L’ACTUALITÉ DES AUTEURS, DES ÉDITEURS, DES LIBRAIRES ET DES MÉDIAS N° 28 (NOVEMBRE – DÉCEMBRE 2020)

Cette rubrique fera  régulièrement l’objet de nombreux additifs et de mises à jour,  jusqu’au  31 décembre 2020, en fonction de l’actualité, au rythme de la reprise progressive des activités culturelles.

N’hésitez donc   pas à y revenir régulièrement pour bénéficier pleinement de ces compléments d’information.

Pour nous contacter et/ou communiquer vos informations:

 ALLIER-INFOS@SFR.FR

DERNIÈRE MISE À JOUR:   11 DÉCEMBRE 2020

L’ACTU  DES AUTEURS

DISPARITIONS

• En quelques semaines, plusieurs auteur(e)s ont tiré leur révérence. C’est d’abord la Moulinoise Marie-Madeleine Cluzel (1915-2020),  la doyenne des poétesses bourbonnaises. Puis, ce fut le lexicographe et linguiste Alain Rey (1928-2020), père du Grand et du Petit Robert, né à Pont-du-Château. Presque en même temps, on déplorait la disparition du Montluçonnais Roger Tindilière (1930-2020) qui, après une vie consacrée au combat syndical, s’était converti à l’écriture, à travers trois livres qui, en même temps que le bilan d’une vie, se voulaient porteurs d’espoir pour les générations futures.  Autre figure, moins connue du grand public, la Vichyssoise Janine Neboit-Mombet (1930-2020), décédée en novembre. Docteur en médecine et docteur es Lettres , elle était devenue une spécialiste reconnue de la littérature russe du XIXème siècle. Le 17 novembre, s’éteignait l’écrivain René Limouzin (1926-2020), chantre du Haut-Limousin, auteur de nombreux romans du terroir, et prix Émile –Guillaumin 1999. Enfin, début décembre, on a appris avec quelques semaines de retard, la disparition de l’universitaire clermontois Guy Demerson (1926-2020), qui se définissait comme un “joyeux pantagrueliste”.Six parcours bien différents, mais tous inscrits dans la durée et  sur lesquels Vu du Bourbonnais a choisi de revenir, à travers ce sextuple hommage. À ces  personnalités, on pourra ajouter l’ancien président de la république, Valéry Giscard d’Estaing, décédé le 2 décembre, qui avait aussi quelques velléités littéraires. Un article à part lui a été consacré dans la Rubrique Pages d’histoire

MARIE-MADELEINE CLUZEL (1915-2020)

DOYENNE DES POÉTESSES BOURBONNAISES

marie-madeleine-cluzel-1_4719845• Les obsèques de la poétesse Marie-Madeleine Cluzel, décédée à l’âge de 105 ans, se sont déroulées le 21 octobre, en l’église Saint-Paul de Montluçon, la ville où elle résidait. Née à Moulins, le 6 avril 1915, elle avait d’abord été institutrice en école libre à Moulins, Nevers, Bollène et Avignon. De retour à Montluçon, où elle avait été élève du pensionnat Sainte-Anne,  elle était devenue responsable de la fraternité franciscaine. C’est en 1949 que cette spécialiste de l’acrostiche avait publié son premier recueil de poésies classiques  Souvenirs moulinois (éditions Venise verte).  En 1950, elle récidivait avec  Au ciel de France  publié dans la Nouvelle collection nordique Le Boré. Par la suite ses poèmes lui avaient valu diverses mentions et récompenses. Dans L’anthologie des poètes bourbonnais publiée en 1988  par René Varennes et Germaine Gozard, elle expliquait sa conception de la poésie : “La poésie pour moi,  c’est l’air que je respire, mon cœur, mon âme, mon bonheur, ma tristesse. C’est le rythme, le chant des mots valorisé dans la musique d’un poème. J’aime lire les poésies de toutes sortes et les entendre. La poésie classique m’aide à dompter mon imagination vagabonde en délimitant ses frontières. Les vers libres servent ma poésie”.

ALAIN REY (1928-2020)

LE PETIT ET LE GRAND ROBERT ORPHELINS

ElaHgn4WMAEezoT• Le célèbre linguiste et lexicographe, Alain Rey, né le 30 août 1928 à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme), est décédé à Paris dans la nuit du 27 au 28 octobre,  à l’âge de 92 ans. Il avait hérité de son père, polytechnicien et bibliophile, l’amour des livres.  Au début des années 1950,  tout jeune diplômé en littérature,  c’est en répondant à une petite annonce publiée dans Le Monde qu’il  avait intégré la petite équipe constituée par  un avocat algérois, passionné de lexicographie,  Paul Robert. Dans cette équipe figure Josette Debove qui deviendra son épouse et collaborera avec lui jusqu’à son décès en 2005. L’objectif était d’élaborer un nouveau dictionnaire de la langue française qui soit à la fois alphabétique et analogique. Un objectif atteint en 1964, avec la publication du Grand Robert composé de six lourds volumes,  suivie en 1967 de celle du Petit Robert qui allait connaître de nombreuses rééditions et déclinaisons, telles que le Micro-Robert,  le Petit Robert des noms propres ou encore le Dictionnaire des expressions et locutions, le Grand Robert de la langue française en neuf volumes, le Nouveau Petit Robert de la langue française et aussi, dans un registre plus distractif,    150 drôles d’expressions que l’on utilise tous jours sans vraiment les connaître.

41NalnGaD2L (1)
Le Grand Robert, version 1966

• Pour ses concepteurs, le Robert comblait un vide : “ Le caractère historique du Petit Robert lui faisait prendre la relève du Littré (1863-1872), devenu inutilisable pour le lexique contemporain, et que toute adaptation moderne défigure” », écrivaient encore, un quart de siècle plus tard, Alain Rey et son épouse  Josette Rey-Debove,  dans la préface du Nouveau Petit Robert de 1993.

• Farouche défenseur de l’évolution de la langue, Alain Rey insistait sur la créolisation (latin parlé, celte, germain) à l’origine du français qu’enrichissent encore des emprunts extérieurs (italien, espagnol, …). Dans le Dictionnaire historique de la langue française (1992),  il avait mené une longue enquête sur  l’origine et l’histoire des mots, soit  dix siècles de tumultes du langage mis en lumière en remontant aux sources du français. Depuis trente ans, il n’avait ensuite cessé  d’approfondir, de compléter et de mettre à jour son dictionnaire historique.

• Résolument moderniste, le lexicographe était  partisan d’intégrer toutes les facettes de la langue française, de “épivarder” à “hashtag”, du verlan aux dialectes régionaux. Pour son éditeur, “à travers ses dictionnaires, ses essais et ses chroniques, il n’a eu de cesse de représenter les enjeux, les richesses, mais aussi les mystères de la langue française. Toute sa vie, il a pris plaisir à la raconter« . , Et de  lui exprimer sa “reconnaissance profonde” pour ce “trésor national vivant”, qui incarnait “pour les Français leur langue, une langue vivante, une langue en mouvement, ouverte sur le monde, riche et plurielle.”. Dans son Dictionnaire du français non conventionnel, “ il avait recueilli un florilège d’expressions  argotiques ou fleuries où le sexe sous toutes ses formes et l’argent procuré de toutes les manières possibles sont rois”, écrit Lucien Jedwab, dans Le Monde (30 octobre).

• Alain Rey avait mis son amour de la sémantique, de la terminologie et de la lexicologie au service des médias, ce qui avait contribué à le faire mieux connaître du grand public. C’est ainsi qu’il avait animé Le mot de la fin,  une chronique dans la Matinale de France Inter entre 1993 et 2006, et une autre pour France 2, Démo des mots, entre 2004 et 2005. Dans les colonnes du Magazine littéraire, il avait également tenu une chronique intitulée  Le dernier mot.

• Seul linguiste membre de la Commission générale de terminologie et de néologie, avait été distingué par le Prix de la langue et par le Prix de la Biographie décernés par  l’Académie française.  Au-delà des dictionnaires Robert, il avait à son actif une quarantaine de livres publiés en un demi-siècle, entre plusieurs Que sais-je, la célèbre collection des PUF, et divers essais : Révolution : histoire d’un mot (éd. Gallimard, 1989), À mots découverts (éd. Robert Laffont, 2006), L’amour du français : contre les puristes et autres censeurs de la langue (éd. Denoël, 2007), Miroirs du monde : une histoire de l’encyclopédisme (éd. Fayard, 2007), Le français : une langue qui défie les siècles (éd. Gallimard, 2008), Dictionnaire amoureux des dictionnaires (éd. Plon, 2013) ainsi qu’un Dictionnaire amoureux du du diable (éd. Plon, 2013)  et Hommage aux mots: l’intelligence des dictionnaires (éd. Hermann, 2018). Sa bibliographie comptait aussi des titres reflétant ses passions pour l’art, comme Les spectres de la bande : essai sur la BD (éd. de Minuit), Pourvu qu’on ait l’ivresse : de l’alcool à l’extase : un voyage à travers les arts et les lettres (éd. Robert Laffont). Son goût du voyage l’avait aussi poussé à se pencher sur les liens entre Orient et Occident  avec Le voyage des mots : de l’Orient arabe et persan vers la langue française (éd. Guy Trédaniel). Son ultime travail de recherches aura été celui mené en collaboration avec la peintre Fabienne Verdier, qui avait débouché sur la publication de deux livres, dont Polyphonies: formes sensibles du langage et de la peinture (Albin Michel).

• En avril 2015, à Vichy, en compagnie du journaliste Stéphane Paoli,  le linguiste avait été l’invité du Grand Débat, devenu depuis  Grandes Rencontres. Ils étaient venus y présenter leur livre  bâti autour d’une conversation épistolaire Causa, Échanger, partager reconnaître (éd. Jean-Claude Lattès).

ROGER TINDILIÈRE (1930-2020)

DU COMBAT SYNDICAL À L’ÉCRITURE

TindilièreRoger Tindilière, ancien responsable syndical et auteur de trois ouvrages de souvenirs et de réflexion dans lesquels il évoquait notamment sa famille, son parcours et ses combats, est décédé fin octobre, à l’âge de 90 ans. Né le 16 septembre 1930 à Aubusson, il avait travaillé dans différentes entreprises du bassin montluçonnais, après une formation d’ajusteur (Sagem, Kroma, Saint-Jacques). Engagé très tôt dans le combat syndical, il était devenu un responsable de la CGT, d‘abord au plan local puis au plan départemental, en tant que secrétaire général de l’UD CGT de l’Allier, d’avril 1971 à avril 1983. C’est sous son mandat syndical que Montluçon avait participé à l’expérience des radios libres de la CGT et qu’il avait lancé  L’Unité, le journal de l’U.D. CGT, dont le tirage a pu atteindre les 50 000 exemplaires.

Tindilière plein la vie 2002À l’heure de la retraite, il avait choisi de se consacrer à l’écriture de ce que l’on peut considérer comme des mémoires. En 2002, il avait publié Plein la vie… (éd. Créer, 191 p) que son éditeur présentait ainsi: “Ce livre pouvait s’appeler aussi une vie pleine. Celle d’une famille, comprise dans son ensemble ; de l’enfance à l’art d’être grand-père en n’oubliant jamais la scène de la vie sociale de sa représentation. Entre Aubusson et Montluçon, on découvre un homme, acteur et aujourd’hui conteur de cette vie sociale de notre région, au cours des soixante dernières années. La narration vivante, sensible, est aussi une mine d’anecdotes, de renseignements qui ne laissera pas le lecteur étranger, et au fil des pages l’entraînera dans ce récit où lui-même découvrira certainement des tranches de sa propre vie”.

Tindilière génies• Deux ans plus tard, sortait Les génies de la fontaine (éd. l’Harmattan, 114 p), un deuxième livre dans lequel il contait l’histoire d’Henriette, garde-barrière au milieu d’aucune route, et d’Eugène, suiveur de voies ferrés, arrivés un jour de 1903 à Sainte-Madeleine : “Leur couple formera une famille et vivra de convivialité avec les passants qui seront souvent plus que des voisins. Une vie qui met en scène des valeurs humaines que l’on croit aujourd’hui disparues. En lisant ce livre on plonge dans un décor que l’on sait proche bien qu’impalpable, où l’on souhaite pénétrer”.

Tindilière années glorieuses• Enfin, en 2006, il était revenu sur  Les années glorieuses (éd. L’Harmattan, 166 p) avec un livre témoignage sur ce qu’avait été  réellement la vie en France depuis  l’immédiat après-guerre jusqu’aux années 80. Des années que l’on a qualifiées rétrospectivement de “Trente glorieuses”, marquées par les conquêtes de la Libération mais qui étaient aussi celles des  problèmes de logement, des guerres d’Algérie et du Vietnam ou encore des combats contre des  fermetures d’usines, notamment dans le bassin montluçonnais. Il considérait que tout cela avait créé chez les  travailleurs “ un réel climat de fraternité, d’aide et de camaraderie aide à surmonter les épreuves et croire en l’avenir”, avant de conclure ainsi :“On a eu de la chance d’être jeune à cette époque !

JANINE NEBOIT-MOMBET (1930-2020)

SPÉCIALISTE DE LA LITTÉRATURE RUSSE

neboit mombert photo◄ Janine (Any) Neboit-Mombet, docteur en médecine et docteur es-Lettres, spécialiste de la littérature russe, est décédée à Vichy, à l’âge de 90 ans. Ses obsèques civiles se sont déroulées le 17 novembre, au cimetière de Vichy. Née en février 1930, originaire de la Rochelle, elle était docteur en médecine et gastro-entérologue. Après avoir  soutenu sa thèse en 1956, à Bordeaux, elle s‘était installée à Vichy.  Tout en s’impliquant dans la vie associative, elle avait aussi  manifesté très tôt  son intérêt pour la littérature. Elle avait ainsi publié en 1972 une étude sur Sade, intitulée Qui était le marquis de Sade ? (233 p, éd. Le Pavillon), préfacée par Hubert Juin. C’est toutefois à la littérature russe qu’allaient ses préférences. Un intérêt qui disait-elle “datait de l’enfance, plus précisément de la lecture de Michel Strogoff”. En 2002, alors à la retraite, elle avait soutenu devant l’université de Clermont 2 une thèse de doctorat en littérature comparée, sous la direction d’Alain Montandon. Intitulée  L’image de la Russie dans le roman français (1859-1900), elle avait fait l’objet d’une publication dans une version remaniée en 2006 (1 vol. br, 506 p, illustrations, éd. Presses de l’université Blaise-Pascal).

Neboit mombet 2Neboit mombert AD Russie• Membre du Centre de recherches en littératures modernes et contemporaines (CRLMC),  elle avait à son actif plusieurs autres publications parmi lesquelles la traduction du russe du livre d’Albert Baibourine et Andréi Toporkov, Aux sources de l’étiquette : études ethnographiques (2004 – Presses de l’université Blaise-Pascal) et Alexandre Dumas en Russie : Tome I : de Moscou à Tiflis, album de voyage inédit, suivi de Les emprunts russes d’Alexandre Dumas (éd. Cahiers Alexandre Dumas, 2006).Cet intérêt marqué pour la Russie, l’avait également conduite à présider l’antenne vichyssoise de l’association France-Russie. Par ailleurs, on lui doit une série de communications et d’articles publiés dans diverses revues ou ouvrages collectifs, dont La Russie, vue par la presse locale à Vichy (1880-1891), La vieillesse dans les traités médicaux, Réflexions sur la notion d’intimité dans les relations médecin-malade,...Dans les Cahiers bourbonnais (n° 205) elle avait retracé l’histoire des Bourbonnais dans la guerre de Crimée, avec la liste de tous ceux qui y avaient pris part.  En septembre 1967, lors des élections cantonales qui avaient suivi le décès de Pierre Coulon, elle s’était présentée dans le canton de Vichy sous l’étiquette du Parti communiste dont elle était membre, avec le soutien de la Gauche. Son adversaire, Georges Frelastre, l’avait emporté dès le premier tour, avec 7 864 voix contre 3 496 .

GUY DEMERSON (1926-2020)

UNIVERSITAIRE ET “JOYEUX PANTAGRUELISTE

photo-demerson_5069599◄ L’écrivain et universitaire Guy Demerson, spécialiste de l’œuvre de Rabelais et  qui se définissait lui-même comme un “joyeux pantagruéliste”, est décédé à Clermont Ferrand, à l’âge de 92 ans, le 12 novembre 2020. Il était devenu une référence internationale en matière de littérature du XVIe siècle en général et de Rabelais en particulier. Outre ses livres et articles, il avait participé à de nombreux colloques sur la littérature de la Renaissance.

• Né en 1928 en Haute-Marne, Guy Demerson avait orienté ses études vers les Lettres et il avait été  reçu premier à l’Ecole normale supérieure, en 1950. Après avoir enseigné dans différents lycées, il était devenu dans les années 1970 enseignant chercheur à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Un poste qu’il aura occupé durant une vingtaine d’années, jusqu’à sa retraite dans les  années 1990.

téléchargement• C’est en 1973, qu’il s’était attelé à un travail monumental : assurer l’édition en cinq tomes  des Œuvres complètes de Rabelais  pour le compte des éditions du Seuil. On lui doit aussi plusieurs autres livres parmi lesquels L’esthétique de Rabelais (éd. Sedes, 1996), ou encore de la biographie de François Rabelais, sortie chez Fayard en 1991. Enfin, il était à l’origine du  projet de recensement de la Bibliographie de Rabelais, lancé en 2010, dans le cadre du CNRS Informatique et littérature, organisme qu’il avait fondé. Pour Fabrice Mina (La Montagne – 30/11), “Guy Demerson était admiré non seulement parce que ses travaux ont fait date,  mais parce qu’il savait toujours, en véritable humaniste, associer humour et sérieux, transmettre et partager, former avec douceur et ferveur, aimant passionnément la recherche et les compagnies savantes de tous âges et de tous niveaux”,

RENÉ LIMOUZIN (1926-2020)

PRIX ÉMILE GUILLAUMIN 1999

CHANTRE DU HAUT LIMOUSIN

Au-fil-de-la-plume• La littérature de terroir limousine vient de perdre une de ses personnalités les plus éminentes avec la disparition de René Limouzin, survenue le 17 novembre, à l’âge de 94 ans. Romancier prolifique, il avait à son actif plusieurs dizaines d’ouvrages, publiés depuis le début des années 1980. Il s’agissait  principalement de romans, mais aussi de quelques  livres de  souvenirs, qui avaient pour cadre les  hautes terres corréziennes, son “pays” natal. Son dernier roman, Chez la Fenotte, venait tout juste de paraître aux éditions de la Veytizou, dont il était depuis longtemps un des auteurs les plus fidèles. Retiré depuis janvier 2020 à l’Ehpad d’Ussel, il continuait chaque matin à se consacrer à l’écriture d’un futur roman qui restera donc inachevé.

LIMOUZIN Viloneux
René Limouzin, violoneux, avec ses parents

• Le romancier, amoureux de son terroir haut-limousin, était né en 1926 à Saint-Pardoux-le-Vieux. Il était issu d’une famille de petits paysans que la  dureté de la vie avait poussés à émigrer dans la capitale. Son père y avait été chauffeur de taxi, prenant le relai de son grand père, jadis conducteur de fiacre. De cette période de sa vie, il avait fait le thème d’un de ses premiers livres, Paris-sur-Sarsonne. Après avoir passé une partie de son enfance à Paris, René Limouzin avait regagné sa province natale, à la mort de sa mère, emportée par  la tuberculose. À onze ans seulement, il avait quitté l’école pour devenir un petit paysan, comme tant d’autres. Une vie qui semblait  lui laisser entrevoir peu d’espoirs mais qui allait le pousser à suivre des cours qui lui permettraient  de devenir, au début des années 1960,  technicien agricole, dans une coopérative spécialisée dans l’élevage ovin. Il terminera son parcours professionnel comme moniteur au Centre d’aide par le travail de Sornac, où il initiait un groupe de  jeunes handicapés à l’élevage ovin.

5edf87f4eee1b_paroles_ancien_rene_limouzin-00_00_14_07-4292480 • Parallèlement au  travail de la terre, au sein de la ferme paternelle,  il avait développé à ses heures perdues son goût à la fois pour la musique et pour l’écriture. Dans son livre, Le bal défendu, il avait raconté comment il avait d’abord appris à jouer du violon, à l’âge de 13-14 ans, auprès de son père, et comment il avait participé à l’animation de ses  premiers bals. Délaissant cet instrument, il s’était ensuite  tourné vers l’accordéon : “Le violon me paraissait désormais de moins en moins un instrument fait pour la danse. L’Albert, avec son petit accordéon diatonique, même sans grand talent, réalisait pour moi ce qui se faisait de mieux en la matière (…). Moi aussi je voulais jouer de l’accordéon. J’obtins cet achat de mon père, sans trop de mal finalement. Il en coûta l’argent réalisé par la vente de notre vache Jolie. Une coquette somme”. Les bals, les mariages se succèderont après guerre, les répétions passant  après le travail de la ferme.

• Si l’amour de la musique l’a toujours animé, c’est pourtant  à l’écriture  qu’il a voué une véritable passion, au point d’y consacrer une part essentielle de ses loisirs. Dès l’adolescence, il avait commencé à coucher sur le papier ses tout premiers écrits. Ce seront d’abord des poèmes, puis des recueils de souvenirs et, enfin, des dizaines de romans. Tous ont pour cadre le Limousin, celui d’avant, mêlant presque toujours des éléments  autobiographiques ou historiques à l’intrigue. Il lui aura toutefois fallu attendre la cinquantaine pour voir ses écrits publiés.

ceux-de-la-platane• Après Ceux de La Platane (1980), un récit historique publié par la revue Lemouzi,  il avait confié ses souvenirs d’enfance et d’adolescence aux éditions des Monédières que venait de fonder, à Treignac, Daniel Borzeix. Le temps des J3, une adolescence paysanne pendant la guerre de 1939-1945 (1983) était sorti deux ans après Paris sur Sarsonne (1981). La suite, ce devait être une succession de romans, entrecoupés par des livres de souvenirs,  publiés pour la plupart aux éditions de la Veytizou,le-temps-des-J3 créées et animées par Pierre Louty. S’il n’est pas question de les mentionner tous, on peut citer :  Les Eaux sauvages (1987),  Le temps des vérités (1991),  Les chemins de terre (1993),  Les moissons de l’hiver (1995),  Une adolescence paysanne pendant la Seconde guerre mondiale (1996),  Le bal des loups (1997),  D’une Toussaint à l’autre (1998),  Les feux de l’automne (2000),  Figures de chez nous (2001),  Les cèpes de la colère (2002),  Les mangeurs de châtaignes (2003),  Vincent, mon grand-père (2005),  Des pas sous la cendre (2006),  Les eaux captives (2007),  L’adieu aux libellules (2008),  La bête de Haute Faye (2009),  Au fil de la plume (2010),  La dernière moisson (2011),  La Marie de la Jeanne (2012),  La gamine des neiges (2013),  Monsieur Antoine (2014),  La garçonne du Rat (2015),  Le bal défendu (2016),  La maison de Broussas (2017),  Louisette, le rêve interrompu (2018). En 2019, avec Le paysan du dimanche, il avait livré un récit très personnel, revenant sur ses liens avec ses parents et avec son épouse, disparue peu de temps auparavant. 

Sans titreromans

René Limouzin• Son dernier roman, Chez la Fenotte, sorti il y a quelques semaines, entraînait le lecteur dans l’univers du dernier bistrot du plateau de Millevaches et René Limouzin en parlait comme d’une satire de la société. À la journaliste de La Montagne qui l’avait rencontré quelques jours à peine avant sa disparition, il avait confié que, dans sa chambre de la maison de retraite d‘Ussel, il s’installait encore  chaque matin devant son ordinateur pour écrire son prochain roman. Il  devait y être question  d’un moulin au fond d’une vallée et d’une meunière qui y était née,  qui y avait travaillé,  et qui entendait  bien y mourir…Son œuvre romanesque lui avait valu d’être couronné par plusieurs prix littéraires  comme le prix Émile-Guillaumin en 1999, pour D’une toussaint, à l’autre (éd. de la Veytizou) et le prix Panazô en 2003 pour Les cèpes de la colère (éd. de la Veytizou).

473_001 À propos  du roman D’une Toussaint à l’autre, les Cahiers Bourbonnais (n° 166) écrivaient, quelques semaines avant qu’il ne soit distingué par le jury du  prix Émile Guillaumin : “René Limouzin voue à sa province natale un attachement sincère. Entre poèmes, livres de souvenirs et romans, il a toujours su mettre en valeur les mille facettes du Limousin, dont il est sans doute l’un des meilleurs connaisseurs. Dans son dernier roman,  il transporte ses lecteurs sur les hautes terres du plateau de Millevaches, pendant les années 60,  à un moment où le monde paysan vacille  sur ses fondements, sans pour autant entrevoir clairement son avenir. La révolution industrielle et la  mécanisation viennent toucher de plein fouet un monde rural jusque là quasi immuable, autarcique. De “vivrière”, l’exploitation devient peu à peu  productrice d’excédents. La France des champs doit céder la place à “l’espace rural” De cette période charnière, René Limouzin  aurait pu faire un véritable livre d’histoire. Il a choisi pourtant le canal du roman, avec pour cadre le petit monde de Chavagnac”. L’article se concluait ainsi : “ À travers les pages de ce roman de terroir, au bon sens du terme, on prend conscience  que, pour l’auteur, l’homme est au centre de tout. Quiconque voudra avoir une idée  de ce qu’a été la grande mutation rurale des années 60, dans la France profonde, aura intérêt à lire ce roman, avant de s’attaquer aux travaux des sociologues, économistes et autres historiens”.

rt

Z almananch 2009• René Limouzin, qui était passionné par tout ce qui touchait à  l’histoire limousine, était devenu  membre-correspondant de Lemouzi, la Société historique et régionaliste du Bas-Limousin qui avait publié ses tout premiers écrits. En tant qu’auteur-parolier et compositeur, il était  membre de la SACEM, tout en assumant une collaboration avec  France-bleu Limousin. On lui doit aussi l’écriture de  saynètes pour le groupe folklorique Les Compagnons de la joie au village (Ussel), fondé après guerre par l’abbé Buge,  en même temps que les textes du Petit almanach de la joie au village publié chaque année par le groupe. Il donnait également, à intervalle  régulier, des articles pour l’édition limousine de La Montagne et pour des publications à vocation agricole.

• Pour Pierre Louty, fondateur des éditions de la Veytizou qui l’a accompagné pendant trois décennies, René Limouzin qui était animé d’une sagesse et d’une bonté légendaires, aura été  “ un conteur incomparable, amoureux de son terroir, de ses racines profondes”. Et de conclure que les éditions de la Veytizou viennent de perdre ainsi “une de leurs figures les plus populaires, un écrivain authentique et attachant”. Ses obsèques se sont déroulées le 21 novembre, en l’église d’Ussel, suivies de l’inhumation au cimetière de Saint-Pardoux-le-Neuf.

DANIEL CORDIER

UN PASSAGE PAR MONTLUÇON, EN JUILLET 1942

TROIS JOURS AVANT SA RENCONTRE AVEC REX – JEAN MOULIN

Daniel_Cordier-280x272• Le 20 novembre, on a appris la disparition, à l’âge de 100 ans, de Daniel Cordier, avant dernier Compagnon de la libération encore en vie,  qui fut le  secrétaire de  Jean Moulin, entre juillet 1942 et juin 1943.Dans ses mémoires, Alias Caracalla, (éditions Gallimard, 2009), il évoque son bref passage par Montluçon (p. 310 à 319), entre son parachutage dans la nuit du 25 au 26 juillet 1942, à 2 h 00 du matin, sur le terrain de Coursages, à Quinssaines, et son départ par le train de 8 h 00 pour Lyon, le 27 juillet. Trois jours plus tard, il entrera en relation pour la première fois avec Rex, c’est à dire Jean Moulin, dont il deviendra le secrétaire jusqu’en juin 1943, date de l’arrestation de Jean Moulin à Caluire.

Pierre_Kaan,_passport_photo,_circa_1935
Pierre Kaan (1903-1945)

• Lors de son parachutage, il avait été réceptionné par plusieurs résistants de  la région de Montluçon :  Raymond Tronche (1913-1990) (responsable départemental du Centre des opérations de parachutages et d’aterrissages,  et futur secrétaire adjoint de la mairie de Montluçon), Pierre Kaan (1903-1945) (professeur de philosophie au lycée de garçons, révoqué par le régime de Vichy et mort en déportation), René Ribière (1910-1995) (futur président du Comité départemental de libération, maire de Montluçon de mai 1945 à juin 1946, propriétaire après guerre du journal Centre Républicain, devenu Centre Matin, et de son imprimerie). Il y avait aussi le docteur Jean Billaud (1904-1943) qui soigna sur place un autre parachuté, Jean Ayral, qui s’était mal réceptionné. Jean Billaud, médecin installé en Ville-Gozet, surnommé “le médecin des pauvres”, impliqué dans la résistance, devait décéder en 1943 et plus de 10 000 personnes  assistèrent à ses obsèques. Était aussi présent un autre résistant, nommé Favardin.

• À Montluçon, Daniel Cordier a été hébergé chez un employé de la SNCF, Georges Vimal, dont la maison de situait au 65 avenue de Néris, l’actuelle avenue du Président Kennedy. C’est là qu’il  passe la journée du dimanche 26 juillet. Son hôte lui parle alors des cérémonies clandestines qui ont eu lieu au cimetière Saint-Paul,  en mémoire de Marx Dormoy, assassiné un an plus tôt, à Montélimar.

phpFQ08BN
Daniel Cordier, à Paris, en 1945 (Musée de l’ordre de la Libération)

 • Le lundi 27 juillet, au matin, muni de faux papiers au nom de “ Charles Daguerre, journaliste, né le 10 août 1920, à Péronne”, Daniel Cordier prend le train pour Lyon, en compagnie de Briant, l’un des deux  résistants parachutés avec luitéléchargement. C’est une certaine “Claudine”, agent de liaison dans la résistance, qui les a conduits à la gare: « Nous la suivons à pied vers la gare, nos valises à la main. Elle nous a recommandé de ne rien garder de compromettant sur nous et nous nous sommes séparés à regret de nos armes, cachées au fond des valises« .  Cordier et Briant, déjeunent en sa compagnie à la terrasse d’un  café, face à la gare. Au passage, le garçon de café leur parle d’un fermier des environs qui a été réveillé par le bruit d’un avion, rasant le toit de sa maison et dont seraient sortis trois parachutistes, la nuit précédente : “J’espère qu’ils sont bien planqués”, conclut-il. Peu à peu, la terrasse se remplit et, à son grand soulagement, Daniel Cordier qui craignait qu’on ne les  suspecte, constate que la conversation porte essentiellement sur le succès de la manifestation de la veille.

jean-moulin
Jean Moulin, alias Rex

• Parti de Montluçon, à 8 h 00, le train arrivera à Lyon, dans l’après-midi. En s’installant dans le logement mis à disposition par une dame  “visiblement terrorisée”, Daniel Cordier écrit : “ Elle nous prépare un repas frugal qu’elle partage avec nous. Elle parle peu et garde quelque chose de pincé. Quel contraste avec l’accueil bon enfant et plein de considération du couple de Montluçon !” . Trois jours plus tard, le jeudi 30 juillet, Daniel Cordier  qui vient de s’installer dans un nouveau logement, entre pour la première fois en contact avec “Rex, cet inconnu”. Pendant onze mois, il sera le secrétaire de Rex – Jean Moulin…

Pour en savoir plus… on pourra se  plonger dans ce livre passionnant et plein de lucidité  de Daniel Cordier qu’est Alias Caracalla (éditions Gallimard).  En plus de 900 pages, on suit son parcours, depuis le 17 juin 1940, date à laquelle il apprend la demande d’armistice faite par le maréchal Pétain, jusqu’au 22 juin 1943, après l’arrestation de Jean Moulin, à Caluire. Précisons qu’il existe aussi une version Poche, publiée également  par Gallimard dans la collection Folio.

DEUX LIVRES EN HOMMAGE À SAMUEL PATY

ENSEIGNER LA LIBERTÉ, CE PROF QUI A CHANGÉ MA VIE

ET “ MON PROF, CE HÉROS

montagne• Les Editions Robert Laffont et Pocket ont publié, le 26 novembre, un ouvrage en  hommage à Samuel Paty, professeur d’histoire géographie, victime d’un attentat islamiste, le 16 octobre. Samuel Paty avait effectué une partie de sa scolarité à Moulins et c’est au lycée Banville qu’il avait passé son bac, avant de s’orienter vers des études supérieures. Intitulé Enseigner la liberté : Lettre à ce prof qui a changé ma vie (1 vol. br, 160 p, 5 €), le livre   se veut un plaidoyer pour la défense de la liberté,  de l’accès à l’information, à l’éducation et à la culture. Une quarantaine d’écrivains, de journalistes, d’hommes et femmes politiques, de personnalités du monde des médias et de la culture, ont accepté de contribuer  au projet en racontant comment un(e) de leurs professeur(e)s a changé leur vie. Parmi les contributeurs, figurent notamment Abd al Malik, Charles Berling, Nicolas Beuglet, Françoise Bourdin, Marie Darieussecq, Raphaëlle Giordano, Caroline Laurent, Marc Levy, Nicolas Mathieu, Thibault de Montaigu, Mathias Malzieu, Agnès Martin-Lugand, Bernard Minier, Camille Pasca, Tatiana de Rosnay, Josef Schovanec, Christiane Taubira, Sylvie Testud et Philippe Torreton .Les bénéfices de l’édition iront à  l’association Bibliothèques sans frontières, qui milite pour l’accès à la lecture

9782258195769ORIAutre livre hommage préfacé par Sofia Bengana, Mon prof ce héros (1 vol. br, 176 p, 12 €), publié par les Presses de la Cité le 3 décembre. Les bénéfices issus de la vente de cet ouvrage seront intégralement reversés à la Fondation Egalité des Chances – Institut de France qui, depuis 2012, œuvre à “réaliser le potentiel des élèves issus des zones rurales, périurbaines et urbaines les plus défavorisées”. Parmi les contributeurs, l’historien Michel Winock écrit : “L’exercice de la liberté d’expression ne va pas de soi pour les jeunes esprits mieux disposés aux certitudes, religieuses et autres, qu’au dialogue. (…) L’exemple de Samuel Paty montre que nombreux sont les enseignants qui s’y appliquent”. Au fil des portraits d’enseignants, on trouve celui d’Alexis Philonenko, personnage haut en couleur, raconté par le romancier Anthony Palou. L’ouvrage s’achève par un texte de Jean d’Ormesson sur ses “grands professeurs”  qu’il a croisés à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, et qui l’ont “introduit dans un royaume inconnu (…) le royaume de la pensée, le royaume du langage, de la parole et des mots”. Franz Olivier Giesbert, Michel Bussi, Christian Laborie, Jean-Guy Soumy, Philippe Labro ou encore Yves Viollier et Josyane Savigneau ont aussi accepté de participer à ce livre – hommage.

• La médiathèque de Moulins Communauté, place De Lattre-de-Tassigny à Moulins,  devrait bientôt s’appeler Médiathèque Samuel Paty. C’est le souhait de Pierre-André Périssol, président de Moulins Communauté, qui devait en faire  la proposition aux élus, le  10 décembre, lors du  conseil communautaire. La cérémonie officielle au cours de laquelle sera dévoilée la plaque commémorative devrait se tenir en janvier ou février, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.

ÉMILE GUILLAUMIN

ET “L’ADMIRABLE VIE  D’UN SIMPLE

vie-simple-Emile-Guillemin• Prenant prétexte de l’attribution du prix Renaudot à Marie-Hélène Lafon, Hervé Bel a choisi de consacrer sa rubrique Les ensablés, publiée sur le site ActuaLitté, à ce qu’il appelle les  “ romans paysansqui ont  décroché ou qui ont  failli décrocher un grand prix littéraire. L’article publié le 6 décembre met à l’honneur La vie d’un simple, d’Émile Guillaumin, auquel échappa de peu le prix Goncourt 1904: “Le prix Renaudot 2020 attribué à Marie-Hélène Lafon pour “Histoire du fils” nous rappelle que les romans paysans ont souvent recueilli le suffrage des prix littéraires. Récemment, nous évoquions “Campagne” de Raymonde Vincent récompensée en 1937 par le prix Femina. Cette même année, Jean Rogissart avec son roman “Mervale” obtenait le Renaudot… Aujourd’hui, nous parlerons de l’admirable “Vie d’un simple” d’Emile Guillaumin qui, par sa facture, fait aussitôt penser à “Marie-Claire” (Prix Femina 1910) de Marguerite Audoux”…► Lire la suite sur le site ActuaLitté

• C’est l’occasion de rappeler que dans la même rubrique Les Ensablés, Elisabeth Guichard-Roche avait consacré un autre article à René Fallet, sous le titre Le vélo de René Fallet (septembre 2020) dont Vu du Bourbonnais s’était fait l’écho. Enfin sur le même site, on pourra retrouver une analyse sur La maternelle, le roman de Léon Frapié (1863-1949) qui avait été préféré par le jury du prix Goncourt 1904 aux œuvres d’Émile Guillaumin et de Charles-Louis Philippe. 

CHARLES-LOUIS PHILIPPE

L’INDISPENSABLE REDYNAMISATION DU MUSÉE

878_001• Les Amis de Charles-Louis Philippe, association fondée en 1935, ont tenu leur assemblée générale en octobre, sous la présidence de  Louis Vieillard-Baron. Ils se sont notamment penchés sur la question de la redynamisation du Musée dédié à l’écrivain, dans sa maison natale. Un musée qui, selon les propos du président “ne fait plus recette”.  Propriété de la commune depuis 1970, la maison abrite le musée consacré à l’écrivain et à son œuvre depuis 1973. Il a été classé Musée de France en 2002, avant d’être labellisé  Maison des illustres en 2012. Des signes de reconnaissance qui ne suffisent toutefois pas à attirer le public.

• Pour moderniser le site, outre des travaux de restauration à réaliser,  il faudrait après réalisation d’un inventaire complet, revoir entièrement la scénographie, avec  un DVD qui serait projeté lors des visites. Si la volonté de rendre le musée plus attractif fait l’unanimité, il reste à réunir les financements. L’inventaire du fonds muséal qui demandera au moins trois mois, a été confié à  Maeva Cazor. Titulaire  d’un diplôme universitaire des métiers du livre et d’une licence de Lettres modernes, elle   assure l’accueil du public depuis deux ans.

• Parmi les autres projets abordés, figurent la création d’un site Internet dédié à l’association, la réédition du livre de  Simone Raynaud (Charles-Louis Philippe (1874-1909), le regard pénétrant du cœur), la création d’un circuit touristique  mettant en réseau Hérisson, Ainay-le-Château et Cérilly, ainsi que la concrétisation d’une fédération des associations existant en pays de Tronçais (La société des amis de la Forêt de Tronçais, Mémoire de Cérilly, l’Association François Péron et les Amis de Charles-Louis Philippe).

ANTOINE PAILLET

L’IDENTITÉ BOURBONNAISE…BOUSCULÉE

téléchargement• Dans son édition du 19 novembre, La Semaine de l’Allier est revenu sur l’ouvrage d’Antoine Paillet, La fabrique d’une province française, le Bourbonnais, publié au printemps dernier par les éditions Bleu Autour (568 p, 35 €). Dans le chapeau de l’article, Éva Simonnot le présente ainsi : “Le livre qui bouscule l’Allier. Le Bourbonnais, une identité “fabriquée” ? 569 pages pour dé-confiner l’esprit. Avec “Fabrique d’une province française. Le Bourbonnais”, l’historien Antoine Paillet joue les iconoclastes sur la question de l’identité de notre territoire”. C’est l’occasion pour l’auteur de faire quelques mises au point sur le fil conducteur de son livre qui avait suscité des “ montées de température” sur les réseaux sociaux qui l’avaient évoqué. Pour la journaliste, “c’est le résultat d’un long travail de recherche et de réflexion menée depuis vingt ans (…) un ouvrage passionnant d’historiographie sur l’histoire de l’identité bourbonnaise. Dans ce livre  extrêmement fouillé et enrichi de documents historiques inédits, il met à rude épreuve les fondamentaux de notre identité bourbonnaise en expliquant qu’elle est le résultat d’une idée extrêmement récente, réinventée par des intellectuels du XIXè siècle”. Ce que l’historien résume par une formule simple : Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’identité bourbonnaise. Je dis qu’elle se fonde sur des idées erronées”, ce que son livre entend démonter.

232_001• Selon l’historien,  cette création d’identité “unique en Frances’appuierait sur deux méthodes. D’abord la méthode par réduction : la Montagne bourbonnaise n’est qu’une partie  des Monts de la Madeleine, tout comme la Limagne bourbonnaise ne se distingue pas de la Limagne auvergnate, pas plus que la Combraille bourbonnaise ne diffère des Combrailles. Autre exemple : l’emblématique pâté aux pommes de terre ne serait en réalité qu’une “variante pas si éloignée du pâté berrichon134_001”. La seconde méthode serait le recours à une “nationalisation forcée”, à l’image du “chapeau à deux bonjours devenu l’emblème de toutes nos confréries bourbonnaises (alors qu’il) n’était, à son origine, porté  que dans les groupes folkloriques de Moulins”. Rejetant toute intention de  bâtir “une contre histoire”, Antoine Paillet réitère sa volonté d’analyser “avec objectivité comment on a construit intellectuellement le Bourbonnais à partir du XIXè siècle”, avec l’avènement du romantisme, Achille Allier en tête.

MAURICE GENEVOIX 

 UNE ENTRÉE AU PANTHÉON EN PRÉSENCE D’UN  PUBLIC RESTREINT

gravement-blesse-en-1915-maurice-genevoix-a-porte-la-voix-des-poilus-a-travers-son-ouvrage-ceux-de-14-photo-er-1541439501• À l’occasion de l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix (1890-1980), programmée le 11 novembre 2020, Bruno Cabanes  (L’Histoire –n°477 – novembre 2020) est revenu sur Ceux de 14, la réunion de cinq ouvrages de l’écrivain  originaire de Decize (Nièvre), combattant de la grande guerre, grièvement blessé lors de la bataille des Éparges le 25 avril 1915. Il s’agit de Sous Verdun, paru dès 1916, et de Nuits de guerre (1917), Au seuil des guitounes (1918), La Boue (1921) et  Les Éparges (1923). C’est seulement en 1949 qu’ils ont été regroupés sous le titre générique de Ceux de 14, Genevoix ayant alors suivi la suggestion que lui avait faite l’écrivain Jean Guéhenno, ancien combattant et normalien comme lui. Pour Bruno Cabanes, “ces récits écrits sur plusieurs années forment une œְuvre cohérentel’observation minutieuse du quotidien des soldats d’infanterie se mêle à un cheminement intérieur, Les Éparges étant sans doute le volume le plus sombre, marqué par la mort de nombreux camarades de combat. En écrivant, Genevoix cherchait d’abord à éviter qu’ils tombent dans l’oubli et meurent une seconde fois. Son œuvre est un mémorial”, comme en témoigne la dédicace “à (ses) camarades du 106ème, en fidélité. À la mémoire des morts et au passé des  survivants”.

•  Malgré la situation sanitaire, la cérémonie à laquelle 500 personnes avaient été invitées à divers titres, aura bien lieu, mais il a été décidé qu’elle se ferait en l’absence du public. Quant à la retransmission par France 2, elle a été confirmée.  Sur Facebook, Julien Larère-Genevoix, petit-fils de l’écrivain, a écrit: “Nous aurions aimé vous avoir avec nous pour partager ce moment. Je sais que nombre d’entre vous attendiez cette cérémonie avec impatience. Les conditions sanitaires et sécuritaires ont malheureusement changé la donne. Je regrette cette panthéonisation particulière, mais veux croire sincèrement et profondément que son maintien est essentiel dans les heures que nous vivons.” Décidée en 2018 par Emmanuel Macron, l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix se veut comme  un hommage à tous les combattants de la Première Guerre mondiale. Prévue initialement en novembre 2019, elle avait déjà  été reportée en 2020, afin de coïncider avec les 100 ans de l’inhumation du Soldat Inconnu sous l’Arc de Triomphe. 

104589349_116082210146173_533434759158811495_n__670x248

• Pour accompagner cet évènement national, l’association des amis de Maurice Genevoix avait  décidé d’organiser un spectacle intitulé Maurice Genevoix, de Loire et de gloire, destiné à lui rentre hommage. « L’idée, c’est vraiment qu’il puisse se passer quelque chose aussi en région Centre-Val de Loire, et notamment dans la fameuse maison des Vernelles, où vécut l’écrivain », expliquait Vianney Mallein, concepteur artistique du spectacle. Les représentations ont eu lieu les 25, 26 et 27 septembre dans la propriété familiale de Saint-Denis-de-l’Hôtel (Loiret).

ceux_de_14_small• Quant à la question de savoir ce qu’il  reste un siècle plus tard de Ceux de 14, Bruno Cabanes considère que  cette œuvre  “ frappe par la précision de son regard  qui rend compte de la vie des hommes et des paysages de la guerre. Son écriture et notamment ses dialogues restent saisissants, tant la langue des combattants  est rendue dans une apparente crudité. Mais, ajoute le critique,  la puissance de l’œuvre de Genevoix transcende ces simples descriptions. Elle reste pour son humanisme, son attention aux individus”. Auteur d’une trentaine de romans, prix Goncourt 1925 pour Raboliot, Maurice Genevoix a été élu en 1946 à l’académie française, dont il a été le secrétaire perpétuel.

• “L’ÉCRIVAIN DE 14-18

AUTANT QUE L’ÉCRIVAIN DU FLEUVE ROYAL

• “Maurice Genevoix fut l’écrivain du conflit de 14-18 autant que l’écrivain du fleuve royal. Plume de la guerre et de la Loire. La Loire fut au centre de la vie de Maurice Genevoix. Écrivain des soldats de 14-18 dont il raconta la mort, ce grand auteur, né à Decize dans la Nièvre, a célébré la vie et son amour pour le fleuve royal“…C’est ainsi que  Christine Balle introduit le long article qu’elle lui a consacré pour Centre-France Dimanche (8/11), à quelques jours de son entrée au Panthéon. numerisation0001Elle s’appuie notamment  sur les travaux de Jean-Louis  Balleret, historien nivernais, passionné  des grands écrivains de la région, qui est à l’origine d’un numéro de la revue nivernaise La Camosine (n° 163 – 2016) entièrement consacré à l’écrivain et ancien combattant. Né  à Decize, après son enfance à Châteauneuf-sur-Loire, Maurice Genevoix a passé une grande partie de sa vie  aux Vernelles, sur la commune de Saint-Denis-de-l’Hôtel, où il avait installé son bureau face à la Loire. Le fleuve   quiest restée l’axe de son existence. Celui qui avait fait “ une éternelle déclaration d’amour à la Loire“, selon l’expression de Julien Larère-Genevoix, son petit-fils, n’en a pour autant jamais oublié  Decize, la ville qui “tint en effet une grande place dans sa mémoire, avec Châteauneuf sur-Loire où se trouve la maison de son père”.

ZZ doc
Decize, Châteauneuf-sur-Loire et Saint-Denis-de-l’Hôtel, trois grands pôles de la vie de l’écrivain

Maurice Genevoix, rappelle Christine Balle, a toujours répondu aux appels de Decize,  n’hésitant pas “ lorsque sa route le conduit dans la région, à faire un détour par sa ville natale ou rendre visite à ses cousins de Decize ou Nevers”. La ville de Decize lui avait d’ailleurs  rendu hommage dès 1974, en attribuant son nom, de son vivant, à sa cité scolaire. Quant à la question de savoir qui sera honoré par la cérémonie du Panthéon, il ne fait aucun doute pour Jean-Louis Balleret que c’est d’abord “le plus grand écrivain de la guerre de 14-18”. Avec toutefois une nuance, mais de taille : “S’il n’avait écrit que sur la guerre, cela aurait-il suffi ? Car après avoir été l’écrivain de la mort, il est devenu l’écrivain de la vie. C’est un miraculé”.

• UNE MINE DE DOCUMENTS

À EXPLORER SUR LE SITE DE LA BnF

GENEVOIX bnf

• Sur le site de la BnF, Gallica propose une série de documents sur Maurice Genevoix. On peut par exemple découvrir un autoportrait et une lettre de sa main, écouter son témoignage dans un documentaire sur les survivants de la Grande Guerre, mais aussi  retrouver plusieurs préfaces rédigées par lui. C’est aussi l’occasion de parcourir des articles de presse reflétant les aspects de sa carrière d’écrivain en même temps que  sa volonté de témoigner des épreuves de la guerre. En complément, figurent des sélections de documents dédiés à la Première Guerre mondiale, aux images de ce conflit mondial et à la presse des anciens combattants.

ANNE WACHSMANN

SUR LES TRACES DE SA FAMILLE

À NÉRIS-LES-BAINS, ENTRE 1940 et 1944.

téléchargement• Après avoir eu accès par hasard à une centaine de cartes postales échangées pendant la seconde guerre mondiale  entre son père, qui était  alors enfant,  et son grand-père, Anne Wachsmann  a d’abord souhaité en tirer une modeste chronologie familiale. En tête, nombre de ces cartes mentionnaient  “La Roseraie”, un nom mystérieux pour elle. Elle n’imaginait pas que cette découverte allait la conduire à la rédaction d’un véritable livre qui raconterait  les tribulations d’une famille juive alsacienne pendant et après la guerre (Ces excellents français. Une famille juive sous l’Occupation, 371 p, illustrations,  éditions La Nuée Bleue). Au fur et à mesure de la mise au jour de nouveaux documents, elle dit avoir ressenti un besoin de “ plonger de façon obsessionnelle dans l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale et la micro-histoire familiale”. Désormais, elle souhaitait comprendre comment cette famille bourgeoise avait réussi à déployer des stratégies de survie : “ Aucun d’entre eux n’était révolutionnaire, ni même engagé politiquement : il s’agissait de gens ordinaires qui échappèrent aux persécutions et à l’extermination des juifs grâce à leur entregent, leur capacité d’adaptation et, il faut bien le reconnaître, une grande part de chance.

images
Ane Wachsmann

• Son récit commence par l’évacuation précipitée de près de 600.000 Alsaciens et Lorrains vers le sud-ouest de la France. Un exil traumatisant qui coïncide avec l’entrée en guerre de la France, mais que son arrière  grand-père paternel, Adolphe Frank, avait  anticipé. Il avait décidé, dès le mois de mai 1939, de louer une belle villa, La Roseraie, située près de la place Saint-Georges, à Néris-les-Bains,une station thermale endormie de l’Allier”, écrit l’auteure. Sur les 400 pages du livre, près de la moitié renvoient à ce long séjour nérisien. Malgré les lois antisémites qui se succéderont dans le prolongement du premier statut des juifs d’octobre 1940, et en dépit d’une propagande effroyable dans la presse de la collaboration et des  nombreux recensements auquel il doit se soumettre, Adolphe Frank parviendra  à y passer toute la guerre. Y compris après novembre 1942, lors de  l’invasion de la zone libre dans laquelle se trouvait Néris-les-Bains.

744_001
La Roseraie, à Néris-les-Bains, refuge d’Adolphe Frank, de 1939 à 1944

• Le reste de sa famille, dont chaque membre représentait, à plusieurs titres cette“ anti-France” honnie par le régime de Vichy et par les nazis,  est contrainte de se disperser. Ils vont alors côtoyer ces “Excellents Français”, chantés par   Maurice Chevalier, pendant la drôle de guerre. Ils vont aussi croiser ceux  que Pierre Dac appellera  la “racaille honteuse”, dans un pastiche de cette même chanson, diffusé sur les ondes de Radio Londres en 1943.

Numérisation_20201020 (9)
Les Cahiers bourbonnais (n° 186)

• Dès octobre 1940, Ernest Frank (1909-2003), le grand-oncle de l’auteure,  docteur en droit, se retrouve exclu de la magistrature à la suite du premier statut des juifs d’octobre 1940. Il en tirera rapidement les conséquences en s’engageant dans la Résistance, à l’insu de son père et de sa famille. Il deviendra le Commandant Fabre, chef  d’état-major des F.F.I. de l’Allier. Il participera notamment, le 27 juillet 1944, à la fameuse attaque de l’hôtel de l’Ecu à Montluçon, qui servait de repère aux militants du PPF de Jacques Doriot et à la tristement célèbre “bande à Lamy” qui écumait la ville. Un mois plus tard, avec ces mêmes FFI, il jouera un rôle important dans la libération de la ville puis dans celle du département de l’Allier, à la tête de 27 formations de la résistance, regroupant  2 700 hommes. Après la Libération, il reprendra une longue et brillante carrière dans la magistrature, comme  président de la cour d’appel de Colmar puis, en 1981, comme président de la 1ère chambre civile de la Cour de cassation.

• Son grand-père Poldi, avocat à Strasbourg, choisira de s’installer avec sa famille, d’abord à Agen puis à Grenoble, considéré comme un “paradis des juifs”, au moins  jusqu’à la défaite italienne, en septembre 1943. Une défaite qui  vire au cauchemar,  sous l’action de miliciens fanatisés. Pourtant, Poldi réussira à conserver son travail de juriste, en contradiction avec l’interdiction qui était faite aux juifs depuis 1941 d’occuper des emplois autres que subalternes. Pourquoi et comment y est-il parvenu ? C’est l’une des nombreuses énigmes sur laquelle s’est penchée  l’auteure.  Quelquefois, la situation peut virer à l’absurde, comme lorsque le père d’Anne Wachsmann se voit couronné au lycée d’Agen par un second prix de chant, après avoir interprété… “Maréchal nous voilà”, l’hymne quasi-officiel de l’État français.

image01
La libération de l’Alsace – Affiche du  service cinématographique de l’armée

• Anne Wachsmann s’intéresse aussi au retour de sa famille  à Strasbourg, au terme de six ans d’absence et de tribulations. Un moment difficile à vivre : les meubles ont disparu pour se retrouver chez le voisin, l’appartement est en ruine, tandis que la clientèle du grand-père Poldi s’est dispersée, au point qu’il faudra pratiquement repartir à zéro. Clin d’œil de l’histoire en forme de vengeance dérisoire,  faute de papier, il utilisera longtemps encore après la fin de la guerre, en guise de brouillon, des rames de papier à en-tête de la Gestapo abandonnées par les nazis dans son logement.

► Lire la critique du livre d’Anne Wachsmann publié sur le site Grégoire de Tours

PAUL MORAND À VICHY (1942-1943)

LE JOURNAL D’UN “PÉTAINISTE PRESSÉ ”

“VICHYSTE À L’HÔTEL DU PARC, ANTISÉMITE PARTOUT”

122_001• Dans le supplément littéraire du journal Le Monde (6/11), Laurent Joly, historien spécialiste de la France sous l’Occupation et de l’antisémitisme, a publié une longue analyse du premier tome du Journal de guerre de Paul Morand qui couvre la période 1939-1943 (édition établie et annotée  par Bénédicte Vergez-Chaignon, 1028 p, éd. Gallimard, Les cahiers de la NRF, 27 €). En introduction de son article intitulé “Paul Morand, pétainiste pressé”, Laurent Joly écrit : “Le journal de guerre de l’auteur de “La route des Indes” est enfin publié. Un premier tome (1939-1943) le découvre défaitiste à Londres, vichyste à Paris puis à l’Hôtel du Parc, antisémite partout”. Et de préciser immédiatement que “la publication de ce Journal de guerre accablera les fans de Paul Morand et donnera du grain à moudre à ses adversaires par ce qu’elle révèle de la corruption morale de la collaboration”.

Morand journal• Ce journal est régulièrement tenu par Paul Morand, de mai à juillet 1940, puis sporadiquement jusqu’en mai 1942 et, enfin, quasi quotidiennement, jusqu’au 25 août 1943, alors qu’il est à Vichy. L’ensemble avait été confié par l’écrivain lui-même à la Bibliothèque nationale, au début des années 1970, avec la condition de “n’ouvrir sous aucun prétexte avant l’an 2000”. Lorsque la guerre éclate, il est à Londres, depuis août 1939, en tant que chef  de la mission française de guerre économique. Il porte sur l’effondrement de mai – juin 1940 un regard qui est “le parfait reflet de son monde, celui des écrivains réactionnaires (…) sur fond de mépris pour la démocratie, d’antisémitisme débridé et d’engouement pour les fascismes” Il n’est donc pas étonnant, souligne Laurent Joly, que le  défaitiste qu’il est exècre Churchill, s’agace du volontarisme de  Jean Monnet, tout en admirant le militarisme allemand et en voyant dans le général de Gaulleune dissidence truffée d’aventuriers et de juifs ratatinés”.

072_001• Revenu en France, non sans avoir auparavant dénoncé    ses collègues anglophiles de l’ambassade, il décide de se rendre à Vichy, en quête de reconnaissance mais aussi de promotion. Or il n’aura ni l’une ni l’autre : “ Au sein du ministère des affaires étrangères, on déplore la bassesse du procédé et la désinvolture de son auteur”. Il regagne alors Paris, pour ne revenir  Vichy qu’après le retour de Pierre Laval, en avril 1942. Une ville dont il avait pourtant écrit en décembre 1941 que “la nourriture est très mauvaise. La vie sinistre”.  Celui qu’il appelle “le président Laval”, dont il devient un des membres du “clan”, lui propose, en attendant qu’une ambassade se libère, un poste de “chargé de mission”.

• Ce séjour vichyssois pèse lourd dans ce journal puisqu’il en occupe  600 pages sur les 730 du journal. L’écrivain se délecte de la “popote” de l’hôtel du Parc où il a ses habitudes, ce qui en apprend long sur l’état d’esprit qui règne au sommet de l’État Français : “À l’heure du déjeuner,  le romancier y enregistre les conversations les plus instructives, les plus accablantes  quant à la mentalité de Laval et l’état d’esprit corrompu de son entourage”.  Entre “rumeurs, intrigues incessantes, coteries et bavardages stériles, le chargé de mission n’a rien à faire”, fréquentant “les sous-ministres les plus désœuvrés”.

743_001• Au passage, Paul Morand apporte un témoignage capital sur le rôle et la responsabilité  de l’État Français dans la Shoah. Il détruit le mythe d’un état qui aurait sacrifié les juifs étrangers pour mieux protéger les juifs français. Les pages consacrées au“ problème juif”, note Laurent Joly, “d’une authenticité incontestable (…) révèlent un état d’esprit accablant, mêlant cynisme hâbleur, mauvaise conscience agressive et humour poisseux. Le vase clos de Vichy dans ce qu’il avait de pire”. 

220px-René_Bousquet,_Carl_Oberg,_Herberg_Hagen_1942

• On y croise un Pierre Laval, déclarant en petit comité, le 15 août 1942, que “l’alignement du problème juif français sur le problème juif allemand ne nous coûte rien et n’a pour nous que des avantages. Le sol seul compte”. Quant à René Bousquet, chef de la police (à gauche sur la photo ci-contre), Paul Morand rapporte ses péroraisons sur les juifs, à la popote, le 31 aout 1942 : “Je les sonne dur pour qu’ils comprennent. J’en ai liquidé 13 000,  et continuerai jusqu’à ce qu’ils se calment”. Des propos auxquels Paul Morand souscrit pleinement, tout comme il s’indigne avec René Bousquet face aux protestations  émanant d’une partie de l’Église.

• Autre légende qui vole en éclat, celle de la prétendue ignorance du devenir des juifs déportés : “Quant aux juifs, il n’en reste presque plus, écrit Paul Morand, le 23 octobre 1942.On dit à Vichy couramment, ajoute-t-il, qu’ils ont été gazés dans leurs baraquements”. On ne s’étonnera donc pas que le sinistre Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général  aux questions juives, trouve grâce aux  yeux de  cet “antisémite chevronné”, au point que Paul Morand voit en lui “un homme intelligent, courageux et de bon sens”.

• Paul Morand devra  patienter à Vichy  jusqu’au 29 juin 1943 pour que vienne l’heure de la récompense : le chargé de mission est nommé ambassadeur de France à Bucarest, le titulaire du poste venant de passer à la dissidence. En 1944, lorsque l’Occupation s’achève, Paul Morand est à Berne, toujours en tant qu’ambassadeur. Cette fois-ci, il jugera plus prudent de s’y mettre quelque temps à l’abri, avant d’alterner les séjours entre Vevey et Paris.

310px-Le_statut_des_Juifs_est_promulgué_-_Le_MatinL’antisémitisme distillé par Paul Morand, au fil des pages de son Journal,  a été pointé  par la plupart des critiques.  Eric Roussel  qui titre son compte-rendu du Figaro littéraire (29 octobre)  “Paul Morand, triste diariste de Vichy”,   écrit : “Comment admettre que l’admirable auteur de Milady, du Prisonnier de Cintra ou de Venises ait pu être aussi le triste et accablant diariste du régime de Vichy? Comme Céline, Morand semble avoir vécu en partie double, l’œuvre surclassant l’homme avec éclat”.  Laurent Theis, dans le Point (29 octobre)  considère que  “Ce premier tome nous révèle un Morand reporter, croquant le Tout-Vichy…Entre aveuglement et indifférence”.   Par ailleurs, la publication de ce Journal  permet de rappeler que Paul Morand fut un ami de Valery Larbaud. Tous les deux étaient de grands voyageurs, même si ce dernier se cantonna à l’Angleterre, à  l’Espagne,  à  l’Italie et, un peu, au Portugal. Ils étaient l’un et l’autre des “adeptes du dandysme intérieur”, selon la formule de Michel Bulteau.

►  Voir d’autres critiques du Journal de Paul Morand, sur le site des éditions Gallimard.

Morand biog dreyfus• Signalons que, en même temps que ce Journal, vient de paraître la biographie de Paul Morand, par l’historienne Pauline Dreyfus (484 p, éd. Gallimard, NRF Biographies , 24 €) : “Pauline Dreyfus signe une biographie de Paul Morand qui, sans être à charge, ne cache rien de sa part d’ombre et souligne l’importance de la littérature dans son existence ”, écrit Jean-Louis Jeannelle (Le Monde – 6/11) qui ajoute : “Son vichysme jamais renié  lui valut un long exil en Suisse, après guerre. Toute la difficulté, souligne la biographe,  est que Morand n’a pas publiquement appelé à collaborer, comme Brasillach ou à imposer des mesures antisémites, comme Céline. Ses haines, nous les connaissons surtout à travers ses écrits posthumes”. C’est ce qui explique  le véto longtemps mis par le général de Gaulle à son entrée à l’académie française. Véto finalement levé en 1968 et qui lui permit de siéger Quai Conti jusqu’à son décès en 1976.

BERNARD MOULIN

LE PARLER DE COUTANSOUZE, DE L’ÉCRIT À L’ORAL

Numérisation_20201020 (7)• En 2007, Bernard Moulin, originaire de la région de Bellenaves, avait publié aux éditions des Cahiers Bourbonnais un livre intitulé Du verger de ma mémoire, vécu, oublié… et retrouvé : Locutions et lexique en Combraille bourbonnaise (Aux Chaumes de Coutansouze) Cet ouvrage comportait  un lexique et des textes de la région de Coutansouze et de communes proches : Chirat-l’Église, Lalizolle, Bellenaves, Vernusse, Blomard, Chezelle, Louroux-de-Bouble, Lapeyrouse, Monestier, Chantelle, Voussac et  Montmarault. Dans le cadre du projet portant sur les parlers du Croissant,  on peut désormais accéder à une version orale du livre. Lexique et textes en parler local sont lus par  l’auteur, Bernard Moulin en personne.

Accéder à la liste des fichiers audio

JEAN-CLAUDE FOURNIER

DES  “ORANGES AMÈRES DE PETITE  KABYLIE”

AU “FOU DE LEÏLA”

téléchargement◄ Après une carrière au sein de l’éducation nationale, en tant que professeur d’anglais, le Montluçonnais Jean-Claude Fournier, né en 1942,  a mis à profit  le temps de la retraite pour écrire des romans dans lesquels il mêle une part de ses souvenirs de jeunesse et d’enseignant. Son dernier roman, 1984, les oranges amères de Petite Kabylie, revient sur cette période de sa vie au cours de laquelle il a enseigné en Algérie, en tant que coopérant. Durant cette  période, il a pu nouer de nombreuses relations, tout en se faisant apprécier par une large majorité de ses élèves, comme en témoignent les messages envoyés sur sa page Facebook.  Ce roman est désormais disponible en Algérie même. Si le titre s’est transformé pour devenir Le fou de Leïla, le contenu reste le même. Commentaire de l’auteur :“Le public algérien va pouvoir lire le bouquin, ce qu’il ne pouvait faire avant. Et cela pour 600 dinars, 5 € et des poussières en version papier”.

123658993_843999666141224_4840089611059319947_oRésumé de l’intrigue:Serge et Christian, deux enseignants français, s’apprêtent à embarquer ensemble vers l’Algérie où ils ont choisi de devenir coopérants. La ville de Bejaïa leur ouvre les bras. Pour Serge, le célibataire endurci, ce voyage est l’occasion de renouer avec les souvenirs de son service militaire, effectué dans la région d’Oran, et  de retrouver la jeune et belle Leila, rencontrée vingt ans plus tôt. Pour la famille de Christian, c’est le choix d’une nouvelle vie. Curieux d’une culture qu’ils ne connaissent pas, ils souhaitent rencontrer les locaux et découvrir un pays aux mille visages. Chacun d’entre eux devra gagner sa place dans une contrée qui a vécu la colonisation. Serge retrouvera-t-il celle qu’il n’a jamais oubliée ? Christian parviendra-t-il à s’adapter à cette nouvelle société ? À travers leurs yeux, on pourra  redécouvrir tout un pan de l’histoire de l’Algérie, les épreuves politiques et sociales qui ont traversé le pays entre l’indépendance et la  décennie noire”.

JACQUES JUNG

DES POLARS PEUPLÉS DE POLICIERS “À L’ANCIENNE”

71279969_907666486257788_2289815239237042176_o◄ Jacques Jung, qui vit  à Montpellier après avoir passé quelques années d’enfance à Chénérailles, s’est fait un nom dans le domaine du polar, avec quelques ingrédients simples. D’abord une intrigue policière qui à toujours  la  Creuse pour cadre et ensuite une trame qui  permet d’aborder un fait historique ou sociétal. Son dernier roman, L’ombre d’un corbeau plane sur Guéret, lui permet ainsi d’aborder l’histoire des  mines d’or du Châtelet.

• À l’appellation de “polars limousins” qu’il rejette, il préfère celle de “polars creusois ”. Les adeptes des séries télévisées seront peut être  étonnés de ne pas y trouver experts,  policiers scientifiques et autres profileurs. Pas de recherches d’ADN non plus, ni d’épluchage  de fadettes, permettant de pister les suspects. On est plutôt dans l’univers du célèbre commissaire Bourrel et de ses Cinq dernières minutes qui firent les beaux jours de la télévision des années 1960. Son univers, c’est la Creuse, à une époque où l’enquête reposait avant tout sur le flair des policiers, le fait historique et sociétal en prime.

Z JUNG Cordeau• Après “Sortie de route en Creuse” qui plantait le décor au château de Chaumont près de Mainsat et revenait sur l’accueil des enfants juifs pendant la guerre, “L’ombre d’un corbeau plane sur Guéret”  (1 vol. br, 255 p, éd. La Geste éditions, 12,90 €) mène un commissaire nouvellement nommé à Guéret jusqu’aux anciennes mines d’or du Châtelet, près de Budelière. Son éditeur résume ainsi l’intrigue : “Dans la chaleur de juillet 1975, le commissaire de Guéret reçoit la visite d’un ancien mineur du Châtelet. Sa femme a disparu. Son corps est retrouvé mais les policiers n’en parlent pas, faisant croire aux ravisseurs qu’ils vont remettre la rançon afin de gagner du temps. Trafic d’œuvres d’art, secrets enfouis dans la mine, affaire de pédophilie : les révélations se succèdent lorsqu’un corbeau entre en jeu et envoie systématiquement le double de ses missives au journal local”… Pour son prochain roman, Jacques Jung a déjà choisi la toile de fond : ce sera les tailleurs de pierre de Sardent, à l’aube des années 1900.

PRIX LITTÉRAIRES

866_001• L’automne n’est pas que la saison des feuilles mortes. C’est aussi celle de l’annonce par les jurys des grands prix littéraires, à l’échelle nationale ou régionale. Sur les 1 700 prix officiellement recensés, Vu du Bourbonnais en a repéré six. D’abord, le prix Renaudot qui a couronné le roman de la Cantalienne Marie-Hélène Lafon,  Histoire du  fils. Un roman que la Société des gens de Lettres avait déjà salué par son grand prix de la  littérature française. Le prix René Fallet, a été décerné à Aly Deminne, tandis que celui du Meilleur roman francophone du Festival du Polar de Cognac a été attribué au Bellerivois Sylvain Forge. Michel Bernard, quant à lui, a décroché le prix Alexandre Vialatte et Antonin Sabot s’est vu attribuer le prix Jean Anglade du premier roman avec, à la clef, la publication par les Presses de la Cité. Enfin, le jury du prix Jean-Giono a été sensible au roman du Limousin Franck Bouysse, Buveurs de vent. La saison des prix n’est pas pour autant achevée, au moins au plan local. En fin d’année, devraient être également annoncés les lauréats des prix Émile Guillaumin et Achille Allier, décernés sous l’égide du conseil départemental de l’Allier. Passage en revue de ces prix attribués avec, pour certains, des cérémonies de remise différées à 2021 pour cause de crise sanitaire.

MARIE-HÉLÈNE LAFON

COURONNÉE PAR LE PRIX RENAUDOT

• Le 30 novembre, dès le premier tour et à la majorité absolue,  le jury du prix Renaudot, présidé cette année par Georges-Olivier Châteaureynaud, a décerné son prix 2020 à Marie-Hélène Lafon pour son roman Histoire du fils, publié par les éditions Buchet-Chastel.59cda87884ea0c8f363deeda631ca7-6a502 Née en 1962 à Aurillac, elle est professeure de Lettres classiques en région parisienne, où elle a fait le choix d’enseigner en zone d’éducation prioritaire. Elle succède ainsi à Sylvain Tesson, lauréat en 2019 pour La panthère des neiges et elle est la 16ème femme à recevoir ce prix depuis 1926. Pour le jury du Renaudot, “C’est le choix d’une grande écrivaine contemporaine française. Une voix forte, une voix enracinée dans les territoires, une voix fidèle à son univers, aux siens. Avec un travail sur les mots exceptionnel. Avec Marie-Hélène Lafon, on écoute une belle histoire, avec des mots qui semblent gagner sur le silence”. La lauréate, qui a déjà  treize  romans à son actif, a rendu hommage à son éditrice en rappelant que les éditions Buchet-Chastel avaient fait confiance il y a dix-neuf ans à une parfaite inconnue : “ C’est une histoire de fidélité avec mon éditrice, avec mon éditeur et les libraires. Et la fidélité ça n’a pas de prix. C’est une joie à partager.  C’est une question de nécessité et de désir qui préside dans le travail d’écriture que je conduis où il est question d’histoires infimes”.

histoire-du-fils-marie-helene-lafon-768x768• Histoire du fils est une saga qui court sur un siècle, de 1908 à 2008, avec une plongée dans l’existence de trois personnages, André le fils, Gabrielle la mère et Paul le père. André grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences. Marie-Hélène Lafon, qui  joue avec les chronologies pour saisir l’infime quotidien de chacun, construit ainsi un dialogue sourd entre un père et son fils, anonymes malgré eux.

• À propos de ce  13ème  roman de Marie-Hélène Lafon,  M.-E. Hebrard  notait dans Centre France (25/10)  que “ Marie-Hélène Lafon écrit les silences : la transmission, la filiation ; ces thèmes choyés par M.-H. Lafon sont, là encore, la source vive d’Histoire du fils, son dernier livre. Une fresque enracinée dans son Cantal natal… ”

L’effet prix littéraire a joué à plein pour Histoire du fils, qui avait déjà été vendu à 35 000 exemplaires depuis sa sortie. Les éditions Buchet-Chastel ont immédiatement décidé d’un nouveau tirage, exceptionnel pour cette petite maison d’édition, avec 100 000 exemplaires mis sur le marché. Dans le Cantal où Marie-Hélène Lafon a de solides attaches, les ventes du livre avaient très bien démarré avant l’annonce du prix et, dès le lendemain, plusieurs librairies, dont celles d’Aurillac étaient en rupture de stocks. Comme cela a déjà été le cas par le passé, il n’est pas impossible que le Renaudot  talonne le Goncourt.  2020 sera donc une année à marquer d’une pierre blanche pour Marie Hélène Lafon, dont le roman avait déjà été distingué par  le Grand prix Littérature de la Société des gens de lettres et le prix des librairies de Nancy, en septembre.

MICHEL BERNARD 

LAURÉAT DU PRIX ALEXANDRE VIALATTE

Michel_Bernard_novembre_2016_(1)
Michel Bernard

• Les huit membres du jury ont choisi de décerner le prix Alexandre Vialatte 2020 à Michel Bernard  à la fois pour son roman Le Bon sens, paru en janvier 2020 aux éditions de  La Table Ronde (1 vol. br, 208 p, 20 €), et pour l’ensemble de son œuvre. Il succède ainsi à Pierre Jourde, lauréat du prix 2019 pour Le voyage du canapé-lit (éd. Gallimard). Michel Bernard était en compétition avec les deux autres ouvrages qui avaient été retenus lors de la seconde sélection faite en mars : Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz (Éditions de Minuit) et Rome en noir de Philippe Videlier (Éditions Gallimard).

I23689• Le Bon sens  conte l’histoire du second procès de Jeanne d’Arc  qui aboutira à sa réhabilitation par l’Église en 1456. Il constitue une suite du livre Le Bon cœur qui contait l’épopée de Jeanne d’Arc, entre sa Lorraine natale et le bûcher de Rouen. Pour le jury, le livre  de Michel Bernard est “un roman historique de haut vol et de grand style qui donne une dimension humaine et sensible à un personnage mythique”. Le lauréat a confié sa fierté d’avoir été couronné par le jury : “Alexandre Vialatte est un de mes écrivains préférés, au sens propre, incomparable. Ses livres m’accompagnent depuis longtemps. L’un de ses charmes est de me ramener à l’Auvergne et à Clermont-Ferrand où j’ai passé une partie magnétique de mon enfance à Montferrand, rue des Chandiots où le cousin magistrat d’Alexandre Vialatte avait une propriété aujourd’hui disparue”.

• Rappelons que le prix est traditionnellement doté de 6 105 €, un montant qui ne doit rien au  hasard puisque qu’il représente la somme de la hauteur du Puy-de-Dôme et de la longueur du fleuve Congo. Compte tenu de la crise sanitaire, le prix sera  officiellement remis à une date ultérieure par le jury qui compte un membre permanent de moins, depuis la disparition de Pierre Vialatte, fils de l’écrivain, décédé le 28 juin, à l’âge de 90 ans.

SYLVAIN FORGE

PRIX DU MEILLEUR ROMAN FRANCOPHONE

AU FESTIVAL DU POLAR DE COGNAC

511dbEJmJeL._US230_• Lors du festival du polar, à Cognac, le prix 2020  du meilleur roman francophone a été décerné à Sylvain Forge pour Sauve-la, publié en juin dernier par les éditions Fayard (1 vol. br, 400 p, 17 €). Originaire de Bellerive-sur-Allier, où sa mère a été conseillère municipale, il vit aujourd’hui à Nantes  où il travaille dans la cyber-sécurité  en entreprise. Son dernier roman est un thriller qui a pour toile de fond  le numérique, à travers  son intrusion dans la vie de chacun, ainsi que son impact sur la représentation du monde que l’on peut se forger. Sylvain Forge a déjà à son actif une dizaine de romans et il a été lauréat  du prix du Quai des orfèvres en 2018 pour Tension extrême.

41Ki+d-zA1L._SY344_BO1,204,203,200_► Présentation du roman par l’éditeur : Alexis Lepage, modeste employé d’assurances, est sur le point de se marier avec la fille de son patron lorsqu’il reçoit un message de Clara, son amour de jeunesse, qui refait surface après des années. Alors qu’elle le supplie de l’aider à retrouver sa fille disparue, Alexis hésite. Que dissimule cette demande impromptue, si longtemps après leur séparation ? Et pourquoi Clara refuse-t-elle de le rencontrer ? Replongé dans un passé dont il n’a jamais fait le deuil, Alexis va partir à la recherche d’une fille dont il ignore tout. Son enquête le conduira droit en enfer. Un thriller haletant sur l’intrusion du numérique dans nos vies, son impact sur nos représentations du monde et de la mort.

ALY DEMINNE

PRIX RENÉ FALLET POUR LES BÂTISSEURS DE VENT 

UN ROMAN À L’ASPECT DE CONTE…POUR ADULTE

AVT_Aly-Deminne_4041• Dans une interview recueillie par Stéphanie Mena pour La Montagne (6/11), Alyosha Deminne, prix René Fallet 2020 pour Les bâtisseurs du vent (éd. Flammarion, 290 p, 19 €) revient sur la genèse de  son roman. Traductrice et interprète, elle vit aujourd’hui en Russie, après avoir grandi en Belgique, le pays qui sert de cadre à son roman. Pour elle, le livre est davantage “ un  outil d’apprentissage”  qu’un “objet de divertissement” : “ Je crois qu’il est important de veiller à écrire comme on pense et non pas comme on parle, insiste-t-elle.  Les Bâtisseurs de vent est une histoire absolument manichéenne. C’est une opposition simple du bien et du mal dans le but de montrer qu’il ne suffit certainement pas  de faire seul le bien pour renverser le mal, mais qu’il faut tâcher de faire le bien ensemble pour avoir une chance d’y parvenir”.  

Les-batieurs-du-vent• Ce roman qui repose sur cette base simple prend “l’aspect d’un conte, un conte qui n’est malheureusement aujourd’hui plus considéré que comme un genre littéraire uniquement destiné aux enfants. Ce langage soutenu est donc une sorte d’appât, lancé en direction des lecteurs plus âgés jusqu’à ce qu’apparaisse d’elle-même la morale de cette histoire, soit que c’est bien ensemble que l’on s’en sort toujours. Un rappel simple mais (…) fort utile au vu de l’égoïsme qui règne aujourd’hui dans notre société de plus en plus misérable”. Au passage, elle rend hommage à son grand-pèreun homme passionné qui (lui) a appris beaucoup de choses dont la nécessité d’être solidaire”, et  qui l’a amené à l’écriture. Une situation d’autant plus paradoxale que son grand-père, qui n’avait pas  fréquenté l’école, a appris à lire et à écrire le français en même temps qu’elle. Aly Deminne, qui espère pouvoir être présente lors de la remise du prix en 2021, vient d’achever l’écriture d’un deuxième roman.

ANTONIN SABOT

PRIX JEAN-ANGLADE DU PREMIER ROMAN  

• Le prix Jean Anglade 2020 du premier roman a été attribué à Antonin Sabot  pour son tout premier roman, Nous sommes les chardons. 61TUpGOvBrL._SX309_BO1,204,203,200_C’est ce qui lui a permis d’être automatiquement publié par les Presses de la Cité, dans le collection Terre de France, dont Jean Anglade fut un des auteurs fidèles (1 vol. br., 268 p, 20 €). Le roman, préfacé par Agnès Ledig,  est ainsi présenté par l’éditeur : “Un soir, Martin voit son père mort venir s’attabler avec lui. Ce père qui lui a appris à entendre les arbres et à humer le vent, à suivre les pistes des bêtes dans la forêt, à connaître les paysans des alentours…Les mystères que cette apparition révèle, le jeune homme va les affronter. Qu’y a-t-il au-delà de sa ferme isolée en pleine montagne ? Une mère, d’autres lieux, d’autres gens, une autre manière de vivre… Martin va apprendre à les connaître et partir sur les traces de l’absent, pour mieux comprendre d’où il vient et ce qu’il vit“… 

• Antonin Sabot a fait le choix, en 2017, de quitter sa vie de journaliste à Paris pour renouer avec ses terres d’enfance, au village de Mézères, à 1 000 m d’altitude, au dessus du Puy-en-Velay. Après  avoir restauré la grange familiale, il y a élu domicile avec  sa famille. Une vie entre des murs “isolés par des livres”. Il a entamé la rédaction d’un nouveau roman, autour de la nature, et de la place du vivant, des thèmes qui lui tiennent à cœur.

FRANCK BOUYSSE

PRIX JEAN GIONO

• Le Prix Jean Giono 2020, parrainé par la Fondation Jan Michalski et doté de 10 000 €, a été attribué dès le premier tour à l’auteur limousin Franck Bouysse pour Buveurs de vent, publié par les  éditions Albin Michel. buveurs-vent-bouysseLe roman conte l’histoire de trois frères et de leur sœur, tous nés au Gour Noir, au cœur d’une vallée  totalement perdue au milieu des montages. Entre eux, il existe un lien indéfectible. Si Marc ne cesse de lire en cachette,  Matthieu, lui entend penser les arbres. Quant à Mabel, elle affiche une beauté sauvage. Luc, enfin, est l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et qui caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs. Tous les quatre travaillent, comme leur père et leur grand-père avant eux, et même  la ville entière, pour Joyce, le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, qui se comporte comme un véritable tyran, sorte d’animal à sang froid… Dans une langue somptueuse et magnétique, Franck Bouysse, l’auteur de “Né d’aucune femme”, nous emporte au cœur de la légende du Gour Noir, et il signe un roman aux allures de parabole sur la puissance de la nature et la promesse de l’insoumission. Franck Bouysse se verra remettre son prix à Aix-en-Provence, à l’occasion du Festival des Écrivains du Sud.

LES DEUX PRIX JEUNESSE

 DE LA FOIRE DU LIVRE DE BRIVE DÉCERNÉS

CVT_Le-dernier-sur-la-plaine_542La 39ème Foire du livre de Brive, qui devait se tenir du 6 au 8 novembre, a été reportée du 5 au 7 novembre 2021, comme on le sait. Toutefois, les  deux Prix jeunesse, créés afin de sensibiliser les adolescents à la lecture,  ont été maintenus. On a appris, le 9 novembre, que les lauréates étaient Nathalie Bernard et Claire Mazard. Le jury les avait choisies lors de sa réunion tenue en octobre, à un moment où  la Foire semblait encore  pouvoir être maintenue.

• Nathalie Bernard a été distinguée dans la catégorie 12-14 ans pour “Le dernier sur la plaine” (éd. Thierry Magnier). 41NgwPcgQ9L._SX195_ Les collégiens, membres du jury  ont salué “un roman sensible et juste qui donne voix à Quanah Parker, dernier chef comanche à avoir vécu la vie de ses ancêtres sur ces grandes plaines de l’Ouest américain”.

• Claire Mazard, quant a elle, a séduit les 15-17 ans pour son roman “Je te plumerai la tête” (éd. Syros). Le jury a voulu récompenser “un thriller psychologique bluffant mais nécessaire qui place un pervers narcissique au cœur d’une relation père-fille”. Les deux prix, dotés chacun de 1 500 €, ne seront officiellement remis qu’en novembre 2021, lors de la prochaine édition de la foire du livre.

• Lors de la 10ème édition de la Voix des lecteurs, 1 100 lectrices et lecteurs  de la région Nouvelle Aquitaine ont décerné le  prix littéraire des auteurs néo-aquitains à Franck Bouysse pour son roman Né d’aucune femme publié par les éditions La Manufacture de livres.  

PRIX LITTÉRAIRES (BIS)

UNE SPÉCIFICITÉ BIEN FRANÇAISE

OU QUAND LES LETTRES REJOIGNENT LES CHIFFRES

LH Prix littéraires dotation• Prix littéraires. Ces chiffres qui rendent fou…C’est sous ce titre que Livre Hebdo Le Magazine (n° 3- novembre) a publié une étude sur  les dotations des principaux prix littéraires français. Le magazine a d’abord établi un répertoire de 1 700 prix littéraires français parmi lesquels 634 ont été décernés en 2019. Sur ces 634,  214  étaient dotés de 10 € à 200 000 €. 10 €, c’est ce que reçoit le lauréat du Prix Goncourt, prélude à une envolée des ventes, le Goncourt restant le prix le plus vendeur. 200 000 €, c’est ce que remet l’Institut de France à l’heureux lauréat du prix mondial de la fondation Simone et Cino del Duca. L’étude montre que 43 prix littéraires sont dotés de plus de 10 000 €, 46 se situent entre 5 000 et 8 510 €,  73 entre 2 000 et 4 636 € et 42 entre 1 000 et 1 933 €. En cumulant l’ensemble des dotations des 214 prix  figurant au classement, Livres Hebdo Le magazine en arrive à un montant total de 1,4 M €.

prix_litteraires_603x380• La liste n’est toutefois pas exhaustive. Si  pour l’Allier, on trouve bien le Grand prix de l’illustration décerné par le conseil départemental dans le cadre du Musée de l’illustration jeunesse (3 000 €) et le prix René Fallet attribué par l’association Agir en pays jalignois (1 500 €), on ne trouve ni le prix Émile Guillaumin (1 524 €), ni le prix Achille Allier,  qui émanent tous les deux du conseil départemental. Parmi les grands prix décernés en région, on peut citer  le prix Alexandre Vialatte ((6 105 €) porté par le groupe Centre-France La Montagne, les deux prix des lycéens et apprentis (catégories romans et BD) décernés par le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes (3 000 € chacun) et le prix Alain Fournier (ville de Saint-Amand-Montrond, 2 000 €).

téléchargement• De cette avalanche de prix, il résulte selon la même étude, que seulement 6 d’entre eux  auraient un effet très important sur les ventes : derrière le Goncourt (320 000 exemplaire vendus en moyenne entre 2017 et 2019) et le Renaudot (194 000 exemplaires pour la même période), qui se détachent largement, viennent le Goncourt des lycéens (131 000 exemplaires) “qui décroche quelque peu par rapport aux autres prix d’automne”, le  Grand prix de l’Académie française, le Fémina et le prix du roman Fnac, “seul prix de distributeur à joue dans la cour des grands”.

news-prixromanacad-fran-ok• Selon Marine Durand et Isabelle Contreras, à l’origine de ce dossier, cette multitude de prix est une spécificité bien française, la France étant “un pays qui aime les prix », d’autant que “la chaîne du livre en a besoin”. Enfin, mais seulement en filigranes, l’article  évoque la question de l’intégrité des jurys et des avantages que les jurés pourraient en retirer. Sur ce point, Frédéric Begbeider (juré du Prix Renaudot) est catégorique :“On ne m’a jamais donné ou suggéré de l’argent en échange d’un vote. Je suis protégé par la vente de mes livres. Je n’ais pas besoin de cela ». Lui, peut-être, mais les autres ?

EN BREF…

unnamed À propos du Braconnier de Dieu de René Fallet, réédité par les éditions Bleu Autour (287 p, 27 €), le Canard Enchaîné (2/12) salue “un livre  qui (…) ne peut être foncièrement mauvais” et qui peut même se révéler “ euphorisant quand la pulpeuse Muscade, rencontrée sur sa péniche, révèle au moine trappiste, coincé par vingt ans de monastère, les vertus du lâcher-prise et l’art de tomber la robe”. Bref, “une fable paillarde écrite en 1973 dans une verve rabelaisienne, par un écrivain gaulois évolué”, selon la formule de son ami Georges Brassens. Tout en évoquant le souvenir d’un Fallet complice d’Antoine Blondin et de Michel Audiard, “entre parties de pêche et tournées de bistrots”, l’hebdomadaire satirique rappelle qu’il écrivit pour le cinéma mais aussi “pour Le Canard où il tint avec panache la rubrique littéraire. Un auteur qu’il serait dommage de passer à la Trappe !”, conclut le Palmipède.

• Des prix littéraires à la sauce “Figaro… “Prix “Figaro littéraire”- Grand Véfour : comme chaque année, dix critiques réunis par le journal au célèbre restaurant du Palais-Royal ont choisi les romans auxquels ils attribueraient les prix d’automne” . Pour le Goncourt, le choix s’est porté  finalement sur le roman posthume de Denis Tillinac, Le Patio bleu (Presse de la Cité) : “Belle façon de rendre hommage à l’écrivain disparu en septembre”. Pour le Femina, la médaille est revenue  à Marie-Hélène Lafon pour Histoire du fils (Buchet-Chastel).  À lire dans le Figaro littéraire (5 novembre)

DOMINIQUE-KALIFA-616x400• La revue L’Histoire  (n° 477 – novembre) a rendu hommage à l’historien Dominique Kalifa, né à Vichy le 12 septembre 1957,  décédé le 12 septembre 2020, à Brughas. Tout en retraçant son parcours, L’Histoire souligne son apport à l’historiographie  avec “l’histoire des représentations et des sensibilités” : “De livre en livre, il a précisé la notion si féconde d’imaginaire social, ce complexe enchevêtrement de figures et de représentations  par lesquelles des groupes sociaux s’approprient le monde et le transforment”. Tout en saluant sa “connaissance encyclopédique” et sa proximité avec ses étudiants, l’article se conclut ainsi : “Le 12 septembre, ce subtil amateur de mystères nous a sciemment laissés face aux plus grand d’entre eux”.  En face de cet hommage, la revue a publié ce qui aura été son ultime contribution : “Le Jet Age, le temps du rêve aérien”, article  dans lequel il évoquait “la décennie des années 1960 marquée par l’essor de l’aviation”.

► Consulter la biographie de Dominique Kalifa et la liste de ses articles publiés dans la revue L’Histoire.

Tillinac Twitter coste◄ Dans le Point (1er octobre),  sous le titre “Mes années Tillinac”, Sébastien Le Fol a rendu hommage à celui qu’il considère comme   l’écrivain de l’amitié et de la province, décédé à l’âge de 73 ans : “ Où aurait- il fumé l’année prochaine ? s’interroge-t-il.  Les terrasses chauffées des restaurants, son dernier refuge de grande gueule, seront interdites. À croire qu’elles avaient été inventées pour lui. Denis Tillinac y refaisait l’Histoire, De Gaulle, le rugby, Chirac , les duchesses frondeuses, le Bourbonnais, Elvis Presley, l’Afrique…”

Henri Jean-Marie LevetHenry J.-M. Levet, le beau bizarre : de cet écrivain énigmatique, il ne nous reste que dix courts mais extraordinaires poèmes écrits vers 1900. Loustal les a illustrés”, écrit S. Lapaque, dans le  Figaro littéraire, (12/11).  “Dix poèmes rassemblés en 1921 par Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud sous le titre Cartes postales suffisent à assurer la réelle présence de Henry J-M. Levet (1874-1906) dans la mémoire des vivants (…) des pièces exotiques, épicées, colorées, drolatiques, avec quelque chose de presque fantastique  quand elles déroulent des hallucinations sorties d’esprit fiévreux (…) L’éditeur Martin de Halleux a eu la juste intuition de confier ces  créatures d’encre et de papier à l’illustrateur James de Loustal...” Levet, né à Montbrison en 1874, avait été chargé de mission en Indochine. Il fut vice-consul de 3ème  classe à Manille et titulaire de la chancellerie de Las Palmas aux Canaries, avant d’être touché par la tuberculose à l’âge de 32 ans. La première édition de ces poèmes parut sous le titre : Poèmes, précédés d’une conversation de MM. Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud (Paris, la Maison des Amis des livres, 1921, 83 p.). Réédité par Gallimard en 1943 (77 p.), le livre a fait l’objet d’une nouvelle édition en 2019 par la Table ronde, dans la collection La petite vermillon.

téléchargement◄ Théodore de Banville (Moulins 1823 – Paris 1891) écrivit principalement de la poésie et des pièces de théâtre  mais  il est aussi connu pour sa critique dramatique et littéraire et il fut très actif dans la presse.  Le  site Gallica présente Théodore de Banvillle feuilletoniste. Soit : Honorine (1845) – Contes pour les femmes (1881) – La Lanterne magique (1883) – Contes bourgeois (1885)  – Marcelle Rabe (1891).

• Lors des dernières élections municipales, Maurice Deschamps avait été élu adjoint au maire de Lalizolle, Gilles Trapenard. Sous le pseudonyme de Jean Vincent de la Roche-Taillée, il a publié son premier roman, Main basse sur Clocherousse (1 vol. br, 280 p, éd. Spinelle, 18 €). Ce roman, largement inspiré des  fonctions de l’auteur,  est une satire avant tout humoristique de l’élu, de l’autorité préfectorale et des magistrats. L’auteur a aussi voulu présenter un  résumé du système auquel les petites communes sont astreintes pour essayer de survivre .

128026642
Nelly Kaplan et Abel Gance

• Le 12 novembre, la scénariste, réalisatrice et écrivaine Nelly Kaplan – née à Buenos-Aires en 1931 – est décédée du Covid-19, dans un hôpital de Genève, à l’âge de 89 ans. Olivier Perrin lui a consacré un article  dans le quotidien genevois Le Temps  : “Lady N s’est envolée. Elle laisse derrière elle une œuvre cinématographique de révoltée et un beau scandale, sa mythique Fiancée du pirate (1969). Une sorcière moderne pour les médias…”. Assistante et amie du cinéaste d’origine bourbonnaise Abel Gance  (1889-1981), elle avait été actrice dans  deux de ses  films: La Tour de Nesles (1955) et Austerlitz (1960). Elle avait réalisé le film  Abel Gance et son Napoléon (1984), ainsi que le documentaire  Abel Gance, hier et demain (1963). On lui  doit également le livre  Napoléon, sur le film d’Abel Gance (1994). Les éditions du Rocher ont publié en 2008   Mon signe, mon cygne… avec des extraits de la correspondance entre Abel Gance  et Nelly Kaplan.

AVT_MC-Beaton_7903◄ Derrière le pseudonyme de M. C. Beaton se cache Marion Chesney épouse Gibbons (1936-2019), qui fut journaliste de mode, critique de théâtre, reporter et romancière à succès. Dans le volume 23 de la série Agatha Raisin enquête  intitulé  Serpent et séduction (éd. Albin Michel, 2020, 301 p.), les pages 283 et suivantes concernent la ville de Moulins. Cet intérêt pour Moulins s‘explique par le fait que, avec son époux, reporter international, elle avait acheté  le château du Breuil, à Agonges. À Moulins même,  on pouvait souvent la voir  prenant le thé à la terrasse du Grand Café. Après le décès de son époux, elle a dû revendre le château, en 2017.

livre_affiche_613• Aude Lancelin, ancienne rédactrice en chef adjointe à Marianne, puis à l’Obs, prix Renaudot de l’essai en 2016 pour Le Monde libre, vient de publier La Fièvre (1 vol. br, 288 p, éd Les liens qui libèrent, 20 €). Dans ce roman, le héros principal est Yoann, une ancienne figure des Gilets jaunes de la Creuse. Elle conte le parcours d’un homme de 35 ans qui, grâce au mouvement des Gilets jaunes, trouve un moyen de “renaître de ses cendres”. Électricien au chômage, avec un ancrage rural, issu d’un milieu vraiment populaire, aspirant à la dignité et au changement, il est un peu l’archétype de ces français “invisibles” et oubliés. La  crise va le propulser au rang de  “leader sur les ronds-points des Gilets jaunes creusois” un moyen pour lui de surmonter ses soucis personnels. Pourtant, cette “embellie”  sera de courte durée : son destin bascule tragiquement, lorsqu’il est arrêté pour avoir lancé un pavé sur les forces de l’ordre, un jour de manifestation sur les Champs-Élysées. Finalement, Yoan incarne “  le Gilet jaune éternel, et victime d’une répression très cruelle. Tout cela en une seule personne.

Gérard-Peylet-photo-166x300◄ Gérard Peylet, né en 1948,  docteur ès lettres, a longtemps enseigné la littérature moderne et contemporaine à l’université de Bordeaux. Il a publié de nombreux ouvrages  et il  a fondé en 2015 l’Association  régionale des amis du Limousin. Son dernier livre s’intitule  Ce territoire auquel on appartient (éd. Edilivre, 2020, 86 p,  5€). Il y évoque le sentiment d’appartenance que l’on peut éprouver vis-à-vis d’une  région, d’une terre, d’un paysage. Un attachement pas forcément lié à celui de notre naissance. Il s’appuie sur George Sand qui   » a écrit des pages magnifiques sur ce sentiment! Elle parle de son Berry bien sûr, mais pas seulement. Elle évoque la Creuse, le Bourbonnais… »

• Gilles Belin, né à Lapalisse en 1955, et qui réside à Bert, avait publié un premier roman Cimetière perdu : histoires (Dompierre-sur-Besbre, éd. Défense du patrimoine Est-Allier, 2016, 92 p.). Il vient d’en publier un second, intitulé  Valtan, du nom d’un petit château situé à Liernolles. L’histoire, qui évoque des faits et des personnages réels, se déroule entre les années 1870 et 1920.

S REUNGEOT• Cinq ans après l’attaque terroriste du Bataclan, à Paris, la Moulinoise Sophie Reugeot, qui fait partie des rescapés, a publié un roman,  Le bruit des avions (éd. Harper Collins, 2020, 288 p.). En  creux, elle décrit tout le temps qu’il faut pour se réincarner, voire se réinventer. Elle considère que ce sont les amis, l’écriture et la musique qui  l’ont  “sauvée”.

• L’Andra a renoué avec ses rencontres qui accueillent des auteurs pour un après-midi littérature et musique au salon de thé  Aux Petits Bonheurs  à Ebreuil. C’est ainsi que Serge Camaille, Laurent Mathoux et Alain Léonard sont venus présenter leurs derniers ouvrages dont les intrigues se déroulent dans la région.

Amerique-annees-Trump• Jérôme Cartillier, correspondant de l’AFP à Washington, et Gilles Paris, en poste dans la même ville pour le quotidien Le Monde, ont publié  Amérique années Trump (éd. Gallimard, 2020, 400 p.). Dans cet ouvrage, ils livrent le premier récit circonstancié de la présidence du magnat de l’immobilier et de la télé-réalité. Gilles Paris est né à Vichy.

• Un banc en bois installé fin septembre, au pied du chêne remarquable Charles-Louis Philippe (1874-1909) dans la forêt de Tronçais, sur la commune d’Isle-et-Bardais, a été dérobé le 8 octobre. La gendarmerie a ouvert une enquête.

téléchargement• Jean Chave, maintenant quadragénaire, a grandi à Vichy et il a  fait ses études à Clermont-Ferrand. Il est aujourd’hui directeur des ventes d’une société informatique installée dans la région parisienne. Pour publier un roman qu’il avait écrit, il a utilisé Kindle Direct Publishing d’Amazon. Durant l’été 2020, Bord de fuite est ainsi  apparu sur la plate forme numérique, avec possibilité de commander le roman soit en format digital, soit en version imprimée. Il est donc possible de s’auto-publier sans le moindre frais. Le hic, peut on lire dans La Montagne, c’est la promotion : il faut avoir vendu au minimum  1 000 exemplaires pour qu’Amazon organise la communication sur le livre.

L’ACTU DES ÉDITEURS

• PATRIMOINES, UNE NOUVELLE COLLECTION

 DE BEAUX LIVRES PUBLIÉS PAR LES GUIDES MICHELIN

images• Après les guides rouges et, depuis 1926, les guides verts Michelin, qui ont fait la réputation des éditions liées à la firme pneumatique, on va pouvoir découvrir à l’occasion des fêtes de fin d’année une nouvelle collection baptisée Patrimoines, qui est appelée à être développée. Les 4 premiers volumes thématiques,  publiés dans un format  beaux livres, ont été tirés à 5 000 exemplaires et ils sont tous préfacés par Lorànt Deutsch. Chaque volume, de 300 à 400 pages, présenté sous reliure cartonnée et abondamment illustré, est  proposé au prix uniforme  de 21,90 €. Intitulés sobrement Châteaux, Églises et Abbayes, Sites industriels et Villages remarquables, ils mettent en valeur entre 150 et 200 sites, déjà distingués dans les guides verts. D’autres titres suivront  sur des thématiques telles que les paysages, les jardins ou encore les villes perchées.

ch_teaux_remarquables_-_michelin• C’est pendant le premier confinement que l’idée de cette collection a germé. Durant cette période et dans les semaines qui ont suivi, les guides Michelin France, qui représentaient habituellement 40% des ventes, ont vu leur part grimper à 75%, confirmant le rush sur la destination France. Plusieurs guides régionaux se sont même retrouvés provisoirement indisponibles, au point que Michelin a dû procéder à des retirages. Selon Philippe Orain, responsable des guides touristiques, “les Français ont regoûté à la France et ce phénomène devrait encore marquer le début d’année 2021”. La nouvelle collection compte bien s’inscrire  dans la durée, en continuant  à  dévoiler au grand public les richesses insoupçonnées du patrimoine national. Ce sera aussi un moyen de compenser partiellement la baisse des ventes des guides internationaux.

 

Angelfall éditions

QUAND UNE AUTEURE SE FAIT AUSSI ÉDITRICE

• Catherine Beaugrand est à la fois auteure et éditrice avec les éditions Angelfall  qu’elle a créées en janvier 2019, à Quinssaines, aux portes de Montluçon.  Objectif : découvrir et  publier de nouveaux auteurs, mais sans recourir à la publication à compte d’auteur, qui peut prendre parfois des allures de piège pour certains. Forte d’une  expérience de 13 années à un poste de chargée de communication-graphiste, elle a décidé de tirer un trait sur cette carrière, pour se consacrer d’abord à l’écriture de son premier roman, en deux tomes,  le Prince maudit. L’ouvrage  mêle habilement une bonne dose de fantastique avec une touche historique. Elle est aussi l’auteure d’un recueil de nouvelles fantastiques et romantiques, Histoires fantastiques.  Le Prince maudit devrait faire l’objet d’une adaptation cinématographique en 2021 par JBGC Productions Nuits et Spectacles.

122683209_683436868964267_1569874402525060427_o
Un 4ème roman pour Catherine Beaugrand, annoncé en novembre

• À ces trois titres publiés en un an, est venu s’en ajouter un quatrième, en juillet 2020, avec  le roman du Moulinois Claude Aubertin, Un sourire dun jour.  Un cinquième  titre va prochainement enrichir le catalogue d’Angelfall, avec la parution en novembre de Sous le charme de lange  que Catherine Beaugrand  présente ainsi sur sa page facebook : “Un mélange de romance fantastique et de  polar agrémenté dun soupçon de thriller avec pour décors le Bourbonnais, le château de la Bouchatte et le château de Levis”.

•  Dans le prolongement son activité éditoriale, elle propose aussi un service à la carte pour les auteurs, y compris ceux qui s’autoéditent, depuis l’atelier d’écriture jusqu’à la   création de la couverture en passant par les étapes essentielles de la correction –relecture et de la mise en page. Contact: angelfall-editions@orange.fr

 

ÉDITIONS DE L’AULNE

“UN DÉFI ASSEZ GRISANT” EN PLEINE PÉRIODE DE CONFINEMENT

Z aulne Alors que plusieurs éditeurs installés en région ont fermé leurs portes, dans un passé récent, il est réconfortant de voir que l’aventure éditoriale  suscite encore des vocations. C’est le cas des éditions de l’Aulne qui viennent de faire leur entrée dans le monde de l’édition en Auvergne, en pleine période de confinement. Ses  co-fondateurs, cantaliens et bourbonnais, réunis autour de Valentine Kalfon, la gérante,  ne sont toutefois pas des novices : René Bécouze est à la fois  journaliste et auteur ; Joël Damase est un photographe réputé, qui a collaboré à de nombreux albums consacrés à l’Auvergne ;  Christel Durantin est la  fondatrice et la gérante des éditions Tournez la page ; Jacques Raymond a été le co-fondateur et le gérant des éditions de La Flandonnière, qu’il a cédées en 2018.  André Ricros, enfin, a fondé et a dirigé  l’AMTA (Agence des musiques des territoires d’Auvergne). À ce titre, il a  publié et réalisé de nombreux disques et livres.

• Le créneau des éditions de l’Aulne se veut assez large avec, en premier lieu,  des beaux livres et des  livres illustrés, ainsi que  des livres pour la  jeunesse et des livres régionaux ou des romans.  L’idée est de ne rien s’interdire avec l’objectif de bâtir un catalogue suffisamment éclectique.

img-4433_4970855• Les premiers titres  mettent en valeur les  richesses naturelles de l’Auvergne, avec Le  Cantal de la terre au ciel. Il s’agit d’une  réédition largement actualisée d’un livre publié en 2009 sous le titre Le Cantal entre ciel et terre. Dans un format plus petit, il est aussi moins cher (19 €). Un soin particulier a été apporté à son séquençage et à la mise en page en respectant et en décrivant les limites des nouvelles intercommunalités. Quant aux photographies choisies, elles cherchent à “ surprendre l’œil des Cantaliens”, même ceux qui  sont fins connaisseurs de leur territoire. Ma chaîne des puys (photographies de Joël Damase, textes de Christel Durantin) s’inscrit dans le prolongement du classement du site au patrimoine mondial de l’Unesco, en 2018. C’est d’ailleurs cette dimension internationale qui a conduit à une édition bilingue français-anglais. Si les panoramas grandioses sont mis en valeur, les auteurs ont voulu donner la parole aux femmes et aux hommes qui façonnent et protègent ces panoramas.

Z vercing• Le voyage peut de poursuivre bien au-delà de l’Auvergne, avec deux livres qui proposent une exploration de Sumatra et de l’Indonésie, vus par le photographe Jacques Raymond. Là encore, un soin particulier a été apporté à la qualité, depuis la sélection des images et la rédaction des textes d’accompagnement,  jusqu’à leur mise en page. Enfin, l’éclectisme annoncé se vérifie avec des textes aussi différents que le  livre jeunesse à vocation historique, qui permet aux lecteurs de suivre  les aventures de Cintugnatos, un jeune arverne dans les pas de Vercingétorix, et La démocratie confisquée, un nouveau recueil de chroniques signées par Jean Puech. L’ancien ministre de l’Agriculture et de la pêche y dévoile son  regard sur l’actualité politique et sur l’engagement public. D’ici au printemps, une demi-douzaine d’autres titres, parmi lesquels un beau livre consacré à la gentiane,  sont dores et déjà en préparation.  

• L’autre ambition des éditions de l’Aulne est de se donner une visibilité bien au delà des frontières de  la région. Pour ce faire, elles s’appuieront un diffuseur national, Cartothèque, dont les références sont présentes dans 12 000 points de vente “physiques” et sur Internet. Un immense  défi “assez grisant”, selon Valentine Kalfon.

ÉDITIONS DE LA FLANDONNIÈRE

 CHANGEMENT DE PROPRIÉTAIRE ET D’ÉCHELLE

• Les éditions de la Flandonnière, installées à Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme) ont été rachetées en septembre 2018 par la Cantalienne Isabelle Blanc, ancienne directrice du Parc naturel régional des volcans. Son ambition reste principalement la mise en valeur des patrimoines et des hommes de l’Auvergne et du Massif central, à travers la publication de beaux livres qui font la part belle aux photographies. 

Flandonniere - Copie

• C’est le cas notamment pour La chaîne des Puys. Faille de Limagne (132 p, illustrations en couleur, 30 €), signé par la Bourbonnaise Christel Durantin pour le texte, et par le Clermontois Gérard Fayet pour les photographies. À propos de ce dernier, le journaliste Jean Marc Laurent considère qu’il “n’a pas son pareil pour saisir les variations de lumière d’une saison à l’autre, d’un point de vue à l’autre. À hauteur d’homme ou d’oiseau, l’œil du photographe empruntant volontiers le canal  de l’avion, de la montgolfière, de l’ULM, du parapente”…

Flandonniere

• En même temps, Isabelle Blanc souhaite élargir son champ d’action à l’ensemble du Massif central, en ne se limitant plus seulement à l’Auvergne. C’est ainsi qu’elle vient de faire paraître dans la collection Les clés du terroir, Le Laguiole, une saga d’homme et de fromages  (176 p, illustrations en couleur, 28 €), avec des textes de Frédéric Pilot et des photographies du même Gérard Fayet. La collection nouvelle vise à faire le tour des produits sous appellations (AOP, IGC, AOC).Le fin gras du Mezenc  sera l’objet d’un nouveau livre en 2021, avant l’AOC Condrieu. Enfin, pour l’éditrice qui dit “ne rien s’interdire, l’édition jeunesse, avec Toupinas (16,90 €) d’Anne Clairet et Laura Giraud, et la littérature, avec Debout au bord du temps, de Jean-Claude Sordelli, sont deux autres  voies explorées.

CHEYNE ÉDITIONS

40 ANS D’EXIGENCE ET DE LIBERTÉ

jean-francois_manier_et_martine_mellinette
Les fondateurs: J-F Manier et M. Mélinette

• Il y a 40 ans, Jean-François Manier et son épouse, l’illustratrice Martine Mélinette fondaient les éditions de Cheyne, installées dans une ancienne école  du Chambon-sur-Lignon, au lieudit Cheyne, au bout d’une route forestière. Selon Jean-François Manier, c’était “ un signe du destin d’enraciner un projet dans un lieudit avec ce nom-là”. Les deux éditeurs avaient fait le choix de l’exigence, allant jusqu’à composer et imprimer eux-mêmes leurs livres. En 2013, l’entreprise cédée  à Elsa Pallot et Benoît Reiss a déménagé à quelques kilomètres du Chambon pour élire domicile dans une ancienne colonie de vacances, sise à Devesset (Ardèche). Si les lieux ont changé, l’esprit est resté le même.

 • En quatre décennie, Cheyne a bâti un catalogue de 400 titres, majoritairement des recueils de poésie, avec également de la prose romanesque et des ouvrages illustrés pour enfant. Le tout représente les deux tiers du chiffre d’affaires, le reste provenant, entre autre, des travaux d’imprimerie.Z Affiche_expo La maison d’édition qui ne réalise pas de vente directe sur Internet, a banni le recours au pilon. En tout, 150 auteurs figurent au catalogue, entre ceux qui n’ont confié qu’un seul ouvrage à l’éditeur et ceux qui font partie des auteurs suivis comme Jean-Pierre Siméon ou  Jean Marie Barnaud. Si les tirages oscillent entre quelques centaines et quelques milliers d’exemplaires,  le petit livre de Frank Pavloff, Matin brun, sorti en 1988 en réaction à l’alliance entre droite et extrême droite en Rhône-Alpes, a connu un succès inégalé, avec plusieurs rééditions dépassant aujourd’hui 2 millions d’exemplaires.

Eoge de la lenteur• Quant à la philosophie de Cheyne, Elsa Pallot, qui insiste sur “l’engagement de la maison pour assurer son indépendance de A à Z”,  la résume ainsi : “Nous choisissons vraiment les textes que nous avons envie de publier et de défendre. Nous soutenons les libraires indépendants. La poésie, c’est un combat de tous les jours”. Pour marquer ce 40è anniversaire, la bibliothèque de la Part-Dieu, à Lyon, propose une exposition intitulée “ Sous les mains de qui aurait l’audace. Cheyne, éditeur de poésie et typographe depuis 40 ans ”. Elle est visible jusqu’au 31 janvier 2021. Pour celles et ceux qui souhaiteraient en savoir plus, le site de la bibliothèque propose une découverte en trois grands thèmes: Cheyne, éditeur de  poésie et typographe depuis 40 ans, De la création à la diffusion en passant par la fabrication, Un temps pour les publics.

ÉDITH ET NOUS…ÉDITEZ-MOI…

• Édith et nous… Derrière  ce jeu de mots, se cache la plateforme lancée en octobre  par Thomas Vivien, ancien directeur des éditions Taschen France, et Valentin Vauchelles, ex-directeur de la librairie Virgin Mégastore des Champs Élysée. Une plateforme ou plutôt une passerelle entre auteurs en quête d’éditeur et éditeurs en recherche de nouveaux auteurs. Face aux flots de textes qui leur arrivent par la poste ou par mail, nombre de maisons d’éditions se retrouvent submergées et laissent peut être passer des textes qui auraient pu mériter au moins un examen en comité de lecture.

Le principe de fonctionnement se veut simple : les éditeurs intéressés peuvent y créer un compte sur lequel ils précisent leurs critères et centres d’intérêt. C’est  ce qui leur permettra de consulter uniquement les manuscrits susceptibles de les intéresser, chacune des nouveautés correspondant à leurs critères leur étant notifiée. La suite concerne chaque éditeur qui pourra contacter directement sans le moindre  intermédiaire l’auteur du texte repéré. Pour ses deux concepteurs,  ce nouveau service devrait  permettre aux éditeurs d’aller  à la pêche aux nouveaux talents littéraires, mais aussi d’accroître la diversité éditoriale. C’est aussi, selon eux, un moyen de replacer l’éditeur au centre du jeu et de contrebalancer la tendance à l’autoédition, qui a connu un essor important via les sites spécialisés sur Internet.

• ÉDITEURS EN RÉGION

QUELLES STRATÉGIES PAR TEMPS DE CONFINEMENT ?

• Pour les éditeurs installés en région,  comme pour les auteurs et les libraires, le refus des autorités de considérer le livre comme un bien  essentiel et l’annulation en cascade de tous les salons, expositions et autres séances de dédicaces sont  également des coup durs. Diverses stratégies ont été adoptées, tout en essayant de ne pas aggraver la situation des libraires. C’est ainsi que, en précisant qu’elle s’adresse aux lecteurs éloignés d’une librairie, les éditions Bleu Autour (Saint-Pourçain-sur-Sioule) ont mis en place  une “offre pour temps de déconfinement ” portant sur les parutions récentes. Outre le port gratuit, il est proposé pour tout achat de plus de 60 €, un livre gratuit à choisir parmi ue liste de  trois “beaux livres”.

Sans titre

• De leur côté, les éditions limousines de la Veytizou (Neuvic-Entier) ont publié un catalogue spécial Noël proposant jusqu’au 15 février 2021 “Les livres de chez nous pour vos cadeaux de fin d’année”, avec un livre offert pour trois livres achetés.

• “UNE CATASTROPHE INCOMPRÉHENSIBLE,

INJUSTE ET INDÉFENDABLE”

• Le 5 novembre, le Syndicat national de l’édition a  fait part de sa colère face à la décision gouvernementale de  ne pas inscrire le livre parmi les “biens essentiels” et d’obliger les  librairies à fermer (voir ci-dessous). Les éditeurs, qui y voient une  “catastrophe à la fois incompréhensible, injuste et indéfendable” ,ont donc  demandé au gouvernement de mettre en place des mesures rapides et concrètes pour sauver le secteur, en réaffirmant  que “le livre est un bien essentiel”. Cette décision leur apparaît « d’autant plus indéfendable que les librairies en Belgique, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Grèce… restent ouvertes. »

confinement-librairies
Le confinement vu par les éditions Dargaud

• En revanche,le même syndicat,  “Si elle est bien confirmée, l’annonce (par la ministre de la culture) de la diminution très significative des tarifs postaux pour les libraires va dans le bon sens”. Sous certaines conditions, les tarifs d’expédition des livres pourraient en effet  passer à 0,01 €, soit le même tarif que celui pratiqué par Amazon. Le même communiqué souligne l’urgence de la situation « parce qu’il en va de la survie de tout un pan de notre culture et de notre économie. Parce qu’en ces temps d’obscurantisme et de pandémie, le livre est plus que jamais un bien essentiel. »

L’ACTU DES LIBRAIRES

• CONFINEMENT BIS: LE PIRE MOMENT

POUR LES LIBRAIRIES INDÉPENDANTES

le_talon_d_achille_00318500_084151128
Le Talon d’Achille, à Montluçon

• Avec le confinement bis, les librairies qui commençaient tout juste à se remettre du premier épisode, replongent dans les difficultés, d’autant que la durée annoncée (jusqu’au début décembre) pourrait être prolongées. On ne pouvait imaginer un pire scénario, à quelques semaines des fêtes de Noël qui représentent une part essentielle du chiffre d’affaires des librairies indépendantes. Malgré l’interdiction faite aux grandes surfaces et chaînes spécialisées, comme la Fnac, de vendre des livres, le risque est grand qu’une partie des clients restés fidèles à leurs libraires de proximité ne les délaissent pour  Amazon. Comme lors du premier épisode, plusieurs librairies ont essayé de mettre en place un système de survie:   des commandes passées  via Internet, avec possibilité de retrait programmé ou de livraison. C’est le fameux “click ans collect” que ceux qui sont attachés à la langue française ont traduit par le “Clique et rapplique« 

• Pour connaître les adresses des librairies pratiquant le “click and collect”, une carte, avec mises à jour permanentes, a été publiée sur le site de la revue professionnel Livres Hebdo. 

LH Carte

(► accéder à la carte et à l’article correspondant)

• INTERNET, UN MOYEN DE RÉSISTER À LA CRISE

MAIS CERTAINEMENT PAS UNE FIN EN SOI

À VICHY

Image-n°4-225x300
Martine Alleyrat

• À Vichy, face à l‘interdiction de vente des livres, les librairies À La Page et Carnot, qui avaient connu un début d’embellie avec le déconfinement, ont dû à nouveau s’adapter à l’épisode 2 de la crise sanitaire. Les deux responsables de ces librairies, Joël Cornuault et Martine Alleyrat  expliquent dans une interview publiée par La Montagne, que les témoignages de soutien et de solidarité des lecteurs ne leur ont pas fait défaut, durant l’épisode 1. Après le déconfinement, “ Des gens qui n’allaient plus en librairie avaient retrouvé le chemin. Même si ils ne trouvaient pas forcément les livres qu’ils voulaient, ils étaient dans la découverte et le soutien”.  Suite à l’annonce que les livres ne feraient pas  partie des produits essentiels, les deux libraires ont vu les lecteurs  affluer en nombre, jusqu’à la veille de la seconde fermeture, pour faire le plein de livres.

• Pour maintenir une partie au moins de leur activité, les  deux librairies ont mis en place  rapidement une formule de commandes par mails et par téléphone. À la Page devrait  rejoindre le site Chez mon libraire auquel sont déjà affiliés la librairie Carnot, ainsi que Le Talon d’Achille (Montluçon), Coïncidence et Le Moulins aux lettres (Moulins). Le retrait des commandes se fait directement auprès des librairies, sur rendez-vous et dans le respect des gestes barrières.Chez librairie

• Une formule qui fait figure de pis aller et qui ne pourra jamais remplacer le contact direct avec le lecteur : “ Ces ventes par mail n’ont aucune comparaison avec les ventes sur place. Le lecteur ne peut pas déambuler à son gré dans la librairie, s’immerger dans une atmosphère. Notre force de frappe ce n’est pas la vente en ligne. Un libraire mise tout sur l’accueil, l’échange, le conseil, la possibilité de faire découvrir des auteurs”, explique Joël Cornuault.  Martine Alleyrat abonde dans le même sens : “Même si les gens demandent parfois des conseils par mail, on ne fait pas le même métier. La notion du temps passé dans la librairie est importante. Le lecteur feuillette, prend son temps pour choisir. La librairie c’est un lieu d’échanges avec le libraire mais également entre lecteurs”.

À MONTLUÇON

• À Montluçon, le scenario est le même, que ce soit  au Talon d‘Achille, à la Librairie des écoles ou à la Gozette. Pour Jean-Claude Detaix, du Talon d’Achille, le reconfinement est d’autant plus difficile à vivre que  le moral semblait être revenu : en trois mois, il affirme avoir pu récupérer ses pertes, affichant même une progression de 70% en juin, par rapport à 2019 !IMG_1244-Medium-300x225 Du côté de La Gozette,  Virginie Ansel qui avait déjà expérimenté « la vente à emporter” pour “dépanner les habitués”,  compte monter en puissance, d’autant plus que, cette fois-ci, les libraires auront accès aux nouveautés. Pour elle, le “drive” est un bon moyen de garder le contact à la fois avec la clientèle et les éditeurs. Quant à savoir si le bilan sera financièrement positif en fin d’année, c’est une autre histoire : “Pour l’instant, il y a de la demande, mais on fera le bilan plus tard (…). Ça reste fragile, comme l’activité du livre l’est en général”. Enfin, à la Librairie des écoles, dont le rayon papèterie peut rester ouvert, alors que les rayons livres dont fermés, on a aussi misé sur  le click and Collect, mais avec une réduction des amplitudes horaires. Didier Pszonack s’attend à une perte non négligeable de chiffre d’affaires, tout en affirmant avoir les “reins assez solides pour tenir”.

À CLERMONT-FERRAND

LES VOLCANS RENONCENT AU CLICK & COLLECT

 • À Clermont-Ferrand, la librairie des Volcans, qui avait adopté le Click & collect, a décidé de jeter l’éponge, suite à l’annonce faite le 12 novembre par le premier ministre que les librairies resteraient fermées. Dans un message  publié sur les réseaux sociaux, Martine Lebeau, gérante de la Scop  Librairie des Volcans s’adresse aux fidèles clients qui avaient soutenu l’initiative. téléchargementPour la librairie, ce système, mis en place le 4 novembre, visait avant tout à maintenir un lien  et à “ temporiser en attendant une réouverture très prochaine”. La formule avait certes séduit de nombreux lecteurs puisque Les Volcans ont pu enregistrer, certains jours, plusieurs centaines de commandes.  Or, pour Martine Lebeau, cette solution ne pouvait être que temporaire, dans la mesure où les ventes réalisées couvrent à peine la moitié des fais engagées, entre salaires des personnel, coûts fixes  et fais liés à la crise sanitaire, tels que gel hydro-alcolique  et masques. Compte tenu des pertes financières accumulées sur deux semaines, elle considère qu’ il n’était plus possible de poursuivre dans cette voie pendant encore au moins trois semaines, dans l’attente d’une très hypothétique réouverture, début décembre : “ Nous ne pouvons pas accepter de perdre de l’argent pour faire un travail qui n’est pas le nôtre. Notre métier, ce que nous aimons faire, étant de vous accueillir et de vous conseiller. C’est une nouvelle décision difficile à prendre vis-à-vis de vous qui témoignez chaque jour de votre attachement à la librairie Les Volcans “, conclut-elle dans son message.

• “TOUT LE MONDE DOIT SE LEVER

POUR DÉFENDRE LA LIBRAIRIE

ET LE DROIT DE VENDRE DES LIVRES”

06f88827b94c42a4b808bbf809c5239b
Librairie Carnot, à Vichy

• Alors que les libraires ont dû baisser le rideau  et que l’accès aux médiathèques est devenu impossible pour la durée du confinement, “Tout le monde doit se lever pour défendre la librairie et le droit de lire des livres”…C’est le titre de l’entretien accordé par Jean-Yves Mollier,  professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, publié sur le site l’ActuaLitté : “Dans une France qui n’a jamais été aussi attaquée, où le débat intervient comme un corollaire de notre démocratie, les librairies fermeraient leurs portes pendant le confinement. Quand des foules haineuses, constituées d’ignorants, s’en prennent à la France, comment imaginer ce Confinement-2 sans un accès facilité aux livres ?”

la-vitrine-et-devanture-de-la-librairie-moulins-aux-lettres-à-moulins-03000
Le Moulin aux lettres, à Moulins

• Jean-Yves Mollier dénonce la décision gouvernementale de ne pas faire figurer le livre parmi les achats essentiels : “ Je m’apprête à vivre un confinement avec la chance de posséder une belle bibliothèque, dont je n’ai pas lu tous les livres”, nous indique l’enseignant. Mais derrière le clin d’œil, une autre réalité point : la fermeture programmée des librairies et des bibliothèques. “Le Syndicat de la librairie française a appris de ses erreurs : en n’acceptant pas la perche que Bruno Le Maire lui tendait en mars dernier, il a commis une erreur grossière”.  (► Lire la suite de l‘article).

Sans titrecnl• Le Centre National du livre (C.N.L.) a référencé sur une carte accessible en ligne l’ensemble des librairies labellisées LiR  pour l’année civile en cours. Au 1er janvier 2020, ce sont 498 établissements qui ont été labellisés en France, parmi lesquels 388  sont des librairies  généralistes et 110 des librairies spécialisées.

• À l’échelle de la  région Auvergne Rhône-Alpes, on en compte 74. Librairies BD, manga, jeunesse, spécialisées ou générales, on peut  effectuer des recherches par ville, par thème ou par mots clés, pour trouver où faire ses achats de livres. Dans le département de l’Allier seules 3 librairies sont référencées : les  librairies À la page et Carnot à  Vichy, ainsi que la librairie Le Talon d’Achille à Montluçon. On notera que Moulins ne figure pas dans la liste. 

Que-faire-en-cas-d-avalanche_newsdetailLibraires et lecteurs doivent se préparer à une avalanche…de nouveaux titres,  avec la rentrée d’hiver  romanesque et documentaire. Entre les ouvrages de fiction  et de non fiction, français ou étrangers, Livres Hebdo a comptabilisé pas moins de 493 romans et de 1 559 documents,  enquêtes et témoignages  à paraître en janvier et février 2021.Dans le détail, la revue a relevé  340 romans français (+11 par rapport à 2020), dont 63 sont des premiers romans (-8 ) et 153 romans traduits (+1).

L’ACTU DES MÉDIAS

Sans titreprix

LE REPORTER ALLAN KAVAL

PRIX ALBERT LONDRES DE LA PRESSE ÉCRITE

kaval◄  Le 5 décembre, le jury du prix Albert-Londres, présidé par l’ancien grand reporter Hervé Brusini, a remis son  82ème prix, dans la catégorie presse écrite, au journaliste du Monde Allan Kaval, pour son travail réalisé au cœur de “l’ enfer syrien” : “La mort a une odeur. Le désespoir aussi ; son effluve se mêle à celui de la maladie, de la dysenterie, de la chair humaine que la vie, peu à peu, abandonne”… C’est par ces mots que  le journaliste de 31 ans, ouvrait  son reportage, publié le 31 octobre 2019, sous le titre “ Dans le nord-est de la Syrie, la mort lente des prisonniers djihadistes”. Le texte, “ aux accents dantesques”, était accompagné de photographies signées par  Laurence Geai. Le jury a estimé que  “ précis, pudiques… ses portraits empreints d’humanité se conjuguent avec une analyse pertinente qui aide à la compréhension”.

9782234086135-001-T• Le lauréat, qui s’est dit “fou de joie”, s’est vu remettre son prix par écran interposé : grièvement blessé lors des bombardements de la petite ville de Martouni, début octobre, dans le Haut-Karabakh, avec le photographe Rafael Yaghobzadeh, il est toujours hospitalisé dans un hôpital parisen. Ce prix prestigieux  s’ajoutera  au prix Bayeux des correspondants de guerre qu’il a reçu en octobre, ainsi qu’au prix Ouest-France Jean-Marin.

◄  Dans la catégorie consacrée aux livres, c’est le russophone Cédric Gras qui a été couronné pour son livre  Alpinistes de Staline (éd. Stock, 342 pages, 20,50 €). Il retrace le parcours des frères Abalakov, alpinistes sibériens qui furent  victimes de la terreur stalinienne.

• Enfin, dans la catégorie audiovisuelle, le prix Albert Londres a distingué les reporters de Capa France, Sylvain Louvet et Ludovic Gaillard, auteurs de Tous surveillés, 7 milliards de suspects, un documentaire diffusé par Arte. Un reportage qui vise à alerter sur l’inquiétante intrusion des technologies de la surveillance dans nos vies. 

• ACCRÉDITATION DES JOURNALISTES

UN “NON” FERME DE L’ALLIANCE DE LA PRESSE

téléchargement• Le 18 novembre, lors d’un point avec la Presse,  le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait  suggéré  que les journalistes devraient se faire accréditer (“se rapprocher”) auprès des autorités pour couvrir les manifestations. Une déclaration qui a suscité la réaction de   l’Alliance de la presse d’information générale, regroupant 289 titres et plus de 9 400 journalistes. Elle a  aussitôt marqué  son désaccord profond en publiant une tribune, le 20 novembre, signée par l’ensemble des titres du groupe Centre France (La Montagne, Le Berry Républicain, La République du Centre, Le Journal du Centre, Le Populaire du Centre, L’Echo Républicain, L’Yonne Républicaine, L’Eveil de la Haute-Loire).

Loi_du_29_juillet_1881_[...]Ameline_de_bpt6k5657561d• Dans celle-ci,  l’Alliance exprime son “inquiétude, face à une mesure risquant de “porter atteinte à la liberté d’informer”. Et de préciser que  “Les journalistes n’ont pas à se rapprocher de la préfecture de police pour couvrir une manifestation”. En conséquence, “nous refuserons d’accréditer nos journalistes pour couvrir les manifestations”, peut-on lire dans cette tribune. L’Alliance a aussi voulu redire  son “attachement à la loi du 29  juillet 1881 sur la liberté de la presse, à un moment où l’article 24 d’une proposition de loi sur la sécurité globale prévoit “la restriction de la diffusion des images de policiers et de gendarmes”.

• UN VACCIN CONTRE INFOX OU FAKE NEWS

ZZ• Le 23 novembre, sous le titre “Les bonnes ondes, Sandrine Thomas, directrice des rédactions de La Montagne a publié un billet sur le déferlement des infox ou fake news, en anglais dans le texte. Un fléau qui peut aussi toucher l’information locale. Face à  “une vague déferlante de manipulateurs de l’info qui assouvissent, le plus souvent par le biais des réseaux sociaux, leur dessein de déstabilisation des peuples”, elle cible les “complotistes, conspirationnistes (qui)  profitent à plein de la pandémie pour redoubler d’énergie”. Face à cette montée en puissance, il n’y a selon elle qu’un seul remède : “Exercer avec la plus grande rigueur notre métier. Vérifier l’info, démontrer, expliquer, éclairer les angles morts, donner des clés de compréhension face à des enjeux parfois complexes”.  

640x410_20-minutes-lutte-contre-fake-news• C’est pour y  parvenir, qu’a été créée à l’échelle du groupe de presse et de ses huit journaux une “cellule de fact-checking, chargée de traquer l’infox ou, à l’inverse, d’asseoir l’info. Autre initiative, la réactivation du chatbot  Marianne, le robot logiciel questions – réponses  mis en place lors des dernières Municipales pour  favoriser un circuit court entre lecteurs et journaux du groupe. “Notre ambition est de vous partager le bon goût de l’info. De ressentir les bonnes ondes comme celles de L’Antenne, notre nouveau rendez-vous quotidien en continu sur l’ensemble de nos sites”, conclut-elle, avant de citer Albert Einstein : “L’intelligence n’est pas la capacité de stocker des informations mais de savoir où les trouver”.

Le groupe Centre France vient de publier un supplément hors série intitulé Les Auvergnats qui ont réussi (1 vol. br, 114 p, illustrations en couleur, éd. Centre-France, 7,50 €). HS-AuvergnatsIl présente  une série de biographies express de quelque 120 personnalitésayant réussi”, toutes en rapport avec le territoire de  l’ancienne Région d’Auvergne. Elles confient leur attachement à l’Auvergne, parce qu’elles y sont nées, ou, qu’un jour, elles y ont posé leurs valises familiales dans un coin du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire ou du Bourbonnais. La publication qui ratisse large, de Vercingétorix à Nolwen Leroy, du Pape Gerbert à Fernand Raynaud, en passant par Blaise Pascal,  se décline en sept chapitres correspondant chacun  à leur secteur d’activité : Art et culture, Politique, Économie, Sports, Sciences et santé, Médias et, enfin,  Gastronomie.

• Ce supplément magazine, qui selon Sandrine Thomas, directrice des rédactions, devrait en appeler un autre,  pétille ainsi de souvenirs, de témoignages et d’anecdotes et il met également en lumière des personnages entrés dans l’histoire, dont le nom a marqué jusqu’aux rues, institutions et monuments de notre quotidien. Dans cette première série on remarque des Bourbonnais de naissance ou d’adoption  comme  Emmanuel Chabrier, Georges Onslow, “le Beethoven français”, Claude Malhuret, Pierre-André Périssol, Gabriel Péronnet, Julian Alaphilippe. Jacques Décoret… Espérons qu’un prochaine édition s’intéressera aussi à Théodore de Banville, à Valery Larbaud,  à André Messager,  et à d’autres…parce qu’ils le valent bien.

• TERRE DES BOURBONS

MONTAGE-NEW-COUV_TDB18_BD• Terre des Bourbons, le magazine d’exploration locale bourbonnais, vient de publier son n° 19 (décembre 2020 – janvier-février 2021). Au sommaire : Notre histoire en Bourbonnais : Un sculpteur au château de Villars, Julien-Edouard de Conny. – Les audacieux en Bourbonnais : Vincent Richard – Echo business en Bourbonnais : les arts graphiques de Renaud Sauzedde – Vert l’avenir en Bourbonnais : Daniel Auclair, naturaliste d’abord – Nos trésors en Bourbonnais : Les carrières de Coulandon – Initiatives inspirées en Bourbonnais : Ça caquète au Caquetoire – Racines en Bourbonnais : Laurent Poirier, un engagement pour l’avenir – Curiosité en Bourbonnais :  Bisons, avec un b comme Bourbonnais – La liste de nos envies en bourbonnais, des cadeaux 100% locaux (68 p, illustrations en couleur, 6  €)

PIEM (1923-2020) 

COMPAGNON DE ROUTE DE  LA FICELLE®

ZZ Piem

UNE HISTOIRE QUI AVAIT DÉBUTÉ EN 1988

 Le dessinateur humoristique Piem (Pierre de Barrigue de Montvallon, pour l’état civil) est décédé le 12 novembre, le jour même de son 97ème anniversaire. Diplômé de l’école nationale supérieure des beaux arts et de l’école Paul-Colin, il avait débuté une double carrière de peintre et de dessinateur humoristique, après guerre. Dès 1947, il avait collaboré  à Témoignage Chrétien puis pendant trois décennies au  Figaro, jusqu’en 1981. Il avait aussi dessiné pour l’hebdomadaire Le Point et le journal La Croix. Ardent défenseur de la profession au sein du Syndicat national des journalistes, il  avait aussi créé le personnage de Turlupin, dont les strips ont été publiés dans plusieurs journaux, comme l’Est républicain. En 40 ans, Les éditions du  Cherche Midi ont publié plus d’une vingtaine de recueils et compilations de ses dessins. Le tout dernier, intitulé Les dessins les plus drôles, est sorti en 2017.

20968556lpw-20968564-article-piem-disparition-television-jpg_7481589_660x281
Piem (2ème à droite) en compagnie de l’équipe de La Lorgnette

C’est la télévision qui l’avait fait connaître du grand public, avec sa participation à deux émissions de Jacques Martin devenues culte et diffusées chaque dimanche : Le Petit Rapporteur (janvier 1975- juin 1976), suivi de La Lorgnette en 1977. Fumant la pipe, il était alors le doyen de l’équipe, ce qui lui avait valu le surnom de “l’ancêtreµ”. Il croquait l’actualité à travers ses dessins réalisés en direct, tout en participant à certains reportages  aux côtés de joyeux drilles tels que Daniel Prévost et Pierre Desproges.

• En Bourbonnais, il avait joué un rôle important dans le lancement de La Ficelle® de Saint-Pourçain. Après un premier dessin réalisé par Joël Roche en 1987, il avait accepté d’illustrer le deuxième millésime en 1988, année de la fondation  de la Confrérie des Compagnons de la Ficelle : “La venue de Piem (avait été) un tournant dans cette aventure.  À ce moment-là, il passe à la télévision. Il est connu du grand public”,  rappelait  Christian Bigot, dans une interview publiée par La Montagnes-l1600 en 2016. ”. Piem avait été séduit par l’ambiance présidant au lancement de la Confrérie  et il s’était pris d’amitié pour les vignerons saint-pourcinois. C’est ce qui lui valut le privilège d’être le seul dessinateur à avoir réalisé deux dessins pour La Ficelle®, en 1988 et en 1996, lors du 10ème anniversaire. Piem avait également illustré la couverture du livre de Jean-Yves Vif, Les traits du vin. En pages intérieures, ses dessins figuraient aux côtés de ceux d’illustres confrères, comme Barberousse, Cursat, Laville, Loup, Trez et d’autres. Piem s’était retiré à  Notre-Dame d’Oé, une commune d’Indre-et-Loire, située  au nord de Tours.