PARUTION: “GEORGES SIMENON ET LE BOURBONNAIS, LA NIÈVRE ET LE BERRY BOURBONNAIS”, UN NOUVEAU REGARD SUR L’HOMME ET SUR L’ŒUVRE

MISE À JOUR: 9  JANVIER 2019

contact: allier-infos@sfr.fr

ml03-02• Georges Simenon, son œuvre et ses sources n’en finissent  pas de susciter l’intérêt des chercheurs et des spécialistes, comme des simples amateurs  de ses romans ou des adaptations qui en ont été tirées, que ce soit au cinéma ou à la télévision. C’est notamment le cas de l’association Lacme 03, présidée par Joël Talon, à laquelle on doit plusieurs manifestations et une exposition autour de l’écrivain.  Vu du Bourbonnais lui a également consacré un long article, avec notamment une étude signée par Maurice Sarazin qui s’attachait à démêler les liens entre Simenon et le Bourbonnais. Cette fois-ci, c’est un universitaire, Paul Mercier, qui publie le fruit de ses longues recherches. Il le fait  dans un  ouvrage intitulé Georges Simenon, la Nièvre et le Berry bourbonnais. Il se déclinera en trois volumes, dont le premier est annoncé pour la fin de janvier 2019.

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Le château de Paray-le-Frésil, vers 1920, propriété du marquis de Tracy

• Pourtant,    Georges Simenon, a vécu  moins d’un an dans le Centre de la France, dans ce qu’il appelle le Bourbonnais, un territoire qui s’étend sur une partie du Berry et du Nivernais (Saint-Fiacre, Moulins, Nevers, Tracy-sur-Loire, Saint-Amand-Montrond et le canal de Berry ou encore Vichy). Il n’empêche que cette  “année de formation” a fini par imposer sa marque à l’ensemble de l’œuvre. En prenant ses distances avec les clichés du mythe de Maigret, avec l’aura médiatique légendaire de Simenon et avec ce qu’il appelle fantaisies des adaptations filmées, Paul Mercier, docteur d’Etat ès Lettres,  auteur d’une thèse sur la création littéraire chez Simenon et de plusieurs ouvrages sur le romancier, a choisi un autre angle. Il a voulu privilégier la lecture directe les textes de Simenon, avec la  mise en lumière du patrimoine régional, aussi bien que  l’universalité de l’œuvre. Dès les années 1990, il est allé en Bourbonnais, que ce soit  sur les bords du canal de Berry ou  à Tracy-sur-Loire, ainsi qu’à Vichy et dans nombre d’autres lieux emblématiques. L’objectif était de mener des recherches sur les lieux mêmes  que le romancier avait immortalisés dans ses romans. Il s’en dégage des correspondances profondes entre les romans populaires, les enquêtes de Maigret, les romans “durs et les textes autobiographiques. Avec les jeux de la fiction et ceux du souvenir, le regard anthropologique du romancier court ainsi sur plus d’un demi-siècle.

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Le Bourbonnais dans ses limites du XVIIIè siècle

• Animé par un double souci de fidélité aux faits historiques et de confrontation des textes datés de différentes époques, l’auteur, a cherché, en amoureux de la littérature, à porter un regard renouvelé et authentique sur des aspects moins connus de l’œuvre et sur l’harmonie d’ensemble de celle-ci. Avec des “racines bourbonnaises et provinciales”, qui s’agencent avec d’autres racines, wallonnes, parisiennes, charentaises, américaines, et autres, Simenon reste avant tout un citoyen du monde. Il n’a cessé d‘explorer, ici et ailleurs, les secrets des hommes (les siens et ceux des autres), de les raconter et d’en préserver les mystères, les angoisses et les désirs.

• Dans les lignes qui suivent, Paul Mercier  explique les raisons qui l’on conduit à s’intéresser à Simenon, au point de lui consacrer trois volumes, alors qu’il existe déjà une bibliographie abondante sur l’écrivain et sur ses sources.  D’où la nécessité de se pencher ensuite sur tout ce qui fait l’originalité de son travail. Il se penche ensuite sur la question qui paraîtra inutile aux amateurs de Maigret, mais qui mérite d’être posée: “Lit-on encore Simenon ?”. Enfin, il explique son choix d’avoir organisé son livre en trois grandes parties.

◘ QUATRE QUESTIONS

À L’AUTEUR…

• POURQUOI  UNE TELLE SOMME

SUR GEORGES SIMENON ?

Paul Mercier: “Jusque-là, seul un documentaire, celui de Jacques Tréfouël et de Jacques Santamaria, en 2003, avait traité de ce sujet, avec le concours érudit de deux éminents spécialistes de Simenon, Claude Menguy et Michel Lemoine, aujourd’hui disparus. Je suis le seul encore en vie de ce groupe des « cinq mousquetaires de Simenon« . Ce groupe de chercheurs s’était donné pour objectif une étude précise des textes de l’univers de Simenon et l’exploration minutieuse des sites décrits dans les romans. Cela nous a conduits, les uns et les autres, tantôt ensemble, tantôt seuls, à mener des expéditions en terres bourbonnaises dans les années 1980-2000 et à collecter témoignages et documents photographiques”.

• EN QUOI CET OUVRAGE

SE DÉMARQUE-T-IL DES AUTRES 

CONSACRÉS À SIMENON ?

Paul Mercier: “La réponse à cette question n’est pas simple, pour plusieurs raisons. Bien des personnes ont abordé, en passant, les relations de Simenon et du Bourbonnais. Le séjour du romancier, ici, a eu des effets considérables sur son œuvre romanesque. Pour lui, cette région se confond avec le Centre de la France et la France profonde, rurale et provinciale, avec des repères géographiques assez fluctuants, extensibles et interchangeables. C’est pourquoi, il est vain de trop différencier Bourbonnais, Berry et le pays de Tracy-sur Loire : tout cela, dans l’imaginaire de Simenon, forme un ensemble indissociable, avec ses particularités, certes, mais d’abord une tranche de vie décisive”.

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Tracy-sur-Loire (Nièvre), dans les années 1920

• De 1923 à 1928, de l’époque de ses vingt ans, alors tout jeune marié, jusqu’à l’accès à sa notoriété sur la scène parisienne, Georges Simenon a vécu des années de formation décisives pour la suite de sa carrière. Les Belges insistent volontiers sur les origines familiales et sur les années liégeoises, mais c’est dans cette décennie que se joue la mutation des ambitions du journaliste vers la carrière de romancier. C’est dans le « chaudron bourbonnais » que s’est fabriquée la potion magique qui métamorphosa le « Jeune Sim » en un romancier et en un citoyen du monde.

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“Le jeune Sim”

• La rencontre avec le marquis de Tracy, dont il fut le secrétaire mais aussi, à plus d’un égard, le confident a eu une importance décisive sur l’émancipation sociale du jeune homme en faisant évoluer ses conceptions des rapports sociaux. Cette évolution se lit dans l’abondante production des romans populaires, minimisés habituellement par la critique (à quelques exceptions près) et par Simenon lui-même après 1931.

 

• Ce livre donne une place importante aux romans populaires en en proposant de larges extraits. Les grands thèmes de l’œuvre s’y développent déjà avec bonheur, en s’écartant souvent des conventions habituelles à ce genre de romans sentimentaux et d’aventure. Ils constituent par ailleurs un observatoire fort utile pour comprendre les grands romans sous patronyme, qui font souvent référence à des souvenirs de jeunesse et à des expériences liées à l’entrée dans la vie (évoqués d’ailleurs en partie dans les romans populaires).

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Les premiers romans de Simenon (Marianne, 1933)

Évoquer le Bourbonnais, c’est immanquablement parler des origines de Maigret, des origines terriennes, mais celles aussi d’un déraciné dès l’âge de douze ans : dans les Mémoires du commissaire, le monde des aristocrates s’est dissous … En accordant une grande place aux amis de lycée de Maigret, le narrateur en profite pour titiller la position sociale du régisseur avec condescendance. D’une façon plus globale, le malaise des jeunes au sortir d’une adolescence provinciale est une constante et la mise en accusation des attitudes de la bourgeoisie et des notables n’a d’égale que l’impuissance des pères pour porter secours à leur progéniture. Le marquis a joué en partie cette présence réconfortante auprès du jeune Sim. Cette relation interpersonnelle de qualité ne s’est pas traduite par une forme d’allégeance envers l’aristocratie, d’un jeune homme surtout avide de conquérir son indépendance financière et d’atteindre la gloire littéraire.

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Chevagnes en Bourbonnais

• La durée du séjour dans le Centre de la France reste étonnamment courte, une dizaine de mois en 1923-24, à peine deux mois en 1928, des passages presque furtifs ensuite et un mois plein à l’occasion des vacances à Vichy, en 1967. Deux remarques s’imposent. La brièveté de ces séjours tranche avec l’ampleur de leur impact sur l’ensemble de l’oeuvre romanesque, la taille de ce livre en donne la confirmation.

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Vichy: le palais des sources

• Par contre, l’épisode de Vichy apparaît comme une coupure dans cette saga romanesque, malgré l’enquête privée de Maigret ; une cure, une réunion de famille, une nouvelle situation conjugale officialisée pour Simenon. Le regard rétrospectif que porte le retraité sur ces vacances donne à Marie-Jo une place que le personnage de Maigret, malgré tous ses talents, ne saurait assumer.

• “Simenon et le Bourbonnais” comporte toutes ces facettes, l’immersion d’un jeune homme dans un milieu qui lui est inconnu, l’abandon de la profession de journaliste aux velléités anarchisantes (de tels personnages sont légion), une vie de couple contrariée, une aventure de robinsons au bord de l’eau, des séances quotidiennes de forçat devant sa machine, une intermittence errante entre Paris et des paysages « naturels »… Pourtant, ce qui compte le plus reste la vie des personnages, tenaillés par l’angoisse du destin. « Au boulot« , c’est-à-dire la mise en chantier impérative du prochain roman demeure une injonction catégorique pour le romancier qui doit poursuivre son effort et faire mieux la prochaine fois.

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• Qu’on prenne pour référence les préoccupations des personnages ou les différentes phases de la vie du romancier, la confrontation aux expériences du moment est exposée aux jeux des angoisses existentielles des âges de la vie, au retour des souvenirs et de la mémoire des pères. À cause de cela, on ne peut dissocier complètement ni le jeune Simenon du retraité, ni le regard porté sur le Centre de la France des observations romanesques sur la condition humaine, ici et ailleurs.

45542• Lire Simenon et prendre du plaisir à le relire… Lire, dans le texte, un roman de Simenon, c’est faire la rencontre d’une sensibilité très personnelle, au pouvoir d’évocation incomparable et dans une langue aisément accessible par sa simplicité apparente. D’où cette curieuse impression d’une rencontre interpersonnelle avec l’auteur, sans prêche, sans pédanterie, et qui prétend seulement raconter des histoires. Quand on aime lire, on ne lit pas que du Simenon, mais on accorde une attention particulière à ces auteurs qui permettent de découvrir les secrets d’une vie, en les observant à la fois comme un entomologiste et comme un témoin capable de sympathie. La scène de Loursat recueillant les confidences de Manu vaut mille fois plus que la plaidoirie bateleuse et racoleuse de Raimu”.

• TRENTE ANS APRÈS SA DISPARITION,

CONTINUE-T-ON  À LIRE SIMENON ?

Paul  Mercier: “Une lecture publique de Simenon fait plus que la projection de films tirés de ses romans. Voilà deux expériences presque contradictoires, celle de la lecture individuelle (ou publique) et celle du spectacle audiovisuel. Sans doute le cinéma a-t-il contribué à notoriété de Simenon, mais à quel prix… L’interprétation de Jean Gabin dans Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre, pour ne parler que de ce film, me fait penser à la venue d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, massacrant les charmes subtils et moqueurs du roman… Les romans durs ont connu des adaptations plus réussies et plus suggestives.

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L’interprétation de Jean Gabin: “Comme la venue d‘un éléphant dans un magasin de porcelaine”

• Voilà pourquoi ce livre se présente comme un puzzle, avec de nombreux extraits de romans populaires (souvent peu accessibles aujourd’hui au public). En présentant dans l’ordre chronologique une succession de passages illustrant des cadres spatiaux du Centre de la France dans l’espace romanesque, l’idée était de mettre en valeur la continuité des thèmes de l’univers simenonien et leur approfondissement autant que leur retour régulier, le flux et le reflux en quelque sorte. Par ailleurs, le romancier, à différentes époques de sa vie, récrée ses souvenirs, les transformant selon son humeur (ou celle de ses personnages), selon les épreuves familiales et les atteintes du vieillissement. Pas de souvenirs sans cicatrices”…

• POURQUOI UN LIVRE

PUBLIÉ EN TROIS PARTIES

ET EN AUTANT DE VOLUMES ?

Paul Mercier: “Cette partition est due à des impératifs techniques. L’intérêt de l’œuvre de Simenon pour la mise en valeur du patrimoine du Bourbonnais, compte tenu des différents sites décrits dans ses romans, est indéniable, même si sa préférence se montre relativement sélective et voyageuse. La table des matières donne toutes les informations utiles à ce sujet (lieux et passages de romans). Le propos de l’auteur se contente de présenter des extraits de textes de Simenon, avec un minimum de commentaires : à chacun de donner aux remarques proposées les significations qui lui plaisent. Le sens de l’écoute et une attitude de disponibilité à communiquer entre humains sont des marques du roman simenonien.

• J’ai beaucoup écrit sur Simenon, une thèse d’Etat et plusieurs livres, une cinquantaine de chapitres et d’articles dans des revues littéraires, avec des archives personnelles… Universitaire à la retraite, j’ai évité de reproduire des informations dont j’ai pu vérifier la teneur, et j’ai voulu donner toute sa place à l’imaginaire de Simenon et à la littérature. Un regret peut-être? Ne pas avoir pu placer toutes les illustrations auxquelles j’avais pensé initialement, à cause de questions de droits et en raison du coût économique que cela aurait représenté”.

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Lacme 03, à l’origine de la publication du livre de Paul Mercier.

◘ BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

Paul Mercier est né en 1944 en Franche-Comté. Docteur d’Etat ès Lettres, il a enseigné la psychosociologie clinique à Paris XIII et à l’Université de Franche-Comté-Besançon jusqu’en 2006. Il a écrit une thèse sur la création littéraire chez Simenon et plusieurs ouvrages sur le romancier. Il collabore régulièrement à la revue Traces (Centre d’Etudes Georges Simenon (Liège) et aux Cahiers des Amis de Simenon (Bruxelles). Dès les années 1990, il est allé en Bourbonnais, sur le canal de Berry et à Tracy-sur-Loire, à Vichy, et dans bien d’autres lieux pour mener à bien des recherches sur les lieux que le romancier a immortalisés dans ses romans.

◘ TABLE DES MATIÈRES

DES TROIS VOLUMES

LIVRE  I

z couv

L’ALLIER

PARAY-LE-FRÉSIL,  CHEVAGNES, MOULINS ET VICHY

À paraître  fin janvier 2019

(1 vol. br, 168 p, illustrations, éd. Association LACME 03 : 3 rue Lenotre –  03400 Yzeure).

z tome 1

LIVRE II

LE VAL-DE-LOIRE ET LA NIÈVRE

NEVERS, TRACY-SUR-LOIRE ET POUILLY, SAINT-THIBAULT

(À paraître ultérieurement. Le sommaire est donné à titre indicatif et pourra faire l’objet de modifications)

z tome 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LIVRE III

DE MONTLUÇON À SAINT-AMAND

PAR LE CANAL DE BERRY

(À paraître ultérieurement. Le sommaire est donné à titre indicatif et pourra faire l’objet de modifications)

z tome 3

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