PATRIMOINE : MARCELLIN DESBOUTIN, À L’HONNEUR, AU MUSÉE ANNE DE BEAUJEU

MISE À JOUR: 6 NOVEMBRE 2018

contact: allier-infos@sfr.fr

 

DU 20 OCTOBRE 2018 AU 15 SEPTEMBRE 2019

AU MUSÉE ANNE-DE-BEAUJEU, À MOULINS

MAB

• Après Trajectoires kanak, histoire de voyages en Nouvelle –Calédonie (4 septembre 2017 – 16 septembre 2018), le Musée Anne-de-Beaujeu présente, du 20  octobre 2018 au 15 septembre 2019 une nouvelle exposition intitulée Marcellin Desboutin, à la pointe du portrait. Entre l’emprunt des différentes œuvres exposées, la conception de l’exposition et de la scénographie, ainsi que la rédaction d’une monographie illustrée de 200 pages, il aura fallu au moins deux ans aux responsables du Musée Anne-de-Beaujeu, Maud Leyoudec sa  conservatrice  en tête, pour mettre sur pied cette exposition : “ Depuis mon arrivée, en 2004, je voulais consacrer une grosse exposition à Desboutin, a confié cette dernière au quotidien régional.  L’objectif, c’est de réhabiliter un artiste bourbonnais qui a côtoyé les plus grands Impressionnistes, et qui n’est pas mis en valeur dans les musées parisiens. À Moulins, on cherche à mettre sur le devant de la scène des artistes moins connus, comme on l’a fait avec Rochegrosse. On prend plus de risques que les musées de la capitale”.

MD Autographe

• À la suite de la présentation détaillée de cette exposition, on pourra, grâce aux recherches menées par Maurice Sarazin, partir à la découverte des racines bourbonnaises et limousines de celui qu’on a parfois qualifié de  “Rembrandt français”.

 

• GENÈSE D’UNE EXPOSITION

D’EXCEPTION

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• Depuis les années 1970, le musée Anne-de-Beaujeu, à  partir d’un noyau constitué au 19ème  siècle et avec le soutien du ministère de la Culture, a mené une politique d’acquisition ambitieuse afin de se  positionner comme un défenseur de l’art académique français (1848-1914), un art longtemps mésestimé pour ne pas dire méprisé, dont les  principaux représentants étaient les  Gérôme, Meissonier, Laurens et consorts…Depuis 2004, des expositions ont contribué à mieux faire connaître ces artistes et à valoriser certaines facettes de leur art.

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L’absinthe, tableau de Degas

• Pourquoi, dans ces conditions, s’intéresser à Marcellin Desboutin ? C’est d’abord  grâce aux portraits qu’ Edgar Degas et  Édouard Manet firent de lui que l’artiste bourbonnais doit d’être passé à la postérité. Homme de grande culture, admirateur de Rembrandt, ouvert aux courants artistiques modernes, peintre-poète autant que peintre-graveur, Desboutin apparaît comme un artiste de contrastes, insaisissable et singulier. Avec Marcellin Desboutin, à la pointe du portrait, exposition  rétrospective, le musée Anne-de-Beaujeu  propose aux visiteurs  de mieux cerner le parcours atypique d’un artiste aux vies multiples : après avoir vécu en grand seigneur à Florence, il s’est retrouvé, une fois ruiné,  contraint de travailler, à 50 ans passés. Bien qu’il ait été étroitement mêlé au jeune courant impressionniste, il est resté néanmoins à l’écart de ses recherches et il a su  conserver un style qui lui est propre dans une technique de gravure, la pointe sèche, dont il est devenu maître incontesté. Selon Alexandre Page, commissaire scientifique de l’exposition, Marcellin Desboutin estinsaisissable, indépendant. Il n’a jamais appartenu à une école, à un courant particulier, malgré les amitiés qu’il entretenait avec leurs représentants. Ni aux impressionnistes. Ni au Symbolisme”. C’est sans doute ce qui explique que son nom  ne soit pas passé à la  postérité, contrairement à ses amis artistes.

• Au delà de son style propre, Desboutin est aussi un “personnage qui vécut plusieurs vies. Dans ses nombreux autoportraits, il se représente comme un marginal. Le roi des bohèmes. Ce personnage a pris le dessus sur l’œuvre”, rappelle Alexandre Page. Il n’en reste pas moins que son œuvre présente un grand intérêt car “elle permet de comprendre la sociologie d’un artiste au XIXè siècle, les réseaux qu’il entretient avec les marchands d’art, les éditeurs dont il a fait le portrait”.

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Marcellin Desboutin,  peint par Édouard  Manet

• Bourbonnais par sa  naissance et par sa famille (voir l’article de Maurice Sarazin à la suite de cet article) , Marcellin Desboutin, avait offert, de son vivant, un autoportrait au futur musée Anne-de-Beaujeu. Depuis plus d’un siècle,  les conservateurs successifs se sont évertués  à enrichir ce fonds Desboutin. Il regroupe aujourd’hui 103 œuvres, mêlant peintures, estampes, dessins et photographies. À l’occasion de l’exposition, cet ensemble a été enrichi d’une centaine d’œuvres qui ont été  prêtées par de grands musées et des collectionneurs privés. L’exposition présente également des portraits de Desboutin réalisés par ses amis, comme ceux d’Edgar Degas ou de Gaston La Touche

• Dans la lignée des précédentes, cette nouvelle exposition se veut interactive avec, notamment, un parcours enfants mêlant dessin animé, écran tactile, manipulations. Dans la section Portraits et autoportraits, une boîte à selfies permettra à  chacun d’immortaliser son passage par l’exposition ! Un livre  – catalogue, richement illustré et coédité avec les éditions Faton a été publié pour l’occasion. Enfin,  un programme culturel varié entre visites commentées, cycle de conférences, ciné-conférence, visites musicales et concerts, ateliers de gravure, permettra aux visiteurs de prolonger leur rencontre avec Marcellin Desboutin.

 

•  ENTRE FLORENCE, PARIS ET NICE,

 UNE VIE D’ARTISTE RICHE EN PÉRIPÉTIES

 

DESBOUTIN Maison natale
La maison natale de Marcellin Desboutin, à Cérilly

◘ UNE VIE DE GRAND SEIGNEUR

À L’OMBRELLINO

CERILLY
Le bourg de Cérilly

• Marcellin Desboutin est  un “enfant du pays”, né à Cérilly en 1823. Issu d’une famille de la bourgeoisie bourbonnaise, il a d’abord fait des études de droit avant de bifurquer vers l’art. Il a pu bénéficier de  l’enseignement d’Antoine Étex et de Thomas Couture, qu’il a délaissé au profit de l’étude solitaire  des œuvres de Rembrandt, de Frans Hals ou de  Rubens… Grâce à l’argent dégagé de la vente de ses propriétés bourbonnaises, il s’installe en 1854 à Florence, dans la magnifique villa dite de l’Ombrellino. Il y vit en grand seigneur, collectionnant  et faisant le commerce d’œuvres d’art.

Ombrellino jardin et parc
Les jardins de l’Ombrellino
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La terrasse de l’Ombrellino

• Il y reçoit avec faste des célébrités et des artistes de l’époque. “Rendez-vous à six heures au café Doney, pour aller chez monsieur le comte Desboutin. Bel effet de soleil couchant. Nous arrivons à travers prés et vignes. Parfaitement reçus par Monsieur et Madame, nous montons ensuite sur le haut de la maison d’où la vue est splendide et complète. Nous descendons à la galerie de tableaux mais il ne fait plus clair. Monsieur et Madame nous invitent à déjeuner sur l’herbe…Je reviendrai”, écrit un de ses visiteurs,  Edmond Guillaume en  juillet 1857.  Dans cette vie insouciante, son activité se disperse entre  dessins, peintures, gravures et l’écriture de poèmes et de pièces de théâtre. Il s’adonne aussi à la copie. La légende rapporte qu’un de ses passe-temps favoris était de faire le portrait de ses hôtes,  à la pointe sèche ? Ceux-ci pouvaient ainsi repartir ravis en emportant ce magnifique souvenir !

◘  LE “PRINCE DES BOHÈMES

ENTRE BATIGNOLLES ET MONTMARTRE

MD 3• Mais en 1871, après deux décennies de cette vie de cigale, Desboutin se retrouve  ruiné et il lui faut se résoudra à contenter ses créanciers en vendant son palais florentin. Un épisode rapporté par Armand Sylvestre : “ Le notaire était ahuri de voir un homme aussi romantiquement vêtu, parler d’une telle somme avec une superbe qui frisait le dédain. Mais nous ne fûmes pas moins surpris que lui, quand Desboutin nous apparut sur cet acte authentique, où il avait signé avec nous, pourvu d’une baronnie et d’un nom illustre dont il ne nous avait jamais parlé. Le malheureux tabellion se croyait de plus en plus dans une féerie, et les petits clercs ricanaient comme si cela n’eut été qu’une grande mystification. Quand on nous demanda nos professions, Manet me dit à l’oreille : “ N’avouons pas que nous sommes artistes, on ne nous prendrait pas au sérieux !”Il se déclara donc propriétaire aisé et moi, pour ne pas demeurer en reste, je me dénonçai : rentier à son aise. Ayant repoussé d’un coup de pied son dernier lopin d’opulence, Desboutin sortit de l’étude avec une crânerie de matamore et fit au café Guerbois, en notre compagnie, une entrée comparable à celle d’Agamemnon dans ses États”.

MD 1• Il lui faut dire adieu  au soleil de l’Italie et à la vie  insouciante et généreuse qui a été la sienne.  Avec sa jeune épouse et ses enfants, il s’installe alors  à Paris, d’abord  dans un atelier installé au fond d’une   une cour des Batignolles. On est bien loin de l’univers florentin :  “Un artiste, nommé Desboutin, que je ne connaissais pas, a apporté chez Burty, jeudi, deux ou trois portraits à la pointe-sèche : des planches suprêmement artistiques. Je les ai admirées, ces pointes-sèches !” écrit Edmond de Goncourt dans son Journal, en février 1873, avant d’ajouter : “ Il m’a offert de me graver, et rendez-vous a été pris. Je vais le trouver aux Batignolles avec Burty. L’atelier est dans la cour d’une grande cité ouvrière, bruyante de toutes les industries du bois et du fer. Il est construit en planches mal jointes, que recouvrent au-dedans d’immenses tapisseries rapportées d’Italie, représentant La mort d’Antoine, La construction de Carthage, et mettant au mur, en leurs verdures fanées, dans une couleur haillonneuse, un monde pâle et effacé de guerriers farouches à l’apparence spectrale. D’un côté du mur, la vieille tapisserie fait portière d’une autre pièce, dans laquelle on entend des cris d’enfant. Et partout sur le ton sordide et jaunâtre de la laine déteinte, pendant à des clous, des châssis montrant sur les genoux et les bras d’une mère, des nudités d’enfants, de petits ventres, de petits culs au coloris rose et gris des esquisses de Lepicié : l’étal d’une chair, dans laquelle on sent les entrailles d’un peintre-père. Et partout dans l’atelier sont épars des joujoux, et du linge reprisé. Marcellin Desboutin va ensuite élire domicile sous les toits de Montmartre. À cinquante ans, il lui faut se mettre à l’ouvrage avec acharnement, pour pouvoir simplement  subsister.

◘ DANS LE CERCLE

DES IMPRESSIONNISTES

MD 2•  Par chance, sa forte personnalité autant que la qualité de ses gravures le font rapidement remarquer de ses pairs. Il devient un ami de Camille Pissarro, de Stéphane Mallarmé, de Pierre Puvis de Chavannes ou de Henri Fantin-Latour et  il  gravite autour du cercle des artistes impressionnistes.Il rencontre Émile Zola qui le décrira ainsi en 1889 : “ J’ai connu Marcellin Desboutin chez Manet, il y a longtemps déjà, une quinzaine d’années. C’était une inoubliable figure, l’évocation d’une de ces puissantes et intelligentes têtes de la Renaissance, où il y avait de l’artiste et du capitaine d’aventure. Et l’âge a eu beau venir, l’homme n’a pas vieilli. Il a gardé à soixante sept ans, ce masque tourmenté d’éternelle vigueur Mais ce qui me toucha d’avantage, ce fut que chez Desboutin, sous cette allure d’ancien chef de bande, il y avait un travailleur acharné, un artisan convaincu et d’une absolue bonne foi”.

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Autoportrait (1889)

• En quelques années, à force de travail, son talent de graveur lui permet de se faire un nom. Sous sa pointe, défilent les grands des arts et des lettres,  qui sont aussi, la plupart du temps, ses amis. Il immortalise ainsi Gustave Courbet, Alexandre Dumas, Eugène Labiche, Berthe Morisot, Auguste Renoir, Paul Verlaine… Il exécute également des portraits de commande comme celui du Pape Pie IX et quantité d’études peintes de membres de son entourage,y compris   ses propres enfants. Étroitement mêlé au jeune courant impressionniste – il participe à la deuxième exposition du groupe en 1876. Il se tient toutefois à l’écart de leurs recherches et parvient à conserver  un style  qui lui est propre dans la pointe sèche, devenant un maître incontesté de cette technique. C’est en 1875 qu’Édouard Manet peint L’Artiste. Portrait de Marcellin Desboutin, à propos duquel il dira : “Je n’ai pas eu la prétention d’avoir résumé une époque mais d’avoir peint le type le plus extraordinaire d’un quartier. J’ai peint Desboutin avec autant de passion que Baudelaire”. En 1879, Marcellin Desboutin  réalise “Homme à la pipe”, son célèbre autoportrait, dont Huysmans dira : “L’allure est magnifique de puissance. Cette tête qui vous regarde, en fumant sa pipe, respire et s’anime, et elle est exécutée avec une carrure !… ”

◘ NICE, LA DERNIÈRE ÉTAPE

DESBOUTIN Autoprtrait 2• En 1880, nouveau changement de vie… Il abandonne le succès parisien pour  s’installer à Nice où il entreprend de reproduire à la pointe sèche les “Fragonard de Grasse”, cinq planches dont chacune lui aura demandé une année de travail. Cet ultime projet est largement salué par ses contemporains. En 1895, il est fait chevalier dans l’ordre de la légion d’honneur. Désormais reconnu et admiré, Marcellin Desboutin  travaille sans relâche jusqu’à sa mort  survenue en 1902. À cette date, il laisse plus de 2 000 peintures et au moins 300 gravures, auxquelles il faut ajouter d’innombrables dessins. Ce qui ne l’empêchera pas de tomber dans une oubli relatif, dont cette exposition entend bien le tirer définitivement.

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Marcellin Desboutin récapitule ses « états de service”, en vue de l’attribution de la légion d’honneur (© Archives nationales)

• MARCELLIN DESBOUTIN

EN  10 DATES CLEFS

 ► 1823

Naissance à  Cérilly (Allier).

► 1845 

Après le petit séminaire d’Yzeure (Allier) et un cursus en droit, il se forme auprès de deux grands artistes parisiens, Antoine Étex et  Thomas Couture

► 1849 

Séjourne à Issoire (Puy-de-Dôme) et voyage dans toute l’Europe.

► 1854 

S’installe dans un palais florentin, l’Ombrellino,  où il reçoit pendant dix-sept ans de nombreux amis artistes.

► 1870 

Sa pièce de théâtre, Maurice de Saxe, est jouée à Paris.

1871

Ruiné, il séjourne à Genève puis dans le quartier parisien de Montmartre.

► 1877 

Le musée de Moulins lui achète un premier  tableau Le Violoniste.

► 1893 

L’État lui commande une gravure.

► 1895 

Il  est promu au grade de chevalier de la Légion d’honneur.

► 1902 

Décès à Nice, sans être jamais revenu en Bourbonnais. Une première exposition rétrospective de ses œuvres  est organisée à Paris.

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© Dossier de presse – Musée Anne-de-Beaujeu

• LA POSTÉRITÉ DE DESBOUTIN…

AU – DELÀ DES PORTRAITS DE DEGAS ET DE MANET

• De nos jours, Marcellin Desboutin reste davantage connu du public comme modèle que comme artiste. Les portraits réalisés par ses illustres amis ont contribué à forger cette figure romanesque de la bohème montmartroise. C’est le cas pour le tableau d’Edgar Degas intitulé  Dans un café ou L’Absinthe , conservé au musée d’Orsay. Autre exemple, celui de  L’Artiste – Portrait de Marcellin Desboutin peint par Édouard Manet, exposé au musée d’art de Sao Paulo. Pour corriger cette image trop partielle de sa vie, plusieurs auteurs se sont intéressés à son parcours, en lui consacrant livres et articles.

la-curieuse-vie-de-marcellin-desboutin-1922-clement-janin• Après le catalogue de l’exposition de 1902, il a fallu attendre 1922 pour que Noël Clément-Janin lui consacre  une première biographie intitulée La Curieuse Vie de Marcellin  Desboutin. Il concluait ainsi : “Il n’en faut pas davantage pour faire inscrire son nom au Temple de Mémoire et l’adjoindre à la liste brève des  graveurs dont on doit se souvenir”.  Celle-ci, fut bien suivie en 1923 par une première grande exposition rétrospective du maître bourbonnais, mais, contrairement à ce que Clément-Janin avait écrit, elle ne déboucha pas sur une meilleure reconnaissance et une plus grande notoriété de l’artiste.  Sur le site BnF Gallica, on peut consulter également un article du même Clément Janin, Desboutin à l’Ombrellino, publié dans la revue Renaissance de l’art français.

41BfZrM0-ML._SL500_SX318_BO1,204,203,200_• En 1985, c’est le Bourbonnais  Bernard Duplaix qui s’est pris de passion pour l’artiste, rédigeant un essai intitulé Marcellin Desboutin. Prince des Bohèmes. Plusieurs revues l’ont également mis à l’honneur. C’est le cas d’Aline Berna avec, »Marcellin Desboutin, prince des bohèmes » (Allier Généalogie, n° 117, 2017), ou de Jacqueline Fontséré auteure de « Marcellin Desboutin » (Revue du Louvre, n°6, 1972). Les Cahiers Bourbonnais ne pouvaient pas  non plus ignorer l’enfant de Cérilly. Jacques Lougnon  a rendu un “Bref hommage à Marcellin Desboutin” (n° 179, printemps 2002), tandis que, dans le même n° Maurice Sarazin a  retracé les étapes de sa vie avec un article intitulé « Marcellin Desboutin, Cérilly 1823 – Nice 1902« .

• On pourra également consulter le catalogue de la galerie Paul Prouté (74 rue de Seine à Paris). Il est entièrement consacré à Marcellin Desboutin et il a été mis en ligne en 2017.

 

• MARCELLIN DESBOUTIN 

ET LE MUSÉE DE MOULINS

UNE LONGUE HISTOIRE COMMUNE

 • C’est en 1877, à l’issue d’une exposition des beaux-arts qui se tient à Moulins, que Marcellin Desboutin a fait son entrée au musée la ville qui  décide de lui acheter Le Violoniste. C’est la toute première fois qu’un musée se porte acquéreur d’une de ses  toiles. Celle-ci  occupe une place importante dans la production de l’artiste puisqu’elle avait été présentée à Paris,  au Salon de 1874, puis à la deuxième exposition impressionniste, en  1876.

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© Dossier de presse – Musée Anne-de-Beaujeu

En 1896, au terme de l’exposition des beaux-arts de Moulins dans laquelle Marcellin Desboutin était représenté par trois œuvres, l’artiste décida de faire don au musée d’un touchant autoportrait. Par la suite, les différents  conservateurs se sont attachés à enrichir la collection Desboutin, qui compte aujourd’hui  103 œuvres. Si l’essentiel est composé de peintures et d’estampes, le fonds recèle aussi  des dessins et des photographies. Neuf estampes et dessins  ont été récemment achetés avec le concours de l’État et de la Région. Le musée a également bénéficié de dons, comme celui  d’un ensemble d’œuvres fait par la famille de journalistes, d’éditeurs et d’imprimeur, Crépin-Leblond. Ces œuvres avaient été offertes par Desboutin à Marcellin Crépin-Leblond.

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© Dossier de presse – Musée Anne-de-Beaujeu

• Avec  la peinture La Bonne Bête (1882), qui  a été déposée à Moulins par le Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, le musée Anne-de-Beaujeu détient la collection de référence de cet artiste, que ce soit par  le nombre ou par la qualité des œuvres rassemblées. De quoi  mener à bien cette rétrospective qui permet de souligner les différents univers artistiques dans lesquels Desboutin  a évolué

• UN LIVRE POUR ACCOMPAGNER

ET PROLONGER L’EXPOSITION

 • Marcellin Desboutin (1823-1902). À la pointe du portrait,  c’est aussi le titre d’une monographie  tirée à 2 500 exemplaires, qui accompagne et prolonge l’exposition. Elle est coéditée par le Musée Anne-de-Beaujeu et les éditions Faton, installées à Dijon.  Ces dernières sont spécialisées depuis plus de quarante ans dans la publication de revues culturelles et éducatives notamment dans les domaines de l’histoire de  l’art, de l’archéologie, de  l’histoire et de la culture générale. On leur doit aussi  de nombreux beaux livres et  catalogues d’expositions.

Z DESBOUTIN• D’un format portrait (29 cm X 21 cm), l’ouvrage compte 200 pages et il renferme 214 illustrations. Il est prolongé par une bibliographie et un index riche de plus de 350 entrées. Il est proposé au public au prix de 29 €.  Ses auteurs se sont attachés à présenter un Desboutin “débarrassé des prismes déformants et des oripeaux dont il s’était affublé, comme un artiste de contrastes, insaisissable et singulier” Et de préciser : “C’est cette identité originale que se propose d’appréhender cette étude, en abordant, d’abord, le parcours atypique de l’homme, né dans la grande bourgeoisie, ruiné à cinquante ans, devenu graveur et peintre de métier sur le tard pour finalement obtenir un Grand prix à l’exposition universelle de 1900. Il s’agira également de s’intéresser aux choix artistiques et esthétiques de Desboutin qui a su se créer une identité plastique, et cela en ne s’éloignant que très rarement d’un genre bien particulier : le portrait. « Voilà de l’art qui ne copie personne », (écrira)  Joséphin Péladan dans La Décadence esthétique en parlant de l’art de Desboutin. Rapproché tour à tour de Rembrandt, Vélasquez, Frans Hals ou Zurbarán, puis de Manet, Degas, Roybet ou Willette, il fut tous et aucun d’entre eux, devenant sous les plumes croisées d’Armand Silvestre et de Clément-Janin, le très étrange « Rembrandt des Batignolles ».(Alexandre Page)

Marcellin_Desboutin_-_Autoportrait• Pour mener à bien la réalisation de ce livre, six auteurs ont uni leurs talents et leur connaissance de l’art en général et de Marcellin Desboutin en particulier. Romuald Féret, docteur en histoire, a participé à l’enquête sur le théâtre de 1789 à 1813 dans le cadre du projet Therepsicore. Il a publié, en  2009, Théâtre et pouvoir au XIXe siècle. Dominique Lobstein, ancien responsable de la bibliothèque du musée d’Orsay, est aujourd’hui un historien de l’art indépendant. Il poursuit ses recherches sur les manifestations artistiques, la critique et les collectionneurs français de la période 1848-1914. Maud Leyoudec, conservatrice du patrimoine, est chargée des collections beaux-arts et arts décoratifs du musée Anne-de-Beaujeu. Dans ce cadre, elle a participé au projet d’ouverture de la Maison Mantin et elle poursuit actuellement le réaménagement du parcours permanent du musée. Laura Lombardi, historienne de l’art, vit entre Florence et Milan, où elle est professeur de phénoménologie de l’art contemporain. Elle s’intéresse aux rapports entre Italie et France dans l’art et la critique d’art au XIXe siècle. Alexandre Page, docteur en histoire de l’art contemporain, a consacré sa thèse au graveur-illustrateur Léopold Flameng (1831-1911). Il poursuit actuellement ses recherches sur la gravure et l’illustration dans la seconde moitié du XIXe siècle.  Jean-Didier Wagneur s’est d’abord consacré à la création et à la sélection scientifique de Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. Il a publié en 2012, en collaboration avec Françoise Cestor, Les Bohèmes, écrivains, journalistes, artistes. Il collabore régulièrement aux pages livres de Libération.

• ONZE MOIS D’ANIMATIONS

AUTOUR DE L’EXPOSITION

MD PROG CULTURELLE

• VISITES COMMENTÉES

ET ATELIERS

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► Infos pratiques:  L’exposition est visible au musée Anne-de-Beaujeu, place du Colonel-Laussedat, à Moulins, jusqu’au 15 septembre 2019. Tél. 04.70.20.48.47. Elle est ouverte du mardi au samedi, de 10 à 12 h et de 14 à 18 h . Les  dimanches et jours fériés, elle est ouverte au public  de 14 à 18 heures. Fermeture  les 25 décembre et 1er janvier. Plein tarif : 5 € – Tarif réduit 3 € – Entrée  gratuite pour les moins de 16 ans.

Sources: Cet article de présentation  de l’exposition a été rédigé à partir du dossier de presse établi par les services du musée Anne-de-Beaujeu, disponible sur le site du musée.

 

• REVUE DE PRESSE…

AUTOUR DE L’EXPOSITION

• L’exposition  Marcellin Desboutin a suscité et devrait susciter de nombreux articles, notamment mais pas seulement, dans la presse régionale. Vu du Bourbonnais mentionnera dans cette rubrique Autour de l’exposition ceux qui sont directement accessibles sur Internet.

La préparation et la mise en place

de l’exposition

Marcellin Desboutin, la face cachée de l’expositionLa Montagne).

Un Degas prêté  pour quatre mois 

par le Musée d’Orsay

M.Desboutin u. L.Lepic / Gem.v.Degas - - Desboutin, Marcellin-Gilbert

• Le musée Anne-de-Beaujeu a obtenu,  pour quatre mois, le prêt d’une œuvre d’Edgar Degas, intitulée Portrait du graveur Desboutin et du graveur Lepic.  Cette huile sur toile de format paysage , datant de 1876, devrait attirer de nombreux  amateurs de peinture impressionniste, dont  Edgar Degas fut l’un des plus illustres représentants. On y voit Marcellin Desboutin aux côtés de Ludovic Lepic (1829-1889). Seul regret pour Maud Leyoudec,  conservatrice du musée Anne-de-Beaujeu : ne pas avoir pu emprunter le célébrissime tableau L’Absinthe, du même Degas, sur lequel on peut également voir Marcellin Desboutin. Explication: la toile  ne peut en aucun cas être prêtée pour des expositions car elle fait partie des œuvres “incontournables” du musée d’Orsay.

Un Degas exposé pour quatre mois au Musée Anne-de-Beaujeu (La Montagne).

◘ Quatre bonnes raisons d’aller voir l’exposition

Quatre bonnes raisons d’aller voir l’exposition Marcellin Desboutin (La Montagne): “Pour découvrir un artiste qui a côtoyé les plus grands de son époque. Pour admirer des œuvres prestigieuses… Pour la muséographie originale… Pour son aspect pédagogique et sa  muséographie adaptée au jeune public”….

MAURICE SARAZIN

 

LES RACINES BOURBONNAISES ET LIMOUSINES

DE MARCELLIN DESBOUTIN ET DE SA FAMILLE.

À Sornac (Corrèze), sur le plateau de Millevaches, on peut encore voir le château de Rochefort – propriété privée – construit sur un éperon rocheux au XIIIe siècle, reconstruit au XVIe siècle. Il fut le siège d’une baronnie qui appartint d’abord à la famille de Comborn, puis aux Chauveau de Balesnes, originaires de Felletin. Jean Chauveau, mort en 1546, était un bourgeois de cette ville et  c’est probablement lui qui fit restaurer le château.

SORNAC Rochefort
Le château de Rochefort , à Sornac (Corrèze)

• La baronne Anne Marie Chaveau de Balesnes de Rochefort, née le 23 septembre 1743, épousa, le 30 septembre 1767, Jean-Baptiste Farges de Siryreyx, qui devint en 1792 maire de Sornac. Cette même année 1792, le 20 février, à Cérilly, leur fils, Claude Ignace Farges de Rochefort, né en 1768, vint se fixer en Bourbonnais par le mariage qu’il contracta,- alors qu’il était colonel de la garde nationale du canton de Sornac –  avec Marie Jeanne Petitjean, fille de Pierre Lazard Petitjean, notaire, et de défunte Catherine Billaud.  Ce mariage fut  célébré par l’abbé Marchand, curé de Cérilly, en présence de : Jean-Baptiste Giron, chef du bureau des contributions du district de Felletin ; Barthélemy Méténier, homme de loi de Cérilly ; et deux cousins issus de germain de l’épouse : Claude Lazard Petitjean, juge de paix de Bourbon-l’Archambault, et Pierre Lazard Billaud, homme de loi de Souvigny ; ainsi que d’autres parents et amis dont les signatures se trouvent à la fin de l’acte.

• Les époux Farges de Rochefort/Petitjean eurent trois enfants :

► 1°- Pierre Lazare Marcellin Farges de Rochefort, né le 21 décembre 1792 à Saint-Sulpice (Corrèze), qui, le 28 février 1821, à Vallon-en-Sully, alors qu’il était propriétaire à Rochefort, commune de Sornac (Corrèze), épousa Marie Louise Sophie Raby Lalande, née à Cérilly le 1er mai 1804, fille de Pierre Charles Raby Lalande et d’Anne Sophie Petitjean, née en 1778, décédée le 31 août 1804 à Cérilly.

► 2°- Jean-Baptiste Émile Farges de Rochefort Sirieyx, né en1795, qui épousa en 1824, Madeleine Zénaïde Coinchon de la Palainaudière ; leur fils unique, Pierre Émile Farges, baron de Rochefort Sirieyx, se maria en 1855 avec Octavie de Chabannes la Palice, née en 1834 à Chézy, fille d’Hugues Jean Jacques « Frédéric » Gilbert de Chabannes la Palice (1792-1869), possesseur du château de Lapalisse ; ainsi,cette famille d’origine bourgeoise et de petite noblesse s’unit-elle à une famille de très ancienne noblesse.

►3°-  La baronne Anne Sophie « Dalie » Farges de Rochefort.

• Celle-ci, née à Sornac le 22 mars 1800, épousa à Sauvagny, le 16 septembre 1822, un militaire, Barthélemi Desboutin. Il était né à Sauvagny le 11 novembre 1791, du mariage de Gilbert Desboutin, marchand fermier et propriétaire, et de Magdeleine Balanger ; le parrain était son oncle maternel, Barthélemi Balanger, lui aussi marchand fermier et propriétaire, représenté par Jean Desboutin, oncle paternel ; la marraine: Anne Desboutin, sœur germaine de l’enfant. L’acte de naissance était signé du seul Desboutin et du curé Nivelon. Cette famille  semble avoir été de condition relativement modeste, celle de petits propriétaires terriens.

DESBOUTIN Maison natale

Barthélémi Desboutin servit dans les gardes du corps du roi Louis XVIII. En 1822, il était lieutenant de grenadiers. Cette unité, divisée en plusieurs compagnies, faisait partie de la Maison militaire des rois sous l’Ancien régime et la Restauration. Le poète et homme politique Alphonse de Lamartine (1790-1869) en avait fait partie en 1814 ; de même que le paysagiste Paul  de Lavenne de Choulot (1794-1864), né à Nevers, et qui dessina de nombreux châteaux dans l’Allier. Remarquons que les beaux-frères de Desboutin – les deux frères de son épouse – servirent aussi dans les gardes du corps du roi : Pierre Lazard Marcellin : dans la compagnie de Grammont ; Jean-Baptiste Émile dans celle de Raguse, et il était lieutenant de cavalerie en 1814.

Cosne Petiti Bois

• C’est du mariage Desboutin/Farges de Rochefort que naquit, le 26 août 1823, à Cérilly un fils, Marcellin Desboutin, et une fille, Louise Virginie, le 18 janvier 1828. Les époux Desboutin s’installèrent à Cosne-sur-l’Œil où ils firent construire dans le style néo-gothique un château en brique et pierre sur l’emplacement d’un autre château très ancien. La construction fut terminée par la famille du comte Chaptal de Chanteloup. Au recensement de 1841 à Cosne on trouve inscrits à Petit Bois : Barthélemy Desboutin, propriétaire : Dalie Rochefort, sa femme ; et trois domestiques : Antoine Fremet, la veuve Marguerite Senat et Louise Bonnichon.

Barthelemi Desboutin mourut (par suicide) à Cosne le 16 septembre 1842. Son épouse s’installa ensuite à Clermont-Ferrand, où elle mourut le 29 avril 1870, en son domicile, place d’Espagne. Son décès fut déclaré par Marcellin Jean-Baptiste Louis Raoul Dubuisson, propriétaire, âgé de 22 ans, petit-fils de la défunte : c’était l’un des trois enfants de sa fille Virginie Louise, mariée en 1847 à J.-B.Dubuisson, et décédée à Versailles le 6 janvier 1852.

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Vue de Florence en 1845 (La Magasin pittoresque)

• Après avoir fait des études au collège d’Yzeure, qu’il acheva à Paris au collège Stanislas en 1841, Marcellin Desboutin avait fait son droit, mais il s’était ensuite orienté vers l’art. Il était entré  en 1847 dans l’atelier du peintre Thomas Couture (1815-1879), peintre d’histoire, connu pour son tableau « Les Romains de la décadence (1847). Le 13 janvier 1854, à Londres, il épousa la veuve d’un pharmacien d’Issoire, Justine Gaultier de Biauzat, qui lui donnera cinq enfants, dont l’aînée, Marie, née vers 1854, épousa vers 1871 William Stewart Egerton Brackken (1849-1887) ; elle  mourut le 16 septembre 1900 à Bad Nauheim (Allemagne) et fut inhumée le  22 septembre suivant à Florence. De ce mariage étaient issus trois enfants, tous nés à Florence, alors lieu de résidence de Marcellin Desboutin, en 1875, 1878, 1882. Celui-ci y vécut 17 ans, puis son épouse étant décédé en 1873, il vendit sa propriété  et finalement revint en France, à Paris.

• C’est à la mairie du 9ème  arrondissement, que le jeudi 22 février 1877, à l’âge de 53 ans, il se remaria avec une Italienne, Domenica Téresa Bellardi, 35 ans, demeurant avec lui, 21 rue Bréda. Ce mariage entraîna la reconnaissance et légitimation de deux fils : Andrea Filippo Marsilio, né à Florence le 1er septembre 1870, dit Mycho, qui se fera connaître comme auteur dramatique et mourra en 1937; et Pierre François, né à Paris (9e) le 13 novembre 1873, dit Tchiquine, décédé en 1951. Les témoins étaient :Paul Louis Valentin, artiste peintre, 38 ans, Armand Paul Bernard Sylvestre, homme de lettres, 38 ans, Frédéric Pierre Wagner, artiste peintre, 33 ans et Herold Dumas, négociant, 28 ans. Deux autres enfants naquirent de ce second mariage, dont Jeanne Françoise (1880-1962).

 

• MARCELLIN DESBOUTIN,

VU PAR ARMAND SYLVESTRE

 

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Armand Sylvestre (1837-1901)

• Né à Paris en 1837, fils de magistrat, Armand Sylvestre entra à l’École polytechnique dont il sortit en 1859 officier du Génie. Puis il se consacra à la littérature, devint sous-chef de bureau au ministère des Finances, chargé de la bibliothèque et des archives. Il fut  nommé inspecteur des Beaux-arts le 12 octobre 1892.  Son premier roman, Rimes neuves et vieilles parut en 1866. Le critique Jules Lemaitre écrivit qu’il était : « l’un des plus lyriques, des plus envolés et des mieux sonnants des lévites du Parnasse« . Une partie rabelaisienne  de son œuvre fut publiée dans divers journaux : Contes pantagruéliques (1884), Le Livre des joyeusetés(1884)… Il faut y ajouter aussi quelques essais de critique d’art et quelques pièces de théâtre. Armand Silvestre mourut le 19 février 1901, à Toulouse, un an avant Desboutin, décédé  à Nice le 18 février 1902.

Portraits_et_souvenirs_1886-1891___[...]Silvestre_Armand_bpt6k109260b• Dans ses Portraits et souvenirs, 1886-1891 (Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1891), il a consacré le chapitre III à Marcellin Desboutin, qu’il avait connu à Paris, à son retour d’Italie : « C’est vers un coin très curieux de la vie de Paris, il y a dix-huit ans, que ma mémoire obstiné me ramène, et le nom qui l’a réveillé est celui d’un grand artiste qui vaut bien un bout de portrait. Les amateurs et les délicats connaissent seuls encore cet admirable graveur, le Rembrandt français,qui s’appelle Marcellin Desboutin, et dont l’œuvre a été seulement réuni autrefois dans les galeries Durand-Ruel (1). Mais le public l’apprendra bientôt et surtout la postérité s’en souviendra.

téléchargement (1)
Le café Guerbois vers 1880

• Marcellin Desboutin « l’homme à la pipe » comme il se qualifie dans son propre portrait, je l’ai connu au café Guerbois (2), à Batignolles, vers 1872, où il fréquentait avec Émile Zola, Manet, Duranty,  Fantin Latour, Degas, Hippolyte Babou, Philippe Burty (3), toute une pléiade de réfugiés dont quelques-uns sont glorieux, dont quelques autres sont morts. Un endroit étonnant, ce café Guerbois, sis à l’entrée de l’avenue de Clichy, non loin du légendaire Lathuile (4). Je sais peu d’endroits où la circulation soit plus active à certaines heures, celles qui sonnent l’aller au travail et le retour. Car c’est un monde laborieux qui habite les environs, un petit monde « guaignant cahin caha sa paôvre et chétive vie », comme dit Rabelais. Par les beaux soirs d’été, au moment où le jour tombe, c’est – le samedi surtout – comme une Kermesse de gens que grise le repos déjà prévu du dimanche. D’admirables filles en cheveux passent, en théories joyeuses, de larges rires et des fleurs mourantes aux lèvres. Tous les peintres du quartier connaissent ce spectacle et viennent choisir là des modèles. La vertu y est beaucoup plus rare que la beauté. Mais la superbe allure, faite de majesté antique et de grâce parisienne tout à la fois,qu’ont ces passantes! Et quelle musique de voix fraîches qu’aigrit l’accent faubourien!(…)

téléchargement• Mais vraiment est-il temps de vous parler de celui-ci, que je vous ai promis de vous présenter, Marcellin, Desboutin, dont Manet et Zola furent, avec moi, les premiers amis, revenait alors d’Italie, où il avait noblement mangé, en hospitalités généreuses, une admirable fortune, fastueux propriétaire, qu’il avait été de l’Ombrellino, la plus belle propriété de Florence. Demandez de ses nouvelles à Sully-Prud’homme et à Georges Lafenestre (5). Il n’était connu à Paris que par son Maurice de Saxe, en collaboration avec Jules Amigues, et qui avait été joué à la Comédie-Française (6). La première impression qu’il nous avait faite avait été un immense, mais sympathique étonnement.

DESBOUTIN Autoprtrait 1889Plus délabré qu’un Job et plus fier qu’un Bragance, ce gentilhomme poète nous était apparu tel que Manet l’a portraituré depuis, dans une superbe image, coiffé d’un chapeau de brigand calabrais, une cravate blanche largement nouée au cou, laissant passer ses mains de marquis sous l’effilochement de ses manchettes de dentelles, grandiose par son mépris de la mode et suant la race comme un Montmorency. Grand, mince, une véritable toison noire foisonnant au-dessus d’un front large et tourmenté : des yeux comparables à des charbons mal éteints, tant ils étaient noirs et chaudement éclairés à la fois ; une bouche très irrégulière mais très expressive, et une barbe d’adolescent qu’il tortillait toujours entre ses doigts, des doigts effilés et intelligents, éloquents et adroits tout ensemble : tel il était et tel il est encore, avec quelques brins de neige accrochés à sa moutonnante toison.

Marcellin_Desboutin_-_Autoportrait• Bien avisé, il était venu demander à Paris le rajeunissement d’une pensée que les événements rejetaient dans la lutte. Pour les esprits bien trempés, pour les natures vigoureuses, Paris a, en effet, des excitations généreuses et fécondes. Quel beau spectacle nous gardait ce bon riche devenu pauvre, et quel philosophe s’allait révéler, à nous, dans ce légendaire châtelain! Desboutin n’avait guère abordé la peinture, en Italie, qu’en amateur. Il arrivait, il faut bien le dire, mal armé pour le combat dans une école jeune, intolérante, railleuse des traditions. Eh bien, il s’y fit, tout de suite, une place, et parmi les plus jeunes, lui dont la formidable chevelure était déjà traversée de fils d’argent, lui qui laissait, par derrière, une existence déjà pleine et toutes les habitudes antérieures d’un esprit inexorablement studieux! L’emploi de la pointe sèche (7) pour la gravure lui fut une révélation. Il y est devenu un Maître. Zola dit, dans la préface de son catalogue (8) : un Roi. Et Zola a raison.

MD 1• Insuffisamment récompensé par la gloire, un tel homme ne vaut-il pas qu’on le loue et qu’on le cite comme exemple, en ce temps aux découragements rapides, aux ambitions hâtives, aux fureurs de succès immédiat et bruyant? Aucune plus grande fierté ne m’est venue, dans la vie, que de l’amitié de cet homme antique, à qui je puis, enfin, rendre hommage, saluant l’artiste à côté du philosophe et du penseur. Et toutes les fois que j’ai vu son nom sur le vitrines, j’ai, malgré moi emporté par mon souvenir, fait ce rapide voyage au pays de Bohème où je l’avais rencontré autrefois, où mon regret fidèle s’est agenouillé sur des tombes, où ma jeunesse réveillée a revu passer, un désir fiévreux au cœur, les belles filles de Montmartre, sœurs des filles d’Athènes, dans les fraîcheurs des soirs d’été qu’embaumaient leurs chairs et leurs cheveux! »

NOTES ET RÉFÉRENCES

(1) Paul Durand-Ruel (1831-1922, né et mort à Paris, marchand d’art, avait établi un réseau de galeries à Paris, Londres, Bruxelles, New-York où il organisa de nombreuses expositions, dont celle du groupe des peintres impressionnistes,du 30 mars au 30 avril 1876, où Desboutin présenta treize tableaux.

(2) Le café Guerbois, au 9-11 rue des Batignolles – actuel 8 avenue de Clichy – avait été fondé par Auguste Guerbois (1824-1891) ; des peintres et écrivains s’y réunissaient. À son emplacement se trouve un magasin de vêtements.

(3) Émile Zola (1840-1902) : romancier. Édouard Manet (1832-1883) : peintre; il a représenté Desboutin dans le tableau L’Artiste (au musée de Sao Paulo (Brésil) ; Desboutin a représenté Manet dans une estampe. Louis Edmond Duranty (1833-1880) : citrique d’art et romancier. Henri Fantin-Latour (1836-1904) : peintre, sculpteur, graveur. Hippolyte Babou (1823-1878) : écrivain et critique littéraire. Philippe Burty (1830-1890) : critique d’art, dessinateur, lithographe.

(4) Le cabaret du père Lathuile, proche du café Guerbois, avait été ouvert vers 1765 au village de Clichy-la-Garenne,  au n° 7 de l’actuelle avenue de Clichy, ancienne grande rue des Batignolles ; il ferma en 1906 ;  à son emplacement se trouve un cinéma apprécié des cinéphiles : le « Cinéma des cinéastes ». – Manet a représenté Louis, le fils du patron, attablé à côté d’Ellen André, actrice connue, qui figure aux cotés de Desboutin dans le tableau L’absinthe peint par Degas en1875.

(5) Armand Sully-Prudhomme (1839-1907) : poète. –  Georges Lafenestre  (1737-1919), conservateur adjoint de la peinture et des dessins au musée du Louvre, professeur à l’École du Louvre, inspecteur des beaux-arts, a préfacé le Catalogue des œuvres de Marcellin Desboutin…exposées à l’École nationale des Beaux-arts, du 11 au 31 décembre 1902.

(6) La pièce Maurice de Saxe, écrite en collaboration avec le publiciste et député Jules Amigues (1829-1883) fut représentée pour la première fois à la Comédie-Française le 2 juin 1870 ; la dernière représentation eut lieu le 24 juillet : la guerre avec la Prusse était déclarée depuis neuf jours.

(7) La pointe sèche est un procédé de gravure qui fut utilisé par Rembrandt ; le terme désigne aussi l’outil qui sert à grave des traits dans le métal.

(8) Émile Zola avait donné une préface au catalogue de l’Exposition de l’œuvre gravé de M. Desboutin… 8 juillet au 14 août 1889…Galeries Durand-Ruel ; le texte de cette préface a également paru dans Le Figaro du 8 juillet 1899.

ARTICLES ET OUVRAGES RÉCENTS 

• Berna, Aline, »Marcellin Desboutin, prince des bohèmes« , Allier Généalogie, n° 117, mars 2017, p. 79-86.

• Duplaix, Bernard, Marcellin Desboutin, prince des bohèmes, Moulins, Impr. réunies, 1985, 137 p.

• Fontséré, Jacqueline, »Marcellin Desboutin« , Revue du Louvre, n° 6, 1972, p. 521-524. – Galerie Paul Prouté (Paris), Catalogue n° 150, 61 p. (enligne).

• Lougnon, Jacques, Cérilly, 1923…Nice, 1902 …Bref hommage à Marcellin Desboutin, Cahiers bourbonnais, n° 179, printemps 202, p. 74-76.

• Sarazin, Maurice, « Marcellin Desboutin, Cérilly 1823 – Nice 1902 », Ibid., p. 77-84.

MD VISUELS

 

 

 

 

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