◘ BIOGRAPHIE: GABRIELLE ROBINNE (1886-1980): LE NOM D’UN THÉÂTRE MAIS PAS SEULEMENT…

MISE À JOUR: 24 MAI 2017

Jean-Paul PERRIN

contact: allier-infos@sfr.fr

 • « Nul n’est prophète en son pays »… On connaît   le célèbre adage. Pendant des décennies, il a parfaitement  illustré le cas de la comédienne  Gabrielle Robinne, longtemps restée une « illustre inconnue » à Montluçon, sa ville natale. Il aura fallu attendre le 27 mars 2000 pour qu’on lui rende un premier mais bien timide hommage : à cette date, la commission municipale ad hoc a décidé d’attribuer son nom à une modeste allée, située dans un lotissement… Le deuxième hommage viendra en 2006, avec l’inauguration du théâtre municipal entièrement rénové, désormais baptisé Théâtre Gabrielle-Robinne. C’est l’actrice Audrey Toutou qui parrainera l’événement, donnant enfin à sa glorieuse devancière la place qui lui revenait dans la mémoire montluçonnaise. Et pourtant, « La Robinne », comme on l’a longtemps appelée, aura été l’une des comédiennes les plus adulées par le public et les plus en vue à la Comédie Française. En même temps, elle fait figure de première grande Star du cinéma Français. Ajoutons que sa carrière a débordé largement des limites étroites de l’Hexagone. Bien avant les autres, elle aura été également l’une des premières vedettes à saisir le pouvoir de l’image, son importance dans la séduction du public et dans  la construction d’une carrière, au point qu’elle fut, dit-on, « la femme la plus photographiée de son époque » (1). Enfin, si l’on ne retient que son parcours théâtral, il  témoigne d’une exceptionnelle longévité…Plus de six décennies à brûler les planches, y compris dans les périodes les plus tragiques de l’histoire du XXè siècle.

• Cent trente et un ans après sa naissance à Montluçon et trente-sept ans après sa disparition à Saint-Cloud, il est sans doute temps de rappeler ce qu’a été son étonnant parcours,   qui l’a conduite  de son quartier natal de la Ville-Gozet, au cœur du Montluçon industriel et ouvrier,  jusqu’à La Parentière,  son hôtel particulier, sur les hauteurs  de Saint-Cloud, via la Comédie française et les studios de cinéma Pathé. Le  tout entrecoupé de grandes tournées théâtrales dans les principales  capitales européennes…

LE « FABULEUX DESTIN »  D’UNE MONTLUÇONNAISE  À LA COMÉDIE FRANÇAISE

NÉE À MONTLUÇON, AU CŒUR DU QUARTIER DE LA VILLE-GOZET

Panorama ville colorisé
Montluçon vers 1900: la vieille ville, sur la rive droite du Cher, dominée par le château des ducs de  Bourbon
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Acte de naissance de Gabrielle Anna Charlotte Robinne 
  • C’est le ler juillet 1886, au 47 rue de la République, face à l’Eglise Saint-Paul, et au cœur du quartier de la Ville Gozet, alors en pleine expansion, que Gabrielle Robinne voit le jour. La ville approche alors les 30.000 habitants et elle est dirigée depuis 1881 par Joseph Chantemille, négociant en tissus. Signe de cet essor urbain, on a inauguré en 1883 l’impressionnant Lycée de garçons, qui a pris la place de l’ancien Couvent des Bernardines.
La rue de la République, au cœur du quartier de la Ville-Gozet, sur la rive gauche du Cher,  un jour de marché (vers 1900)
  • Comme le veut la tradition, Joséphine Gabrielle Bastien (1865-1945), épouse Robinne, a choisi de regagner Montluçon pour y accoucher dans la maison familiale. Elle-même, elle y avait vu le jour, cinq  ans avant la chute du Second Empire. Son père, Bernard Bastien (1833-1910) occupait les fonctions de chef de service à l’usine de la Glacerie de Saint-Gobain et c’est lui qui avait fait bâtir la maison du 47 rue de la République, avec son épouse, née Anne Bouché (1837-1894) (2). Sans doute cette demeure avait-elle été l’une des  premières dans le nouveau quartier d’outre Cher.
    immeuble 47
    L’immeuble des Bastien, maison natale de Gabrielle Robinne, au 47 rue  de la République, à Montluçon (en 2015)
    La rue de la République et la place Saint-Paul (devenue place Jean-Dormoy) vers 1900. L’immeuble des Bastien se situait à droite.
    PANORAMA DES USINES
    Panorama de la ville vers 1900: à l’arrière plan, les cheminées des usines du quartier de la Ville-Gozet

    Usine des produits chimiques (2)
    L’usine de la Glacerie où Bernard  Bastien, grand père de Gabrielle Robinne, était chef de service

LES FAMILLES ROBINNE  ET  BASTIEN, ENTRE GAVRAY (MANCHE) ET MONTLUÇON (ALLIER)

  • Gavray (Manche) berceau de la famille Robinne

    Le 29 avril 1885, un an avant l’heureux événement, Joséphine Gabrielle Bastien avait épousé Désiré Victor Robinne (1851-1928), employé commis des postes et télégraphes, responsable du wagon postal Paris-Montluçon. De quatorze ans son aîné, « blond, mince, le teint pâle», il était issu d’une famille d’artisans, originaire de Gavray, dans la Manche. Les Robinne, à la réputation solidement établie,  y fabriquaient depuis plusieurs générations des toiles et des voiles marines. Un annuaire de la Manche, datant de 1889, mentionne « E. Robinne, marchand de lin et d’étoupe ». C’est au cours de ses nombreux allers et retours entre la capitale et Montluçon, qu’il avait lié connaissance avec les Bastien et avec leur fille, Joséphine Gabrielle. Celle-ci avait une sœur, Berthe Bastien (décédée en 1926), professeure de piano à l’institution Marie-Immaculée, et un frère, Sébastien Bastien, futur père mariste et professeur de Lettres au collège de La Seyne-sur-Mer (décédé en 1910).

  • La  fabrication des toiles, une tradition  à Gavray

    Le jeune couple avait choisi de s’installer à Paris, au 2 boulevard Saint-Marcel (XIIIè arrondissement), dans un petit appartement au confort bourgeois. Les liens avec Montluçon, cependant, étaient restés très forts : deux fois par semaine, son travail conduisait Désiré Victor Robinne dans la cité des bords du cher, d’où  il repartait pour Paris toujours chargé d’un lourd panier de vivres  que les Bastien lui avaient confectionné. Au milieu des carottes, de la salade, des œufs, du gigot ou du beurre, se trouvent parfois quelque médaille protectrice que madame Bastien y a glissée : « Cela fleurait bon la province et disait le soin jaloux que Montluçon prenait de sa lignée implantée », écrit André Licoys.

GABRIELLE ROBINNE, “GABY LA BLONDE” : UNE PERSONNALITÉ ENJOUÉE…

  • La petite-fille qui voit le jour à Montluçon sera prénommée Gabrielle Anna Charlotte, mais ses mèches blondes lui vaudront rapidement, d’abord dans le cercle familial, le surnom de Gaby la Blonde. Entre Paris et Montluçon, elle coule une enfance heureuse, bourgeoise, choyée par ses parents et par ses grands-parents. Chaque été, Gaby vient passer une partie de  ses vacances à Montluçon. Dans un article publié au début de  1905 dans  la revue Le carnet historique et littéraire,  Robert Guillou écrit: « Cette enfant n’avait pas à connaître les heures ténébreuses où l’avenir pâlit et s’enveloppe d’ombre, où le pied qui frémit craint d’aller plus avant, où le monde créé n’a plus rien qu’on désire, où l’on voudrait jeter sa vie comme une feuille sèche au vent« . Bref, une enfance des plus heureuses et un avenir prometteur… André Licoys (3) décrit la jeune fille en évoquant « une personnalité enjouée, diverse, inattendue et charmante », tout en ajoutant que  « Gabrielle, qui était sage, devait se partager entre Paris, où on l’élevait et Montluçon, qui la réclamait d’une tendresse un peu inquiète, dans un secret désir de la caparaçonner au plus vite contre les dangers de la capitale ».
  • L’institution Marie-Immaculée (avant 1914) où Gabrielle Robinne a été élève pendant une année

    Très tôt sa mère, qui va devenir son véritable mentor, prend sa destinée en main. Peut-être a-t-elle décelé en elle quelques talents. C’est ainsi qu’elle se charge de lui enseigner la lecture, l’écriture, les quatre opérations, en même temps que le piano et le solfège. Elle l’initie même à la poésie et, à trois ans, au cours du mariage d’une cousine, Gaby la blonde peut déclamer en public ses tout premiers vers. Pendant un an, elle est élève à l’Institution Marie-Immaculée, à Montluçon, où sa tante, Berthe Bastien, enseigne le piano. Mais c’est à Paris qu’elle fait l’essentiel de ses études : à sept ans elle entre à l’école de la rue Buffon, où elle se révèle très en avance pour son âge. Alors qu’elle avait à peine cinq ans, elle a déjà fait  preuve d’un don certain pour la diction et elle se prête volontiers à l’exercice en public: « Elle possédait le don de bien dire« , écrit sobrement Robert Guillou.  Servie par une mémoire étonnante, autant que par ses mimiques expressives, sa spontanéité, ou sa justesse de ton, lorsqu’elle dit des poésies ou joue des scénettes, elle n’a pas manqué de frapper le groupe des intimes qui défilent au domicile des Robinne. Elle devient même une sorte de « phénomène », dans les cercles familial et amical. En 1922, dans la revue théâtrale Comœdia, alors qu’elle est parvenue au sommet de sa carrière,  elle se remémorait cette époque : «  Pour tous les amis qui venaient chez mes parents, j’étais la petite-fille qui dit des vers. On me prêtait pour aller réciter  dans les fêtes ». Selon Robert Guillou,  » on la recherchait dans les concerts de charité, voire  même dans les salons et son grand succès était « La poupée », d’Édouard Pailleron« .

LE TEMPS DES PREMIÈRES SCÈNES…

  • Ce talent, elle le montre à nouveau en 1893, lorsqu’à l’âge de 7 ans, elle est choisie par son école, pour participer à un concours de diction, organisé chaque année par les différentes écoles publiques de la capitale. Elle doit déclamer deux poésies apprises par cœur, avant de lire à l’improviste une page de vers, sélectionnée par le jury. Elle s’en sort tellement bien qu’on lui décerne à l’unanimité, le premier prix. En 1896, elle décroche à nouveau le premier prix pour l’ensemble des écoles de la capitale, cette fois-ci. Désormais, on va la demander pour animer les fêtes de fin d’année des écoles, sans que pour autant elle ne tombe dans le cabotinage. Son assurance, son jeu naturel et la qualité de sa diction, ajoutés à la justesse du ton, font l’admiration de son auditoire qui va, dès lors,  en s’élargissant.

    Boulevard Saint-Marcel, à Paris (XIIIè), lieu de résidence de la famille Robinne
  • Gabrielle Robinne dans le rôle de Zanetto, dans la pièce de François Coppée, Le passant

    Tout en restant une excellente élève, elle fait ses premiers pas de comédienne amateur en interprétant, à dix ans, le personnage de Zanetto, dans Le Passant, une pièce de François Coppée, un auteur alors très  en vogue. C’est  en  costume et maquillée qu’elle joue. Pour la première fois, les applaudissements nourris lui font entrevoir les charmes du métier de comédienne, tout autant que le bouquet de fleurs qu’on lui apporte à la fin de la représentation. Le maire du cinquième  arrondissement propose même aux parents de la fillette de la faire jouer lors d’une soirée qu’il compte donner à la mairie de l’arrondissement. Demande aussitôt acceptée, ce qui lui vaut d’interpréter Le luthier de Crémone, à nouveau couronné de  succès… Au point que des étudiants vont jusqu’à  la solliciter pour un spectacle qui doit être donné à la Sorbonne.

  • Dans l’entourage familial, sa mère, encouragée par les concerts de louanges qui saluent les prestations de sa fille, commence à évoquer à mots couverts l’hypothèse d’une carrière théâtrale. Mais pour son père, le très sage et très prudent Désiré Victor Robinne, il n’en est pas question, du moins comme activité principale. Il faut avant tout que Gabrielle étudie, afin d’obtenir son brevet, indispensable sésame pour qu’elle devienne institutrice, un métier dans lequel elle aurait tout loisir de mettre en pratique ses talents. La voie lui semble donc toute tracée. Dans le milieu de la petite bourgeoisie, où les valeurs du travail passent avant tout, la notion de comédienne est alors souvent assimilée à celle de « femme entretenue » par quelque riche protecteur ou homme politique de la IIIè République, l’entregent et la séduction passant bien avant le talent. Pour une Sarah Bernhardt ou une Cécile Sorel, combien de « courtisanes » voire de « cocottes » entretenues, selon la terminologie de l’époque. Combien de Liane de Pougy et autre Belle Otéro

AUX BONS SOINS DE MONSIEUR  DE FÉRAUDY

  • Eugène Larcher, professeur de diction de Gabrielle Robinne

    Cette appréhension semble toutefois nettement moins forte chez la mère de Gabrielle. Celle-ci rêve à autre chose pour sa fille que d’une sage carrière d’institutrice. En femme de caractère, soucieuse des intérêts de Gabrielle, elle saura tenir tête à son époux, tout en composant habilement  avec la prudence dont il fait montre. D’ailleurs, note André Licoys, « l’entourage proclame à l’envi  (…) que nul, à commencer par ses heureux parents, n’est en droit de contrarier pareille vocation»(4)… Au cours d’une soirée, madame Robinne mère a fait la connaissance d’Eugène Larcher. Installé au 26 rue d’Aumale. Il est un professeur de diction réputé, accessoirement auteur dramatique, intervenant  au cours théâtral de Maurice de Féraudy (1859-1932).

  • Maurice de Féraudy, mentor de Gabrielle Robinne

    À quarante-deux ans, Maurice de Féraudy,  quant à lui, est professeur au Conservatoire et sociétaire de la Comédie Française. Eugène Larcher, après avoir auditionné Gabrielle Robinne, sans doute parce qu’il a été séduit par sa beauté et ses dons incontestables, lui donne une scène à apprendre, avec promesse d’obtenir une entrevue avec Maurice de Féraudy. On est en mars 1901 et l’apprentie – comédienne n’a alors que quinze ans. L’audition se passe le mieux possible et le sociétaire du Français lui prédit même un bel avenir, tout en la mettant en garde : « Je ne doute pas de votre avenir théâtral, Mademoiselle, mais vous êtes encore une enfant. Finissez votre scolarité et présentez-vous au Conservatoire. Vous serez reçue, prophétise-t-il, et je vous prendrai dans ma classe ». En attendant, la jeune apprentie  comédienne devra se plier à la formalité de l’examen du brevet, qu’elle décroche brillamment, en juillet 1901, à la grande fierté de Désiré Victor Robinne. Le verrou paternel de l’obtention du précieux diplôme vient de sauter et Gabrielle peut donc faire ses premiers pas sur le long chemin qui va la conduire à la Comédie Française.

  • Une fois les dernières appréhensions paternelles apaisées, à défaut d’être vaincues complètement, Gabrielle, toujours chaperonnée par sa mère, peut préparer le concours du Conservatoire. Le jury unanime est séduit par les qualités de l’interprétation de son personnage désormais fétiche de Zanetto et elle est admise en 1902, dans la classe de Maurice de Féraudy. Un critique écrira à son propos qu’elle est « Jolie, jolie, si jolie ! ». À quinze ans, il est vrai qu’elle a déjà les allures d’une comédienne de vingt ans: « Gaby grandit moralement et physiquement, puis devint une jeune fille, pour mieux dire une perle de beauté: grande, blonde, au teint délicatement nuancé,  aux grands yeux noirs comme la nuit, aux lèvres fortement dessinées. Avec cela, un corps, une taille, des mains !« , écrit trois ans plus tard le critique Robert Guillou, visiblement tombé  sous le charme de la comédienne. Épaulée par sa mère, elle fait de tels progrès, qu’on lui confie ses tout premiers rôles, sur la scène du Théâtre Français que dirige alors Jules Clarétie : elle interprète Choconesco dans L’autre danger de Maurice Donnay. Elle devient Creuse, dans Médée, une pièce de Catulle-Mendes, auteure alors très en vogue. Selon le même Robert Guillou,  avec Maurice de Féraudy, « elle ne pouvait être en de meilleures mains » ce qui explique que « les progrès qu’elle fit  furent rapides« . Mais la partie était loin d’être gagnée…

« ON M’A VOLÉ MA RÉCOMPENSE !… »

  • Un second accessit en 1903

    En 1903, première déconvenue, mais toute relative, Gabrielle Robinne ne décroche qu’un second accessit au concours de sortie du Conservatoire… Le critique de la Revue Théâtrale l’absout de son échec en écrivant : « C’est faute à la scène ingrate qu’on lui avait attribuée». Un an plus tard, le 28 juillet 1904, elle prend partiellement sa revanche, en obtenant cette fois-ci un premier accessit de comédie pour son interprétation de Lionnette, dans La princesse de Bagdad d’Alexandre Dumas fils.  Robert Guillou parle  d’une « scène pénible à l’extrême » tout en ajoutant qu’elle « s’en est tirée facilement« . Mais la fière Gabrielle ne saurait s’en satisfaire et c’est ce qui lui fait s’écrier, face à sa mère et à ses amis : « On m’a volé ma récompense ! ». Plusieurs  critiques ne sont pas loin de partager ce point du vue. Dans La Libre parole, l’un d’eux écrit: « Les jurés n’ont sans doute pas voulu paraître influencés par sa beauté blonde et altière célèbre au Conservatoire ».. Désormais, Gabrielle Robinne choisit de tirer un trait sur les concours, d’autant que sa carrière théâtrale commence à prendre son essor et c’est à nouveau  Maurice de Féraudy qui va jouer un rôle capital dans cette carrière naissante. D’abord en lui proposant de partir en tournée avec lui…mais avec madame Robinne mère en accompagnatrice obligée.  La comédienne en herbe, sous le pseudonyme de Gabrielle Servin,  joue avec lui dans Les affaires sont les affaires, une pièce qu’Octave Mirbeau vient tout juste d’écrire, ou dans Le marquis de Priola,  donnant la réplique à  Charles le Bargy. En plus de ces pièces, « cette actrice  gracieuse et rieuse, élégante et jolie » joue également dans de nombreuses autres pièces, parmi lesquelles  Severo Torelli,  Ruy Blas ou encore La veine. Une occasion pour elle, note le critique Robert Guillou, de « montrer  de brillantes qualités ainsi que des trucs et des ressources révélant un réel instinct théâtral, rare encore pour cet âge« . 

Gabrielle Robinne (1906)

GABRIELLE ROBINNE, UNE FEMME D’IMAGES

  • Léopold Reutlinger, le photographe attitré des vedettes de la Belle Époque

    C’est le même Maurice de Féraudy, doté d’un sens peu commun de la publicité, qui va populariser l’image de Gabrielle, dont on dit qu’elle est « l’élève préférée». Il l’envoie chez Léopold Reutliger, beau-frère de Cécile  Sorel, et photographe attitré des vedettes de théâtre de la Belle Epoque, qui défilent dans son studio du boulevard Montmartre. Séduit par sa beauté éclatante, il en tire de nombreux portraits que l’on va désormais retrouver au fil des pages sur papier glacé des grandes revues, telles que l’Illustration.  Son « harmonie de ligne et sa blondeur lumineuse », décrites par Emmanuel Arène, y sont associées tantôt à des parfums, tantôt à des savons de luxe, tantôt à des robes de grands couturiers, voire à des produits pour le petit déjeuner : « Je ne me sers que du savon Cadum. C’est un savon de beauté et de santé » clame-t-elle en compagnie d’autres vedettes de l’époque…Ou bien « Le Corset Ligne normale me semble l’idéal du genre »…Ou encore, dans un autre genre : « Depuis que je prends du Phospho Cacao, je ne sens jamais aucune défaillance ». Avec une brochette d’autres vedettes en herbe, elle témoigne en faveur de la crème « Massecorride » qui par un simple automassage du visage assure la beauté, tout en faisant disparaître les rides et doubles mentons. Rien de moins…

    Gabrielle Robinne, associée dans une publicité à d’autres jeunes vedettes de l’époque, toutes photographiées par Reutlinger

    Ces publicités, ou plutôt ces réclames, pour naïves qu’elles nous paraissent aujourd’hui, popularisent les traits de Robinne auprès d’un lectorat bourgeois, friand de théâtre et qui commence à « s’encanailler » dans ces arrière-salles ou sous-sols obscurs où l’on parle d’un mystérieux appareil, diffusant des images animées,  baptisé cinématographe. Pour Gabrielle, c’est le début d’un interminable défilé devant l’objectif des photographes, Léopold Reutlinger arrivant largement en tête. En témoigne la galerie de publicités, non exhaustive, qui suit.

Des publicités pour la lotion Garnier …
Pour les produits Cadum …
Y compris dans la presse suisse (Journal de Genève, 1923)
Pour les chocolats Guérin-Boutron…
Mais aussi pour le  vin Désiles

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Les corsets Normal…(Gabrielle Robinne, à gauche)…
Ou pour le Phospho Cacao, « le plus exquis des déjeuners« .
  • Les spécialistes évoquent le nombre impressionnant de plus de 800 photos réalisées dans les quatre premières années de sa carrière. Autant d’images qui vont donner lieu à des centaines de cartes postales reproduisant la jeune Montluçonnaise, seule, ou en compagnie d’autres comédiennes de sa génération. En juillet 1903, alors qu’elle n’a encore que 17 ans, le critique du journal Gil Blas affirme qu’elle « est la femme la plus photographiée du monde ».  Le journal Le Radical, daté du 4 juillet 1907, se penche à son tour sur la question: « Mlle Gabrielle Robinne qui est fort belle, chacun sait ça, apparaît comme le champion du monde pour la photographie. Elle a été en effet instantanéisée (sic) 817 fois depuis quatre ans qu’elle ne joue plus au cerceau. À sa place, écrit le journaliste, j’en aurais par-dessus les yeux de ma face exquise et je ne pourrais plus nullement me voir en peinture. Il paraît que cela ne lui fait pas le même effet ».  Ajoutons que l’artiste Montluçonnais Lucien Pénat, futur grand prix de Rome de gravure (1902), avait devancé tous les photographes : séduit, lui aussi,  par la beauté de Gabrielle Robinne, il lui avait demandé  de poser pour lui, alors qu’elle n’avait que 14 ans.
    Gabrielle Robinne (à droite)
    Planche de photos extraites des albums de Léopold Reutlinger, conservés par la Bibliothèque nationale de France (© BnF Gallica)

Gabrielle Robinne (à gauche), toujours sous l’objectif de Reutlinger, seule ou associée à d’autres vedettes

Robinne Reutlinger

Le culte du gui : Gabrielle Robinne et Spindler (photographies réalisées par le studio Manuel)

SUR SCÈNE, AVEC “MADAME SARAH BERNHARDT”…

  • Sarah Bernhardt, interprète…

    À partir de 1904, la carrière de Gabrielle Robinne passe encore à la vitesse supérieure. Elle est sollicitée par Sarah Bernhardt, en personne, pour tenir le principal rôle féminin, celui de la princesse Hélène, dans une pièce en 5 actes de Sienkiewicz, Par le fer et par le feu, adaptée par le fils de l’actrice, Maurice Bernhardt. À 60 ans passés, Sarah Bernhardt joue alors l’Aiglon, d’Edmond Rostand, et c’est seulement de nuit, entre minuit et cinq heures du matin, que peuvent avoir lieu les répétitions. Avec ses douze costumes de scène, soit un par tableau, Gabrielle Robinne connaît un véritable succès et la première, le 23 octobre 1904, se solde par un concert de louanges : « Impossible d’interpréter le rôle avec plus d’intelligence, de grâce de charme», note un critique, tandis qu’un autre voit en elle « Une figure de missel (sic) d’une beauté exquise »(5) À ce moment de sa  jeune carrière, Gabrielle Robinne qui s’apprête a entreprendre une tournée, laisse entendre qu’elle préférerait «  jouer sur les boulevards« . Ce qui fait écrire à Robert Guillou:  « Je pense qu’elle viendra (…) soit à Antoine, soit au Gymnase, où sous le fracas des applaudissements elle fera crouler la salle entière, par sa voix qui sait rendre avec chaleur ce que son cœur éprouve. Néanmoins, elle domine sa passion pour l’art dramatique et ne se laisse dominer par elle. C’est là qu’est le véritable talent« , écrit-il. Sa conclusion, écrite en janvier 1905 est particulièrement prémonitoire. Qu’on en juge: « Voici une actrice nouvelle aux accents vrais, aux émotions fortes: une muse du beau parler qui travaille ses rôles sérieusement, marquant les endroits à effet, les soulignant, chiffrant les mots sur lesquels il faut appuyer, qui soigne sa diction et sa prononciation. Elle étudie ses poses avec non moins d’attention, ne se rapportant nullement à ce qu’on appelle l’inspiration« . Et de terminer ainsi: « Je ne dirai jamais assez tout ce qu’il y a de sincérité naïve, de passion pour le beau, de loyauté profonde dans cette belle et future grande comédienne: Gabrielle Robinne« …

  • … et Maurice Bernhardt, son fils, metteur en scène de Par le fer et par le feu

    En même temps que le nom et l’image de Gabrielle Robinne sont véhiculés par la presse, sa carrière débutée entre Paris et les grandes villes de province, commence à déborder du cadre étroit de l’Hexagone. Au Théâtre Royal du Parc à Bruxelles, elle joue en avril 1905 le rôle de l’actrice Fanchette Claret  dans Brichanteau, vieux comédien, une pièce de l’inusable Jules Clarétie, toujours  mise en scène par Maurice de Féraudy. Éloges des critiques et succès public obligent, les représentations devront être prolongées de plusieurs semaines. Elle se produit ensuite à Monaco, puis à Madrid et à Barcelone, « toujours escortée de sa mère qui ne la lâche pas d’une semelle », note Louis Schneider dans la revue Gil Blas.  La presse, qui souligne sa gaieté, se fait aussi quelquefois l’écho de sa « gentille espièglerie » et de sa « verve mutine ». On cite l’anecdote d’une Gabrielle Robinne, traversant une scène jonchée de cadavres  et dispersant discrètement quelques pincées de poivre pour faire éternuer les comédiens. Un jeu qui ne sera toutefois pas assez discret pour qu’elle puisse échapper à l’amende infligée par l’administrateur du théâtre.

Gabrielle Robinne posant face à l’objectif de Léopold Reutlinger (1910).
Gabrielle Robinne, à la une des revues théâtrales et mondaines (avant 1914)

UNE ESCAPADE SUR LES BORDS DE LA NEVA…

  • Gabrielle Robinne, au bois de Boulogne,  toujours accompagnée de sa mère

    En novembre 1905, c’est le directeur du théâtre Michel, à Saint-Petersbourg qui, après l’avoir vue quelques mois plus tôt, jouer dans Brichanteau, lui propose un contrat de six mois dont l’actrice dira qu’il était « matériellement très intéressant». Il est des propositions que l’on ne saurait refuser, fût-ce au prix d’un exil de plusieurs mois. Elle emporte avec elle une trentaine de robes toutes plus somptueuses les unes que les autres, qu’elle a fait confectionner chez Paquin, un  célèbre couturier alors en vogue: « Les semaines qui précédèrent le départ furent surchargées et enivrantes. Ma mère qui devait m’accompagner, et qui était très jeune, 18 ans seulement nous séparaient, s’amusait autant que moi » (6). Après quelques péripéties lors du passage de la frontière, face à un douanier soupçonneux devant tant de bagages, mère et fille  arrivent enfin  dans la capitale impériale, pour un séjour qui va durer de novembre 1905 à avril 1906. Le public russe ne tarde pas, lui aussi, à  succomber au charme et à l’élégance de l’actrice qui devient très vite pour ses admirateurs, parfois un rien envahissants,   Lastoschka, « la petite hirondelle« .

  • Gabrielle Robinne (à gauche) en compagnie d’autres vedettes du Tout Paris du spectacle (1910), dont Mistinguett et Réjane

    Sur les rives de la Néva, dans ce qui est la capitale politique et culturelle de l’empire russe, qui se relève à peine de la première révolution et du « dimanche rouge» sanglant, Gabrielle Robinne parvient à accomplir ce qui relève encore aujourd’hui de l’exploit : deux autres comédiennes engagées en même temps qu’elle  ayant déclaré forfait, c’est elle seule qui va honorer leurs contrats. C’est  ce qui lui vaut d’interpréter certains jours jusqu’à trois rôles différents : « Chaque semaine, elle créait une pièce le soir, en répétait une autre l’après-midi, et en apprenait une troisième le matin », rapporte sa fille, Colette Alexandre – Robinne qui ajoute que « c’était le rythme du théâtre Michel : une création toutes les semaines. Quel apprentissage pour une comédienne de 18 ans ! » (7).

  • Gabrielle Robinne dans le rôle de Fanchette Claret (Brichanteau, vieux comédien)

    Lors du grand gala de l’opéra qui clôt traditionnellement la saison, on lui demande de jouer, «  en attraction» entre deux ballets, le 3ème acte de Ruy Blas. Elle campe le rôle de la reine et donne la réplique, en français, à un des plus grands tragédiens russes de l’époque, lequel ne peut que s’exprimer en russe, la seule langue qu’il ait jamais connue. Ruy Blas, s’inscrit ce soir là, involontairement, au répertoire comique : « Après avoir entendu mon partenaire me dire dans la plus grande exaltation « Ia Vasse Lioubliou ! Ia skazal vachemou, velitchestvou tcho cerosé » (…),  je luis répondis :  » Oh parle ! Ravis-moi ! Jamais on ne m’a dit ces choses-là ! » J’avais l’impression que Ruy Blas était un vaudeville », confiera-t-elle un demi-siècle plus tard dans ses Mémoires (8). On imagine tout le professionnalisme qu’il lui fallut pour ne pas éclater de rire, face à un tel décalage dans le jeu des acteurs. Le public, conquis par son jeu,  semble lui vouer une admiration sans borne : pêle-mêle, ses admirateurs lui font porter qui des icônes, qui des porcelaines anciennes, voire des lévriers, quand il ne s’agit pas de la peau d’un ours blanc, que l’on affirme avoir spécialement abattu pour elle…

  • Gabrielle Robinne, au cours de son séjour en Russie (1905-1906)

    À l’occasion de la traditionnelle  Fête des eaux, à Tsarskoïe-Selo, le « Versailles russe», qui sert de résidence d’été au tsar de toutes les Russie,  elle est même présentée à Nicolas II. Sur place, on lui propose de reconduire son contrat  pour un an…Ce qu’elle refuse, arguant du fait qu’elle est mineure et que son père n’accepterait pas … Qu’à cela ne tienne, on est prêt à faire venir M. Robinne père, à le faire séjourner dans la capitale russe, et même à lui payer un dédit  pour l’administration des Postes et télégraphes, son employeur, qui ne saurait ainsi refuser, au risque d’ébranler l’amitié franco-russe. Mais Gabrielle a la nostalgie de son pays et la perspective de devoir affronter la froideur d’un second hiver la pousse à refuser l’offre : « Ces six mois de neige, elle avait eu beaucoup de mal à les supporter, malgré le douillet appartement dans lequel elle vivait avec sa mère.. Paris, ses cris, ses odeurs  lui avaient tellement manqué qu’elle refusa », écrit sa fille, Colette Alexandre-Robinne. Elle quitte donc en avril 1906 les rives de la Néva pour retrouver celles de la Seine. Paris, qui ne lui tient pas rigueur de son escapade russe,  ne l’a pas oubliée…

    Quelques variations sur l’image de Gabrielle Robinne, vue par les studios photographiques Meurisse

PENSIONNAIRE DE LA MAISON DE MOLIÈRE…

  • Gabrielle Robinne, sollicitée à la fois par Jules  Clarétie…

    Dès son retour, Jules Clarétie, administrateur de la Comédie française, la fait immédiatement demander. Il lui propose de jouer au théâtre du Parc à Bruxelles le premier rôle féminin dans Brichanteau, vieux comédien, une pièce mise en scène par Maurice de Féraudy, basée sur un roman de Clarétie lui même. Entre répétitions et représentations, Gabrielle Robinne et sa mère doivent donc élire domicile dans la capitale belge. Le public comme les critiques sont conquis par l’interprétation de  l’actrice, ce qui obligera à prolonger les représentations. Presque au même moment, Lucien Guitry, le père de Sacha, la sollicite pour monter une pièce au théâtre de La Renaissance, dans laquelle elle aurait à nouveau le premier rôle féminin. Le contrat est financièrement très intéressant mais, en cas d’empêchement, il stipule que l’actrice aurait un important dédit à verser. De quoi faire réfléchir les Robinne, mère et fille. La réflexion ne durera pas longtemps : Jules Clarétie revient à la charge en lui proposant de l’engager, pour un an, comme pensionnaire de la Comédie Française. La proposition courrait du 1er octobre 1906 au 30 septembre 1907. En contrepartie,   Gabrielle doit s’engager  à jouer, pour 4.800 francs or par an,  tous les rôles qui lui seront confiés «  dans la tragédie, la comédie et le drame » et plus spécialement dans l’emploi dit de « coquette et rôle de genre ».

    … et par Lucien Guitry

    Le contrat léonin stipule qu’elle doit «  se trouver à toutes répétitions, fournir à ses frais tous les habits nécessaires et convenables à ses rôles et emplois, suivre  la Comédie Française partout où il plairait à l’Administrateur de la faire jouer et de ne paraître sur aucun autre théâtre payant ou non payant, sans le consentement exprès ou par écrit de ce dernier »…À vingt  ans, avec l’accord et la signature paternels puisqu’elle n’est pas encore majeure, elle choisit donc de faire son entrée dans la maison de Molière, qu’elle ne quittera qu’en 1938, trente-deux ans plus tard. Après la reprise du rôle de Zanetto, dans le Passant de François Coppée, elle interprète en janvier 1907, Betty, la jeune anglaise  de L’anglais tel qu’on le parle, de Tristan Bernard, devenant pour son public la « Pitite Tcherrry ». À prononcer avec l’accent qui sied… Une interprétation qui semble avoir marqué durablement la critique, au point que, lors d’une reprise de la pièce en 1916 avec une autre actrice, on puisse lire dans la revue L’Intermède:  » Dans le rôle de Betty, je ne puis oublier avec quelle savoureuse candeur, Mlle Robinne disait à Paris son irrésistible »pettit cherrri » qui déchaînait tant d’applaudissements« .

  • Robinne lysiane
    Gabrielle Robinne, « petite poupée à fanfreluches« , « honte de la Comédie française« …

    Si la presse théâtrale souscrit aux choix artistiques  de Jules Clarétie, on note toutefois quelques exceptions détonantes.  Dans un article daté du 2 janvier 1908, le journal La critique indépendante s’en prend avec violence aux décisions  du Comité d’administration de la Comédie française. Il  demande même au ministre des Beaux arts, Aristide Briand de « donner un coup de balai fort utile dans la foule des petites poupées (sic) qui sous le nom de pensionnaires émargent au budget et ne rendent aucun service, pour la raison délicieuse qu’elles n’ont aucun talent (sic), ayant de longue date suppléé à celui-ci par des relations influentes« . Dans le viseur du journaliste figurent Gabrielle Robinne, mais aussi « Mlles Maille et Géniat« . Quelques lignes plus loin, le même s’en prend plus particulièrement à Gabrielle Robinne, à propos de son interprétation de Zanetto, dans Le Passant. Une véritable charge contre l’actrice:  » Sans doute, écrit-il, on ne pouvait demander à la jeune et jolie actrice d’avoir du talent (…). Mademoiselle Robinne fait partie des artistes (?) dont tout le talent consiste à être entrée à la Comédie française (…). Elle y ajoute celui de pratiquer la publicité par cartes postales« . Un mélange des genres qui ne semble  pas trouver grâce à ses yeux.  La suite de l’article est encore plus violente:  » Quand donc la Comédie française aura-t-elle la pudeur de se débarrasser  d’un tas de petites poupées à fanfreluches qui sont la honte de la maison (sic). Il faut au théâtre montrer une belle poitrine, de jolis cheveux, des yeux exquis, c’est entendu (…). Mais il faut aussi avoir du talent et sous ce rapport Mlle Robinne est un peu trop déshéritée. Il est vraie qu’elle a de jolies jambes », écrit-il dans une conclusion…pleine de sous-entendus.

1906 : Gabrielle Robinne fait son entrée à la Comédie Française
  • Sur les planches, au fil des pièces, elle donne alors la réplique, à Ernest Coquelin, dit Coquelin Cadet, à Paul Mounet-Sully, voire à Cécile Sorel et, évidemment à Maurice de Féraudy, en personne : « Les grands sociétaires, il y en avait beaucoup à l’époque, me semblaient des demi-dieux….Je compris qu’ils étaient des hommes et des femmes comme les autres, avec leurs faiblesses, leurs déceptions », note-t-elle dans ses souvenirs (9). De Célimène, du Misanthrope, elle peut passer avec une aisance déconcertante, à Clotilde de La Parisienne, après un détour par la tragédie, avec Horace.

    Gabrielle Robinne, désormais « de la Comédie Française« 
  • Pendant trente ans, elle va jouer les premiers rôles féminins dans une litanie de pièces parmi lesquelles : Les affaires sont les affaires, d’Octave Mirbeau, Le voleur d’Édouard Bernstein, le Duel ou Le marquis de Priola, d’Henry Lavedan, L’amoureuse de Porto-Riche, La marche nuptiale d’Henry Bataille, L’ami des femmes et  Le demi monde d’Alexandre Dumas fils. Au chapitre des classiques, elle visite Molière (Le misanthrope, Tartuffe, Les femmes savantes, Le Bourgeois gentilhomme), Racine (Phèdre), Musset (Un caprice de Marianne, On ne badine pas avec  l’amour ou  Lorenzaccio), Marivaux (Le jeu de l’amour et du hasard) ou Beaumarchais (Le mariage de Figaro)…. et bien d’autres. Le fait de jouer à la Comédie Française ne l’empêche toutefois pas de créer des pièces ailleurs, comme son contrat le lui permet, « après autorisation de Monsieur l’administrateur ». Ainsi, à plusieurs reprises Bruxelles l’accueillera à nouveau pour La Châtelaine  (1911), La rencontre (1919), Hélène de Sparte (1920),  des années avant Le vivier (1936).

UNE PERSONNALITÉ EN VUE  DU « TOUT PARIS »…

  • Au cours de ses tournées européennes, sur lesquelles veille toujours Madame Robinne mère, bien que sa fille soit devenue majeure en 1907, les rencontres prestigieuses se succèdent entre 1908 et 1910: après le tsar Nicolas II rencontré en 1906 lors de son escapade russe, elle est ainsi présentée au roi de Grèce, Georges Ier, à Athènes, au souverain d’Espagne Alphonse XIII à Madrid, au Kaiser Guillaume II à Berlin et au roi Georges V, accompagnée de la reine Mary à Londres.

• En évoquant le passage de Gabrielle Robinne par l’ambassade de France à  Berlin, en 1909, le journal Le Rire, se prend à imaginer, sur le mode humoristique,  ce que pourrait être l’influence de la comédienne sur les relations franco-allemandes :

Robinne « Mlle Robinne, illustrée par la carte postale, est allée personnifier à Berlin l’élégance, la beauté, le charme de la Parisienne, peut-on lire dans le numéro du 10 février. Reconnaissons qu’on aurait pu plus mal choisir. Trop souvent, nos jolies femmes se voient représenter dans les capitales étrangères par des dames qui étaient belles sous l’Empire (le Second) et qui ont des fils à la veille d’être nommés commandants, à l’ancienneté. C’est à l’occasion d’une exposition de Watteau, de Lancret, de Boucher, organisée à l’ambassade de France, que Mlle Robinne est allée pourvoir, en tout bien, tout honneur, aux menus plaisirs du Kaiser. On prête à celui-ci un mot trop boulevardier : « Mademoiselle, aurait-il dit,  quelle agréable surprise pour moi : je ne croyais voir ici que de vieux tableaux ! ». Des échotiers, par trop désinvoltes se sont permis de dire qu’à Berlin, Robinne pouvait beaucoup pour nous si elle voulait. D’abord, cette jolie pensionnaire ne veut pas. Elle avait madame sa mère et son petit chien dans ses bagages. Et puis, nous aurions peut-être tort de croire que l’Alsace  et la Lorraine se reprennent comme cela, sur un oreiller, même impérial (…). Ne comptons donc pas trop sur le sourire de nos jolies femmes pour réparer le traité de Francfort »…

Le Tsar Nicolas II, Georges Ier de Grèce, Alphonse XIII d’Espagne, le Kaiser Guillaume II, Georges V…Quelques-unes des têtes couronnées qui ont salué Gabrielle Robinne lors de ses tournées européennes

• Lorsqu’elle regagne Paris, on peut souvent la voir   monter en amazone dans les allées du  bois de Boulogne et elle se révèle une sportive accomplie : elle est une excellente nageuse, une très bonne patineuse, et elle pratique aussi bien la randonnée à bicyclette que le ski… Peut être faut-il  y entrevoir un des  secrets de sa longévité. Ce qui ne l’empêche pas d’être une virtuose du piano dont la tante Berthe, professeure de musique à l’Institution  Marie-Immaculée,  lui avait enseigné les premiers rudiments, à Montluçon. Quelquefois même, elle s’adonne à la composition. Une de ses œuvres, une valse, aura le privilège d’être jouée dans une pièce, à la Comédie française. Quelques années plus tard, durant la Grande Guerre, elle composera même un Hymne de France, en compagnie de son mari, René Alexandre.  Désormais, Gabrielle Robinne fait donc partie des femmes les plus en vue de la capitale,. C’est ce qui fera écrire au journal Le Monde en novembre 1980, quelques jours après sa disparition : « C’était une personnalité du tout Paris que s’arrachaient les salons, les grandes réceptions, voire les concours d’élégance du Bois de Boulogne. Sa plastique sculpturale, ses grands yeux en amande, son ovale de visage, ses cheveux magnifiques sous les chapeaux haut – perchés, sa taille princière et cette ligne d’épaules que rehaussaient des étoles de fourrure lui composaient la silhouette idéale de la Parisienne reproduite à l’envi par les clichés de l’Illustration ou le Comœdia Illustré ». (10)

ALEXANDRE,« LE BEAU RAMUNTCHO ENTREVU À L’ODÉON »…

  • René Alexandre, « le beau Ramuntcho« .

    L’année 1908 est marquée par deux événements capitaux pour Gabrielle Robinne, en dehors de sa toute première participation à une tournée européenne, sous l’égide de Maurice de Féraudy. Celui-ci a réussi à convaincre Jules Clarétie qui lui a donné les autorisations nécessaires. C’est d’abord la rencontre avec le comédien René Alexandre. Né en 1885, formé par Paul Mounet-Sully, « ce jeune homme grand, mince et brun, avec de beaux yeux et une voix profonde et chaude», a décroché le premier prix de comédie et de tragédie au concours du Conservatoire et il vient de faire son entrée à la Comédie Française. Il a installé un cours de diction au 55 de l’avenue Bugeaud, là même où Gabrielle Robinne et sa mère viennent d’emménager : « Je n’avais pas oublié le beau Ramuntcho, entrevu à l’Odéon, quelques années auparavant », rapporte-t-elle dans son livre de souvenirs.

René Alexandre, déclamant un poème du commandant Alfred Droin, « Aux écrivains tombés au champ d’honneur », le 10 avril 1919, au Panthéon (agence photographique Rol ©BnF Gallica)
  • René Alexandre, en empereur romain: un habitué du répertoire classique

    En 1910, Gabrielle Robinne et René Alexandre se donnent la réplique dans Les Marionnettes de Pierre Wolf. Celui qui a débuté dans Pyrrhus, une pièce jouée à l’Odéon en 1906, est décrit par Philippe Van Thieghem comme quelqu’un de  « remarquablement beau (dont le) physique éclipsa parfois injustement  les qualités d’acteur » (11). Le deux comédiens tombent éperdument amoureux l’un de l’autre : « Nous bavardâmes longuement, souvent et, un an après, ayant eu tout loisir d’échanger des projets d’avenir, dans les escaliers A et B de l’immeuble de l’avenue Bugeaud, dans le métro qui nous conduisait de l’Etoile au Palais Royal, dans les couloirs de la Comédie Française, nous décidâmes de nous marier », écrit-elle (12). Pour leurs fiançailles, célébrées en 1911,  ils donnent un véritable spectacle en jouant un petit acte, avant que Marthe Chenal ne prenne le relais pour le chant et que Paul Mounet-Sully, en personne,  ne fredonne quelques chansons. Cette même année, Gabrielle Robinne joue à la Comédie française Le plaisir de rompre, de Jules Renard, suivi du Mariage de Figaro, de Beaumarchais. Pour les deux comédiens, l’heure est au mariage.

    René Alexandre et Gabrielle Robinne, un couple à la ville et sur scène qui dure 34 ans
  • Leur union sera célébrée le 11 juin 1912, à la mairie de Limeil-Brévannes. Pour pouvoir se marier en échappant aux journalistes et photographes lancés à leurs trousses (les « paparazzi » de l’époque),  le couple a dû mettre au point un subterfuge : ils ont signé un faux bail antidaté, attestant de leur installation dans ce qui n’est alors qu’un gros village, le tout avec la complicité d’amis propriétaires d’une maison. Cette précaution ne servira cependant à rien. Depuis Paris, les journalistes ont pris discrètement en filature l’un des invités, Jules Clarétie, le témoin des mariés, avec Paul Mounet-Sully. Après qu’il eut acheté son billet au guichet de la gare, ils n’ont eu qu’à demander « La même chose que Monsieur » pour percer le secret de la destination finale… 

    La mairie de Limeil-Brévannes, lieu de célébration du mariage
  • Le journal L’Intransigeant (12 juin 1912) en rendant compte de la cérémonie écrit : « M. Alexandre, d’une élégance sobre, et Mlle Robinne, radieuse de beauté et de bonheur, entendirent avec recueillement les douces paroles du bon curé, un peu émerveillé et plus ému, semblait-il que ceux même qu’il avait charge d’unir. Le tout Limeil et le tout Brévannes se pressaient à la porte et dans la ruelle. Quelques photographes, deux ou trois journalistes ».
    Gabrielle Robinne, de retour sur scène en 1916

    L’auteur de ces lignes passe sous silence les actualités cinématographiques qui sont pourtant bien là afin d’immortaliser l’événement. Les opérateurs de Gaumont rivalisent avec ceux de Pathé – Journal et d’Éclair – Journal. Dans les semaines qui suivent on pourra donc voir des images de ce mariage dans de nombreuses salles. Désormais, Gabrielle Robinne et René Alexandre, qui choisissent de passer leur lune de miel en Corse,  vont constituer «  un couple spectaculaire et admiré » selon les propos d’un journaliste qui rendait hommage à l’actrice en 1980. Ajoutons, et ce n’est pas un fait courant dans le milieu artistique, un couple solide, que seule la mort prématurée de René Alexandre viendra  briser en 1946, laissant Gabrielle Robinne inconsolable. 

L’ASSASSINAT DU DUC DE GUISE”…SUR PELLICULE 

  • 1908, c’est aussi le véritable début de la carrière cinématographique de Robinne. Elle a toutefois déjà pu apparaître brièvement devant les caméras: d’abord dans Le troubadour de Segundo de Chomon tourné en 1906 et, ensuite, dans Le retour d’Ulysse, d’André Calmettes, ce dernier film ne sortant cependant en salle qu’en 1909. Depuis les tout premiers films des frères Louis et Auguste Lumière, projetés en 1895, ce qu’on appelle aujourd’hui le 7ème  Art, semblait n’être promis qu’à rester, au pire, un spectacle mineur pour baraques foraines et, au mieux, pour quelque sous-sol de salles de cabarets enfumées. Certes, il y avait bien les efforts louables d’un Georges Méliès et de quelques autres, pour tendre à plus de créativité,  mais le cinéma ne pourrait jamais  devenir  un art noble… Du moins, le pensait-on, et peu nombreux étaient les grands noms du théâtre, à plus forte raison de la Comédie française, à vouloir s’y compromettre.

    Une action de la nouvelle société Le Film d’art fondée par l’éditeur Pierre Laffitte (1908)
  • Charles le Bargy, réalisateur et acteur

    C’est en partant de ce constat que l’éditeur Pierre Laffitte, qui publiait notamment le très mondain Femina, décide de créer la société Le Film d’art. Il entend « lutter contre la vulgarité et le mauvais goût», en drainant un public plus exigeant que celui des baraques foraines. Le seul moyen, c’est d’offrir des sujets nobles, empruntés au répertoire du théâtre ou à la littérature classique. Pour le scénario, on pourra faire appel à quelques vieilles gloires de l’Académie française et, pour l’interprétation, on puisera dans le vivier des grands comédiens, et pourquoi pas, dans celui de la Comédie française, si les contrats ne s’y opposent pas. Pour son coup d’essai, Le Film d’art choisit L’assassinat du duc de Guise.  La pièce  est d’Henry Lavedan, membre éminent de l’Académie Française, par ailleurs critique dramatique et journaliste à l’Illustration. Une double caution qui devrait permettre de drainer  des critiques positives. Pour l’occasion, Maurice de Féraudy qui a investi de l’argent dans la société du Film d’art, prêtera une partie du mobilier nécessaire au tournage.

  • Gabrielle Robinne, alias la duchesse de Noirmoutiers, maîtresse du duc  de Guise (scène du début du film) .

    La réalisation est assurée par Charles le Bargy et par André Calmettes, tandis que l’on fait appel à Camille Saint-Saens pour composer la partition musicale, c’est à dire le fameux accompagnement au piano des films muets. On ne lésine pas non plus sur les décors qui sont confiés au talentueux Emile Bertin et Le Bargy engage Gabrielle Robinne pour tenir le rôle de la marquise de Noirmoutiers, maîtresse du duc de Guise (Albert Lambert). Charles le Bargy campe Henri III et dans la distribution figurent Berthe Bovy, Raphaël Duflos et quelques autres gloires théâtrales de l’époque. Ce faisant, Gabrielle Robinne et les comédiens qui l’entourent, prennent à l’évidence un risque car, comme l’écrit Florence Montreynaud dans « Le XXè siècle des femmes », « auréolée de son prestige, elle est la première des dames du répertoire à oser se compromettre avec le cinéma » (13)

    Gabrielle Robinne (la duchesse de Noirmoutiers), dans les premières images du film

    La célèbre scène de l’assassinat du duc de Guis
  • Le film achevé et monté dure 18 minutes, soit pour l’époque l’équivalent d’un long métrage. Il est présenté en exclusivité le 17 novembre 1908, dans une salle de la rue Charras. C’est immédiatement un succès : dès le 21 novembre 1908, l’hebdomadaire l’Illustration publie le scénario intégral du « drame cinématographique en six tableaux» en accumulant les précisions techniques: il compte 18.828 clichés pour une bande de projection de 314 mètres. La même revue, que lit de génération en génération  la bourgeoisie parisienne et provinciale,  note que « Le public parisien lui a fait le plus chaleureux accueil (et que) il va être propulsé dans le monde entier ».
  • Le retour d’Ulysse, autre production du Film d’Art

    Dans les colonnes du journal Le Temps, Adolphe Brisson rend compte du film et rédige, sans le savoir,  ce qui est  considéré comme la toute première critique cinématographique : « Ce récit visuel, écrit-il, se grave dans l’esprit en traits inoubliables. Il ne languit pas (…) C’est la plus impressionnante leçon d’histoire. Rien ne vaut l’enseignement par les yeux ». Quant à ceux qui y verraient une menace pour le théâtre, il les rassure en ajoutant que « après une heure et demie de spectacle, nous éprouvons l’impérieux besoin d’entendre le son d’une voix humaine et  ceci prouve bien que le Cinéma n’est pas une concurrence au Théâtre : il le fait désirer, il en créé la nostalgie ». D’autres, comme   Lucien Descaves, considèrent que le théâtre filmé prendra, tout au plus,  la clientèle des cafés concerts, « et c’est autant de gagné pour les oreilles », ajoute-t-il, un brin ironique.

    Une scène du  tournage du Retour d’Ulysse dans les studios du Film d’Art
  • On rapporte  que Charles Pathé en personne, le principal concurrent de Paul Laffitte, se serait écrié : « Ah Messieurs ! Vous êtes plus forts que nous». De l’autre côté de l’Atlantique, David Griffith, un des maîtres du cinéma américain, confiera au début des années 1920 : « Mon meilleur souvenir au cinéma : la sensation que me procura (…) un film merveilleux, L’assassinat du duc de Guise. Ce fut pour moi une révélation complète. Si seulement vos compatriotes avaient pu continuer à produire des films semblables, ils seraient aujourd’hui les premiers cinématographes du monde» (14).  En analysant les raisons du succès d’un tel film, l’historien du cinéma Roger Boussinot (15) notait, non sans raison, que « les gens bien pouvaient désormais aller au cinéma, comme au théâtre, sans déchoir. Le cinéma avait gravi un échelon dans l’échelle sociale ». Avec le temps, le jugement de la critique allait cependant se durcir, au point que dans les décennies suivantes, certains parleraient «  d’un impérissable monument de grandeur et de sottise », un point de vue repris par les premiers historiens du cinéma. Au début des années 1980, pourtant, le film sera restauré par le Centre national de la cinématographie et présenté, le 15 octobre 1980, dans la vieille salle du Palais des Arts. Là, devant un parterre de metteurs en scène et de critiques ou d’historiens du cinéma, les spectateurs feront une ovation à la dernière survivante du film, « Madame Robinne de la Comédie Française ». À 94 ans, ce sera son ultime apparition publique, un mois avant sa disparition.
    Le retour d’Ulysse, en cours de tournage

    En dehors du fait que Le Film d’art marque un tournant dans la production cinématographique, il permet désormais aux metteurs en scènes, aux réalisateurs et aux acteurs d’avoir enfin leurs noms inscrits sur les affiches. Comme l’écrit l’historien du cinéma Charles Ford, « le mythe de la vedette était né…Mais au profit des acteurs américains. Quant aux acteurs français, s’ils avaient maintenant leurs noms dans les génériques, dans les programmes, dans les notes et les placards publicitaires, c’était encore avec une certaine discrétion (…) Le sort des femmes n’était pas différent : jamais une Gabrielle Robinne, une Suzanne Grandais, une Huguette Duflos, qui au temps du muet s’avancèrent le plus dans la faveur des foules, ne se virent traitées par les journalistes français comme une Pearl White, une Mary Pickford, une Gloria Swanson » (16).

    Gabrielle Robinne déclamant un poème lors des Fêtes de Bretagne à Nantes (été 1910)

    Gabrielle Robinne (au centre) et Jeanne Delvair, interprétant Griselidis, lors de ces mêmes fêtes

GABRIELLE ROBINNE DANS LE TOURBILLON DES TOURNAGES DE FILMS…

  • Gabrielle Robinne, désormais vedette de cinéma, aux innombrables films

    Après ce coup d’essai couronné de succès, le Film d’art continue sur sa lancée, en utilisant les mêmes recettes et souvent  les mêmes comédiens. Dès 1909, sort en salle  Le retour d’Ulysse autre film d’André Calmettes, bientôt suivi de La Reine de Saba. À propos de ce dernier film, Gabrielle Robinne aimait à rappeler, non sans malice, les conditions singulières  du tournage: « Je devais me promener, tout le long du scénario avec une jeune panthère qui me suivait comme un chat (…). On me l’avait présentée comme parfaitement douce et inoffensive. Je la caressais, elle se couchait dans mes bras, elle était charmante. Un matin, en arrivant au studio, je ne vois pas ma panthère. Je la réclame et le metteur en scène me dit : « Oh ! Non ! Elle est enfermée. Elle a mangé le bras d’un machiniste…Ça ne m’a pas empêché de continuer à faire du cinéma » (17).

  • Charles Pathé: un contrat pour cinq films par an

    Avec René Alexandre et Cécile Sorel, elle participe encore au tournage de Macbeth, de Carmen ou d’Héliogabale. Grâce à ces films, dont la diffusion dépasse le simple cadre français, elle acquiert le statut de « première star internationale du cinéma». Il suffit d’afficher au fronton des salles, « Ce soir, Robinne » pour que le succès soit assuré. Dire que l’on s’arrache Robinne, n’est donc pas exagéré. C’est ainsi que Charles Pathé lui propose  un contrat pour cinq films par an, avec des appointements en or, qui laissent rêveur plus d’un comédien.  Trente ans plus tard, alors que Gabrielle Robinne vient de quitter la Comédie française, on pourra lire dans Le Monde illustré (15 janvier 1938) : « Mademoiselle Robinne (…) est devenue une des premières vedettes de l’écran où, en même temps que son grand talent de comédienne, sa beauté a été rendue célèbre dans le monde entier ».

  • René Leprince, réalisateur des Scènes de la vie bourgeoise

    De 1912 à 1914, Gabrielle Robinne tourne aux côtés de son mari, dans une vingtaine de films de René Leprince, réunis sous le titre générique de Scènes de la vie bourgeoise. Elle joue ainsi dans Lutte pour la vie, une histoire édifiante et très moralisatrice, dans laquelle Jean Morin (René Alexandre), bon dessinateur industriel, victime de l’injustice, finit par épouser Mlle Préval (Gabrielle Robinne), fille d’un filateur, qu’il a sauvée de l’incendie de l’usine paternelle. Jean Mitry, historien du cinéma, écrit que ces films « représentaient pour le public semi-bourgeois, le fin du fin du drame psychologique». S’enchaînent ensuite La proie, La comtesse noire, Premier amour, Blessure d’amour, Le malheur qui passe, Le calvaire d’une reine ou Les larmes du pardon, La comtesse noire, Plus fort que la haine…et bien d’autres aux titres tous plus évocateurs les uns que les autres. On pourra en  retrouver la liste, non exhaustive, à la suite de cet article. Quelquefois, René Leprince s’adjoint Ferdinand Zecca à la réalisation. C’est le cas pour Cœur de femme, La danse héroïque, La leçon du gouffre et Le roi de l’air en 1913.  Suivront, en 1914,  Le calvaire d’une reine et La jolie Bretonne.

  • Ferdinand Zecca

    Tous ces films sont régulièrement loués par Le Temps, encensés par Le Figaro, couverts de lauriers par l’Illustration, alors qu’ils sont tout aussi régulièrement éreintés par la plume acerbe de quelques rares critiques, dont celle du jeune Louis Delluc. Celui-ci, que Roger Boussinot qualifie de « critique au revolver» écrit dans les colonnes du journal l’Intransigeant que « Les gens qui ont mis en scène les films de Mlle Robinne sont tous de vivants défis au goût et au bon sens »Et d’ajouter: « J’attends les films que Mlle Robinne doit au cinéma français. J’attends, mais sans impatience». Une « attente » que ne partage apparemment pas le public qui fait de ces films de véritables succès.

    Gabrielle Robinne, sous contrat chez Pathé
  • Au total, entre les représentations qu’il faut assumer à la Comédie Française, les tournées en province et à l’étranger et  le tournage des films en studio, la carrière de Gabrielle Robinne et de René Alexandre est bien remplie. Le couple y gagne plus que  la simple aisance matérielle. Seule ombre au tableau dans cette étape heureuse de sa carrière, à la fin de 1913, Gabrielle Robinne comme la plupart des comédiens de la maison de Molière est affectée par la mort de Jules Clarétie, son administrateur depuis vingt ans

  • Tous ces films, couronnés pour la plupart de succès, apportent à Gabrielle Robinne une foule d’admirateurs et d’admiratrices, au zèle parfois débordant. Dans ses mémoires, elle cite telle jeune fille qui avait quitté sa famille pour venir la rejoindre à Paris et qui, reconduite à la gare, se serait jetée sous le train…Ou tel autre jeune homme, n’hésitant pas à cambrioler des magasins d’antiquaires de la ville pour couvrir la comédienne de présents… Ou encore, cet admirateur passionné qui lui adresse lettres sur lettres, depuis le Congo où il habite, la suppliant de tout quitter pour le rejoindre, ajoutant qu’elle et lui sont destinés l’un à l’autre, car ils se ressemblent « de façon stupéfiante »… Jusqu’à ce qu’il finisse par lui envoyer sa photo révélant un homme « petit, chauve et légèrement bossu »…

17 JANVIER 1914 : GABRIELLE ROBINNE ET RENÉ ALEXANDRE INAUGURENT  LE NOUVEAU THÉÂTRE MUNICIPAL DE MONTLUÇON

  • La Grande guerre va mettre provisoirement un terme à ce tourbillon d’activités. Mais, avant qu’elle n’éclate, Gabrielle Robinne et René Alexandre auront eu le temps de venir ensemble à Montluçon, à l’invitation de la Municipalité, dirigée  par Paul Constans. Le samedi 17 janvier 1914, on inaugure le théâtre municipal, accolé au nouvel hôtel de ville. Le couple de comédiens a accepté de venir y jouer Le voleur, pièce en trois actes d’Henri Bernstein, dans « une représentation de gala ». Marie-Ange Fériel et Roger Vincent complètent la distribution.
Ancien théâtre
L’ancien théâtre, en service de 1809 à 1897,   peu avant sa démolition en 1909.
  • Le vieux théâtre, qui avait été installé en 1809 dans la chapelle de l’ancien couvent des Ursulines, avait dû être fermé par arrêté préfectoral en  février 1897, en raison de sa vétusté et des dangers qu’il représentait pour le public. Un premier projet de reconstruction, adopté en décembre 1899, n’avait pu aboutir, laissant la ville qui était alors en plein essor sans lieu de spectacle. En 1902, à l’occasion d’une grande kermesse organisée en faveur des victimes et des sinistrés de la Montagne Pélée, à la Martinique, les frères Perrier, entrepreneurs et mécènes locaux,  avaient édifié   un « théâtre cirque« .  Construit en planches, il se situait  à proximité de l’actuel square Fargin-Fayolle, au bord du Cher. Conçu comme provisoire, il devint pendant une décennie le haut-lieu des spectacles montluçonnais, abritant aussi bien des meetings politiques que des représentations théâtrales.  On pouvait y applaudir  les vaudevilles des tournées théâtrales, particulièrement prisés  de la bonne société, mais aussi  des orchestres philharmoniques ou la chorale locale. De grands noms du théâtre, comme Sarah Bernhardt ou Mounet-Sully qui vint interpréter Ruy Blas en  1912, s’y produisirent. Jean Jaurès en personne y tint meeting en 1909.  La Jeunesse artistique montluçonnaise, groupe théâtral local, y joua  Un client sérieux de Courteline  et Le malade imaginaire de Molière. L’endroit pouvait aussi servir de cadre à  des spectacles de cirque, en transformant son parterre en piste. C’est ainsi  que le célèbre Buffalo Bill, en personne,  s’y serait produit.

    Théâtre cirque de Montluçon
    Le théâtre – cirque (1902-1912), une solution provisoire
  • Pourtant le site présentait de nombreux défauts, avec ses aménagements plus que rudimentaires. Il y pleuvait lors des représentations, au point que les spectateurs avaient pris l’habitude de s’y rendre munis de leurs parapluies. On comprend dès lors que la municipalité se soit penchée sur la question, à l’occasion de la construction du nouvel hôtel de ville, auquel on allait adjoindre un théâtre « en dur« . Quant au théâtre cirque, il devait être démoli en 1912, ne laissant derrière lui guère de  regrets.
    Talbourdeau (3 générations) - Copie
    Gilbert Talbourdeau (1863-1943), architecte du théâtre

    • Conçu par l’architecte montluçonnais Gilbert Talbourdeau (1863-1943), un proche du maire Paul Constans, le nouveau théâtre dont les travaux  débutés en 1909 ont été achevés en 1913, est  qualifié, y compris par des journaux parisiens, de « bijou des théâtres de province». On vante « la qualité de la salle, les installations telles que l’électricité, le chauffage central, les vestiaires, les toilettes » sans oublier, chose exceptionnelle pour l’époque, l’important dispositif de sécurité.  Pour les décors peints, on a fait appel aux frères Barberis, la réalisation du rideau de scène ayant été confiée à « MM. Bertin et Karl qui furent chargés de brosser les décors« . En rendant compte de la cérémonie inaugurale, Pierre Leprat ne cache pas sa satisfaction, au point d’écrire , quelques mois plus tard, dans le Bulletin des Amis de Montluçon:  » Les amateurs de théâtre pourront désormais goûter, dans un local confortable et coquet, l’attrait de spectacles variés, et suivre les tendances et les évolutions de l’art dramatique moderne, autrement que par la lecture des œuvres  ou celle des comptes-rendus« . Au passage, il salue Gabrielle Robinne : « Notre charmante compatriote, Madame Gabrielle Alexandre-Robinne, de la Comédie française, avait bien voulu prêter le concours de son talent pour rehausser cette petite fête locale. Elle interpréta magistralement le rôle de Marie-Louise Veyssin dans “Le voleur” de Bernstein« .

    Nouveau théâtre de Montluçon 1914
    La façade du théâtre  attenant au nouvel hôtel de ville
  • La suite de l’article est un véritable hymne à la gloire des lieux, avec « les sièges, les tentures (qui) complètent de la plus heureuse manière l’effet  de ces nuances azurées qui donnent à la salle une tonalité  lumineuse et reposante, bien faite pour fournir un joli fond à la fraîcheur du teint des spectatrices (sic) et s’allier à l’éclat des toilettes féminines« . Autres détails vantés par Pierre Leprat,  » le plafond clair et parsemé de guirlandes de fleurs (avec) un plafonnier électrique qui distribue  la lumière à profusion« , sans oublier « l‘acoustique  (qui) a paru excellente » ou « la distribution des places conçue  de telle façon que le public peut jouir complètement du spectacle, de tous les points de la salle ».  Et de conclure en formulant le  souhait « que les Montluçonnais  reprennent souvent le chemin du théâtre« , d’autant que « le nom du directeur, M. Charles Baret, chargé par la municipalité d’organiser  les soirées théâtrales (…) donne l’assurance que les œuvres représentées seront toujours interprétées par des artistes de valeur« .

    L’intérieur du théâtre: « Un bijou des théâtres de province« …

• La  représentation inaugurale terminée, en quittant Montluçon pour regagner Paris,  Gabrielle Robinne n’imagine pas encore  que la Grande guerre va bientôt la ramener, pour un séjour de plusieurs mois, dans sa ville et sa maison natales, mais dans un tout autre rôle…

1914-1916: GABRIELLE ROBINNE AU SERVICE DES BLESSÉS, À L’HÔPITAL DES NICAUDS…

  • René Alexandre mobilisé au 67ème RI

    La déclaration de guerre, le 2 août 1914, ayant entraîné la suspension des contrats et la mise en sommeil des théâtres, la Comédie française n’échappe pas à cette hibernation forcée. Ses sociétaires les plus jeunes, ne sauraient se soustraire à la mobilisation générale et, à 29 ans, René Alexandre est mobilisé. Il part comme sergent au 67ème  RI dans l’est de la France. Grièvement blessé à Charleroi, en 1916, il obtiendra l’autorisation de séjourner à Montluçon pour y passer sa convalescence. Ce faisant, il y retrouve Gabrielle Robinne qui a quitté Paris, dans les premières semaines du conflit,  pour s’installer au domicile paternel du 47 rue de la République. Son propre père, Désiré Victor Robinne, trop âgé pour être mobilisable, s’est porté volontaire et il a été affecté à la censure postale, à proximité de la frontière suisse.

  • L’heure n’est donc plus aux frivolités ni aux tourbillons de la vie mondaine. Pendant près de deux ans, l’actrice qui a côtoyé les plus grands acteurs et a rencontré les têtes couronnées qui règnent sur l’Europe,   s’engage  comme simple aide – anésthésiste et infirmière.
    Gabrielle Robinne, infirmière à Montluçon, de 1914 à 1916

    • Elle se dévoue  auprès des blessés de guerre qui affluent à Montluçon où plusieurs hôpitaux ont été installés. L’un deux, l’hôpital dit des Nicauds,  se trouve dans les locaux de l’institution Marie-Immaculée où professait sa propre tante, Berthe Bastien et qu’elle connaît pour y avoir effectué une année de sa scolarité. Dans une lettre, publiée le 17 novembre 1961 par le quotidien local Centre-Matin, peu après la sortie de son livre de souvenirs, elle se remémorait « l’hôpital des Nicauds, installé dans un couvent et une école neuve mitoyenne (où) nous avons reçu pendant plus d’un an de jeunes blessés, nous arrivant directement du Front. La confiance absolue, l’affection et la reconnaissance que m’ont données ces jeunes hommes, sont un de mes plus beaux souvenirs et il est montluçonnais », concluait-elle.

  • Une partie des locaux de l’institution Marie-Immaculée, transformée en hôpital militaire de 1914 à 1918

    Des photos de l’époque la montrent revêtue de la tenue d’infirmière, au milieu des soldats convalescents. Il ne s’agit pas d’une simple photo posée, pour se rappeler au bon souvenir de ses admirateurs, mais bel et bien d’un réel engagement pour soulager la détresse des Poilus. Avec son mari, qui a obtenu l’autorisation de venir en convalescence à Montluçon, c’est pour eux qu’elle interprète le  Minuit chrétien, lors des fêtes de Noël. Lorsque la Comédie française rouvre ses portes en 1916,  Gabrielle Robinne obtiendra à titre exceptionnel un congé de six mois supplémentaires pour poursuivre son travail d’infirmière. C’est ce qui lui vaudra la Médaille des Infirmiers de la guerre de 1914-1918, une décoration dont elle disait être aussi fière que la Légion d’honneur.

    Hôpital militaire 1914-1918
    Un des hôpitaux militaires de Montluçon, semblable à celui où a officié Gabrielle Robinne de 1914 à 1916

LE THÉÂTRE AUX ARMÉES…

  • Au terme de ces deux années passées à Montluçon, Gabrielle Robinne regagne Paris en 1916, retrouvant à la fois la Comédie française et les studios Pathé, avec lesquels elle est toujours sous contrat. Cette année-là, sur la scène du Français, elle campe Angélique dans une reprise de Georges Dandin et elle est Dorimène, pour le Bourgeois gentilhomme. Les journées commencent à 8 h 00, aux studios de Vincennes, et se poursuivent à 14 h , avec les répétitions à la Comédie Française, pour s’achever par des représentations données chaque soir. Mais, dès qu’un créneau se libère, elle participe au Théâtre aux armées qui vient d’être créé par Émile Fabre, nouvel administrateur général de la Comédie Française. il a été  nommé en remplacement  d’Albert Carré, mobilisé l’année de la bataille de Verdun.
    Émile Fabre, fondateur du Théâtre aux armées

    Fabre  a repris l’idée  du Théâtre du Maréchal de Saxe qui, au XVIIIe siècle, permettait de divertir les troupes aux abords des champs de bataille. Pour le faire fonctionner, il  fait appel aux artistes volontaires issus de tous les milieux du spectacle. Ils vont tourner entre  les cantonnements et les hôpitaux proches du front. On estime que plus de 300 artistes participèrent ainsi à près de 1200 représentations.  La logistique et les moyens matériels restent extrêmement sommaires: quelques tréteaux et des planches brinquebalantes suffisent pour improviser une scène, le tout quelquefois protégé des intempéries par un simple drap tendu. On peut alors jouer devant des spectateurs qui, casque sur la tête et dans leurs vareuses maculées de boue, sont  prêts à  repartir aux combats, dès la première alerte. L’espace d’une comédie ou d’un tour de chants, ils auront oublié  l’enfer  de la vie dans les tranchées et l’horreur d’une guerre qui, en s’éternisant, sape le moral des combattants. Pour Gabrielle Robinne, après avoir été infirmière, c’est une autre manière de servir son pays et son armée.

    Des représentations théâtrales au front, dans des conditions souvent précaires
  • Quelques mois avant la fin des hostilités, elle se lancera même dans une véritable expédition, narrée dans son livre de souvenirs. Il s’agit pour elle de rejoindre son mari, qui a été renvoyé au front, et qui vient de recevoir la Croix de guerre. C’est un de ses admirateurs, un boulanger, qui accepte de la conduire après de lui, cachée dans sa carriole, au milieu des sacs de farine. Elle devra ensuite attendre deux heures, au lieu de rendez-vous fixé, le long de la route, près du quatrième arbre…Un vrai jeu de pistes… René Alexandre reviendra de la guerre avec trois blessures et une congestion pulmonaire. Un moindre mal par rapport aux autres membres de sa famille qui a payé un lourd tribut : son frère, Marcel Alexandre (1887-1955) a dû être amputé du pied, alors que son autre frère, André Alexandre  (1889-1914), a eu la tête emportée par un éclat d’obus, dès les premières semaines de la guerre, en septembre 1914. Quant à Robert Alexandre, son plus jeune frère (1895-1996), il est revenu indemne du carnage.   C’est au milieu de tant d’horreurs que le couple connaît la joie de la naissance d’une fille, Colette, le 27 septembre 1918, au 19 rue du Cirque, à Paris. René Alexandre qui, pour l’occasion, a obtenu une courte permission, décide que le baptême aura lieu le…11 novembre 1918. L’allégresse familiale rejoindra donc  celle de la nation toute entière, célébrant la signature de l’Armistice et la fin du cauchemar.
Gabrielle Robinne et René Alexandre au début des années 1920

GABRIELLE ROBINNE, « SOCIÉTAIRE DE LA COMÉDIE FRANÇAISE »…

  • Le retour de la Paix et le début des Années folles, marquent la reprise des activités cinématographiques et théâtrales, dans ce qu’on va très vite s’appeler le Paris des Années Folles. Gabrielle Robinne remonte sur scène et replonge dans le tourbillon des représentations parisiennes et des tournées. En 1919, sur la scène de la Comédie française, elle interprète Blanche dans Le plaisir de rompre, de Jules Renard. Après son époux en 1920, elle devient enfin sociétaire à part entière de la Comédie française en 1924. Un telle activité déployée par le couple de comédiens les pousse à confier leur fille, Colette, aux bons soins d’une nourrice qui la promène en tenue de nurse sur les Champs-Élysées. Quant aux très attentionnés grands-parents Robinne,  « ils veillent jalousement sur l’enfant et poursuivent ce véritable culte qu’ils ont toujours voué à leur fille », écrit André Licoys (18).
Le couple Gabrielle Robinne – René Alexandre et leur fille unique, Colette (née en 1918),  au milieu des années 1920 (DR Collection Florence Chenard)
  • René Alexandre (4)
    René Alexandre, au début des années 1920

    Molière, Beaumarchais ou Musset, forment la trame du répertoire de Gabrielle Robinne et de René Alexandre. Pendant les décennies 1920 et 1930, les tournées en province se succèdent et, chaque année, une grande tournée se déroule à l’étranger. L’une des  premières les conduit en Espagne, pour huit jours de représentations à Madrid et huit autres à Barcelone. Le journal Le Gaulois, daté du 13 mars 1924, signale que « Alexandre Gabrielle Robinne sont en Espagne et au Portugal » et qu’il y ont « interprété Amoureuse, Les marionnettes, Terre inhumaine, La Parisienne, Le duel et La huitième femme de Barbe bleue », soit pas moins de six rôles différents pour chacun des deux. Robinne joue ensuite en Syrie, en Egypte, en Grèce, en Italie, en Tunisie, au Maroc, en Suède, en Norvège, en Yougoslavie ou en Bulgarie…Un tourbillon de représentations, d’où ils reviennent quelquefois  porteurs de nouvelles décorations.  En novembre 1920, Gabrielle Robinne alors en tournée en Algérie avait remporté un véritable succès que relaye la presse. C’est ainsi que dans l’Écho d’Alger (1er novembre 1920), on peut lire : « Gabrielle Robinne a triomphé à Alger durant son trop court séjour. La charmante pensionnaire de la Comédie française s’embarquera pour la France, demain. Elle doit être, le 7 novembre, à Paris pour des créations nouvelles à la Comédie Française, où de nouveaux succès l’attendent. Tout Alger aura voulu voir, entendre et fêter Gabrielle Robinne », conclut le journaliste.

  • Robinne jonas
    Gabrielle Robinne lors du tricentenaire de la naissance de Molière (dessin de Lucien Jonas – 1922)

    Dans chacune des tournées de la Comédie Française, la troupe compte une dizaine de comédiens et joue cinq ou six pièces différentes, dont au moins deux classiques. Gabrielle Robinne peut camper tout aussi bien Madame Sans-Gêne, que  L’Arlésienne, Lucrèce Borgia ou la princesse de Bagdad. La plupart des rôles des grandes coquettes du théâtre classique lui sont dévolus. En 1920, le couple Robinne – Alexandre, dont la renommée n’est plus à faire,  est invité à la cour royale de Belgique pour honorer la mémoire du poète Emile Verhaeren.  Lors de la grande cérémonie au Sénat, Robinne et Alexandre qui ont interprété Hélène de Sparte au théâtre de la Monnaie, déclament des poèmes du poète défunt, devant un parterre de représentants des pays alliés. En 1922, le tricentenaire de la naissance de Molière est somptueusement fêté à la Comédie Française : Gabrielle Robinne est alors costumée en Angélique, Alexandre en  Dorante et Cécile Sorel en Célimène. Quant à Maurice de Féraudy, il a choisi de camper Harpagon. Toujours la même année, elle joue le rôle de Julie dans la Comtesse d’Escarbagnas, et celui de Mademoiselle Béjart dans L’impromptu de Versailles. On peut la retrouver également dans L’amoureuse de Porto-Riche, Le paon de Francis du Croisset où elle interprète Lucrèce, mais aussi dans Potiche, la pièce d’Henry Bataille en 1923.  À l’aube des années 1930, elle devient Marthe Blondel dans La Jalousie, pièce de Sacha Guitry qui assure aussi la mise en scène. Le couple de comédiens se voit proposer  une tournée en Amérique du sud, ce que Gabrielle Robinne refuse par peur d’être séparée trop longtemps de sa fille, Colette.

    Gabrielle Robinne et René Alexandre, au théâtre royal de Bruxelles (4 et 5 mai 1927) dans Samson et Aimer

    Comoedia 17 septembre 1924
    Gabrielle Robinne et sa fille Colette, à la une de Comœdia (17 septembre 1924)
  • Ce que l’on appelle encore « le cinématographe » ne l’a cependant pas oubliée, même si sa carrière sur le grand écran semble devoir marquer le pas. Après les années 1914-1918 où elle a tourné pas moins d’une vingtaine de films, dont six pour la seule année 1917, elle met un terme à sa collaboration aux films moralisateurs et mélodramatiques du tandem René Leprince – Ferdinand Zecca, avec Le calvaire d’une reine réalisé en 1919. Gabrielle Robinne tourne encore dans Destinée d’Armand du Plessy en 1922, puis dans Fleur du mal, de Gaston Mouru de Lacotte en 1923. Entre temps, elle est apparue dans Molière, sa vie, son œuvre, un film de Jacques de Féraudy réalisé à l’occasion du tricentenaire de  sa naissance.

    Gabrielle Robinne, toujours associée aux produits Cadum (1927)

• Seule, ou aux côtés de René Alexandre, Gabrielle Robinne continue d’associer son nom à des publicités, comme elle l’avait fait au début de sa carrière, propulsée par le photographe Léopold Reutlinger. Elle vante toujours  les mérites des produits Cadum, tandis que le constructeur automobile De Dion -Bouton associe le couple de comédiens à la promotion de ses modèles, photos à l’appui. La beauté de Gabrielle Robinne, sur laquelle les ans ont peu d’atteintes, fait d’elle une ambassadrice de l’élégance française, suscitant des photos dans les magazines avec citation des noms des couturiers et des accessoiristes. C’est donc certainement  une source de revenus non négligeable pour les deux comédiens.

Gabrielle Robinne et René Alexandre dans une publicité pour  De Dion Bouton

  • À la fin des années 1920, avec l’apparition et l’essor du cinéma parlant, elle se fait plus rare sur le grand écran. Avant de quitter la comédie Française, elle n’apparaît plus que dans deux courts métrages de Léonce Perret, Un soir à la Comédie française (1934) et Deux couverts (1935). Quant à René Alexandre, lorsque le théâtre ne le retient pas pour Britannicus ou Œdipe roi,  il tourne dans Les musiciens du ciel de Georges Lacombe en 1939 où il interprète le rôle émouvant d’une « Gueule cassée ». Sa filmographie comporte pour cette période trois autres films : La Terre d’André Antoine (1922) tiré du roman de Zola, Le coffret de laque, de Jean Kemm (1932), la même année que La tête d’une homme de Julien Duvivier.
    La terre (1922) d’André Antoine, d’après le roman d’Émile Zola
    La tête d’un homme (1932), de Julien Duvivier

    Le coffret de laque, de Jean Kemm (1932)
Les Musiciens du ciel (1939): René Alexandre joue aux côtés de Michel Simon et de Michèle Morgan

LA PARENTIÈRE, UN HAVRE DE PAIX…

Saint-Cloud, nouveau lieu de résidence de Gabrielle Robinne
  • Pour donner plus d’espace à la petite Colette, le couple qui vit dans une belle aisance matérielle, a décidé de quitter Paris et la rue du Cirque, pour élire domicile sur les hauteurs de Saint-Cloud, dans un hôtel particulier. Il est situé  au 21 avenue Gounod et entouré d’un parc.
    La Parentière (mai 2016) (©Google Street view)

    Acheté en 1923,  il est aussitôt baptisé La Parentière, allusion au système de « la part entière» en cours à la Comédie française pour la rétribution des sociétaires et pensionnaires. Ce n’est toutefois qu’au printemps 1926, au terme de très importants travaux, qu’ils pourront s’y installer. Leur fille Colette, pour laquelle on a aménagé dans le parc une petite maison, baptisé « le château de Flocon d’or », grandit entre une mère qui est tantôt Célimène, Sainte Marie-Madeleine, voire la comtesse Almaviva et un père qui épouse, au choix, les traits de Napoléon, du Christ, de Coriolan, d’Othello ou de Danton. Jusqu’à la classe de 6ème, avec l’entrée au très sélect cours Hattemer, l’enfant aura même droit à  des précepteurs à domicile. Les évènements heureux s’enchaînent avec les événement malheureux. C’est ainsi que Le 15 février 1928, disparaît à Saint-Cloud, à l’âge de  77 ans  Désiré Victor Robinne, le père de Gabrielle.

    Gabrielle Robinne, dans le salon de sa résidence de Saint-Cloud
    Gabrielle Robinne, au début des années 1930, reste  un symbole de l’élégance française

    • En 1929, lorsque la petite Colette demande à ses parents comme cadeau de première communion « une ferme », on ne saurait la lui refuser. On se portera donc acquéreur d’un domaine d’une vingtaine d’hectares, à Grosley-sur-Risle, dans l’Eure. Traversé par la Risle, le domaine qui possède une véritable chaumière, devient aussitôt La Coletterie. Dans l’étable du domaine, les vaches s’appelleront Hermione, Iphigénie, Phèdre, Athalie ou Desdémone, le taureau Othello. Quant au  cheval, il  ne pourra répondre à un autre nom que celui de Bucéphale : « Cette ferme devait être la passion de mon mari jusqu’à sa mort » écrit Gabrielle Robinne dans ses Souvenirs. En juillet 1935, le quotidien Paris-Soir, en consacrant un article à la  Coletterie pourra même titrer par ce raccourci: «  De la maison de Molière à la ferme normande, avec Alexandre et Robinne aux champs« . Ajoutons que la commune de Grosley-sur-Risle a baptisé la voie  qui mène à l’ancien domaine « rue de la Coletterie« .

    Chamière coletterie
    La chaumière du domaine de La Coletterie

    Le domaine de La Coletterie à Grosley-sur-Risle (vue générale)
Un couple de comédiens aux champs (Le Petit Parisien – 5 juillet 1935)
domaine de la Coletterie
La Coletterie, traversée par la Risle

GABRIELLE ROBINNE  ET RENÉ ALEXANDRE, UN COUPLE DÉVOUÉ AU SERVICE DES AUTRES…

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    Alexandre fondateur de l’Association des comédiens combattants en 1921

    L’aisance matérielle, que connaît le couple de comédiens, entre le théâtre, le cinéma mais aussi leur participation à des campagnes publicitaires, ne lui fait pas oublier pour autant la nécessité de l’entraide et du dévouement aux autres. C’est ainsi qu’Alexandre a fondé en janvier 1921  l’Association des comédiens combattants qu’il préside, en même temps que la Fédération des combattants du spectacle. Forte de ses 6.000 adhérents, elle est destinée à venir en aide aux veuves, comme aux artistes et autres employés du spectacle, dont la carrière a pu être brisée par les blessures ou les mutilations de la guerre. 

  • Gabrielle Robinne (1930)

    René Alexandre et Gabrielle Robinne prennent également toute leur part dans la fondation de l’Association des artistes dramatiques, qui va bientôt gérer deux maisons de retraite pour artistes.  L’une, à Couilly – Pont-aux-Dames, a été créée avant guerre par Coquelin cadet, et l’autre est installée  à Cusset, près de Vichy. La question de la retraite difficile pour beaucoup de vieux comédiens, souvent plus cigales que fourmis au temps de leur gloire, est une des grandes préoccupations du couple. Le sujet a d’ailleurs été superbement illustré par  le film de Julien Duvivier, La fin du Jour. Quelquefois, il faut hausser le ton, face aux pouvoirs publics trop timorés pour leur arracher quelques moyens financiers indispensables. Au moment où les monuments aux morts sont érigés dans presque toutes les localités françaises, René Alexandre se lance dans un autre projet : un monument qui serait spécialement dédié Aux comédiens morts pour la France.

    L’inauguration du monument aux morts, dans le hall  de la Comédie Française en présence de René Alexandre, Félix Benneteau (sculpteur), Sylvain (doyen de la Comédie Française) et  Émile Fabre (administrateur) (© BnF Gallica)
    Devant une stèle en marbre blanc où sont inscrits l’épitaphe et les noms de 93 morts, une statue allégorique féminine porte une brassée de roses, des palmes de laurier et de chêne.

  • La récolte des fonds assurée,  la réalisation du monument a été confiée au sculpteur Félix Benetteau.  René Alexandre a réussi à convaincre l’administrateur de la maison de Molière et l’emplacement a même été choisi : ce sera le hall de la Comédie française. Mais le Ministre des beaux-arts  lui rétorque que « la Comédie française est un lieu de plaisir et qu’un tel monument n’a rien à y faire». Scandalisé par une telle réponse, Alexandre passe outre, lance un appel aux donateurs pour qu’ils se rassemblent et fait charger le monument drapé de tricolore sur un camion découvert. Le convoi fait route en direction du lieu choisi… Finalement, devant le tollé suscité, le Ministre acceptera de signer l’autorisation. L’inauguration officielle aura lieu le 2 novembre 1927, en présence de Gaston Doumergue, président de la République, accompagné d’Édouard Herriot, ministre de l’instruction publique et des Beaux-arts.

    La chambre de Coquelin, fondateur de la maison de retraite des artistes de Couilly – Pont-aux-Dames
Couilly – Pont-aux-Dames (vue d’ensemble)
Un coin du parc de la maison de retraite des artistes de Couilly – Pont aux Dames
Le réfectoire
Carte postale publiée par le journal Comœdia

•  Gabrielle Robinne, quant à elle, tout en se dévouant aux mêmes causes que son mari, lors des ventes de charité ou des représentations au profit des œuvres qu’il a créées, consacre du temps et de l’énergie à d’autres causes qui lui sont chères: l’œuvre des enfants d’artistes, dont elle est vice-présidente, et  celle des orphelins des arts dramatiques qu’elle préside. Chaque année, la presse se fait l’écho de la vente de charité qu’elle organise au palais Royal. En janvier 1924, le Bulletin de l‘Union des femmes françaises mentionne « les deux grandes représentations données par les trois éminents sociétaires de la Comédie française, Messieurs Alexandre et Henri Mayer, Madame Robinne, au profit de l’Union des femmes françaises au Palais d’hiver. Grande affluence, succès sans précédent pour l’art et la charité« . On retrouve aussi Gabrielle Robinne auprès de son mari lors du gala de l’union des artistes où le couple se livre à une épreuve de dressage d’éléphants. Ces participations à diverses manifestations valent à la comédienne, le 6 mai 1932, d’être le témoin direct, bien malgré elle, de l’assassinat du président de la République, Paul Doumer. Il est abattu par un Russe émigré, Paul Gorgulov, lors d’une journée du livre organisée par les écrivains combattants. André Licoys a fait le récit de l’événement en ces termes (19):

Gabrielle Robinne, témoin direct de l’assassinat de Paul Doumer

« Quatre coups de feu éclatent à la stupeur générale et Doumer s’écroule. Dans l’indescriptible désordre qui s’ensuit, Robinne, brutalement poussée contre une porte qui cède, est projetée dans une pièce inconnue. Reprenant ses esprits, elle aperçoit à ses pieds un corps inanimé qu’un médecin ausculte hâtivement et comprend que le président est mortellement atteint. Bouleversée, elle gagne le Thé Ruc de la rue Saint-Lazare où l’attendaient sa mère et sa fille. Il fallut bien croire en son incohérent récit lorsque les crieurs de journaux brandirent, sous d’énormes titres, les portraits juxtaposés de Gorgulov et de sa victime ».

Gabrielle Robinne qui « a participé à l’inauguration de la maison de repos des comédiens combattants à Grosely sur Risle« , le  1er juillet 1931, en présence de Camille Blaisot, ministre de la santé publique
Grosley maison retraite comédiens combattants
L’entrée de la Maison de repos des comédiens combattants, à Grosley-sur-Risle, près de La Coletterie
Une chambre à la Maison de repos de Grosley-sur-Risle
Bibliothèque et salle de jeux (à gauche: le buste de Molière)
Une carrière et un engagement récompensés par la Légion d’honneur (Paris Soir – 2 février 1937)
  • Trois semaines plus tard, Robinne et Alexandre se retrouvent ensemble sur les planches du Français pour interpréter La jalousie de Sacha Guitry, dont c’est la toute première pièce admise au répertoire de la Comédie Française. Cette même année, Gabrielle Robinne se retrouve profondément affectée par la disparition de celui qui a été son véritable mentor, Maurice de Féraudy. Elle savait trop ce qu’elle devait à l’acteur comme au metteur en scène qui, non seulement lui avait mis le pied à l’étrier, mais qui l’avait toujours protégée et soutenue.

    La mort de Maurice de Féraudy fait la une de Comœdia (13 mai 1932)
L’Ouest Éclair (12 octobre 1937) (© BnF Gallica)

• Le cours de cette vie trépidante peut parfois être interrompu accidentellement. C’est ainsi que le journal L »Ouest Éclair, daté du 11 octobre 1937, nous apprend que Gabrielle Robinne a été victime d’un accident de la circulation, entre Dreux et Houdan.  Alors qu’elle était au volant de son automobile, avec à ses côtés sa fille Colette, sa voiture a fait une embardée, en raison du mauvais état de la chaussée, rapporte le journaliste, avant de s’immobiliser contre un arbre. Fort heureusement, précise le quotidien, leur état n’inspire pas d’inquiétude et le comédien René Alexandre, qui les suivait en automobile, a pu les secourir, avant de les ramener à Paris.

1938: LE DÉPART DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

  • Le Matin (1er janvier 1938) annonce le départ de Gabrielle Robinne  en même temps que celui de Jeanne Delvair

    Les années passent et « les tournées Robinne – Alexandre» succèdent aux tournées, mais Gabrielle Robinne a du mal à donner un second souffle à sa carrière cinématographique. Le passage du muet au parlant à la fin des années 20, le renouvellement nécessaire du jeu des acteurs et l’apparition d’une génération de comédiens qui ne sont pas issus du théâtre, tout semble annoncer la fin de sa carrière sur grand écran. On la réclamera encore, mais jamais elle ne retrouvera le lustre des années 1907-1920, où elle enchaînait film sur film et où Charles Pathé lui proposait de mirifiques contrats. La Maison de Molière, elle-même, ne répond plus complètement à ses aspirations et, le 1er janvier 1938, elle décide de quitter la Comédie française. Elle  a alors 52 ans  dont 32 années de présence, comme pensionnaire puis comme sociétaire. Dans sa lettre adressée à l’administrateur, elle écrit : « Il y a plus d’un an, j’ai demandé spontanément à changer d’emploi. Depuis cette époque, j’ai repris Madame de Thauzette dans « Denise » et rien d’autre. Je vois que dans les autres pièces qui doivent être reprises, il n’y a rien d’intéressant pour moi et j’aime trop mon métier pour me résigner à ce manque d’activité…Je viens donc vous demander de bien vouloir me rendre ma liberté au 1er janvier 1938 ».

    Paris Soir (14 novembre 1937)

    • En fait, un autre élément semble avoir pesé dans sa décision : « Parcourir le cycle  qui, passant par les mères nobles, conduit, de la grande coquette à la duègne était au-dessus de ses forces », rapporte André Licoys. Devant le journaliste de Paris Soir (3 janvier 1938), elle avance une troisième explication: « J’ai par-dessus tout le désir de faire de lointains voyages. En dehors de la joie touristique qu’elles comportent, et de l’accueil favorable réservé partout au Français, les tournées sont surtout fertiles en épisodes amusants ». Et de rappeler des anecdotes liées à une tournée en Syrie, où pour tout décor on n’avait trouvé qu’un drap blanc, tendu à la hâte. Quant aux rares éléments de mobilier, c’est le représentant de la légation de France qui les avait fournis pour l’occasion.

    Gabrielle Robinne dans Le Mariage de Figaro (1937), une tentative de « théâtre filmé« . À ses côtés: Jeanne Sully et Lise Delamare
  • Ce départ, on l’aura compris, est tout sauf l’annonce d’une retraite. Au théâtre Antoine, elle  crée la pièce de Pierre Sabatier et Charles Oulmont, Tu crois avoir aimé. Elle enchaîne avec La réussite, suivi de  Egarement,  de Quand tu seras jeune et de  L’art d’être grand-mère. Le public du Boulevard ne la boude pas et en redemande même. À l’automne 1939, elle est encore à l’affiche, avec Permission de détente, au théâtre du Palais Royal.
  • Michel Duran, critique théâtral et auteur: « Assez de Robinne et d’Alexandre,..«  (© Association Régie théâtrale)

    Si la critique en général se montre  le plus souvent bienveillante à l’égard du couple de comédiens, de son répertoire et de son interprétation, il arrive aussi parfois que certains journalistes se montrent nettement plus caustiques  dans leurs propos. C’est notamment le cas de Michel Duran, critique théâtral de l’hebdomadaire Marianne, que l’on retrouvera ensuite au Canard Enchaîné.  Ni la carrière d’Alexandre, ni celle de Gabrielle Robinne ne l’impressionnent. C’est ainsi que, le 5 juin 1935 , il écrit : « M. Alexandre et sa femme, Madame Robinne, furent parmi les premières vedettes du cinéma d’avant guerre. Depuis vingt ans, ils vivent sur cette réputation. Pendant quinze ans, on peut dire qu’ils ont écumé la province, jouant ici, là ou ailleurs, jouant n’importe quoi, n’importe comment. Je le sais. Je les ai vus. J’ai vu Alexandre jouer Tartuffe en lisant son rôle dans son chapeau, aidé par le souffleur, dès qu’il avait son chapeau sur la tête, soufflé par ses camarades, quand il s’éloignait de la boîte du souffleur. Il réalisait cette performance à un tarif de sociétaire, bien entendu. M. Alexandre est un de ceux qui ont le plus contribué à discréditer le titre de « sociétaire » et le nom de « Comédie française ». À présent M. Alexandre fait un joli mea culpa, mais il le fait maintenant que son nom imprimé sur une affiche de province commence à donner au dernier carré des amateurs de théâtre le goût de la promenade, de la belote ou du cinéma…». C’est le même critique  qui écrit le 28 août 1935, toujours dans Marianne , à propos des tournées théâtrales qui parcourent  l’Hexagone et qui  se plaignent d’une fréquentation moindre : « Assez de Robinne et d’Alexandre.  Assez de « Duel » d’Henry Lavedan ! Assez de salons Louis XV de répertoire ! Présentez des troupes homogènes qui ont bien répété, qui savent leur texte, emmenez vos décors, même simplifiés, mais qui apportent une atmosphère qui vous est propre. Jouez des pièces de qualité et le public vous redeviendra fidèle »…

    1937: Affiche allemande du film La tragédie impériale, sur laquelle ne figure pas le nom de Gabrielle Robinne
  • Les studios de cinéma se rappellent à elle, mais elle devra désormais se contenter de seconds rôles : elle est l’impératrice douairière, Maria Féodorovna, mère de Nicolas II, dans la Tragédie Impériale, de Marcel l’Herbier, tourné en 1937. Sans doute a-t-elle pu se remémorer  son escapade en Russie, entre novembre 1905 et avril 1906, qui lui avait permis d’être présentée au tsar Nicolas II. Elle fait face au monumental Harry Baur, qui a pris les traits de Raspoutine. L’année d’après, elle interprète La Duclos dans Adrienne Lecouvreur, du même Marcel Lherbier et elle donne la réplique au couple Pierre Fresnay – Yvonne Printemps, et à Junie Astor, Madeleine Sologne ou Pierre Larquey.

1939-1945 : LE TEMPS DES ÉPREUVES…

 

  • Lorsque la guerre éclate, Gabrielle Robinne  est à l’affiche de Jeunes filles en détresse, un film de Georges Wilhelm Pabst, dans lequel elle campe une chirurgienne,  mère d’Yvette, rôle interprété  par  une jeune débutante, Micheline Presle. Jacqueline Delubac, Marguerite Moreno et André Luguet partagent avec elles la distribution. Mais, les pressions et les  exigences allemandes se précisant , la guerre, de menace avérée, devient réalité le 1er septembre 1939. Dans ce contexte tragique, le 11 novembre 1939,  toute la famille se retrouve réunie à Grosley-sur-Risle, pour le mariage de Colette Alexandre-Robinne avec Christian Chenard,  mobilisé sur la ligne Maginot, qui a pu profiter d’une permission exceptionnelle.
    1939: Gabrielle Robinne (à droite), face à Micheline Presle dans Jeunes filles en détresse

    • La guerre puis l’occupation, qui débute en juin 1940, vont d’abord frapper directement René Alexandre, au point de mettre totalement entre parenthèses sa carrière.  Dès le 12 juillet 1940, le journal  Au pilori, un des plus en pointe dans l’antisémitisme, dans la délation et  dans ce qui devenir la collaboration, publie un article intitulé Le théâtre français. L’auteur y dénonce un « enjuivement de la Comédie française » et il   dresse un inventaire en forme de poème odieux, pointant du doigt une série d’acteurs considérés comme juifs ou apparentés à des juifs: « Quand tu vois jouer sur scène / Alexandre, Véra Korène / Hiéronimus et Ventura / Tania Navare et cetera / Que c’en est comme une guirlande /  De Youndis, sans parler d’Escande / Qui se partagent le succès / Avec Bell (Marie) et Robinne / Ne dis plus : ça c’est le Français /  Dis plutôt : c’est la Palestine ». Des paroles, on va rapidement passer aux actes.

    Au pilori dénonce « un enjuivement de la Comédie française« 

    • Avant même que  les premières mesures antijuives, contenues dans  le « statut des juifs » d’octobre 1940 ne soient appliquées,  René Alexandre dont la famille est d’ascendance lorraine et israélite, demande officiellement sa mise à la retraite de sociétaire de la Comédie française. Son dossier est examiné à la fin de septembre 1940. Il a compris que les exigences allemandes, avec une réouverture de la Comédie Française, qui ne se fera que si tous les acteurs juifs en sont exclus, ne lui permettra plus d’y jouer. Toutefois, suite à la promulgation  en juin 1941 du second statut, il demande à la fin du mois d’août 1941  à bénéficier, au titre de l’article 3, d’une dérogation, en arguant de l’ancienneté de sa famille mais aussi de ses citations militaires et de son comportement exemplaire en 1914-18.

    Le premier statut des juifs promulgué en octobre 1940

    • La demande est rejetée : « Vichy pouvait-il souhaiter bannir toute influence juive de la représentation théâtrale, et tolérer en même temps la présence d’un sociétaire, qui en trente deux ans de bons et loyaux services avait acquis une solide réputation auprès du public ? », écrit Marie-Ange Joubert dans son livre La Comédie française sous l’occupation. Finalement, le commissariat général aux questions juives, bien qu’il reconnaisse les mérites de l’acteur,  se défausse sur les autorités d’occupation : « L’interdiction qui lui est faite de paraître en zone occupée relève uniquement des ordonnances allemandes, lesquelles ne comportent aucune dérogation », peut-on lire dans une lettre datée du décembre 1941 et adressée par le Directeur du statut des personnes à Jérôme Carcopino, secrétaire d’état à l’éducation et à la jeunesse .  De même il doit abandonner toutes les présidences d’œuvres qu’il assumait, après les avoir fondées. L’écharpe de maire de Grosley-sur-Risle qu’il portait depuis 1935 lui est retirée, tout comme il est exclu du Conservatoire de Paris où il professait l’art dramatique, depuis plusieurs décennies. Enfin, à partir de juin 1942, comme des dizaines de milliers d’Israélites, il se voit contraint de porter l’étoile jaune. Selon sa fille, Colette Alexandre-Robinne,  il vécut là « les jours les plus sombres de son existence ». Ce qu’André Licoys traduit par « un incessant calvaire d’appréhension et d’humiliation ».

  • René Alexandre, au début de l’Occupation

    L’hôtel particulier de Saint-Cloud appartenant à un juif devient donc réquisitionnable et les autorités S.S. viennent visiter les lieux. Il faudra toute l’opiniâtreté de Gabrielle Robinne, qui se rend d’abord à l’hôtel de ville puis à la Kommandantur, pour que la mesure ne soit pas exécutée : « Je courus à la mairie faire une scène violente, écrit-elle dans son livre de souvenirs, disant que j’apporterais sur les marches de l’édifice municipal tous mes costumes de théâtre, avec accessoires et perruques, si on ne me donnait pas un coin pour m’installer. Le maire me promit de trouver une maison inoccupée où nous pourrions nous réfugier. Je fus déjà soulagée. Enfin, courageusement, je me rendis à la Kommandantur : je démontrais aux officiers ennemis que la maison m’appartenait par moitié… Que je ne m’étais pas sauvée à l’arrivée des troupes allemandes, malgré la terreur générale, que je leur avais fait confiances…Grâce à cette ardente  plaidoirie on me promit de me laisser la maison. Ce fut un miracle » (20). De quoi sauver également les 47 pensionnaires de l’élevage de lapins que le couple a installé dans le parc pour faire face aux difficultés de ravitaillement de plus en plus prégnantes.

  • La maison de repos des comédiens combattants, à Grosley-sur-Risle, ruinée par les bombardement et les combats

    Par crainte d’une arrestation, au moment des rafles antijuives, René Alexandre a aménagé, avec la complicité de son chauffeur, « le seul homme en qui il ait confiance», selon sa fille, une cache dans un tas de bois, située au fond du parc. À la moindre alerte, il peut s’y réfugier. Une autre déconvenue attend le comédien, dans les derniers mois de la guerre : la maison de retraite et de repos  pour les comédiens combattants, qu’il avait fait installer dans l’ancien presbytère de Grosley-sur-Risle, est totalement ruinée par les combats et les bombardements. De la vingtaine de lits qu’elle abritait, il ne reste plus rien.

DES TOURNÉES, COMBLE DE L’ INCONFORT…

  • Marcel Paston

    Pendant ces années sombres, c’est Gabrielle Robinne qui va assurer le quotidien en reprenant les tournées théâtrales, en France et en Afrique du nord, avec les difficultés que l’on imagine, compte tenu de la guerre, du partage de la France en deux zones et du débarquement allié en Afrique du nord, en novembre 1942. Grâce à Marcel Paston, directeur du théâtre Antoine de 1934 à 1943, elle effectue plusieurs de ces tournées en compagnie de Maurice Escande, futur administrateur général de la comédie française. Sur l’ambiance qui y régnait, elle avait eu l’occasion de s’exprimer dans ses Mémoires en 1961 : « Les tournées à cette époque étaient le comble de l’inconfort, de l’imprévu souvent dramatique, du pittoresque. Les trains s’arrêtaient, sans raison apparente, deux ou trois heures dans toutes les stations. Aucun wagon n’était chauffé. Les voies souvent coupées par les bombardements vous obligeaient à passer par Angers pour aller de Paris à Lyon. Il était quelquefois presque impossible de pénétrer dans les compartiments, avec les voyageurs empilés jusque sur les marchepieds. Il nous est souvent arrivé de monter dans des wagons de marchandises où, assis sur des ballots, nous étions embaumés par quelques cochons roses. Nous étions à moitié morts de froid et de faim. Mais nous arrivions à temps pour que le rideau se levât. Quelquefois les spectateurs emmitouflés de fourrure, avaient apporté leurs bouillottes et, de la scène, nous les regardions avec envie. Maurice Escande, qui fit plusieurs de ces tournées avec moi nous réconfortait par sa gaieté et son optimisme » (21).

    Sans titre
    Janvier 1942: Gabrielle Robinne en tournée en Algérie (L’Écho d’Alger 21 et 19 janvier 1942)
  • Maurice Escande, en tournée avec Gabrielle Robinne

    Au début de 1942, elle repart en tournée : cap sur la Tunisie et sur l’Algérie, quelques mois avant le débarquement anglo-américain. Elle y joue Le duel, dont le 3ème acte est sensé se passer dans le salon d’un évêque. Les difficultés nées de la guerre donnent lieu à des scènes parfois cocasses, surtout lorsqu’il s’agit de confectionner les décors et de contourner les pénuries : « Le soir, écrit Gabrielle Robinne, avant ce troisième acte, je descendis sur scène pour me rendre compte et je vis …un grand salon noir et or, avec en haut, une large frise pompéienne où, sur un fond rouge de longues femmes nues batifolaient avec des satyres… ». Elle s’adresse alors au régisseur du théâtre :  « Mais Monsieur, c’est impossible…Nous sommes chez l’évêque !               –  Bah…, ils prendront ça pour des sujets religieux ! » …                                        Devant  mon refus d’entrer en scène, il consentit à faire clouer une étoffe sur la frise, mais il n’avait que du velours noir…De sorte que l’évêque me reçut dans un salon qui semblait préparé pour son propre enterrement ! » (22).

    Le bombardement des usines Renault a aussi des répercussions à Saint-Cloud
  • La guerre, lorsque Gabrielle Robinne n’est pas en tournée, c’est aussi les alertes répétées lors des bombardements qui visent notamment les usines Renault, à Boulogne-Billancourt. La maison des Robinne, qui dispose d’une solide cave est devenue un abri où s’agglutine la population des environs lors des attaques aériennes. L’un des plus violents bombardements est celui du 3 mars 1942 : « Les bombes tombaient drues. L’une d’elle éclata à cent mètres de chez nous, faisant des victimes et arrachant dans un bruit infernal toutes les vitres et les encadrements des fenêtres ». C’est dans cette ambiance quasi apocalyptique que sa fille Colette, baptisée le 11 novembre 1918, accouche d’une petite fille, prénommée Florence, ce qui fera écrire à Gabrielle Robinne : « Le bébé vint au monde huit heures après. Les alertes ne cessèrent pas de toute la journée et de toute la nuit. Si ma fille avait été l’enfant de la Victoire… La sienne fut la fille des Sirènes ! ». Encore quelques mois et ce seront les cloches de la victoire qui viendront saluer la fin du cauchemar, avec  la libération de Paris, prélude à celle de toute la banlieue et de l’ensemble du territoire. Lors du soulèvement parisien d’août 1944, un poste de secours a été établi à la Comédie française, à la demande du colonel Rol-Tanguy. René Alexandre, aux côtés de Lise Delamare et de Jean Chevrier, vient y assister les équipes médicales d’urgence et s’occuper de la logistique. Dans la seule journée du 26 août 1944,  plus de 120 blessés dans les combats y seront soignés,  sous l’autorité de Michel Etchévéry, médecin et comédien, avant que ce poste ne soit rattaché à la Croix-Rouge.

1946 : LE RIDEAU TOMBE SUR RENÉ ALEXANDRE…

  • La guerre terminée, René Alexandre réintègre la Comédie française, pour prendre sa retraite et accéder au rang de sociétaire honoraire : « Après les jours tragiques de cette guerre, privé de toute activité, la santé atteinte à la suite des persécutions, mon mari était désespéré, écrit Gabrielle Robinne. Il connut à la libération des heures magnifiques. Au gala de réouverture de la Comédie française, d’abord, où, quand il parut, toute la salle debout, dans une émotion intense l’acclama pendant de longues minutes».
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Le général de Gaulle, descendant les Champs-Élysées, en août 1944
  • C’est lui qui accueille, avec Gabrielle, le général De Gaulle, qui dirige le gouvernement provisoire de la république Française, lors de ce même gala, le 28 octobre 1944. C’est également lui qui a la charge de prononcer le discours officiel. Dans le quotidien Ce soir, Louis Aragon, qui en est alors le directeur, écrit:  « Cette soirée de France a connu des moments très hauts, par exemple quand Alexandre que l’ennemi avait chassé de la scène française y a reparu, pour la première fois, comme un symbole. Un homme vieilli mais magnifique dans son habit chamarré de décorations ».
réouverture CF 29 octobre 1944
Ce Soir, quotidien dirigé par Louis Aragon (28 octobre 1944) évoque la première réapparition en public de René Alexandre (© BnF Gallica)
  • Entre temps, il est devenu un des principaux membres du Comité mis en place à la Comédie française, afin d’examiner les comportements des sociétaires pendant l’Occupation et, éventuellement de prononcer des sanctions contre ceux qui auraient failli. En d’autres termes l’Épuration.
    Édouard Bourdet

    Dans la commission installée par le ministre de l’éducation René Capitant, il siège sous la présidence d’un magistrat, Joseph Jacomet, aux côtés de trois autres comédiens :  Maurice Donneaud, Jean Meyer et Pierre de Rigout. S’y ajoutent un électricien et un machiniste. Après examen des dossiers, le rôle de la commission consiste à  formuler des propositions au délégué des spectacles, Édouard Bourdet, à charge pour lui de les transmettre au ministre de l’éducation nationale, détenteur du pouvoir décisionnaire. Pour ce vétéran du théâtre, « dramaturge populaire  entre les deux  guerres » et administrateur de la Comédie française entre octobre 1936 et décembre 1940, la tâche n’est pas des plus aisées, comme le reconnaissait le journal  Résistance, dès le 8 septembre 1944: « Le problème de l’épuration artistique n’est pas un mince problème et il faudra toute la sagacité de M. Édouard Bourdet et de ses collaborateurs pour satisfaire à la fois  l’Art et la Justice, ainsi que la notion saine et réaliste du patriotisme ». La mission d’Édouard Bourdet sera prématurément interrompue le 17 janvier 1945, par son décès brutal, des suites d’une embolie pulmonaire. Dans la plupart des cas, la commission à laquelle appartient René Alexandre formule des  propositions de suspensions provisoires et de  mises à la retraite d’office, celles-ci étant  toujours  assorties d’une pension. C’est à cette époque que René Alexandre est  le premier comédien à être promu Commandeur de la légion d’honneur. Le 10 mai 1946, l’association des artistes dramatiques qu’il préside lui organise une grande réception : « Tout Paris, ce jour-là, apporta le témoignage de sa sympathie, de son admiration et même de son affection », écrit Gabrielle Robinne.

  • René Alexandre, en 1946, quelques mois avant sa disparition

    Quelques mois plus tôt, en janvier 1946, René Alexandre,  devenu sociétaire honoraire, avait accompagné à Bruxelles la troupe de la Comédie Française qui devait  interpréter Athalie sur les ondes de la radio belge : « Quel dommage que M. René Alexandre ne soit plus servi par ses superbes moyens vocaux d’autrefois. Mais rendons lui grâce par la façon magistrale dont il dirigé l’émission », écrivait le journal Le Monde dans son édition du 22 janvier.  Bien qu’il nourrisse encore de nombreux projets, comme celui de rejouer Esther, sa santé décline, ainsi que  le sous-entend l’auteur de l’article. En fait,  les jours de René Alexandre  sont comptés. Il a, comme le disent les paysans de Grosley «  le sang tourné »…Ce que la Faculté traduit par le mot leucémie. Il se sait condamné et c’est au retour des vacances passées à Beg Meil, avec sa fille Colette, qu’il est victime d’une grave attaque cardiaque. Gabrielle Robinne est alors à Bordeaux, pour le tournage du film Hyménée, dans les studios d’Emile Couzinet. Elle peut cependant le rejoindre, juste avant qu’il ne soit transporté à l’hôpital de Vitré. Il y meurt  peu après son admission, le 19 août 1946. Selon Gabrielle Robinne, « Sa dernière phrase fut pour cette comédie française qu’il aimait tant : « Je devais jouer Esther le 5 septembre. Préviens l’administrateur que je ne jouerai que le 12, ce sera mieux ! ». Puis il murmura tendrement mon nom et ce fut fini ».

Félix Benneteau-Desgrois travaillant au buste de René Alexandre (© La Parisienne d’images)
  • Pour Gabrielle Robinne, qui venait de perdre sa mère en mai 1945, la douleur est immense mais elle puise quelque réconfort en voyant la foule, celle des célébrités, comme celle des anonymes, qui vient lui rendre un ultime hommage sur le parvis de l’église Saint-Roch : « La foule immense qui piétina deux heures sur la place du Théâtre français et dans la rue Saint-Honoré, devant Saint-Roch, où avait lieu la cérémonie ; les larmes de tous les assistants à l’église, les témoignages sans nombre d’affection profonde, nous aidèrent à supporter ces heures douloureuses ». Son cercueil, sur lequel brillent une vingtaine de décorations, dont les Croix de guerre française et belge, ainsi que la Croix de commandeur de la légion d’honneur, est mis en terre au cimetière de Saint-Cloud, dans la tombe où reposent déjà le père et la mère de Gabrielle. En 1950, à Grosley, on inaugurera un buste à la mémoire du comédien, œuvre du sculpteur Félix Benetteau et on donnera son nom à la place du village dont il a été maire de 1935 à 1940, puis de 1945 à 1946, après la libération. La Comédie Française, elle même, accueillera son buste dans le Foyer du Public, aux côtés de quelques-uns de ses  glorieux prédécesseurs, Molière en tête.
Le buste de René Alexandre, installé sur la place du village de Grosley-sur-Risle, en 1950

LE SPECTACLE DOIT CONTINUER…

  • Pour Gabrielle Robinne, désormais seule avec sa fille Colette, qui lui a donné en 1942, une petite-fille, Florence, avant de se séparer de son mari, la vie doit continuer, en même temps que le spectacle. Elle reprend donc le chemin des studios de cinéma et des scènes de théâtre. Sans doute, sa carrière n’aura-t-elle plus le même éclat qu’avant…
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    1946

    • Au cinéma, elle tourne en 1946 Le capitan, un film de cape et d’épée de Robert Vernay, d’après le roman de Michel Zévaco. Dans ce film qui sortira sur les écrans « en deux époques« , elle a pour partenaires Claude Génia, la jeune Sophie Desmarets, le flegmatique Jean Tissier, Aimé Clariond et Maurice Escande, de la Comédie Française, qu’elle connaît bien pour avoir effectué avec lui plusieurs tournées. Robert Manuel et Huguette Duflos sont aussi de la partie.  Gabrielle Robinne interprète le rôle de la Supérieure. La même année, elle joue dans Rendez-vous à Paris de Gilles Grangier. Elle campe une Lady Mermor qui donne la réplique à Annie Ducaux, Marguerite Moréno, Claude Dauphin, Jean Tisssier, à nouveau, et Jean Debucourt.

Rendez_vous_a_Paris
1946
  • Dans un genre différent, on peut entrevoir la Gabrielle Robinne de la belle époque dans le film documentaire Paris 1900, réalisé par Nicole Védrès, à partir de plusieurs centaines de documents d’actualités  originaux des années 1900-1914. Le tout narré par la voix de Claude Dauphin. Gabrielle Robinne apparaît encore en 1947 dans le film Hyménée où elle interprète le rôle de Madame d’Aubarède. Le film a été tourné l’année précédente  par Emile Couzinet, dans ses studios de Bordeaux. Le scénario est tiré d’une pièce d’Edouard Bourdet. Gaby Morlay et, à nouveau,  Maurice Escande sont de la partie. On sait que  les studios Couzinet se sont taillé la réputation de producteurs de films de série B, ce que d’aucuns qualifient parfois de « nanar » du cinéma. Quarante ans après le succès de L’assassinat du duc de Guise, Gabrielle Robinne est sur le point d’achever sa carrière cinématographique. Quelques années plus tard, on la retrouve encore à l’affiche de deux films, mais dans des rôles toujours secondaires.
    1947

    En 1962, elle interprète le personnage d’Honorine dans La prostitution, film de Maurice Boutel. En 1971, pour son ultime apparition sur grand écran,  elle joue le rôle de la vieille dame dans le Journal d’un suicidé, film de Stanislas Stanojevic. Au générique, figurent Delphine Seyrig, Sami Frey, Marie-France Pisier et Sacha Pittoëf. Le nom de Gabrielle Robinne figure bien au bas de l’affiche du film, mais il n’est désormais inscrit qu’en tout petits caractères.

  • 1962

    Si le cinéma ne fait plus guère appel à elle, il n’est pas question pour Gabrielle Robinne d’abandonner les planches. À soixante ans, à l’heure où elle pourrait aspirer à une retraite paisible, elle se replonge dans l’ambiance des tournées théâtrales. Elle jouera encore pendant encore un quart de siècle. En juin 1956, elle figure dans la distribution de Cromwell, de Victor Hugo, une pièce pourtant souvent qualifié de « drame injouable en 5 actes ». La mise en scène est assurée par Jean Cocteau et la pièce est jouée dans le cadre prestigieux la Cour carrée du Louvre. On peut aussi l’applaudir dans des pièces plus légères telles que Le Cyclone de Somerset Maugham(1965) ou Quand tu seras jeune d’Oulmont et Carvalho

  • 1971: l’ultime apparition de Gabrielle Robinne au cinéma

    En juillet 1962, elle triomphe encore devant les spectateurs au théâtre du casino de Néris-les-Bains, dans trois pièces de Sacha Guitry, parmi lesquelles Le mot de Cambronne : « Les pièces données hier soir furent magistralement interprétées, peut-on lire dans Centre Matin, qui ajoute aussitôt que « parmi les acteurs de classe qui se produisirent (…) Gabrielle Robinne fut incontestablement la vedette. Le magnifique talent, la forte personnalité de notre illustre compatriote, toujours ardente, dynamique, a conquis une nouvelle fois le public qui lui fit le plus chaleureux accueil. Le « Mot de Cambronne », pièce très amusante, d’un style éblouissant, où la grande actrice prend un savoureux accent anglais, permit d’apprécier l’un des aspects du solide métier, de la perfection de jeu que possède cette extraordinaire comédienne ».

Gabrielle Robinne, à la fin des années 1960
  • Toujours à Néris-les-Bains, elle interprète La jalousie, une autre pièce de Sacha Guitry. Dans la Montagne qui en rend compte, on note qu’elle « campe le rôle de la mère, Madame Buzenay, avec une présence et une autorité remarquables». En 1932, lorsque la même pièce avait été inscrite au répertoire de la Comédie Française,  c’est le rôle de la fille qui lui avait été dévolu. Son ultime tournée, Gabrielle Robinne l’accomplit en 1966, l’année de ses quatre-vingts printemps. Entre temps, elle qui avait été une des premières comédiennes à être faite chevalier de la Légion d’honneur en mai 1937, a été  promue officier de la Légion d’honneur le 24 juin 1960 (23). En 1964, elle reçoit la médaille d’or des arts et lettres.
    En représentation au théâtre de Néris-les-Bains  en juillet 1962 (Journal Centre-Matin)

    • Lorsque ses tournées et ses répétitions, ou ses activités de bienfaisance lui laissent du temps libre, elle aime à se retrouver auprès de sa fille, Colette, qui a ouvert une librairie, bien connue des habitants de Saint-Cloud et qu’elle tiendra de 1947 à 1973. Elle se plaît à  conseiller les clients, tout autant qu’elle s’amuse de leurs demandes parfois saugrenues, qu’elle rapporte dans ses Souvenirs. Entre celui qui réclame le « Guide Maupassant », un autre qui est en quête de « La mise en trop de Larousse » ou encore de « Jeannot et lapin, de Voltaire », Gabrielle n’a guère le temps de s’ennuyer derrière le comptoir de la librairie.  Pendant les vacances, elle quitte Saint-Cloud, pour rejoindre Grosley, avec « cette chaumière centenaire et la Risle qui coule dans le jardin », écrit Colette Alexandre-Robinne.

« MAIS SI ! LA VIE EST DRÔLE ! »…

  • Comme beaucoup d’autres vedettes, au terme d’une riche et longue carrière, Gabrielle Robinne songeait depuis quelques années  à coucher sur le papier ses souvenirs. En 1961, elle fait paraître aux éditions du Scorpion Mais si ! La vie est drôle ! Plutôt que de véritables mémoires, il s’agit d’une suite de petits tableaux anecdotiques, pleins d’humour, écrits d’une plume alerte, sur quelques-uns des grands et des petits moments qui ont jalonné sa carrière. Dans le journal montluçonnais  Centre Matin du 17 novembre 1961, Jean-Charles Varennes, qui connaît bien l’actrice, lui consacre un long article : « Ce qui est agréable, quand une grande actrice comme Gabrielle Robinne écrit, c’est qu’elle évoque l’envers du décor avec un brio étincelant, nous révélant ce que nous aimons connaître (…). Elle rapporte dans ses souvenirs aussi bien ce qui concerne sa vie professionnelle que sa vie conjugale, l’une et l’autre étant intimement liées puisqu’elle appartenait comme son époux à la Maison de Molière ». Et le chroniqueur de saluer Gabrielle et René Alexandre qui «  prouvèrent qu’un ménage de grandes vedettes s’est pas forcément balayé par le scandale ».

• Outre la presse nationale, le livre de Gabrielle Robinne suscite quelques échos au delà des frontières. C’est ainsi que le Journal de Genève (5 janvier 1962) écrit, : « Il ne faut pas s’exagérer  l’importance des souvenirs (…) que publie Mme Gabrielle Robinne qui fut l’une des plus belles artistes de la Comédie Française.  C’est beaucoup déjà d’avoir fixé dans la mémoire des spectateurs une image de beauté. Il ne faudrait d’ailleurs pas aller croire que Mme Robinne ne possédait pas un réel métier et l’on peut porter à son actif maintes interprétations d’une très bonne tenue. Mais plus qu’à la comédienne, c’est à la femme qu’on pensera et répétera : « Qu’elle était belle », ce qui d’ailleurs à l’heure où le cinéma prenait son essor lui valut d’y paraître avec éclat et succès. Elle était, on ne l’a pas oublié, l’épouse de René Alexandre. Il n’y a pas que de l’inédit dans les souvenirs qu’elle égrène  d’agréable manière et avec aussi – ce qui n’est pas négligeable – de la simplicité, mais plus d’un trait amusant ou piquant, au gré des scènes et des chemins où la porta le chariot de Thepsis ».

OCTOBRE 1970: UNE APPARITION À LA TÉLÉVISION 

23 octobre 1970: Gabrielle Robinne, invitée des Dossiers de l’écran, émission présentée par Alain Jérôme, consacrée aux débuts du  cinéma muet
  • Devant l’intérêt que suscite le livre, elle songe alors à se lancer dans la rédaction de véritables mémoires, pour lesquels elle avait déjà choisi le titre : ce serait Quelques belles heures. Ce travail n’aboutira cependant jamais et le manuscrit restera inachevé. À l’automne 1970, le 23 octobre, Gabrielle Robinne fait une incursion sur le petit écran. Elle figure alors  parmi les  invités de l’émission d’Armand Jammot, Les dossiers de l’écran dont le thème était ce soir-là  « il y a 75 ans, le cinéma« .  Comme le voulait le principe de l’émission, après la projection du film de René Clair, Le silence est d’or, tourné en 1947,  elle participe à un débat au cours duquel il est question de la vie des comédiens et des débuts du cinéma. Une apparition remarquée et à propos de laquelle la presse note alors son exceptionnelle vivacité d’esprit. Pour l’occasion, elle retrouve la comédienne Berthe Bovy (1887-1977), elle aussi de la Comédie Française,  qui avait interprété le rôle du Page dans l’Assassinat du duc de Guise, tandis que Gabrielle Robinne y incarnait la duchesse de Noirmoutiers.
    Berthe Bovy

    Par la suite, les deux actrices avaient eu l’occasion de tourner ensemble dans d’autres films muets. Étaient également présents d’autres artistes  comme René Dary (1905-1974), qui avait tourné tout enfant, dès  avant 1914, Jeanne Provost (1887-1980), Hélène Dieudonné (1887-1980), ainsi que le réalisateur de films muets, Alexandre Devarennes (1887-1971) et Maurice Trarieux-Lumière (1922-2001), petit-fils de Louis Lumière. Autant de personnalités  presque toutes nées un an après Gabrielle Robinne, ultimes témoins des balbutiements du cinéma.

RETOUR AU THÉÂTRE MUNICIPAL DE  MONTLUÇON

  • Bien que Gabrielle Robinne soit solidement enracinée à Saint-Cloud et à Grosley-sur-Risle,  où elle aime passer ses vacances, elle n’a pas rompu complètement les liens avec le berceau familial montluçonnais. Certes, sa maison natale de la rue de la République a été vendue depuis longtemps et les raisons de revenir à Montluçon, hormis pour y jouer au théâtre municipal, ont disparu. Lorsqu’en 1967, le théâtre municipal de Montluçon, qu’elle avait inauguré en compagnie de son mari, en 1914, fait l’objet d’importants travaux de rénovation, la municipalité songe tout naturellement à elle pour la cérémonie d’inauguration. Elle accepte volontiers l’invitation de Jean Nègre, alors député-maire, et de Paul Jourdain, son adjoint aux beaux arts, selon la terminologie de l’époque. Le 17 novembre 1967, elle est ainsi l’objet d’une véritable ovation : toute la salle, debout, l’acclame, cinquante-trois ans après l’inauguration et c’est à elle que Jean Nègre, dans son discours inaugural, dédie le spectacle qui suit.
L’inauguration du théâtre de Montluçon rénové: Gabrielle Robinne (au centre) avec Jean Nègre député maire (à gauche)
  • Toujours dotée d’une grande vivacité d’esprit et d’une éclatante santé, Gabrielle Robinne peut désormais couler une retraite heureuse dans son hôtel particulier de Saint-Cloud. La lecture, les mots croisés, ainsi que la rédaction de ses mémoires à laquelle est s’est attablée, occupent une partie de son temps. Elle vit entourée de sa fille, Colette Alexandre, de sa petite fille Florence Chenard et de ses deux arrière-petites-filles, Charlotte née en 1969 et Valentine, en 1974. Charlotte embrassera la carrière de comédienne. À plus de quatre-vingts ans, l’ancienne sociétaire de la Comédie Française découvre ainsi l’art de donner le biberon. Pour son 90ème anniversaire, le 1er juillet 1976, Charlotte et Valentine lui organiseront dans la propriété de Saint-Cloud, une grande réception.
Gabrielle Robinne répond aux voeux de la municipalité de Montluçon
  • Mais la profession à laquelle elle a consacré sa vie ne l’a pas oubliée pour autant. Le 15 octobre 1980, devant un parterre de metteurs en scène, de critiques, d’historiens du Septième art et autres spécialistes, elle reçoit un ultime et unanime  hommage. Soixante-douze ans, presque jour pour, après sa sortie sur les écrans, elle a été conviée à la projection du film L’assassinat du duc de Guise, dont la copie avait été restaurée par le Centre National de la Cinématographie. C’est l’occasion pour Claude Viot de présenter à l’assemblée « Madame Robinne, de la Comédie française », ultime survivante de l’équipe du film.

“LA ROBINNE”  TIRE SA RÉVÉRENCE…

Le Monde 20 novembre 1980

• Un mois plus tard, le 18 novembre 1980, entourée des siens, Gabrielle Robinne s’éteint  dans sa maison de Saint-Cloud, deux semaines jour pour jour après avoir été victime une première attaque, qui lui avait  laissé le côté droit paralysé et gênait sa diction. Elle s’en va rejoindre ses parents et l’unique amour de sa vie, René Alexandre, dans la tombe familiale du cimetière de Saint-Cloud. La presse nationale se souvient d’elle  et c’est en première page que le journal Le Monde, pour ne citer que celui-ci, vient lui rendre hommage : « Avec Gabrielle Robinne,  peut-on lire, disparaît la dernière grande comédienne de la maison de Molière. Elle y avait fait toutes ses classes et tenu tous les rôles importants depuis le 1er octobre 1906 (…) jusqu’au 1er janvier 1938. (…). Elle n’avait pas tardé à faire admirer cette beauté qui allait lui valoir la renommée d’une Cléo de Mérode à l’Opéra (…). Son emploi de Grande coquette l’avait consignée très vite pour les héroïnes du répertoire de la Belle Epoque (…) ainsi que pour les rôles classiques de Molière à Musset. En marge de ses succès à la Comédie française, Robinne qu‘on l’appelait de son nom patronymique universellement célèbre à l’image des Bartet et des Dussanne, était une personnalité du Tout-Paris que s’arrachaient les salons des grandes réceptions, voire les concours d’élégance du Bois de Boulogne. Sa plastique sculpturale où faisaient merveille, avec un triple rang de perles sur le corsage, ses grands yeux en amande, son ovale de visage, ses cheveux magnifiques, sous les chapeaux haut perchés, sa taille princière et cette belle ligne d’épaule que rehaussaient des étoles en fourrure, lui composaient la silhouette idéale de la Parisienne, reproduite à l’envi par les clichés de l’Illustration ou de Comoedia Illustré (…).Elle avait publié en 1961 un petit livre optimiste, « Mais si, la vie est drôle », dont le titre servira d’épitaphe à cette grande femme » (24).  Quant à sa petite-fille, Florence Chenard, elle dit avoir gardé « le souvenir d’une femme gaie, positive, courageuse, qui ne se plaignait jamais et qui avait les pieds parfaitement sur terre malgré son destin hors du commun. Un très bon exemple« , conclut-elle (25).

À la une du Monde (20 novembre 1980), un hommage à « La Parisienne ».

LE TEMPS DES HOMMAGES…PLUS OU MOINS TARDIFS

  • La plaque dévoilée le 1er octobre 1982, deux ans après la disparition de l’actrice

    Depuis la disparition de l’actrice, la Comédie française qui avait installé in memoriam un  buste de René Alexandre dans le foyer du public, a fait déposer le moulage de la main de Gabrielle Robinne dans la bibliothèque du théâtre. Le 1er octobre 1982, Jean-Pierre Fourcade, ancien ministre et sénateur maire de Saint-Cloud, accompagné de Jacques Toja qui était alors administrateur de la Comédie française, a présidé à l’inauguration d’une plaque à la mémoire de Gabrielle Robinne et de René Alexandre. Elle a été apposée sur le mur de leur propriété de La Parentière: « Sa fille qui habite Saint-Cloud, et tous les amis qui l’ont connue, se souviendront longtemps de cette femme d’une grande beauté, talentueuse et généreuse« , écrivait alors le quotidien  La Montagne. Si la profession lui a rendu hommage, si les encyclopédies du cinéma ou du théâtre la mentionnent, sa ville natale semblait toutefois l’avoir définitivement oubliée, à l’aube du IIIè millénaire. Pas une voie, pas un lieu ne portaient son nom. Ce n’est qu’à la fin des années 1990, sur la suggestion de plusieurs Montluçonnais, dont Maurice Malleret, que l’on a commencé à songer à inscrire le nom de la comédienne dans la géographie montluçonnaise.

    10 février 2001: Un premier mais modeste hommage de sa ville natale
  • Il faudra attendre le 27 mars 2000, pour que  la municipalité décide d’attribuer son nom à une modeste allée, dans une voie desservant un lotissement alors en construction, dans le quartier de Rimard. Hommage bien tardif et un peu chiche. L’inauguration de l’Allée Gabrielle-Robinne aura lieu le 10 Février 2001, en présence de sa fille, Colette Alexandre-Robinne et de sa petite fille, Florence Chenard. Après le dévoilement de la plaque, une réception est donnée par le maire, Jean-Claude Micouraud. La cérémonie s’achèvera au théâtre municipal, par la projection d’un des films de Gabrielle Robinne.
    • En 2005, dans la seconde édition de son livre Pour voir Montluçon de la meilleure façon, Maurice Malleret écrivait : « On ne peut que regretter que ce ne soit qu’une petite voie qui porte son nom, alors qu’il aurait été plus logique de le donner au théâtre». Un souhait qui sera finalement exaucé en septembre 2006. Après deux années de fermeture et un vaste chantier qui a permis de rénover de fond en comble le presque  centenaire théâtre, la municipalité dirigée  par Daniel Dugléry a décidé de lui attribuer le nom de théâtre Gabrielle-Robinne : « Après plus de  trente années depuis la dernière restauration, il était de notre devoir de redonner à cet édifice toute sa splendeur. Le  projet axé sur trois fronts : architectural,  technique, artistique était ambitieux », pouvait écrire le premier magistrat dans la plaquette de présentation de la saison culturelle 2006-2007, avant de détailler les effets du chantier. Quant à son adjointe à la culture, Evelyne Tautou, elle mettait l’accent sur « Un nouveau nom prestigieux, “ Gabrielle Robinne”. La première grande star, née à Montluçon, présente à chaque grand événement, ayant marqué notre théâtre municipal, à laquelle nous rendons ainsi hommage ».
La Montagne (1er octobre 2006): Florence Chenard, petite-fille de Gabrielle Robinne en « marraine de coeur« 
  • Pour l’inauguration officielle qui a lieu le samedi 30 septembre 2006, Florence Chenard, petite-fille de l’actrice figure parmi les invités d’honneur. Sa mère, Colette Alexandre-Robinne, décédée le 24 décembre 2002, aurait probablement été émue de cet hommage, même tardif. Afin que la cérémonie gagne en éclat, l’adjointe à la culture Evelyne Tautou n’a guère eu de difficultés à convaincre sa fille, l’actrice Audrey Tautou, qui a passé son enfance en région montluçonnaise, d’être la marraine.
    L’inauguration par Audrey Tautou du théâtre rénové, 92 ans après l’inauguration par Gabrielle Robinne (© groupesymphoni overblog.fr)

    Façade du théâtre Gabrielle-Robinne, rénové
  • En rendant compte de cette soirée, La Montagne titre à la une : « L’actrice à l’inauguration du théâtre municipal : le rideau se lève sur Audrey Tautou. L’actrice a coupé le ruban annonçant la nouvelle et troisième vie du théâtre municipal, avant d’évoquer ses souvenirs de scène et de coulisses en ce même lieu ». Si le récit de l’inauguration est centrée sur la jeune actrice dont la carrière est alors en pleine ascension, le quotidien régional n’en consacre pas moins une pleine page  à « Gabrielle Robinne, femme de caractère (…), optimiste, altruiste, adulée en son temps ». • De son côté, l’hebdomadaire La Semaine de l’Allier qui, dès le 30 août, avait consacré une pleine page à un portrait de Gabrielle Robinne, « La belle de la Belle époque« ,  écrira dans son édition  du 5 octobre 2006 : « Audrey ouvre le spectacle. Un lieu unique et une invitée inattendue. Une inauguration comme celle du théâtre n’a jamais suscité autant d’intérêt », avant d’en donner la preuve en images.
La Montagne (20 janvier 2015) retrace la carrière de Gabrielle Robinne dans la rubrique Ces destins extraordinaires.
  • Charlotte Vermeil, arrière-petite-fille de Gabrielle Robinne

    Depuis, le décès de sa fille Colette, c’est désormais sa petite-fille, Florence Chenard, qui veille sur le souvenir de Gabrielle Robinne. Elle vit toujours à Saint-Cloud, dans la demeure familiale.  Ancienne élève des beaux arts, Florence Chenard conçoit des bijoux et parures pour des pays tels que la Chine ou l’Australie. Certaines de ses créations s’inspirent directement des bijoux qu’avait jadis portés Gabrielle Robinne. Une manière pour elle de perpétuer le souvenir d’une grand-mère qui fut aussi une grande voyageuse. C’est la génération suivante qui a emboîté les pas de Gabrielle Robinne: Charlotte  Vermeil, l’arrière-petite-fille de Gabrielle Robinne, continue de fréquenter les plateaux de cinéma, jouant dans des films et téléfilms.

 

NOTES

  • 1- Plusieurs documents photographiques illustrant cet article proviennent de la collection personnelle de Mme Florence Chenard, la petite-fille de Gabrielle Robinne, que je tiens à remercier pour l’aide spontanée qu’elle a bien voulu apporter en me confiant divers documents familiaux.
  • 2- L’immeuble existe toujours et, selon Colette Alexandre-Robinne, fille de Gabrielle, il aurait été vendu par la famille entre  la fin des années 1930 et 1945. Peut-être la vente a-t-elle eu lieu après le décès de Joséphine Gabrielle Bastien, la mère de Gabrielle Robine, survenue à Saint-Cloud, le 4 mai 1945.
  • 3- André Licoys : Gabrielle Robinne, de la Comédie française (article publié dans le Bulletin de l’association des Amis de Saint-Cloud, n°83, 84 et 85, 1981-1982).
  • 4- André Licoys : Gabrielle Robinne, de la Comédie française.
  • 5- Cité par André Licoys.
  • 6- Extrait des souvenirs de Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle… (éd. du Scorpion, 1961).
  • 7- Conférence donnée par Colette Alexandre-Robinne (1918-2002), à la salle des fête de Saint-Cloud, en 1981, après la mort de Gabrielle (texte inédit)
  • 8- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 9- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 10- La mort de Gabrielle Robinne, La Parisienne (Le Monde, 23/24 novembre 1980).
  • 11- Philippe Van Tieghem : Les grands acteurs contemporains (éd. P.U.F., Que sais-je?, 1963).
  • 12- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 13– Florence Montreynaud : Le XXè siècle des femmes, 1972.
  • 14- L’assassinat du duc de Guise, article publié dans Le cinéma, grande histoire illustrée du 7è Art (Tome IX, pp. 2310-2312), éd. Atlas, 1984). L’article contient le générique du film, ainsi qu’une reproduction de l’affiche.
  • 15– Roger Boussinot : Encyclopédie du cinéma (éd. Bordas, 1980).
  • 16- René Jeanne, Charles Ford : Histoire encyclopédique du cinéma français (éd. Robert Laffont, 1949-1960) et Le cinéma et la presse (1895-1960) (éd. Armand Colin, coll. Kiosque, 1960) qui comporte une analyse intéressante sur les relations entre presse et cinéma, ainsi que sur l’émergence de la critique cinématographique.
  • 17- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 18- André Licoys : Gabrielle Robinne, de la Comédie française.
  • 19– André Licoys : Gabrielle Robinne, de la Comédie française.
  • 20- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 21– Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 22- Gabrielle Robinne : Mais si ! La vie est drôle…
  • 23- C’est ce qui faisait écrire à sa fille, Colette Alexandre qu’elle avait le rare privilège d’être à la fois «  la fille d’un commandeur de la Légion d’honneur et d’un officier de la légion d’honneur»…Un cas sans doute unique dans les annales de l’institution.
  • 24 La mort de Gabrielle Robinne, La Parisienne (Le Monde, 23/24 novembre 1980).
  • 25- Extrait d’un courriel adressé à l’auteur le 19 mai 2017. 

◘ GABRIELLE ROBINNE : DES LIEUX DE MÉMOIRE

Le cimetière de Saint-Cloud où reposent Gabrielle Robinne et René Alexandre (©landrucimetieres.fr)

• Gabrielle Robinne repose au cimetière de Saint-Cloud, aux côtés de ses parents  Désiré-Victor Robinne (1851-1928) et Joséphine Gabrielle Bastien (1865-1945), et de son époux René Alexandre (1885-1946).

• À Montluçon, au cimetière Saint-Paul reposent son grand père maternel, Bernard  Bastien (décédé en 1910), sa grand-mère, Anne Bouché épouse Bernard Bastien (décédée en 1894), ainsi que sa tante, Berthe Bastien (décédée en 1926).

 La maison natale de Gabrielle Robinne, au 47 rue  de la République, à Montluçon a été vendue par sa mère, entre 1939 et 1945, selon Colette Alexandre-Robinne. Au rez-de-chaussée, est installée depuis plusieurs décennies la boutique d’un photographe…Un clin d’œil du hasard pour Gabrielle Robinne qui fut une femme d’images, photographiée des centaines de fois par Léopold Reutlinger.

• À Saint-Cloud, depuis le 1er octobre 1982, une plaque commémorative dédiée au couple de comédiens orne le mur de La Parentière, l’hôtel particulier situé rue Gounod. Sa petite-fille, Florence Chenard y réside toujours. On peut voir, depuis 1950,  un buste de René Alexandre sur la place éponyme de la commune de Grosley-sur-Risle, dont il fut le maire. Il est l’œuvre du sculpteur Félix Bénetteau. La Comédie Française conserve également un buste du comédien, ainsi qu’un moulage de la main de Gabrielle Robinne.

La Parentière (mai 2016) (©Google Street view): à gauche de l’entrée principale, la plaque commémorative apposée en 1982    ▼

• Enfin, celles et ceux qui souhaiteraient avoir un aperçu de la richesse du fonds photographique dédié à Gabrielle Robinne, pourront consulter le site Delcampe qui propose des centaines de cartes postales consacrées à l’actrice, la plupart des photos ayant été prises par Léopold Reutlinger.

https://www.delcampe.fr/fr/collections/

 ◘ ESSAI DE RÉPERTOIRE THÉÂTRAL DE GABRIELLE ROBINNE 

Que ce soit pour le répertoire  théâtral ou cinématographique, il est difficile d’être exhaustif, tant la carrière de Gabrielle Robinne a été riche. Certains de ses  films, tournés avant 1914, ont disparu sans laisser de traces. Tout comme il est ardu de dresser la liste des pièces de théâtre interprétées par Gabrielle Robinne en soixante ans. On pourra consulter la liste publiée par Wikipedia: 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle_Robinne

◘ QUELQUES   RÔLES INTERPRÉTÉS À LA COMÉDIE FRANÇAISE (1906-1938)

 

*Brichanteau, vieux comédien (Jules Clarétie, adaptation de Maurice de Féraudy).

*L’anglais, tel qu’on le parle (Tristan Bernard)

*Les affaires sont les affaires (Octave Mirbeau)

*Le voleur (Henri Bernstein, pièce jouée lors de l’inauguration du théâtre de Montluçon, le 17 janvier 1914).

*L’embuscade (Henry Kistemaeckers)

*Le duel (Henry Lavedan).

*Le demi-monde (Alexandre Dumas fils).

*La marche nuptiale (Henry Bataille).

*Le marquis de Priola (Henry Lavedan).

*La Parisienne (Henry Becque).

*Amoureuse ( Georges de Porto-Riche).

*Le monde où l’on s’ennuie (Edouard Pailleron).

*La jalousie (Sacha Guitry).

*Poliche (Henry Bataille).

*Les marionnettes (Pierre Wolf, la première pièce interprétée par Gabrielle Robinne et René Alexandre, en 1910).

*L’ami des femmes (Alexandre Dumas fils).

*La robe rouge (Paul Hervieu).

*La passion ( Edmond Haraucourt).

*Denise (Alexandre Dumas fils).

*Le Misanthrope – Tartuffe – Les femmes savantes – Le bourgeois gentilhomme (Molière).

*On ne badine pas avec l’amour – Les caprices de Marianne – Lorenzaccio – Le chandelier (Alfred de Musset).

*Le jeu de l’amour et du hasard (Marivaux)

*Le mariage de Figaro (Beaumarchais)

* D’ AUTRES PIÈCES INTERPRÉTÉES PAR GABRIELLE ROBINNE ( HORS DE LA COMÉDIE FRANÇAISE) 

*L’autre danger (Maurice Donnay).

*Médée (Catulle-Mendès).

*La princesse de Bagdad (Alexandre Dumas fils)

*Par le fer et par le feu (Henryk Sienkiewicz, adaptation de Maurice Bernhardt)

*Tu crois avoir aimé (Charles Oulmont)

*Quand tu seras jeune (Charles Oulmont).

*Le cyclone (Somerset Maugham).

*Cromwell — Francillon —  Terre inhumaine – L’homme enchaîné – Le passé – Madame sans gêne —  On ne joue pas pour s’amuser – L’étincelle –Lucrèce Borgia – Pour qui sonne le glas ?…

ESSAI DE FILMOGRAPHIE DE GABRIELLE ROBINNE

Pour la plupart des films,  figure, entre parenthèses et en italiques, le rôle tenu par Gabrielle Robinne. Quelques-uns de ces films sont visionables sur le site YouTube. Sur le site de la fondation Jérôme Seyudoux, on pourra retrouver les titres et la distribution des films  de la maison Pathé auxquels a participé Gabrielle Robinne .

► Consulter le site: http://filmographie.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/

◘ 1906: Le troubadour, de Segundo de Chomon (brève apparition de Gabrielle Robinne).

► Visionner le film:  https://www.youtube.com/watch?v=daVs5jpGgnc

◘ 1908 : L’assassinat du duc de Guise, de Charles Le Bargy et André Calmettes, produit par Le Film d’art (La marquise de Noirmoutiers). Scénario de Henry Lavedan, avec Albert Lambert, Berthe Bovy, Charles Le Bargy, Jean Angélo… (18 mn).

►Visionner le film:  https://www.youtube.com/watch?v=bh0tonXPEKQ

◘ 1908: Le retour d’Ulysse de Charles Le Bargy et André Calmettes, produit par le Film d’Art, avec Paul Mounet, Albert Lambert…

► Visionner le film: https://www.youtube.com/watch?v=-OalIJgkSwI

◘ 1909: Le baiser de Judas, d’André Calmettes et Armand Bour, produit par le Film d’Art, avec Paul Mounet-Sully, Albert Lambert, Albert Dieudonné…

◘ 1912-1914 : Scènes de la vie cruelle  — Scènes de la vie bourgeoiseScènes de la vie moderne... Série de films de René Leprince et Ferdinand Zeccaproduits par Charles Pathé).

◘  1912: Les larmes du pardon, de René Leprince

◘ 1913: La comtesse noire, de René Leprince et Ferdinand Zecca (Mme Reinher, dite la comtesse noire, croqueuse d’hommes), avec René Alexandre, Gabriel Signoret…

1913: Le roi du bagne, de René Leprince (Germaine Pradier), avec René Alexandre, Gabriel Signoret…

◘ 1913: Coeur de femme, de René Leprince et Ferdinand Zecca (Gabrielle Normand, artiste peintre), avec René Alexandre, Berthe Bovy…

◘  1914: Les larmes du pardon, de René Leprince et Ferdinand Zecca (Elyse Meyret), avec Gabriel Signoret, René Alexandre, Juliette Malherbe, Suzanne Goldstein…

 ◘ 1913: La reine de Saba, d’Henri Andréani (La reine de Saba), avec René Alexandre, Madeleine Roch…

◘ 1914:  La danse héroïque, de René Leprince et Ferdinand Zecca (Gaby des Roses, une danseuse célèbre), avec René Alexandre, Albert Mayer, Simone Mareix…

◘ 1914: La jolie bretonne, de Ferdinand Zecca et René Leprince (Anaïk, une jeune et jolie Bretonne), avec René Alexandre, Jean Dax…

◘ 1914 : La lutte pour la vie, de Ferdinand Zecca et René Leprince (Mademoiselle Claire Préval). Scénario de Pierre Decourcelle, avec René Alexandre, Gabriel Signoret…

◘ 1915: Le noël d’un vagabond, de Ferdinand Zecca et René Leprince , avec René Alexandre, Gabriel Signoret, Juliette Malherbe…

◘ 1915: Le vieux cabotin, de Ferdinand Zecca et René Leprince (Gaby Sombreuse) , avec René Alexandre,  Juliette Malherbe, Gabriel Signoret…

◘ 1917 : La proie, de Georges Monca, avec Albert Mayer, Jacques Grétillat…

◘ 1917:  Le vol suprême, de René Plaissetty (Hervinde de Montclard), avec Fred Zorilla, Jean Croué…

◘ 1917: Le dédale, de Jean Kemm (Marianne), avec Paul Escoffier, Maillard, Jeanne Even.

1918 : Expiation, de Camille de Morlhon (Francine Ray), avec Jean Croué, Jean Angelo, Maurice Lagrenée…

◘ 1919: Le calvaire d’une reine, de René Leprince et Ferdinand Zecca, avec René Alexandre, Gabriel Signoret, Juliette Malherbe…

◘ 1922 : Destinée, d’Armand du Plessy et Gaston Mouru de Lacote.

◘ 1922: Molière, sa vie, son oeuvre, de Jacques de Féraudy. Film réalisé à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Molière avec au générique les sociétaires de la Comédie Française, dont Gabrielle Robine et René Alexandre.

◘ 1923: Fleur du mal, de Gaston Mouru de Lacote.

◘ 1934: Un soir à la comédie Française, de Léonce Perret (Madame Blandin) avec René Alexandre, Marie Bell, Gisèle Casadesus, Maurice Escande, Madeleine Renaud, Fernand Ledoux… Le film comprend deux parties: La vie de Molière et l’histoire de la comédie française, suivi de  Un soir à la comédie française.

◘ 1935: Les deux couverts, court métrage de Léonce Perret, d’après la pièce de Sacha Guitry (Madame Blandin), avec Léon Bernard, Marcel le Marchand, Robert Scipion…

◘ 1937 : Le mariage de Figaro (quelques scènes de la pièce filmées à la Comédie Française, avec Gabrielle Robinne, et mesdemoiselles Sully et Delamare).

◘ 1937 : La tragédie impériale, de Marcel L’Herbier (L’impératrice douairière Maria Féodorovna). Scénario d’Alfred Neumann, avec Harry Baur, Pierre-Richard Wilm, Denis d’Inès, Marcelle Chantal, Jany Holt…(116 mn)

◘ 1938 : Adrienne Lecouvreur, de Marcel L’Herbier (La Duclos). Scénario de Madame Simone, avec  Yvonne Printemps, Junie Astor, Madeleine Sologne, Pierre Larquey, Pierre Fresnay… (106 mn).

◘ 1939 : Jeunes filles en détresse de Georges-Wilhelm Pabst (La mère d’Yvette).  Scénario de Christa Winsloe, avec Micheline Presle, Jacqueline Delubac, Marguerite Moréno, André Luguet, Marcelle Chantal… (90 mn).

► Pour visionner le film complet: https://www.youtube.com/watch?v=oH91a58qB68

◘ 1946 : Rendez-vous à Paris, de Gilles Grangier (Lady Mermor). Scénario de Michel Duran, avec Annie Ducaux, Marguerite Moréno, Claude Dauphin, Jean Tissier, Jean Debucourt… (95 mn).

◘ Le Capitan, de Robert Vernay (La Supérieure). Scénario de Bernard Zimmer, d’après le roman de Michel Zévaco, avec  Claude Génia, Sophie Desmarets, Pierre Renoir, Aimé Clariond, Jean Tissier, Maurice Escande… (98 mn).

◘ 1946: Paris 1900, film documentaire de Nicole Védrès. Documentaire historique sur Paris au début du siècle, de 1900 à 1914. Parmi les personnages filmés, outre Gabrielle Robinne, on peut voir  Gustave Eiffel, Marcelle Linder, Liane de Pougy, Caroline Otero, Cléo de Mérode, Colette, la Comtesse d’Uzès, Buffalo Bill, Charles Pathé, Ferdinand Zecca Pathé, Ferdinand Zecca, André Gide, Paul Valéry, Guillaume Apollinaire, Louis Blériot, Felix Mayol, Maurice Chevalier, Mistinguett, Polin, Sarah Bernhardt, Polaire, Jean Mounet-Sully Léon Bonnat, Auguste Renoir, Claude Monet, Auguste Rodin, les présidents de la République Armand Fallières et Raymond Poincaré, Léon Tolstoî, Jean Jaurès, Aristide Briand, Léon Blum, Arthur Meyer, Maurice Barrès.

◘ 1947 : Hyménée, d’Emile Couzinet (Madame d’Aubarède). Scénario de R. Eyquem, d’après la pièce d’Edouard Bourdet, avec  Gaby Morlay, Maurice Escande, Alice Field, Colette Richard…(95 mn).

1962: La prostitution, de Maurice Boutel (Honorine). Scénario de Maurice Boutel, avec Etchika Choureau, Evelyne Dassas, Robert Dalban…

1973: Journal d’un suicidé, de Stanislas Stanojevic (La vieille dame), avec Delphine seyrig, Marie-France Pisier, Sacha Pitoeff, Roland Bertin, Bernard Haller

©Jean-Paul PERRIN

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◘ “VIVE LE PINARD !” ET “L’ANNÉE 1917”, DEUX NOUVELLES EXPOSITIONS À L’HISTORIAL DU PAYSAN – SOLDAT

MISE À JOUR: 21 AVRIL 2017

LOGO Historial

14 AVRIL – 14 OCTOBRE 2017:

VIVE LE PINARD! PRODUIRE ET BOIRE DU VIN PENDANT LA GRANDE GUERRE

 

chanson pinard L’historial du paysan soldat, installé dans un ancien corps de ferme, Route du vallon, à Fleuriel, propose régulièrement des expositions temporaires, parallèlement à ses expositions permanentes. Après L’artisanat des tranchées (février – décembre 2016), Les batailles de Verdun et de la Somme (juin – novembre 2016), Arrêts sur images (mai – novembre 2016), et La citoyenneté à l’épreuve de la guerre (septembre 2016), deux nouvelles expositions sont programmées en 2017. La première, intitulée Vive le pinard ! Produire et boire du vin pendant la Grande Guerre  est visible du 14 avril  au 14 octobre 2017. En parallèle, on pourra découvrir une  autre exposition centrée sur L’année 1917 qui fut à la fois celle de la sanglante offensive du Chemin des Dames, mais aussi des vagues de mutineries et de l’arrivée de Pétain.

• L’exposition Vive le pinard ! Produire et boire du vin pendant la Grande Guerre, a été concoctée par l’historien Stéphane Lebras. Au delà de son  titre,   qui se veut résolument provocateur,  elle explore  un sujet complexe: celui du rapport au vin dans la société française et dans l’armée au début du XXème  siècle: « Au début du siècle dernier, le fameux “pinard” n’était pas considéré comme une boisson alcoolisée, mais avant tout dans les classes laborieuses notamment, comme un apport calorique en complément du repas« , écrit Yann Terrat dans La Montagne (20 avril). La consommation moyenne annuelle  se situait  alors entre 100 et 200 litres par habitant, soit 2,5 à 5 fois la consommation actuelle.  Il n’était donc pas imaginable que le rouge breuvage ne  fasse pas partie de la panoplie du soldat.  On sait que le « pinard » généreusement distribué aux Poilus fut un des éléments importants pour maintenir un semblant de moral dans les rangs de l’armée française. Dès 1914, le précieux liquide, à défaut d’être un nectar, fut officiellement intégré à la ration liquide du soldat, au point de donner naissance à un véritable engouement. 14_18_BMD_LCAV1D’un quart de litre par jour en 1914, la ration devait régulièrement croître jusqu’à atteindre un litre par jour. Si le vin réchauffe les cœurs et contribue au moral, il a aussi un autre avantage: il permet « d’améliorer des rations sans saveurs ». Anxiolytique et calorique, le vin présente aux yeux des poilus une autre vertu: même s’il est jugé souvent « imbuvable« ,  on sait qu’on peut le boire en toute confiance, contrairement à l’eau  fréquemment pollué. « Vive le pinard » se veut aussi un hommage à l’une des chansons les plus populaires,  composée par Louis Bousquet en 1916, créée par Bach et entonnée par les soldats sur tout  le front.

• L’Historial du paysan soldat a donc souhaité s’emparer de ce sujet récemment défriché par des universitaires pour proposer une exposition inédite.  Grâce à des prêts issus de fonds privés mais également des Archives Départementales de l’Allier, de la Bibliothèque historique de la ville de Paris ou encore du Musée de la Grande Guerre de Meaux, l’exposition propose d’aborder cet épineux sujet par le biais de l’image et de l’archive, invitant le visiteur à découvrir une véritable histoire sociale du vin.

 • Le parcours retrace le cheminement du vin depuis sa production jusqu’à sa consommation sur le front et à l’arrière, en passant par son transport. Les vignerons, les vendangeurs ou les tonneliers, ayant massivement rejoint le front, ce sont les femmes, mais aussi les personnes âgées et les enfants qui les remplacent dans les vignes, rappelle Yann Terrat. Au plus fort de la guerre, c’est 1,5 million de litres de vins qui doivent être acheminés quotidiennement vers les zones des combats pour étancher la soif de 3 millions de poilus. Après la perte des régions viticoles du Nord-est, au cœur des zones combat, la production nationale atteint péniblement 35 à 40 millions d’hectolitres, alors que la consommation d’avant guerre se montait à 60 millions. Il va donc falloir importer des vins, d’abord d’Espagne, mais ces vins se révèlent « terriblement mouillés« , selon les formulations des rapports officiels. Il devient  donc nécessaire de les couper avec des vins du Roussillon, tout en demandant aux stations œnologiques du Midi de veiller désormais à la qualité des livraisons.  45509689Le budget que l’armée consacre à cette dépense est relativement important, d’autant que le prix du vin est en hausse, à cause de la spéculation et des problèmes de transport. Chaque année, il faut procéder à des réquisitions et à des achats à l’étranger. Outre l’Espagne, la Grèce fournit également du vin, notamment aux soldats opérant à Salonique. Les parlementaires  s’interrogent aussi sur l’opportunité de se ravitailler auprès de l’Italie, qui dispose de très grandes quantités de vin, à très bas prix.

La logistique doit suivre et le train joue un rôle capital. La gare de Moulins devient « station magasin  pour acheminer la boisson produite dans les vignes du Midi jusqu’aux tranchées du nord« ,  rappelle La semaine de l’Allier (20 avril). Comme dans toute situation de crise, quelques-uns y voient un moyen de faire de bonnes affaires, quitte à trafiquer  le vin. C’est ce qui pousse l’intendance militaire à  instaurer « des contrôles de couleur, d’aspect, de goût, de titre alcoolique, d’acidité« , et à débusquer  l’éventuelle présence de colorants, comme le  rappelle Florence Panciatti, directrice de l’Historial.

220px-le_salut_au_pinard-_dessin_de_r-_serrey-_1917• Se confronter aux représentations du vin permet de mettre en regard une pratique vécue et un imaginaire véhiculé par des chansons, des peintures ou des caricatures. Le but est d’interroger des stéréotypes encore tenaces autour de la consommation du vin et de ses dérives mais aussi de lever le voile sur une implacable logistique de ravitaillement qui permit à plus de 2 millions d’hommes de consommer quotidiennement leur ration de pinard tout en faisant le bonheur des négociants et des producteurs…

►  Pour en savoir plus… Quelques sites à consulter:

téléchargement (1)

◘ 1914-1918 : l’alcool aux armées. représentations et essai de typologie:

https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2006-2-page-19.htm

◘ La consommation d’alcool sur le front 1914-1918:

http://centenaire.org/fr/espace-scientifique/societe/la-consommation-dalcool-sur-le-front-14-18

◘ Le pinard pendant la grande guerre:

http://87dit.canalblog.com/archives/2015/09/26/32687073.html

INFOS PRATIQUES 

Où ? Historial du paysan – soldat, Route du vallon 03140 Fleuriel

Quand ?  L’exposition est ouverte du 14 avril au 14 octobre 2017, y compris les jours fériés, hors lundi et mardi :
◘  En avril, mai, juin et septembre, du mercredi au dimanche de 14 h à 18 h,
◘  En juillet et en août, du mercredi au dimanche de 14 h à 18h30,
◘  Du 1er octobre au 11 novembre, de 14 h à 18 h du vendredi au dimanche.
◘  À noter : De mai à septembre, fermeture à 19 h le premier vendredi de chaque mois.

CONTACTS 

◘ Téléphone : 04 70 90 22 45    

Mail accueil.historialfleuriel@orange.fr

Site Web : historialpaysansoldat.fr

© La Montagne – Centre France (20 avril 2017)

 

 

◘ LOUIS XIV ET L’EAU DE CHÂTELDON…DE LA LÉGENDE À LA VÉRITÉ HISTORIQUE

Maurice SARAZIN

LE DOCTEUR JEAN-BAPTISTE DESBREST  (1730-1789)  ET L’EAU MINÉRALE DE CHÂTELDON: À PROPOS D’UNE ÉTIQUETTE…

« L’eau de Châteldon, était  la favorite de la table du Roi Soleil, y compris  lors de son mariage en 1659 avec Marie Thérèse d’Espagne à Saint Jean-de-Luz. Pour ce faire, elle était transportée en bonbonnes depuis l’Auvergne jusqu’à la table du roi à Versailles »

Une (trop) belle histoire que les étiquettes apposées sur les bouteilles de ce que certains appellent « la Rolls des eaux minérales« , et la publicité ont complaisamment véhiculée et entretenue, mais qui n’a guère de rapport avec la réalité historique. De quoi susciter une nouvelle mise au point de Maurice Sarazin qui rappelle le rôle capital du docteur Jean-Baptiste Desbrest dans la découverte des vertus de la Châteldon et dans son exploitation.

Louis XIV buvait de la Châteldon, à table…Une (trop)  belle légende

Hachette Livre, en co-édition avec la Bibliothèque nationale de France, a commercialisé le reprint d’une brochure de 24 pages intitulée : Nouvelles instructions sur les eaux minérales de Chateldon en Bourbonnais, dont l’auteur – non mentionné –  est le médecin Cussétois Jean-Baptiste Desbrest. Le permis d’imprimer avait été donné le 14 novembre 1780 et la brochure sortit des presses d’ Antoine Delcros, imprimeur du Roi, rue de la Treille, à Clermont-Ferrand.

• On lit au début de cet ouvrage : « On sait que c’est à M. Desbrest, docteur en médecine de l’université royale de Montpellier, ancien médecin des armées du roi, etc. qu’on doit la connoissance de ce remède, & que c’est au hasard que ce médecin doit lui-même la découverte de ces eaux salutaires« .  Desbrest raconte ensuite qu’il était sujet à des troubles digestifs et à des palpitations de cœur. Il se rendit à Chateldon où il y avait « des eaux minérales dont on ne connoissoit pas les vertus (…) Il en goûta l’eau : aigrelette,agréable & piquante, elle lui parut digne d’attention ; & il ne craignit pas d’en faire le premier essai. Bientôt son estomac sembla prendre des forces ; l’appétit se rétablit, & il commença à digérer avec une facilité & une aisance dont il avoit perdu le souvenir (…) à peine eût-il fait usage de ces eaux, pendant six semaines, qu’il vit disparoitre les aigreurs auxquelles il étoit habitué ; le gonflement de son estomac, les vents qui le distendoient, les palpitations qui lui présentoient toujours les images affreuses de la mort, tous ces symptômes fâcheux se dissipèrent également« .

• Les bienfaits dus à ces eaux furent bientôt reconnus par d’autres médecins et leur exploitation put commencer. « Il étoit juste de confier l’administration des eaux de Châteldon au médecin qui, le premier, en avoit reconnu les vertus, & qui les avoit annoncées : la Commission royale de médecine nomma,le 7 juillet 1777, M. Desbrest intendant de ces eaux ; ce titre lui fut confirmé par un brevet de Sa Majesté, du 6 janvier de l’année suivante… »

Jean-Baptiste DESBREST

 • En 1778, Desbrest publia  son Traité des eaux minérales de Châteldon, de celles de Vichy & Hauterive avec le détail de leurs propriétés Médicinales & leur analyse , un volume  in-12 de 300 pages, imprimé « Chez la veuve Faure et chez Didot, à Moulins & à Paris ».  « On compte actuellement à Châteldon six sources d’eaux minérales (…) Les fontaines,dont l’eau ne paroît pas facile à transporter, sont à mi-côte d’une montagne assez escarpée; celle que l’on transporte à Paris, sourde au pied d’une autre montagne, couverte de vignes » (p. 10).   Ces eaux « ne sont point un remède universel ; mais si elles ne peuvent pas guérir tous nos maux,elles ont, au moins, l’avantage de n’en aggraver aucun » (p. 17).

 • La brochure se termine par des détails pratiques : « Les eaux de Châteldon ne se conservent bien que dans des bouteilles de verre. On les transporte dans des caisses de 24, 36 ou 54 bouteilles de pinte, rendues à Paris tous frais d’emballage, de transport, d’entrée compris,&. elles reviennent, la caisse de 24 bouteilles, à vingt-sept livres, celle de 36, à quarante livres, & la caisse de 54 bouteilles, à soixante livres. Pour les avoir directement des sources, on s’adressera à M. Desbrest, médecin qui en est l’intendant : c’est à Châteldon, près Saint Germain en Bourbonnois, qu’il faut lui écrire… ».

• L’exploitation des eaux minérales de Châteldon, commencée par Jean-Baptiste Desbrest, se poursuit de nos jours,comme on le sait. Elles sont embouteillées par les soins de la SCBV (Société commerciale du bassin de Vichy).  Sur l’étiquette apposée sur les bouteilles on peut lire :   « On raconte que Chateldon sous Louis XIV était transportée en bonbonnes depuis l’Auvergne jusqu’à la table du roi à Versailles. Fagon médecin de la Cour l’aurait recommandée au roi pour ses vertus médicinales. Sous Louis XV le docteur Desbrest, conseiller du roi, en fit l’éloge : « …les eaux de Châteldon vous soulageront souvent, vous guériront quelquefois et vous consoleront toujours« . Une date : 1650.

• En outre sur le site officiel de l’eau de Châteldon, la société exploitante en rajoute encore dans l’affabulation : « Châteldon la favorite de la table du Roi, aurait toujours eu sa place aux banquets royaux,même lors de son mariage en 1659 avec Marie Thérèse d’Espagne à Saint Jean-de-Luz« .

• Le caractère hautement fantaisiste de ces affirmations apparaît d’emblée :

Guy CRESCENT-FAGONT médecin du roi

Guy-Crescent Fagon (1638-1718) fut premier médecin du roi, de 1693 à la mort de Louis XIV, en 1715. On sait qu’en 1695 il imposa la consommation des vins de Bourgogne à la table du roi, avec l’adjonction de quinquina, et aussi qu’il recommanda l’usage des eaux de Barèges. Mais rien sur celles de Châteldon, inconnues à Paris  à son époque. La date de 1650 est fallacieuse.

« Sous Louis XV » : En fait « sous Louis XVI« , puisque Louis XV régna de 1715 à 1774 et que c’est après cette dernière date que Desbrest développa son commerce de l’eau de Châteldon, en Bourbonnais, et non en Auvergne (même si Châteldon fait partie du département du Puy-de-Dôme).

Les thermes de Châteldon (lithographie, 1839)

• Outre la brochure et le Traité cités, Jean-Baptiste Desbrest est l’auteur d’un article : « Précis sur les eaux minérales et médicinales de Châteldon« , inséré dans le Journal de médecine, de février 1779,  de : Nouvelles eaux minérales de Châteldon en Bourbonnais avec des observations sur leurs effets (Londres, 1783).

L’exploitation de la source, d’hier…
… à aujourd’hui (© aquamania.net)

• Par ailleurs, l’étiquette précise qu’il s’agit de l’eau de la source Sergentale. Rappelons que c’est Pierre Laval, qui,  devenu propriétaire du château de Châteldon, avait acquis les sources et obtenu l’ autorisation de les exploiter. Il créa en 1935 la Société des eaux de Châteldon qui commercialisa l’eau sous l’appellation Sergentale (nom d’une maison ancienne du bourg de Châteldon).  Après la Libération et une période de mise en sommeil, le groupe Neptune racheta les sources en 1983.  Selon Wikipédia c’est en 2000 que fut adoptée l’étiquette actuelle rappelant le lien avec Louis XIV : couleur or et argent, symbole du Roi Soleil et la date de 1650.  Un article paru dans L’Express du 16 juillet 2007 avait évoqué le problème : « Louis XIV a-t-il bu de la Châteldon?« .  Mais sans conséquences pratiques.

• Il importe de rendre justice au découvreur et premier exploitant de l’eau de Châteldon, dont il organisa  l’exportation jusqu’à Paris : Jean-Baptiste Desbrest. C’est donc son portrait qui devrait figurer sur l’étiquette, au lieu d’affirmations dénuées de toute valeur historique.

Vue panoramique de Châteldonaquamania.net)

 

Pour en savoir plus

◘  À consulter : « Rapport du Laboratoire national de la santé« , Bulletin de l’Académie nationale de médecine, 1988, p. 1049-1063, plans  (enligne). – Rapport du Dr Lapeyre, lu dans la séance du 25 octobre 1988 de l’Académie, concernant la demande faite par la Société commerciale d’eaux minérales du bassin de Vichy qui sollicitait le renouvellement de l’autorisation de livrer au public l’eau minérale des sources « Sergentale » et « Vécou » captées à Châteldon : « Ces deux sources résultent (…) du recaptage d’émergences connues de tous temps sous les noms de source « des Vignes » puis de source « Desbrest » ». Elles furent étudiées dès la fin du XVIIIe siècle par Mr Desbrest qui leur consacra plusieurs ouvrages et organisa leur embouteillage et leur vente par expédition dans toute la France (…) En 1932 les sources Desbrest furent rachetés par Monsieur Pierre Laval (…) Après aménagement les captages furent regroupés en deux sources « Sergentale » et « Vécou »… »

Maurice Sarazin : Le Roi Soleil a-t-il bu de l’eau minérale de Châteldon en Bourbonnais ? (Les Cahiers bourbonnais Hors série n°4 : Thermalisme et eaux minérales en Bourbonnais, 2003)

 

◘ VIENT DE PARAÎTRE (AVRIL – MAI – JUIN 2017)

MISE À JOUR:  22 MAI 2017

PARUTIONS RÉCENTES  : BOURBONNAIS, AUVERGNE – VELAY, LIMOUSIN, NIVERNAIS – BOURGOGNE, BERRY ET FOREZ

  • Sur les milliers de titres paraissant chaque année, l’édition régionale en assume une part non négligeable, de même que les auteurs, dont beaucoup s’autoéditent. Cette rubrique est ouverte à toutes les publications récentes d’auteurs ou d’éditeurs des provinces du centre. Sont également mentionnées les publications des éditeurs installés en région. 
  • Dans un souci de simplification, les titres sont classés par provincesBourbonnais, Auvergne, Limousin, Berry, Nivernais – Bourgogne et Forez. Pour chacune, ils sont répartis en trois grandes rubriques : Littérature, Histoire et Géographie – guides.
  • Ce travail étant basé sur un dépouillement de la presse nationale et régionale, des revues associatives ainsi que des catalogues et sites des éditeurs, il n’a évidemment pas la prétention d’être exhaustif. Que vous soyez auteurs (autoédités ou édités), éditeurs ou imprimeurs, n’hésitez donc pas à nous transmettre vos informations.
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► BOURBONNAIS

◘ LITTÉRATURE

  • DARCY Coralie : Je serai ton prince. 1 vol. br, 200 p, éd. Rebelle éditions (Désertines), coll. Lipstick, 13,50 €.

Lou se définit comme une inculte de l’amour. A vingt-quatre ans, elle n’a aucune expérience des hommes et se sent plus seule que jamais. Inscrite pas inadvertance sur un site de rencontre tout spécial, la voici obligée de fréquenter Samuel Wyatt, un riche canadien qui a les allures du prince charmant. Mais les apparences sont trompeuses et Lou devra défendre sa vertu face à ce bel adonis !

  • DAUTRAIX Margaux : Spencer & la  vie réelle. 1 vol. br, 140 p, autoédition Margaux Dautraix, 7 €.

Spencer et la  vie réelle raconte l’histoire de Fiby, une jeune adulte américaine qui apprend qu’elle a un petit frère que ses parents ont abandonné à sa naissance, il y a presque 20 ans, faute de moyens financiers. Elle démarre alors un road trip à travers les Etats-Unis dans le but de le retrouver avec, comme seuls éléments de départ, son prénom et les coordonnées de l’orphelinat... Margaux Dautraix,  jeune auteure de 20 ans, a déjà à son actif  deux  romans, dont le tout premier « Les aventures périlleuses de Soraya Littlewing« ,  publié alors qu’elle n’avait que treize ans. Pour éditer ce nouveau titre, elle a eu recours au financement participatif, via la plateforme Ulule.

• DESNOIX Hervé : W 8 A. 1 vol. br, 382 p, éd Édilivre, 20,50 €

La petite ville provinciale et calme de Montluçon vit une nuit de cauchemar : un quadruple homicide a eu lieu dans trois endroits de la ville. William Alexander, lieutenant – inspecteur dont la jeunesse et les vêtements lui valent souvent des railleries, est chargé de l’enquête et doit faire faire face à la fois à la médiatisation de l’affaire et la pression hiérarchique. Le tueur est le même. Les victimes n’ont pas de lien entre elles. Il n’y a ni mobiles, ni témoins. La pression va s’accentuer d’autant plus que les meurtres s’accumulent dans la ville. L’enquête prend alors une direction inattendue. William Alexander va devoir cacher les preuves, passer la main à son coéquipier Jeff pour travailler plus sereinement et découvrir une vérité qu’il aurait mieux valu éviter de dévoiler. Chroniqueur à la radio montluçonnaise RMB (« Hervé se mêle de tout »), l’auteur a publié plusieurs romans, depuis 2003, chez le même éditeur.

• FERRIEUX Claude: Alerte à Romans: braquages, meurtres, menaces sur l’agglomération. 1 vol. br, 165 p, illustrations, éd. du Petit Pavé, 15 €.

Une ville : Romans-sur-Isère. Une agglomération : Bourg-de-Péage – Chatuzange-le-Goubet. Des flics : la capitaine Nora Kaïfi et son adjoint Kévin, lieutenant. Des gendarmes, dont le lieutenant Marc Lemaître.  Des braquages entachés d’agressions inexpliquées : une à l’arme blanche, suivie de blessure, l’autre qui se solde par un meurtre. Le tout pour des mobiles incompréhensibles. La disparition d’un chauffeur d’Areva et de son chargement nucléaire…Le groupe du commissariat de Romans est sur la brèche, guidé par Nora – une ancienne de l’équipe de Meurtre à Romans –. Belle femme d’âge presque mûr, elle ne laisse pas indifférent Marc, le chef des gendarmes de Bourg-de-Péage, lui aussi impliqué dans l’enquête. Parviendra-t-il à ses fins ? La dureté des faits criminels peut-elle laisser place à un peu de douceur et de romantisme ?

  • FOURNIER Jean-Claude : Swinging mai 68. 1 vol. br, 440 p, éd. Marivole, coll. Années 60, 20,90 €.

► Ce roman nous replonge dans l’Europe des « sixties » avec l’« exil » du héros outre-Manche, en 1968. De son poste d’observation londonien, le pays natal se rappellera à son bon souvenir en mai 68. Lui qui était parti voir ailleurs afin de découvrir des mentalités plus libres, voire des moeurs plus légères, ne peut rentrer au quartier latin faire SA révolution. Il est condamné à vivre par procuration des événements que lui et toute la jeunesse de l’époque attendaient depuis longtemps d’une manière plus ou moins latente. De retour en Auvergne, il assiste, en outsider en quelque sorte, à la queue de la comète « révolutionnaire » et à une « normalisation soft » qui ne dit pas son nom mais qui siffle la fin de la récréation soixante-huitarde et de son idylle avec une jeune Anglaise connue à Londres. Jean-Claude Fournier a vécu les années dont il nous parle dans ce troisième roman. Il a effectué le « pèlerinage » en Suède qu’une génération d’adolescents provinciaux frustrés effectuait dans ce pays, afin d’y trouver des délices supposés, souvent fantasmés, que les lois natalistes de la France d’avant 68 interdisaient aux postulants à l’amour libre et que les moyens de contraception permettaient déjà dans les pays du nord à la même époque. Il a vécu la déception de son personnage, qui voudrait aller voir au quartier latin ce qu’il se passe, mais ne peut le faire en raison des grèves des transports dans l’hexagone. Il a partagé l’enthousiasme de son héros envers les événements, mais aussi ses doutes quant à la radicalité de certaines revendications.

• MOREAU Julien: Enracinés. Roman policier. 1 vol. br, 192 p, éd. de la Flandonnière, 16 €.

► Benoît rentre chez lui. Dans sa Montagne bourbonnaise natale. Mais rien ne va plus dans ce mystérieux territoire de moyenne montagne où les bûcherons se font la guerre. La fille de son meilleur ami a disparu, il recroise les fantômes du passé et met les pieds dans une enquête où il est loin d’être convié. Le policier n’a de cesse de vouloir déterrer la vérité mais tout le monde n’a visiblement pas intérêt à ce qu’elle éclate au grand jour. Quand les souvenirs resurgissent brutalement alors que tout le monde pensait avoir oublié certains détails sordides, l’heure des règlements de compte a sonné. Pourtant, il y a peut-être plus à perdre qu’à gagner de révéler certains secrets…Julien Moreau, 34 ans, est journaliste pour le quotidien régional La Montagne. Spécialisé dans les faits divers et la justice, il est passionné par les grandes affaires criminelles.

• TÉNOR Arthur : Guerre des idées au collège: Laïcité en danger . Illustrations de Berth. 1 vol. br, 160 p, illustrations, éd. Scrinéo, 8,90 €.

Thibault, élève de 3ème, est un modèle de calme et de modération. Un matin d’octobre, la fille pour laquelle il en pince, Kristina, arrive en classe avec une mèche blanche dans les cheveux. C’est un signe de ralliement pour le mouvement religieux rigoriste qu’elle vient de fonder. Désormais, elle n’aura de cesse de recruter de nouveaux adeptes. La réaction ne se fait pas attendre. Kader, le plus proche ami de Thibault, voit dans ce prosélytisme au sein du collège une menace pour le principe de laïcité. Alors il crée son propre mouvement, qu’il baptise les Tricolores. Son credo est de défendre farouchement les valeurs républicaines. Emporté par son tempérament passionné, Kader entame une véritable guerre idéologique contre les Mèches blanches qui, en réaction, se radicalisent encore davantage. Et Thibault ? Il est au centre de cette folie naissante, entre Kristina et Kader. L’intervention de certains professeurs, les débats, les mesures disciplinaires et réglementaires ne parviennent pas à apaiser les tensions entre factions ennemies. Sans doute, malgré tout, la paix finira-t-elle par revenir, mais comment, et à quel prix? Auteur de nombreux romans (Grasset, Gallimard, Le Seuil, Plon,…), Arthur Ténor qui vit près de Vichy. C’est un « explorateur de l’imaginaire » dont les récits mêlent action et suspense, tendresse, humour et fantaisie. Il effectue régulièrement des déplacements en milieu scolaire et dans les salons du livre.

  • VALETTE Philippe  :  Mon village : récit. Préface de Pascal Pinel. 1 vol. br,  207 p, illustrations, lexique des mots bourbonnais, éd. Plein Chant, coll. Voix d’en bas, 14 €.

► Philippe Valette (1887-1962), dont les parents s’étaient séparés alors qu’il avait six ans, fut élevé par ses grands-parents paternels vivant au centre de la France, dans la région du Bourbonnais. Après leur mort, le père de Philippe le place comme vacher, mais  pour fuir sa condition d’ouvrier agricole, Philippe devance à 19 ans l’appel au service militaire, et il sera, pendant la guerre de 1914-1918, mobilisé dans l’infanterie. Après la guerre, il devient facteur-receveur des Postes. Son premier livre, Oh ! Vivre…, dans lequel il condamnait sans appel cette guerre, était dédié à Émile Guillaumin. En 1935, lors de l’attaque de Mussolini contre l’Éthiopie, il fait pour un journal de Saint-Étienne, La Tribune Républicaine, un reportage sur cette guerre atroce qu’il a vue de près pendant un mois. Il publie cette année 1935, son deuxième livre,Sur la terre. Il écrira ses dernières œuvres, parmi lesquelles Mon village, paru en 1947, à Chareil-Cintrat, une commune de l’Allier, où il s’était retiré en 1942 qui constitue l’autobiographie à peine romancée de sa cahotique et laborieuse, dans tous les sens du terme, enfance rurale. Il auto-édite en 1953 Valeurs et synthèse, mais son dernier ouvrage, Le petit commerce anecdotique, restera inédit.

◘ HISTOIRE

• LAMENDIN Henri : De Morny, selon plusieurs écrits. 1 vol. br, 100 p, éd. Souvenirs éditions, (Guillestre), prix non communiqué.

L’auteur, né en 1928 à Paris, a soutenu en 2008, le jour de ses 80 ans, une thèse de doctorat d’université en odontologie à Clermont-Ferrand. Comme on le sait, le duc de Morny (1811-1865) a possédé une vaste propriété autour du château de Nades.

  • LONDRES Albert : Grands reportages à l’étranger. Préface d’Étienne de Montety. 1 vol. br, 900 p, éd. Arthaud, 32,50 €.

Septembre 1914. Un jeune journaliste, correspondant du « Matin », est envoyé sur le front de Champagne. On vient d’apprendre que la cathédrale de Reims est sous la menace des canons allemands. Le débutant rapporte une série d’articles dont l’un commence ainsi : « Ils ont bombardé Reims et nous avons vu cela. » C’est tout simple, un reportage : des faits, et une plume. Cette plume, c’est celle d’Albert Londres qui sera pendant plus de vingt ans le voyageur sans bagage de la presse française, envoyé spécial sur tous les continents : sort des travailleurs africains au Congo, des prostituées de Buenos Aires, des Juifs de Palestine,ou des pêcheurs de perles du golfe Persique, rien de ce qui est humain ne lui paraît hors sujet. Un talent, une verve, un goût inentamé pour la vérité. Dans une profession où se sont illustrés Pierre Mac Orlan, Henri Béraud, Joseph Kessel, il est devenu « le patron » (extrait de la présentation d’Étienne de Montety). Cet ouvrage présente les reportages hors de France d’Albert Londres : « La Chine en folie »(1922), « Le Chemin de Buenos Aires » (1927), « Terre d’ébène » (1929), « Le Juif errant est arrivée » (1930) et « Pêcheurs de perles » (1931).

  • MALTE-BRUN Victor Adolphe : Bourbonnais Allier. Réimpression en fac-similé de l’ouvrage paru dans la collection « La France illustrée» : géographie, histoire, administration et statistique. 1 vol. br, 96 p, biblio, éd. Lacour-Ollé, coll. Rediviva, 10 €.

La géographie, l’histoire du département de l’Allier, héritier de la province du Bourbonnais, ses communes et ses monuments. Initialement publié dans  la France illustrée, au milieu du XIXème siècle, cet ouvrage  comporte aussi des informations statistiques et bibliographiques.

PINOTEAU Andy :  L’ Église Saint Martin, Jenzat, Allier. 1 vol. br, autoédition Andy Pinoteau (Fleuriel), 5 €.

  • VINCENT Gérard : Au temps des bouchures en Berry et en Bourbonnais : lavoirs, loges, mares, puits, chemins… 1 vol. br, 142 p, illustrations n-b et couleur, biblio, éd. Alice Lyner, 19 €.

Dans nos campagnes, nos vieilles bouchures sont un symbole d’une civilisation disparue, les éléments d’une société rurale dont nous sommes tous, plus ou moins directement, issus. Les gens de l’époque les ont créées. Ils en avaient besoin pour vivre tout comme d’autres « constructions » que sont les lavoirs, les loges de vigne, les mares communales, …  Aujourd’hui, tous ces vestiges peuvent nous paraître dérisoires, évincés par le temps et le progrès. Pourtant, ils étaient si importants il n’y a pas si longtemps que cela.    Dernier d’une longue lignée d’agriculteurs, Gérard Vincent, né en 1936, a repris avec son épouse la ferme de ses grands-parents en 1961.  Attaché aux traditions, à la solidarité, au respect des anciens et à ce qu’ils ont réalisé pour leurs enfants, il souhaite œuvrer pour la sauvegarde de ce passé. C’est pour ne pas oublier et transmettre aux générations futures que Gérard et Lucienne Vincent ont composé cet ouvrage.

◘ GÉOGRAPHIE-GUIDES

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► AUVERGNE – VELAY

◘ LITTÉRATURE

• ARTIGES Isabelle : Le diable à portée de la main. 1 vol. br, 250 p, éd. de Borée, coll. Terre de poche, 6,50 €.

En 1940, en Dordogne, André Aubin, 18 ans, travaille chez son père, artisan du bois. C’est alors qu’arrivent les réfugiés lorrains, suite au régime de Vichy. En 1941, le jeune homme part pour les chantiers de jeunesse à Pontgibaud. Il s’engage ensuite dans le maquis et participe à la libération d’Angoulême, de Périgueux et de Cognac, puis à la prise des ports de l’Atlantique et de l’île d’Oléron. L’auteure, Isabelle Artiges, est une esthète et une femme d’entreprise. Cosmétiques de luxe et mode sont ses choix professionnels ; piano et peinture, ses passions. Après « Les Petits Mouchoirs de Cholet » et « La Belle Créole », « Le diable à portée de la main », dont la première édition remonte à 2007, était son troisième roman publié  aux éditions De Borée.

• BARDOT Thierry : Les mauvaises herbes. 1 vol. br, 480 p,  éd. de Borée, coll. Terre de poche, 7,90 €.

Pour redonner un sens à sa vie, Thibault décide d’acheter à un vieux paysan le domaine des Tailles, qui va  lui réserver bien des surprises. Il compte  se lancer dans l’élevage de chèvres. Mais le vendeur regrette soudain sa vente et souhaite récupérer ses biens. Thibault ne s’explique pas ce revirement jusqu’à ce qu’il découvre un cadavre enterré dans sa propriété…

Né en 1958, Thierry Bardot a déjà écrit trente-cinq nouvelles et plusieurs romans. « Le Hameau des Tailles », son deuxième roman publié aux Éditions De Borée, confirme ses talents d’écrivain.

  • BARON Sylvie :  Les justicières de Saint-Flour.1 vol. br, 430 p, éd. L’Ecriteau éditions, 25 €.

► Rien ne les destinait à se rencontrer. Encore moins à se voir : Joséfa, la femme de ménage habitant un petit hameau du Cantal, simple, courageuse, obstinée, usée par des tâches répétitives, difficiles et précaires qui accaparent ses journées et Alice, l’urbaine, talentueuse architecte d’intérieur, intellectuelle, raffinée et discrète. Il faudra qu’un drame épouvantable les touche pareillement pour que chacune trouve dans son désespoir le chemin vers le monde de l’autre et son propre chemin. La vie nous donne parfois des ressources insoupçonnées. Celles qui permettent ici à Joséfa et à Alice de construire un récit haletant dont rien ne pourra entraver le cours. Entre émotions et intrigue diabolique : un mystère dans le pays de Saint-Flour qui vous tiendra en haleine.

BARRAL René : La Colère des Drailles. 1 vol. br, éd. de Borée, coll. Terre de Poche, 8,10 €.

Compagnon menuisier, Florian Delpuech, dit Fleurette, partage sa vie entre le travail auprès de son maître et les plaisirs offerts par la boisson et les filles des auberges. Mais, tandis que la guerre entre camisards et papistes fait rage, le jeune homme, inquiet pour ses parents, décide de les rejoindre. Hélas ! c’est une sinistre surprise qui l’attend : ses parents ont été tués. Dès lors, gangrené par le désir de vengeance, Fleurette poursuit le responsable de ce massacre, un dénommé Flessières…

• BESSON Pierre: Un  pâtre du Cantal. Illustrations d’Albert Robida. Réimpression en fac-similé de l’édition de Paris, librairie Delagrave, 1920. 1 vol. br, 128 p, illustrations, éd. Lacour-Ollé, coll. Rediviva, 13 €.

 Pierre  Besson (1873-1945), instituteur dans le Cantal, s’inspire de ses souvenirs pour raconter à la fin du XIXe siècle l’histoire du petit Pierre qui, malgré les promesses faites à sa mère de trouver un emploi, décide de continuer d’aller à l’école. Ayant trouvé refuge chez sa grand-mère, il est embauché comme pâtre par Caraud, vacher de soixante-douze ans. Un caméristat dans le Cantal: « Allons, Pierre, me dit ma mère un soir d’automne, tu es un grand garçon maintenant, tu ne peux pas toujours courir la noisette; il te faut aller en classe. » Et, après m’avoir vêtu de ma blouse neuve, de ma casquette en peau de lapin, chaussé de mes sabots garnis, elle me conduisait au chef-lieu de ma commune, à Cheylade. L’école ! C’est-à-dire l’inconnu pour moi ! Plus nous en approchions, moins je me sentais rassuré. J’avais peur du « Maître »; mes camarades en parlaient comme d’un ogre qui ne mangeait peut-être pas les enfants, mais qui ne leur marchandait pas les bourrades, et ils ne se trompaient guère. « Je vous mène un petit garçon, lui dit ma mère, et tirez, tirez-lui les oreilles. Soyez tranquille. » Jamais recommandations ne fut mieux suivie. On ne nous gâtait pas dans nos familles ! »…

  • BOUCHET Maurice : L’inconnu de Roche Rouge. 1 vol. br, éd. de Borée, coll. Terre de poche, 7,90 €.

De son temps, Georges Quatremains menait paître ses brebis sur le domaine de Roche Rouge, comme son père et son grand-père avant lui. Mais aujourd’hui est une autre époque, et les pâturages sont désormais attribués par tirage au sort. Cette année encore cette terre échappe à son fils Hubert. Pire ! c’est Julien Combe, un individu que Georges ne porte pas dans son coeur, qui s’en empare. Et quand Julien installe là-haut un berger que personne ne connaît, le vieux ressent cette décision comme une véritable trahison. Le voilà bien décidé à savoir d’où vient cet inconnu… À l’heure de la retraite, Maurice Bouchet a décidé de saisir sa plume et de partager sa passion pour la nature. À travers des personnages authentiques et un style où l’humour pointe sous la sensibilité, il nous raconte la  » vraie vie « , inspirée par celle des gens de la terre dont il est le fils.

  • CALLEROT Geneviève : Les cinq filles du Grand-Barrail. 1 vol. br, p, éd. de Borée, coll. Les essentiels, 14,90 €.

Les Minaud sont métayers au Grand-Barrail depuis des générations. Juanna s’y installe en 1911, après son mariage avec Alexandre. Elle lui donne cinq filles : Lucile, Valentine, Renée, Yvette et Yolande. Gazé pendant la guerre, Alexandre meurt en 1927, au matin de la naissance de Guynemer, le fils tant attendu… La famille éclate. Cinq récits, chacun se rattachant à l’une des filles, retracent la vie de cette famille. Ces chroniques peuvent se lire comme autant de nouvelles indépendantes, cependant Geneviève Callerot sait distiller peu à peu de nouvelles informations et chaque récit en apprend un peu plus sur les autres, tricotant avec talent le destin des Minaud. Elle nous livre ainsi un vrai document sur le pays, les travaux et les jours, à travers la destinée de chacune des cinq filles et piège son lecteur dans une intrigue en étoile, s’affirmant comme une vraie romancière.  » Vers les cinq heures, Lucile embrassait son monde et remontait à son chez elle, qui était pour la jeune femme plus beau que tous les palais des rois. Elle ranimait le feu et faisait son petit souper tout en soignant ses lapins, rentrant son linge, inspectant son jardin, l’arrosant s’il y avait lieu. A la nuit, Emile rentrait. [.] Ils soupaient, tous deux, heureux comme personne. « 

• CATINOT-CROST Laurence : Contes, légendes et récits d’Auvergne. 1 vol. br, 176 p, éd. Alan Sutton, coll. Provinces mosaïques, 14 €.

Dans le panthéon merveilleux de l’Auvergne, il existe toutes sortes de personnages, bons ou mauvais, beaux ou affreux. Il en est de très célèbres, comme la Vierge noire, Odile de Montluçon, Magdeleine de Saint-Nectaire. Mais on y rencontre aussi des êtres obscurs, des créatures au caractère malicieux, mystérieux, dont le souvenir a presque totalement disparu. Heureusement pour nous, Laurence Catinot-Crost est là pour nous entretenir de merveilles que la plupart des gens d’aujourd’hui ont oubliées.  Elle nous rappelle, à travers ses contes, que la vie est aussi faite de magie et de mystère… Parfois drôles, souvent gentiment effrayantes, ces petites histoires dévoilent un peu de l’âme auvergnate.

  • CHALAYER Maurice : Le genêt d’or. 1 vol. br, 336 p, éd. Feryane, coll. Livres en gros caractères, 20 €.

Sur les traces d’un aïeul charpentier, sujet de son prochain roman, Sylvain s’installe en Aubrac dans l’hôtel de Félix et Mélissa. Mélissa, la Camarguaise qui par amour se languit dans les montagnes, et Sylvain, l’écrivain en panne d’inspiration quitté par son épouse, vont s’apprivoiser et se donner l’énergie qui leur manquait. C’est par la découverte de leurs racines et du haut pays qu’ils retrouveront un sens à leur vie : pour Mélissa, sortir d’un douloureux passé et, pour Sylvain, tenter de reconquérir sa femme et reprendre la plume…

  • CROZES Daniel : Un été d’herbes sèches. 1 vol. br, 306 p, éd. du Rouergue, coll. Rouergue en poche, 7,80 €.

► Durant l’été 1970, un adolescent de quinze ans passe ses vacances dans la ferme d’un vieil oncle, perdue au fond d’une vallée. Kléber et sa femme Marie vivent encore pauvrement et à l’ancienne, dans une maison sans eau courante ni confort, et les terres sont exploitées avec un attelage de vaches et du matériel archaïque. Agée de cinquante ans, Marie en fait vingt de plus et souffre encore de n’avoir pas pu devenir mère. Kléber, lui, reste très marqué par sa captivité en Allemagne. Les fantômes de la guerre demeurent très présents, notamment parce que les voisins, de lointains cousins, ont été des collaborateurs et se sont enrichis au marché noir. Habitué à une vie plus facile, l’adolescent découvre cependant avec plaisir les travaux des champs. Il y a la beauté de ce paysage bosselé, sur lequel les hommes ont posé leur empreinte, la simplicité du mode de vie et la gentillesse de ce couple d’ordinaire solitaire. Le collégien noue très vite une relation profonde avec son oncle et l’assiste du mieux qu’il peut. D’autant que, très vite, Kléber se trouve gravement fatigué, et la solidarité doit s’organiser pour rentrer les foins. Dans ce très beau roman à l’inspiration autobiographique, Daniel Crozes fait revivre les campagnes et les paysans d’autrefois. Il nous fait partager la mémoire d’un monde disparu, avec l’émotion de celui qui a assisté au crépuscule de la vieille civilisation agricole. Un été d’herbes sèches a été couronné par le prix Arverne 2016.

  • DASSAS Michèle : Le recenseur. 1 vol. br, éd. de Borée, coll. Terre de poche, 6,50 €.

► 1936, les Gordoniens se préparent au recensement pour lequel, Antoine Maurier, instituteur à Aubigny, a été missionné, en remplacement de son oncle souffrant. Hébergé par le maire et châtelain de Saint-Satur, il tombe, d’emblée, sous le charme de son épouse Rosa, femme superbe, à la personnalité envoûtante. Antoine découvre avec beaucoup d’intérêt le milieu des vignerons et des mariniers. Sollicité par ses hôtes, il donne des leçons à leur fille Caroline. La crue de la Loire viendra prolonger son séjour. 1844. Marié et promu juge de paix à Sancerre, Antoine se retrouve au cœur d’un drame qui touche la famille du châtelain : Doit-il conclure à l’accident ou au suicide ? L’ascendant, qu’exerce sur lui Rosa, toujours aussi séduisante, pèsera sur sa décision. Le dernier volet de ce triptyque s’ouvre en 1851. C’est, cette fois, Caroline qui fait appel au juge, l’obligeant à rouvrir le dossier. Antoine enquête, prenant en compte des pistes négligées sept ans plus tôt. De révélations en révélations, il reconstitue une histoire qui fait resurgir le passé trouble de certains protagonistes. Comment dévoiler la vérité sans mettre en péril son propre bonheur ?

• FAURAX Sylvain: Seul temps. 1 vol. br, 242 p, éd. du Volcan, 16 €.

Daniel, ancien photographe de guerre, ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme. À quel temps vivre son existence pour en surmonter les épreuves ? Il cherche des réponses en noyant sa tristesse dans un hôtel désuet de Casablanca et se retrouve embarqué dans un étrange jeu de piste, une aventure qui le conduira des banlieues sombres de Paris au Rajasthan en Inde en passant par les vieux quartiers marocains. C’est parfois au contact du pire que l’on reprend prise avec la réalité. Mais peut-être aussi du meilleur quand il rencontre l’espiègle et séduisante Lise… Il va progressivement reprendre goût à la vie. Jusqu’où peut-on aller pour retrouver un être perdu ? « Seul temps » est un voyage initiatique et romantique aux aspects d’un thriller. Ce mélange des genres transporte le lecteur dans des contrées pittoresques, à la rencontre de personnages non moins hauts en couleur, aux comportements désopilants, parfois brutaux, mais jamais dénués de sentiments. Un tueur à gages philosophe avec son acolyte rock’n’roll, une séduisante jeune femme, un chauffeur de taxi mythomane, et bien d’autres composent le canevas énigmatique des pérégrinations de Daniel. Demain peut-être fait de lumière… Trouvera-t-il les réponses aux énigmes qui en entravent l’accès ?

  • GEORGES Gérard : À la belle marquise. 1 vol. br, 320 p, éd. Presses de la Cité, coll. Romans Terres de France, 19 €.

Début des années 1900, à Royat. Comment une petite fabrique artisanale de chocolats devient une entreprise au succès florissant, grâce à l’alliance d’une fille de confiseur et d’un jeune ingénieur des mines. En 1889, ce n’était encore qu’un très modeste moulin – chocolaterie. Mais Auguste et Clémentine Roussel, jeunes mariés, ont des idées et de l’ambition. Lui, ingénieur des Mines, a pour réputation de réussir tout ce qu’il entreprend. Elle, fille d’un confiseur réputé de Royat, a su depuis toute petite aiguiser son palais. Guimauves, pralines, dragées et autres douceurs n’ont aucun secret pour elle. Conjuguant leurs talents, Auguste fait le serment de créer « le meilleur chocolat de toute la contrée », aux arômes et épices subtils… Comment, en une dizaine d’années, leur modeste entreprise artisanale deviendra-t-elle la florissante enseigne A la Belle Marquise, qui jusqu’à Paris et à l’étranger, fera le bonheur des gourmands et des célébrités ?

• GLOMOT David: Le trésor du papillon de fer: le livre de raison, Londres 1666. 1 vol. br, 282 p, éd. de Borée, coll. Vents d’histoire, 19,90 €.

► Padraig, géant roux irlandais, est un jeune contrebandier qui croupit dans une prison anglaise. Auprès de Tull, son geôlier, ancien corsaire, il découvre l’existence d’un fabuleux butin de pirates. Ce trésor, en plus d’une belle quantité de métal précieux, recèlerait un mystérieux livre écrit par un conquistador, ancêtre de Padraig. Suivez les aventures du contrebandier et de ses complices Jethro l’affranchi, Lizzy la prostituée et Salamander le forban sur la piste du papillon de fer. Rôdez sur le port de Bristol, traversez l’Atlantique, affrontez les jungles des Caraïbes et les forêts du Canada, espionnez des sorcières sur la lande galloise et échappez aux chasseurs de primes et aux corsaires. Découvrez, enfin, Londres en plein cataclysme, en cette terrible année 1666 où la ville s’est embrasée… Aurez-vous le courage de vous embarquer à la recherche du fameux Livre de raison ?  Né en 1976, David Glomot est professeur agrégé et docteur en histoire. Ce passionné de jeux de rôles et d’imaginaire géographique aime lier le temps et l’espace en explorant des époques et des lieux hors du commun, ou en étudiant les contrées de fiction qui peuplent la littérature, comme L’île au trésor de Stevenson ou l’Arkham de Lovecraft.

HACK Josie : Le bar de l’Elfe. 1 vol. br, 210 p, éd. du Chardon, 12 €

Le « Tomcat » n’a pas dit son dernier mot ! Est- ce que l’esprit du mal a vraiment pris possession d’une personne dans l’établissement? Max, l’ami d’enfance de Lagarde en est persuadé en tout cas. Le commissaire, qui n’est pas un adepte du paranormal, préfère trouver des explications plus réalistes aux assassinats commis. Mais des événements bizarres vont semer un doute dans son esprit. Cupidité, trahisons, rivalités, indifférence. Tous les travers de la nature humaine, menant parfois au meurtre sont présents dans le Bar de L’Elfe. Une affaire qui poussera le commissaire Lagarde à ses limites. Heureusement qu’il a toujours son célèbre flair et Sven, son adjoint, dynamique et courageux.

• HACK Josie : Blues Mortel à La Roche Blanche. 1 vol. br, 182 p, éd. du Chardon, 12 €.

Avec « Blues Mortel à la Roche Blanche», Lagarde, commissaire à Clermont-Ferrand et son nouvel adjoint, le jeune et séduisant Sven, se trouvent confrontés à une série de meurtres inexplicables; tous semblent avoir un lien avec le milieu des concerts rock de la région. Une des victimes de ces agressions n’est autre que la fille de son amoureuse, qui vient de rompre avec lui, le laissant en proie à ses doutes et à son mal-être. Il se plonge dans cette histoire de tueur en série avec sa classe, son charisme et son flair légendaire, à la recherche d’un fou meurtrier, secondé de Sven, à qui il doit apprendre le dur métier de flic, mais qui, de son côté lui donne des leçons de vie… C’est pour lui une réelle affaire d’honneur et ……d’amour.

• HACK Josie : Enquête au Gour de Tazenat. Les enquêtes de Lagarde et de Sven. 1 vol. br, 220 p, éd. du Chardon, 14,80 €.

Le volcan a craché sa fureur durant des siècles, les blocs de pierre répandus autour de lui en témoignent. Et même si les eaux limpides du Gour de Tazenat donnent une impression d’apaisement, le commissaire Lagarde va devoir affronter le crime aux abords de ce joyau naturel. Assisté de son fidèle coéquipier, Sven, il mène son enquête sur les berges du cratère, ainsi qu’à Charbonnières-les -Vieilles et Manzat, les villages alentours. Tout commence par un corps découvert par un pêcheur… d’autres morts suivront. Et il y cette autre énigme, qu’il veut résoudre seul. Les drames qui se sont déroulés trois siècles plus tôt sur les mêmes lieux occupent son esprit, depuis qu’il a vu ce portrait envoûtant … Mystères et crimes dans le parc des volcans d’Auvergne dans ce nouvel épisode des « Enquêtes de Lagarde et de Sven ».

  • HACK Josie : Randonnées meurtrières en Auvergne. 1 vol. br, 181 p, éd. du Chardon, 14,80 €.

►Randonnées meurtrières en Auvergne… La nature auvergnate se pare de ses couleurs d’automne et le commissaire Lagarde songe à s’adonner au sport de la randonnée. Mais c’est un meurtre et non une balade de détente qui va le conduire sur les sentiers balisés en compagnie de son adjoint, Sven. Le corps d’un homme sauvagement assassiné est retrouvé au bord du mystérieux lac Pavin. Comme à son habitude, Lagarde s’implique à fond dans son enquête, au risque de raviver de vieilles blessures, car la victime n’est pas un inconnu. Sven doit également faire face à quelques turbulences dans sa vie de père de famille, ce qui lui provoquera des états d’âme pas très professionnels. De Besse-en-Chandesse au Rez-de-Sol, le commissaire Lagarde et Sven s’efforcent à dénouer les fils d’une sombre machination.  Josiane Hack est née en 1958 au Luxembourg. Secrétaire trilingue de formation, amoureuse de la lecture et la musique. Elle s’est installée en France en 1978. L’idée de se consacrer à l’écriture l’attire de plus en plus et elle choisit l’écriture de romans policiers. Premier ouvrage écrit en 2013  « Blues Mortel », est suivi par “Les jeux funestes de Tomcat »,“ Le Bar de L’Elfe” en 2014. “ Enquête au Gour de Tazenat” parait en 2015 et obtient le troisième prix du salon littéraire de Combronde « Le Noël des romanciers d’Auvergne ». « Randonnées meurtrières en Auvergne », achevé en 2015 s’est vu récompensé par le premier prix du jury du salon « Des Plumes chez la Belette » 2016 à Ebreuil.

  • HACK Josie : De Souvigny à Chouvigny. Lagarde enquête.1 vol. br, 239 p, éd. du Chardon, 15,10 €.

Le soleil brille généreusement sur la région Auvergne et le commissaire Lagarde prépare ses vacances bien méritées. Au moment où il se décide enfin à aller rejoindre sa compagne en Norvège, un meurtre annule ses projets de voyage. Le village pittoresque de Chouvigny et ses gorges sauvages sont, cette fois, le théâtre du crime. Chose étrange, Lagarde avait éprouvé quelques sombres pressentiments en apercevant la jeune victime quelques jours plus tôt. Elle était alors pleine de vie, séduisante et suscitait désir et jalousie parmi ceux qui l’entouraient Disparition et meurtres sous un soleil assassin. Lagarde, aidé par son fidèle adjoint Sven, sacrifiera ses vacances pour se livrer à la chasse au meurtrier.

  • JUDENNE Roger : Le silence des rives. 1 vol. br, éd. de Borée, coll. Terre de Poche, 7,90 €.

Autour d’elle, un silence épais a remplacé le vacarme assourdissant des obus allemands et des cris de panique. Toinette lance alors un appel au ciel :  » Papou ! Papou !  » Mais Papou est resté sur l’autre rive, inatteignable à cause du pont rompu. Sans rien saisir au tragique de la situation, Toinette s’accroche au couple qui vient de lui sauver la vie. Mais dans le tumulte du bombardement, celui-ci ne s’est pas aperçu que la petite était différente… Roger Judenne est né dans une famille d’origine rurale. Son enfance se déroule au contact de la nature et des paysages. « Le silence des rives » a fait l’objet d’une première édition en 2010.

  • LAPORTE Gilles : Des fleurs à l’encre violette. 1 vol. br, 480 p, éd. de Borée, coll. Terre de poche, 8,95 €.

Deux familles que rien ne prédisposait à se rencontrer – l’une notable et traditionaliste, l’autre modeste et progressiste – s’unissent bon gré mal gré par le mariage de leurs enfants Rose-Victoire Dieudonné et Aimé Delhuis. Les deux fils du couple, Victor et Clément, suivront deux trajectoires et deux engagements différents. Dans la lignée des Dieudonné, Victor épouse une aristocrate et affiche un certain mépris à l’égard des siens tandis que Clément entre à l’Ecole normale d’instituteurs où, comme tous ses condisciples, il étudiera le violon. Gazé en 1915, il est évacué à Vittel où il rencontre sa future femme, Mathilde, normalienne elle aussi. Ensemble, ils prennent, dès la fin de la guerre, leurs fonctions et s’engagent avec passion pour la laïcité et l’éducation. Clément, les poumons rongés par l’ypérite, mourra en léguant à son jeune fils son amour de l’enseignement, de la musique et l’engagement dans la franc-maçonnerie que lui a transmis le maître luthier avec qui il avait entrepris la fabrication de son propre violon.

• LÉONARD Alain: Enfants de la liberté. 1 vol. br, 385 p, éd. de Borée,  coll. Vents d’histoire, 19,90 €.

► 1783. La vie est rude pour ceux qui cultivent la terre, tributaires du climat, des mauvaises récoltes et accablés d’impôts. Catherine, fille du puisatier du village, se voit forcée de quitter sa famille acculée à la misère, et d’entrer au service des nobles locaux, les Saint-Val. Elle suivra ses maîtres à Paris où la colère populaire, qu’attisent la faim et des décennies d’injustices, sera à l’origine des événements de 1789 qui conduiront à des changements radicaux dans la société française. Du statut de femme de chambre, puis de fugitive à celui d’héroïne de la Bastille, Catherine, jeune fille au caractère entier et rebelle, connaîtra un destin hors du commun. A travers son épopée, entre joies, peines et amours, c’est un pan de la Révolution française et de la société du XVIIIe siècle qui nous est dévoilé. Après une carrière militaire en France et à l’étranger, Alain Léonard est actuellement infirmier dans un hôpital clermontois. À 52 ans, il débute l’écriture avec ce premier ouvrage dans lequel se mêlent histoire de France et souffle romanesque. Depuis 2006, il collabore au quotidien La Montagne en tant que correspondant local de presse.

• LHOSTE Bernard: La clé du tiroir. 1 vol. br, 300 p, éd. La Clé du Chemin (Craponne-sur-Arzon), 19 €.

►À Lacombe, joli nid d’aigle dans la montagne de Bas-en-Basset, Anselme et Victorine ont toujours beaucoup de plaisir à accueillir leurs petits-enfants aux beaux jours. Surtout Xavier et Marina, dont l’affection et la complicité réciproques muteront vers une relation amoureuse sans que quiconque (et pas même eux) n’y prenne garde. En agitant l’épouvantail des risques liés à la consanguinité, les parents respectifs des deux adolescents vont mettre le holà à cette idylle naissante. De leur côté, les grands-parents voient cela avec beaucoup plus de philosophie, de compréhension et de bienveillance.  Hélas, Anselme, quelques mois après la mort de son épouse, est victime d’un accident. Il aura toutefois le temps de murmurer à son petit-fils un énigmatique message : “ Toi… toi, Xavier… la clé… du tiroir… dans le… pour toi… pour toi… et Mari”… Il faudra aller jusqu’en Bourgogne pour en percer le mystère.

  • MALROUX Antonin : L’espoir de belles aurores. 1 vol. br, 350 p, éd. Calmann-Lévy, coll. France de toujours et d’aujourd’hui, 19,50 €.

Janvier 1960, Gatien, un maçon, quitte son hameau du Cantal pour rejoindre son régiment en Algérie. Il laisse derrière lui Émilienne, dix-sept ans, fille d’agriculteurs aisés, qui a juré de l’épouser à son retour. En Algérie, c’est l’escalade de la violence. La famille de Gatien est inquiète mais les premières lettres du garçon sont rassurantes. Quant aux parents d’Émilienne, ils ignorent la liaison entre les deux jeunes gens mais leur abondante correspondance éveille leur attention.  Et puis soudain, Gatien ne reçoit plus de nouvelles, comme si un drame s’était produit…Né en 1942 dans le Cantal, Antonin Malroux a d’abord suivi  un apprentissage de tailleur d’habits, avant de s’orienter vers le commerce. Parallèlement, il a commencé à écrire des romans. Il est aujourd’hui membre correspondant de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand.

  • MAXIMY Hubert de : Olympe. 1 vol. br, 432 p, éd. Feryane, coll. Livres en gros caractères, 23 €.

En 1793, au Puy-en-Velay, Olympe, veuve du tanneur Chambeyrac, est la proie de deux hommes qui cherchent à la déposséder de ses biens, mais aussi de ses droits. Prête à tout pour ses enfants, Olympe va déployer l’énergie de son puissant tempérament et son irrésistible séduction. L’an II. La Terreur. Un accident de chasse débarrasse Olympe de son barbon de mari et la propulse à la tête de la tannerie familiale. A vingt-huit ans, elle doit affronter l’avidité de la bourgeoisie locale prête à tout pour faire main basse sur son patrimoine. Aidée d’un avocat retors et d’un notaire amoureux, mais aussi de deux gamins dont son fils aîné, Olympe est bien décidée à en découdre pour préserver l’avenir de ses quatre enfants. A ses côtés, ses anciennes compagnes de couvent : Anaïs, la boiteuse, et Euphrasie, l’aristocrate déchue. Toutes trois vont spéculer sans vergogne sur les biens nationaux, mettant à mal les intérêts des plus puissants. En place de la fortune, n’est-ce pas la prison, voire la guillotine, qui attend nos aventurières ?

• MÉLIS Frédéric: Pensées burlesques et saugrenues. 1 vol. br,  éd. du Volcan, 8,60 €.

► C’est un vagabondage littéraire et malicieux que nous vous proposons de découvrir à travers ces textes. Une promenade polysémique semblable à la cueillette de fruits sauvages où se sont mêlés quelques chiasmes. Presque crédibles, les définitions se composent de mots aux sonorités qui peuvent prêter à confusion ! Plus qu’une lecture linéaire, nous vous invitons à « picorer  » ces définitions, pensées, citations, interrogations, aussi burlesques que saugrenues voire farfelues. Les sujets abordés sont divers, ils abordent certains phénomènes de société, scientifiques, humains, anecdotiques, des situations et des dialogues incongrus. Autant de sujets qui ont traversé la « tête » de l’auteur. Plus qu’une lecture linéaire, c’est une invitation à picorer des définitions, pensées, citations, interrogations, aussi burlesques que saugrenues voir farfelues. Les sujets abordés sont divers, ils abordent certains phénomènes de société, scientifiques, humains, anecdotiques, des situations et des dialogues incongrus. Autant de sujets qui ont traversé « l’esprit » de l’auteur (rien de spirituel là-dedans). La succession de ces pensées, est le résultat d’une écriture spontanée ou distillée, plutôt gentilles, jamais crue ou vulgaire (enfin nous l’espérons). Presque crédibles, les définitions se composent de mots aux sonorités qui peuvent prêter à confusion (elle nous le rendra). Les pensées apparaissent comme elles sont apparues, au fil de l’eau ou du vin ou du café ou du jus de pomme, c’est au choix. Elles ne sont ni classées ni par genres ni par types, ici il n’y a rien d’académique !

• MÉLIS Frédéric: Semchen, le semeur de cheminées. 1 vol. br, illustrations, éd. du Volcan, 14,50 €.

edv_semchem_couvp1_mlTout commence par la lecture d’une étrange histoire racontée par un maître d’école à ses élèves…Elle va faire naître chez le jeune  héros, Semchen, une drôle d’idée. Parviendra-t-il à la réaliser ? Après un long parcours dans les arts graphiques, auteur de livres sur la gestion de la couleur et le traitement des images numériques, ainsi que de nombreux articles dans la presse spécialisée; Illustrateur avec plusieurs expositions à son actif, Il se consacre aujourd’hui à l’écriture et à l’illustration. Ses travaux d’écritures et ses réalisations sont principalement destinés à la littérature jeunesse notamment « Semchem le semeur de cheminées », un conte pour enfants.… Mais pas que !

• PALACH Jean-Marie: Sabre d’or, les aventures de Loïc, le corsaire. 1 vol. 176 p, br, éd.  du Volcan, 12 €.

EdV_Sabre_dor_1couv_Nouveaute►En l’an de grâce 1711, deux vaisseaux de la Royale s’apprêtent à mouiller dans le port de Saint-Malo de l’Isle, avant de rejoindre le reste de la flotte ancrée dans la rade de Brest. Parce qu’il s’est approché de trop près des navires de guerre, un adolescent, Loïc, est arrêté, accusé d’espionnage et condamné à l’exil par le prévôt. Sa peine est annulée in extremis par l’amiral Duguay-Trouin, commandant en chef de la flotte du roi. Il se retrouve enrôlé comme mousse sur la frégate L’Invincible que dirige Jean Doublet. Grand Timon, son fidèle second, devient le tuteur du jeune marin. Le destin de Loïc changera au fil des aventures qu’il vivra. Il devra s’affirmer et s’imposer par des actes héroïques, mais aussi par sa clairvoyance et sa sensibilité. Au cours de ce voyage initiatique, il rencontrera Simon le barbier, un chirurgien sinistre, Clément l’indiscret, Amalia la belle Lisboète et bien d’autres personnages. L’auteur a su retranscrire avec beaucoup de détails le climat politique de l’époque, l’ambiance à bord d’une frégate, le rôle des marins et leurs faits de bravoure. Plusieurs personnages ont une place prépondérante dans ce récit. Ils nous offrent une palette de sentiments propre à un beau roman d’aventures où se télescopent la violence, la trahison, la découverte et l’amour.

• PALET Marie de: Le valet de pique. 1 vol. br, 390 p, éd. de Borée, coll. Romans et récits de terroir, 20,90 €.

►Parti à la recherche d’un ancien château pour rendre service à son cousin André, Damien se demande bien pourquoi il a accepté d’aller se perdre sur ces petites routes sinueuses de campagne ; d’autant que, pour faire plaisir à sa grand-mère, il a promis de se rendre dans le village d’où est originaire sa famille. C’est là qu’il rencontre Valentin, un retraité à la fois bourru et attachant, qui s’avère être un cousin. Alors que Damien s’apprête à repartir, sa voiture tombe en panne, et le voilà contraint de passer quelques nuits sur place. C’est le début d’une grande amitié entre les deux hommes. Au fil du temps, Damien va en apprendre un peu plus sur l’histoire de Valentin, mais un mystère demeure : pourquoi le surnomme-t-on le « Valet de pique » ?

PARAILLOUS Alain : Le bois des serments. 1 vol. br, 350 p, éd. de Borée, coll. Terre de poche, 7,50 €.

Après plusieurs mois à suivre Napoléon dans ses conquêtes, la dernière défaite à Waterloo décide Aurélien à regagner le domicile familial, dans l’espoir de retrouver Sylvette, sa promise. A peine est-il arrivé que son père décède. Aurélien reprend les terres paternelles bien peu fertiles, avec l’idée de développer une nouvelle activité : l’industrie des bouchons de liège connaît un véritable essor. Renseignements pris, il s’associe à Alexandre Ducomet, la cinquantaine, riche marchand de bois, et nouvel époux de Sylvette. Les surprises, qui émailleront le destin d’Aurélien, ne font que commencer… Profondément attaché à la ruralité et à ses valeurs, Alain Paraillous a exprimé cette fidélité dans deux livres de souvenirs, « Le Chemin des Cablacères » et « Les Collines de Canteloube », puis dans un roman, « Les Peupliers du désert ». Son savoureux « Dictionnaire drolatique du parler gascon » est un succès de librairie. Mais c’est surtout son film « L’Occitanienne ou le dernier amour de Chateaubriand » qui a contribué à le faire connaître d’un très large public en 2008.

  • PLUCHARD Mireille : Les sentes buissonnières. 1 vol. br, 450 p, éd. de Borée, coll. Les essentiels, 15,50 €.

En 1880, Aurélie, fille d’un garde forestier, est la cinquième d’une fratrie de sept enfants. Vaillante et déterminée, elle s’applique à l’école pour sortir de son milieu et obtient brillamment son certificat d’études, puis son brevet. Quand son père, endetté, doit sacrifier ses études, Aurélie part travailler à la filature mais elle n’a pas l’intention d’abandonner son rêve… Mireille Pluchard est tombée dans l’écriture tout naturellement lors de ses recherches généalogiques. Est née alors une trilogie, La Saga des Teissier, narrant la vie de sept générations de ses ancêtres. Passionnée d’Histoire et d’histoires, Mireille Pluchard brosse les portraits de personnages toujours attachants et sait entraîner le lecteur dans l’intrigue. Ses romans Le Petit Bâtard et Le Puits Sans-Nom parus aux éditions de l’Écir en 2008 et 2010 ont connu un vif succès.

• RICROS André: 16 morts pour un barrage. Roman policier. 1 vol. br, 176 p, éd. de la Flandonnière, 16 €.

La cupidité a ses raisons que la raison ignore...Alexandre est un paysan attaché à ses terres, sur les hauteurs de la vallée. Il a refusé tous les ponts d’or que le maire lui a offerts pour qu’il accepte d’abandonner son domaine et permettre ainsi l’édification d’un barrage qui rapportera énormément d’argent à la commune. Désormais, tous les moyens sont bons pour qu’Alexandre cède. Même les plus inavouables…Au-delà de l’intrigue policière, un tableau sans concession des pires noirceurs de l’âme humaine. André Ricros est né en 1953 et a vécu son enfance dans le sud de la Châtaigneraie cantalienne. L’essentiel de sa vie professionnelle fut consacré aux arts de l’oralité. En 1985, il créa l’Agence des Musiques des Territoires en Auvergne qu’il quittera en 2015. Depuis, sa vie est centrée sur l’écriture et des activités artistiques dans le cadre de la Compagnie l’Auvergne Imaginée qu’il codirige. Il a publié de nombreux ouvrages dont « Bouscatel – Le Roman d’un cabrettaïre » qui a reçu le prix de l’académie Charles Cros.

  • ROCHE Florence :Les fruits de la liberté. 1 vol. br, 304 p, éd. de Borée, coll.Les essentiels, 14,50 €.

► Flavie, est une jeune paysanne qui travaille durement dans la ferme de son père. La nuit, elle s’instruit en secret auprès d’un vieil oncle jésuite pour lequel elle éprouve une grande affection. En 1870,1’année de ses vingt ans, Flavie tombe amoureuse d’un jeune ouvrier agricole, Léon, mais cet amour est impossible car elle est elle-même promise à un paysan fortuné du village. Elle décide alors de fuir à Paris. Elle trouve refuge à Montmartre au moment où éclate la révolte de la Commune et fait la rencontre de Clairvoix, un peintre insurgé, de Blanche, chanteuse de cabaret, de Nonette, ouvrière, de Patronne, aubergiste, et de bien d’autres personnages. De part et d’autre des barricades, les destins se croisent entre amours et chagrins, espoirs et désillusions. Flavie assiste en témoin à ces bouleversements mais son cœur est partagé entre Clairvoix, qui se bat pour le peuple de Paris et Léon, qui a fait carrière dans l’armée et s’oppose aux insurgés. Qu’adviendra-t-il ? De retour au pays, la jeune femme trouvera-t-elle la force de braver le destin et de cueillir enfin les fruits de la liberté ?

• ROSSET Jean : L’Aube de la Liberté. 1 vol. br, 540 p,  éd. de Borée, coll. Terre de Poche, 8,10 €.

1943. Le collège parisien de Jean-Luc est réquisitionné par l’occupant et le jeune homme doit regagner le domicile parental. Là, il constate avec dépit que son père, notaire et maire du village, loge sous son toit le chef de l’unité allemande en place. C’en est trop ! Il accepte l’invitation de son oncle Léon, auquel il voue une grande admiration, à l’aider dans sa scierie, le lieu de ses vacances d’enfant. Mais Jean-Luc va surtout y découvrir les heures éprouvantes de la guerre en s’engageant aux côtés de son oncle qui se révèle être le chef d’un maquis. Après une carrière de cadre de direction dans la sidérurgie, Jean Rosset s’est reconvertit dans l’écriture. On lui doit notamment le best-seller « Les Porteurs de terre », republié dans la collection « Terre de poche » aux éditions de Borée.

• SOMBRUN-TESNIÈRE Martine: Le goût de la gentiane.  Illustrations de Gaëlle et Léo Dangles. 1 vol. br, 240 p, éd. de la Veytizou, 20 €.

► Non loin du Mont-Dore, aux abords du buron du Capucin, un meneur de chiens nordiques, amoureux des neiges glacées, et une famille de vacanciers désireuse de profiter de ses congés d’hiver, se trouvent soudain en face d’inquiétants personnages…Entre courses en traîneaux, balades à skis, entre moments chaleureux et épisodes haletants, l’auteur entraîne  ses lecteurs dans les neiges auvergnates, avec une multitude de personnages attachants ou menaçants… Partageant son temps entre son Périgord natal et l’Auvergne, Martine Sombrun-Tesnière, après avoir fait carrière dans l’éducation nationale, s’adonne désormais à sa passion de l’écriture. Elle a déjà publié plusieurs recueils de souvenirs d’enfance, de récits animaliers et de nouvelles pleines d’humour, ainsi qu’un roman mystérieux, « La maison aux deux visages ». 

  • SORDELLI Jean-Claude : La dernière saison. Livres en gros caractères. 1 vol. br, éd. Retrouvées, coll. Lire en grand, 14,50 €.

Passaget, petit village dans le nord du Cantal, dans les premières années du XXe siècle. Le temps est rythmé par les saisons, les travaux des champs, les fêtes, les naissances et les morts. Marie a épousé un ami d’enfance, Victor. La noce est belle mais le mariage incertain, le mari infidèle et violent. C’est lui qui est choisi par l’étrange châtelain du village pour diriger l’équipe qui va déboiser la forêt et lui arracher son antique secret : selon une très vieille légende, une ville magnifique a existé là où il ne reste plus qu’une montagne boisée. Soudain la guerre éclate, et pourtant Éloi, le vieil ermite, avait prévenu : « Le jour où les boeufs laboureront la montagne, ce jour-là, le canon montera de l’autre côté… ». Un roman puissant dans cette région d’Auvergne, dont les hommes et la terre ressuscitent nos racines chères à nos coeurs. Jean-Claude Sordelli a été professeur de Français dans différents collèges pendant près de 40 ans. Il vit à Saint-Paul-des-Landes (Cantal) et évoque sa jeunesse dans plusieurs romans, lorsqu’il était placé en famille d’accueil. Il fut parmi les premiers, avec L’Écorce ou Soleil haut, à réinstaller le roman du terroir dans notre littérature.

• TOURNAIRE Éric: Le dragon de Saint-Georges. Roman policier. 1 vol. br, 128 p, éd. de la Flandonnière, 14 €.

« L’homme courait. Depuis ce qui lui semblait une éternité, filant à travers les futaies, le souffle de plus en plus rauque. Si seulement il n’avait pas lâché son fusil ! La fatigue  commençait à le gagner, malgré la panique qui lui donnait  des ailes, et le lourd piétinement derrière lui, qui se  rapprochait, se rapprochait… ». La deuxième enquête du gendarme de Bellerive-sur-Allier vous entraîne le lecteur  du Maroc à la Guyane à la vitesse d’un cheval au galop, en une trépidante fantasia. Né en 1958 à Casablanca, Eric Tournaire taquine régulièrement l’onirique et le documentaire à travers carnets de voyages, bandes dessinées et livres jeunesse. Il signe là son deuxième roman, issu de l’histoire de son hameau et de sa fertile imagination, volet n°2 d’une trilogie poético-policière et régionaliste.

  • VALETTE Patrice : Une saga historique haletante au cœur de l’Auvergne : Tome 1: Le secret du château de Fraisac1 vol. br, 270 p, éd. City – Terre d’histoire, 17,90 €.

Septembre 1855, la foire du village de Saint-Anthème rassemble tout ce que le Forez compte de scieurs et d’ouvriers du bois. Parmi les hommes qui cherchent du travail, Joseph Matheron reçoit une offre du châtelain de Fraisac. La proposition d’embauche, très généreuse, intrigue Joseph qui se méfie mais ne peut pas refuser.  Au château, le mystère s’épaissit encore. Pourquoi les riches propriétaires ont-ils fait appel à lui ? Que cachent-ils ? Et pourquoi est-il autant désorienté par la mystérieuse fille du maître de maison ? Lui, le loup solitaire qui ne croit en rien et ne compte sur personne, s’attache aussi, contre toute attente, à une pauvre fillette qui vit aux abords de la propriété. Dans ce fascinant et rude pays d’Auvergne, Joseph va devoir surmonter tous les coups du destin et vivre une aventure qui va radicalement transformer sa vie.

  • VALETTE Patrice : Une saga historique haletante au cœur de l’Auvergne. Tome 2. Les ombres du Bois Saint-Martin. 1 vol. br, 270 p, éd. City – Terre d’histoire, 17,90 €.

Milieu du XIXe siècle, en Auvergne. Joseph Matheron, scieur de bois, trouve un nouvel emploi à des dizaines de kilomètres de chez lui, loin de celle qu’il aime. Mais, peu de temps après son arrivée, la fille du propriétaire du bois dans lequel il travaille désormais est assassinée dans des conditions particulièrement sordides. Or Joseph est le dernier à l’avoir rencontrée… Aux yeux d’une police pervertie et d’une justice arbitraire, il est le coupable idéal. La condamnation sera expéditive et sans appel : ce qui attend désormais Joseph, c’est le bagne !Le bois Saint-Martin recèle décidément bien des ombres et des mystères… Pour gagner sa liberté, Joseph va devoir affronter de nouveaux périls et compter, plus que jamais, sur les siens. Patrice Valette est un jeune retraité. Passionné de livres, il s’est lancé dans l’écriture d’une saga sur le Forez et a déjà publié Le secret du château de Fraisac (Terre d’Histoires, 2016).

• WOUTERS Josette: La maison de Lou. 1 vol. br, 290 p, éd. de Borée, coll. Romans et récits du terroir, 18,90 €.

Promise à Alfred Dethys, futur hériter d’une riche famille possédant la plupart des terres du village, la jolie Lou hésite pourtant à se donner à lui. Lorsqu’en 1916 elle croise Alexander Van Driès, jeune architecte au service de l’armée belge, ses dernières hésitations s’envolent. C’est certain, elle n’épousera pas Alfred Dethys mais ce bel officier qui la demande en mariage. Malgré les menaces de son père, qui ne se résout pas à voir partir sa fille avec un inconnu, Lou va suivre l’homme qu’elle aime et prendre à bras-le-corps cette nouvelle vie qui l’attend. Une vie parfaitement heureuse, jusqu’au jour où la crise de 1929 fait voler en éclats toutes les belles promesses d’un avenir radieux.

◘ HISTOIRE

  • BARON Sylvie (sous la direction de) : Mémoires de nos villages : Neuvéglise, Pierrefort, Saint-Flour. Préface de Sylvie Baron. 1 vol. br, 380 p, éd. L’Écriteau éditions (Pont-du-Casse), 25 €.

Vous ! C’est vous, amis lecteurs, qui êtes le sujet de ce livre… Parce que ces textes (des poèmes, des récits, les portraits, des anecdotes) sont votre mémoire, notre mémoire commune, qu’ils nous parlent de chez nous, tel que nous vivions il n’y a pas si longtemps. Rassemblés autour de l’écrivain cantalien Sylvie Baron, les auteurs ont voulu faire vivre nos racines en interrogeant nos aînés pour qu’ils racontent leur univers d’autrefois : un monde si proche, et déjà si lointain, que l’on revisite ici avec tendresse et émotion.

• COUZELAS Vivien: Dans la tête d’un hooligan: Enquête Football et violence. Le témoignage d’un supporter. 1 vol. br, 320 éd. du Volcan,  19,90 €.

EdV_VC_Hooligan_Couverture_ombre_p1_Site_ml► Qu’est-ce que le hooliganisme ? Cet univers est finalement méconnu, et évoque chez la plupart d’entre nous un rejet. Et qu’est-ce qui peut bien motiver un passionné de football, fervent supporter de son club à jouir du football via le prisme de la violence ? Pourquoi les faits divers qui en découlent peuvent réveiller en nous une certaine curiosité, ou nous choquer ?  Vivien Couzelas nous explique pourquoi et comment une personne d’apparence proche de nous peut s’orienter vers cette trajectoire de vie. Il nous répond en rapportant les confessions de Théo, un hooligan anonyme, qui a bien voulu lui ouvrir les portes de son monde. Il s’est confié avec beaucoup de sincérité sur son parcours, son évolution et s’est fendu de nombreuses anecdotes et confessions savoureuses, saisissantes, « pour briser les idées reçues sur ce mouvement ». Parallèlement, l’auteur s’est appliqué à décrire l’historique du hooliganisme, de ses origines dans les années 1960 à aujourd’hui, aussi bien en France que dans les autres pays du monde, tout en dressant une description exhaustive des codes de ce milieu. Outre les dialogues avec Théo, un long travail d’enquête a été réalisé auprès de journalistes, consultants, sociologues et supporters du monde entier, qui ont apporté à l’auteur de multiples informations sur le hooliganisme. Ce voyage littéraire dépasse les questions sur le foot ou ses supporters, il soulève des questions psychologiques, sociologiques ou politiques, le résultat est aussi instructif que passionnant<

  • GUITTAUT  Pierric : La dévoreuse : Le Gévaudan sous le signe de la bête : 1764-1767. 1 vol. br, 336 p, illustrations n-b et couleur, éd. de Borée, 21,50 €.

► La Bête du Gévaudan n’est pas un mythe, et ses nombreuses victimes réclament mieux que le mauvais thriller auquel beaucoup la cantonnent. C’est partant de ce constat que l’auteur s’est lancé à sa poursuite il y a dix ans. Romancier remarqué pour ses polars ruraux, Pierric Guittaut est aussi chasseur et tireur à poudre noire, passionné d’Histoire et qualiticien certifié dans l’industrie aéronautique. Après plusieurs séjours en Margeride, l’auteur nous livre l’enquête la plus complète jamais réalisée sur le sujet : analyse intégrale du fonds d’archives, reconstitutions de tirs, comparaisons anatomiques. Tous les suspects sont passés en revue. Bousculant les idées préconçues, les conclusions de cette investigation sont inédites et nous permettent de nous réapproprier un pan entier de notre histoire rurale tombée dans l’oubli. En franchissant les frontières, le lecteur se retrouvera même lancé sur les traces d’un authentique spécimen de la Bête du Gévaudan, qui attendait depuis plusieurs décennies dans la discrétion d’un Musée de la Nature qu’on (re) découvre son illustre filiation. 250 ans après la fin de l’affaire de la Bête du Gévaudan, Pierric Guittaut nous livre enfin les clefs pour comprendre cette énigme qui n’en était pas une…

  • Histoire sociale Haute-Loire: Volume 8. 1 vol. br, 260 p, illustrations, éd. du Roure, 22 €.

► Pendant la guerre Civile espagnole (1936-1939) la France a dû accueillir près de 500 000 réfugiés qui se sont retrouvés dans des camps d’hébergement, comme celui de Langogne, présenté ici par Raymonde Prat. Malgré l’accueil mitigé qu’ils ont reçu, beaucoup ont choisi de rester dans notre pays et de s’y intégrer.  Quelques-uns, du fait de leur engagement militant aux côtés des Républicains, ont été l’objet d’une surveillance constante par les autorités françaises. Georges Chanon a retrouvé le dossier de neuf membres des Brigades internationales assignés à résidence à Alleyras.  La Deuxième Guerre mondiale a bouleversé la vie de millions de personnes. Jean-François Arnould poursuit sa chronique de la vie d’un quartier du Puy-en-Velay: voici le boulevard Carnot libéré. Après la guerre, vient le temps de la reconstruction. C’est à cette tâche qu’ont été astreints, de 1945 à 1948, plus de 3000  prisonniers allemands en Haute-Loire. Leur histoire est relatée par René Dupuy, d’abord au camp de Brioude où ils ont souffert de la faim et sont morts en grand nombre, puis sur les chantiers, dans les mines, les usines et les fermes. L’évolution des relations de l’homme avec son environnement intéresse aussi l’histoire sociale. Maryse Tort, botaniste universitaire reconnue, étudie la perception des zones humides, les tourbières, du XIXe siècle à nos jours. Militant écologiste, Martin Arnould relate les épisodes de la mobilisation qui mit en échec le projet de barrage à Serre de la Fare. Michel Rondet (1841-1908) passa l’essentiel de sa vie de mineur et de militant dans la Loire mais il a vécu six ans en Haute-Loire où il est mort. Raymond Vacheron présente ce précurseur du syndicalisme. Avec sa brève histoire de l’hôpital d’Aiguilhe, Romain Guilloux, fait revivre cet établissement créé sous Adhémar de Monteil au XIe siècle, ce qui en fait un des plus anciens hôpitaux construits en France, et qui perdura jusque vers 1700.

  • LANGLOIS Denis : La politique expliquée aux enfants (et aux autres). 1 vol. br, 140 p, illustrations de Plantu, éd. SCUP, 7 €

Le livre « La Politique expliquée aux enfants (et aux autres)», illustré par Plantu et dont la toute première édition remonte à 1983, était devenu introuvable. En cette année 2017 très politique, Denis Langlois a décidé de le remettre à jour et de l’offrir gratuitement aux lecteurs. On pourra trouver le texte en intégralité, avec les illustrations sur le site La politique expliquée aux enfants. Depuis le 20 février 2017, il est également possible de se procurer la version papier du livre. Un libraire-éditeur militant, les éditions SCUP, a pris l’initiative de proposer le livre à un prix modique. Né en 1940, Denis Langlois réside à Chamalières, après avoir vécu durant plusieurs années en Haute-Loire. Il a été avocat au Barreau de Paris de 1968 à 1993 et il s’est spécialisé dans les grandes affaires pénales, notamment en défendant la famille Seznec dans ses demandes de  réhabilitation de Guillaume Seznec. Il est par ailleurs l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

  • LEFEBVRE Thierry, RAYNAL Cécile: Jules Mathivat, pharmacien minéralier à Châtel-Guyon. Réimpression en fac-similé. 1 vol. br, 66 p, illustrations, éd. Lacour-Ollé, coll. Rediviva, 10 €

► Peu après la guerre de 1870, afin de contrer la concurrence des stations thermales allemandes, le médecin parisien Adolphe Gubler attribua à chaque eau minérale française des vertus thérapeutiques spécifiques. Dès lors, Châtel-Guyon, modeste bourgade du Puy-de-Dôme, se spécialisa dans le traitement des troubles digestifs grâce à ses eaux capables de « purger sans douleur ». Au début du XXe siècle, Jules Mathivat, pharmacien saisonnier qui exerçait l’hiver en région parisienne et pendant la saison thermale à Châtel-Guyon, décida d’exploiter une source et de concentrer ses sels minéraux pour obtenir des pastilles laxatives. Après quelques années de conflit avec la Société des eaux minérales de Châtel-Guyon (qui contrôlait 21 sources du village en 1900), il parvint à réaliser un forage en 1909. Il obtint ainsi une eau richement minéralisée qu’il baptisa naturellement « Source Mathivat »

• MOULIER Pierre, MOULIER Pascale: Le Cantal insolite. Nouvelle édition.  1 vol. br, 192 p, illustrations en couleur, éd. de la Flandonnière,  28 €.

Une femme-loup, un bras qui soigne la folie, un corbillard philosophe, un chapelle creusée dans un rocher ou dédiée au devoir de mémoire, d’étrange quilles de cheminées, un puits miraculeux puis maudit, une statue vénérée à Murat et à Chicago… le Cantal n’est pas avare en curiosités ! Par le biais de l’insolite, nous voici invités à pénétrer au cœur d’une Haute Auvergne secrète, sauvage  et mystérieuse, loin des sentiers balisés et des attractions rebattues. Une façon intimiste d’apprendre à connaître ce pays tout en montagnes et en recoins, rétif au regard superficiel et qui ne se livre qu’à ceux qui l’aiment. Auteurs d’une dizaine d’ouvrages consacrés au patrimoine auvergnat, tant prospecteurs de terrain que fouilleurs d’archives, Pierre et Pascale Moulier ont arpenté avec passion les montagnes, les villages et les moindres hameaux du département. Ils nous livrent ici un florilège de leurs plus belles découvertes. Pierre Moulier est professeur de philosophie et dirige la revue « Patrimoine en Haute-Auvergne », véritable encyclopédie évolutive du département. Pascale Moulier est archiviste du diocèse de Saint-Flour, spécialiste du patrimoine religieux cantalien et présidente de l’association Cantal Patrimoine.

• MOYÀ-FREIRE  Aurélia : Cahier d’exil d’une adolescente espagnole (1939-1943). Avant-propos, appareil critique et postface de Rose Duroux, Célia Keren et Danielle Corrado. 1 vol. br, 114 p, éd. Presses universitaires du Midi, coll. Hespérides, 14 €.

Aurélia Moyà vient d’avoir 14 ans quand elle et sa famille traversent la frontière franco-espagnole, le 1er février 1939. La guerre d’Espagne touche à sa fin, le camp républicain a perdu. Commence pour Aurélia une longue pérégrination, des Vosges jusqu’en Normandie. Pour surmonter ces bouleversements, elle a un allié : son cahier, dans lequel elle rédige, jour après jour, ses « mémoires ». Malgré les déplacements incessants, la guerre, l’occupation et le travail à l’usine ou aux champs, Aurélia se bat avec une langue qui n’est pas la sienne, le français, pour consigner les faits marquants de sa vie en France et de celle de sa famille, de février 1939 à l’été 1943.  À la suite de ce récit inédit, une postface analytique met en lumière l’originalité de ce texte et ses apports à notre connaissance de cette séquence fondamentale de l’histoire contemporaine. Cette source, échappée par hasard à la destruction promise le plus souvent aux écritures ordinaires de soi, nous donne accès à une expérience personnelle de la rupture brutale qu’a provoquée l’exode de 1939 pour des milliers de personnes. Elle témoigne des efforts d’une adolescente prise dans les aléas de l’histoire pour retrouver le contrôle de son destin. Rose Duroux,une des auteures de l’appareil critique et de la postface est  professeure émérite de l’université de  Clermont-Auvergne. Elle  a consacré plusieurs travaux aux enfances en guerre et aux récits d’exil.

  • PAGIS René : Dans la salle des pas perdus. 1 vol. br, 204 p, éd. de Borée, coll. Histoire Documents, 18,90 €.

Fils de fermiers , René Pagis devient gendarme, monte les échelons et intègre la magistrature. Il y exerce les fonctions de juge d’instruction, juge des enfants et procureur de la République. Cette carrière hors du commun a donné lieu à bon nombre de rencontres et d’anecdotes que l’auteur relate dans un récit de mémoires. L’auteur évoque dans l’avant propos son parcours professionnel avant de partager avec le lecteur différentes anecdotes et moments forts qu’il a vécu dans la gendarmerie et la magistrature. Bien écrit dans un style enjoué et empli d’humour, René Pagis donne un point de vue intéressant du métier d’officier de gendarmerie et de magistrat à la fin du XXe siècle. Il relate des anecdotes souvent humoristiques et des rencontres parfois cocasses avec des personnes célèbres :François Mitterrand, Gérard Depardieu, Claire Chazal.Il partage son expérience de procureur sur l’affaire Agnès Marin violée et tuée par le jeune Matthieu Moulinas, affaire qui a donné lieu à un documentaire TV et à un livre Parents à perpétuité.

• TOURREAU Alain : Notre-Dame-du-Port, Clermont-Ferrand : un parcours commenté en seize points de découverte. 1 vol. br, 96 p, illustrations, éd. de Borée, coll. Visites guidées, 14,90 €.

Une récente campagne de restauration a rendu à Notre-Dame-du-Port son aspect du XIIe siècle. Vu d’un belvédère, le chevet se caractérise par une parfaite lecture des éléments intérieurs et une construction pyramidale très élancée. Un remarquable portail sculpté, rare en Auvergne, orne le flanc Sud. L’intérieur est célèbre pour ses remarquables chapiteaux présentant l’histoire d’Adam et Ève et celle de Marie. Une statue miraculeuse de la Vierge à l’Enfant est conservée dans la crypte sur son autel d’origine. Alain Tourreau est assurément l’un de ceux qui connaissent le mieux Notre-Dame-du-Port. Guide-conférencier pendant dix ans au fil des mots, il en dévoile toute l’histoire.

◘ GÉOGRAPHIE-GUIDES

  • AUZIAS Dominique, LABOURDETTE Jean-Paul : Auvergne 2017. 1 vol. br, 530 p, illustrations en couleur, cartes, plans, index, éd. Nouvelles éditions de l’Université, coll. Petit Futé – Guide de région, 9,95 €.

Terre d’histoire qui a toujours su garder son identité et sa culture, l’Auvergne méritait un guide précis, où seraient étudiés la région dans son ensemble, mais aussi les départements et les différents pays qui la composent. L’ouvrage s’organise autour de 3 points : une étude de la nature, des traditions et de la gastronomie auvergnates, abordée dans la rubrique »Invitation au voyage », une analyse ordonnée, « De lieux en lieux », des villes et des villages des différents départements, et enfin un catalogue pratique permettant aux visiteurs de préparer au mieux leur voyage et de se déplacer facilement en Auvergne.

• Balades nature dans les volcans d’Auvergne. Nouvelle édition. Illustrations de Jean Chevalier. 1 vol. br, 128 p, illustrations en couleur, cartes, éd. Belles balades éditions (Marseille), coll. Balade nature, 13,90 €.

Une promenade sur un massif volcanique, du Puy de Dôme au Cantal. C’est la traversée d’une région qui ne peut se découvrir qu’au travers d’itinéraires dévoilant la richesse de sa faune et de sa flore. Ainsi, il est possible d’observer des cerfs, ou encore un mouflon, introduit récemment dans le massif. Après la découverte du puy de Sancy, pourquoi ne pas aller faire une promenade désaltérante… à Volvic ! Ce guide propose aux lecteurs de découvrir les volcans d’Auvergne. A travers 11 parcours, ils pourront  connaître les mystères de ces immenses cratères en passant par le sentier du Puy de Cros, le panorama de Nonette, le plateau de Gergovie, le circuit des oiseaux et d’autres endroits aux noms poétiques. Au fil des pages, on trouvera  des balades illustrées de cartes IGN, les plus beaux sites présentés par des naturalistes passionnés, ainsi qu’un  guide pour identifier et mieux connaître les animaux de la région.

  • Le chemin de Stevenson : GR 70 : plus de 10 jours de randonnée (6ème édition). 1 vol. br, 128 p, illustrations n-b et couleur, cartes, index, éd. Fédération française de la randonnée –Chamina éditions, coll. Topo-guides GR, 16,20 €.

Il y a plus d’un siècle, le jeune écrivain Robert Louis Stevenson partait à pied à la découverte d’un pays inconnu en compagnie de l’ânesse Modestine, devenant ainsi le père de tous les randonneurs. Après son périple, il publiait son journal de route sous le titre « Voyage avec un âne à travers les Cévennes ». Nous vous convions à la découverte de l’intégralité du chemin de Stevenson, avec un départ du Puy-en-Velay et la visite de cette jolie ville. Cette randonnée itinérante de 14 jours sur le GR70 vous ravira tant par la variété des paysages du Massif central que par la qualité et la convivialité des hébergements que nous avons sélectionné. Le Chemin de Stevenson : les vastes plateaux volcaniques du Velay, les hautes terres rudes du Gévaudan, les croupes dénudées du mont Lozère, des crêtes et vallées de la Cévenne des Camisards… Autant de pays, autant de paysages et d’histoires ; une aventure sans cesse renouvelée au long des 252 kilomètres de ce périple dans les pas de Stevenson, où chaque jour « le voyage de demain vous emportera corps et âme vers quelque autre paroisse de l’infini ». (Des promenades à pied, R. L. Stevenson)

  • DESLAIS Pierre : L’Auvergne : Géographie curieuse et insolite. 1 vol. cart., 128 p, illustrations en couleur, éd. Ouest-France,14,90 €

Cet ouvrage propose une découverte de l’Auvergne et de sa géographie, en évoquant des faits incontournables ou méconnus de l’histoire régionale, souvent insolite.   Ses nombreuses illustrations, tirées des anciens manuels scolaires, rappellent l’époque de Paul Vidal de la Blache, le géographe qui fit suspendre les fameuses cartes murales dans toutes les classes primaires au début du siècle dernier. Toutes les informations, écrites par un géographe moderne, sont cependant actualisées, tordant parfois le cou aux idées reçues. L’ouvrage est divisé en quatre  parties : l’Allier, le Cantal, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme. Géographe et historien de formation, Pierre Deslais est enseignant dans ces deux matières. Avec cet ouvrage, il vise à instruire le lecteur tout en l’amusant pour lui apprendre une multitude d’informations, le tout avec une lecture toujours distrayante.

  • DESLAIS Pierre : Mon Atlas Auvergne Rhône Alpes. Illustrations d’Amélie Clément. 1 vol. relié,  32 p, illustrations en couleur, éd. Ouest-France,12 €

Ouvrage à destination des enfants de 6-9 ans, cet atlas est constitué de douze cartes illustrées permettant de découvrir les spécialités, les monuments, les attractions et les traditions de la nouvelle  région Auvergne – Rhône – Alpes. Il comprend  une grande carte de France en introduction et  une  carte pour chacun des 11 départements, ainsi qu’une cinquantaine d’illustrations par département sur les loisirs, la culture, l’histoire, la faune et la flore, …  L’illustratrice de cet atlas, Amélie Clément, est l’auteure de l’album jeunesse « Colonie de Vacances » (Petite Plume de Carotte, 2012). Elle a illustré « Mon atlas Bretagne », « Mon cahier de jeux Bretagne » et « Mon atlas Provence-Alpes-Côte-d’Azur » publiés par les  Éditions Ouest-France.

Guide du Routard Grand Clermont. 1 vol. br, 128 p, illustrations, cartes, plans, éd. Hachette Tourisme, coll. Guide  du routard France, 4,90 €.

La dynamique Clermont Ferrand est une destination incontournable pour les fans d’art avec sa formidable cathédrale en pierre de lave et sa basilique inscrite au Patrimoine mondial de L’Unesco. Située au pied de l’impressionnant Puy de Dôme, Clermont-Ferrand vous offre de belles échappées vers des paysages grandioses : du plateau de Gergovie et les côteaux du sud aux volcans de la chaîne des Puys, de la faille de Limagne aux contreforts du Livradois. Le guide comporte toutes les infos utiles pour découvrir le territoire, tous les bons plans pour profiter au maximum du séjour. Y figurent aussi  des adresses soigneusement sélectionnées sur le terrain , des anecdotes surprenantes et  des cartes avec les adresses positionnées.

  • Le pays de Craponne à pied : 16 promenades et randonnées. Nouvelle édition mise à jour. 1 vol. br, 64 p, illustrations en couleur, cartes, éd. Fédération française de la randonnée, Coll. Topo-guides PR, 9,70 €.

Situé au nord du département de la Haute-Loire, au cœur d’un vaste plateau granitique, le pays de Craponne est tout à fait remarquable par la diversité des paysages. Les herbages dominent l’espace agricole favorisant l’élevage bovin, principale activité des agriculteurs. Deux rivières, l’Ance et l’Arzon, serpentent au milieu de gorges profondes, paradis des pêcheurs de truites. C’est le pays du calme et de l’évasion, la pureté de l’air vous surprendra.

  • ROS Rémi : Le Cantal autrement . 1 vol. br, 211 p, illustrations en couleur, autoédition Rémi Ros (Montech),  21 €

► « Le Cantal autrement », est une invitation faire découvrir la région d’enfance de l’auteur. Rémi Ros, promeneur impénitent, fait la chasse aux lieux insolites et partage avec son lecteur ses découvertes les plus inattendues. À ceux qui se croient imbattables à propos des richesses de leur région, il démontre, images et textes à l’appui, qu’ils n’en ont rien vu ou si peu. Installés dans leurs habitudes, ils imaginent qu’ils connaissent les lieux où ils ont passé leur enfance, où ils se sont maintes fois rendus. Ce que leur propose l’auteur, c’est de renouer avec leur pays, de vivre une histoire d’amour commencée dès l’enfance. à ceux qui ne connaissent pas ce pays original et attachant, il offre le moyen de découvrir les richesses les plus secrètes du «plus grand massif volcanique d’Europe», «le seul département français à porter le nom de son fromage». Pour ce faire, Rémi Ros s’appuie sur une documentation multiforme : lectures, observation directe, et sur une iconographie aussi riche que variée.

• SEREIX Anthony, LABOURDETTE Jean-Paul, AUZIAS Dominique : Les chemins de Compostelle : la voie du Puy-en-Velay. Nouvelle édition. 1 vol. br, illustrations en couleur, cartes, plans, éd. Nouvelles éditions de l’Université, coll. Petit FutéThématique Guide, 9,95 €.

Le Petit Futé Chemins de Compostelle – Voie du Puy est un guide complet suivant la voie millénaire qui mène du Puy-en-Velay à Saint-Jean- Pied de Port. A travers les 29 étapes et les variantes d’un chemin parcourant la France, le Petit  Futé donne toutes les indications utiles aux pèlerins d’aujourd’hui pour cheminer en toute sérénité. Des indications uniques, comme le dénivelé de chaque étape, des indications pratiques, avec les hébergements de toutes les catégories (de l’accueil pèlerin aux chambres d’hôtes luxueuses), les monuments à voir et un «Journal de l’étape» qui retrace une journée de marche, ainsi que des indications insolites pour donner à chaque lecteur l’envie de partir sur ce chemin d’espoir et de lumière.

  • Volcan du Cantal : pays de Saint-Flour, Haute Auvergne : plus de 25 jours de randonnée. Nouvelle édition. 1 vol. br, 144 p, illustrations en couleur, cartes, éd. Fédération française de la randonnée, coll. Topo-guides GR, 15,70 €.

Avec un diamètre d’environ 70 km, le massif cantalien est l’un des volcans les plus importants d’Europe. Pics, monts et planèzes ont peu à peu pris la place de l’énorme volcan des origines. Du plomb du Cantal ou du Puy Mary, vous prendrez toute la mesure de cette région quasi montagneuse, devenue un immense pâturage d’altitude. Plus à l’Est, perchée sur son promontoire de basalte, Saint-Flour garde au travers de son évêché et de sa cathédrale le souvenir jaloux de sa prospérité passée. Elle est la porte qui permet d’accéder aux sommets aplanis et parsemés d’énormes blocs de granit de la Margeride, aux gorges de la Truyère et au vaste plateau basaltique de la Planèze. L’ouvrage donne la description des sentiers balisés, entretenus, sécurisés et il est adapté à la randonnée de plusieurs jours, sac au dos. Il apporte aussi les informations pratiques indispensables pour préparer son itinéraire : les étapes, les  hébergements, les moyens d’accès…

◘ DIVERS

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► LIMOUSIN

◘ LITTÉRATURE

• BORDES Gilbert: Le barrage. 1 vol. br, 320 p, éd. Presses de la Cité, 12 €.

► 2012, vallée de la Corrèze. Un projet de barrage vient troubler le paisible village de Saint-Geniez. Si les autorités espèrent redynamiser le pays en amenant de l’activité autour d’un immense lac de retenue, la création de l’ouvrage implique de noyer la moitié du bourg. Tandis que jeunes et vieux s’associent pour lutter contre l’engloutissement de leurs terres, de leurs maisons et de leur cimetière, Fabienne Marquet, une infirmière éprouvée par la vie, tombe sous le charme de François Belmas, l’ingénieur en charge des travaux… Mais Belmas est volage, Fabienne le sait : aucune femme n’a réussi à le retenir. Pourtant, comment combattre la force qui la pousse vers cet homme à qui rien ne résiste ?   Sans doute faudra-t-il des hasards et des erreurs, mais aussi l’intervention de Louise et Valentin, ses deux enfants, pour que la jeune femme reprenne goût à la vie et s’autorise enfin à vivre…

  • BORDES Gilbert : Chante rossignol. 1 vol. br, 290 p, éd. Presses de la Cité, coll. Romans Terres de France, 20,50 €.

L’histoire d’une solitude et d’un secret. Joseph, ivrogne invétéré, est un semeur d’embrouilles notoire dans son village de Corrèze. Personne ne connaît le secret qui l’a contraint à quitter sa fiancée Margot. Son amitié avec le petit Alexandre saura peut-être panser ses plaies… Un roman dédié aux humbles et aux oubliés. Il chantait bien, Joseph, tout le monde s’en souvient à Beaulieu-sur-Vézère. Et il avait fière allure au bras de sa promise Margot. Pourtant, un jour, soudainement, il s’est volatilisé et a parcouru toutes les mers du monde. Des décennies plus tard, il revient au village, en vieux loup de mer que rien n’a assagi ou presque. Seule son affection pour Alexandre, enfant désemparé après la séparation de ses parents, trouve une place dans son coeur fatigué. Exproprié de la Messonière, sa vieille demeure délabrée, Joseph se lance dans un projet pharaonique. Un peu pour clouer le bec à certains villageois, un peu pour épater Alexandre et surtout pour éblouir Margot qu’il n’a jamais oubliée. Car Joseph, le m’as-tu-vu, cache un secret qui a miné toute sa vie…

  • BRIEUC Michelle : La rancœur en héritage. 1 vol. br, 310 p, éd. Lucien Souny, coll. Souny Poche, 6,50 €.

À la mort de son père, pour échapper au destin misérable qui lui est promis et ne pas se soumettre à la règle du droit d’aînesse, le jeune Pôl décide, le cœur serré, de quitter la ferme et d’aller gagner sa vie. Pourquoi ne pas rejoindre les Johnnies et, comme eux, tenter de faire fortune dans le commerce des oignons ? Bravant toutes ses peurs, Pôl entreprend cet apprentissage qui le conduit vers les côtes d’Angleterre. Long sillon, sur terre et sur mer, que cette route des oignons cultivés en Bretagne. Et bouleversante leçon de vie au rythme des saisons chaotiques. Mais le garçon rêveur s’endurcit. Et bientôt il ne craint plus d’affronter les obstacles qui vont faire de lui un homme et lui permettre, l’heure venue, de revenir sur sa terre de rancœur pour reprendre, de main de maître, les rênes de l’exploitation familiale.Un roman de terroir poignant qui nous plonge dans la Bretagne et l’Angleterre du 19e siècle.

  • BUISSON Nelly : Les Simples de la Saint-Jean. 1 vol. br, 192 p, éd. Lucien Souny, coll. Le chant des pays, 16,50 €.

Le temps s’écoule délicieusement dans ce village verdoyant et pittoresque. Mais un jour, d’insolites phénomènes récurrents se produisent, ravivant les vieilles croyances, les rumeurs, et des histoires qu’on croyait à jamais enterrées. D’abord indifférent, Antoine, le jeune instituteur commence à se moquer ouvertement de ces affaires d’un autre âge, d’autant plus que le maire décide de faire intervenir Noël, « le sorcier » connu dans toute la région. Par chance, la découverte d’une grotte préhistorique vient détourner l’agitation grandissante et faire oublier momentanément les esprits facétieux. Seulement, dès sa première visite, Marc Caillaud, le talentueux archéologue dépêché sur le site, est confronté à une situation des plus étranges qu’il n’a connue sur aucun chantier de fouilles. Dès lors, les événements s’enchaînent, les langues se délient, les yeux tombent sur de si curieuses choses qu’il faudra en référer à la gendarmerie. Pourtant rien n’empêchera les amitiés de se nouer ni l’amour de triompher de tous les mystères. Une palpitante histoire où le désir, la fantaisie et la toute puissance de fraternité réconcilient avec la vie ! Institutrice à la retraite, Nelly Buisson vit à Saint-Martin de Fressengeas en Périgord Vert. Elle s’est prise au jeu de l’écriture, motivée par le succès qu’a rencontré son premier roman, » La Maison au bout du village ». Elle écrit comme elle peint, c’est-à-dire, par petites touches successives, qui avec le recul, donneront une histoire captivante et intrigante. Elle puise son inspiration romanesque dans toutes les histoires que ses grands-parents lui racontaient mais aussi, plus simplement, dans l’observation assidue de la vie et du quotidien des gens qui l’entourent !

  • CAMILLERI Robert : Le bon inspecteur Parianov. 1 vol. br, 224 p, éd. du Panthéon, 16,80 €.

Ce roman policier moderne qui allie à la fois le fictif et le vrai, l’historique et le présent, est attachant par son style et son suspense. Le lecteur s’identifie aux qualités et aux valeurs du personnage principal le bon inspecteur Parianov. L’auteur  met en scène une ambiguë affaire de meurtre dans le Cantal, département si cher à l’inspecteur et d’habitude si paisible. Un homme Fernand Faraud, un ancien maquisard résistant, qui avait fait ses preuves durant la guerre 1939-45, est retrouvé sauvagement assassiné. Peu d’indices, et pourtant une importante organisation semble à l’origine du crime. Cette affaire touche, à l’échelle mondiale, les domaines scientifique, technologique, de communication et gouvernemental.

  • DEMARS Michel : L’enfant de l’Angelière. 1 vol. br, 306 p, éd. Lucien Souny, coll. Souny Poche, 6,50 €.

Qui a bien pu racheter l’Angelière, cette maison de maître construite à l’écart, contre laquelle le panneau  » A vendre  » battait au vent depuis des lustres ? La question met toute la bourgade de Loriol en émoi et dénoue les langues. L’Angelière ne fut-elle pas jadis marquée par un sinistre destin ? Appelés sur place, le médecin et l’instituteur lèvent le voile : les nouveaux propriétaires ont un enfant atteint d’une grave maladie qui déforme son visage et doit être protégé des regards insistants et de la curiosité. C’est pour cela qu’ils ont choisi l’Angelière et viennent, à grands frais, de la restaurer. Mais les chasseurs qui, pour cause de tranquillité, se voient interdire l’accès au domaine ne l’entendent pas de cette oreille et l’approche des élections échauffe peu à peu les esprits. Bientôt, deux clans s’affrontent : d’un côté, celui du maire sortant et de l’instituteur séduit par l’intelligence et la sociabilité du petit infirme, de l’autre celui des chasseurs sous la conduite du coléreux Devaud. Lequel s’emporte et commet des exactions qui se retournent contre lui dans les urnes. Le jour du 14 juillet, alors que le village se retrouve pour la fête, un terrible orage éclate. Et, comme si les fantômes du passé revenaient soudain, l’Angelière est la proie des flammes…

 GASPARINI Robert: Les sanglots de l’été.  1 vol. br, 222 p, éd. de la Veytizou, 18 €.

Dans les années 1960, deux étudiants français, Claude et Jean-Pierre, découvrent l’Espagne, alors sous la dictature de Franco, à travers une petite ville d’Estrémadure. Sous le soleil ardent des étés de la péninsule ibérique, des liens d’amitié et d’amour se tissent au fil des années. Seulement voilà, il suffira d’une légère brise pour raviver les braises des la discorde, héritage douloureux de la Grande guerre… Robert Gaspérini, professeur agrégé d’espagnol, après voir enseigné à des générations de Brivistes, a entamé une carrière d’écrivain avec « La magie du Canal des moines ». « Les sanglots de l’été » est  son second roman.

• LOUTY Pierre: Adrien de la Combe aux loups. 1 vol. br, 316 p, éd. de la Veytizou, 20 €.

Noël 1898…À l’heure où Martin Nadaud, le plus célèbre des maçons creusois s’éteignait, un enfant venait au monde. Prénommé Adrien, il fréquente l’école de Soubrebost, découvre les carrières de granit du Compeix, les cascades d’Augerolles. À vingt ans,  désemparé, il quitte sa terre natale pour devenir charbonnier, à la lisière de la Grésigné, avant de rejoindre le chantier de restauration de la cathédrale d’Albi. En 1936, il s’établit à la Garette et sauve le Marais poitevin de l’oubli. C’est là qu’il croise Ernest Pérochon, instituteur et écrivain,  Edmond Proust, également  instituteur et syndicaliste, mais il y rencontrera aussi les soldats allemands de l’armée d’occupation.  Rejoignant la Résistance, il devient chef départemental du maquis corrézien et, à la libération, il s’installe aux abords du Chédal, là où il avait construit sa cabane.  Puis viendra le temps des lilas, synonyme pour lui de jours heureux en famille, non loin du Pont Saint-Martial, dans la cité des porcelainiers. Un parcours exemplaire d’un maçon de la Creuse devenu chef des Maquis corréziens et, enfin, le maître du Temps et de l’Eau… Pierre Louty, après avoir été instituteur et conseiller pédagogique,  a fondé les éditions de la Veytizou, il y plus d’un quart de siècle. Il  a publié plusieurs romans, des livres de souvenirs, ainsi que des ouvrages d’histoire, notamment sur la 2ème guerre mondiale et la Résistance en Limousin.

  • MORGON Alysa : La dernière transhumance. 1 vol. br, 192 p, éd. Lucien Souny, coll. Le chant des pays, 16,50 €.

Félicien et Élisée se connaissent depuis l’enfance. Devenus bergers, ils se retrouvent au moment des transhumances. Voilà trois étés, ils ont fait la connaissance de Barthé. Des liens si solides se sont noués entre eux qu’on ne pourrait imaginer les voir un jour se briser. Tous trois ballottés par leur famille, malmenés par la vie, mais diantrement attachés à leurs troupeaux, ils échafaudent sur l’alpage les rêves les plus fous pour se sortir de leur misère. Élisée, toujours joyeux et décidé, va un jour leur indiquer le chemin de la providence : la Californie… Un paradis lointain où d’autres bergers, à la tête d’imposants troupeaux, courent dans les immenses plaines, remplissant leurs poches de dollars, dit-on ! Bravant familles, peurs et incertitudes, ces garçons, certes courageux mais aussi passablement en déroute, embarquent pour l’Amérique, un pays dont ils ignorent tout. Un voyage au bout d’eux-mêmes, comme au bout de leurs forces et de leur témérité. Mais cette dernière transhumance sera-t-elle celle de l’espérance ou bien celle du tourment ? À moins qu’elle ne soit celle du bonheur, tout simplement ! Trois compagnons attachants qui font partie de ces six mille Hauts-Alpins partis tenter leur chance aux États-Unis comme moutonniers.

  • NIQUET Gilberte-Louise : Le médecin des pauvres. Nouvelle édition. 1 vol. br, éd. Lucien Souny, coll. Souny Poche, 6,50 €.

Blaise travaille dur. Veuf de sa première épouse, il s’efforce, avec son frère Nicolas, resté célibataire, de faire vivre la boulangerie qu’ils ont acquise ensemble. Mais un jour, Nicolas avoue : il vient de perdre au jeu et a dû revendre sa part chez le notaire. Désespéré, il va s’exiler en Amérique, conscient de laisser les siens dans un terrible embarras. Trahi, Blaise persiste. Il travaillera plus dur encore pour rembourser les traites mensuelles. Mais il veut aussi permettre à ses enfants de poursuivre des études et de s’en sortir. Son fils, Léonce, garçon particulièrement doué, ne deviendra-t-il pas un médecin des pauvres apprécié jusque chez les riches ? Et sa fille, la petite Yette, n’aura-t-elle pas un destin hors du commun ? Ecrivain de renom, Gilberte-Louise Niquet nous donne là bien plus que l’histoire d’une famille en proie aux coups durs de l’existence. Elle dresse le tableau des sociétés française et américaine à l’aube de la Belle Époque et nous montre, derrière la fascinante flambée du progrès, l’envers d’un décor, celui des métiers et de la peine.

  • PERLIER Guy : Histoires de tram. 1 vol. br, 160 p, éd. Les Monédières, 18 €.

Au fil des trajets de tram, la France occupée se dévoile et la vie ordinaire de chacun dépeint un quotidien fait de douleur et d’espoir. Quatre nouvelles traitant des différents aspects de la guerre durant l’Occupation allemande. Au travers de voyages en tramway traversant le Limousin, les personnages racontent leurs vies, leurs quotidiens. « Sous l’aile du maréchal » retrace l’histoire d’Hubert, engagé comme gardien dans un camp de travail. Au fil des voyages son uniforme lui pèse de plus en plus et devient un fardeau. « Les trois filles de la ligne 2 » nous plonge dans la vie de Gilberte, Yvonne et Marinette : entre marché noir, pension pour jeunes filles, résistance et amours interdits. « Oradour ne répond pas » L’un des séminaristes envoyés à Oradour au lendemain du massacre rentrent à Limoges durablement ébranlé dans ses convictions. Enfin, la ligne 1 relate « La rencontre » de Michel, enfant juif caché dans un tram pour échapper à l’école, et Jeantou, mécanicien retraité qui partagent pendant un court instant leur passion des tramways.

• PEYRAMAURE Michel: Le sabre de l’empire. Joachim Murat, roi de Naples. 1 vol. br, 386 p, éd Pocket, coll. Pocket Best, 7,40 €.

Le récit épique de la vie de Joachim Murat, fils d’aubergiste devenu roi de Naples.   Destin exceptionnel que celui de Joachim Murat (1767- 1815), dernier-né des onze enfants d’un aubergiste du Quercy qui, destiné à une carrière ecclésiastique, entra dans l’armée en tant que simple soldat et finit maréchal d’Empire et roi de Naples. Raconter la vie de Murat, c’est ranimer le souvenir de la geste napoléonienne tant ses exploits épousent l’histoire de la Révolution, du Consulat et de l’Empire. Première campagne d’Italie, campagne d’Égypte, Marengo, Austerlitz, Iéna, la Moskowa… Murat est de toutes les expéditions et se distingue par son courage et son intrépidité sur tous les champs de bataille. Charismatique et flamboyant, il faisait de l’ombre aux plus grands, y compris à son beau-frère, Napoléon Ier, qui reconnaissait pourtant en lui le meilleur  » sabre de l’Empire « . C’est au personnage fictif de Jean, orphelin recueilli par la famille de Murat, que Michel Peyramaure fait endosser le rôle de biographe de ce héros des plus romanesques.

  • RÉTIER Pierre : Le vent de neige. 1 vol. br, 290 p, éd. Lucien Souny, coll. Souny poche, 6,50 €.

Les yeux embués de larmes, Michèle Delauvergne roule vers Lussac. Sa douce et bien-aimée maman vient de mourir subitement. Commence alors la veillée funèbre au cours de laquelle, grâce au témoignage du notaire venu exprimer les dernières volontés de la défunte et au récit de sa tante Marie-Louise, Michèle va découvrir le secret de sa mère. En une nuit vont défiler les années d’une vie, les apparences, le mariage arrangé par les familles, l’autorité de la belle-mère au caractère haineux, et cette passion longtemps cachée pour Pierre Frémont dans les paysages sauvages et magnifiques du plateau de Millevaches. Il restera alors à Michèle, à l’issue des obsèques, à accomplir l’ultime geste d’affection envers Christine, en marchant vers le lieu mythique où, un jour, à la faveur d’un vent de neige, s’est noué entre deux êtres un amour éperdu, plus fort que les contingences et que la mort. Un roman bouleversant dans lequel l’héroïne, Michèle, va découvrir son histoire familiale sous une tout autre lumière. Auteur de plus de vingt romans, Pierre Rétier a été récompensé par le prix Panazô pour « Le Maître de l’eau », et par le prix Lucien Gachon pour « La Nuit des louves ».

• ROMAIN-RINGUIER Jean-Paul: Un moulin entre deux rives. Passions et intrigues au cœur du Limousin et de la Dordogne. 1 vol. br, 320 p, éd. City (Bernay), coll. Terre d’histoires, 17,90 €.

► Victor Couturier, 25 ans, solidement charpenté, décide de quitter ses montagnes du Limousin. Il trouve du travail à Saint-Léonard de Noblat, dans le moulin à papier de la famille Lignac. Victor se rend vite indispensable, mais des vols, des agressions, et une disparition secouent la région. Le jeune homme veut comprendre ce qui se cache derrière cette vague de violence. Mais on lui a confié aussi une autre mission : il se remémore chaque jour la prière de cette vieille dame âgée rencontrée chez lui, sur les bords de la Dordogne : « Ramène-la avant qu’il ne soit trop tard. »Qui Victor doit-il retrouver ? La belle Elisabeth, dont il est tombé amoureux ? Noémie la cuisinière, qui a pris Victor sous son aile ? Ou Pauline, une jeune fille muette et solitaire, qui possède des dons impressionnants…Jean-Paul Romain-Ringuier vit près de Limoges. Auteur de dix romans, il signe là une nouvelle saga aux personnages authentiques et forts. 

• ROMAIN-RINGUIER Jean-Paul: L’or blanc des carrières. Secrets de famille, passions et trahisons au cœur du Limousin.  1 vol. br, 320 p, éd. City (Bernay), coll. Terre d’histoires, 17,50 €.

1865. L’univers du kaolin n’a aucun secret pour le jeune Henri. Il passe ses vacances scolaires au milieu des carrières et des ouvriers, et Albine aux yeux envoûtants ne le laisse pas indifférent. Elevé par Maria, la servante du patron, il rêve de travailler sur le site. Mais un jour, le propriétaire de ces carrières est assassiné, et c’est son gendre qui le remplace. Un homme faible, dominé par ses pulsions, manipulé par son épouse. Obligé de fuir, Henri s’installe à Paris. Mais en secret, il rêve toujours de l’or blanc des carrières… Les événements inquiétants qui se succèdent au pays de la porcelaine, lui donneront-ils l’occasion de renouer avec son passé ? Qu’est devenue Albine, son amour de jeunesse ? Et quel est le secret jalousement gardé par Maria ?

  • SIGNOL Christian : Dans la paix des saisons. Livre en gros caractères. 1 vol. br, 360 p, éd. À vue d’œil, 21 €.

►Surmonter les séquelles d’une grave maladie, changer le cap de sa vie… A sa sortie de l’hôpital, Mathieu n’a qu’une idée en tête : quitter Paris, se réfugier dans le Quercy auprès de ses grands-parents qui l’ont élevé jusqu’à l’âge de douze ans. Rien n’a changé dans la petite maison à deux pas de la rivière où Paul et Louise luttent, chacun à sa façon, contre la marche d’un siècle qui les rejette. Le vieux maréchal-ferrant continue de forger des fers que personne n’achètera. L’ancienne sage-femme, qui a dû renoncer à exercer, s’est plongée dans la médecine des plantes. Porté par leur humanité généreuse, leur énergie farouche, leur obstination à être heureux malgré tout, Mathieu retrouve petit à petit la force, le courage et l’apaisement qu’il était venu chercher au pays de son enfance. L’amour et la sagesse de ces êtres qui lui sont chers vont lui permettre d’entrevoir la promesse d’une existence différente, plus féconde, d’un bonheur qu’il croyait à jamais perdu.  Avec ce beau livre, véritable hymne à la vie, Christian Signol s’affirme une fois encore comme un des grands romanciers de la consolation. Chez lui, l’espoir, le combat, et la victoire sur le destin qu’ils autorisent, sont toujours magnifiés par la splendeur du monde.

• SIGNOL Christian : Une année de neige. 1 vol. br,  éd. Retrouvées, coll. Lire en grand, 14,50 €.

Sébastien a dix ans et la leucémie menace sa vie. Malgré l’amour de sa mère, il n’a qu’une obsession : rejoindre dans le Lot ses grands-parents qui sauront éloigner de lui la peur et la mort. Il est sûr qu’au cœur de cette campagne qu’il aime tant, il pourra puiser l’énergie pour lutter contre la terrible maladie qui l’affaiblit chaque jour davantage. Dans la petite ferme familiale, Sébastien oscille entre les périodes de découragement et le plaisir des joies simples, dans l’enchantement toujours renouvelé de la nature et de ses secrets. Son grand-père ne lui a-t-il pas raconté que l’hellébore, éphémère  » rose de Noël  » qui fleurit sous la neige, possède des pouvoirs magiques qui pourraient lui apporter la guérison tant espérée ?

  • TABOURY Daniel : Le triton du diable. 1 vol. br, éd. Lucien Souny, coll. Souny Poche, 6,50 €.

L’homme vit reclus. Tel l’oiseau nocturne, il ne quitte sa maison qu’au crépuscule. D’aucuns prétendent avoir aperçu son ombre fuyant à leur approche. D’étranges manifestations ajoutent encore au mystère, et la peur ancestrale de l’étranger resurgit lorsqu’une salamandre, animal mythique aussi appelé « triton du diable », est inexplicablement gravée sur une roche. On parle de mauvais sort, car dans ce coin désertifié, l’angoisse impalpable chemine avec la rumeur. Au-delà d’une intrigue romanesque originale, l’auteur peint avec une sensibilité sans concession un monde rural à la fois hostile et attachant. Cette histoire conduit sur les traces d’un vieil homme, dernier témoin obstiné d’une société paysanne traditionnelle sacrifiée sur l’autel de la modernité. Daniel Taboury a fait le choix à la fin des années 70 de s’installer à la campagne, dans sa Creuse natale. Sans doute pour vivre près des eaux et des poissons, – une passion déterminante – et prendre son temps pour concilier son métier d’enseignant avec l’écriture. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages sur la pêche et les poissons (nouvelles, essais..). Tout récemment, il a signé « Le Dico insolent de la Pêche » (2015). Plusieurs romans ont été publiés aux éditions Lucien Souny, dont « Les Noces de copeau », et « À contre-courant ». » Le Triton du diable »  avait fait l’objet d’une première publication en 2000.

• VANDEVIVERE Claire : Trois Week-ends en famille. 1 vol. br, 224 p, éd. Lucien Souny, coll. Le chant des pays, 17,50 €.

À soixante ans, Audrey et Alain décident de quitter Bruxelles pour s’installer en Normandie avec leur benjamin, Nico. Parce qu’ils aiment l’endroit et qu’ils veulent arracher leur adolescent à ses mauvaises fréquentations. Leurs trois autres enfants vivent ailleurs, en Belgique et en France. Les parents ont deux souhaits : réunir toute la famille dans leur nouvelle maison à l’occasion de leur anniversaire de mariage et voir leur progéniture s’épanouir dans la vie… Heureusement qu’Audrey pratique la méditation et qu’Alain peut s’évader dans ses sculptures, car c’est mal parti ! L’aînée est abandonnée par son mari, la cadette est en burn-out, le grand frère se rend en catimini à l’étranger et le plus jeune s’enfuit de la maison. Dans un style frais, moderne, empreint d’humour et de légèreté, Claire Vandevivere explore l’entrelacs des relations de couples, des rapports familiaux et générationnels, des particularités culturelles. Une histoire au réalisme détonnant, qui plonge le lecteur dans un univers bouillonnant d’énergie et d’euphorie. Claire Vandevivere est échevine – élue locale – à Jette, l’une des dix-neuf municipalités de Bruxelles. De l’écharpe à la plume, du discours au roman, elle signe ici son premier livre.

  • VAREILLAUD Jean : L’impossible vérité. 1 vol. br, 306 p, éd. des Monédières, 19 €.

À vendre maison isolée à 10 kilomètres de Guéret. Beau potentiel. Prévoir travaux importants. Beau terrain avec arbres fruitiers. En achetant cette maison, Jean-Michel et Roseline B, s’attendaient à des surprises, des bonnes et des mauvaises jusqu’à ce que Jean-Michel tombe sur un os… Intrigués, ils décident de rencontrer, Ernest Patureau, l’ancien propriétaire pour le questionner. Celui-ci, il leur fait cette réponse laconique : – Faut pas creuser petit, faut pas… Faut pas… Jean-Michel et Rosine vont mener l’enquête et découvrir, au gré des rencontres avec ce vieux monsieur tour à tour grincheux ou cordial, l’étonnante histoire de la famille Patureau. Un beau roman de terroir sur la transmission et la générosité entre génération. Un jeune ménage fait revivre une vielle ferme et s’intéresse au passé des habitants de la bâtisse qu’ils viennent de racheter et qu’ils rénovent. Découvertes étonnantes et indices troublants vont émailler leur parcours et les conduire à mener l’enquête auprès de l’ancien propriétaire qui, peut à peut, leur dévoilera l’histoire particulière liée à cette maison, son histoire.  L’auteur, Jean Vareillaud se passionne pour l’écriture de romans dédiés à sa région de prédilection, le Limousin, et plus particulièrement la Creuse, sa terre natale. Son  treizième roman nous entraîne à la manière d’un roman policier dans la vie d’un petit paysan limousin et de sa famille au sortir de la guerre et dans les années cinquante.

• VARENNE Antonin: Équateur. 1 vol. br, 340 p, éd. Albin Michel, 20,90 €.

États-Unis, 1871. Pete Ferguson est un homme en fuite. Il a déserté l’armée durant la guerre de Sécession et il  est recherché pour meurtre dans l’Oregon, mais aussi pour vol et incendie dans le Nebraska.  Sous le nom de Billy Webb, il est embauché par des chasseurs de bisons qu’il quitte après un différend sanglant. Il croise alors la route de Comancheros qu’il suit jusqu’au Mexique, d’où il s’embarque pour le Guatemala… Quoi qu’il fasse, où qu’il aille, Pete attire les problèmes et fait les mauvais choix. La violence qui l’habite l’éloigne toujours plus de ceux qu’il aime : son frère Oliver, resté au ranch Fitzpatrick avec Aileen, Alexandra et Arthur Bowman. C’est une femme qui changera son destin, une Indienne Xinca chassée de sa terre natale. Pour la sauver, il fera échouer une tentative de coup d’état. Ensemble, ils iront jusqu’à l’équateur dont Pete a fait son Graal et où il pense que les forces régissant ce monde s’inverseront enfin…Après une maîtrise en philosophie, Antonin Varenne a parcouru le monde, avant de poser ses valises en Creuse : Islande, Mexique… La Guyane et l’Alaska sont les deux derniers pays en date qu’il a découverts. 

VITTÉ Louis Olivier : Le secret des trois sœurs. 1 vol. br, 400 p, éd. de Borée, coll. Terre de poche, 7,50 €.

Dans un village du Limousin, sur les rives de la Dordogne, au lendemain de la Grande Guerre…  Trois sœurs, Adélaïde, Emeline et Marie, tiennent une auberge de bonne réputation. Il n’est pas un client, – voisin, gabarier -, qui ne se rêve patron aubergiste, choyé par ces excellentes cuisinières, d’humeur égale et… célibataires, même quand l’arrivée de deux voyageurs, ingénieurs, potentiels rivaux, vient perturber les habitudes des fidèles. Un matin d’hiver, pourtant, l’établissement ferme. Comme chaque année, à la même époque, les sœurs disparaissent quelques semaines durant, laissant voyageurs et villageois presque orphelins. Où et pourquoi partent-elles ainsi sans rien dire ? Tous sont torturés par le doute et la jalousie…  Louis-Olivier Vitté signe le portrait tendre de trois femmes décidées à vivre leurs rêves en toute liberté, à une époque charnière qui voit l’émancipation de millions de femmes. 

◘ HISTOIRE

• AMBROISE-RENDU Anne-Claude, CHAUVAUD Frédéric (sous la direction de) : Machination, intrigue et résolution – Une histoire plurielle de la préméditation. 1 vol. br, 254 p, éd. Pulim, coll. Constellations, 20 €.

En 1898, consacrant sa thèse de doctorat à la préméditation, l’avocat Henri Legrand notait l’absence d’ouvrages existant en France sur la question et ajoutait que la nécessaire modernisation du Code imposait de réfléchir à la pertinence de cette notion. Cet appel, demeuré sans écho, invite à rouvrir le dossier pour analyser les théories, suivre les pratiques et s’interroger sur les discours qui accompagnent la prise en compte de la préméditation et les enjeux qu’elle mobilise. Car ce qui n’est pas exactement une spécificité française n’est pas non plus une réalité universelle : la Grande-Bretagne et les États-Unis ne tiennent pas compte de la préméditation dans l’évaluation des crimes, tandis que le Pérou et le Mexique, s’ils l’admettent, n’en font pas une circonstance aggravant les pénalités. Nombreux sont les juristes, les psychologues et les criminologues qui ont insisté sur la nécessité de prendre en compte la durée pour mieux comprendre l’infraction – crime ou délit – et en évaluer précisément la gravité. Dès les années 1930, ces spécialistes distinguent trois étapes : la phase psychologique, la phase préparatoire qui peut être plus ou moins longue et qui correspond à la préméditation, et la troisième et dernière phase, celle de l’exécution. De manière plus pragmatique, des lexicographes considèrent que la préméditation est tout simplement une « décision prise d’avance ». Or, en posant la question de la préméditation, c’est moins le crime que l’on examine que l’individu et l’énigme du passage à l’acte, suggérant que la prise en compte de la préméditation permettrait de distinguer plusieurs catégories de criminels, les « professionnels » et les « occasionnels ». C’est à ces questions, qui sont d’une actualité toujours criante, que ce livre se propose de répondre en les inscrivant dans le temps long, du XVIe siècle à nos jours, et en multipliant les approches afin de saisir la préméditation entre les discours et les pratiques.

•CATINOT-CROST Laurence: Limoges en 100 dates. 1 vol. br, 120 p, biblio, éd. Alan Sutton, coll. Une ville en 100 dates,12 €.

Dans la lignée « La Corrèze » et de  « l’Auvergne en 100 dates », « Limoges en 100 dates »  fait revisiter l’histoire de cette belle ville d’où sont partis beaucoup d’événements qui ont chamboulé l’histoire économique de la France. C’est par exemple la naissance de la C.G.T. à Limoges. Limoges s’appelait la ville rouge, car c’était une ville ouvrière d’où sont parties beaucoup de revendications, de grèves. Limoges était un foyer de contestataires et de personnes qui voulaient améliorer leurs conditions de vie. L’expression «se faire limoger» vient de Limoges, bien sûr. Avec plus de 50 livres à son actif, Laurence Catinot-Crost a un beau palmarès d’écrivain-historienne. 

  • COUSSEAU Vincent, GABAUDE Florent, LE BERRE Aline (sous la direction de) : Jeanne politique – La réception du mythe de Voltaire aux Femen. 1 vol. br, 312 p, éd. Pulim, coll. Espaces humains, 22 € .

Jeanne d’Arc, figure sans visage aux cents visages, est une « légende vivante » (Michelet) dont Napoléon et Schiller ont fait l’incarnation de la nation en armes, un symbole depuis lors sans cesse revivifié autant que martyrisé par les médiations historiographiques, littéraires, filmiques, populaires ou commerciales et les factions militantes qui s’en disputent l’héritage. Ce parcours de météore alliant la jeunesse, le charisme, l’intrépidité à une mort précoce et imméritée, la gloire à la déréliction, fascine autant qu’il dérange. Cet ouvrage analyse comment le mythe de Jeanne d’Arc s’est forgé et a évolué au cours des siècles jusqu’à aujourd’hui, à travers des réalisations artistiques, des manifestions publiques, des prises de positions politiques ou idéologiques, oscillant entre hommage et satire, panégyrique et stigmatisation, récupération et déconstruction.

  • FORGET Philippe : Labeur, conscience et vérité : Alfred Leroux (1855-1921), archiviste et historien protestant. 1 vol. br, 380 p, illustrations, biblio, éd. Pulim, coll. Rencontre des historiens du Limousin, 29 €.

Jusqu’à aujourd’hui, on pouvait penser que la vie d’Alfred Leroux (1855-1921) avait été aussi austère que le travail auquel il s’est consacré aux Archives de Limoges d’abord, dans sa retraite de Bordeaux ensuite. Mais ce « géant de l’érudition limousine » (R. Chanaud) n’était pas seulement l’archiviste-historien aussi compétent que discret dont il a laissé l’image, et c’est un tout autre visage qui se dévoile ici pour la première fois : opposé dès l’adolescence à son milieu familial, ce converti protestant et républicain convaincu, moraliste intransigeant, n’aura cessé d’être tourmenté par le milieu érudit de Limoges, qui l’accepte mais ne le tolère pas, l’arrogance du milieu parisien, qui le connaît mais ne le reconnaît guère, la turpitude découverte au coeur du protestantisme limougeaud aussi, le sectarisme des extrêmes enfin. A partir de quelques lettres retrouvées et d’un manuscrit inédit, l’auteur a patiemment élargi ses recherches pour finalement reconstituer le portrait d’un homme porté par la passion du savoir et de la vérité, aux prises avec l’histoire intellectuelle, religieuse et politique de son temps.

• FOURNIER Jacques René: Notre village : témoignages.  1 vol. br, 305 p, éd  Pages libres du Limousin, 20 €.

C’est un village limousin comme tant d’autres. Il vit, gai, accueillant, bien qu’il ne puisse plus exhiber sa partie haute au bord de la grande route. En effet, rançon de l’évolution des temps, l’hôtel-restaurant, l’auberge, le maréchal-ferrant, le poste à essence, la cabine téléphonique publique ont été emportés par l’appétit vorace de l’automobile. Alors l’auteur et ses compagnons originaires de ce hameau – dont certains ne l’ont jamais quitté – se souviennent… C’est original, surprenant, cocasse mais aussi émouvant et parfois instructif. Cependant, si riche et si passionnant que soit son passé, l’âme de ce hameau, en intégrant une saine nostalgie, perdure avec bonheur dans un renouvellement harmonieux. Cette histoire est aussi un hommage rendu à tous les villages de nos campagnes qui, depuis des siècles, constituent la trame vivante et fertile de notre nation.

• IPPOLITO Marguerite-Marie : Une terre aux racines chrétiennes : le Limousin. 1 vol. br, 100 p, éd. l’Harmattan, 12,50 €.

Les Limousins ont des racines chrétiennes, héritage du Moyen-Âge. Saint Martial, saint Eloi, les ostensions, les Croisades, les papes d’Avignon, les nombreuses églises romanes, sans oublier les œuvres d’art attestent de ce sens du sacré, aujourd’hui encore profondément ancré, comme en témoignent leurs traditions et coutumes. C’est donc à un tour d’horizon de la chrétienneté des Limousins que nous invite ici l’auteur.

LEYGONIE Marcel : Ce jour qui changea le cours de ma vie. Souvenirs d’un ancien nez noir1 vol. br, 64 p, éd. de la Veytizou, 7,50 €.

Fils de paysans modestes, né à Seilhac, au cœur de la Corrèze,  en 1927, Marcel Leygonie  est devenu tulliste, après 3 années d’insouciance. Apprenti à la Manufacture d’armes de Tulle, il avait à peine 17 ans quand les S.S. de la sinistre division  Das Reich surgissent dans Tulle qui venait d’être libérée par les Francs-Tireurs du colonel Kléber. C’était le 9 Juin 1944… Les SS qui anéantiront dès le lendemain le village d’Oradour, rassemblent tout le monde dans la cour de l’usine. L’auteur va vivre la tragédie des pendaisons : 99 malheureux  conduits à la mort et exécutés les uns après les autres par des S.S. en furie. Marcel Leygonie, qui a  échappé de peu à la déportation et a pu rentrer chez lui, n’oubliera jamais ! Témoin de son époque, il livre ici le meilleur de ses souvenirs.

  • PERLIER Guy, DELARBRE Hélène : Oradour-sur-Glane. Préface de Camille Senon. 1 vol. br, 54 p, illustrations n-b et couleur, biblio, éd. La Geste éditions, coll. Tout comprendre, 4,90 €.

► Il s’agit ici de donner au plus grand nombre des bases de connaissance utiles à une réflexion éclairée. Le lecteur trouvera dans cet ouvrage court mais d’une densité originale tous les éléments clés qui permettent d’appréhender l’essentiel des événements du massacre, leur contexte et leurs prolongements : la fouille des décombres, le choix de la préservation des ruines et de la construction du nouveau village, le procès de Bordeaux, les traumatismes et les conflits qu’il a engendrés. Il sera aussi confronté à la question essentielle de la préservation de la mémoire portée par les derniers témoins et le Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane dans « le tumulte meurtrier du monde » actuel… La réflexion proposée ici est prolongée par l’oeil de la photographe, familière du site et apte à saisir la détresse humaine dans la dureté des pierres. 

• RÉSAL Jacques, ALLORANT Pierre (sous la direction de) : La demeure de l’ambition – L’ascension d’une famille bourgeoise vue à travers les lettres des femmes (1814-1914). Préface de Geneviève Haroche-Bouzinac . 1 vol. br, 445 p, biblio, index,  éd. PULIM, coll. Matière et histoire, 26 €.

► Si le mode de vie des failles bourgeoises a su attirer l’attention des historiens, l’originalité consiste ici à saisir l’ascension d’une lignée de médecins et d’ingénieurs du Morvan au XIXe siècle. À partir d’un corpus exceptionnel de lettres de femmes, un miroir est tendu à l’ambition de ces femmes qui portent l’ambition scolaire, intellectuelle et professionnelle de leurs époux, fils et frères, tout en assumant la gestion de la demeure. Contribution à l’histoire de la conjugalité, de la maternité et de la sororité, ce recueil de correspondance intime exprime les sentiments de ces femmes, leurs frustrations, leurs déceptions, leurs peines, mais aussi leur affections et leurs loisirs, leurs plaisirs et leurs jours en Bourgogne, de Louis XVIII à Clemenceau.

◘ GÉOGRAPHIE-GUIDES

◘ DIVERS

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► NIVERNAIS – BOURGOGNE

◘ LITTÉRATURE

• DESVIGNES Lucette: La parole est d’argent. 1 vol. br, 110 p, éd. de l’Armançon, 13,50 €.

► Recueil de nouvelles mettant en scène les compromissions au quotidien de l’âme humaine. Lucette Desvignes est Docteur ès lettres (Paris, 1970), agrégée d’anglais. – Ancien professeur d’histoire du théâtre et de littérature comparée. – Romancière. Elle a abrégé sa carrière universitaire (universités de Lyon et de Saint-Etienne) pour se consacrer à l’écriture. En France, on connaît surtout ses romans (deux sagas, huit romans en tout…pour l’instant, neuf bientôt), mais aux USA, on a édité et traduit son théâtre et ses nouvelles. Ses œuvres sont nombreuses et touchent des lecteurs très divers : sa première trilogie « Les Mains nues » (Mazarine), superbe roman qui l’a consacrée, ses publications universitaires et, tout dernièrement, la présentation du grand peintre Pierre Leygonie, montrent que Lucette Desvignes passionne et étonne toujours.

• ÉMERY Jean: Petits bonheurs perdus. 1 vol. br, 104 p, éd. de l’Armançon, 13,50 €.

« Vous vous souvenez, mes petits gars, les soirs d’été sous le lilas, ce qu’on était bien ! » dit grand-mère par delà le temps, à l’auteur de ces souvenirs d’enfance. À la manière d’un impressionniste, Jean Émery peint, par petites touches, la vie simple d’une famille morvandelle entre 1931 et 1945. Des petits riens qui peuplent les journées et rythment l’enfance de l’auteur. Laissez-vous aller à la nostalgie et dégustez ces « Petits Bonheurs perdus », une madeleine à la main…Jean Émery a passé son enfance a la Grétaude, près de Moulins-Engilbert, chez ses grands-parents. C’est à l’âge de la retraite qu’il s’est mis à 1’écriture, avec « Enfance nivernaise » et « Un apprenti dans la ville ». On lui doit aussi « Dans le jardin de grand-père » et « Le Puits de la Marie du Paul », toujours dans ce style simple et poétique qui le caractérise.

• FAUCONNIER Alain: Les eaux noires de la Bérézina. 1 vol. br, 184 p, éd. de l’Armançon, 18,50 €.

Novembre 1812, retraite de Russie, l’obstacle de la Bérézina. Pierre de Cernay et ses cousins, tous trois officiers de la Grande Armée, vivent l’un des épisodes les plus épiques et cauchemardesques de notre histoire. Le froid traversant, la faim obsédante et le harassement des troupes viendront à bout des rêves de grandeur de chacun d’entre eux. Malgré tout, Pierre et ses cousins n’oublient pas qu’ils recherchent Virgile, le meurtrier de leur tante assassinée à Chalon-sur-Saône deux ans plus tôt… Avec ce souci du détail qui le caractérise, Alain Fauconnier s’attache à faire revivre les actes de bravoure collectifs aussi bien que les cruautés individuelles. Le lecteur, happé, se surprend à avoir faim et froid dans les bourrasques de neige avec les héros de cette fresque dantesque. Alain Fauconnier a la passion de l’histoire et il  aime la faire partager en se consacrant a l’écriture de romans historiques dans le strict respect des événements et des mentalités du moment, tout en restant au niveau des acteurs, aussi humbles soient-ils. 

• LEBERT Karine: Les demoiselles de Beaune. Préface de Michel de Decker. 1 vol. br, 400 p, éd. Presses de la cité, coll. Romans terres de France, 20,50 €.

Au XVe siècle, pour enterrer son douloureux secret, Balbine de Joinville va lier son destin à celui des hospices de Beaune. Un drame réaliste et sensible mêlant la petite et la grande Histoire. Toute petite déjà, Balbine de Joinville aimait se promener dans les venelles de Beaune. Là, elle pouvait observer l’édification des hospices – les plus beaux de toute la Bourgogne ! – et rêver d’y prodiguer, un jour, des soins aux malades. Mais, en 1454, si la jeune fille choisit de s’enfermer en ces lieux, l’année de ses dix-huit ans, c’est pour enfouir son drame et sa honte. Elle y reste toutefois par passion pour les herbes médicinales. Une passion qui nourrit un talent de thérapeute apprécié du médecin Maric Lambert. Ce dernier, veuf inconsolable, ne cache pas son attirance pour cette soeur hospitalière au lourd secret… Pendant un demi-siècle, le destin tumultueux de Balbine de Joinville s’entremêle à celui des hospices de Beaune à leur apogée, comme les fils de laine d’une tapisserie chatoyante, tableau fidèle de la vie quotidienne d’alors.

• LE GOFF Loïc: Rouge campagne. 1 vol. br, p, éd. de l’Armançon, 18 €.

►  Venu chercher le repos dans sa maison de famille à Saint-Loup-leVieux, Hervé Malgorn ne s’attendait pas à retrouver le village de son enfance sens dessus dessous, suite à la mort violente de plusieurs de ses habitants. Ces meurtres sont-ils liés? S’agit-il d’un tueur en série? Et pourquoi Raymond, le vieil ami d’Hervé, souhaite-t-il lui parler? La police piétine et les journalistes envahissent Saint-Loup-le-Vieux, semant le trouble chez les villageois. Dans la chaleur étouffante de l’été, l’atmosphère devient de plus en plus pesante.  L’évocation sensible du Bas-Morvan nivernais où les hommes et la terre ont une histoire  commune, une écriture efficace, font que le lecteur ne peut se défaire du livre jusqu’à la  dernière page. Rouge Campagne est le premier roman de Loïc Le Goff. Né en 1948, Loïc Le Goff, après des études de lettres, a effectué, à travers l’Europe, un long service civil de plus de trois ans. Il y met un terme pour travailler dans la presse et la publicité puis revient à ses engagements premiers dans le mouvement social aux côtés de l’abbé Pierre. Il aura d’importantes responsabilités à Poitiers, Nevers, Toulouse où il mènera de front un combat contre l’exclusion et des missions humanitaires dans le Tiers Monde. Il est l auteur de « Compagnons de l abbé Pierre », paru aux éditions Bayard. Aujourd’hui à la retraite dans l’Allier, il se partage entre bénévolat et écriture.

• MÉNY Didier: Les vies oubliées. 1 vol. br, 120 p, éd. de l’Armançon, 15 €.

► Qui est Marc dont la mémoire s’est enfuie ? Que trouvera-t-il dans sa quête d’un passé qu’il croyait englouti ? Qu’est devenue Hélène chassée par la violence et la haine ? D’une guerre à l’autre, d’une terre à l’autre, de paysages en odeurs, de drames en bonheurs, des destins se croisent, des vies s’écrivent, s’inventent et se cherchent dans le temps chahuté d’une mémoire incertaine. Roman de l’oubli et du souvenir, Les Vies oubliées nous dit aussi la violence de vivre, les gestes simples, les amours et les drames d’une famille qui traverse le siècle. Didier M