L’ACTUALITÉ DES AUTEURS, DES ÉDITEURS, DES LIBRAIRES ET DES MÉDIAS : N° 17 (JANVIER – FÉVRIER 2019)

Cette rubrique faisant  l’objet d’additifs et de mises à jour, du 1er janvier au 28 février 2019, en fonction de l’actualité, n’hésitez pas à y revenir régulièrement pour bénéficier pleinement de ces  compléments d’information.

Pour nous contacter: allier-infos@sfr.fr

MISE À JOUR:  20  JANVIER 2019

 

L’ACTU DES AUTEURS

• GEORGE SAND 

2018,  ANNÉE RICHE EN PUBLICATIONS

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Nohant: l’église et le château de George Sand

• L’année 2018 sera sans doute à marquer d’une pierre blanche pour l’actualité de  George Sand. Sur les douze derniers mois, Vu du Bourbonnais a pu répertorier pas moins d’une trentaine de titres de l’écrivaine ou la concernant . Outre la réédition de ses Œuvres complètes, théâtrale et romanesque, poursuivie par les éditions Honoré Champion, ainsi que celle de sa correspondance intégrale dans l’édition établie par Georges Lubin qui y consacra sa vie (éditions Garnier Flammarion), plusieurs auteurs ont exploré telle ou telle facette de la “bonne dame de Nohant”.

GsdMS12bMarianne et Gilles Miclon invitent d’abord  à partir En voyage avec George Sand (La Bouinotte éditions), tandis que l’historienne Michelle Perrot offre une magistrale  découverte de  George Sand à Nohant, une maison d’artiste (éditions du Seuil), un ouvrage unanimement salué par la critique. Plus brefs, mais non moins intéressants, sont  George Sand, l’insoumise de Martine Reid (Le Monde éditions) et George Sand, le parti du peuple de l’ancien député maire de Bourges Jean Claude Sandrier, réédité par La Bouinotte éditions. Quant à Joseph Vébret, il s’est penché sur les passions sandiennes, à travers  George Sand, Musset et les autres.  Dans les coulisses de l’une des plus célèbres passions de l’histoire littéraire  (éditions Marivole).

Z Sandrier nouveau• Dernier ouvrage en date dans ce flot éditorial, celui de Danielle Bahiaoui. Sous le titre Tu aimes trop la littérature, elle te tuera (éditions Le passeur), elle a choisi d’explorer plus particulièrement la correspondance échangée  pendant une décennie entre George Sand (1804-1876) et Gustave Flaubert (1821-1880). De 1866 à 1876, année de la mort de George Sand, les deux écrivains se sont échangé une centaine de lettres : Ils y parlent littérature, politique, comparent leurs méthodes de travail, leurs modes de vie, se soutiennent, envisagent de se prêter de l’argent, font le portrait de leurs contemporains, animant ainsi le castelet épistolaire de marionnettes plus vraies que nature : Victor Hugo, Ivan “Tourgueneff”, Pauline Viardot, Emile Zola, Alexandre Dumas, entre autres, apparaissent ainsi au fil des pages”, écrit  Agnès Desarthe dans Le Monde (28 décembre).

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George Sand et Gustave Flaubert: “ Tu aimes trop la littérature…Elle te tuera”…

Le rythme des saisons, “des enfants qui grandissent, des parents qui vieillissent, des affaires qui vont tantôt mal, tantôt mieux, des amis qui disparaissent (…) la vieillesse qui vient, menaçante pour l’un, sereine pour l’autre”, sont quelques-uns des sujets qu’abordent les deux correspondants. Forte de son expérience de baignades dans l’Indre, George Sand y va même de ses conseils de santé à Flaubert, lui prescrivant la marche, à défaut de course dans les bois, une pratique à laquelle elle s’adonne.

41ccbX66hWL._SX195_• Au fil des lettres apparaissent cependant de nombreux sujets de dissension, montrant qu’ils  ne sont d’accord sur presque rien, ce qui rend leurs échanges stimulants, note Agnès Desarthe : “ Elle défend le suffrage universel quand il le conspue. Elle estime que l’homme n’est pas plus mauvais qu’il n’est bon tandis que lui se surprend à vouloir, certains jours, « noyer [ses] contemporains dans les Latrines ». Face à un Flaubert qui se plaint de l‘accueil réservé à ses écrits par des lecteurs dont il pointe la bêtise, George Sand lui répond : “ Il faut se laisser abîmer, railler et méconnaître par eux, c’est inévitable. Mais il ne faut pas les abandonner, et toujours il faut leur jeter du bon pain, qu’ils préfèrent ou non la m… Quand ils seront saouls d’ordures, ils mangeront le pain, mais s’il n’y en a pas, ils mangeront de la m… ”De temps à autre, elle lui prodigue même des conseils littéraires, suggérant à Flaubert de garder (son) culte pour la forme”, tout en s’occupant davantage du fond.

sir00012• Finalement, malgré toutes ces divergences, ils savent rester attentifs l’un envers l’autre. Dans une lettre qu’adresse Flaubert à George Sand, en avril 1876, il lui clame toute sa gratitude de l’avoir aidé à sauver son neveu de la faillite, espérant bien pouvoir bientôt la lui “gueuler” de vive voix. Flaubert, auquel il reste encore quatre ans à vivre ne recevra aucune réponse, la “bonne dame de Nohant” s’étant éteinte le 8 juin 1876. Au terme du survol de ces échanges épistolaires,  “ On referme le livre, la tête pleine et le cœur lourd, sur le silence de celle qui fut toujours présente auprès de l’écrivain moins connu qu’elle (à l’époque) et de seize ans son cadet, comme une mère, mieux qu’en amante, en véritable amie”, conclut Agnès Desarthe.

 

• DERRIÈRE ALAIN-FOURNIER OU CHARLES PÉGUY, 

 560 AUTRES ÉCRIVAINS FAUCHÉS PAR LA GUERRE

plume et acier• À l’heure où l’on commémore le centenaire de la fin de la Grande guerre, il est bon de rappeler que parmi les millions de victimes qu’elle a faites,  parmi tous les pays belligérants, figuraient aussi des écrivains, au talent prometteur pour certains d’entre eux. En France, on connaît le sort tragique d’Alain Fournier ou celui de Charles Péguy, fauchés par la mort, dès l’automne 1914,  à quelques semaines de distance. Derrière eux, on ne compte pas moins de 560 autres  écrivains, ayant œuvré dans les domaines de la littérature, des arts, du journalisme, tous tombés au champ d’honneur. Ils ont obtenu en 1927 la reconnaissance de la nation par l’apposition d’une plaque au Panthéon. 130 d’entre eux ont été décorés de la Légion d’honneur ou de la Croix de guerre, et la mention « Mort pour la France » leur a été  décernée.

• Depuis, pour la plupart, ils  sont tombés dans un oubli injuste, devenant méconnus, voire carrément inconnus du grand public. C’est ce qui a poussé Alain Bensoussan, né en 1949 à Oran, diplômé en droit et expert juridique, passionné par l’histoire, l’art et la littérature, à se pencher sur leurs parcours respectifs. Par un minutieux travail de recherche bibliographique, il est parvenu à les  remettre en lumière, eu égard à la valeur de leur engagement au combat et à la richesse et à la variété de leur production littéraire. Le résultat c’est un livre  680 pages, accompagné d’une bibliographie, intitulé  La plume et l’acier, les écrivains-combattants de la Grande Guerre tombés au champ d’honneur 562 noms inscrits au Panthéon, un ouvrage qui fourmille d’informations sur le trop bref parcours de chacun. (1 vol. br, 680 p, éd. L’Harmattan, 45 €).

• QUAND AGATHE FALLET RACONTE…

FALLET (AGATHE) ET FALLET (RENÉ)…

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• Bien qu’elle habite à Paris depuis 1956, année de son mariage, Agathe Fallet n’en a pas moins gardé des  liens solides avec Jaligny et les bords de la Besbre, des lieux qui ont servi de cadre à plusieurs romans de René Fallet, La soupe aux choux en tête, mais aussi Les vieux de la vieille. Gouby, le “bredin”  de “Un idiot à Paris”, en était lui aussi originaire.  Trente six  ans après la disparition de son écrivain d’époux, elle a gardé des attaches avec son pays d’enfance, à commencer par la maison que son père, un maçon originaire de Thionne, y avait bâtie. Six mois par an, elle y revient pour retrouver son décor, un brin exotique, et s’y ressourcer.

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La place de Jaligny, ambiance début du XXè siècle

• Son principal regret, c’est de ne pas y retrouver l’ambiance d’autrefois, à une époque où les machines agricoles et la course au productivisme n’avait pas tout abîmé : “J’ai passé ma jeunesse au bord de la Besbre : on était tout le temps dans la flotte. C’était sauvage et propre ! C’est moins vrai maintenant”, a-t-elle confié au journaliste Antoine Delacou (“Agathe Fallet ou l’amour du pays de la Soupe aux choux” – La Montagne 2 janvier 2019). Elle se rappelle  “ses vagabondages” et la liberté quasi-totale dont elle  jouissait alors, avec les autres marmots de son âge.

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• Autre regret, la disparition de tout ce qui contribuait à animer les campagnes et à les rendre vivantes, comme les petits cirques itinérants : “Je me souviens tout spécialement des petits cirques itinérants. Je rêvais de me faire enlever par l’un d’eux. Quand ils quittaient le village, je me postais sur la route départementale… En espérant me faire kidnapper pour vivre des aventures extraordinaires! ”, se remémore-t-elle.

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Jaligny, au début des années 1960

DANSE, THÉÂTRE ET LECTURE

• Faute de suivre le cirque, c’est la danse, la musique classique ou encore le théâtre qui la feront voyager, y compris au sein du lycée de jeunes filles de Moulins, grâce à la petite troupe théâtrale montée par Suzanne Devisy, une de ses enseignantes. Autre passion, celle de la lecture, que lui avait transmise son père, lui-même gros lecteur, capable de “lire plusieurs heures”, tout en faisant montre d’un profond respect pour l’objet livre.

UNE RELATION AMICALE

DEVENUE RELATION  AMOUREUSE

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René  Fallet, grand pêcheur, pas seulement à la ligne…

• L’éphémère Raymond Radiguet, tout comme l’ami des chats Paul Léautaud ou le prolifique Georges Simenon, n’ont aucun secret pour elle, pas plus que Jean Giono ou, dans un genre bien différent, la Comtesse de Ségur. Sans oublier René Fallet en personne, qu’elle se souvient avoir croisé pour la première fois alors qu’elle n’avait que seize ans et lui déjà vingt-huit. Une relation amicale, devenue très vite relation amoureuse, suscitant une situation compliquée pour l’époque : “ Mon père était assez large d’esprit… Il a pensé que si je me mariais avec René, notre relation amoureuse pourrait passer. Alors, on s’est mariés. Vite ! Trop vite. Si nous avions eu le temps de mieux nous connaître, nous n’aurions sûrement pas franchi le pas. Nos différences étaient trop importantes”, confesse-t-elle à Antoine Delacou, soixante ans plus tard.

LES DÉBUTS D’UNE VIE

CONJUGALE TUMULTUEUSE

• C’est pour elle, malgré les apparences, le début d’une “ vie conjugale (qui) fut tumultueuse. Et pour elle, souvent douloureuse”, d’autant que René Fallet était à la fois volage” et “pas facile à vivre”. Une vie qui, loin d’avoir été une romance, ne lui laisse pourtant pas de regrets : “ Sa force de caractère, sa vigueur intellectuelle, son ouverture d’esprit” y sont sans doute pour beaucoup. De la bande d’amis qui entouraient René Fallet, entre Georges Brassens et Michel Audiard, Antoine Blondin et Raymond Devos, pour ne citer que ceux-ci, “elle a gardé l’amour des bons mots”.

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Juillet 1983: fin de la partie de pêche

DES MOMENTS FABULEUX… MALGRÉ TOUT

• À la question de savoir “Comment elle vivait au milieu de ces hommes qu’elle côtoyait régulièrement”, elle répond : En faisant les courses, la cuisine et la vaisselle”. Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître qu’elle a “passé des moments fabuleux”. Et d’ajouter :“ J’étais de la génération d’après, plus jeune qu’eux. J’étais leur petite protégée. J’avais pour toutes ces personnalités un très grand respect. Quand on a la chance de rencontrer des gens aussi talentueux, il n’y a plus qu’à se taire et à apprendre”.

 

• WIKIPÉDIA

UNE FORMATION POUR CONTRIBUER À L’ENRICHISSEMENT

DES PAGES BOURBONNAISES

zw2• Les samedis 12 janvier, 9 février et 9 mars, de 10 h à 11 h 30, la médiathèque communautaire de Moulins propose un nouvel atelier de formation  Wikipédia. Les trois séances sont  destinées à celles et à ceux qui ont déjà contribué à l’enrichissement des pages de l’encyclopédie participative dédiées au Bourbonnais, ou qui souhaiteraient y contribuer : “Vous avez déjà écrit des textes sur le patrimoine bourbonnais et souhaitez les rendre plus accessibles ? Un site, une personnalité, une œuvre patrimoniale du département vous tient à cœur, vous êtes prêt à rédiger quelques lignes à ce sujet ? Cet atelier est fait pour vous !”, peut-on lire dans le communiqué de la Médiathèque. Comme en 2018,  un samedi matin par mois, les actuels ou futurs contributeurs  seront accompagnés dans la création et l’enrichissement d’articles dans l’encyclopédie libre et collaborative en ligne. L’objectif final est de “décrire, de signaler et de  faire mieux connaître le patrimoine bourbonnais”.

Contact : Médiathèque communautaire : Place Maréchal de Lattre-de-Tassigny 03000 Moulins – 04 43 51 00 00

 PRIX LITTÉRAIRES 

• ANTON BERABER

logo prix larbaud PRIX VALERY LARBAUD 2019

• Après Maud Simonnot en 2018 pour  La nuit pour adresse (éditions Gallimard), le jury du prix Valery Larbaud a décerné son prix 2019   à Anton Beraber pour son premier roman, La grande idée (également publié par les éditions Gallimard),. L’ouvrage avait déjà été couronné par le prix Transfuge du meilleur premier roman 2018.29872_beraber_site

• Jugé ambitieux”, ce roman  de plus de 570 pages “puise sa force romanesque dans une quête entreprise par un étudiant dans les années 70, peut-on lire  dans  la lettre d’informations de la revue Livres – Hebdo (10 janvier).  Il recherche Saul Kaloyannis, le survivant d’une guerre perdue un demi-siècle auparavant, et qui passe tour à tour pour un idéaliste, un traître ou un héros. Les témoins qu’il retrouve, tous des laissés-pour-compte de l’histoire, se succèdent pour retracer le destin de cet homme”. La remise officielle du prix Valery Laurbaud aura lieu le 9 mars, à Vichy.

• Depuis sa création en 1967 par l’Association internationale des amis de Valery Larbaud et la ville de Vichy, le prix Valery Larbaud vise à promouvoir l’œuvre de l’́écrivain, tout en soutenant la création littéraire contemporaine. Il est décerné par un jury composé d’écrivains (Jean Blot, Paule Constant, Laurence Cossé, Olivier Germain-Thomas, Christian Giudicelli, Hédi Kaddour, Marc Kopylov, Thierry Laget, Laurence Plazenet et Bertrand Visage), sous la présidence de Jean-Marie Laclavetine. L’auteur couronné doit avoir “publié une œuvre qu’aurait aimée Valery Larbaud, ou dont l’esprit, le sens et la pensée rejoignent celle de l’écrivain« .

• LÉONNARD LEROUX

ET LE MUSÉE DE L’OPÉRA DE VICHY

LAURÉATS DES PRIX ÉMILE GUILLAUMIN ET ACHILLE ALLIER

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Léonnard Leroux

• Comme chaque année, le conseil départemental de l’Allier a décerné ses deux prix littéraires, dotés chacun de 2 000 €. Le prix Émile Guillaumin 2018 est allé à  Léonnard Leroux pour son livre  Allier, terre natale. (1 vol. relié, 96 p, illustrations en couleur, 29,90 €). Dans ce  troisième volet  d’une démarche artistique entreprise il y a une vingtaine d’années, le photographe Léonnard Leroux fait dialoguer paysage et architecture, nature et culture : “ Il appose des rimes picturales à la manière de Baudelaire, en s’appuyant sur des photos inédites sorties de ses archives. Les simples jeux d’images métaphoriques du début ont finalement abouti à une réflexion plus nourrie sur le rapport entre l’homme et le sol, l’histoire naturelle et l’histoire humaine”, peut-on lire dans la présentation du livre. Le titre entend répondre à la question de  ces terres promises, un “territoire monde idéal” que l’auteur a trouvé dans le Bourbonnais.

• Quant au prix Achille Allier, il a été décerné  au Musée de l’opéra de Vichy pour Les décors de scène de l’opéra de Vichy, un livre en deux volumes publié sous la direction d’Antoine Paillet et préfacé par Alain Duault (2 volumes reliés sous coffret, 418 p + 328 p, 1 300 illustrations n-b et couleur, éditions du Musée de l’Opéra de Vichy, 55 €).

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• Il s’agit d’un catalogue raisonné, qui présente les collections relatives aux décors, conservées au musée de l’Opéra de Vichy. Éléments indispensables des représentations scéniques, les décors ont toujours sublimé les productions et ont  permis au public de s’émerveiller dès le lever de rideau. Du croquis préparatoire à la construction finale, toutes les étapes de confection des décors du Théâtre du Grand Casino de Vichy étaient réalisées dans ses propres ateliers. Le premier tome du catalogue raisonné présente l’inventaire le plus exhaustif possible des esquisses, des maquettes construites, des études préparatoires et plantations des décors d’opéras et de ballets conservées au Musée de l’Opéra de Vichy. Le second tome dresse  l’inventaire des décors de scène historiques, sous forme de reproductions des décors originaux, de photographies de scène ou d’inventaire conservées au Musée de l’Opéra de Vichy.

ygrande-3► Savoir plusLe prix Emile Guillaumin trouve son origine dans une proposition de résolution présentée par le Conseil général (devenu conseil départemental) de l’Allier, à la suite des manifestations culturelles qui avaient marqué, en 1973,  le centenaire de la naissance d’Émile Guillaumin. Destiné  à honorer la mémoire du “sage d’Ygrande, le prix  récompense l’auteur soit d’un ouvrage consacré à Emile Guillaumin,  soit d’un ouvrage de fiction, d’une biographie, d’une autobiographie, ou de  nouvelles…dont le sujet central, qui se situe dans l’esprit d’Emile Guillaumin, est le monde rural passé ou actuel. Il peut aussi être attribué à l‘auteur d’un  ouvrage à portée scientifique (anthropologique, sociologique, historique,  ou de science politique) consacré au monde rural passé ou actuel.

img-1Le prix Achille Allier est né en 1991, pour répondre à la diversité des genres littéraires comme des thèmes abordés par les auteurs. Il récompense plus spécifiquement des ouvrages documentaires notamment ceux consacrés au Bourbonnais (étude, essai à caractère sociologique, historique ou iconographique.

Règlement et modalités de candidatures sont disponibles sur le site du conseil départemental.

 

• MUSSO, BUSSI ET DICKER 

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LE TIERCÉ GAGNANT DES VENTES EN 2018

• En s’appuyant sur les chiffres de l’institut GFK,  Le Figaro   a publié, le 16 janvier, le palmarès annuel des romanciers qui se sont le mieux vendus en 2018. Guillaume Musso caracole largement en tête, loin devant  Michel Bussi et Joël Dicker.  Avec plus de 1,6 million d’exemplaires vendus, il a même progressé de  100 000 exemplaires par rapport à 2017. Toutes ventes cumulées, les 10 premiers auteurs du classement représentent à eux seuls  un quart des ventes dans le domaine de la fiction française. Ces résultats semblent confirmer la tendance observée depuis quelques années, à savoir que  les auteurs de best-sellers, non seulement ne subissent pas la crise, mais ils  captent une bonne partie de la croissance du secteur, grâce aux très bonnes ventes réalisées en format poche.

 LE PALMARÈS

1 – Guillaume Musso : 1 617 000 exemplaires 2 – Michel Bussi : 975 800 exemplaires – 3 – Joël Dicker : 894 400 exemplaires – 4 – Aurélie Valognes : 834 500 exemplaires – 5 – Marc Lévy : 820 800 exemplaires – 6 – Virginie Grimaldi : 674 500 exemplaires – 7 – Pierre Lemaitre : 673 200 exemplaires- 8 – Raphaëlle Giordano : 602 200 exemplaires – 9 – Françoise Bourdin : 592 400 exemplaires – 10 – Franck Thilliez : 546 100 exemplaires.

 

• GONCOURT, FEMINA, RENAUDOT…

DES PRIX LITTÉRAIRES

SITÔT OFFERTS…ET SITÔT REVENDUS

téléchargement (2)• C’est désormais un comportement  devenu banal : la revente immédiate d’une partie des cadeaux reçus  à Noël, via  des sites spécialisées tels que Ebay, Rakuten France (ex Priceminister) ou  Le Bon Coin. Une pratique qui  semble même avoir  été  en hausse fin 2018,  période où l’on attendait au minimum trois millions de mises en vente, selon les premiers pointages. Si les vêtements  se taillent une part très importante, les livres ne sont pas en reste et, plus particulièrement les prix littéraires, champions des reventes de cadeaux de Noël. Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu (Goncourt 2018), L’Ordre du Jour d’Eric Vuillard (Goncourt 2017), Le lambeau de Philippe Lançon (Prix Femina  et Prix des prix 2018) et La vallée des immortel,  le tome 25 de Blake et Mortimer, figurent ainsi dans  les livres les plus revendus sur le site Rakuten France.

EN BREF…

4126124◄ Odile Choimet, qui réside à Saint-Léon, vient de publier son troisième roman, L’alliance en exil (1 vol. br, éd. La Coupole – Clermont-Ferrand, 16 €), coécrit avec  sa sœur, Orlane Lex. Elles ont déjà à leur actif Les défis et Le secret, deux romans qui constituent les deux  premiers tomes de L’âme de chiffon (éditions Baudelaire). Dans ce nouvel opus, on découvre une histoire faite de voyages, de rencontres et de tourments, le tout sorti de leur imagination. Les deux auteurs précisent toutefois que cette nouvelle fiction “n’a rien à voir avec les deux premiers romans”.

téléchargement• Dans la liste des “25 livres de l’année” publiée par Le Point (6 décembre 2018), on trouve le livre de Renaud Metz , Pierre Laval (éd. Perrin, 1240 p., 35 €) : “ Prodigieuse biographie, enlevée, documentée. L’énigme d’un républicain défenseur du petit peuple qui s’emploie en1940 à torpiller la République et à devenir le premier de nos populistes. Le tout au nom d’un pacifisme, sa seule constante, qui le conduit au pire avec les Allemands”. Dans la même liste, figure aussi   Les leçons du pouvoir, de François Hollande (éd. Stock, 288 p., 22 €), livre à propos duquel on peut lire :  : “Hollande est capable d’humour,mais aussi de gravité”.

• La revue Etudes (décembre 2018), revient sur le livre de Nathalie Heinich et Sophie Ott, Sur les pas des écrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon (éd. Dolmazon, 60 p. 9 €) : “L’auteure fière de son double héritage familial montre comment la protection des penseurs recoupe le sauvetage des enfants juifs. Comment aussi les vocations juive et protestante se confortent par un jeu d’affinités électives et de transmissions personnelles”, écrit  Sylvie Koller.

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• Dans le  même numéro d’ Etudes, Paul Cournarie donne un compte-rendu du livre de Michèle Pérot, George Sand à Nohant (éd. du Seuil, 464 p, 24 €) : “George Sand n’a pas seulement hérité d’un domaine dans le Berry, Nohant, dont elle a pleinement reçu la propriété en 1836, elle a voulu en faire un lieu de vie, de pensée, de création et, plus généralement, susciter autour de cet endroit une société d’artistes”.

• Dans L’Aurore du Bourbonnais (11 janvier 2019), Jean-Louis Vieillard-Baron,professeur de philosophie émérite à l’université de Poitiers et habitant de Cérilly, a consacré un article au Père Xavier Tilliette (1921-2018), jésuite, qui a laissé “une oeuvre énorme, philosophique et littéraire” dans laquelle figure notamment une biographie de Schelling (1775-1854) (éd. CNRS éditions, 2010).

téléchargementLa Montagne (4 janvier  2019 a consacré une page à Cécile Coulon: “Après dix ans d’écriture, l’auteur clermontoise de 28 ans a connu une année riche en événements : 2019, la nouvelle page de Cécile Coulon” . Cette auteure,  née en 1990, a publié en 2018 trois livres: Petit éloge du running (éd. Frnçoise Bourin, 117 p., 14 €) – Les ronces (éd. Le Castor astral, 162 p., 15 €)  et  Trois saisons d’orage (éd. Points, 271 p., 7,50 €) .  Son prochain livre  sera “ un western corrézien. Brutal. Poétique. Passionnel”.  Autre projet, elle écrit  l’audioguide des châteaux cathares . Par ailleurs, elle annonce qu’elle a bien fini d’écrire sa thèse, mais, ajoute-t-elle, “je n’ai pas le temps de la soutenir”.

avt_jean-rolin_9516• Toujours dans La Montagne-Centre France (6 janvier 2019), on peut lire : “Jean Rolin a refait des périples de Lawrence d’Arabie au Moyen Orient. Il le raconte dans Crac (éd. P.O.L., 185 p., 18 €), passionnant voyage dans l’espace et le temps”. On se rappelle que  Jean Rolin, né en 1949, avait reçu le Prix Larbaud 1989 pour La Ligne de front (Quai Voltaire).

Le Figaro littéraire  (10 janvier 2019) a consacré deux pages à “L’Auvergne, une terre pour les écrivains”. On y trouve des comptes rendus de  François, roman (d. Stock, 272 p., 19 €) de François Taillandier ainsi que de  Le voyage du canapé-lit (éd. Gallimard, 270 p., 20 €) de Pierre Jourde et de Alto braco (éd. Liana Levi, 250 p., 19 €) de Vanessa Bamberger. Enfin,  Astrid de Larminat a réalisé un entretien avec Marie-Hélène Lafon..

• Fin décembre 2018, les membres du club lecture de l’association  Lire pour tous  se sont réunis pour choisir le lauréat de leur prix littéraire. Après lecture des treize romans qui avaient été sélectionnés, ils ont élu Zouleikha ouvre les yeux, traduit du russe, de la jeune auteure russe Gouzel Iakhina (Lausanne, Ed. Noir sur blanc, 2017, 465 p., 24 €).

 

L’ACTU DES ÉDITEURS

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• UN NOUVEAU VENU DANS LE PAYSAGE

ÉDITORIAL BOURBONNAIS…

Caudal• À l’initiative de Yann Caudal, une  nouvelle maison d’édition implantée à Montluçon et baptisée Noir pérylène a fait son apparition dans le (bien maigre) paysage éditorial bourbonnais. Son nom fait référence au noir pérylène, un  pigment organique de synthèse connu pour sa transparence et sa profondeur. Selon Yann Caudal, ce “label revêt la forme et l’expression d’un glacis en peinture : des couches en transparence, comme les pages d’un livre, qui ouvrent vers une autre dimension; le tréfonds, s’entend”…Dans La Semaine de l’Allier (27 décembre), il explique les raisons qui l’ont poussé à se faire éditeur : “ J’ai écrit pas mal de poèmes que je voulais éditer, à condition qu’ils soient illustrés. Devant les difficultés de trouver un tel éditeur, les éditions Noir pérylène sont nées”.  Il  précise qu’il pratiquera “le compte d’auteur” en s’occupant de  tout, “impression, diffusion et paient des auteurs”. « Fréquences Féminines », le tout premier ouvrage, imprimé sur les presses des Imprimeries Réunies à Moulins, est  paru en décembre.  Il s’agit d’un recueil de « chansons/poèmes » illustré par l’artiste Marie Thivrier, colligé et agrémenté par le graphiste David Roux.

Contact : éditions Noir Pérylène : 11 rue de la Comédie 03100 Montluçon – Tél : 06 61 73 83 45

…ET DANS LE PAYSAGE  AUVERGNAT

AVEC LA COUPOLE

3995012• La Coupole, c’est le nom  d’une nouvelle maison d’édition clermontoise qui ambitionne d’accompagner “ les auteurs auvergnats, français et francophones”, en quête de  reconnaissance littéraire. Se voulant indépendante et pluraliste, ouverte à tous les genres littéraires, elle a été fondée à l’initiative de Paul Colli, directeur des éditions Revoir, et de Christophe Gironde, gérant de la librairie Nos Racines d’Auvergne. Paul Colli, considère que  “La région regorge d’auteurs qui restent méconnus, non par défaut de talent, mais parce qu’il leur manque un outil sur lequel s’appuyer pour prendre en charge la partie éditoriale et promotionnelle de leurs écrit”. Une lacune que La Coupole ambitionne donc de combler.

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Paul Colli

• Dans un premier temps, La Coupole fonctionnera  sous la forme d’une association coprésidée par ses deux fondateurs, avec un comité de  lecture qui aura la tâche d’évaluer les tapuscrits sélectionnés. La mise en page et la conception des couvertures s’appuieront sur l’expérience de la graphiste Anaïs Bergerat, tandis que  Paul Colli et Christophe Gironde se chargeront de tout le reste, depuis l’impression, jusqu’à la distribution et la promotion des ouvrages, via la participation des auteurs aux salons littéraires et à  des  rencontres dédicaces.

Contact : Éditions La Coupole ; 5, place de la Victoire Clermont-Ferrand –  Tél. 04.73.90.59.30.

 

L’ACTU DES MÉDIAS

 

LA MONTAGNE

• DE NOMBREUX PROJETS

POUR UN CENTENAIRE

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• Le 4 octobre 2019, le quotidien La Montagne franchira le cap  de ses 100 ans d’existence. Un  événement auquel l’équipe du journal a choisi de consacrer plusieurs temps forts, tout au long de cette année,  en revenant sur les grandes étapes de son histoire, depuis sa fondation jusqu’à nos jours… Ou comment un journal, qui ne comptait à l’origine que cinq rédacteurs et une douzaine d’ouvriers, a pu devenir  en un siècle une entreprise qui emploie aujourd’hui 600 personnes, dont 200 journalistes, et qui est l’un des principaux groupes de presse régionale…

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4 octobre 1919: le tout premier numéro de La Montagne

• 1919 – 2019

RETOUR SUR UN SIÈCLE D’HISTOIRE

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Alexandre Varenne

• C’est  le 4 octobre 1919, onze mois après la fin de la Grande guerre et trois mois à peine après la signature du traité de Versailles,  qu’Alexandre Varenne, avocat et député socialiste du Puy-de-Dôme, publie le tout premier numéro de  La Montagne, Quotidien de la démocratie socialiste du Centre, qui entend étendre sa diffusion dans  l’Allier, le Cantal, la Corrèze, la Creuse, la Haute-Loire et, bien sûr, le Puy-de-Dôme. Il a réuni autour de lui une équipe de moins d’une vingtaine de personnes pour rédiger et confectionner un journal qui ne compte alors que quatre pages.

• 4 OCTOBRE 1919, LE PREMIER NUMÉRO

• Trois grands articles occupent la une. D’abord, un éditorial intitulé “En avant”. Rédigé par Alexandre Varenne en personne, il est signé “La Montagne”: “En créant ce journal, au lendemain de la Grande guerre, à l’heure où va de dessiner l’orientation nouvelle de la démocratie française,  nous croyons répondre à un besoin impérieux de circonstances, aux nécessités de la situation. Un esprit nouveau souffle sur le monde, après des événements inouïs qui ont montré jusqu’à l’évidence l’injustice et le désordre d’un régime  social vieilli,  depuis longtemps condamné par les précurseurs socialistes, mais dont  l’expérience d’hier a cruellement révélé aux plus aveugles les tares et les périls (…). La France a été sauvée par la vaillance de son peuple. Le peuple français exige maintenant que l’on pense à lui (…). La guerre vient de lui apprendre que pour être bien gouverné, il faut qu’il se décide à se gouverner lui même, que pour avoir la justice, il ne doit pas l’implorer mais la faire, que pour avoir la paix, il ne suffit pas de la désirer”. Et Alexandre Varenne de conclure: “Un mot, une idée expriment aujourd’hui toutes les espérances des masses: le socialisme”. Les  deux autres articles s’interrogent sur la date des prochaines élections législatives (“Quand votera-t-on? Nous serons bientôt fixés.  M. Clemenceau proposera la date du 7 novembre ”) et sur la question du désarmement de l’Allemagne.

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L’Ami du peuple (1904-1914) fondé et dirigé par Alexandre Varenne

• ALEXANDRE VARENNE: UN HOMME POLITIQUE

QUI A DÉJÀ UNE EXPÉRIENCE DE LA PRESSE

• Alexandre Varenne n’en est  pas toutefois à son coup d’essai en matière de presse.  Le 2 octobre 1904,  il avait déjà fondé un hebdomadaire intitulé L’Ami du peuple, en référence au journal du révolutionnaire Marat. L’ Annuaire de la presse (1912) le mentionne sobrement en   précisant qu’il est “républicain socialiste” et que son siège se trouve  au 38 place de Jaude. zzzLa nouvelle publication, tout en affirmant  vouloir “faire sous la forme la plus simple  et la plus familière de l’éducation socialiste”, s’adresse “Aux républicains! Aux travailleurs! (…) à tous ceux qui sont des démocrates sincères (…) des travailleurs des villes et des campagnes”. L’expérience durera dix ans, jusqu’à ce que L’Ami du peuple disparaisse en juillet 1914 pour cause de guerre. Autre expérience, celle du journal La France libre, à la fondation Alexandre Varenne a participé en 1918, en compagnie d’une quarantaine de députés de la SFIO. Enfin, avec Paul Bertrand, il a été à l’origine du journal  La Politique, une aventure  éditoriale qui durera moins d’un an et qui s’achèvera peu avant la création de La Montagne.

• DES CONCURRENTS REDOUTABLES

• Malgré ces expériences, la partie est  loin d’être gagnée pour le nouveau journal d’Alexandre Varenne et l’avenir s’annonce incertain, face aux autres titres solidement implantés dans le département du Puy-de-Dôme. Défendant à l’époque des positions de Gauche assez tranchées, La Montagne est alors en concurrence avec L’Avenir du plateau Central, un  quotidien marqué à  droite,  et avec  Le Moniteur, d’orientation centriste… Ses 10 à 12 000 exemplaires, vendus chaque jour, pèsent peu face aux 50 000 exemplaires du Moniteur et aux 30 000 exemplaires  de l’Avenir. Il faut aussi compter avec  d’autres titres qui dans sa zone de diffusion rayonnent sur un département ou même sur un arrondissement. À Montluçon, par exemple, il  doit se mesurer avec  le journal Le Centre. Disposant d’une solide implantation, ce dernier  draine une grande partie du lectorat de l’arrondissement, des annonces et des “réclames”.

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Annuaire de la Presse (1930)

•  Pourtant l’aventure va perdurer. “Journal des Gauches”, à l’origine, le quotidien a pris position dans l’entre deux guerres face aux grands choix historiques. C’est ainsi qu’en décembre 1920, lors du congrès de Tours  qui devait conduire à la scission entre partisans et adversaires de l’adhésion à la IIIème Internationale, le journal s’était prononcé contre, soutenant la position de Léon Blum désireux de “garder la vieille maison”. En 1936, autre choix, celui de soutenir la politique conduite par le  Front Populaire et ses réformes sociales. Durant les années 1920-1940, la diffusion du journal reste encore modeste, face à ses concurrents, avec 20 à 40 000 exemplaires.

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Les concurrents de La Montagne en 1930, dont Le Moniteur, propriété de Pierre Laval

• 1939-1943: GUERRE, DÉFAITE,

OCCUPATION ET RÉSISTANCE

• Lorsque l’offensive allemande à l’ouest met fin à plus de huit mois de “drôle de guerre » et que la Wehrmacht  se rapproche à grands pas de la capitale, abandonnée par le gouvernement, Alexandre Varenne semble pressentir la suite des événements. Une suite qui s’annonce particulièrement  sombre… Dans un éditorial daté du 10 juin 1940 et intitulé “ Préparons la Résistance”, il écrit: “ Envisageons quand même le pire, et que l’ennemi oblige nos armées à céder au-delà de Paris. La guerre n’en devra pas moins continuer. D’où il suit qu’il faut prévoir et organiser la résistance en profondeur”. Une semaine plus tard, le maréchal Pétain annonçait la demande d’armistice et, dès le lendemain, un général quasi inconnu des Français, Charles de Gaulle,   lançait un appel à la poursuite des combats sur les ondes de la BBC.

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22 juin 1940: La signature de l’armistice

• Après la défaite de mai-juin 1940, le jour même de la signature de l’armistice (22 juin), Alexandre Varenne et son équipe décident de suspendre la parution qui reprendra toutefois  le 29 juin, à la suite du retrait des troupes allemandes de Clermont-Ferrand. Tout en étant un centre actif de la Résistance et en devant composer avec  les consignes de la censure, La Montagne parvient tant bien que mal à poursuivre sa publication  au-delà de l’invasion de la zone libre, le 11  novembre 1942. En deux ans, le journal se voit frappé une quarantaine de fois par la censure. Si on y ajoute cinq suspensions et sept blâmes, c’est sans doute un des journaux les plus censurés, comme le rappelait régulièrement Francisque Fabre (1899-1988), son directeur de 1928 à 1981.

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11 novembre 1942: l’invasion de la zone libre
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La Montagne s’adapte: Le Quotidien des gauches (30 juillet 1940) devient Quotidien populaire indépendant (1 août 1940)

• Avec la présence directe des autorités d’occupation,  la position de La Montagne devient  de plus en plus difficile à tenir, ce qui conduit finalement le journal,  le 27 août 1943, à suspendre  une nouvelle fois sa parution. Dans un article publié en 2014, à l’occasion des 70 ans de la reparution, Bernard Stephan citait le témoignage de Jean Courtine, un typographe: “ Je composais la une du journal. Varenne apporte son éditorial, il l’apportait lui-même et il me dit “j’ai écrit un papier mais je suis sûr que ça ne va pas leur plaire”. Nous l’avons envoyé à la censure allemande treize fois ! A la treizième fois, quand c’est revenu, Varenne nous dit : “Je ne calerai pas ! Cette fois on arrête. Allez, les fils, on ne paraît pas demain, on s’en va !”  (lire l’article de Bernard Stephan) 

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3 juillet 1940: un des premiers n° victime de la censure, une semaine avant le vote des pleins pouvoirs
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Raymond Aubrac © La Montagne (Michel Wasielewski)

Savoir plus: Interviewé par le journaliste Manuel Rispal, à l’occasion des 90 ans de La Montagne, Raymond Aubrac évoquait ses souvenirs de résistant, en revenant sur les liens qui l’unissaient au journal et à Clermont-Ferrand (Lire l’article publié en 2009 et republié  à l’occasion de la mort de Raymond Aubrac, le 10 avril 2012

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Carte de presse de Jean Rochon (1903-1944), un des animateurs de la Résistance au sein de la rédaction du journal

► Sur l’histoire du journal sous l’occupation, on pourra consulter avec profit le livre de Maurice Mandon, Jean Rochon (1903-1944), une plume contre Vichy, et le journal La Montagne sous l’occupation (1940-1944). Des extraits significatifs sont accessibles sur Google Livres.

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• 15 SEPTEMBRE 1944:

LA RENAISSANCE DU JOURNAL

• Ce choix  lui permettra d’être autorisé à reparaître dès  le 15 septembre 1944, alors que tous les journaux de  zone libre   ayant continué leur publication  postérieurement à l’invasion de la dite zone  se voient frappés d’interdiction. Il a toutefois fallu qu’Alexandre Varenne  bataille ferme:  Combattant, il va plaider, chercher des témoignages dans la Résistance. Il est vrai que cette résistance auvergnate s’était forgée dans l’environnement de La Montagne et même dans ses locaux. Finalement, il arrache une autorisation de principe le 8 septembre 1944. Le temps presse. Ses concurrents et détracteurs ont créé pas moins de six quotidiens dans la capitale d’Auvergne”, écrit Bernard Stephan.

• Une semaine plus tard, dans son éditorial intitulé “La France est sauvée”,  Alexandre Varenne  écrit à la une de ce  numéro de la renaissance : « Rien de plus beau dans notre longue histoire, rien de plus grand que cet héroïque soulèvement national. Les hommes de ma génération, survivants attardés des années paisibles, vont pouvoir mourir consolés. La France est sauvée. »

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15 septembre 1944: la renaissance de La Montagne
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1945: un nouveau concurrent 

•  Une nouvelle fois, l’avenir du journal n’est pas assuré. La Montagne  doit alors affronter  de nouveaux concurrents issus de la Résistance, tels que La voix du peuple, journal communiste, Le Patriote, organe du Front National ou encore La Nation publié par  Comité départemental de libération, l’Éclair (MRP) et  La Liberté (Mouvement de libération national ou MLN).

• Progressivement, le journal abandonne sa coloration politique d’origine, une coloration qui avait déjà été progressivement atténuée,  avec l’ambition de devenir un grand quotidien régional d’informations Le tirage décolle au fur et à mesure que les autres journaux issus de la Résistance disparaissent, laissant le champ libre au quotidien clermontois. Certains de ses concurrents sont absorbés, comme Centre Matin, héritier du Centre Républicain, à Montluçon, en décembre 1968. De 54 000 exemplaires, fin 1944, le tirage de La Montagne dépasse les 100 000 exemplaires en 1949 pour atteindre les 160 000 en 1958, puis les 200 000 en 1964, avant de s’approcher des 300 000 exemplaires au début des années 1970. Côté diffusion, un pic est atteint en 1973 avec 247 680 exemplaires diffusés, selon les chiffres officiels de l’OJD.

• FRANCISQUE FABRE,

SUCCESSEUR D’ALEXANDRE VARENNE

• Depuis 1928,  c’est Francisque Fabre qui assume la direction, après s’être  tenu dans l’ombre du fondateur. Son parcours est particulièrement atypique: il a été tour à tour conducteur de tramway, alors que sa formation initiale le destinait à être graveur sur métaux, puis metteur en bouteille de grenadine, fabricant de Viandox et représentant en huile. C’est en 1926 qu’Alexandre Varenne l’a recruté pour devenir son homme de confiance et  agent électoral, afin d’organiser ses tournées d’avant élections dans le Puy-de-Dôme.

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Francisque Fabre (1943)

• Sous l’Occupation, il a intégré Phalanx,  un réseau de Résistance français créé en 1942 par Christian Pineau, après son retour de Londres, à la demande du Bureau central de renseignements et d’action. Installé en zone sud, d’abord à Clermont-Ferrand, puis à Lyon il étudie dans un premier temps l’opinion publique, avant de collecter ensuite des renseignements militaires, que ce soit sur l’armée d’armistice ou sur les troupes d’occupation. Phalanx, dont  le recrutement s’effectue, à l’origine, au sein du milieu syndical et socialiste de Libération Nord sert aussi d’intermédiaire entre Libération Nord et la France libre, transmettant le courrier et les fonds. C’est après l’arrestation de Christian Pineau, que  Francisque Fabre prend provisoirement la direction du réseau, avant de passer le relais, au printemps 1943,  à Fernand Gane, qui réorientera Phalanx vers l’action militaire.

• Dans leur livre Quatre milliards de journaux (éditions Alain Moreau, 1977),  consacré à la presse régionale,  François Archambault et Jean-François Lemoine, eux-mêmes patrons de presse régionale, décrivent ainsi la stratégie de Francisque Fabre qui lui a permis en trois décennies  de jeter les bases d’un véritable groupe de presse régionale: «  Il mena une politique astucieuse, digne des vertus auvergnates. Sous une apparente simplicité,  il dissimule une habileté tenace que la constitution silencieuse de son groupe a largement révélée. Ainsi, après avoir absorbé en décembre 1968 Centre matin, à Montluçon, il racheta en janvier 1972 Le Populaire du Centre, à Limoges et le journal du Centre, à Nevers. Bien qu’a demi-retraité (en 1977, ndlr), il est omniprésent dans son journal

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Francisque Fabre et Alexandre Varenne en 1943 (© Fondation Varenne)

• Résultat de cette politique, au tout début  de la décennie 1970, le journal emploie  670 salariés dont 111 journalistes, répartis entre le siège clermontois de la rue Morel-Ladeuil et les agences locales. Il est publié sur 16 à 20 pages, grand format, avec  chaque matin 14 éditions, touchant 8 départements. Derrière celle du Puy-de-Dôme (108 000 exemplaires en 1973), figurent celles de l’Allier (75 000), du Cantal (25 000), de la Creuse (17 000) et de la Corrèze (16 000), devant la Haute-Loire (7 700) et la Nièvre (7 400).

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Francisque Fabre (1899-1988), dans les années 1960
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La Montagne, face au pouvoir politique, au début des années 1970
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Les locaux de La Montagne, rue Morel-Ladeuil, rasés en 2013

• Après avoir migré  de la rue Blatin vers la rue Lamartine, le  journal s’était installé rue Morel-Ladeuil, quelques mois avant que n’éclate la deuxième guerre mondiale. C’est là que la direction, la rédaction et l’imprimerie devaient rester pendant près de soixante-dix ans, avant d’élire domicile dans l’immeuble moderne de la rue du Clos-Four, le siège actuel de ce qui est devenu un groupe de presse multimédia. C’est à partir de sa base clermontoise que le quotidien  a poursuivi son développement, gagnant progressivement les départements de l’Allier, du Cantal, de la Corrèze, de la Creuse, et de la Haute-Loire, au gré des rachats et des fusions de quotidiens départementaux ou d’arrondissement.

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Publicité (1968)

• Au fil des années, face à un lectorat vieillissant, le journal, tout en continuant à jouer la carte de la proximité, a dû s’adapter, d’abord en lançant une nouvelle formule en 2002, puis en adoptant un nouveau format plus réduit en 2008 avant de passer au “tout couleur”, en 2012. Entre temps, a été lancé en 2006 un site Internet, point de départ d’une transformation digitale et d’une diversification jugées indispensables. En revanche, la tentative de créer une télévision locale, Clermont Première, s’est révélée un échec.

 

• DE NOMBREUX TEMPS FORTS

AU FIL DE L’ANNÉE 2019

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Le nouveau siège du journal, rue du Clos-Four

• Pour fêter ce centième anniversaire,  le premier vendredi de chaque mois, une page dans le journal avec des déclinaisons sur le Web (voir ci-dessous), sera consacrée aux grandes étapes et aux temps forts de l’histoire de La Montagne, à travers le récit de ses origines, de ses engagements, notamment pendant la deuxième guerre mondiale et de  sa croissance.  Des publications spéciales seront proposées avec  des numéros spécifiques de “La Montagne dans le rétro”.

• Point d’orgue de cette année de célébration, les éditions de Borée, filiale du groupe Centre France ont  prévu de publier en septembre un livre sur le centenaire Riche de  256 pages, abondamment illustré,  il doit permettre  de balayer un siècle d’histoire du territoire au travers de 100 Unes parmi les plus marquantes. Chacune d’entre elles fera aussi l’objet d’une analyse, d’une remise en contexte ou encore d’un témoignage apporté par une  personnalité. Parmi celles-ci, on pourra trouver : le patron de Michelin, Jean-Dominique Senard,  l’écrivain Erik Orsenna,  le journaliste Hervé Mathoux ou l’ancien président François Hollande…

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La diffusion de La Montagne (globale et par département)

• D’autres  événements, en collaboration avec la fondation Varenne, sont inscrits au calendrier tout au long de 2019, avec en fil rouge  les liens qui se sont tissés avec les lecteurs et  avec les acteurs locaux, au cours du siècle écoulé.  Du 14 au 31 mai sera organisé un  “médiatruck , avec les équipes éditoriales et commerciales, qui  sillonnera toute la zone de diffusion de La Montagne. Il fera étape dans chacune des treize villes où sont basées les agences de La Montagne : Ussel, Tulle et Brive (Corrèze), Guéret (Creuse), Montluçon, Moulins et Vichy (Allier), Thiers, Riom, Issoire (Puy-de-Dôme), Aurillac et Saint-Flour (Cantal) et enfin  Brioude (Haute-Loire). Ce sera à chaque fois l’occasion pour les lecteurs de rencontrer des journalistes et de venir  raconter “leur Montagne”.

• Des actions sont par ailleurs programmées dans le cadre d’un partenariat noué avec le rectorat de l’Académie de Clermont-Ferrand. C’est ainsi que, en relation avec la fondation Varenne, un challenge inter-écoles portant sur la Une du journal du 4 octobre 2019 se déroulera du 18 au 23 mars 2019, pendant la semaine de la presse et des médias dans l’école. Le 19 mars, cinq élèves issus des deux collèges du Puy-de-Dôme portant le nom  d’Alexandre Varenne pourront assister à la conférence de rédaction et ils participeront au choix des Unes du journal du lendemain.

220px-Yronde,_enseigne_La_Montagne• Du 2 au 28 septembre, une exposition présentée à la chapelle des Cordeliers, à Clermont-Ferrand, retracera l’histoire de La Montagne, avec une approche déclinée en grands thèmes : la presse, une valeur républicaine, D’un titre de presse à un groupe de média, Les évolutions éditoriale et technique, Le futur et les enjeux de la presse…

• Le 4 octobre 2019, en plus de la parution d’une édition spéciale centenaire, le journal ouvrira les portes de son siège au public.  Une soirée sera consacrée, ce jour-là, à la transformation des métiers de l’information.

fondation varennes• La Fondation Varenne, actionnaire de référence du journal, participera elle aussi directement aux manifestations liées au centenaire, avec l’émission d’un timbre dédié à  Alexandre Varenne. Il sera mis en circulation, le   4 octobre 2019, date anniversaire de la parution de la première édition de La Montagne.  Les 10 et 11 novembre,  en collaboration avec le Centre d’histoire Espaces et cultures, sera organisée à Clermont-Ferrand, une grande manifestation à vocation historique et scientifique qui sera  ouverte au grand public. Elle se déclinera en trois temps forts, qui ont été définis le 15 janvier par un comité comprenant  Philippe Page, directeur général de la fondation Varenne,  Daniel Ruiz et  Jean-Yves Vif, anciens journalistes, et l’historien  Fabien Conord.

• D’abord, une conférence  qui sera axée sur l’histoire générale de la presse régionale, de  1919 à nos jours. Une catégorie de presse dans laquelle La Montagne est un des rares titres de presse fondés avant 1939 et qui existe encore, puisque la plupart des journaux de province, qui avaient continué à paraître sous l’Occupation, ont été interdits à la Libération. Ensuite, un colloque universitaire sera articulé autour du thème  Au miroir d’Alexandre Varenne : des hommes politiques, hommes de presse régionale. Enfin, une  table ronde permettra d’évoquer les rapports, récents et actuels, entre la presse régionale  et les acteurs politiques de ses territoires. L’ensemble de ces actes devrait faire l’objet d’une publication début 2020. Vu du Bourbonnais aura l’occasion de revenir sur ces manifestations au fil de l’année 2019.

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• Savoir plus…  Une série d’articles sur l’histoire du quotidien, de son fondateur et de ses acteurs, au fil de l’année du centenaire.

◘ LA MONTAGNE RACONTÉE PAR LA MONTAGNE

◘ La Montagne a 100 ans : comment le journaliste Alexandre Varenne a fondé le journal à Clermont-Ferrand (article de Sophie Leclanché):

Le 4 octobre 1919, l’avocat et journaliste Alexandre Varenne crée à Clermont-Ferrand La Montagne, le quotidien de la démocratie socialiste du Centre. Retour sur cette histoire”… (lire la suite)

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