobilisable, sans pour autant l’expédier sur la Ligne Maginot : “La « drôle de guerre«  m’appelle, me promène, me renvoie et je retrouve à la maison la bêche, la houe, la fourche, la hache. Et aussi l’aiguille”, se contentera-t-il de noter à propos de cet épisode (17). C’est grâce à la guerre que sa route croise à nouveau celle de Gaston Pradillon. Après avoir été appelé à Clermont-Ferrand, ce dernier a été dirigé sur Montluçon, “vers une station militaire, dépendant de Dôle, stationnée près de la gare de la Ville Gozet”. Parmi les groupes de militaires qui détonent dans ce quartier industriel, il a vite fait de repérer Gaston Depresle, avec lequel il a jadis correspondu : “Nous nous serrons la main et nous bavardons, écrit Gaston Pradillon. Il m’apprend qu’il vient de Saint-Marcel-en-Murat où son épouse est institutrice Nous prenons rendez-vous pour le lendemain soir” (18). Une promesse qui ne pourra cependant pas être  honorée, Gaston Pradillon ayant été, entre temps, envoyé  à Orléans puis à Pithiviers, où le ministère des pensions a dû se replier, face à la ruée des troupes allemandes.  Le voilà donc affecté au service des pensions militaires, tandis que Gaston Depresle est resté à Montluçon.

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• L’armistice signé, Gaston Depresle regagne Saint-Marcel-en-Murat où il se remet à l’aiguille et à la machine à coudre, tout en se réservant du temps pour le jardinage.  Deux ans plus tard, à la rentrée de  1942, au hasard des mutations,  le couple Pradillon est nommé à Voussac, à seulement quatre kilomètres des Depresle.  Désormais, ils vont pouvoir se retrouver régulièrement pour des balades dans le bocage, entrecoupées de discussions au cours desquelles les deux hommes balayent tous les sujets : “ Nous parcourions ensemble le chemin agreste, appelé la vieille route,  qui unit nos deux bourgs, en évitant les gorges du Venant”, se souvenait Gaston Pradillon.

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• Aux promenades succèdent les goûters  entre amis : “ Nous goûtions alternativement dans l’une ou l’autre de nos demeures. Il n’aimait pas beaucoup le thé et préférait un verre de vin blanc, ou même de rouge, que nous allions parfois consommer dans l’auberge Lallot, située  juste devant l’école de Saint-Marcel-en-Murat, d’où il pouvait surveiller l’entrée de son secrétariat de mairie Nos deux épouses restaient entre elles, avec leurs propres conversations(19).

L'Unique• Bien que le travail de tailleur occupe encore la plus grande partie de son temps, Gaston Depresle ne semble pas avoir renoncé à l’écriture. Du moins, c’est ce que croit deviner Gaston Pradillon : “ À cette époque, (il) avait renoncé à la poésie, mais il était un délicieux cueilleur d’anecdotes et il préparait des écrits qu’il allait pouvoir lui-même imprimer ou publier”. C’est ce qui explique qu’il réponde, la guerre achevée,  à des sollicitations extérieures.

• En juillet 1946, il rédige quelques maximes reproduites sous le titre Au long du sentier dans L’Unique (n°12), journal anarchiste fondé en 1945  par Émile Armand. Florilège : “Être intelligent, c’est être capable de multiplier les souffrances de sa chair par celles de son esprit, et ouvrir malgré soi son cœur aux peines des autres”…“Combien de gens pourraient faire plusieurs fois le tour du monde sans réussir à égarer leur ennui ?”…“Il ne suffit pas de sortir en short pour être un athlète, ni d’être un athlète pour être un homme”…“Qui peut se vanter d’avoir tous les ennemis qu’il mérite ?”…“La misanthropie, ulcère des âmes trop sensibles, est produite par un virus filtrant : l’expérience”…

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Détective...Dans la même veine que Police Magazine

• Dans un genre totalement différent, il donne aussi quelques articles à  la revue Qui Police? devenue Qui Détective? puis  Détective qui avait fait des faits divers criminels son fond de commerce, avec des illustrations aussi réalistes que suggestives. Une sorte de retour au sources, puisque Gaston Depresle avait déjà brièvement tâté de ce type de publication avec Police Magazine qui exploitait, avant guerre,  la même veine.  Cette collaboration n’est peut être pas aussi surprenante qu’on pourrait l’imaginer puisqu’il semble bien que Gaston Depresle ait songé à s’aventurer sur le terrain du roman policier.

• Une autre partie de son temps est consacrée à une abondante correspondance qui s’étoffe au fil des années : “On reste confondu quand on aborde une telle personnalité qui entretenait une correspondance suivie avec des écrivains de qualité”, écrit Ulysse Moncorger. Il cite Ernest Montusès et Henri Barbusse qui ont été les premiers, ainsi que “les Bourbonnais Émile Guillaumin, Joseph Voisin, Frantz Brunet, le docteur Lacroix, le philosophe, chantre de Tronçais, Jacques Chevalier, des romanciers de terroir comme l’Ardéchois Jules Reboul, le Belge Francis André, le paysan poète Philéas Lebègue”.

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• Gaston Depresle est aussi, à ses heures, dessinateur, folkloriste mais également linguiste.  C’est tout seul qu’il a appris l’anglais, une langue pour laquelle il avait imaginé, avant la seconde guerre mondiale,  une méthode d’apprentissage. Intitulée  L’anglais en 50 heures, une sorte de méthode Assimil avant l’heure. Il avait pu l’expérimenter pendant quelque temps auprès des élèves de son épouse. Lui qui avait quitté l’école à 13 ans, après une scolarité irrégulière, s’intéresse au latin et au russe dont il a entrepris l’apprentissage. On sait qu’il  s’est aussi essayé à l’espéranto, ce projet de langue universelle qui avait trouvé en Bourbonnais des défenseurs. Parmi eux, on peut citer l’architecte et érudit moulinois, Marcel Génermont, futur  président de la Société d’émulation du Bourbonnais et fondateur en 1957 de la revue trimestrielle Les Cahiers bourbonnais.

QUAND UN AUTEUR

SE FAIT AUSSI  IMPRIMEUR ET ÉDITEUR

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L’Humanité (17 juin 1938)

• En 1949, quatre ans après la fin de la guerre,  la mairie de Saint-Marcel-en-Murat, en quête d’un secrétaire de mairie, fait appel à l’homme de plume qu’est Gaston Depresle. Une tâche qui va lui assurer des revenus réguliers et qui, sans être trop absorbante, lui permet de dégager du temps pour ses autres activités : l’écriture, toujours, à laquelle il va bientôt falloir ajouter l’impression et l’édition, dernières étapes de sa vie. Déjà, avant guerre, il avait caressé le projet de devenir imprimeur : dans les colonnes du journal L’Humanité (17 juin 1938), il avait fait insérer une petite annonce ainsi rédigée : “ Achèterais presse à imprimer à main, modèle récent, bon état”. Il n’était cependant pas allé plus loin , mais ce n’était que partie remise.

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Presse à volet 

•  Par son épouse, Gaston Depresle  a eu connaissance des méthodes de Célestin Freinet qui a mis au point une petite presse pour imprimer des journaux scolaires. Il a fondé une coopérative qui la diffuse auprès des maîtres et maîtresses d’école qui veulent s’impliquer dans la pédagogie Freinet. Pour juger sur pièce, il  s’est rendu dans le Var en 1953, là où Freinet a établi sa coopérative. Il en rapporte du matériel d’imprimerie : “ Fin 1953, je peux me payer, rêve de jeunesse devenu fantaisie de vieux un matériel d’imprimerie”, résume-t-il dans sa courte autobiographie (20)Il sera désormais avec ténacité son propre auteur, son propre éditeur et son propre imprimeur”, écrit, de son côté, Ulysse Moncorger (21).

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Composition à la main

• Pour compléter son atelier, installé d’abord dans la petite cuisine du logement de fonction de Saint-Marcel-en-Murat, il fera par la suite  l’acquisition d’un composteur, de casses, de pinces et de caractères typographiques, sans oublier la presse et les indispensables encres et rouleaux. Le voilà donc prêt à imprimer, feuille à feuille et entièrement à la main, comme les maîtres imprimeurs d’antan. Auparavant, au  tout début de 1953, il s’est essayé  à la publication d’une modeste plaquette hors commerce intitulée Quelques légendes, imprimée sur la petite presse à volets de l’école de son épouse.

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Un programme ambitieux

• De format réduit, elle renferme sur 24 pages  sept légendes ayant trait à sa commune natale du Theil : Sous le signe de l’Amour, De l’homme ou du Bœuf, La place du Maçon, Les brigands, les Cinq Pièces d’or, La place Gerbaud et Le fantôme de la Bignale. Sur la couverture, figure une citation de Henry Bataille : “C’est peut-être moins vrai que le Petit Poucet”. Après avoir rappelé qu’on lui doit une Anthologie des écrivains ouvriers, la traditionnelle page “Du même auteur” ne cache pas ses ambitions éditoriales : non seulement il annonce la mise sous presse de Chez les souvenirs, écrit en collaboration avec Albert Combémorel, mais il dresse une liste des à paraître : Un chien dans un jeu de quilles (des nouvelles) annoncé pour 1953, qui serait suivi de deux romans (Le Père Pijote et M. Piquenchâgne), de deux autres recueils de nouvelles (La Mère Cadenette et Sauf votre respect). Encore plus ambitieux, il projette même de publier un ouvrage sur Les écrivains du Bourbonnais, en deux volumes.

img130• Au début du mois de juin 1953,   il poursuit dans la même voie  en imprimant, toujours sur la  presse à volets, Chez les souvenirs, dans le même format réduit que Quelques légendes. Cette fois-ci, au bas de la couverture figure fièrement la mention “Editions Gaston Depresle, Saint-Marcel-en-Murat (Allier)” et non plus seulement “éditions de l’auteur”. Sous le titre, on peut lire : “Vient vite un temps où l’on connaît plus de morts que de vivants”. Dans son avant-propos “Au lecteur”, il écrit : “Cette plaquette vous apporte la première partie d’un ouvrage  que nous avons l’intention, mon ami Albert Combémorel  (22) et moi de consacrer à la commune de Blomard (…). Une commune comme beaucoup d’autres, mais d’un pittoresque suffisamment sévère pour nous rappeler le voisinage de la rude Auvergne et nous plonger dans l’envoûtante atmosphère des temps anciens”.

• Il définit ensuite  les contours de son vaste projet en annonçant que  quatre autres brochures seront nécessaires pour épuiser le sujet, “le tout sans aucune prétention littéraire”. Et de préciser aux lecteurs: “Nous souhaiterions seulement que vous feuilletiez ces pages sans déplaisir et que notre bonne volonté vous dispose à l’indulgence”. Dans ce qui doit être une première partie intitulée Quelques types parmi beaucoup d’autres, il décline son récit en une dizaine de textes courts parmi lesquels Réflexions sur le seuil, Avoir le dernier mot, Ramasse ta monnaie ou encore Vive l’empereur !, Le pélican, En règle, avant de terminer par un Au revoir. La brochure est proposée au prix de cinquante francs (23).

img130 - Copie• Dans le même opus, il annonce   la mise sous presse de La colère des forts, un autre  recueil de  nouvelles qui devrait être tiré à 250 exemplaires. Il précise  qu’il aurait pu l’intituler Les contes du dimanche. L’ouvrage ne sortira qu’à la fin de 1955, dans la collection des Lectures imprévues, “une nouvelle formule de l’édition” que Gaston Depresle définit ainsi : “Des histoires de chez nous, mais qui pourraient être d’ailleurs, et que l’auteur a écrites sans se soucier de plaire ou de déplaire”. Dans le n° 6 des Lectures bourbonnaises  (août 1955), il précise que “ cette collection justifiera son titre en ne présentant que des œuvres ayant été refusées par plusieurs grandes firmes d’édition ou ayant pour auteurs des écrivains autodidactes”. Il s’agit en fait de nouvelles qu’il avait rédigées pour le journal l’Espoir de Saint-Étienne : “J’ai publié ces contes villageois au lendemain de la libération, surtout pour me rappeler au souvenir de mes amis, en me disant aussi que des lecteurs inconnus s’y intéresseraient peut-être”. II formule toutefois un regret : “J’aurais voulu remettre sérieusement ces pages sur le métier, avant de les réunir, mais j’ai dû me contenter, faute de temps, de les revoir en composant. Plus tard, si j’en trouve le loisir, je les repasserai au crible en vue d’une édition définitive”. Pour Ulysse Moncorger, un brin nostalgique, ces nouvelles  “montrent une connaissance parfaite de ce milieu rural tel qu’il était à cette époque à la fois proche et lointaine que beaucoup d’entre nous ont connue et qui n’était pas sans un certain charme(24).   D’autres publications “en préparation” ne se concrétiseront jamais. Il en est ainsi de Les pieds dans l’herbe de Joseph Voisin et de Les C.E.P.E, une étonnante anthologie d’écrivains ne possédant que le certificat d’études primaires, préparée par Gaston Depresle assisté de René Bonnet.

LA PUBLICATION DES LECTURES BOURBONNAISESimg138

UN ABOUTISSEMENT

• À partir de  1953, la revue Les lectures bourbonnaises absorbe l’essentiel du temps de Gaston Depresle, qui a toujours en charge le secrétariat de mairie  de Saint-Marcel-en-Murat. C’est en octobre  que le tout premier numéro sort, imprimé  cette fois-ci sur la presse typographique qu’il a acquise. La publication est annoncée comme bimestrielle,  un rythme que Gaston Depresle aura  de plus en plus de  mal à tenir  au fil du temps, jusqu’à la disparition de la revue, en novembre  1958.

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Gaston Depresle (1955)

• La première série, qui va de décembre 1953 à août 1955, compte 6 numéros pour un total de 162 pages, la pagination étant assurée en continue. La deuxième et ultime série, publiée entre fin octobre 1955 et novembre 1958 ne comptera que 4 numéros pour 112 pages. Entre le n°2 (décembre 1956) et le n°3 (novembre 1957) de cette série, il s’écoule presque un an. Les abonnés devront à nouveau patienter  un an avant de recevoir le n° 4, qui porte par erreur la date de novembre…1598, au lieu de 1958. Pourtant à cette date, rien ne laisse présager qu’il s’agit de la dernière livraison, aucun article n’évoquant  l’éventualité d’une cessation de parution. Au contraire, l’article consacré à  l’astronome Antoine Brun se termine par un “à suivre”, tandis que sous une liste de publications reçues figure la formule “Nous vous présenterons ces publications dans nos prochains numéros”. Enfin, en deuxième page, est annoncée la publication dans les prochains numéros des “Souvenirs inédits de M. Frantz Brunet” et celle des poèmes inédits de Mme Renée Pradillon.

img133• Tous ces retards de parution ont une explication. C’est que Gaston Depresle doit tout  assumer et tout seul, que ce soit la rédaction des articles, leur composition, leur tirage, avant le pliage et l’agrafage de la trentaine de pages, ainsi que  l’expédition de la revue, sans oublier la gestion des abonnés et la recherche de ressources complémentaires, via quelques annonces. Tout ceci  en plus de son travail de secrétaire de mairie. On mesure encore mieux l’ampleur de la tâche, quand on sait que Gaston Depresle a réussi à fidéliser entre 600 et 800 lecteurs qui ont souscrit un abonnement fixé à 300 francs (25). Le  montant ne variera pas au fil des années, Gaston Depresle garantissant même l’envoi de 6 numéros à tout souscripteur. Ajoutons que, dans le même temps, il imprime aussi   L’Éveil, le petit journal des enfants de l’école de Saint-Marcel-en-Murat.

img133 - Copie• Quelquefois, les retards sont liés  à des problèmes personnels ou matériels dont il tient ses lecteurs informés: “Je vous prie d’excuser le retard avec lequel vous parvient ce numéro, écrit-il en mars 1954. Une rougeole m’a tenu inactif durant plus de trois semaines. Aussitôt remis, il m’a fallu courir au plus pressé, les Lectures n’étant qu’une œuvre de loisir”. Et d’en appeler aux lecteurs pour qu’ils lui conservent leur confiance. En tête du n°6, en avril 1955, il prévient que le premier numéro de la nouvelle série ne paraîtra pas avant octobre : “Ce délai nous est indispensable pour nous réapprovisionner en papier et en encre d’imprimerie et pour nous réorganiser”. Pour combler partiellement ce hiatus, il annonce à ses lecteurs  la publication d’un « numéro de propagande sur huit pages (…) qui (les) informera de (ses) projets et (leur) donnera la table des matières de la première série”.

• Cette table, qui sortira  effectivement en septembre 1955, vise au delà de son aspect pratique à recruter de nouveaux lecteurs : “Nous avons pensé, écrit-il,  que la lecture de cette table intéresserait peut-être quelques personnes qui n’ont pas encore eu l’occasion de prendre contact avec notre revue et que cela nous vaudrait  de nouvelles adhésions”. Quant à ceux qui le soupçonnerait d’être en train de se muer en “ marchand de papier”, il s’en défend par avance  en écrivant : “Plus notre audience s’élargira, mieux nous pourrons servir les lettres bourbonnaises”. Il se veut enfin rassurant, à destination de ceux qui  verraient dans cette périodicité chaotique la chronique d’une mort annoncée de la revue : “Les Lectures bourbonnaises continueront de paraître sur 28 pages, sous couverture en couleur et elles resteront fidèles à leur programme”.

img134• Heureusement, le succès a été au rendez-vous dès les premiers numéros : “ Nous sommes heureux de vous annoncer que ce programme a déjà reçu l’approbation de nombreux Bourbonnais, puisque le premier numéro de notre revue va être épuisé, que nous avons des abonnements pour couvrir nos frais et que, presque chaque courrier nous apporte des encouragements”, écrit Gaston Depresle à ses lecteurs, en tête du n° 2 (décembre 1953). Pas question donc de dévier du programme initial qu’il s’est fixé : “ Inventorier consciencieusement les richesses intellectuelles de notre département. Rien ne sera changé à ce programme, peut-être trop ambitieux, mais que nous nous efforcerons, en tous les cas, de réaliser de notre mieux et en toute objectivité”.  Deux ans plus tard, alors qu’il s’apprête à clore  la première série, il pourra annoncer, sans doute avec un brin de fierté,  que les cinq premiers numéros sont désormais épuisés.

ARCHITECTURE D’UN REVUE

•  Sous leur  couverture uniformément jaune, les Lectures bourbonnaises  comportent une trentaine de pages, chaque numéro mettant à l’honneur un auteur bourbonnais, qu’il soit confirmé, méritant  ou simplement prometteur : chaque biographie, plus ou moins développée, illustrée ou non d’un portrait, est suivie d’une bibliographie et  de “pages choisies”. Dans le n° 1, c’est Françoise des Ligneris qui inaugure la rubrique. Dans les quelques lignes de présentation de son projet, l’ex-tailleur d’habit fixe les contours de la revue : “Les lectures bourbonnaises sont exclusivement littéraires. Elles se proposent d’inventorier consciencieusement les richesses intellectuelles de notre province. Leur collection constituera une manière de vaste anthologie dans laquelle, aux côtés des écrivains, des artistes, des érudits, tous les Bourbonnais qui se sont distingués d’une façon ou d’une autre, tous les “hors série” méritants prendront place.  Que les écrivains et les artistes n’hésitent pas  à nous faire part de leurs projets et qu’ils nous excusent de ne pas leur écrire pour solliciter leur collaboration”.

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Gaston Depresle…par lui-même

• Ulysse Moncorger considère que ces Lectures bourbonnaises contribueront effectivement à donner “le reflet de la vie littéraire de notre département, mais d’une façon jeune, originale, vivante, mettant en évidence à chaque numéro un jeune auteur qui semble promis à un bel avenir (…).La revue est  joliment présentée, d’une typographie impeccable, illustrée de photos et de dessins(26).  Au fil des numéros, sont mis à l’honneur, outre Françoise des Ligneris (octobre 1953), Jean-Charles Varennes (décembre 1953),  Joseph Voisin (mars 1954) Albert Fleury (septembre 1954) Frantz Brunet et l’abbé Paul Moret (décembre 1956),  Gaston Charpentier et Jean Decois (novembre 1957),  Jean Émile Guillaumin et Eugène Sinturel (novembre 1958). Edmond Genest, Henri Laville, Marcel Martinet,  ou Lily Jean-Javal y trouveront aussi leur place, tout comme Gaston Depresle lui-même (27).

img136 - Copie• Bien que  la tâche se révèle écrasante pour un homme seul, cette brève période correspond à un véritable instant de bonheur dans la vie de celui qui a vu son rêve devenir réalité. Mais, déjà, il voit plus loin : “Après le succès des six numéros de la première série de ses Lectures bourbonnaises, Gaston Depresle  se proposa de donner un nouveau développement à sa remarquable revue littéraire et de se délasser en cultivant son jardin”, écrit Gaston Pradillon (28).  C’est ainsi que dans le n° 2 de la 2ème série, daté de décembre 1956, il dévoile un nouveau projet : “Sous les auspices des Lectures bourbonnaises, des conférences vont être organisées dans les principales villes de notre département. Ces conférences auront pour but de faire connaître d’un plus large public les écrivains et les artistes bourbonnais et de faciliter la vente de leurs œuvres. Pourront prendre la parole, à ces conférences, toutes les personnes qui en exprimeront le désir”.

img137• Conscient de la charge supplémentaire de travail induite, il en délègue l’organisation à trois fidèles de la première heure : les Montluçonnais Jean-Charles Varennes,  André Servant et Pierre Valignat. Les deux premiers ont déjà à leur actif plusieurs romans dont les Lectures bourbonnaises ont rendu compte.  Le troisième, “un de nos meilleurs poètes bourbonnais” selon Gaston Depresle,  vient justement de publier un recueil de poésies, La vie commence à cinquante ans. Dores et déjà, la date de la première de ces conférences est fixée au 25 janvier 1957. Il est même prévu de publier un numéro spécial des Lectures bourbonnaises. Tiré à 1 500 exemplaires, soit le double du tirage habituel, il sera “consacré aux livres que nous estimons pouvoir recommander”, annonce Gaston Depresle, et distribué gratuitement dans  tout le département,  Un autre numéro spécial, tiré cette fois-ci à 2 000 exemplaires, est  prévu pour octobre 1957.

• Cette année 1957 doit être marquée par une autre initiative dévoilée dans le même numéro de décembre 1956 : fidèle au programme initial de la revue “ d’être un lien entre tous les littéraires du département (…), de leur faciliter les échanges utiles (…) leur procurer des occasions de mieux se connaître, de s’estimer davantage” (…) mais “en dehors de tout parti politique”, Gaston Depresle annonce  l’organisation à Saint-Marcel-en-Murat, le 2 juin 1957, d’un grand banquet. Il s’agit pour lui  de réunir “les collaborateurs, les amis et lecteurs” mais aussi ” toutes les personnes qui s’intéressent à la vie intellectuelle de notre province”: Selon Ulysse Moncorger, “Le 2 juin 1957 sera une grande et bonne journée pour Gaston et Adrienne Depresle. Réunion de 60 convives  au banquet des abonnés de Lectures Bourbonnaises sous la présidence de Joseph Voisin et de M. Guillaumin”. (29)

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• D’un numéro à l’autre, la trame des Lectures bourbonnaises se dessine peu à peu. En dehors de la rubrique récurrente Les  Lectures bourbonnaises vous présentent…, évoquée plus haut, Gaston Depresle ouvre aussi ponctuellement ses colonnes à des articles  dédiés à ceux qu’il considère comme de grands auteurs.  Dans les numéros de  décembre 1956 et de novembre 1957, Jean Jouannard, ancien collaborateur d’Abel Gance et journaliste au quotidien montluçonnais Centre Matin,  propose un long essai de géographie littéraire, intitulé  “Pèlerinage au pays du Grand Meaulne”. Hubert Gaulier quant à lui,  fait le récit d’une “Visite à la tombe de Charles-Louis Philippe” (novembre 1957).

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• La revue accorde une place importante aux poètes, avec parfois une notice biographique et bibliographique accompagnant leurs œuvres, comme celle consacrée à Marcel Martinet : “Il nous laisse une œuvre  qui sans avoir obtenu de grosses ventes en librairie (…) nous rappelle Alfred de Vigny”.  Edmond Genest, “Fils d’un maçon tailleur de pierre et petit-fils de paysans », devenu instituteur et auteur de plusieurs recueils de poésie y trouve aussi sa place. Il est “par excellence le chantre de notre terre et mérite d’élargir son public”. L’abbé Paul Moret a droit à un traitement particulier avec la publication de 4 poèmes dans le numéro de décembre 1956, tout comme  Eugène Sinturel dans l’ultime numéro de  novembre 1958. Gaston Depresle entend aussi être un découvreur en présentant les écrits de jeunes poètes, comme ceux de  Roger Daubannet, confiseur à Moulins, ou d’Alphonse Charret instituteur et secrétaire de mairie au Theil.

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L’ultime numéro des Lectures bourbonnaises

• Une rubrique intitulée Hors série brosse le portrait  de personnages qu’ils soient  originaux comme Louis Suchal ou qu’ils honorent leur province par leurs professions et leurs actions. C’est le cas du docteur Antoine Lacroix auquel 8 pages, accompagnées de photographies, sont consacrées entre les n°3 et 4, sous la signature de François Dulogis. Le docteur Lacroix y ajoutera lui-même Quelques souvenirs, en décembre 1956. Toutefois, le lecteur restera sur sa faim, car les Lectures bourbonnaises annoncent que   “la suite de la publication sera ajournée sine die”, sans que les lecteurs  sachent exactement pourquoi.  Autres Bourbonnais distingués dans cette rubrique, le chanoine Hubert Bourdot, dans les n°5, 6 et 7 et Gilbert Tourret (Nouvelle série – n°2 et 3).  Dans l’ultime livraison,  Frantz Brunet débute le portrait de l’astronome Antoine Brun. Il arrive aussi que les Lectures bourbonnaises publient des extraits de livres à paraître comme celui de Gaston Pradillon, qui “a un roman sur le chantier : Six mois de C.O.M.A”, après avoir “publié plus d’une centaine de nouvelles dans les journaux de la région.” À plusieurs reprises Jean Simon, écrivain et poète, vient faire part de ses Réflexions bourbonnaises, tandis que Lucien Gachon rédige une longue étude sur L’Auvergne et le Bourbonnais qui occupe 9 page dans le dernier numéro. Dans une lettre à Henri Pourrat datée du 19 septembre 1957, ce dernier évoque les circonstances de leur rencontre récente: “J’ai fait connaissance, dimanche, de l’animateur (des Lectures bourbonnaises), un brave cordonnier – imprimeur (sic). La connaissance s’est faite à Vichy, à une réunion littéraire”…

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Une scène de la vie à Néris-les-Bains, à l’époque gallo romaine, par Jacques Gaulme (Lectures bourbonnaises – n°6 – août 1955

• Les artistes ne sont pas  absents des colonnes de la revue. Les vivants, d’abord, dont on reproduit bois gravés et linogravures : Jean Bougret, Pierre Valignat, Jacques Gaulme…Les disparus ensuite avec des hommages comme celui rendu  au sculpteur Pierre Fournier des Corats.

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Bois gravé de Pierre Valignat (à gauche) et linogravue de Jean Bougret (à droite)

• Une place importante est aussi réservée à la critique des livres reçus. Elle peut aller de quelques lignes jusqu’à une analyse plus approfondie,  toujours sous la plume de Gaston Depresle. On trouve aussi des pages réservées aux livres à paraître ou en souscription. Sous le titre Les deux pages des amis du livre bourbonnais, les abonnés peuvent signaler gratuitement quels livres ils recherchent ou quels livres ils souhaitent vendre. Là encore, c’est Gaston Depresle qui joue les entremetteurs bénévoles, assumant le secrétariat  et la mise en contact.

img141• Toujours dans le même souci d’être un lien entre les auteurs et leur public, les journaux et les revues reçus par Gaston Depresle bénéficient  d’un accueil bienveillant : c’est le cas des Bourbonnais de Paris, de la Revue scientifique du Bourbonnais, de Notre Bourbonnais, bulletin de la société bourbonnaise des études locales qui puise ses lecteurs dans le viviers des instituteurs. Même accueil bienveillant pour le  Bulletin de la vénérable Société d’émulation du Bourbonnais. On y trouve aussi des échos du Bulletin des amis de Charles-Louis Philippe et du Bulletin des Amis de la forêt de Tronçais. Joseph Voisin, quant à lui,  apporte quelques échos de la vie intellectuelle bourbonnaise.  Dans leur avant dernier  numéro, les Lectures bourbonnaises présentent les Cahiers bourbonnais, un  tout nouveau trimestriel culturel que vient de lancer, depuis Moulins, Marcel Génermont. Ce dernier  est décrit comme “un serviteur dévoué des lettres et des Arts (qui) depuis de nombreuses années rêvait d’une revue littéraire”. Quelquefois, au hasard de la découverte d’un documents d’archives, En feuilletant le passé propose des écrits étonnants comme cette lettre adressée  le 1er août 1850, à Baptiste Pourrat, maréchal-ferrant à Voussac, par l’abbé  Hippolyte de Montlouis, ancien curé de Voussac, détenu politique à la prison des Madelonnettes

GASTON DEPRESLE

VAINCU PAR UN MAL IMPLACABLE

• À l’aube des années 1960, même si la poursuite de la publication des Lectures bourbonnaises semble de plus en plus incertaine, Gaston Depresle pourrait aspirer à une retraite heureuse, au côté de son épouse.  Le couple  a  quitté Saint-Marcel-en-Murat pour se fixer à Saulzet, au lieudit Les Creux, à quelques kilomètres de Gannat. C’est là qu’ils ont acquis une ancienne ferme. Pourtant, le sort va en décider autrement. C’est à ce moment que l’écrivain et imprimeur ressent les premières attaques d’un mal implacable. Le contact permanent avec le plomb des compositions et l’encre d’imprimerie, le pliage à la main, les doigts qu’il fallait fréquemment humecter pour séparer les feuilles imprimées n’y sont certainement pas pour rien.

SAULZET
Saulzet, dernière résidence du couple Depresle

• Dans un premier temps, “seule madame Depresle sait la nature du mal qui mine son compagnon. Lui espère pouvoir se remettre à imprimer, la matière ne lui faisant pas défaut”, note Ulysse Moncorger.  Un cancer de la langue et de la gorge est diagnostiqué au début de 1961 : “Nous pleurons avec Mounette (l’épouse de Gaston Depresle),  lorsqu’elle nous apprend le départ de Gaston pour Villejuif”, écrit Gaston Pradillon (30). Nous tentons de la consoler, en lui parlant de notre ami commun, le docteur Antoine Lacroix (31), maire du Kremlin-Bicêtre, dont la recommandation auprès de ses confrères cancérologues doit être un sûr garant d’un examen ou d’une intervention efficaces, et nous repartons navrés”.  Le diagnostic est plutôt encourageant et, de retour à Saulzet, il fourmille de projets. À Gaston Pradillon qui vient lui rendre visite, “il expose ses projets d’imprimeur-éditeur, les visites qu’il attend de ses amis de Saint-Marcel, les annotations qu’il a commencées sur le dictionnaire du patois bourbonnais, de ses relations avec Frantz Brunet, et de tas de choses dont il veut meubler ses loisirs”, se souvenait Gaston Pradillon qui est reparti plutôt rassuré de cette visite. (32)

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Antoine Lacroix

• Ce n’est pourtant qu’un bref répit et le mal continue son travail sournois, au point de  nécessiter un retour à Villejuif. La suite est contée par Gaston Pradillon : “L’interne qui l’a reçu en l’absence du professeur ayant procédé au premier examen n’a pas pensé à protéger l’arrière-gorge contre les radiations et notre cher malade revient avec  les glandes salivaires brûlées et presque aphone. Il est condamné à remplacer la salive par des gorgées d’eau  et à écrire les choses importantes qu’il veut nous dire. Mais il a un courage admirable et s’efforce de persuader son épouse qu’il pourra retrouver la parole dans quelques semaines”. Ce sera désormais le quotidien des sept dernières années de sa vie. Ne se faisant plus guère d’illusion sur l’évolution de la maladie, il s’isole de plus en plus dans les derniers mois de sa vie, qu’il passe le plus souvent cloué au lit, préférant ne voir personne.

TOMBE DES DEPRESLE
La tombe de Gaston et Adrienne Depresle au cimetière de Saint-Marcel-en-Murat (photo: Christian Laurent)

• Gaston Depresle est emporté par le cancer le 4 février  1968. Ses obsèques civiles sont célébrées deux jours plus tard, au cimetière de Saint-Marcel-en-Murat, en présence d’une “foule nombreuse qui, en dépit d’une température rigoureuse, (est) venue dire  un dernier adieu à celui qui fut  un passionné de notre vie littéraire bourbonnaise”, écrit Ulysse Moncorger, ajoutant qu’il était “un autodidacte de génie digne de figurer dans la longue galerie de nos ducs spirituels”. Dans l’assistance se trouve Georges Rougeron, sénateur maire de Commentry et président du conseil général qui lui rendra hommage, quelques semaines plus tard,  dans le Bulletin du département de l’Allier. Gaston Pradillon, quant à lui,  s’exprimera au nom de tous les amis de Gaston Depresle.

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L’hommage de Georges Rougeron publié dans le Bulletin du département de l’Allier (n°225 – février 1968)

• Désormais seule dans la grande maison de Saulzet,  Adrienne Depresle “ne vivra plus que dans le souvenir de son cher disparu”, faisant des lieux  une sorte de musée vivant où “chaque chose, chaque objet a(vait) pour elle une âme et lui apport(ait) le réconfort d’une présence obsédante de celui qui l’a(vait) quittée(33) C’est justement pour perpétuer son souvenir qu’elle créera en 1971 un prix Gaston Depresle destiné à distinguer un jeune écrivain bourbonnais, à charge pour l’Académie du Vernet de le décerner chaque année.  (34) En octobre 1983, Adrienne Depresle est contrainte par son état de santé de quitter sa maison de Saulzet et elle  entre à la maison de retraite de Randan : “On mesure son déchirement en abandonnant tout et elle vit désormais désabusée dans l’attente du moment où elle rejoindra son cher disparu”. Elle décède à son tour, le 26 juillet 1985, rejoignant son époux dans le petit cimetière de Saint-Marcel-en-Murat.

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◘ NOTES

(1) Gaston Depresle : Quelques légendes, édition hors commerce publiée par l’auteur (Saint-Marcel-en-Murat, 1953), extrait de  Sous le signe de l’amour.

(2) Témoignage cité par Ulysse Moncorger dans Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (Les Cahiers bourbonnais, n° 114 – 4ème  trimestre 1985).

(3) Ulysse Moncorger : Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(4) Gaston Depresle : Histoire de chapeauter quelques pages,  dans Les lectures bourbonnaises vous présentent leur fondateur (Les lectures bourbonnaises, n° 6 – août 1955).

(5) Ernest Jean Semonsut, alias Montusès (1880-1927), issu d’un milieu modeste, avait commencé très jeune  à écrire des poèmes. Reçu en 1896 au concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs de Moulins, il est nommé, dès sa sortie, à Durdat-Larequille puis à Doyet. Sa santé l’oblige à cesser d’enseigner en février 1901 et il accepte un poste de bibliothécaire créé par la ville de Montluçon. Il publie, en mai 1901, son premier article dans Le Petit Indépendant de l’Allier, puis dans Le Socialiste de l’Allier, adoptant alors le  pseudonyme de Montusès  Dès 1901, il adhère au Parti ouvrier français et, par son activité militante, il se rapproche de  la famille Thivrier, à Commentry. En 1904, il se marie avec  Angéline Thivrier (1879-1973), fille de Christophe Thivrier, Christou ou le député  en blouse.  La même année, ses opinions politiques lui valent d’être révoqué de son emploi de bibliothécaire par la nouvelle municipalité montluçonnaise  de droite. Il devient alors le rédacteur en chef du Combat social, né de la fusion du Socialiste de l’Allier et du Tocsin populaire, à la suite de la fondation du Parti socialiste de France. De 1908 à 1912, il est adjoint au maire de Montluçon. Ce dernier, Paul Constans, le  charge de l’instruction publique, De 1919 à 1925, il siège au conseil général de l’Allier, en tant qu’élu du canton de Montluçon-Est. En 1912, il signe une Histoire de Montluçon, suivie en 1913 d’une biographie de Christophe Thivrier, préfacée par Jean Jaurès. Après le congrès de Tours, il adhère au parti communiste et il dirige le journal Le travail, Organe du parti communiste de l’Allier, tandis que Le Combat social est devenu l’hebdomadaire de la SFIO. Parallèlement à sa carrière politique, Montusès a mené une carrière d’écrivain, entre poésie et romans. Son œuvre littéraire comprend des textes à caractère politique, une biographie, deux romans et des recueils de poésie. On comprend donc que Gaston Depresle ait éprouvé le besoin de le consulter.  Montusès meurt en 1927 des suites  d’un accident anesthésique lors d’une simple intervention de chirurgie dentaire. Il est inhumé à Montluçon, au cimetière de l’Est. Pour en savoir plus sur l’homme et sur son œuvre, on pourra consulter avec profit le site des Amis d’Ernest Montusès, ainsi que la biographie que lui a consacrée André Sérézat, Ernest Montusès (éd. Créer, 1987).

(6) Christophe Thivrier (1841-1895), élu maire de Commentry le 6 juin 1882, devint le premier maire socialiste au monde. Réélu  en 1888, il  abandonna son poste après sa victoire aux élections législatives en 1889, sous l’étiquette du Parti ouvrier. Il fit son entrée à la chambre des députés, vêtu de la blouse bleue, la “biaude”,  des ouvriers bourbonnais, respectant ainsi la promesse qu’il avait faite  devant les mineurs de Bézenet. Il  refusa de se plier aux injonctions des huissiers, lui demandant de poser sa blouse, rétorquant au passage  qu’il le ferait quant l’abbé Lemire poserait sa soutane et quand le général de Galliffet   quitterait son uniforme. L’incident fut abondamment repris dans la presse nationale. Le 27 janvier 1894, il fut également expulsé de l’assemblée pour avoir crié à trois reprises  “Vive la Commune !”.

(7) Cité par Ulysse Moncorger dans  Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(8) Gaston Depresle, Texte inédit daté de 1933, cité par Ulysse Moncorger.

(9) Pierre Brizon (1878-1923), professeur de l’enseignement supérieur, a été député socialiste de l’Allier de 1910 à 1919. Libre-penseur et pacifiste internationaliste, il soutient les luttes ouvrières et publie de nombreux articles dans des journaux socialistes. À la chambre des députés, il prend à plusieurs reprises la défense des métayers. Après avoir basculé dans l’Union sacrée en 1914, comme la quasi-totalité des parlementaires de la SFIO, sa position évolue, alors que le conflit s’enlise dans la durée. En 1916, il participe à la Conférence de Kiental, organisée par l’Internationale socialiste et, en juin de la même année, avec deux autres députés, il refuse le vote des crédits de guerre. Battu aux élections de 1919 qui voient le triomphe de la Droite, avec la chambre bleue horizon, il ne participe pas au congrès de Tours qui voit la naissance du Parti communiste français. Pierre Brizon choisit d’y  adhérer  mais il en est  exclu en octobre 1922. Il rejoint alors l’éphémère Parti socialiste communiste dans lequel il retrouve  d’autres exclus du PC. Il s’est aussi investi dans la presse avec la création de La Vague en janvier 1918 puis du Bloc des rouges. Sur Pierre Brizon, on pourra se reporter à la biographie que lui a consacrée Pierre Roy : Pierre Brizon pacifiste – Député socialiste de l’Allier, pèlerin de Kienthal (éd.  Créer, 2004).

(10) Ulysse Moncorger : Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(11) Gaston Pradillon : Gaston Depresle, mon ami (Les Cahiers bourbonnais,  n° 119 – 1987)

(12) Michel Ragon, Histoire de la littérature prolétarienne de langue française (éditions Albin Michel, 1974).

(13) Ulysse Moncorger : Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(14) Jean Prugnot : Gaston Depresle (Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français- Période 1914-1940 –Tome XXV–éd. de l’Atelier).

(15) Jean-Marcel Périn, est né à Reims en 1885. Ses parent, hôteliers, s’étaient installés  à Vichy. Militant à la SFIO, il était devenu administrateur de l’hebdomadaire Le travail, dès 1910, puis secrétaire de rédaction de Vichy Socialiste en 1913-1914. Il fut aussi secrétaire de la section de Vichy de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen. Après la première guerre mondiale, installé à Clermont-Ferrand, il fit partie de la première équipe du quotidien La Montagne, fondé par Alexandre Varennes, devenant secrétaire de rédaction. Il rédigea alors de nombreux articles durant ces deux premières années, aussi bien d’ordre politique,  social  que littéraire, tout en signant un grand nombre d’éditoriaux. Il fut par ailleurs président de l’Association républicaine des anciens combattants du Puy-de-Dôme. Exclu de la SFIO en 1922, il est décédé à Paris en 1955, après avoir exercé le métier de traducteur.

(16) Gaston Depresle : Histoire de chapeauter quelques pages,  dans Les lectures bourbonnaises vous présentent leur fondateur (article cité).

(17) Gaston Depresle : Histoire de chapeauter quelques pages,  dans Les lectures bourbonnaises vous présentent leur fondateur (article cité).

(18) Gaston Pradillon : Gaston Depresle, mon ami (Les Cahiers bourbonnais,  n° 119 – 1987)

(19) Gaston Pradillon : Gaston Depresle, mon ami (article cité)

(20) Gaston Depresle : Histoire de chapeauter quelques pages,  dans Les lectures bourbonnaises vous présentent leur fondateur (article cité)

(21) Ulysse Moncorger : Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(22) Albert Combémorel était à la fois secrétaire de mairie de la commune de Blomard et…sacristain.

(23) Selon les convertisseurs disponibles sur Internet, 50 francs de 1953 équivaudraient à 1,05 € de 2018.

(24) Ulysse Moncorger : Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(25) Une somme qui équivaudrait  à environ 6,50 € de 2018, soit un tarif bien modeste, ce qui montre le profond désintéressement de Gaston Depresle.

(26) Ulysse Moncorger : Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(27) Les Lectures bourbonnaises présentent leur fondateur (n°6 – août 1955).

(28) Gaston Pradillon : Gaston Depresle, mon ami (article cité)

(29) Ulysse Moncorger : Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(30) Gaston Pradillon : Gaston Depresle, mon ami (article cité)

(31) Fils d’un ouvrier mineur, né en 1901 à Saint-Hilaire (Allier), Antoine Lacroix avait d’abord envisagé une carrière dans l’enseignement et il était entré à l’École normale d’instituteurs de Moulins. Titulaire du bac en 1921, il s’orienta ensuite vers la médecine, poursuivant ses études à Clermont-Ferrand puis Paris. Il fut interne à l’asile des convalescents de Saint-Maurice (Val-de-Marne) de 1923 à 1924 puis interne en chirurgie à l’hospice Paul-Brousse de Villejuif (1924-1927) et chirurgien à la maison de santé Paris-Sud à partir de 1930 où  il exerça jusqu’en 1972, année où il prit sa retraite pour raison de santé. Militant socialiste au sein de la SFIO, il participa à la résistance. Après guerre il fut maire du Kremlin-Bicêtre de 1947 à 1983, conseiller général de la seine de 1945 à 1960  et député de 1958 à 1952. Gaston Depresle était un ami proche d’Antoine Lacroix auquel Les Lectures bourbonnaises avaient consacré plusieurs articles. Il est décédé le 12 avril 1983 au Kremlin-Bicêtre.

(32) Gaston Pradillon : Gaston Depresle, mon ami (article cité)

(33) Ulysse Moncorger : Gaston Depresle (1898-1968), bon serviteur des lettres bourbonnaises (article cité).

(34) Le prix Gaston Depresle a disparu, semble-t-il, après le décès d’Adrienne Depresle.

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◘ GASTON DEPRESLE (1898-1968)

POINTS DE REPÈRE…

1898 (janvier) 

Naissance de Gaston Depresle, au Theil.

1905-1910

Fréquente l’école primaire du Theil et obtient le certificat d’études primaire

1910-1914 

Apprenti tailleur d’habits auprès de son père.

1914-1918

Journalier agricole. Rédige ses premiers poèmes soumis à Ernest Montusès.

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1919-1924 

Redevient tailleur d’habit. Diplômé de l’école de coupe Napolitano à Paris en 1924. Prépare l’Anthologie  des écrivains ouvriers.

1924

Décide de se consacrer au  journalisme (Le Progrès, Le Petit Bourbonnais)

1925

Publication de L’anthologie des écrivains ouvriers

1926

Mariage avec Marie Gilberte Adrienne Besson, institutrice. Installation en Haute-Loire

1926-1929

Collabore au journal  le Rappel de la Haute-Loire et à divers autres journaux

1929-1949

Retour en Bourbonnais, à Saint-Marcel-en-Murat, ou le couple réside jusqu’en 1961. Redevient tailleur d’habits tout en continuant à écrire

1949

Secrétaire de mairie de Saint-Marcel-en-Murat.

1953-1958

Publication des Lectures bourbonnaises (10 numéros).

img128 - Copie

1961

Gaston Depresle est atteint d’un cancer. Le couple quitte Saint-Marcel-en-Murat pour s’installer à Saulzet, près de Gannat.

1968 (février)

Décès de Gaston Depresle: obsèques civiles et inhumation à Saint-Marcel-en-Murat.

1971

Création par Adrienne Depresle d’un prix littéraire Gaston Depresle.

1985

Décès d’Adrienne Depresle et inhumation au côté de son époux, à Saint-Marcel -en-Murat.

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◘ ŒUVRES DE GASTON DEPRESLE 

• Publiées : Mes glanes, poésies (1915-1916) — Les Rois déchus, poésies (1917-1919) — Anthologie des Écrivains ouvriers, préface d’Henri Barbusse, éd.  Aujourd’hui (1925) — Les Heures ardentes du village, roman, publié en feuilleton dans Le Rappel de la Haute-Loire (1928-1929) — L’héritier (1929)  – Quelques légendes, plaquette, éd. de l’auteur (1953) — Chez les souvenirs, plaquette, écrite en collaboration avec Albert Combémorel, éd. Gaston Depresle (1953) — La Colère des forts, nouvelles (éd. des Lectures Bourbonnaises (1956).

• Inédites Les Écrivains bourbonnais, 2 volumes annoncés. — En promenant ma tente (le long du Cher). — Monsieur Beauperoil, confidences d’un ancien boucher. — Le père Pijote, roman. — M. Piquenchagne, roman.

Gaston Depresle se proposait, en outre, de réunir ses contes et nouvelles en huit recueils. Il fut également l’auteur de romans policiers.

• Journaux et Revues dans lesquels il a publié des articlesLe Combat social. — Le Progrès de l’Allier. — Le Petit Bourbonnais. — Le Rappel de la Haute-Loire. — Le Journal du Peuple. — La Tribune républicaine. — Le Quotidien. — Monde. — La Montagne. — Centre-Matin – L’Espoir. — La Presqu’île. — Rayons (Vichy). — Les Lectures bourbonnaises. — Police-magazine.

• Sources (en dehors des articles cités et figurant dans les notes): Léon Couturier, Le Combat social, 16 août 1931. — Marcel Guillaumin, La Tribune et l’Espoir, édition de Vichy, 19 juin 1957. — Joseph Voisin, La Tribune républicaine, 1er mars 1968. — Ulysse Moncorger, La Montagne, 17 janvier 1972. — Correspondance d’Adrienne Depresle.

Contacts: allier-infos@sfr.fr

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