ENTRE COMMÉMORATION OU CÉLÉBRATION, UNE FLORAISON DE LIVRES POUR SE PLONGER  DANS LA BRÈVE HISTOIRE DE LA COMMUNE ET DE SES ACTEURS (1871)

 MISE À JOUR:  1 AVRIL 2021

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Faut-il commémorer ou célébrer le 150ème anniversaire de la Commune de Paris ? Si la question a pu susciter débats et polémiques dans les milieux politique et médiatique, s‘il est un domaine où elle a fait l’unanimité, c’est bien  celui de l’édition. En quelques semaines, on a vu apparaître de nombreux titres chez les libraires, à l’image de ce qui s’était passé à l’occasion du 50ème anniversaire de Mai 1968. . Dans son supplément littéraire, le journal Le Monde (19 mars) leur a ainsi consacré un dossier de deux pages intitulé “Vivante commune ”, dans lequel on  peut lire en introduction: “Il y a 150 ans, commençait la Commune de Paris. Cette expérience révolutionnaire qui dura moins de trois mois, a marqué l’histoire et continue de susciter débats et parutions”. Précisons au passage que d’autres quotidiens  se sont eux aussi penchés sur l’histoire de la Commune, avec leurs sensibilités propres. C’est notamment le cas pour Le Figaro et sa déclinaison magazine, ainsi que pour Libération.

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• En ouverture, est d’abord  mentionné l’ouvrage magistral coordonné par Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871, Les acteurs, l’événement, les lieux (1 vol. br, 1438 p, éd. L’Atelier, 34,50 €)  à la fois dictionnaire biographique et synthèse thématique magnifiquement illustrée”.

doc_jaquette_vecto.indd• L’ensemble s’inscrit dans lignée des Dictionnaires biographiques Maitron, publiés depuis un demi-siècle par le même éditeur et dont une grande partie est aujourd’hui accessible en ligne. Pour ce seul dictionnaire, on y trouvera pas mois de 500 biographies sur les 17 500  concernant à des degrés divers  des acteurs de la Commune mentionnés dans  la version en ligne. Pour André Loez, “La richesse de l’ouvrage ne réside pas seulement dans ce portrait collectif. Intercalées entre les biographies, des synthèses historiques, en forme de mises au point (…) scandent le travail, cernant tous les aspects de l’événement, des plus évidents au pus méconnus. Enjeux militaires et diplomatiques,  acquis sociaux et tensions internes,  chansons et journaux font ainsi l’objet d’éclairages. Une remarquable section “Débats et controverses” reprend posément les dossiers les plus brûlants, tandis que  le livre se clôt sur “l’après Commune” qui ne relève pas seulement de la mémoire mais aussi de pistes de recherches toujours vives et généreusement présentées”.

► Sur le site des éditions de l’Atelier, on peut feuilleter une présentation du livre.

X COMMUNE Azéma• Pour permettre au lecteur désireux d’aller à l’essentiel, par une approche synthétique de l’histoire de la Commune, Jean-Pierre Azéma et Michel Winock présentent Les communards , dont la première édition remonte à 1964 (1 vol. br, 220 p, éd. Perrin, coll. Tempus, 8 €).  On suit l’histoire chronologique de la Commune,  de son avènement à sa chute. Les deux historiens fondent leur travail sur les témoignages contemporains de l’événement. Ce qui ne les empêche cependant pas d’examiner aussi  les représentations ultérieures qu’à suscitées La Commune et ses conséquences à long terme.

Présentation par l’éditeur : “Entre mars et mai 1871, Paris connut une insurrection révolutionnaire qui devait rapidement aboutir à la mise en place d’un conseil populaire, la Commune. Moins de deux mois plus tard, les insurgés capitulaient devant les troupes régulières et le gouvernement de Thiers, replié à Versailles. La répression fut sanglante. La Commune est un moment singulier dans l’histoire de France et demeure encore aujourd’hui l’enjeu d’une bataille mémorielle. Dans ce texte d’une grande clarté, Jean-Pierre Azéma et Michel Winock racontent – en usant largement de témoignages contemporains – l’avènement puis la chute de la Commune, mais également ses représentations ultérieures et ses conséquences à long terme. Un grand récit sans parti pris orchestré par deux de nos plus grands historiens”.

LHistoire_Collections_90_LaCommune_Couverture300pxLa revue l’Histoire a publié dans sa série des Collection de l’histoire un numéro intitulé  La Commune, le grand rêve de démocratie direct (n° 90 – janvier-février-mars 2021):Que va-t-on commémorer cette année à l’occasion des 150 ans de la Commune ? Pour les uns, elle incarne le grand rêve de la république sociale et universelle, pour d’autres, elle reste synonyme d’une prise de pouvoir vouée à l’échec. Laïcité, école gratuite et obligatoire pour tous, salaire égal pour les femmes et les hommes : les mesures prises par les communards ne sont pourtant pas minces même si le temps a manqué pour mener à bien l’expérience démocratique à l’échelle des quartiers. Reste à faire le vrai bilan de ce qui fut la dernière révolution du XIXe siècle. Nous avons demandé aux meilleurs spécialistes de nous éclairer sur ces 72 jours qui furent ceux de l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes. Avant d’être écrasés dans le sang”.

► Principaux contributeurs:  Robert Baker, Inès Ben Slama, Laurent Bihl, Johann Chapoutot, Michel Cordillot, Antoine de Baecque, Quentin Deluermoz, Carolyn J. Eichner, Emmanuel Fureix, Laure Godineau, Michèle Riot-Sarcey, Jean-Louis Robert, Jean Rouaud, Jacques Rougerie, Olivier Thomas, Robert Tombs , Jeanne Vauquelin, Michel Winock.

C Commune JB Thomas• Autre approche, celle de Jean-Baptiste Thomas, qui en s’appuyant sur une quinzaine de textes contemporains de l’événement, propose de Découvrir la Commune de Paris (1 vol. br, 144 p, éd. Sociales, coll. Les propédeutiques, 10 €). Discours, décrets, mémoires de communards et études  historiques permettent de prendre conscience  de la créativité politique  que prit ce soulèvement, tout en montrant aussi sa dimension festive et populaire.

Présentation par l’éditeur : “Un livre d’introduction pour comprendre ce processus de créativité politique et rendre compte de sa dimension festive et populaire. L’occasion de rappeler que la Commune de Paris reste une grande promesse d’émancipation et qu’elle peut à cet égard être une source d’inspiration pour penser, aujourd’hui, les voies de la transformation sociale”.

Table des matières :  Introduction, par Jean Baptiste Thomas – Chronologie – Aux origines, Théophile Ferré – La Garde nationale, une milice ouvrière?, Alphonse Daudet – Drapeau rouge et nouvelle citoyenneté , Prosper-Olivier Lissagaray – L’Église et les curés, Gaston Da Costa – Les Communardes, Nathalie Le Mel – La République du travail, Albert Theisz – L’école de la justice et de la liberté, Eugène Pottier – L’art pour toutes et tous, Gustave Courbet – La Semaine sanglante, Émile Zola – Foncer sur Versailles, Karl Marx – La Commune : un modèle obsolète?, Jean Jaurès – La destruction de l’État par la révolution, Vladimir I. Lénine

• À côté des synthèses historiques, plusieurs ouvrages font appel aux témoignages des acteurs de ce printemps 1871. Deux d’entre eux prennent même la forme d’anthologies.

X Commune témoigner paris reverzy• La première,  Témoigner pour Paris. Récits du siège et de la commune (1 vol. br, 588 p, éd. Kimé, 30 €) a été composée par Éléonore Réverzy. Elle suit un fil chronologique qui va du désastre de Sedan, en septembre 1870, jusqu’à la semaine sanglante de mai 1871. On y trouve pêle-mêle  des textes d’auteurs connus (Edmond de Goncourt) ou de militants de la première heure (le communard Maxime Vuillaume) mais aussi des récits faits  par des “sans grades” de l’insurrection, l’ambulancière de la Commune voisinant avec les soldats versaillais.

Présentation par l’éditeur : “Histoire au jour le jour d’une année de la vie de la capitale, l’anthologie Témoigner pour Paris réunit des récits des événements de  l’année terrible. Le Siège de Paris puis la Commune sont décrits et relatés par des scripteurs issus de tous les milieux sociaux et de cultures différentes : hommes et femmes de lettres, bourgeois ordinaires, gardes mobiles et gardes nationaux, militaires, gardiens de prison, instituteurs et institutrices, provinciaux et parisiens, français et étrangers. Tous ont en commun de parler pour Paris et pour la très large majorité d’entre eux de témoigner pour la capitale qui possède alors en Europe et dans le monde la réputation de capitale des Lumières et des arts. Cet ensemble est précédé d’une préface qui trace l’histoire de la forme littéraire du témoignage et en propose la définition. Éléonore Reverzy, professeur de littérature française du XIXe siècle à l’Université Paris-Sorbonne nouvelle, est spécialiste des formes narratives. Elle travaille notamment sur l’écriture de l’histoire au XIXe siècle”.

X Commune des écrivains folio.• La seconde anthologie, La commune des écrivains Paris 1871 : vivre et écrire l’insurrection (1 vol. br, 800 p, index, coll. Folio-classique, 10,90 €) est le fruit du travail d’Alice de Charentenay et de Jordi  Brahamcha-Marin. L’optique est différente avec de longs extraits, accompagnés par une présentation de leurs auteurs et des conditions d’écriture. Ils font aussi la différence entre textes écrits pendant les événements et postérieurement.

Présentation par l‘éditeur : “18 mars-28 mai 1871 : le peuple de Paris prend les armes pour s’opposer à la défaite de la guerre franco-allemande de 1870 et à une Assemblée nationale à majorité monarchiste. Commence alors une expérience d’autogestion, une utopie fraternelle et sociale. Ouvriers, artisans, hommes et femmes : une population jusqu’alors invisible se fait entendre. Malgré sa brièveté, la Commune occupe dans les mémoires la place lumineuse d’un événement fondateur. Comme l’affaire Dreyfus, elle a divisé pour longtemps les Français, entre fédérés et versaillais, insurgés et légitimistes.  Vivre un tel événement pousse à écrire : témoigner, tirer un bilan, donner à entendre le bruit des balles qui claquent depuis les collines de Paris, offrir le goût du temps des cerises. Une littérature s’invente au printemps 1871, qui ne se cantonne ni aux genres canoniques ni aux auteurs consacrés. A côté des romans, poèmes et pièces de théâtre, on trouve des chansons populaires, hymnes politiques, articles de presse, affiches placardées sur les murs, témoignages de combattants. Hugo, Flaubert, Rimbaud, Verlaine, Vallès voisinent avec Malvina Blanchecotte ou Alix Payen. L’extraordinaire foisonnement de textes lus et entendus dans les rues de Paris se retrouve dans les pages de cette anthologie”.

X Commune L. Michel mémoires• Autre témoignage bien connu, celui d’une des figures féminines emblématiques de la Commune, Louise Michel, à travers ses Mémoires 1886 (1 vol. br, 576 p, éd. Gallimard, coll. Folio-Histoire, 9,70 €), dont l’édition a été  établie, présentée et annotée  par Claude Rétat. Loin d’être un récit documentaire, ces mémoires “partagent avec l’œuvre littéraire de l’écrivaine et militante une qualité d’évocation indéfinissable”, écrit le critique Pierre Karila-Cohen.

Présentation par l’éditeur : “Celle que l’on surnomma en son temps la Vierge Rouge reste un objet de fascination : qu’il s’agisse de condamner son tempérament exalté lors de la Commune de Paris ou d’admirer son héroïsme, de considérer son jugement politique et son activisme social ou d’apprécier l’institutrice anticonformiste, l’image a gardé tout son éclat. Le mystère  Louise Michel  a fait couler beaucoup d’encre. Les biographies romancées et les prétendues autobiographies foisonnent. Pour les écrire, chacun pioche dans les textes de la révolutionnaire, se sert, gomme ou remanie… Comme si, pour faire connaître la « vie » de Louise Michel, on commençait par oublier qu’elle en a été elle-même l’autrice. Comme s’il fallait commencer par la faire taire – au fond, comme si elle dérangeait toujours. Dans ses Mémoires de 1886, on découvre une Louise Michel tour à tour adolescente facétieuse, institutrice féministe, révolutionnaire patentée, déportée en Nouvelle-Calédonie, combattante anarchiste, passionnée d’art et de science, enthousiaste de la nature… On découvre aussi la Louise Michel qui pense, qui parle et qui écrit, la plume acérée, la sensibilité à vif, la conscience intrépide”.

• Toujours à propos de Louise Michel, bien que leur publication remonte à plusieurs mois, n’oublions pas non plus les deux titres édités par les éditions Bleu Autour (Saint-Pourçain-sur-Sioule) en 2019 :

La Révolution en contant – Histoires contes et légendes de Louise Michel. Textes réunis et commentés par Claude Rétat. (1 vol. br, 200 p, éd. Bleu Autour, coll. La petite collection Bleu Autour, 32€).

X Commune réta bleu autour◘ Présentation par l’éditeur : “Ce que le lecteur va découvrir, ce n’est pas seulement un corpus de fictions, de récits, de scénarios dont il ne soupçonnait pas l’étendue, mais à quel point « conter » est ici névralgique, pour Louise Michel (1830-1905) et dans sa fin de siècle. Aujourd’hui encore, par un préjugé tenace, la Louise Michel qui écrit ne peut être qu’un auteur d’histoire : on oublie l’écrivain. Or il faudrait au moins ajouter un “s” à “histoire”. Si le vainqueur écrit l’histoire ou pense l’écrire, le vaincu écrit des histoires – si vraies qu’elles s’élaborent en légende – pour exprimer l’autre côté, le souterrain, l’utopie, ce qui n’est pas encore, la Révolution. Chez elle, le rêve et l’action ne font qu’un, l’histoire et l’imaginaire résonnent. Et quel imaginaire ! Amie du symbole et du frisson, Louise Michel puise en romantique dans le tréfonds légendaire pour l’infléchir : Haute-Marne dont elle était native, monde kanak où elle fut déportée, Bretagne qui la fascine, Paris glauque de la fin du XIXe siècle, même veillée ! Ses contes sont peuplés de vrais ogres, de Barbes Bleues de chair et de sang, tel Gilles de Rais ; ce sont des contes de la puanteur, de la dévoration, de la nécrophilie, de la consommation de chair plus ou moins fraîche ; ce sont des mondes qui s’engloutissent… mais aussi des mondes qui s’éveillent, des harmonies de la nature et des cosmogonies. Les uns sont connus, comme les légendes kanak, ou méconnus, comme Le Livre du Jour de l’An, pour les enfants (jamais réédité) ; d’autres, retrouvés sur les manuscrits ou dans la presse du temps, sont inédits. Rigoureusement présentés et annotés par Claude Rétat, ils sont ici réunis pour la première fois. Cessant d’être épars et cloisonnés, ils peuvent communiquer et nous parler”.

 • Éloi VALAT : Louises, les femmes de la Commune (1 vol. br, 160 p, illustrations n-b et couleur, éd. Bleu Autour, coll. D’un regard, l‘autre, 20 €.

X Communes Bleu aotur◘ Présentation par l’éditeur : Alphonsine, Rosine, Louise, Rosalie, Séraphine, Eulalie, Paule…couturière, ouvrière mécanicienne, institutrice, lavandière, giletière, écrivaine…et ambulancière, cantinière, pointeuse d’artillerie, combattante… fusillée, emprisonnée, déportée… et salie, humiliée, oubliée… Les femmes de la Commune ont élevé le cœur de l’idéal des hommes de la Commune. Dès le 18 mars, premier jour de la révolution parisienne, au son du tocsin, les femmes et les enfants de Montmartre s’opposent vivement à l’enlèvement des canons de la butte par la troupe, obtiennent des soldats (“vous ne tirerez pas sur le peuple !”) la fraternisation avec la foule, entourent les soldats, arrêtent les chevaux, coupent les harnais… Privées du droit de vote et de représentation, elles ne participeront pas aux délibérations de la Commune. Organisées dans les comités d’arrondissement, les clubs, l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, elles vont bousculer le paternalisme gouailleur de leurs compagnons révolutionnaires en réclamant la fin de l’exploitation, la part égale à travail égal, l’affranchissement de tous… Ce livre, chronique poétique en images, rend hommage aux Louises, citoyennes de la Commune qui ont voulu « considérer les douleurs générales de l’humanité comme rentrant dans la cause commune des déshérités » (Louise Michel).

X Communes Pétroleuses• On ne pouvait pas faire l’impasse sur ces figures féminines de la Commune, baptisées avec mépris par les Versaillais “Les Pétroleuses”, tant on leur imputait d’incendies et de destructions de toutes sortes. C’est précisément  sous ce titre qu’Édith Thomas avait publié un ouvrage, il y a quelques années, repris dans une nouvelle version par les éditions Gallimard dans la collection Folio-Histoire (1 vol. br, 400 p, 9,20 €).

◘ Présentation par l’éditeur:“ Longtemps, au mot de « communarde » on a préféré celui de « pétroleuse », qui pourtant est une fiction. Une flétrissure misogyne qui raconte d’abord la façon dont on a dévalué, disqualifié et réprimé les femmes engagées dans la Commune de Paris au printemps 1871. En pionnière, Édith Thomas s’est attachée en 1963 à faire sortir de l’ombre ces femmes mobilisées pour la révolution sociale. Chartiste, elle a fouillé des archives fragiles et lacunaires, et excavé des traces qui n’avaient jamais été regardées comme des objets légitimes. En débusquant ce stigmate qui charrie une foule de représentations sur la violence féminine, et euphémise l’épaisseur politique de leur lutte pour déplacer les frontières de l’émancipation, l’autrice n’a pas seulement élargi l’histoire de la Commune de Paris. Elle a aussi enrichi l’histoire des féminismes. Figure centrale de la Résistance intellectuelle sous Vichy, qui fit elle-même les frais d’une puissante invisibilisation, Édith Thomas restaure les femmes de 1871 dans une souveraineté proprement politique, aux antipodes de cette image d’hystériques du baril à quoi les ont longtemps reléguées les récits habituels ou virilistes de la Commune de Paris”.

• Les éditions de Bartillat proposent quant à elles une réédition des Tableaux de siège, Paris, 1870-1871 de Théophile Gautier, présentée par Michel Brix (1 vol. br, 286 p, 20 €).

X Commune tableaux T GauthierPrésentation par l’éditeur : “Dans ce livre injustement méconnu, Théophile Gautier évoque les sentiments que lui inspira une période particulièrement sombre et troublée de l’Histoire de France, celle qui va de l’été de 1870 au printemps de 1871, et qui est marquée successivement par le déclenchement de la guerre franco-prussienne, la débâcle des armées de Napoléon III, la chute du Second Empire, la proclamation de la République, le siège de Paris, la capitulation française, l’insurrection de la Commune, le second siège de la capitale et l’écrasement du “Paris rouge” , lors de la  Semaine sanglante. Gautier ne cache pas son indignation devant les atrocités commises pendant ce que Victor Hugo appellera L’Année terrible. On ne saurait pourtant résumer ce livre à la seule condamnation des événements intervenus lors de la Commune. Tout au long des Tableaux de siège, l’auteur révèle ce que fut la vie quotidienne des Parisiens pendant ces longs mois d’adversité, de misère morale et de privations de toutes sortes. Il se montre même soucieux du sort des animaux durant le premier siège, aussi bien les animaux domestiques que les pensionnaires du Jardin des Plantes. Mais Gautier signe surtout un ouvrage essentiel sur Paris qui le place parmi les plus ardents défenseurs de la capitale, aux côtés de Hugo et de Baudelaire. Il s’agit en outre de son dernier livre. Peut-être faut-il voir dans ces pages une forme de testament. À l’aube d’une nouvelle ère, celui qui prit toute sa part dans la bataille romantique de 1830 tire ici discrètement sa révérence”.   

X Commune Lidsky (2)• Dans un face à face intéressant, Paul Lidsky met en scène, dans une nouvelle édition augmentée,  Les écrivains contre la commune, suivie de Des artistes pour la Commune (1 vol. br, 240 p, éd. la Découverte, coll. Poche, 12 €).

Présentation par l’éditeur :Publié en 1970 aux Éditions Maspero, cet ouvrage s’est imposé comme un classique dans l’historiographie de la Commune. Il décrit la condamnation quasi unanime de ce soulèvement populaire par les écrivains et hommes de lettres français contemporains de l’événement et s’efforce d’en comprendre les raisons : à l’exception de quelques-uns – parmi lesquels Vallès, Rimbaud et Verlaine –, tous prennent position ouvertement contre la Commune et certains avec une virulence qui surprend encore aujourd’hui. Théophile Gautier, Maxime Du Camp, Edmond de Goncourt, Leconte de Lisle, Ernest Feydeau se retrouvent aux côtés de Gustave Flaubert, George Sand et Émile Zola pour dénoncer dans la Commune un  » gouvernement du crime et de la démence  » (Anatole France), responsable d’avoir plongé Paris dans un état pathologique, exploité par un groupe d’ambitieux, de fous et d’exaltés. À ce chapitre sombre de l’histoire littéraire s’ajoute, dans cette nouvelle édition, son pendant tout aussi méconnu dans l’histoire de l’art : le soutien ou l’engagement de nombreux artistes en faveur de la Commune. Paul Lidsky s’attache ici à sortir certains d’entre eux de l’oubli, en même temps qu’il tente d’expliquer la profonde divergence des réactions entre écrivains et artistes”.

X Commune martelli• Réédition toujours, avec Commune 1871. La révolution impromptue de Roger Martelli (1 vol. br, 240 p, éd. Arcane 17, 18 €).

Présentation par l’éditeur:“ Il y a cent-cinquante ans, Paris s’engageait dans une expérience inédite de gouvernement populaire, visant à réaliser concrètement les valeurs révolutionnaires et républicaines d’égalité, de liberté et de fraternité. Cette expérience de la Commune de Paris a servi de moteur symbolique pour tout le mouvement ouvrier et pour l’ensemble de la gauche politique. Rédigé par un des co-présidents de l’association des Amies et amis de la Commune, ce livre fait le point de ce que l’on sait de cette Commune et de ce qui permet de la comprendre dans sa richesse et sa complexité. Conscient de la diversité des regards possibles sur l’événement, il suggère que la pluralité nécessaire des mémoires ne devrait plus obscurcir ce qui peut unir les héritiers actuels de la Commune de Paris. C’est à cette condition, pense-t-il, que la chanson aura raison en redisant que « la Commune n’est pas morte ».

X Commune AUDIN• Dans La semaine sanglante, mai 1871. Légendes et comptes (1 vol. br, 260 p, illustrations, éd. Liertalia, 10 €), Michèle Audin qui avait déjà à son actif quatre autres titres sur la Commune, dont deux fictions, procède à un examen critique des différente tentatives de  comptage des victimes de la semaine sanglante. Selon elle, les évaluations les plus hautes, entre 15 000 et 20 000 morts ne sont peut-être pas  exagérées. En tout cas, la réalité est bien loin des  6 500 morts, chiffre avancé en 1879 par Maxime du Camp, qui ne cachait pas ses sympathies versaillaises.

◘ Présentation par l’éditeur :Il ne s’agit pas de se jeter des crimes et des cadavres à la tête, mais de considérer ces êtres humains avec respect, de ne pas les laisser disparaître encore une fois.” “La guerre menée par le gouvernement versaillais de Thiers contre la Commune de Paris s’est conclue par les massacres de la « Semaine sanglante », du 21 au 28 mai. Cet événement a été peu étudié depuis les livres de Maxime Du Camp (1879) et Camille Pelletan (1880).Des sources, largement inexploitées jusqu’ici, permettent de découvrir ou de préciser les faits. Les archives des cimetières, que Du Camp a tronquées et que Pelletan n’a pas pu consulter, celles de l’armée, de la police, des pompes funèbres permettent de rectifier quelques décomptes : dans les cimetières parisiens et pour la seule Semaine sanglante, on a inhumé plus de 10 000 corps. Auxquels il faut ajouter ceux qui ont été inhumés dans les cimetières de banlieue, qui ont brûlé dans les casemates des fortifications, et dont le décompte ne sera jamais connu, et ceux qui sont restés sous les pavés parisiens, exhumés jusqu’en 1920”… Avec cette étude implacable, Michèle Audin, grande connaisseuse de la Commune de Paris, autrice de Josée Meunier 19, rue des Juifs (Gallimard) et Eugène Varlin, ouvrier-relieur (Libertalia), rouvre un dossier brûlant.

X Commune FRANKEL• On pourra aussi lire avec intérêt la biographie de Léo Frankel, Communard sans frontières signée par Julien Chuzeville (1 vol. br, 278 p, éd. Liertalia, 15 €). Frankel, juif d’origine hongroise, militant dans plusieurs états européens, fut le seul élu étranger au sein de la Commune, responsable de la Commission du travail.

◘ Présentation par l’éditeur : « La Commune a succombé. Elle a succombé sous la force brutale. Mais en étouffant sa voix, on n’a pas même cicatrisé les plaies sociales qu’elle avait mission de guérir, et tous les déshérités des deux sexes, tous ceux qui veulent le règne de la vérité, de la justice, attendent sa résurrection. » Voici la première biographie en français de Léo Frankel (1844-1896), seul élu étranger de la Commune de Paris (1871). Militant de la Première Internationale, dont il intègre la direction lors de son exil à Londres, il est un proche de Karl Marx. Il est emprisonné sous le Second Empire. Pendant la Commune, il est élu à 27 ans responsable de la commission du Travail, puis condamné à mort par contumace par les versaillais. Ouvrier d’orfèvrerie, puis correcteur, enfin journaliste, il travaille et milite dans de nombreux pays d’Europe (Hongrie, Autriche, Allemagne, France, Grande- Bretagne). Véritable internationaliste, son parcours militant et ses articles montrent l’aspiration à un socialisme révolutionnaire qui réaliserait l’auto-émancipation ouvrière. Ce livre s’appuie sur l’étude de nombreuses archives, de correspondances, de journaux révolutionnaires de plusieurs pays. L’ouvrage comprend des articles, discours et lettres (la correspondance avec Marx) de Léo Frankel traduits pour la première fois en français, notamment sur la Commune de Paris.

• D’autres acteurs, tels que Charles Beslay ou Gustave Lefrançais se retrouvent au centre de biographies. Dans Charles Beslay, le bourgeois de la Commune de Paris (1 vol. br, 240 p, bibliographie, index, éd. Les Indes savantes, coll. La boutique de l’histoire, 21 €), Philippe Richer revient sur le parcours insolite  de cet industriel, entrepreneur et banquier, qui se fit élire  sur la liste des socialistes révolutionnaires, comme délégué de la Banque de France.X Commune Beslay RICHER (2)

◘ Présentation par l’éditeur : “ Longtemps de Charles Victor Beslay, mon trisaïeul, je n’ai su que ce qu’en rapportait la légende d’une descendance largement acquise aux idées de son fils François, un de ces pionniers du catholicisme social : Charles était un franc-maçon, plutôt sulfureux, auquel le pardon était accordé parce qu’il avait sauvé l’or de la Banque ! Et puis, avec un grain de fierté, on évoquait la rue de Paris où il avait eu sa grande usine et qui, depuis 1907, portait son nom”. Industriel, entrepreneur et banquier, Ch. V. Beslay se passionne rapidement pour les problèmes sociaux et la condition ouvrière. Proche de Proudhon, avec lequel il échange idées et projets, pionnier de l’association capital-travail, il participe activement à la Révolution de 1848, devient ensuite un militant actif de la Ire Internationale et promeut les Associations ouvrières. Son rôle considérable comme membre de la Commune de 1871 constitue une part importante de cet ouvrage.

X Commune LFRANCAIS SUREAU• Dans Gustave Lefrançais, histoire d’une rencontre avec un Angevin président du conseil de la Commune de Paris (1  vol. br, 215 p, illustrations, bibliographie, éd. du Petit Pavé, 20 €), Dominique Sureau s’attache à expliquer comment cet enseignant d’origine angevine,  professant des idéaux anarchistes  appuyés et opposant déterminé au Second Empire,  fut élu  au conseil de la commune. Il ne sauva sa tête qu’en s’enfuyant en Suisse. C’est à lui que l’Internationale devait être dédiée.

◘ Présentation par l’éditeur :Pour les 150 ans de la Commune de Paris, il est important de rendre hommage aux hommes et femmes oubliés qui ont participé activement à cette insurrection du Peuple de Paris. Le Petit Pavé a choisi de rendre hommage à Gustave Lefrançais, Premier Président de la Commune de Paris. Combattant sur les barricades pendant la semaine sanglante. Réfugié à Genève et condamné à mort par contumace. Eugène Pottier, l’auteur de l’Internationale, lui dédiera cet hymne. Si les événements de la Commune de Paris ont marqué l’Histoire, les Hommes et les Femmes qui y ont participé ont souvent été oubliés, pour ne pas dire effacés, de nos manuels. 150 ans plus tard, il est temps de leur redonner la place qu’ils méritent“ Les vaincus n’ont pas d’histoire” écrivait Benoît Malon. Pour les 150 ans de la Commune de Paris, il est temps d’en octroyer une à Gustave Lefrançais”.

X Commune norguez ouvriers livre• Certaines catégories professionnelles se sont davantage engagées lors des montées de fièvre révolutionnaires. C’est notamment le cas des ouvriers du livre. Dans Les ouvriers du livre au XIXè siècle : luttes sociales et révolution : 1848-1871 (1 vol. br, 194 p, éd. les Indes savantes, coll. La boutique de l’histoire, 21 €), Marc Norguez a rassemblé un ensemble de 6 textes biographiques portant sur des ouvriers et des ouvrières qui travaillaient dans le secteur du livre et qui ont joué un rôle important, lors de la révolution de 1848 ou lors de la Commune de Paris. Deux autres études traitent du rôle des travailleurs du livre en général durant ces deux révoltes.

◘ Présentation par l‘éditeur :Six des huit textes proposés dans cet ouvrage sont des biographies d’une ouvrière et d’ouvriers du XIXè siècle qui travaillaient dans le secteur du livre (Proudhon compris) et qui ont joué un rôle important dans les luttes sociales et politiques qui ont eu lieu tout au long de ce siècle : travail des femmes, Chambre syndicale, restaurants ouvriers, associations diverses, journaux, entre autres. Les travailleurs de la presse ont été très souvent à l’avant-garde des combats révolutionnaires. Peut-être parce que leur travail a la particularité de contribuer à la diffusion de la connaissance ? Les ouvriers du Livre participèrent activement à la Révolution de 1848, et à la Commune de Paris en 1871 : deux études développent leur rôle dans ces événements politiques et révolutionnaires”.

X Commune MARX ENGELS• Et puis, un passage par Karl Marx et Friedrich Engels s’impose. Pour ce faire, les éditions Sociales ont choisi de regrouper en un volume  Sur la Commune de Paris : textes et controverses, précédé de Événements et stratégies révolutionnaires (1 vol. br, 432 p, éd. Sociales, coll. Les Essentiels, 20 €). Les deux titres s’inscrivent à un moment clé dans la réflexion politique des deux philosophes, qui avait été interrompue par l’échec des révolutions de 1848.

◘ Présentation par l‘éditeur :“La Commune de Paris est une date-clé dans la pensée de Marx et d’Engels, à partir de laquelle ils reprennent le fil de leur réflexion politique interrompue depuis la défaite des révolutions de 1848, notamment sur les questions du pouvoir et de l’État. Outre la brochure de Marx sur La Guerre civile en France, les deux adresses et les brouillons, ce livre présente les articles postérieurs de Marx et Engels, leurs interventions au Conseil général de l’Association internationale des travailleurs, leur correspondance, ainsi que les textes officiels de la Commune (décrets, manifestes, etc.). Figurent également les principales controverses (Bakounine, Kropotkine, Lefrançais,…). Ce choix de textes exhaustif et inédit permet de découvrir de nombreux textes méconnus. Il est assorti d’un texte de Stathis Kouvélakis, Évènement et stratégie révolutionnaire dans lequel l’auteur confronte notamment les élaborations de Marx et d’Engels aux travaux des historiennes et des historiens, renouvelant  ainsi les termes du débat sur l’héritage de la Commune de Paris à l’occasion du cent-cinquantenaire”.

X Commune Godinau• À celles et à ceux que la lecture de Marx et Engels aurait épuisé, on conseillera le livre de Laure Godineau, qui a préféré se plonger dans  le formidable patrimoine visuel fait de dessins, de peintures, de gravures ou de photographies que la Commune a légué  à la postérité. Des images qui font alterner scènes de liesse et de massacres, visions de ruines et  tumultes de foules. Dans La Commune de 1871 expliquée en images (1 vol. br, 160 p, illustrations n-b et couleur, éd. Le Seuil, 29 €) qui mêle habilement commentaires et iconographie, l’auteure tente de répondre aux questions de son fils. Elle offre  “une synthèse rigoureuse et limpide de l’événement qu’elle raconte au plus près de ses acteurs, dont elle restitue les révoltes, les espoirs et les désillusions », écrit Florent Georgesco.

◘ Présentation par l’éditeur :Racontée par une historienne spécialiste de la période qui répond aux questions de son fils, La Commune expliquée en images est tout à la fois une synthèse et une approche approfondie d’un moment de notre histoire aux échos mondiaux mais paradoxalement largement méconnu. Depuis le déclenchement de l’insurrection jusqu’à la répression sanglante et aux mémoires de 1871, Laure Godineau nous narre comment le drapeau rouge flotta sur la capitale pendant deux mois et demi et de façon plus éphémère dans certaines villes de France, le destin d’hommes et de femmes qui rêvaient d’ une « vraie » République, démocratique et sociale, et d’un monde plus juste. Elle nous montre la fascinante mais difficile expérience politique d’un gouvernement indépendant, l’horreur de la guerre civile. L’auteure nous entraîne dans les rues parisiennes à la découverte du printemps 1871, souvent obscur et pourtant si proche de nos interrogations contemporaines. Un événement dense et complexe, passionnant, qui ne peut laisser indifférent. L’iconographie très riche de cet ouvrage est largement commentée par l’auteure.”

X Commune bantigny• Plus originale est la démarche de Ludivine Bantigny, auteure d’une livre remarqué sur les événements de mai 1968. Avec La Commune au présent. Une correspondance par delà le temps (1 vol. br, 220 p, éd. La Découverte, 22 €), elle adresse d’émouvantes lettres aux acteurs de la Commune, des plus célèbres aux parfaits inconnus, qu’elle a pu retrouver dans les archives, à travers  photos et lettres : tout en se livrant à des allers-retours du XIXè au XXIè siècle afin de mettre en comparaison les deux périodes, “ L’historienne restitue leurs espoirs et en traque les traces actuelles, avec pour conviction que les idéaux d’égalité, d’autogestion du monde  commun porté par les morts  et les survivants du printemps 1871 sont les ferments d’une vie meilleure  qui demeure toujours aussi désirable”, note  Jean-Louis Jeannelle, toujours dans Le Monde.

◘ Présentation par l’éditeur : “Dignité, justice sociale, partage du travail, égalité, rapport renouvelé à l’art, à l’éducation, à la culture et au quotidien… C’est tout cela, la Commune de Paris, une expérience révolutionnaire à bien des égards inouïe : pour la première fois, des ouvriers, des ouvrières, des artisans, des employés, des instituteurs et institutrices, des écrivains et des artistes s’emparent du pouvoir. Comme l’écrit Rimbaud qu’elle enthousiasme tant, la Commune entend vraiment « changer la vie » par des « inventions d’inconnu ». Ses protagonistes sont des femmes et des hommes ordinaires qui créent de l’extraordinaire, non seulement en l’imaginant mais en le mettant en pratique. C’est de leur expérience si actuelle que part ce livre, sous une forme originale : il est composé de lettres adressées à ces femmes et ces hommes comme s’ils et elles étaient encore en vie et comme si on pouvait leur parler. Ces lettres rendent la Commune vivante et présente, par un entrelacement des temps. L’ouvrage s’appuie sur un vaste travail d’archives et de nombreux documents, le plus souvent inédits : correspondances, débats, projets, procès… Il offre aussi au regard plus de cent photographies qui s’égrènent tout au long de ses pages, images d’époque et images d’aujourd’hui, comme un télescopage entre passé et présent. L’événement reste de par le monde une source d’inspiration, car il permet de réfléchir à l’émancipation, aux solidarités et aux communs. Il nous concerne toutes et tous, de manière plus brûlante que jamais, et demeure évocateur par les espoirs et les projets qu’il porte. Tant il est vrai que « la Commune n’est pas morte”.

 

ET LA PROVINCE?

Finalement, la Commune de Paris, n’aurait-elle  donc été qu’un événement  parisien ? On connaît la théorie d’un Paris révolutionnaire face à une France rurale profondément conservatrice, qui aurait vu d’un très bon œil sa répression sanglante par les troupes versaillaises. On serait tenté d’y souscrire, à la lecture de ces  différents titres, tant la province semble absente des préoccupations des historiens. Encore que le Maitron recèle en lui de nombreuses biographies de Communards qui n’étaient autres que des provinciaux montés à Paris, pour y travailler.

X Chatain commune• Si pour l’heure, on peut regretter qu’aucun livre  ne concerne spécifiquement le Bourbonnais, il n’en est pas de même pour nos voisins limousins chez qui le souvenir de la Commune a gardé une certaine vivacité. En Creuse, il existe même  une association des Amis de la Commune qui entend bien célébrer l’anniversaire. C’est l’occasion de rappeler que les grands chantiers du baron Haussmann avaient fait monter à Paris quantité de maçons, de tailleurs de pierre, de charpentiers ou de simples manœuvres. Beaucoup  de ces « Limousinants » se sont trouvé happés par le mouvement, sans que l’on ait d’ailleurs eu beaucoup à les forcer. C’est à eux que Georges Châtain, journaliste indépendant,   consacre une livre intitulé 1871 – Les Limousins et la Commune (1 vol. br, 128 p, éd. Le Puy-Fraud), qui entend démontrer que la Commune de Paris  a été aussi à l’origine de plusieurs “foyers révolutionnaires”, à commencer par Limoges. L’ouvrage est préfacé par  Maurice Robert, docteur en ethnologie, directeur de recherche au CNRS.

◘ Présentation par l’éditeur: “ Par milliers, des Limousins  travaillaient sur les chantiers de construction du baron Haussmann pour la transformation de la Capitale. Ils ont alors été les premiers à s’engager dans la Garde nationale à la tête du soulèvement. Dans le même temps, et à l’instar de sept autres villes françaises, la fièvre sociale explosait à Limoges et se propageait jusque dans les bourgs les plus éloignés. Le Limousin, archétype d’une terre paysanne immuable, a vécu intensément la Commune de 1871. On ne le sait pas. Les ouvriers limousins ont payé un lourd tribut. On ne compte ni les morts sur les barricades, ni les fusillés, ni les emprisonnés, ni les déportés en Nouvelle-Calédonie et en Guyane. On les a presque oubliés. L’insurrection communarde du printemps 1871 a longtemps été traitée comme une brève convulsion de l’histoire, une anecdote très parisienne sans conséquence, vite effacée par l’indifférence ou l’hostilité de la France profonde. Des travaux récents ont mis à mal cette idée reçue et c’est dans cette perspective de recherche que s’inscrit cet ouvrage : la Commune est aussi une histoire limousine”.

Au total, on l’aura compris, cette histoire passionnante (dans tous les sens du terme) suscite un regain d’intérêt et un renouvellement de l’approche du sujet chez les historiens. Il ne fait donc guère de doutes que la liste des publications devrait continuer de s’enrichir, au moins jusqu’à la fin du printemps, avant que le bicentenaire de la mort de Napoléon Ier ne vienne s’accaparer des médias et des rayons des librairies. Vu du Bourbonnais ne manquera pas de mentionner ces nouveaux titres, dans cet article, au fur et à mesure de leur publication.

D’AUTRES PARUTIONS

• Robert  TOMBS: La guerre contre Paris : 1871 : L’armée met fin à la Commune. Ouvrage traduit de l’anglais par Jean-Pierre Ricard. 1 vol. br, 432 p, illustrations, biblio, index, éd. Flammarion, coll. Histoire, 12 €.

Présentation par l’éditeur : “L’armée française a joué un rôle essentiel dans l’écrasement de la Commune par les versaillais et le parti de l’ordre. Une armée nouvelle : celle qui, depuis 1870 et la défaite face à l’Allemagne, a été vouée à une restructuration et à un endoctrinement minutieusement décrits par Robert Tombs. Ce livre nous raconte la prise de Paris, quartier par quartier : l’armée, qui avait d’abord fraternisé avec les insurgés, les écrasa sans pitié, et la répression fit plus de victimes que la Commune ne comptait de participants. Œuvre des généraux, cette répression fut non seulement une explosion de haine des soldats paysans de l’armée des versaillais à l’encontre de la population parisienne, mais aussi une épuration organisée”.

• Jean-François LECAILLON : La Commune de Paris racontée par les Parisiens. Nouvelle édition.  (1 vol. br, 263 p, illustrations, biblio, éd. L’Artilleur – B. Giovanangelli (Paris), 20 €.

◘ Présentation par Camille Harlé Vargas : “ Édité une première fois en 2009 chez Bernard Giovanangeli -Editions, Jean-François Lecaillon, spécialiste de la période, narre les événements au jour le jour à la suite de la défaite militaire française face aux armées prussiennes. L’insurrection ainsi que les premiers combats qui plongent la ville dans la guerre civile est racontée par le biais notamment de témoignages ; un forgeron, un bourgeois, un garde-national … La pluralité de ces récits apporte une vue d’ensemble et une fresque des personnes ayant vécu, de près ou de loin les événements qui secouent la ville de Paris du 18 mars au 28 mai 1871. Ces témoignages sont issus de correspondances ou bien de journaux, de carnets, ce qui en fait un récit plutôt intime. Parmi ceux-là, des écrivains ou bien des personnalités plus anonymes ; une diversité bienvenue pour illustrer les différents points de vue ou différentes classes sociales imbriqués dans les 71 jours de la Commune. Aperçu des témoignages cités : Louis Galet, Guerre et Commune, impressions d’un hospitalier, 1870-1971, Louis Pinget, Feuilles de carnets 1870-71. J’y étais !, Joséphine Sazerac de Limage, Journal, pensées et correspondance, Gabor Ugron, Un témoin hongrois de la commune. Quelques cartes viennent agrémenter l’ouvrage, dont une situant des témoins dans la ville de Paris. Le dernier chapitre intitulé “Entre haine et compassion, souvenir et mémoire” revient sur la question de la commémoration de cet épisode douloureux de l’histoire nationale. En bref, une chronique vivante d’événements qui ont durablement marqué l’histoire de la capitale mais pas seulement, il y a 150 ans.

• Philippe ÉTHUIN  (Textes réunis par) : Demain la Commune ! Anticipations sur la Commune de Paris de 1871. Une anthologie (1872-1899).  Préface de Jean-Guillaume Lanuque.  1 vol. br, 310 p, éd. Publie.Net, 23 €.

◘   Extrait de la Préface :  Depuis son écrasement au terme de la Semaine sanglante, la Commune de Paris ne cesse de hanter notre imaginaire. Dès 1871, anti-communards et pro-communards ont cauchemardé ou rêvé d’un triomphe à venir de la Commune, imaginant des anticipations, dystopies, uchronies et utopies. Chacun des textes rassemblés dans Demain, la Commune ! imagine, pour le pire ou pour le meilleur, la victoire de la Commune.“ La période que nous vivons n’est pas sans rappeler celle qui s’intercale entre la chute de la Commune en mai 1871 et la mobilisation générale d’août 1914, qui sonna en apparence le glas des possibilités révolutionnaires. Durant ce presque demi-siècle, les écrivains demeurèrent hantés par le spectre de la Commune, cet épisode révolutionnaire qui devint la nouvelle référence majeure, prenant le relais dans l’imaginaire collectif de la Grande Révolution de 1789, et précédant l’hégémonie dominante que la révolution russe imposa entre 1917 et 1991 aux anticipations révolutionnaires”.

• Hugues LENOIR, Gilles BOUNOURE : La Commune, Rimbaud et Andrieu : éducation populaire, histoire et poésie. 1 vol. br, 94 p, éd. éditions du Monde libertaire, 8 €.

◘ Présentation par l’éditeur : “L’ouvrage s’attache à deux individualités et à un événement collectif majeur qui, à distance, les a fait se rencontrer. Ni les personnalités de Rimbaud et d’Andrieu ne sont comparables – encore moins leur œuvre et leur retentissement – ni leur rencontre ne reflète exactement l’importance de la Commune de Paris dans la longue histoire de l’émancipation humaine. L’examen de leurs relations, à la fois interpersonnelles et avec ce qui s’était déroulé sous leurs yeux ou s’y prolongeait encore, permet cependant de saisir quelques aspects méconnus, sinon ignorés, de ce moment révolutionnaire, ainsi que des mois et des années qui l’ont précédé et suivi.”

• VALAT Éloi : Dessiner la Commune. 1 vol. br, 120 p, illustrations, éd. Bleu Autour, 13 €.

éloi valat communeÀ l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Éloi Valat, qui participe à maints événements, publie un essai : Dessiner la Commune. Images à l’appui, comme ses “masques mortuaires sur nos utopies vivantes”, c’est une analyse intime, critique, autocritique de la fonction de l’image dans l’appréhension de l’Histoire. D’une plume élégante, Éloi Valat, qui n’est pas tendre avec lui-même, s’y montre parfois iconoclaste. “ Qu’ai-je dessiné de la Commune ?”, se demande-t-il in fine. “La folie de toujours privilégier l’option libertaire sur les tentations autoritaires, fussent-elle dictées par les circonstances.” Chez le même éditeur, Éloi Valat a publié d’autres albums consacrés à la Commune, parmi lesquels : Le Journal de la Commune, La Semaine sanglante et L’enterrement de Jules Vallès.

• VALLÈS Jules : Œuvres : Tomes I et II. Édition établie par Roger Bellet. 2 vol. reliés sous coffret Cent cinquante ans de la Commune, 1856 p + 2112 p éd. Gallimard, coll. La Pléiade, 140 €.

VallèsLe Tome 1 comprend L’Argent (extraits) – Les Réfractaires – La Rue – Choix d’articles des années 1857-1870.  Jules Vallès (1832-1885) a souffert presque toute sa vie du sentiment d’être un exclu. Dès l’enfance, ce sont les duretés et les ridicules de sa famille, l’oppression du système scolaire. Puis c’est l’ordre social, qui condamne à vivoter ce journaliste d’opposition. La Commune lui donne enfin le sentiment de connaître liberté et spontanéité. Ensuite, jusqu’en 1880, viennent l’exil et la misère. Pourtant le polémiste, porte-parole des inadaptés, devient alors un romancier fasciné par le dynamisme d’un Paris qui a réalisé brièvement ses rêves : c’est à Londres que Vallès a écrit la plus grande part de sa trilogie. Le Tome II comprend : L’Enfant – Le Bachelier – L’Insurgé – La Rue à Londres – Choix d’articles des années 1871-1885 : La nostalgie était ce qu’elle était. En 1848, ils avaient cru à la Révolution, et ils avaient récupéré le prince Président, sous lequel ils vivaient. Puis vint Sedan, et la chute. Du coup, les vieux anarchistes et les jeunes libertaires déposèrent leurs plumes, pour faire la Commune. Ce fut, pendant quelque temps, l’irruption du rêve, qu’on appelait depuis longtemps. Le temps se renversait et, sous le désordre, on espérait un ordre nouveau qui s’accorderait à l’homme. On sait qu’il fut de courte durée. Mais, pour Vallès et quelques-uns de ses amis, tout ce qui avait été en ces jours-là sera désormais. La suite de la Commune, pour Vallès, c’est l’exil londonien et, de ce bord, l’auteur de La Rue prend avec soi une distance. Ce qui flottait d’épars – dans ses articles – d’une imaginaire autobiographie, l’exil va le coaguler. C’est de l’exil en effet que naîtront L’Enfant, Le Bachelier et, pour une bonne part, L’Insurgé. On n’a sans doute pas encore mesuré ce qu’instaure Vallès dans cette trilogie : la recherche d’un temps perdu, étonnamment bâtie sur un “Je” et sur un “Jacques”, qui donne au genre romanesque – à mesure que s’éloignant dé la mère le “Je” disparaît – un caractère tout à fait nouveau. Deux êtres se répondent, qui narrent, et ils sont à la fois le même (Vallès) et l’autre, le héros (Jacques). Faut-il ajouter que, rédigés à Londres, ces romans ont pris au brouillard anglais un tremblé que les impressionnistes donneront, un peu plus tard, à leurs toiles? Quand Vallès pourra rentrer à Paris, il reprendra sa plume de pamphlétaire. Mesurant que le temps s’en va et qu’il ne revient plus – un certain visage de Paris a disparu – Vallès consacrera désormais toute son énergie à désacraliser : le passé, qui nous englue ; l’histoire, qui maintient en vie ce passé ; les prêtres de toutes obédiences et leurs statues ; les écritures saintes et l’instrument sournois de cette société-là, l’école. On croit, parfois, avant la lettre, lire du Péguy. Mais sous cette encre noire et sous le sang rouge inoubliable de la Commune, il y a peut-être une obsession qu’on n’a pas assez notée, celle de la mort représentée par toutes les formes du blanc : chez Vallès, les murs sont toujours blêmes, les statues trop blanches et les visages irrémédiablement pâles.

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2 commentaires

    • Tout à fait d’accord avec vous, mais dans cette bibliographie, la faute en incombe à l’absence de publication touchant aux répercussions de la Commune de Paris en Bourbonnais. À la différence du Limousin où au moins un ouvrage est en cours de parution, rien n’est prévu (ou ne semble prévu, à notre connaissance) pour l’instant du côte du Bourbonnais.

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